{"id":5912,"date":"2022-09-05T10:49:00","date_gmt":"2022-09-05T10:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/?p=5912"},"modified":"2022-09-05T10:50:25","modified_gmt":"2022-09-05T10:50:25","slug":"%f0%9f%93%96-un-apothicaire-de-montpellier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2022\/09\/05\/%f0%9f%93%96-un-apothicaire-de-montpellier\/","title":{"rendered":"\ud83d\udcd6 Un apothicaire de Montpellier"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-blur-color has-text-color\"><strong>L&#8217;un des chapitres de ma th\u00e8se \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 Laurent catelan et son <em>Histoire de la lycorne. <\/em>Il m&#8217;a sembl\u00e9 plus bref et plus facile \u00e0 lire que beaucoup d&#8217;autres, et je le recopie donc  ici.<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne-1307x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5910\" width=\"424\" height=\"664\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne-1307x2048.jpg 1307w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne-191x300.jpg 191w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne-768x1203.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne-980x1536.jpg 980w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne.jpg 1634w\" sizes=\"auto, (max-width: 424px) 100vw, 424px\" \/><figcaption><a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k1048567n?rk=21459;2\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le livre de Laurent Catelan peut \u00eatre consult\u00e9 sur Gallica.<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>On est facilement surpris, puis d\u00e9bord\u00e9, par la part qu\u2019occupent les ouvrages de m\u00e9decine et de pharmacie dans la litt\u00e9rature savante du XVI\u00e8me et de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVII\u00e8me si\u00e8cle. Les m\u00e9decins connus, et quelques autres, ont r\u00e9dig\u00e9 de longues pharmacop\u00e9es \u00e0 vocation encyclop\u00e9dique, et il n\u2019est gu\u00e8re de philosophe, naturaliste ou polygraphe foisonnant qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 quelque peu vers\u00e9 en science m\u00e9dicale et n\u2019ait \u00e9prouv\u00e9 le besoin de publier ses <em>secrets de m\u00e9decine<\/em>. Des controverses tant\u00f4t feutr\u00e9es, tant\u00f4t v\u00e9h\u00e9mentes, y opposent les tenants de la m\u00e9decine traditionnelle, humorale ou gal\u00e9niste, avec sa pharmacop\u00e9e \u00e0 base de plantes et de simples, aux partisans de Paracelse (1493-1541) et de la m\u00e9decine spagyrique ou chimique. Une vie enti\u00e8re ne suffirait pas \u00e0 seulement feuilleter ces ouvrages, et nous avons d\u00fb nous contenter de sondages au hasard des catalogues. Tous les trait\u00e9s consult\u00e9s ne c\u00e9l\u00e8brent pas la licorne avec le m\u00eame enthousiasme, mais il en est fort peu, qu\u2019ils soient gal\u00e9nistes ou paracelsiens, qui l\u2019ignorent. M\u00eame les auteurs qui jugent la belle corne blanche des tr\u00e9sors royaux trop d\u00e9consid\u00e9r\u00e9e ne d\u00e9daignent pas de s\u2019int\u00e9resser aux \u00ablicornes fossiles\u00bb d\u2019Europe centrale.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, la corne de licorne n\u2019est dans la plupart des trait\u00e9s de m\u00e9decine qu\u2019un rem\u00e8de parmi d\u2019autres. L\u2019auteur y consacre rarement plus de quelques lignes, et lorsqu\u2019il le fait, ce n\u2019est que pour s\u2019engager dans une br\u00e8ve digression sur l\u2019existence de l\u2019animal et l\u2019authenticit\u00e9 de telle ou telle corne. Quelques m\u00e9decins cependant ont consacr\u00e9 sinon un ouvrage entier, du moins un long chapitre \u00e0 la licorne et aux propri\u00e9t\u00e9s alexit\u00e8res, pour employer le vocabulaire d\u2019alors, de sa corne. A quelques ann\u00e9es de distance, le <em>Discours contre la fausse opinion de la licorne<\/em> du m\u00e9decin florentin Andrea Marini<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, le <em>Discours de la licorne<\/em> d\u2019Ambroise Par\u00e9<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, le <em>Trait\u00e9 sur la licorne, la pierre b\u00e9zoard, l\u2019\u00e9meraude, les perles et leur usage contre les fi\u00e8vres pestilentielles<\/em><a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> de Giovanni Baptista Silvatico, se sont attaqu\u00e9s \u00e0 l\u2019usage m\u00e9dical de la poudre de corne de licorne. D\u2019autres trait\u00e9s, tout aussi savants, ont pris la d\u00e9fense du pr\u00e9cieux rem\u00e8de et du noble animal outrag\u00e9. Le <em>Trait\u00e9 de la licorne, de ses admirables propri\u00e9t\u00e9s et de son usage <\/em>&nbsp;d\u2019Andrea Bacci<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, compatriote et contemporain d\u2019Andrea Marini, fut largement mis \u00e0 contribution par l\u2019apothicaire montpelli\u00e9rain Laurent Catelan dans son <em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne<\/em><a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, parue en 1624. Entre les deux, se situe le bref opuscule du m\u00e9decin danois Caspar Bartholin, qui croyait fermement \u00e0 l\u2019existence de l\u2019animal mais restait sceptique sur les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de sa corne, <em>La licorne, ses affinit\u00e9s et ses succ\u00e9dan\u00e9s<\/em><a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a><em>, <\/em>ce dernier terme s\u2019appliquant aux \u00ab licornes fossiles \u00bb d\u00e9couvertes dans des mines. Sans doute existe-t-il encore d\u2019autres ouvrages de ce type que ces recherches n\u2019ont pu exhumer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tudier tous ces ouvrages&nbsp; avec le m\u00eame soin \u00e9tait impossible, et un choix s\u2019imposait. Plus concis, les livres de Silvatico et Bartholin n\u2019\u00e9taient pas consacr\u00e9s enti\u00e8rement \u00e0 la licorne. Restaient ceux d\u2019Andrea Bacci et de Laurent Catelan, assez comparables dans leur structure et dans les arguments qu\u2019ils avancent pour d\u00e9fendre l\u2019animal et sa corne. Au trait\u00e9 du m\u00e9decin v\u00e9nitien, contemporain d\u2019Ambroise Par\u00e9, nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le discours, plus tardif et r\u00e9dig\u00e9 en fran\u00e7ais, du pharmacien montpelli\u00e9rain, qui emprunte beaucoup \u00e0 Bacci, mais apporte aussi nombre d\u2019opinions et d\u2019arguments personnels.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Laurent Catelan, apothicaire de Montpellier<\/h2>\n\n\n\n<p>Les anc\u00eatres de Laurent Catelan, venus, comme leur nom l\u2019indique, de Catalogne, s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis \u00e0 Montpellier au d\u00e9but du XV\u00e8me si\u00e8cle. La vie de cette famille marrane<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> fut d\u00e9crite en d\u00e9tail, dans leurs relations de voyage, par les \u00e9tudiants b\u00e2lois F\u00e9lix et Thomas Platter, qui furent h\u00e9berg\u00e9s au logis des Catelan, le premier de 1552 \u00e0 1559, le second en 1595 et 1596. Chez les Catelan, on \u00e9tait apothicaire de p\u00e8re en fils, et la boutique avait d\u00e9j\u00e0, au milieu du XVI\u00e8me si\u00e8cle, une certaine importance<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. Laurent, dont le p\u00e8re s\u2019\u00e9tait converti au protestantisme, \u00e9tait naturellement destin\u00e9 \u00e0 la pharmacie. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab D\u00e8s mes plus tendres ann\u00e9es, marchant sur les pas de mes anc\u00eatres, je me suis vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la pharmacie, me trouvant le quatri\u00e8me des miens qui, de p\u00e8re en fils, en cette ville en fait profession; et d\u00e9sireux de pouvoir profiter au public en une vocation si importante, j\u2019ai employ\u00e9 le meilleur de mes jours \u00e0 courir les royaumes \u00e9trangers et faire des voyages vers les nations les plus \u00e9loign\u00e9es, pour en acqu\u00e9rir l\u2019intelligence sous les plus grands m\u00e9decins de ce si\u00e8cle \u00bb, \u00e9crit-il lui m\u00eame dans sa pr\u00e9face aux <em>\u0152uvres pharmaceutiques<\/em> du m\u00e9decin montpelli\u00e9rain Fran\u00e7ois Ranchin, chancelier de l\u2019universit\u00e9<a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Thomas Platter nous dit avoir assist\u00e9, en 1597, \u00e0 sa r\u00e9ception comme Docteur en pharmacie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Met-Apothecary-Cabinet-1617-1638x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5911\" width=\"453\" height=\"571\"\/><figcaption>Un cabinet d\u2019apothicaire du d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle. Metropolitan Museum, New York.\n<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Laurent Catelan \u00e9tait un apothicaire install\u00e9 et estim\u00e9, puisqu\u2019il fut le premier invit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter, devant la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Montpellier, la confection de la th\u00e9riaque. Les th\u00e8ses qu\u2019il d\u00e9fendait dans ses ouvrages \u00e9taient assez peu acad\u00e9miques, mais une certaine excentricit\u00e9 en mati\u00e8re scientifique \u00e9tait sans doute plus ais\u00e9e \u00e0 vivre \u00e0 Montpellier qu\u2019\u00e0 Paris. En effet, l\u2019universit\u00e9 de Montpellier \u00e9tait alors la seule, hors du monde germanique, \u00e0 ne pas exclure formellement les partisans de la m\u00e9decine spagyrique, initi\u00e9e un si\u00e8cle plus t\u00f4t par Paracelse. Les ouvrages de Laurent Catelan \u00e9tant largement influenc\u00e9s par les th\u00e9ories nouvelles, on imagine mal la publication \u00e0 Paris d\u2019un texte comme l\u2019<em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usages de la lycorne<\/em><a id=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a><em>. <\/em>Curieusement, notre apothicaire, qui semble avoir \u00e9t\u00e9 bien vu de la facult\u00e9 de m\u00e9decine, avait avec celle de pharmacie des relations orageuses et proc\u00e9duri\u00e8res, qui d\u00e9notent un caract\u00e8re difficile<a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. Ce n\u2019est pas \u00e0 cette facette du personnage que nous nous int\u00e9resserons, mais il importe de savoir que si la comp\u00e9tence du pharmacien \u00e9tait reconnue, le personnage n\u2019en passait pas moins pour assez original.