Fruit Cocktail est, après Migo, mon deuxième petit jeu de cartes dans la collection des Feux Follets, chez Ghost Dog, avec les mêmes illustrations colorées et géométriques de François Morin.
Mon prototype s’est d’abord appelé salade de fruits, l’idée étant que dans, une salade de fruits, on s’efforce de mettre de bons produits, mais qu’il arrive que quelques fruits soient un peu pourris. Dans un cocktail de fruits, ou plutôt un Fruit Cocktail, c’est un peu la même idée, en international.
Comme Migo, Fruit Cocktail est né de la volonté de créer un petit jeu de 18 cartes, format assez apprécié par les éditeurs ces dernières années. Comme Migo, le jeu a peu à peu pris du volume au cours des tests, passant à 24, puis à 32 cartes, et ne tient donc plus dans le format initial. C’est souvent à cela que servent les contraintes – donner un point de départ, quitte à s’en affranchir ensuite. Du coup, ce qui était dans les premières versions un jeu à deux joueurs à information parfaite est devenu un jeu pour 2 à 5 joueurs, à information presque parfaite, chaque joueur sachant un petit truc que les autres ne savent pas mais qu’ils peuvent essayer de déduire.
Une partie de Fruit Cocktail à Etourvy.
À chaque tour, chacun à son tour prend sur la table une carte qui représente un certain nombre de fruits. Ce serait tout simple si les cartes prises par les joueurs ne déterminaient pas aussi la valeur finale des différents fruits. C’est une mécanique de jeu simplissime, mais qui fait de sacrés nœuds au cerveau. Yoann Levet, l’auteur de Kronologic et Turing Machine, est d’ailleurs fan de Fruit Cocktail.
L’éditeur, Ghost Dog, ayant été repris par un autre, en l’occurence Don’t Panic, la sortie de Fruit Cocktail a été un peu retardée, mais le jeu arive bientôt en boutique. Et Don’t Panic est le seul éditeur auquel je puisse rendre visite à peid, ce qui est quand même pratique.
Il y a une toute petite erreur dans les règles du premier tirage du jeu, que la plupart des joueurs n’auront sans doute même pas remarquée. En p.3, il est écrit que chaque joueur a 6 cartes evant lui en fin de partie. C’est bien sûr faux, puisque 16 cartes ont été prises. Le prermier joueur en a 6, les deux autres seulement 5.
Fruit Cocktail Un jeu de Bruno Faidutti Illustré par François Morien 2 à 4 joueurs – 15 minutes Publié par Ghost Dog
Fruit Cocktail is, after Migo, my second game in the Ghost Dog small box series, with the same cute colorful and geometric art by François Morin.
My prototype was first called Fruit Salad. The idea was that players try to get good tasty fruits, but that some of them are ripe, or even rotten. It’s the same with a Fruit Cocktail, but the name is more international.
Like Migo, Fruit Cocktail was originally intended to be an 18 card game, a format popular with publishers these last years. Like Migo, it grew bigger after a few playtests, 24 cards, then 32, too many to fit in the wallet game format. That’s often the point of constraints – they give a starting point, but one should not hesitate to abandon them when they become too much of a constraint. As a result, what was originally a perfect information 2 player game is now a 2-5 player game with just a bit of hidden information that the opponents can try to deduce.
A game of Fruit Cocktail in Etourvy.
Every round, each player in turn takes a card which represent a few fruits. What makes the choice tricky is that the cards taken by the players also determine, step by step, the end game value of the different fruits. It is mechanicall a very simple game, but it is also a brain burner – as you can guess from the fact that Yoann Levet, the designer of Turing Machine and Kronologic, is a fan of this game.
The publisher, Ghost Dog, has recently been bought by another publisher, Don’t Panic. As a result, the publication of Fruit Cocktail has been delayed, but the game will now soon be there. And Don’t Panic is the only publisher I can visit on foot, which is very convenient.
There’s a minor error in the rules of the first print run, which most players probably didn’t even notice. on p.3, it is written that, in a 3 player game, each player will end with 3 cards in their display. It is obviously false, since only 16 cards have been taken. The first player has 6 cards, the two other players five.
