Speed Dating

J’ai passé une dizaine d’années – les années quatre-vingt – à jouer aux jeux de rôles à l’ancienne, sur table, puis une dizaine – les années quatre-vingt-dix – à faire régulièrement du jeu de rôles grandeur-nature. J’en ai gardé le goût des jeux à thème fort, et le sentiment que le jeu de rôles était un peu l’aboutissement du jeu, toutes les autres formes ludiques n’en étant que des succédanés un peu lâches et paresseux. Parce que je vieillis, parce que je n’ai pas le temps, parce qu’il fallait passer à autre chose, j’ai arrêté le jeu de rôles, mais je l’ai toujours un peu regretté.

J’y retourne un peu avec Speed Dating, le jeu de cartes délirant que j’ai conçu avec mon amie Nathalie Grandperrin. Dans Speed  Dating, chacun doit utiliser les cartes de sa main pour présenter un personnage et expliquer à un autre joueur qu’il est l’homme ou la femme, de sa vie. Speed Dating est donc une sorte de jeu de rôles minimaliste, dans lequel votre personnage est constitué de trois petites cartes, toujours différentes, par exemple : Collectionne les armes de guerre, Passe ses vacances au Kazakhstan, Son livre préféré : le petit prince (cartes hommes), ou se nourrit de légumes bio, adore raconter son enfance avec des parents échangistes, veut sauver les baleines (cartes femmes). Le scénario, lui, est toujours le même, une soirée de Speed Dating. Au Dernier bar avant la fin du monde, où j’ai fait pas mal de soirées test ces derniers mois, Speed Dating est celui de mes prototypes qui a le mieux tourné, et cela n’a rien d’étonnant. Ce jeu de cartes, avec ses règles simplissimes, se prête fort bien à l’ambiance de bistrot, y compris après quelques cocktails, et beaucoup de geeks sont d’anciens rôlistes.

Si Speed Dating est techniquement une sorte d’épure de jeu de rôles, c’est quand même d’abord un cousin de Taboo, Time’s Up ou The Big Idea, et c’est plus à ces jeux d’ambiance drôles et délirants que l’on pense en y jouant. Les jeux d’ambiance, les party games, sont un genre que j’ai toujours beaucoup apprécié comme joueur, faisant d’innombrables parties de Taboo dans ma jeunesse,  de Big Idea, de Gift Trap ou de Win ces dernières années, mais qui m’a longtemps posé problème comme auteur, mes tentatives échouant régulièrement, ou s’avérant trop proches de jeux déjà existants. Sans que je sache très bien pourquoi, tout semble s’être débloqué début 2012 et j’ai imaginé coup sur coup plusieurs party games dont je suis assez content. Speed Dating, puis le tout aussi délirant Mouette Rieuse, avec mon amie Nathalie Grandperrin, A Day in my Life avec une autre jolie rousse, Anja Wrede, et tout seul The Big Movie et Devine qui vient dîner ce soir. Speed Dating, qui a trouvé un éditeur dès la deuxième partie test, est le premier à paraître. The Big Movie devrait suivre assez rapidement. Les trois autres cherchent un éditeur, donc, si vous êtes intéressé…

Speed Dating ne paraît pour l’instant qu’en français,  mais j’espère qu’il sera rapidement adapté dans bien d’autres langues. Adapté et non simplement traduit, car les références et les clichés sexistes qui ont fourni la matière de la plupart des cartes de ce jeu ne sont pas tout à fait les mêmes en France, aux États-unis, en Allemagne, en Chine ou ailleurs. Si certaines cartes peuvent être simplement traduites, beaucoup devront sans doute être totalement réécrites, et cela demandera un peu de temps et de travail.

Speed Dating est publié par un jeune éditeur, Letheia, dont c’est la deuxième réalisation, et très joliment illustré par Giulia Ghigini. Il devrait arriver dans les boutiques fin octobre.