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cabinet de curiosit\u00e9s&nbsp;&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Laurent Catelan, comme beaucoup d\u2019\u00e9rudits de ce temps, \u00e9tait fascin\u00e9 par les \u00ab singularit\u00e9s \u00bb et \u00ab raret\u00e9s \u00bb de la nature, h\u00e9riti\u00e8res isol\u00e9es et exotiques des innombrables \u00abmerveilles\u00bb m\u00e9di\u00e9vales. Dans son cabinet de curiosit\u00e9s, selon la description d\u2019un voyageur anonyme, \u00ab il y a un ciel de papier \u00e0 quoi sont attach\u00e9s quatre globes de verre et une terre, qui repr\u00e9sentent les quatre \u00e9l\u00e9ments. Il y a deux enfants sans pieds mais un autre qui en a trois, un cam\u00e9l\u00e9on qui change de couleur autant de fois qu\u2019on change d\u2019objet, un crocodile bien grand qui a toujours des vers dans les dents, et il y a un petit oiseau qui sans aucune appr\u00e9hension vient les manger\u2026 Une petite coupe d\u2019une corne de rhinoc\u00e9ros, une lampe qui, \u00e9tant mise devant une chandelle, vous \u00e9claire \u00e0 cinquante pas, une fontaine qui n\u2019a qu\u2019un trou par o\u00f9 l\u2019eau doit et peut entrer, et \u00e9tant tourn\u00e9, le robinet jette l\u2019eau plus haut de trois pieds\u2026<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> \u00bb et il y avait bien s\u00fbr, mais peut-\u00eatre pas \u00e0 cette date, la corne de licorne dont parle Thomas Bartholin<a id=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>, et \u00ab mille et plus de raret\u00e9s de tr\u00e8s grande importance que j\u2019ai dans mon cabinet rang\u00e9es suivant l\u2019ordre de leur origine et g\u00e9n\u00e9ration, en expliquant par icelles les anneaux de Platon, l\u2019\u00e9chelle de Jacob, et la quasi divine cha\u00eene d\u2019or d\u2019Hom\u00e8re. Ayant eu l\u2019honneur de les avoir fait voir aux plus grands princes de la France et aux plus doctes et curieux du Royaume, tant pr\u00e9lats que magistrats, lorsque le roi entra avec joie et applaudissements de ses fid\u00e8les sujets dans cette ville, et lesquelles j\u2019eusse infailliblement pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 sa Majest\u00e9, si l\u2019excessive quantit\u00e9 de poudres de Chypre, de Violette, de cha\u00eenes de musc, de peaux de senteur, de cassolettes et semblables\u2026 n\u2019eussent donn\u00e9 des appr\u00e9hensions \u00e0 messieurs les m\u00e9decins\u2026 que l\u2019exc\u00e8s de telles odeurs eussent pu \u00e9branler en quelque fa\u00e7on sa sant\u00e9<a id=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Si Catelan fut quelque peu d\u00e9\u00e7u de ne pas avoir l\u2019honneur d\u2019une visite royale, son cabinet de curiosit\u00e9s semble avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une certaine notori\u00e9t\u00e9 puisque, d\u00e8s 1609, Nicolas Fabri de Peiresc, le plus renomm\u00e9 des collectionneurs de cette \u00e9poque, recommandait \u00e0 son ami Denis Guillemin, partant pour Montpellier, de \u00abvoir le sr Catalan, apothicaire, et son cabinet de choses naturelles<a id=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>\u00bb. En 1609 \u00e9galement, dans son <em>Jardin et cabinet po\u00e9tique, <\/em>le botaniste et collectionneur poitevin Paul Contant ne tarit pas d\u2019\u00e9loges sur le pharmacien montpelli\u00e9rain, qui lui avait offert un superbe oiseau rare &#8211; un \u00ab phoenicopt\u00e8re \u00bb &#8211; naturalis\u00e9<a id=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1623, ayant acquis \u00ab un des plus beaux, plus rares et plus extraordinaires b\u00e9zoards qui se puisse peut-\u00eatre jamais rencontrer, qui est v\u00e9ritablement oriental, de grosseur d\u2019un \u0153uf de poule, et de poids de deux onces ou peu s\u2019en faut, au lieu que les ordinaires et communs n\u2019exc\u00e8dent pas les olives ou les f\u00e8ves en grosseur, et de poids d\u2019une dragme ou environ, entrouvert au reste d\u2019un c\u00f4t\u00e9 tout expr\u00e8s pour y voir et remarquer la d\u00e9licatesse, la beaut\u00e9, la polissure et la multitude des ses pellicules proprement entass\u00e9es les unes sur les autres \u00bb, Laurent Catelan l\u2019avait expos\u00e9 en bonne place dans son mus\u00e9e et y avait trouv\u00e9 mati\u00e8re et pr\u00e9texte \u00e0 un <em>Trait\u00e9 de l\u2019origine, vertus, proprietez et usage de la pierre Bezoar<\/em>, d\u2019une cinquantaine de pages. Un an plus tard, \u00ab Ayant par un soin extraordinaire recouvr\u00e9 du plus profond de l\u2019\u00c9thiopie une corne de licorne enti\u00e8re, r\u00e9pondant \u00e0 la description que lui donnent Pline, \u00c9lien et autres auteurs, et laquelle est tr\u00e8s belle \u00e0 voir<a id=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a> \u00bb, notre apothicaire ne pouvait faire moins. <em>L\u2019Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne<\/em>, avec ses quatre-vingt-dix-neuf pages, est presque deux fois plus longue que le petit trait\u00e9 du b\u00e9zoard. Pour \u00e9pargner le lecteur, nous ne l\u2019appellerons plus d\u00e9sormais que l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne, <\/em>sans avoir eu le c\u0153ur pourtant de lui \u00f4ter cette \u00e9trange voyelle dont nous aurons peut-\u00eatre l\u2019explication.<\/p>\n\n\n\n<p>Au XVII\u00e8me si\u00e8cle, de tels \u00ab cabinets de curiosit\u00e9s \u00bb, marque d\u2019une sorte d\u2019\u00e9rudition non livresque, n\u2019\u00e9taient pas vraiment rares. A Montpellier m\u00eame, celui constitu\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du XVI\u00e8me si\u00e8cle par le m\u00e9decin Laurent Joubert (1529-1582), dont on trouve une longue description dans le r\u00e9cit de Thomas Platter<a id=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>, semble avoir \u00e9t\u00e9 plus fourni et plus renomm\u00e9 que les collections de Laurent Catelan. A en lire les catalogues, tous ces petits mus\u00e9es, ces \u00abth\u00e9\u00e2tres de la nature\u00bb devaient beaucoup se ressembler, et nous trouvons par exemple en 1649 dans les collections de Pierre Borel (1620-1689), m\u00e9decin de Castres, les m\u00eames prodiges de la nature que chez Laurent Catelan, parmi lesquels \u00ab une pi\u00e8ce de vraie corne de licorne \u00bb et \u00ab des pierres de B\u00e9zoard<a id=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une curieuse bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u00e9p\u00eetre d\u00e9dicatoire de son <em>Discours sur les vertus et les proprietez de la th\u00e9riaque, <\/em>son avant-dernier ouvrage, Catelan a lui m\u00eame dress\u00e9 la liste de \u00ab ses autres petits ouvrages qui ont \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t translat\u00e9s \u00e0 Francfort en latin et en la langue allemande, consistant en sept pi\u00e8ces. Primo le <em>Discours sur les ingr\u00e9diens de la th\u00e9riaque.<\/em> Secundo sur la <em>Confection Alkerm\u00e8s.<\/em> Tertio sur la <em>Confection de hyacinthe. <\/em>Quarto sur les <em>Eaux distill\u00e9es servant \u00e0 la m\u00e9decine. <\/em>Quinto l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne.<\/em> Sexto celle de la <em>Pierre de b\u00e9zoard<\/em> et la derni\u00e8re le <em>Moyen de se pr\u00e9server des maladies contagieuses,<\/em> en suivant les ordonnances de Messieurs les Professeurs de M\u00e9decine de cette ville<a id=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Catelan se trompait quelque peu dans l\u2019ordre chronologique de ses publications puisque, comme nous l\u2019avons \u00e9crit plus haut, le <em>Trait\u00e9 de la pierre b\u00e9zoar <\/em>est ant\u00e9rieur d\u2019un an \u00e0 l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne.<\/em> En outre, notre apothicaire se vante un peu trop, puisqu\u2019aucun de ses livres ne semble avoir \u00e9t\u00e9 traduit en latin, et que seule le Trait\u00e9 du bezoar et l\u2019Histoire de\u2026 la lycorne furent effectivement publi\u00e9s en allemand<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. \u00c0 cette liste d\u2019ouvrages, il convient d\u2019ajouter le <em>Discours de la plante appel\u00e9e mandragore,<\/em> qui est post\u00e9rieur, et les <em>\u0152uvres pharmaceutiques de M. Fran\u00e7ois Ranchin, <\/em>que Catelan semble avoir aid\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger, et dont il signa la pr\u00e9face.<\/p>\n\n\n\n<p>Le go\u00fbt de Laurent Catelan pour les l\u00e9gendes et les singularit\u00e9s exotiques ne s\u2019exprimait donc pas seulement dans son cabinet de curiosit\u00e9s, puisque les th\u00e8mes de ses principaux ouvrages montrent la m\u00eame fascination pour l\u2019Orient lointain, les l\u00e9gendes, les rem\u00e8des aux propri\u00e9t\u00e9s miraculeuses ou occultes. L\u2019Alkerm\u00e8s et la Th\u00e9riaque, les pr\u00e9parations qu\u2019il pr\u00e9senta publiquement \u00e0 l\u2019universit\u00e9, sont les plus renomm\u00e9es, mais surtout les plus complexes et les plus myst\u00e9rieuses, avec leur centaine d\u2019ingr\u00e9dients. Et lorsqu\u2019il s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 des simples, c\u2019\u00e9taient la pierre de B\u00e9zoard, la corne de licorne et la Mandragore, trois panac\u00e9es aux propri\u00e9t\u00e9s l\u00e9gendaires. Dans la pr\u00e9face au <em>Trait\u00e9 du b\u00e9zoar,<\/em> il assurait n\u2019avoir r\u00e9dig\u00e9 cet ouvrage qu\u2019\u00ab en attendant de mieux faire, Dieu aidant, sur la Licorne, l\u2019ongle de l\u2019\u00e9lan<a id=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>, les vases de porcelaine<a id=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>, les pierres crapaudines<a id=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>, d\u2019arondeles, les oiseaux de Paradis, la remore, la salamandre, les pourpres, la mandragore, le cam\u00e9l\u00e9on, le p\u00e9lican, l\u2019asbestos<a id=\"_ftnref25\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a>, le byssus<a id=\"_ftnref26\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>, la momie, et sur telles autres singularit\u00e9s que j\u2019ai et que je pr\u00e9tends expliquer au premier jour\u2026<a id=\"_ftnref27\" href=\"#_ftn27\">[27] <\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/bpt6k1520404z_f7-1150x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5922\" width=\"478\" height=\"859\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>On conna\u00eet encore de nos jours la mandragore, cette plante \u00e0 la racine anthropomorphe n\u00e9e, dit-on, du sperme des pendus<a id=\"_ftnref28\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a>. Ent\u00e9rinant \u00e0 demi cette l\u00e9gende, Laurent Catelan distingue deux sortes de mandragore : \u00ab L\u2019une qui est rare et qui provient d\u2019une production extraordinaire, naissant en lieux \u00e9cart\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, et l\u2019autre qui se trouve \u00e0 la campagne\u2026 et qui est produite par la voie de semence en la m\u00eame forme que les autres sortes de plantes. \u00bb La premi\u00e8re provient \u00ab du sperme des hommes pendus \u00e8s gibets, ou \u00e9cras\u00e9s sur les roues\u2026 qui se liqu\u00e9fiant et coulant avec la graisse, et tombant goutte \u00e0 goutte dans la terre\u2026 produit ainsi cette plante de Mandragore, le sperme d\u2019un homme faisant en ce rencontre, pour produire cette plante, l\u2019office et l\u2019effet de graine. \u00bb Quant \u00e0 ses propri\u00e9t\u00e9s, elles ne peuvent \u00eatre dues qu\u2019au \u00ab diable qui s\u2019est fourr\u00e9 \u00bb dans cette plante, puisqu\u2019elle procure richesse, gloire, valeur guerri\u00e8re et,&nbsp; bien s\u00fbr, puissance sexuelle. Pour autant, il n\u2019y a pas de mal \u00e0 rechercher la plante \u00ab tant pour admirer sagement les merveilleuses productions de la Nature, que pour se servir des rares qualit\u00e9s, vertus et propri\u00e9t\u00e9s l\u00e9gitimes que Dieu lui a attribu\u00e9es \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Oubli\u00e9e, alors que beaucoup connaissent encore la corne de licorne, la pierre de b\u00e9zoard avait pourtant dans la pharmacop\u00e9e de la Renaissance un r\u00f4le tr\u00e8s similaire. Ambroise Par\u00e9 en avait critiqu\u00e9 l\u2019usage au m\u00eame titre que celui de la licorne, contant qu\u2019un cuisinier de Charles IX, condamn\u00e9 \u00e0 mort pour avoir d\u00e9rob\u00e9 des plats en argent, accepta \u00abtr\u00e8s volontiers\u00bb d\u2019\u00eatre empoisonn\u00e9 plut\u00f4t que pendu quand on s\u2019engagea \u00e0 lui administrer aussit\u00f4t apr\u00e8s le poison quelques grains de pierre de \u00ab Bezahar \u00bb. Le condamn\u00e9 mourut dans d\u2019atroces souffrances et \u00ab ainsi la pierre d\u2019Espagne, comme l\u2019exp\u00e9rience le montra, n\u2019eut aucune vertu. A cette cause le roi commanda qu\u2019on la jeta au feu, ce qui fut fait<a id=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a> .