Fruit Cocktail A game by Bruno Faidutti Art by François Morin 2 to 4 players – 15 minutes Published by Ghost Dog
Le marché du jeu de société est un peu compliqué en ce moment. La demande continue certes à augmenter, mais l’offre a progressé plus vite encore. Les boutiques spécialisées sont de plus en plus, en particulier pour les grosses boîtes de jeu destiné à un public averti, concurrencées par les Kickstarter et autres Gamefound. Quelques grands groupes ont certes repris des maisons d’édition de taille moyenne pour en faire des « studios de création », mais des amateurs ont simultanément monté de nombreuses petites boites dont on ne sait parfois plus très bien à quel écosystème elles appartiennent. Face à une pléthore de nouveautés, les joueurs et même les boutiques qui ne peuvent tout caser sur leurs rayons doivent faire des choix. Devenus prudents, de plus en plus d’éditeurs hésitent à produire des jeux ambitieux qui risquent de ne pas trouver leur place sur un marché encombré. Lassés des lourds kickstarters aux figurines encombrantes et aux règles boursouflées, des joueurs reviennent vers des jeux moins prétentieux mais souvent plus efficaces, et dont le prix tout comme l’empreinte écologique sont plus modestes
Ce sont quelques raisons, il y en a d’autres, au grand retour des « microgames », des jeux aux règles simples, au matériel modeste, vendus dans de toutes petites boites. Le format « 18 cartes », facile à produire puisque l’on peut caser trois jeux sur une planche standard de 54 cartes, et que l’on peut vendre à bas prix présenté dans une pochette de cartes bancaires, semble particulièrement apprécié. Au début de l’année 2023, je me suis donc lancé le défi de réaliser quelques jeux dans ce format. Il en a résulté quatre projets, dont trois ont trouvé un éditeur. 6 Suspects, un jeu de déduction, sortira fin 2024 chez Matagot. J’ai signé chez Ghost Dog, jeune éditeur français, pour deux petits jeux de cartes ; Migo est le premier à paraître, le second, pour le titre duquel nous hésitions entre Fruit of the Doom, Fruit Salad et Fruit Cocktail est prévu pour la fin de l’année.
Soirée de test dans mon quartier, au bar à jeux Le Duchesse.
Deux éditeurs étaient intéressés par mon jeu de Yetis. J’ai préféré celui qui acceptait de conserver le thème d’origine, les abominables hommes des neiges attaquant des cordées d’alpinistes, à celui qui voulait les remplacer par des dragons. J’aime bien les dragons, mais j’ai déjà fait trop de jeux avec des reptiles et des pièces d’or, je n’en avais aucun avec des yetis et des bonnets de laine. Le format choisi autorisant une trentaine de cartes et quelques jetons, j’ai pu développer un peu le projet. Le prototype initial ne se jouait en effet qu’à deux joueurs, le jeu finalement publié fonctionne désormais aussi bien à trois, et presque aussi bien à quatre. Comme il y avait déjà pas mal de jeux s’appelant Yeti, le mien a été rebaptisé Migo, qui signifie Yeti en tibétain et est également le nom d’un personnage de jeune yeti dans le dessin animé Yeti et compagnie.
Les joueurs incarnent donc des abominables migos qui, pour embellir leurs grottes, collectionnent le matériel d’alpinisme – piolets, crampons, cordes et, surtout, bonnets de laine particulièrement décoratifs. Les yetis les plus respectés accrochent aussi à l’entrée de leurs grotte les drapeaux que les expéditions espéraient planter sur les sommets. Les bouteilles d’alcool, qui aident à supporter le froid hivernal, sont aussi une gâterie très appréciée.
Parfaitement insérés dans l’économie tibétaine, les migos entretiennent des relations amicales avec les communautés locales. Ils font même à l’occasion un peu de troc avec les sherpas, ceux-là même qui les avaient informés à l’avance du lieu et de l’heure d’arrivée des expéditions.
Première partie sur le jeu édité, aux rencontres ludopathiques d’Etourvy.
Comme il convient à ce genre de petit jeu de cartes, les règles sont très simples mais laissent pas mal de place à la tactique. Migo est un jeu de prise de cartes, ce que les américains appellent un jeu de draft, terme qui est généralement employé dans un sens plus restrictif par les joueurs francophones. Chaque yeti à son tour attaque (et sans doute dévore, mais il ne faut pas le dire si on joue avec des enfants) l’un des alpinistes en tête de cordée, et s’empare de son matériel. Cela rend les grimpeurs suivants, et leurs équipements, disponibles pour les joueurs suivants. Comme souvent, la contrainte initiale, ici le petit nombre de cartes, s’est avérée source d’inspiration pour les mécanismes du jeu. N’ayant qu’une vingtaine de cartes à ma disposition, j’ai en effet cherché à en utiliser à la fois le recto et le verso. Cela introduit beaucoup de variation dans les configurations initiales, certains équipements pouvant être plus rares que d’autres, et est à l’origine du mécanisme des sherpas, qui permettent de retourner une carte, souvent pour s’emparer d’une majorité.