Speed Dating
Un jeu de Bruno Faidutti & Nathalie Grandperrin
Illustré par Giulia Ghigini
3 à 8 joueurs –
40 minutes
Publié par Letheia (2012)
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In the eighties, I used to play tabletop role playing games, mostly Dungeons and Dragons. In the nineties, I moved to live action RPGs. I’ve kept from these good old days a liking for strongly themed games, and the idea that live action role playing games are the essential form of gaming, and that all other games, be they sport, boardgames or even online games, are only lazy substitutes. I got older, I wanted to move to something else, and I didn’t have enough time, so I gave up role playing games, but I always regretted it a bit.

I’m coming back to it with Speed Dating, the hilarious card game I’ve designed with my friend Nathalie Grandperrin. In Speed Dating, each player must use the cards in his hand to design a character, to introduce him (or her), and to convince another player that he (or she) is her o(or his) best match. Speed Dating feels like a minimalistic role playing game, in which a character is just made of three small cards, always different ones – for example “war weapons collector, spends his holidays in Kazakhstan, likes movies about gladiators” – all male cards, of course – or “eats only organic vegetables, enjoys to talk about her childhood with swinger parents in the seventies, campaigns to save the whales” – all female cards. The scenario is always the same, a Speed Dating evening. At the Last bar before the end of the world, the Parisian geek café where I made several game tests sessions these last months, Speed Dating was the most played and the most praised among my prototypes. This is not surprising. This talking game with simple rules fits well in a café ambiance, especially after several cocktails, and most geeks are former RPG players.

Technically, Speed Dating could be considered an epitome of role playing game, but it’s also, and may be more, a hilarious party game, in the vein of Taboo, Time’s Up or The Big Idea. Party games are a very specific genre. I’ve always enjoyed playing them, having regularly played Taboo as a teenager, and The Big Idea, Gift Trap or Win these last years. On the other hand, I didn’t think I was good at designing them, since my previous attempts either completely failed, either happened to be too similar with existing games. I don’t know exactly why, but the deadlock was broken in early 2012 and, in a few months, I designed four. Speed Dating and Sitting Bull, another zany card game, I designed with my friend Nathalie Grandperrin. A Day in my life I designed with another pretty redhead, Anja Wrede. Guess who’s Coming for Dinner and The Big Movie I designed all by myself. Speed Dating found its publisher during the second playtest, and is the first to hit the shelves. The Big Movie ought to follow soon, but the three other ones are looking for a publisher. If you’re a publisher looking for a light party game, I’m your man.

Speed Dating is published only in French so far, but I have strong hopes that it will be adapted soon in other languages. Adapted and not just translated, because it’s not only language dependent, it’s culture dependant. The sexist clichés, puns and references which are used in most of the cards are not exactly the same in France, in Germany, in the US, in China or elsewhere. More or less half of the cards can probably be simply translated, but the other ones have to be replaced, and this means some time and some work.

Speed Dating is the second game of a new French publisher, Letheia. It has been cutely illustrated by Giulia Ghigini. It ought to be on sale in France in late October.

Speed Dating
A game by Bruno Faidutti & Nathalie Grandperrin
Art by Giulia Ghigini
3 to 8 players – 40 minutes
Published  (in French) by Letheia (2012)
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Bugs & Co

Bugs&Co, c’est, comme souvent ce genre de jeu, une idée toute bête – un Memory à toute vitesse, en simultané, avec des dessins aisés à confondre, comme ceux de Jungle Speed. C’est d’ailleurs avec des cartes de Jungle Speed, qui n’ont pas résisté longtemps au traitement imposé, qu’ont été faits les premiers tests de Bugs & Co. Les compères Tom et Yako, séduits par ce petit jeu tout simple, m’ont beaucoup aidé dans les réglages et, surtout, se sont chargés des bestioles.