\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Laurent Catelan, qui s\u2019enorgueillissait de poss\u00e9der \u00ab un des plus beaux, plus rares et plus extraordinaires Bezoars \u00bb avait dans les propri\u00e9t\u00e9s de ce dernier la m\u00eame confiance qu\u2019en celles de la corne de licorne, mais distinguait soigneusement deux vari\u00e9t\u00e9s de la pr\u00e9cieuse pierre. Le b\u00e9zoard des anciens, le plus rare, est constitu\u00e9 des larmes pierreuses des vieux cerfs mourants. Le b\u00e9zoard des modernes, form\u00e9 \u00ab de petites pierres de diverse couleur et forme qu\u2019on tire de certains animaux comme ch\u00e8vres et chevreuils en Asie, ou comme moutons et brebis en Am\u00e9rique \u00bb, a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par les m\u00e9decins de Montpellier, m\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019Alkerm\u00e8s, \u00ab pour pr\u00e9server et gu\u00e9rir les maladies contagieuses qui ont grandement ravag\u00e9 cette province \u00e8s derniers troubles \u00bb. Il s\u2019agit en fait d\u2019une s\u00e9cr\u00e9tion calcaire que l\u2019on retrouve effectivement parfois dans l\u2019estomac de certains animaux, notamment les caprins<a id=\"_ftnref30\" href=\"#_ftn30\">[30]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1506\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-2048x1506.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5924\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-2048x1506.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-300x221.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-768x565.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-1536x1130.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/04\/Catelan-lycorne-408x300.jpg 408w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption>La licorne, unique gravure de l<em>\u2019Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usages de la lycorne<\/em>. Elle est inspir\u00e9e de celle, bien plus fine, qui illustrait l\u2019<em>Historia Animalium<\/em> de Conrad Gesner.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le trait\u00e9 de la licorne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab La sage nature souveraine de l\u2019univers, apr\u00e8s avoir comme par testament dispos\u00e9 de ses biens en faveur des cr\u00e9atures d\u2019ici-bas, et fourni le monde de ce qu\u2019elle jugea lui \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment n\u00e9cessaire pour son entretenement, elle lui tira sagement hors de la presse et loin des yeux les autres choses esquelles il y avait plus de majest\u00e9, d\u2019excellence et de valeur, pour autant qu\u2019elle ne veut pas \u00eatre forc\u00e9e \u00e0 profaner \u00e0 tous moments, et \u00e0 \u00e9taler tous les jours dans le march\u00e9 de ce monde les chefs d\u2019\u0153uvre et les merveilles qui sont par dessus le commun dou\u00e9s de non pareilles propri\u00e9t\u00e9s, de peur que par une trop famili\u00e8re accoutumance elles ne fussent mises au rabais et \u00e0 quelques f\u00e2cheux m\u00e9pris<a id=\"_ftnref31\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a>. \u00bb C\u2019est ainsi que commence l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>, et cette \u00e9l\u00e9gante accroche, justification philosophique de l\u2019amour des \u00ab curiosit\u00e9s et singularit\u00e9s \u00bb, pourrait tout aussi bien introduire les dissertations de Catelan sur le b\u00e9zoard ou la mandragore.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que la nature offre de plus beau est n\u00e9cessairement cach\u00e9, dit en substance Catelan, et il n\u2019y a pas bien loin de cette id\u00e9e aux th\u00e9ories occultistes qui avaient alors une certaine vogue. Les textes de l\u2019apothicaire montpelli\u00e9rain sont, en effet, plus proches des id\u00e9es m\u00e9dicales n\u00e9oplatoniciennes de Paracelse que de la th\u00e9rapeutique gal\u00e9niste classique d\u2019inspiration aristot\u00e9licienne, mais il peut citer \u00e0 quelques lignes d\u2019intervalle Ambroise Par\u00e9 et Marsile Ficin. Except\u00e9es quelques consid\u00e9rations sur les signatures dans le <em>Discours sur la mandragore<\/em> &#8211; avec sa forme humano\u00efde le sujet s\u2019y pr\u00eate particuli\u00e8rement<a id=\"_ftnref32\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a> &#8211; on ne trouve cependant rien dans les ouvrages de Catelan qui puisse le faire qualifier d\u2019herm\u00e9tiste<a id=\"_ftnref33\" href=\"#_ftn33\">[33]<\/a>. Il n\u2019est alchimiste que si l\u2019on donne tr\u00e8s largement ce nom \u00e0 tous les m\u00e9decins, et ils \u00e9taient alors l\u00e9gion, notamment \u00e0 Montpellier, qui s\u2019inspiraient des th\u00e9ories m\u00e9dicales essentialistes de Paracelse.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne, <\/em>le <em>Trait\u00e9 du b\u00e9zoard <\/em>et le <em>Discours sur la mandragore<\/em> sont des ouvrages similaires, mais le premier est sensiblement plus long et d\u00e9taill\u00e9. Les deux derniers opuscules traitent presqu\u2019uniquement des hypoth\u00e9tiques propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de ces rares et merveilleux produits; la licorne posait \u00e0 Catelan, comme aux autres auteurs de son \u00e9poque, une question pr\u00e9alable, celle de sa r\u00e9alit\u00e9, qui occupe pr\u00e8s la moiti\u00e9 du trait\u00e9 qu\u2019il lui a consacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le frontispice porte comme titre <em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usages de la lycorne<\/em>, mais le texte d\u00e9bute apr\u00e8s celui, plus sobre, de <em>Trait\u00e9 de la lycorne<\/em>. C\u2019est effectivement de tous les aspects de la licorne qu\u2019il est question dans ce petit in quarto dont voici le plan tel qu\u2019il nous est donn\u00e9 par l\u2019auteur :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais parce que plusieurs se persuadent en consid\u00e9ration d\u2019une raret\u00e9 si \u00e9trange que cette sorte de quadrup\u00e8de, Monoc\u00e9rot ou Unicorne, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 en la nature, et que ce que le vulgaire en r\u00e9cite ne sont que pures imaginations, j\u2019ai cru pour soudre toutes sortes de difficult\u00e9s et donner l\u2019intelligence de la v\u00e9rit\u00e9 au public, devoir diviser ce discours en quatre points ou articles principaux, esp\u00e9rant que par mon moyen demeurera ci-apr\u00e8s satisfait de l\u2019histoire de ce rare et pr\u00e9cieux animal, m\u2019y voulant d\u2019autant plus affectionner, puisque seul d\u2019entre les Fran\u00e7ais, au moins que nous sachions, je me trouverai seul avoir entrepris ce r\u00e9cit rare et si excellent<a id=\"_ftnref34\" href=\"#_ftn34\">[34]<\/a>.<br \/>\u00ab Par le premier article, je vous dirai qu\u2019est-ce qu\u2019il faut entendre par licorne, Unicorne et Monoc\u00e9rot.<br \/>\u00ab Au second, vous aurez la figure de la b\u00eate appel\u00e9e licorne, en quel pays on la trouve, comment on la prend \u00e0 la chasse, quelles sont les preuves pour reconna\u00eetre la corne d\u2019icelle, les vertus qui lui sont attribu\u00e9es et comment on la doit employer au fait de la m\u00e9decine.<br \/>\u00ab Tertio je vous rapporterai dix-huit notables objections en apparence assez pressantes de ceux qui veulent soutenir et dire que la licorne est purement imaginaire et fabuleuse, et que les propri\u00e9t\u00e9s qu\u2019on r\u00e9cite de sa corne sont enti\u00e8rement ridicules.<br \/>\u00ab Mais au contraire par le dernier article je ferai voir, confesser et dire \u00e0 tous ceux qui voudront me pr\u00eater audience, que les susdites objections sont abusives et insoutenables, pour conclure que l\u2019animal licorne est, et que grandes et merveilleuses sont les vertus de sa corne, pourvu qu\u2019elle soit de la vraie et l\u00e9gitime<a id=\"_ftnref35\" href=\"#_ftn35\">[35]<\/a>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les unicornes et la licorne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Vous disant donc, pour commencer \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie et aux esp\u00e8ces, qu\u2019il ne faut pas entendre par les susdites appellations une m\u00eame et semblable b\u00eate: d\u2019autant que le nom de monoc\u00e9rot en grec et unicorne en latin est v\u00e9ritablement un nom de genre comprenant quatre diverses sortes de b\u00eates arm\u00e9es d\u2019une seule corne, au lieu que la licorne est d\u2019entre les unicornes une esp\u00e8ce particuli\u00e8re\u2026<br \/> \u00ab \u2026 La premi\u00e8re forme de monoc\u00e9rot ou unicorne est un oiseau\u2026<br \/>\u00ab Secundo Par\u00e9 apr\u00e8s Olaus Magnus r\u00e9cite qu\u2019\u00e8s r\u00e9gions septentrionales, il s\u2019y trouve un monoc\u00e9rot ou unicorne marin\u2026<br \/>\u00ab Tertio, il y a en la nature une sorte d\u2019escargot\u2026 qui porte sur sa t\u00eate une corne\u2026\u00abFinalement la derni\u00e8re esp\u00e8ce de Monocerotes ou unicornes sont certains quadrup\u00e8des, huit en nombre, toutes ne portant qu\u2019une seule corne, dont la premi\u00e8re est cette sorte de b\u00eate qui porte sur ses narines une corne, en ayant moi une tout enti\u00e8re dans mon cabinet qui est massive, fort grosse et belle, et que j\u2019estime pr\u00e9cieuse et rare, lequel animal en cette consid\u00e9ration est appel\u00e9 rhynoc\u00e9ros ou naricornis, bien qu\u2019en effet il semble en porter une seconde, mais beaucoup moindre, sur le dos et de couleur verd\u00e2tre\u2026 laquelle on estime autant que la premi\u00e8re pour \u00eatre un souverain antidote contre les venins ou semblables choses qui tuent, d\u2019o\u00f9 les habitants des Indes, o\u00f9 on la trouve, ont pris occasion de croire que ce soit la vraie et tant renomm\u00e9e unicorne, chose n\u00e9anmoins absurde au rapport de ceux qui s\u2019y entendent [Catelan cite ici Garcia da Orta]\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2038\" height=\"1295\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5908\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino.jpg 2038w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino-300x191.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino-768x488.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino-1536x976.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/Catelan-rhino-472x300.jpg 472w\" sizes=\"auto, (max-width: 2038px) 100vw, 2038px\" \/><figcaption>Le Rhinoc\u00e9ros, gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>, copi\u00e9e sur la fameuse gravure du rhinoc\u00e9ros par Du\u0308rer.