J’ai eu récemment la chance d’avoir un jeu, le mignon Whale to Look, conçu avec Jun Sasaki, publié dans la très belle collection de petites boites au graphisme minimaliste de l’éditeur japonais Oink. Avec leur format très proche, les « feux follets » de Ghost Dog s’en inspirent clairement, et je leur souhaite le même succès – d’autant plus que j’ai un autre jeu à paraître cet automne dans la même série, dont on n’a pas encore décidé s’il s’appellerait Fruit of the Doom,Fruit Salad ou Fruit Cocktail.
Une partie de Fruit of the Doom – Fruit Sala – Fruit Cocktail avec Antoine, l’éditeur, à gauche.
Migo Un jeu de Bruno Faidutti Art by Maxime Morin 2 à 4 joueurs – 20 minutes Publié par Ghost Dog Games Boardgamegeek
Navigating the boardgame market has recently become a bit complex. Demand for new games is still growing, but supply, meaning the number of new games, is increasing even faster. Local game stores are facing a growing competition from Kickstarter and now Gamefound, especially for big, expensive (and therefore profitable) boxes. A few big publishers have taken over smaller one, often changing them into « creative studios », but even more newcomers have started new companies, about which we often know very little. Faced with a plethora of new games, gamers and even shops with limited shelf place must make choices.
Many publishers are becoming wary of producing ambitious games which might not find a place on an overcrowded market. Tired of heavy kickstarters with cumbersome miniatures and bloated rulesets, some players are back to less ambitious but often more efficient games, which also come at a much lower price and ecological footprint.
These are some of the reasons – there are a few other ones – for the comeback of « microgames », boardgames with simple rules and few components in a very small box. The trendy format is 18 cards which can be sold a very low price – one can fit three copies of the game on a standard poker game sheet, and it fits in a credit card wallet. In the first months of 2023, I decided to give it a trying challenged myself to design a few such games. I ended up with four prototypes, three of which have now found a publisher. 6 Suspects, a light deduction and memory game, will be published by Matagot in late 2024. I signed with Ghost Dog, a new small French publisher, for two games, and Migo is the first one to hit the shelves.The second one is due later this year, and we still hesitate on its title, Fruit of the Doom, Fruit Salad or Fruit Cocktail.
Soirée de test dans mon quartier, au bar à jeux Le Duchesse.
Two publishers sere interested my Yeti game. I chose the one who was ready to keep my yeti setting over the one who wanted to replace the snowmen with dragons. I love dragons, but I’ve already had too many published games featuring dragons and gold coins, I had none so far with yetis and woolen caps. The publisher’s format allowing for a few tokens and up to 25 cards, I developed the gameplay a bit. My initial prototype was only a two-player game, the final version is just as good with three, and almost as good with four. Since there are already a few games named Yeti, mine has been renamed Migo, which means Yeti in Tibetan and was the name of a young snowman in the Yeti & Co cartoon.
Players are yetis who decorate their caves with climbers equipment – ropes, crampons, pick axes, carabiniers and, most of all, cute colored woolen caps. They also hang flags at their front doors, which climbers intended to plant at the mountains summits. Vodka bottles are also a much appreciated treat, helping to deal with the cold climate of the Himalayas.
Migos are well integrated in the Tibetan economy, and have friendly relations with local communities. They even sometimes trade stolen equipment with the sherpas, the very same sherpas who had informed them on the coming expeditions in the first place.
First game with the printed game at the Etourvy Ludopathic Gathering.
The rules for Migo are very simple, but leave place for some tactical moves. Migo is a card drafting game. Each yeti on turn attacks (and probably devours, but you should not reveal it when playing with kids) one of the climbers in front of the arriving expeditions, stealing their equipment. This makes the climber just behind it available for the next players, and so on. As often happens, the initial constraint, in this case the small number of cards, ended up generating mechanical ideas. With a only about twenty cards available, I decided to use both sides. This makes for a great variety in the initial setups, some equipments being often much rarer than other ones. It also inspired the sherpa mechanism, flipping a card to the other side usually to steal a majority, which is probably my favorite feature in this game.
I recently had a game, Whale to Look, designed with Jun Sasaki, published in the cute small box series of the Japanese publisher Oink games. The Ghost Dog small box games are clearly inspired by the Oink line, and I hope they will achieve the same level of success – especially since I have another game coming next fall in the same series. We have not decided yet if it will be called Fruit of the Doom, Fruit Salad or Fruit Cocktail.
Playtesting Fruit Cocktail – Fruit Salad – Fruit of the Doom
Migo A game by Bruno Faidutti Illustré par Maxime Morin 2 to 4 players – 20 minutes Published by Ghost Dog Games Boardgamegeek