Nous avions un temps pensé appeler ce jeu “Jungle Bugs”, car tout le monde sait que dans la jungle, il n’y a pas seulement des félins, des reptiles et des tribus de pygmées adorateurs de totems, il y aussi des insectes terribles et inconnus. Cela risquait d’entraîner quelques confusions, et ce fut donc Bugs & Co.

Bugs & Co
Un jeu de Bruno, Tom & Yako
Illustrations de Naiiiade, Tom & Yako
2 à 8 joueurs – 5 minutes
Publié par Libellud (2011)
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We first wanted to call this game “Jungle Bugs”. Everybody knows that, in the jungle, there are not only reptiles and big cats, but also strange insects. It could have been confusing, so it will be Bugs & Co.

Bugs&Co is, at its heart, just a simple and fun idea – real time Memory with very similar and confusing cards, a bit like those in Jungle Speed. Actually, the first playtests were made with a Jungle Speed set, whose cards were soon twisted and torn. Tom and Yako, the authors of Jungle Speed, liked this simple and basic party game. They helped me with tuning it, and designed the bugs.

Bugs & Co
by Bruno, Tom & Yako
Art by Naiiiade, Tom & Yako
2 to 8 players – 5 minutes
Published by Libellud (2011)
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Democrazy

Le jeu dont vous votez les règles

L’histoire commence avec un curieux jeu de Karl-Heinz Schmiel, Das Regeln wir schon. J’ai acheté ce jeu, j’ai lu les règles. Le système, mêlant un mécanisme de décompte des points relativement simple et la possibilité de voter sans cesse de nouvelles règles, était absolument génial. Pourtant, le jeu était un peu long, un peu complexe, un peu trop tactique là où j’attendais essentiellement du fun et de l’interaction – une règle de base aussi simple que possible sans cesse modifiée au gré des votes des joueurs.

J’avais envie, en partant des mêmes bases, de refaire ce jeu. Profitant du salon d’Essen, je suis allé voir Karl-Heinz Schmiel sur le petit stand des éditions Moskito et lui ai demandé l’autorisation de faire “ma” version de Das Regeln wir schon, étant entendu que les sous, si un jour il devait y en avoir, seraient partagés moitié-moitié. Des sous, il y en a eu un peu, puisque ce jeu a été publié, au début des années 2000, par Jeux Descartes. Il est aujourd’hui épuisé, sans réédition prévue, mais tout peut arriver.

C’est mon ami Gérard Mathieu, qui avait déjà sévi à la grande époque de Ludodélire dans Tempête sur l’échiquier et La Vallée des Mammouths, qui a illustré Democrazy.

Democrazy
Un jeu de Bruno Faidutti d’après une idée de Karl-Heinz Schmiel
Illustré par Gérard Mathieu
4 à 10 joueurs – 45 minutes
Publié par Jeux Descartes (2000)
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Don’t break the rules, make the rules.

Everything started with Karl-Heinz Schmiel’s game Das Regeln wir schon. I bought the game and went through the rules. The basic idea – a simple scoring system modified by rules voted by the players – was outstanding. However, I found the game a little too long, a little too complex, a little too tactical, when I was looking merely for fun and player interaction, for a very basic simple rules endlessly modified by votes from the players. I immediately wanted to make “my” version of the game.
A few weeks later, at the Essen fair, I looked for the Moskito boot and asked Karl-Heinz Schmiel if he would mind if I make my own adaptation of Das Regeln wir Schon, providing we share the money, There has been some money, not a lot, when the game was published, in the early 2000 years, by Jeux Descartes. This game is now out of print, with no new version considered so far, but who knows…

My friend Gérard Mathieu, who already commited the cartoons for Tempête sur l’échiquier and La Vallée des Mammouths when he worked at Ludodelire, has illustrated Democrazy.

Democrazy
A game by Bruno Faidutti based on an idea by Karl-Heinz Schmiel
Art by Gérard Mathieu
4 to 10 players – 45 minutes
Published by Jeux Descartes (2000)
Boardgamegeek