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab La seconde sont les Onagres, c\u2019est \u00e0 dire les \u00e2nes sauvages de la grandeur des chevaux ordinaires qu\u2019on dit se trouver\u2026 \u00e8s d\u00e9serts d\u2019\u00c9thiopie et \u00e8s environs du fleuve Hypasis aux Indes, comme aussi en Lycaonie, qui ont le corps blanc et la t\u00eate rouge, lesquels sont accus\u00e9s d\u2019une abominable jalousie envers leurs faons propres, en ce que soudain qu\u2019ils naissent, si la m\u00e8re n\u2019est diligente de les cacher pour quelques jours loin de la vue du p\u00e8re, il leur arrache \u00e0 belles dents leurs pauvres petits g\u00e9nitoires, d\u2019appr\u00e9hension que devenus grands ils ne viennent \u00e0 couvrir leur propre m\u00e8re\u2026 lesquels au reste&nbsp; ont une seule corne au front, grande d\u2019une coud\u00e9e et demie, blanche vers la racine, vers la pointe de couleur de pourpre et vers le milieu entrem\u00eal\u00e9e de couleur noire\u2026 De laquelle les Indiens ont accoutum\u00e9 de faire des tasses r\u00e9serv\u00e9es pour les seuls rois de telles contr\u00e9es, affirmant que qui y boit ne sentira de tout ce jour l\u00e0 aucun mal, voire aucune douleur de ces blessures. Et qui plus est par ce moyen on est pr\u00e9serv\u00e9 des maladies incurables et de l\u2019\u00e9pilepsie, \u00e0 ce qu\u2019ils disent\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1272\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-2048x1272.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5903\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-2048x1272.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-300x186.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-768x477.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-1536x954.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/3-Catelan-asinus-indicus-483x300.jpg 483w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption>L\u2019onagre ou \u00e2ne des Indes, gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne,<\/em> copi\u00e9e sur celle figurant dans l\u2019<em>Histoire des animaux <\/em>de Conrad Gesner. On y reconna\u00eet la silhouette de l\u2019\u00e2ne et quelques caract\u00e9ristiques (double corne, aspect trapu) du rhinoc\u00e9ros. Comme le pr\u00e9c\u00e9dent, cet animal est \u00abmis en situation\u00bb dans un paysage tr\u00e8s europ\u00e9en.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab Tertio, il y a des b\u0153ufs, ce dit Pline, et des vaches selon Cardan en \u00c9thiopie, qui sont unicornes, portant une corne longue d\u2019un pan ou davantage, et courb\u00e9e sur le derri\u00e8re.<br \/>\u00ab Quarto, \u00c9lien rapporte qu\u2019\u00e8s Indes il y a des chevaux arm\u00e9s d\u2019une seule corne, de laquelle faisant des tasses \u00e0 boire ceux qui s\u2019en servent sont garantis de toutes sorts de poisons et venins, quand m\u00eame on en aurait jet\u00e9 dans lesdites coupes.<br \/>\u00ab Quarto (sic), Thevet et apr\u00e8s lui Par\u00e9 en ses \u0153uvres nous repr\u00e9sentent un animal amphibie, appel\u00e9 camphurc, ayant quelque rapport aux chevaux ordinaires, hormis que les pieds du derri\u00e8re sont faits comme ceux d\u2019une oie, qui est au reste arm\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s belle et seule corne sur la t\u00eate.<br \/>\u00ab Sexto, il y a des chevreuils et des ch\u00e8vres qui portent une seule corne. Car l\u2019oryx d\u2019\u00c9gypte, esp\u00e8ce de ch\u00e8vre, est une esp\u00e8ce de monoc\u00e9rot ou unicorne, et le chevreuil gadderin des Indes de m\u00eame, selon Aristote, Mathiole et autres.<br \/>\u00ab Septimo Thevet en sa cosmographie r\u00e9cite qu\u2019en Finlande il y a une sorte de rangifer demi cerf et demi cheval qui est pareillement unicorne, et qui est une b\u00eate forte et grandement puissante, d\u2019o\u00f9 vient qu\u2019on l\u2019emploie \u00e0 l\u2019attelage des chariots<br \/>\u00ab Finalement la huiti\u00e8me et derni\u00e8re b\u00eate quadrup\u00e8de monoc\u00e9rot ou unicorne est celles qu\u2019\u00c9lien rapporte s\u2019appeler aux Indes Cartazonum et par le vulgaire en France, en Italie et en Espagne Lycorne, \u00e0 l\u2019endroit de laquelle seule privativement \u00e0 toutes les susmentionn\u00e9es, l\u2019usage a pr\u00e9valu en telle sorte qu\u2019on n\u2019entend \u00e0 pr\u00e9sent pour Monoc\u00e9ros ou Unicorne qu\u2019icelle seule en consid\u00e9ration des grandes, rares et extraordinaires propri\u00e9t\u00e9s qui sont attribu\u00e9es \u00e0 sa corne. A l\u2019histoire de laquelle particuli\u00e8re, il faut que maintenant je m\u2019arr\u00eate, d\u00e9laissant \u00e0 une autre occasion les susmentionn\u00e9es<a id=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\">[36]<\/a>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce chapitre plus \u00e9rudit que le reste de l\u2019ouvrage permet de citer bon nombre d\u2019auteurs, alors m\u00eame que leurs descriptions ne co\u00efncident pas avec l\u2019id\u00e9e que notre apothicaire se fait de la licorne, mais Catelan n\u2019a pas en ce domaine la virtuosit\u00e9 d\u2019un Gesner ou d\u2019un Bartholin. Confront\u00e9 \u00e0 la diversit\u00e9 des descriptions donn\u00e9es de la licorne tant par les anciens (Pline, Ct\u00e9sias et \u00c9lien), que par les modernes (Marco Polo, Barthema et quelques autres), certains ont pu douter de l\u2019existence r\u00e9elle de l\u2019animal. Catelan, comme d\u2019autres auteurs avant lui, conclut plut\u00f4t \u00e0 l\u2019existence de plusieurs animaux unicornes qu\u2019il prend soin de distinguer. Pour autant, s\u2019il fait des quadrup\u00e8des unicornes une large famille comprenant aussi bien l\u2019\u00e2ne des Indes que le rhinoc\u00e9ros, il se refuse \u00e0 leur attribuer indistinctement le nom de monoc\u00e9ros ou de licorne, qu\u2019il r\u00e9serve \u00e0 une esp\u00e8ce particuli\u00e8re. La distinction soigneuse entre licorne et rhinoc\u00e9ros n\u2019est gu\u00e8re originale; les auteurs du XVI\u00e8me si\u00e8cle se sont volontiers reproch\u00e9s les uns les autres de confondre les deux animaux. Une typologie aussi d\u00e9taill\u00e9e est en revanche moins usuelle, seul Thomas Bartholin ira plus loin en ce sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela frappe d\u2019autant plus que cette classification des quadrup\u00e8des unicornes est bien \u00e9trangement construite. On comprend ais\u00e9ment que b\u0153ufs, vaches, rhinoc\u00e9ros, camphur et rangifer soient distingu\u00e9s de la licorne. La corpulence des trois premiers interdit de les assimiler \u00e0 l\u2019animal repr\u00e9sent\u00e9 sur l\u2019unique gravure de l\u2019ouvrage. Les pattes palm\u00e9es du camphur en font une esp\u00e8ce bien \u00e0 part, et l\u2019habitat septentrional du rangifer, proche cousin du renne, le distingue d\u2019une licorne dont il \u00e9tait admis qu\u2019elle vivait dans les pays d\u2019Orient. On est d\u2019autant plus surpris de voir l\u2019appellation de \u00ab vraie licorne \u00bb refus\u00e9e aux \u00e2nes sylvestres de Ct\u00e9sias, aux chevaux unicornes d\u2019\u00c9lien, \u00e0 l\u2019oryx d\u2019Aristote, alors que, leur description ne diff\u00e9rant gu\u00e8re de l\u2019image habituelle de la licorne, de nombreux auteurs les consid\u00e9raient comme tels. Notant que la corne de certains d\u2019entre eux, l\u2019onagre ou \u00e2ne sylvestre et le cheval des Indes, est utilis\u00e9e comme contrepoison, Catelan semble d\u00e9truire \u00e0 l\u2019avance les arguments qui lui font distinguer la licorne d\u2019entre tous les quadrup\u00e8des unicornes \u00ab en raison des grandes, rares et extraordinaires propri\u00e9t\u00e9s qui sont attribu\u00e9es \u00e0 sa corne \u00bb. Certes, il n\u2019\u00e9tait pas seul \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 une telle distinction, que nous trouvons par exemple, quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, dans un trait\u00e9 de m\u00e9decine allemand, qui distinguait parmi les animaux dont la corne est un contrepoison efficace l\u2019\u00e2ne des Indes, le cheval des Indes, le rhinoc\u00e9ros, le monoc\u00e9ros, le camphur, le pirassouppi, tous d\u00e9crits comme unicornes, et le cerf<a id=\"_ftnref37\" href=\"#_ftn37\">[37]<\/a>. Laurent Catelan a vraisemblablement emprunt\u00e9 l\u2019essentiel de cette classification au trait\u00e9 sur la licorne d\u2019Andrea Bacci<a id=\"_ftnref38\" href=\"#_ftn38\">[38]<\/a>, dont on retrouve la trace en plusieurs points de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, ce classement pointilleux a la m\u00eame fonction dans les deux ouvrages. Les animaux unicornes sont d\u00e9j\u00e0 fort rares, le lecteur qui n\u2019en a jamais vu le sait fort bien, or voil\u00e0 qu\u2019on lui apprend que tous ceux-ci ne sont pas, loin de l\u00e0, d\u2019authentiques licornes. C\u2019est rendre plus rare encore le bel animal, et plus pr\u00e9cieuse sa corne, cette corne que Laurent Catelan montrait fi\u00e8rement dans son cabinet, et que poss\u00e9daient les M\u00e9dicis employeurs de Bacci. Comment expliquer autrement que des descriptions comme celles d\u2019\u00c9lien, de Ct\u00e9sias ou d\u2019Aristote, qui ne contredisent en rien la description habituelle de la licorne, soient r\u00e9fut\u00e9es, tandis qu\u2019est accept\u00e9 plus loin le t\u00e9moignage de Marco Polo, d\u00e9crivant de gros animaux patauds et gris se vautrant dans la boue. Compliquant encore les choses, Catelan revient plus loin sur les \u00e9videntes contradictions entre les descriptions de la licorne, arguant cette fois-ci que \u00abLes chiens de Pologne et d\u2019Angleterre ne sont-ils pas du tout dissemblables avec les m\u00eames de leur esp\u00e8ce? Les vieux boucs ne sont-ils pas diff\u00e9rents des jeunes chevreaux?\u2026<a id=\"_ftnref39\" href=\"#_ftn39\">[39]<\/a>\u00bb. Pour d\u00e9crire le monoc\u00e9ros, il fait m\u00eame appel \u00e0 l\u2019occasion \u00e0 des t\u00e9moignages d\u2019abord r\u00e9fut\u00e9s, comme celui de Ct\u00e9sias<a id=\"_ftnref40\" href=\"#_ftn40\">[40]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00abDe forme et figure fort diverse\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>La seconde partie de cette dissertation aurait pu \u00e0 elle seule porter son titre, <em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usages de la lycorne<\/em>. Laurent Catelan y d\u00e9crit tout d\u2019abord la licorne \u00abauthentique\u00bb. Abordant les m\u0153urs de l\u2019animal, il s\u2019attarde longuement sur les moyens de le chasser afin de se procurer la pr\u00e9cieuse corne. Il en vient enfin \u00e0 son domaine de pr\u00e9dilection, la pharmacie, convoquant d\u2019innombrables autorit\u00e9s pour confirmer les propri\u00e9t\u00e9s merveilleuses de la corne solitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pour repr\u00e9senter et dire, satisfaisant au second article, que cette rare et admirable b\u00eate, selon Pline apr\u00e8s Ct\u00e9sias, est de forme et figure fort diverse et \u00e9trange. Car de corpulence elle est comme un cheval, de crin comme un lion, de la t\u00eate comme un cerf, des pieds comme les \u00e9l\u00e9phants et de la queue comme les sangliers ordinaires, portant au beau milieu du front une corne de forme diverse, \u00e0 savoir selon quelques uns de couleur baie obscure, ou de couleur d\u2019ivoire et lyonn\u00e9e, ou selon d\u2019autres de couleur noire et contourn\u00e9e en quelque mani\u00e8re, finissant n\u00e9anmoins en pointe aigu\u00eb. <em>Inter supercilia cornu uno eodemque nigro, non levi quidem sed versuras quasdam naturales habente, atque in acutissimum mucronem desinente (\u00c9lien)<\/em><a id=\"_ftnref41\" href=\"#_ftn41\">[41]<\/a><em>.