đź“– La corne plantĂ©e dans l’arbre

e la lettre du PrĂŞtre Jean aux contes de Grimm, l’histoire de la licorne trop sĂ»re d’elle coincĂ©e après avoir plantĂ© sa longue corne dans un arbre a connu bien des variantes. En voici deux dont, faute de place, je n’ai pas pu parler dans mon livre – et quelques images.

L’histoire devait ĂŞtre assez populaire dans les annĂ©es 1600. Elle apparait non seulement chez Shakespeare, mais Ă©galement en 1590 dans le long poème d’Edmund Spenser, The Faerie Queen :

“…Like as a Lion, whose imperial Power
A proud rebellious Unicorn defies,
T’ avoid the rash Assault and wrathful Stower
Of his fierce Foe, him to a Tree applies,
And when him running in full Course he spies,
He slips aside; the whiles that furious Beast
His precious Horn, sought of his Enemies,
Strikes in the Stock, ne thence can be releast,
But to the mighty Victor yields a bounteous Feast.…”

George Chapman, un dramaturge contemporain et proche de Shakespeare, rapporte dès 1603 dans Bussy d’Ambois une version bien diffĂ©rente, oĂą la licorne s’en sort mieux :

I once did see
In my young travels through Armenia
An angrie unicorn in his full carier
Charge with too swift a foot a Jeweller
That watcht him for the Treasure of his browe;
And ere he could get shelter of a tree,
Naile him with his rich Antler to the Earth.

On remarque dans ce dernier passage plusieurs dĂ©tails uniques et intĂ©ressants. Ce texte est le seul Ă  situer la licorne en ArmĂ©nie, et le lion y devient un bijoutier, ce qui prĂ©figure le conte des frères Grimm. D’autre part, le nom anglais  Antler dĂ©signe, en principe, les bois du cerf, ce qui donne de la licorne une image assez particulière. Enfin, la licorne prend le joailler de vitesse et parvient Ă  le clouer au sol, ce qui est pourtant plus aisĂ© avec une corne qu’avec un andouiller, juste avant qu’il ne se soit rĂ©fugiĂ© derrière l’arbre.

Au tournant du XXe siècle, les contes de Grimm sont très populaires. Dans les nombreuses Ă©ditions illustrĂ©es, la licorne y est blanche, chevaline, mais bien plus trappue et violente que lorsqu’elle accompagne une jeune vierge.

Caricature antibritannique dans un journal allemand, Kladderadatsch, en 1899, pendant la guerre des Boers. C’est aussi le temps oĂą l’on croyait plus ou moins Ă  la prĂ©sence de licornes en Afrique du Sud.

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