<\/em> S\u2019accordant n\u00e9anmoins tous en cela que les cornes de licorne sont presque toujours longues d\u2019environ deux coud\u00e9es, droites en haut \u00e9lev\u00e9es en telle sorte que cette b\u00eate semble en \u00eatre grandement superbe et belle<a id=\"_ftnref42\" href=\"#_ftn42\">[42]<\/a>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On reconna\u00eet sans difficult\u00e9 dans la licorne de Catelan le monoc\u00e9ros de Pline, qui est d\u2019ailleurs cit\u00e9 en marge de ce passage. Le proc\u00e9d\u00e9, pratique mais impr\u00e9cis, consistant, pour d\u00e9crire un animal inconnu, \u00e0 le ramener \u00e0 ses diff\u00e9rentes parties pour en faire une sorte de puzzle naturalistique \u00e9tait pass\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9 au Moyen-\u00c2ge. Le d\u00e9veloppement de la gravure a permis de d\u00e9crire autrement, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les nouveaux animaux d\u00e9couverts ou red\u00e9couverts au XVI\u00e8me si\u00e8cle, tatou ou rhinoc\u00e9ros, mais faute de mod\u00e8le r\u00e9el, les repr\u00e9sentations de la licorne sont rest\u00e9es tributaires des descriptions ant\u00e9rieures, et notamment du texte de Pline. Seul ajout de Catelan, le crin de lion ne se trouve ni chez Pline ni chez aucun des deux autres auteurs cit\u00e9s en marge de ce passage, \u00c9lien et Paul Jouve<a id=\"_ftnref43\" href=\"#_ftn43\">[43]<\/a>, qui semblent l\u00e0 uniquement pour faire bonne mesure car leurs descriptions de l\u2019animal sont assez \u00e9loign\u00e9es de celle de Catelan. La source pourrait \u00eatre la gravure de l\u2019<em>Historia Animalium <\/em>&nbsp;de Conrad Gesner, qui a servi de mod\u00e8le \u00e0 la gravure de l\u2019<em>Histoire de\u2026la licorne <\/em>et repr\u00e9sente un monoc\u00e9ros \u00e0 la crini\u00e8re assez abondante, mais sans que ce point ne soit confirm\u00e9 par le texte<a id=\"_ftnref44\" href=\"#_ftn44\">[44]<\/a>. L\u2019unique gravure du texte fran\u00e7ais, suivie en cela par les sept illustrations de l\u2019\u00e9dition allemande, reproduit consciencieusement ce d\u00e9tail en dotant le monoc\u00e9ros d\u2019une flamboyante crini\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1273\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-2048x1273.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5904\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-2048x1273.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-300x186.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-768x477.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-1536x954.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/4-Catelan-camphur-483x300.jpg 483w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption>Gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>. On remarquera la queue porcine du monoc\u00e9ros de Pline, la lourde crini\u00e8re autour du cou, ainsi que les pattes arri\u00e8res l\u00e9g\u00e8rement palm\u00e9es, qui montrent que le graveur a peut-\u00eatre eu sous les yeux la repr\u00e9sentation du Camphur dans la <em>Cosmographie universelle<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Thevet.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9f\u00e9rences se multiplient pour d\u00e9crire la corne de l\u2019animal: Boethius de Boodt, Paul Jouve, Andrea Bacci, Pline, Munster et de nouveau \u00c9lien. Ces sources sont loin d\u2019\u00eatre concordantes, et un auteur comme Andrea Bacci consacrait d\u00e9j\u00e0 plusieurs dizaines de pages \u00e0 discuter de l\u2019apparence, de la forme et de la nature de cette corne. Catelan s\u2019en tire ici par une pirouette: la corne de la licorne est\u2026 \u00ab de forme diverse \u00bb, ce qui lui permettra plus loin de revendiquer l\u2019authenticit\u00e9 de sa petite corne noire de deux coud\u00e9es de long, tout en acceptant celle de la grande ivoire blanche du roi de France, conserv\u00e9e \u00e0 Saint Denis.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">le Proph\u00e8te David en ses Psaumes<\/h2>\n\n\n\n<p>La Bible grecque des Septante parlait \u00e0 plusieurs reprises du monoc\u00e9ros, rendu par unicornis dans la Vulgate, puis par licorne ou ses \u00e9quivalents dans la quasi totalit\u00e9 des traductions jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle. G\u00e9n\u00e9ralement admise, la pr\u00e9sence de la licorne et de sa corne dans les \u00c9critures Saintes \u00e9tait alors l\u2019argument le plus solide ou en tout cas le plus difficilement contestable en faveur de l\u2019existence r\u00e9elle de l\u2019animal. La description de la corne de l\u2019animal est l\u2019occasion pour Catelan de rappeler certains de ces passages.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2026Et ainsi Louis Barth\u00e8me et Cadamoste<a id=\"_ftnref45\" href=\"#_ftn45\">[45]<\/a> r\u00e9citent en avoir vu deux vivantes, l\u2019une chez le grand seigneur en La Mecque, et une autre au palais du grand Cham de Tartarie qui \u00e0 raison de leur corne ne pouvaient pas pa\u00eetre \u00e0 Terre, mais tiraient le foin des r\u00e2teliers, parce que leur corne les emp\u00eachait d\u2019incliner la t\u00eate dans les cr\u00e8ches comme \u00e9tant fort longues et droites<a id=\"_ftnref46\" href=\"#_ftn46\">[46]<\/a>. Voila pourquoi le Proph\u00e8te Royal David en ses Psaumes, \u00e0 propos de la beaut\u00e9 de la corne de la licorne droite et haut \u00e9lev\u00e9e, esp\u00e9rait que Dieu rel\u00e8verait sa dignit\u00e9 royale comme \u00e0 la licorne, sa corne usurpant en cet endroit l\u2019appellation de corne pour couronne. <em>Et exaltabitur sicut Unicornis cornu meum.<\/em><a id=\"_ftnref47\" href=\"#_ftn47\">[47]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient ensuite la description par Marco Polo des licornes \u00ab desquelles au reste on r\u00e9cite qu\u2019elles se vautrent ordinairement de m\u00eame que les pourceaux dans la fange et vilenie, qu\u2019elles hurlent hideusement<a id=\"_ftnref48\" href=\"#_ftn48\">[48]<\/a>, et qu\u2019elles sont de m\u00eame que les lions des plus fortes, sauvages et furieuses b\u00eates qui soient au monde, aiguisant leur corne\u2026 pour la rendre plus per\u00e7ante\u2026 d\u2019o\u00f9 le Proph\u00e8te David prit occasion de prier Dieu qu\u2019il le garantit de la gueule des lions et de la force des licornes.<em> Salvum me fac ex ore leonis, et a cornibus unicornium humilitatem meam<\/em><a id=\"_ftnref49\" href=\"#_ftn49\">[49]<\/a>.\u00bb Catelan cite encore de la m\u00eame mani\u00e8re Isa\u00efe mena\u00e7ant les ennemis d\u2019Isra\u00ebl de la col\u00e8re divine, \u00ab et les licornes descendront avec lui, et les f\u00e9roces taureaux<a id=\"_ftnref50\" href=\"#_ftn50\">[50]<\/a>\u00bb, puis Job, \u00ab Te fieras-tu en la licorne, pour autant que sa force est grande<a id=\"_ftnref51\" href=\"#_ftn51\">[51]<\/a>\u00bb. Quelques pages plus loin, le m\u00eame proph\u00e8te est invoqu\u00e9 pour illustrer la puissance de l\u2019animal, \u00ab disant en propres termes, la lycorne te voudra-t-elle servir, ou demeurera-t-elle aupr\u00e8s de ta cr\u00e8che? Pourras-tu lier la licorne de ton lien pour labourer tes sillons? Rompra-t-elle les mottes de terre apr\u00e8s toi?<a id=\"_ftnref52\" href=\"#_ftn52\">[52]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1303\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-2048x1303.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5906\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-2048x1303.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-300x191.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-768x488.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-1536x977.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/6-Catelan-Pello-venena-procul-472x300.jpg 472w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption>La licorne acceptera-t-elle de te servir? La r\u00e9f\u00e9rence est erron\u00e9e, ce passage provenant du livre de Job (39,10) et non de celui d\u2019Isa\u00efe. Gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9f\u00e9rences bibliques ne sont pas originales. On les trouvait d\u00e9j\u00e0 chez Conrad Gesner, en 1551<a id=\"_ftnref53\" href=\"#_ftn53\">[53]<\/a>, et ce sont elles qui avaient fini par \u00ab convaincre \u00bb Ambroise Par\u00e9 de l\u2019existence r\u00e9elle de la licorne<a id=\"_ftnref54\" href=\"#_ftn54\">[54]<\/a>. Le fait que Catelan soit tout \u00e0 la fois marrane et protestant n\u2019est cependant peut-\u00eatre pas \u00e9tranger \u00e0 son insistance sur ce point.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la licorne \u00e0 la lycorne<\/h2>\n\n\n\n<p>En avan\u00e7ant dans la lecture de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>, on se fait une image de plus en plus pr\u00e9cise de l\u2019animal que Laurent Catelan imagine, animal qui se rapproche bien plus du sauvage monoc\u00e9ros des Indes que de la licorne des artistes. Le massif monoc\u00e9ros \u00e0 la voix grave de Pline, l\u2019unicornis de la Vulgate d\u00e9crit comme un taureau d\u00e9vastateur et indomptable, l\u2019unicorne de Marco Polo, \u00ab tr\u00e8s vilaine b\u00eate \u00e0 voir<a id=\"_ftnref55\" href=\"#_ftn55\">[55]<\/a>\u00bb sont bien diff\u00e9rents de la belle licorne blanche de l\u2019iconographie de la Renaissance. Certes, la force invincible de la licorne n\u2019est pas une id\u00e9e originale, on la trouvait d\u00e9j\u00e0 chez Isidore de S\u00e9ville et dans les bestiaires m\u00e9di\u00e9vaux confondant unicorne et rhinoc\u00e9ros. Mais s\u2019ils y font allusion, rares sont les auteurs de la Renaissance et des d\u00e9buts de l\u2019\u00e9poque moderne qui insistent aussi nettement sur cet aspect.<\/p>\n\n\n\n<p>Emprunt\u00e9e au <em>Discorso dell\u2019alicorno <\/em>d\u2019Andrea Bacci<a id=\"_ftnref56\" href=\"#_ftn56\">[56]<\/a>, l\u2019\u00e9tymologie du mot lycorne qui nous est propos\u00e9e renforce encore cette impression. \u00ab On a appel\u00e9 cet animal en France et en Italie Lycorne, car \u00e7a a \u00e9t\u00e9 comme pour dire Lion-corne, non pas pour avoir le crin semblable \u00e0 celui des lions ordinaires\u2026mais bien d\u2019autant que cette b\u00eate est fort sauvage et furieuse de m\u00eame que les lions, comme j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, auxquels pour ce regard elle se rapporte<a id=\"_ftnref57\" href=\"#_ftn57\">[57]<\/a>.\u00bb Bacci ignorait que la f\u00e9rocit\u00e9 de la licorne devait plus au pataud rhinoc\u00e9ros qu\u2019au fier lion<a id=\"_ftnref58\" href=\"#_ftn58\">[58]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauvage, f\u00e9roce, indomptable, la lycorne de Laurent Catelan n\u2019est pas une haquen\u00e9e. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui lui fait refuser l\u2019appellation de licorne \u00e0 l\u2019oryx unicorne d\u2019Aristote, ou \u00e0 l\u2019\u00e2ne des Indes de Ct\u00e9sias, trop modestes pour soutenir la comparaison avec les effrayants monoc\u00e9ros qui \u00ab se retirent aux d\u00e9serts dans de profondes, obscures et plus inaccessibles tani\u00e8res des montagnes parmi les crapauds et autres insectes vilains et sales<a id=\"_ftnref59\" href=\"#_ftn59\">[59]<\/a>.\u00bb De sa retraite, la licorne ne ressort que \u00ab tr\u00e8s rarement\u2026 et nullement pour s\u2019associer avec d\u2019autres b\u00eates, non pas m\u00eame avec celles de sa propre esp\u00e8ce. Car hors de la copulation que Dieu a ordonn\u00e9e pour la propagation de celles de sa sorte, lesdites licornes sont furieusement enrag\u00e9es les unes contre les autres<a id=\"_ftnref60\" href=\"#_ftn60\">[60]<\/a>.\u00bb On voit plus loin Catelan se demander tr\u00e8s s\u00e9rieusement pourquoi la licorne, irr\u00e9sistiblement attir\u00e9e par les jeunes pucelles, s\u2019endort dans leur giron au lieu de les violer sur place comme son temp\u00e9rament le laisserait pr\u00e9sager<a id=\"_ftnref61\" href=\"#_ftn61\">[61]<\/a>. G\u00ean\u00e9 peut-\u00eatre par l\u2019insistance avec laquelle l\u2019auteur d\u00e9crivait la force et la sauvagerie de l\u2019animal, le graveur charg\u00e9 d\u2019illustrer la traduction allemande de l\u2019ouvrage se sentit oblig\u00e9 de rappeler la vision classique de la jolie b\u00eate. La premi\u00e8re gravure nous montre donc une licorne symbole de l\u2019Innocence et la Foi (Candor et Fides), devant une \u00e9glise, pr\u00eate \u00e0 affronter les forces du mal, figur\u00e9es par un d\u00e9mon dont l\u2019aspect \u00e9voque plut\u00f4t la gravure romantique du XIX\u00e8me si\u00e8cle que les naturalistes de la Renaissance.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1989\" height=\"1289\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5902\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides.jpg 1989w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides-300x194.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides-768x498.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides-1536x995.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/2-Catelan-Candore-et-Fides-463x300.jpg 463w\" sizes=\"auto, (max-width: 1989px) 100vw, 1989px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La plus grande partie de l\u2019ouvrage est consacr\u00e9e aux usages m\u00e9dicaux de la corne de licorne. Nous verrons que l\u2019argumentation m\u00e9dicale de Laurent Catelan est largement tributaire des th\u00e9ories de Marsile Ficin et Paracelse, selon lesquelles le semblable se gu\u00e9rit par le semblable. D\u00e9sireux d\u2019expliquer comment la corne de licorne peut \u00eatre un puissant antidote contre tous les poisons, il va jusqu\u2019\u00e0 supposer que la corne elle-m\u00eame est \u00ab virtuellement \u00bb v\u00e9n\u00e9neuse<a id=\"_ftnref62\" href=\"#_ftn62\">[62]<\/a>, qu\u2019une vraie corne doit \u00eatre \u00ab f\u00e9tide et puante<a id=\"_ftnref63\" href=\"#_ftn63\">[63]<\/a>\u00bb, et que \u00ab les douleurs et la rage continuelle qui rend [les licornes] extraordinairement sauvages, errantes et furieuses ne proc\u00e8dent que de la virulence et qualit\u00e9 corrompue des humeurs qui leur causent telle rage, et qui les occasionnent \u00e0 rechercher l\u2019eau infecte\u2026\u00bb. La licorne, Pline l\u2019\u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 de son monoc\u00e9ros, ne peut \u00eatre captur\u00e9e vivante. Signe d\u2019une sauvagerie extr\u00eame, mais aussi d\u2019une certaine noblesse, l\u2019animal, s\u2019il vient \u00e0 \u00eatre pris, se laisse d\u00e9p\u00e9rir, \u00e9crit Catelan citant Albert le Grand<a id=\"_ftnref64\" href=\"#_ftn64\">[64]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un animal aussi redoutable ne pouvait se rencontrer qu\u2019en des lieux recul\u00e9s, sauvages et \u00e0 peine fr\u00e9quent\u00e9s par l\u2019homme. Aussi peu g\u00e9ographe que Par\u00e9, Catelan ne s\u2019attarde gu\u00e8re sur le sujet. Sa lycorne se \u00ab trouve en trois parties du monde. A savoir au pays des N\u00e8gres, en \u00c9thiopie, selon Cadamoste, disant qu\u2019un esclave de ses c\u00f4tes l\u2019avait assur\u00e9 au Roi de Portugal, en la pr\u00e9sence de Pierre de Syntre. Secundo, selon Bartheme, en quelque endroit du nouveau monde, \u00e0 savoir \u00e0 Caraian, Basman et Lambry, \u00celes de Java, \u00e8s Indes Orientales selon Paul de Venise\u2026 \u00bb. Tr\u00e8s approximatives, m\u00eame pour l\u2019\u00e9poque, les r\u00e9f\u00e9rences g\u00e9ographiques de Catelan laissent deviner qu\u2019il manquait un globe terrestre \u00e0 son cabinet de curiosit\u00e9s. Le navigateur italien Alvise de Cadamosto n\u2019a visit\u00e9 que l\u2019Afrique de l\u2019Ouest alors que le terme d\u2019\u00c9thiopie d\u00e9signait d\u00e9j\u00e0 plut\u00f4t l\u2019Afrique Orientale, et m\u00eame en incluant dans le Nouveau Monde l\u2019ensemble des Indes orientales r\u00e9cemment explor\u00e9es, il est difficile d\u2019y situer La Mecque, ou Luigi Barthema vit deux licornes. Quant aux royaumes de Caraian, Basman et Lambry, effectivement cit\u00e9s par Marco Polo, du moins pour les deux premiers d\u2019entre eux, ils ne disaient sans doute gu\u00e8re plus \u00e0 Catelan qu\u2019\u00e0 ses lecteurs. Reste que la fonction essentielle de ce bref passage n\u2019est pas de nous dire pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 trouver des licornes, mais simplement de renforcer encore l\u2019exotisme de l\u2019animal, et donc la raret\u00e9 de la corne que l\u2019apothicaire s\u2019enorgueillissait de poss\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait que, depuis le roman d\u2019Alexandre, la licorne fut souvent associ\u00e9e au grand conqu\u00e9rant et Catelan voit dans une monnaie poss\u00e9d\u00e9e par le Duc de Ferrare une preuve suppl\u00e9mentaire de la pr\u00e9sence de l\u2019animal dans l\u2019Orient lointain. Cette m\u00e9daille, tout comme quelques autres o\u00f9 figuraient des licornes, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des preuves sinon de l\u2019existence de l\u2019animal, du moins de l\u2019anciennet\u00e9 du mythe. Andr\u00e9a Bacci, repris sur ce point par Catelan, croyait que cette m\u00e9daille, \u00ab chose fort antique et remarquable \u00bb, \u00ab sur laquelle il y avait une licorne, qui s\u2019inclinait tout doucement, buvait du vin dans un vase et au revers \u00e9tait \u00e9crit en lettres grecques, \u00e0 savoir au langage dudit Alexandre, Nyzeon \u00bb avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par Alexandre le Grand \u00ab pour montrer qu\u2019il avait acquis les r\u00e9gions o\u00f9 se trouvaient les tant rares et merveilleuses licornes<a id=\"_ftnref65\" href=\"#_ftn65\">[65]<\/a>\u00bb. Plus pr\u00e9cis que Catelan, Bacci affirmait que cette m\u00e9daille c\u00e9l\u00e9brait la conqu\u00eate par Alexandre de la r\u00e9gion du mont Nysa, lieu de la naissance de Bacchus<a id=\"_ftnref66\" href=\"#_ftn66\">[66]<\/a>. Loin de douter de l\u2019authenticit\u00e9 de la m\u00e9daille, Thomas Bartholin, qui ne l\u2019avait pas plus vue que Catelan, se demandait seulement si elle concernait le mont Nysa ou Nic\u00e9e en Bithynie\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/7-Catelan-medaille.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5907\" width=\"431\" height=\"665\"\/><figcaption>La m\u00e9daille d\u2019Alexandre, gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L\u2019image de la licorne trempant sa corne dans une fontaine n\u2019apparaissant pas dans l\u2019iconographie avant le XV\u00e8me si\u00e8cle, cette m\u00e9daille est sans doute, comme la plupart des \u00ab cam\u00e9es antiques \u00bb exhum\u00e9s de temps \u00e0 autre par les chasseurs de licorne<a id=\"_ftnref67\" href=\"#_ftn67\">[67]<\/a>, une imitation plus r\u00e9cente, peut-\u00eatre italienne. On sait que la mode des collections de cam\u00e9es, m\u00e9dailles et monnaies antiques donna lieu \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 bien des contrefa\u00e7ons. La licorne passant alors pour un animal de l\u2019Orient, ou \u00e0 tout le moins pour un mythe h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Antiquit\u00e9, il n\u2019y avait rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que son effigie figur\u00e2t sur de telles pi\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comment capturer la licorne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Et voila ce qui concerne le naturel de cet animal tant rare, afin de passer outre et parler de sa chasse, sur quoi je trouve trois opinions aucunement diff\u00e9rentes. La premi\u00e8re, d\u2019un roi d\u2019\u00c9thiopie, la seconde d\u2019Isidore, et l\u2019autre de Tzetz\u00e8s, qui vivait en l\u2019an de notre seigneur 1176.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si les deux premi\u00e8res de ces sources sont assez classiques, la troisi\u00e8me l\u2019est moins mais nous verrons qu\u2019elle a son utilit\u00e9 dans la logique de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Primo, un roi d\u2019\u00c9thiopie, en l\u2019\u00e9p\u00eetre h\u00e9bra\u00efque qu\u2019il a \u00e9crite au Pontife de Rome, dit que le lion craint grandement la licorne, et quand il la voit, il se retire vers quelque grand arbre, et se cache derri\u00e8re. Lors la licorne le voulant poursuivre, fiche sa corne bien avant dans l\u2019arbre et demeure l\u00e0 prise, et lors le lion la tue, puis on la trouve ainsi morte<a id=\"_ftnref68\" href=\"#_ftn68\">[68]<\/a>.\u00bb La lettre envoy\u00e9e au pape par le Pr\u00eatre Jean, premier texte contant l\u2019affrontement du lion et de la licorne, avait connu un grand succ\u00e8s dans les premiers temps de l\u2019imprimerie. Le texte de Catelan reprend ici presque mot pour mot celui d\u2019Ambroise Par\u00e9 dans son <em>Discours de la licorne. <\/em>Ce proc\u00e9d\u00e9 n\u2019\u00e9tait cependant pas le plus connu, ni celui sur lequel Catelan s\u2019attarde le plus. Sans doute \u00e9tait-il plus facile au chasseur de licorne de se procurer une jeune vierge que de capturer un lion.<br \/>\u00ab Secundo les deux autres auteurs disent qu\u2019on prend et attrape les licornes par l\u2019aide et industrie d\u2019une jeune fille pucelle qu\u2019on appose s\u00e9ante au pied des montagnes o\u00f9 on pense que telles b\u00eates se retirent: l\u00e0 o\u00f9 il advient, ce dit l\u2019histoire, que la licorne flairant de loin cette fille et prenant la course d\u2019une furie apparente vers cette vierge, soudain qu\u2019elle l\u2019aborde, au lieu que cette b\u00eate doive mal faire, attaquer et d\u00e9chirer cruellement cette fille suivant sa rage naturelle, au contraire ladite pucelle, avec les bras \u00e9tendus la recevant amoureusement pour lui faire caresses. Cette pauvre b\u00eate incline tout doucement la t\u00eate, et se couchant en terre pose son chef sur le giron de cette fille, et prend un singulier plaisir qu\u2019elle lui frotte tout doucement le crin et la t\u00eate avec des huiles, onguents ou eaux bonnes et soufflairantes comme si elle le faisait par amourettes. Sur quoi cette mis\u00e9rable b\u00eate s\u2019endort, et se trouve saisie d\u2019un si profond somme que les chasseurs l\u00e0 pr\u00eats au guet, \u00e9piant le signal que leur donnera la fille, ont force loisir de s\u2019approcher avec liens et cordages pour la saisir et prendre. Mais s\u2019\u00e9veillant par la douleur des bandages et se voyant ainsi prise, alors d\u2019une furie incroyable, comme si elle voulait accuser la trahison de cette vierge, elle hurle si piteusement et de telle rage qu\u2019on ne la peut pas longuement entretenir en vie\u2026 Ainsi cet animal, <em>furore, se videns vinci, se ipsum occidit.<\/em><br \/>\u00ab Que si par quelque grande diligence on l\u2019en emp\u00eache pour l\u2019heure, ce n\u00e9anmoins pendant ce peu de temps qu\u2019on la peut conserver en vie, elle reste tellement farouche et indomptable, que jamais on n\u2019en a pu apprivoiser aucune\u2026<a id=\"_ftnref69\" href=\"#_ftn69\">[69]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1299\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-2048x1299.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5905\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-2048x1299.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-300x190.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-768x487.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-1536x974.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/5-Catelan-chasse-473x300.jpg 473w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption>Gravure de l\u2019\u00e9dition allemande de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>. La jeune fille habill\u00e9e \u00e0 l\u2019orientale verse un fluide sur la t\u00eate de la licorne pour l\u2019endormir, pendant qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan les chasseurs s\u2019appr\u00eatent \u00e0 capturer l\u2019animal.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La l\u00e9gende de la capture de la licorne \u00e0 l\u2019aide d\u2019une jeune vierge servant d\u2019app\u00e2t et dans le giron de laquelle le f\u00e9roce animal vient s\u2019endormir est tr\u00e8s ancienne, mais elle prend chez Catelan une forme originale. Nulle part, ni dans les bestiaires m\u00e9di\u00e9vaux, ni dans les <em>\u00c9tymologies<\/em> d\u2019Isidore de S\u00e9ville dont se r\u00e9clame pourtant Catelan, ni dans l\u2019<em>Historia Animalium<\/em> de Conrad Gesner qui est&nbsp; cit\u00e9e en marge en cet endroit, on ne lit que la jeune fille, pour faciliter l\u2019endormissement de la licorne, doive masser le cr\u00e2ne de l\u2019animal avec des huiles et des onguents.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurent Catelan, on retrouve ce parti-pris dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre, tenait pour fond\u00e9es la plupart des l\u00e9gendes que l\u2019on racontait sur la licorne. Il n\u2019y \u00e9tait pas oblig\u00e9: \u00e0 la m\u00eame date, d\u2019autres auteurs comme Caspar et Thomas Bartholin croyaient \u00e0 l\u2019existence de la licorne mais n\u2019en jugeaient pas moins ces r\u00e9cits fabuleux; Andr\u00e9 Thevet n\u2019y voyait que \u00ab Discours de M\u00e9lusine \u00bb. Que la cavale blanche tremp\u00e2t sa corne dans l\u2019eau pour la laver de tout poison, ou qu\u2019elle s\u2019endorm\u00eet sur les genoux d\u2019une jeune vierge, notre apothicaire acceptait cela comme un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9el, naturel. Dans la description comme dans l\u2019explication, il lui fallait donc r\u00e9duire autant que faire se pouvait la part du merveilleux. Ce stratag\u00e8me employ\u00e9 pour endormir la b\u00eate suffit \u00e0 faire d\u2019un r\u00e9cit fabuleux une description cr\u00e9dible, presque technique, de la chasse \u00e0 la licorne, impression encore renforc\u00e9e dans l\u2019\u00e9dition allemande par une gravure montrant la jeune fille versant une huile sur l\u2019\u00e9paisse crini\u00e8re de l\u2019animal. La suite du texte renforce encore cette impression.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais Tzetz\u00e8s contre cette proc\u00e9dure assure qu\u2019au lieu d\u2019une fille vierge, on peut supposer un jeune gar\u00e7on, pourvu qu\u2019il soit habill\u00e9 en fille, et qu\u2019ainsi la chasse et la prise se succ\u00e8dent de m\u00eame<a id=\"_ftnref70\" href=\"#_ftn70\">[70]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Rien n\u2019obligeait Catelan \u00e0 emprunter \u00e0 Conrad Gesner cette surprenante citation d\u2019un grammairien grec du XII\u00e8me si\u00e8cle, que l\u2019on ne trouve \u00e0 ma connaissance dans aucun autre ouvrage de son temps sur la licorne. Si le r\u00e9cit de Tzetz\u00e8s int\u00e9resse ainsi notre apothicaire, c\u2019est qu\u2019il&nbsp; montre bien qu\u2019il n\u2019y a rien de magique dans la chasse \u00e0 la licorne, quand l\u2019animal peut se laisser prendre \u00e0 un assez grossier subterfuge. C\u2019est bien \u00e0 une d\u00e9mythification de la l\u00e9gende que se livre ici Catelan, non pour la nier comme le font d\u2019autres \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, mais pour la ramener \u00e0 une simple r\u00e9alit\u00e9 naturelle et explicable. Nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019\u00e2ge des merveilles mais \u00e0 celui des raret\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au risque de contredire la citation de Tzetz\u00e8s, Catelan revient plus loin sur cette chasse \u00e0 la licorne. \u00ab Ne savons-nous pas, et les m\u00e9decins avec les sages femmes, que [la virginit\u00e9 d\u2019une fille] est une chose non seulement malais\u00e9e, mais impossible de reconna\u00eetre? N\u2019est-il pas \u00e9crit aux saintes lettres qu\u2019entre quatre choses inconnues \u00e0 l\u2019homme, c\u2019est de juger si une fille est vierge?<a id=\"_ftnref71\" href=\"#_ftn71\">[71]<\/a>\u00bb. L\u00e0 encore, l\u2019apothicaire trouve une explication \u00ab naturelle \u00bb, rationnelle, car \u00ab les animaux irraisonnables ont leurs facult\u00e9s sensibles, hormis la raison, plus exquises que les personnes, pouvant parvenir \u00e0 cette connaissance par l\u2019odorat qu\u2019elles ont grandement bon, parfait et exact\u2026 et ainsi je dis que par l\u2019odorat la licorne reconna\u00eet fort bien la fille vierge d\u2019avec une d\u00e9flor\u00e9e, car soudain qu\u2019une fille a perdu son pucelage elle perd cette bonne senteur de son corps\u2026<a id=\"_ftnref72\" href=\"#_ftn72\">[72]<\/a>\u00bb. Et Catelan de nous signaler plus loin, \u00e0 l\u2019appui de sa d\u00e9monstration, qu\u2019un dragon qui terrorisait une ville d\u2019Italie et auquel on avait coutume d\u2019offrir de temps \u00e0 autre une jeune fille en sacrifice \u00abr ecevait l\u2019offrande des vierges seules, rejetant celles des autres d\u2019o\u00f9 on prenait occasion d\u2019en punir souvent quelques-unes comme impudiques\u2026<a id=\"_ftnref73\" href=\"#_ftn73\">[73]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019explication n\u2019est pas neuve. Les textes m\u00e9di\u00e9vaux, comme le <em>Bestiaire d\u2019amour<\/em> de Richard de Fournival, sugg\u00e9raient parfois que l\u2019odorat \u00e9tait pour quelque chose dans l\u2019attirance de la licorne pour les jeunes vierges: \u00ab Et je fus pris \u00e9galement par l\u2019odorat, tout comme la licorne qui s\u2019endort au doux parfum de la virginit\u00e9 de la demoiselle\u2026 Car lorsque son flair lui en fait d\u00e9couvrir une, elle va s\u2019agenouiller devant elle et la salue humblement et avec douceur comme si elle se mettait \u00e0 son service<a id=\"_ftnref74\" href=\"#_ftn74\">[74]<\/a>.\u00bb Tzetz\u00e8s, qui commen\u00e7ait sa description du monoc\u00e9ros en pr\u00e9cisant que \u00ab cet animal f\u00e9roce aime les bonnes odeurs\u00bb \u00e9crivait quelques lignes plus bas que le jeune homme qui sert d\u2019app\u00e2t doit \u00eatre \u00ab parfum\u00e9 avec des ar\u00f4mes tr\u00e8s odorants<a id=\"_ftnref75\" href=\"#_ftn75\">[75]<\/a>\u00bb. Jamais cependant les sp\u00e9culations sur l\u2019<em>odor castitatis<\/em> n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9es aussi loin. L\u00e0 encore, comme lorsqu\u2019il reprend le r\u00e9cit de Tzetz\u00e8s, Catelan veut rendre la licorne plus cr\u00e9dible sans pour autant abandonner les l\u00e9gendes qui la font merveilleuse. Le moins que l\u2019on puisse dire est qu\u2019en gagnant du flair, elle perd aussi du charme.<\/p>\n\n\n\n<p>Catelan ne pense pas qu\u2019il soit absolument n\u00e9cessaire de chasser la licorne pour se procurer sa corne, puisque \u00ab on en rencontre par hasard sous terre enterr\u00e9es sous le sable, qu\u2019on pr\u00e9suppose avoir \u00e9t\u00e9 des licornes mortes, et desquelles les corps et carcasses par trait de temps ont \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9es, si ce n\u2019est que telles cornes encore se trouvent en chemin comme tomb\u00e9es des t\u00eates des licornes en certains \u00e2ges, comme il advient aux cerfs et aux \u00e9l\u00e9phants<a id=\"_ftnref76\" href=\"#_ftn76\">[76]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La corne de monsieur Catelan<\/h2>\n\n\n\n<p>Toutes les dix pages environ, Laurent Catelan nous rappelle qu\u2019il a en sa possession une corne de licorne \u00ab toute enti\u00e8re, de longueur de cinq pans ou peu s\u2019en manque, sinon de la grandeur de celles des Seigneurs et Monarques, qui sont de couleur d\u2019ivoire, \u00e0 tout le moins qui r\u00e9pond \u00e0 la vraie description, attribu\u00e9e \u00e0 la vraie licorne par Pline, \u00c9lien, Paul de Venise [ici Marco Polo] et autres. A savoir d\u2019\u00eatre droite, de couleur noire, contourn\u00e9e jusques au milieu et \u00e0 la cime fort pointue, ayant au dedans une moelle qui ressemble \u00e0 l\u2019ivoire, couverte d\u2019une \u00e9corce semblable au lard<a id=\"_ftnref77\" href=\"#_ftn77\">[77]<\/a>.\u00bb L\u2019insistance du pharmacien pourrait laisser penser, ce n\u2019est pas totalement \u00e0 exclure, qu\u2019il cherchait en publiant son ouvrage \u00e0 convaincre un \u00e9ventuel acqu\u00e9reur. A tout le moins escomptait-il quelques clients pour la poudre qu\u2019il ne manquait pas de tirer de la pr\u00e9cieuse corne, puisque sous couvert de r\u00e9pondre aux objections des d\u00e9tracteurs de la licorne, il consacre une bonne moiti\u00e9 de son ouvrage aux propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de ce produit.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais avant d\u2019en arriver l\u00e0, pour bien convaincre le lecteur de l\u2019authenticit\u00e9 de la corne, il fallait lui expliquer comment distinguer la vraie de la fausse, comment \u00e9chapper aux imposteurs si nombreux parmi les trafiquants de corne de licorne. Laurent Catelan se trouvait ici face \u00e0 un probl\u00e8me apparemment insoluble. La corne qu\u2019il poss\u00e9dait, et il croyait vraisemblablement en son authenticit\u00e9, provenait sans doute, d\u2019apr\u00e8s la description qu\u2019il nous en fait, d\u2019une antilope. Elle \u00e9tait certes spiral\u00e9e mais elle diff\u00e9rait grandement, par sa taille, sa couleur et sa substance, des d\u00e9fenses de narval qui ornaient les tr\u00e9sors royaux et dont il ne pouvait \u00eatre question de nier l\u2019authenticit\u00e9. L\u2019apothicaire nous assure donc que \u00ab les diversit\u00e9s de couleur et de grandeur aux cornes des licornes proviennent de la diversit\u00e9 des r\u00e9gions o\u00f9 on les trouve, ou de divers \u00e2ges des b\u00eates licornes qui les portent\u2026<a id=\"_ftnref78\" href=\"#_ftn78\">[78]<\/a>\u00bb. D\u2019ailleurs, insiste-t-il, \u00ab je soutiens et crois quant \u00e0 moi pour chose certaine, que celle qui appartient \u00e0 notre roi \u00e0 Saint-Denis en France, qui est belle et longue, de couleur d\u2019ivoire ou lyonn\u00e9e, peut avoir \u00e9t\u00e9 d\u2019une belle et grande licorne en son \u00e2ge parfait trouv\u00e9e dans les r\u00e9gions orientales, l\u00e0 o\u00f9 la chaleur du soleil ne noircit point les habitants, ni les cornes des b\u00eates. Au contraire, celle que j\u2019ai et qui r\u00e9pond \u00e0 la couleur que Pline, Paul de Venise et \u00c9lien attribuent \u00e0 la licorne, \u00e0 savoir \u00eatre parfaitement noire et non si longue que la pr\u00e9c\u00e9dente, est ou peut avoir \u00e9t\u00e9 de quelque jeune licorne d\u2019\u00c9thiopie, puisque le soleil y noircit non seulement les cornes des b\u00eates, mais aussi les personnes, qui sont les vrais Maures Abyssins, sujets du grand Pr\u00eatre Jean roi d\u2019\u00c9thiopie\u2026<a id=\"_ftnref79\" href=\"#_ftn79\">[79]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute \u00e9tait-elle de m\u00eame nature que la \u00ab grande corne noire, rid\u00e9e et un peu courb\u00e9e, longue de quatre pans, que les uns disent \u00eatre du Pacos, animal qui porte le b\u00e9zoard, les autres de gazelle, et les autres de licorne \u00e9thiopique<a id=\"_ftnref80\" href=\"#_ftn80\">[80]<\/a>\u00bb qui se trouvait \u00e0 Castres dans le cabinet du collectionneur Pierre Borel. Laurent Catelan pouvait bien affirmer que la corne noire fi\u00e8rement exhib\u00e9e dans son cabinet de curiosit\u00e9s \u00e9tait d\u2019une licorne d\u2019\u00c9thiopie, cela ne suffisait pas \u00e0 lui donner la m\u00eame valeur marchande qu\u2019aux \u00ab vraies licornes \u00bb, les belles d\u00e9fenses de narval. A la mort de l\u2019apothicaire, en 1647, sa collection \u00ab consistant en toutes et chacunes les drogues, coquilles, poissons, statues, m\u00e9dailles, livres, curiosit\u00e9s, raret\u00e9s, ensemble les \u00e9tages, b\u00eates, tableaux, garde-robes, bois et autres choses qui sont dans ledit cabinet \u00bb fut en effet vendue en bloc pour 300 modestes livres<a id=\"_ftnref81\" href=\"#_ftn81\">[81]<\/a>, alors qu\u2019une seule d\u00e9fense de narval se n\u00e9gociait encore jusqu\u2019\u00e0 dix fois ce prix.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Une rumeur voulait que les belles cornes de licorne des tr\u00e9sors royaux n\u2019aient \u00e9t\u00e9 en fait que des d\u00e9fenses d\u2019\u00e9l\u00e9phant habilement travaill\u00e9es, \u00ab fa\u00e7onn\u00e9es par artifice de quelques habiles hommes qui savent ramollir et allonger les dents des \u00e9l\u00e9phants, les cornes de rhinoc\u00e9ros, de cheval marin, de Rohart qui est l\u2019ivoire de mer \u00bb en \u00ab faisant bouillir l\u2019ivoire dans une d\u00e9coction de soufre et de cendres et de coquilles \u00bb, ou dans \u00abune d\u00e9coction de racine de mandragore<a id=\"_ftnref82\" href=\"#_ftn82\">[82]<\/a>\u00bb. Mais, nous assure Catelan, \u00ab que les belles cornes de licornes que les rois et les monarques ont dans leur tr\u00e9sor soient factices, cela est absurde de l\u2019all\u00e9guer. Car que tous les drogueurs du monde s\u2019assemblent pour allonger et fa\u00e7onner l\u2019ivoire ou autres telles cornes, je soutiens que cela leur sera \u00e9ternellement impossible, quelque diligence ou secret qu\u2019ils y apportent. Car ores on puisse ramollir un peu les cornes dans l\u2019eau bouillante ou par autres artifices sus all\u00e9gu\u00e9s, ce n\u2019est pas \u00e0 dire pourtant qu\u2019on les puisse allonger et fa\u00e7onner pour faire de pi\u00e8ces si belles comme est celle qui est \u00e0 saint Denis\u2026<a id=\"_ftnref83\" href=\"#_ftn83\">[83]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;N\u00e9anmoins, Catelan laisse entendre que des pi\u00e8ces de moindre taille ou beaut\u00e9 peuvent fort bien \u00eatre fausses, et cela imposait le recours \u00e0 quelques tests permettant de distinguer la \u00abvraie et l\u00e9gitime\u00bb corne de licorne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La vraie et l\u00e9gitime corne de licorne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2026car il faut en premier lieu que jet\u00e9e dans l\u2019eau, que d\u2019icelle s\u2019\u00e9l\u00e8vent de petites vessies luisantes et belles comme fines perles. Secundo, que l\u2019eau bouille visiblement et qu\u2019approchant l\u2019oreille contre le verre plein d\u2019eau dans lequel sera ladite corne que l\u2019on entende l\u2019eau bruire et grignoter dans le verre. Tertio, on dit que la bonne et r\u00e9centement arrach\u00e9e de la b\u00eate doit\u2026 avoir sur le feu quelque odeur musqu\u00e9e contre l\u2019ordre de toutes les cornes du monde qui sont en les br\u00fblant f\u00e9tides et puantes. Quarto, quelques uns assurent que si on approche de la licorne quelque poison, une araign\u00e9e, un crapaud, une vip\u00e8re ou autre semblable b\u00eate venimeuse, que la b\u00eate cr\u00e8ve et meurt, et ladite corne se rend moite et sue comme si elle avait \u00e9t\u00e9 mouill\u00e9e<a id=\"_ftnref84\" href=\"#_ftn84\">[84]<\/a>.\u00bb Rappelons, une fois encore, que le crapaud passait alors pour porteur d\u2019un venin mortel.<\/p>\n\n\n\n<p>La batterie de tests que sugg\u00e8re Catelan pour distinguer la vraie corne de la fausse n\u2019a rien d\u2019original, puisqu\u2019on la retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l\u2019identique dans tous les ouvrages des XVI\u00e8me et XVII\u00e8me si\u00e8cles sur le sujet, parfois pour la d\u00e9fendre (Bacci, Bartholin), parfois pour la ridiculiser (Marini, Par\u00e9). Les premi\u00e8res recherches exp\u00e9rimentales effectu\u00e9es sur les cornes de licorne ne visaient donc ni \u00e0 savoir si la licorne existait, ni m\u00eame \u00e0 v\u00e9rifier les propri\u00e9t\u00e9s presque magiques attribu\u00e9es \u00e0 sa corne, mais plus modestement \u00e0 distinguer les vraies cornes des fausses. Ces tests, totalement absents de la litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale, m\u00eame tardive, \u00e9taient apparus vers le milieu du XVI\u00e8me si\u00e8cle, qui fut aussi l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le trafic de corne de licorne \u00e9tait le plus florissant. C\u2019est donc, \u00e0 travers un exemple certes paradoxal, aux d\u00e9buts de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale que nous assistons ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux premiers tests pr\u00e9sent\u00e9s par Laurent Catelan sont relativement efficaces. La plupart des cornes de licorne tenues pour authentiques \u00e9taient des d\u00e9fenses de narval, donc des dents, dont la nature biologique est bien diff\u00e9rente de celle des cornes. Microporeuse, donc susceptible de produire un bouillonnement assez intense lorsqu\u2019elle est plong\u00e9e dans l\u2019eau, une dent contient peu de mati\u00e8re organique et br\u00fble difficilement, sans odeur forte. A l\u2019oppos\u00e9, les cornes ont une faible porosit\u00e9 et d\u00e9gagent en br\u00fblant une \u00e9paisse puanteur. Quant aux os fossiles qui ont pu \u00e9galement passer pour cornes de licornes, ils sont lisses mais ne br\u00fblent pas. Du tableau suivant, qui r\u00e9sume le r\u00e9sultat que l\u2019on serait en droit d\u2019attendre de ces exp\u00e9riences, on peut d\u00e9duire que la d\u00e9fense de narval est sans aucun doute la plus authentique des cornes de licorne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table is-style-stripes has-small-font-size\"><table><tbody><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Test \u00abdes bulles\u00bb<\/td><td>Test \u00abdu feu\u00bb<\/td><\/tr><tr><td>D\u00e9fense de narval<\/td><td>Positif<\/td><td>Positif<\/td><\/tr><tr><td>Corne<\/td><td>Ambigu<\/td><td>N\u00e9gatif<\/td><\/tr><tr><td>Os fossile<\/td><td>N\u00e9gatif<\/td><td>Positif<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>La licorne de Laurent Catelan, s\u2019il s\u2019agissait comme nous le pensons d\u2019une corne d\u2019antilope, n\u2019aurait pas pass\u00e9 le test du feu. Mais l\u00e0 n\u2019est sans doute pas l\u2019essentiel, car l\u2019apothicaire montpelli\u00e9rain ne pouvait que reprendre les exp\u00e9riences qui figuraient depuis le milieu du XVI\u00e8me si\u00e8cle dans la plupart des textes sur la corne de licorne. D\u00e8s 1557, J\u00e9r\u00f4me Cardan soucieux de distinguer les vraies licornes des fausses, sugg\u00e9rait de tremper la corne suspecte dans l\u2019eau fra\u00eeche, qui devait alors bouillonner si la corne \u00e9tait authentique. Il reste que si la fausse corne \u00e9tait, comme le pensait Cardan, faite d\u2019ivoire taill\u00e9e, le bouillonnement produit n\u2019\u00e9tait pas moindre qu\u2019avec une \u00abauthentique\u00bb d\u00e9fense de narval<a id=\"_ftnref85\" href=\"#_ftn85\">[85]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me test semble encore plus d\u00e9terminant, puisqu\u2019il est le seul fond\u00e9 sur les effets th\u00e9rapeutiques de la poudre de licorne. C\u2019est un pas de plus vers la recherche exp\u00e9rimentale, puisque m\u00eame si son objectif affich\u00e9 \u00e9tait simplement de v\u00e9rifier l\u2019authenticit\u00e9 de la corne, ses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales \u00e9taient en m\u00eame temps mises \u00e0 l\u2019essai. Un animal venimeux maintenu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une authentique corne de licorne serait cens\u00e9 mourir tandis que la corne se mettrait \u00e0 suinter. Prudent, l\u2019apothicaire, dont la corne avait peut \u00eatre quelque difficult\u00e9 \u00e0 passer cet examen, pr\u00e9cise plus loin que \u00ab souvent les cornes de licorne que nous avons ne font pas telles choses, et ne font crever ni crapauds ni araign\u00e9es, ni ne donnent aucune sueur apparente comme a \u00e9t\u00e9 dit et all\u00e9gu\u00e9. Il faut dire d\u2019icelles, ce que Galien rapporte aux vieux m\u00e9taux longuement gard\u00e9s et comme Amatus Lusitanus l\u2019a remarqu\u00e9, disant sur le sujet de la corne de licorne que <em>senio confectum, vires suas amittit<\/em><a id=\"_ftnref86\" href=\"#_ftn86\">[86]<\/a>.\u00bb M\u00eame authentique, une corne de licorne qui aurait perdu ses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales n\u2019aurait plus \u00e9t\u00e9 d\u2019une grande valeur, aussi l\u2019apothicaire s\u2019empresse-t-il de pr\u00e9ciser \u00ab J\u2019entends en sa superficie, car le dedans peut conserver une telle vertu et propri\u00e9t\u00e9<a id=\"_ftnref87\" href=\"#_ftn87\">[87]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, c\u2019est dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVI\u00e8me si\u00e8cle qu\u2019\u00e9tait apparue cette technique. En 1587, David Pomis recommandait pour distinguer la vraie corne de la fausse de \u00abmettre trois ou quatre grands scorpions dans un r\u00e9cipient ferm\u00e9 avec un fragment de corne. Si trois ou quatre heures plus tard les scorpions sont morts, la licorne est authentique<a id=\"_ftnref88\" href=\"#_ftn88\">[88]<\/a>.\u00bb Quelques ann\u00e9es avant Catelan, le naturaliste bolonais Ulysse Aldrovandi nous contait par le menu comment, \u00e0 Venise, un juif s\u2019y prit pour d\u00e9montrer l\u2019authenticit\u00e9 de la corne de licorne qu\u2019il cherchait \u00e0 vendre: il tra\u00e7a avec la pointe de la corne un cercle sur une table, puis mit dans le cercle d\u2019abord un scorpion, ensuite une araign\u00e9e; ne pouvant franchir le cercle, les animaux se tra\u00een\u00e8rent pendant un quart d\u2019heure avant de mourir d\u2019\u00e9puisement<a id=\"_ftnref89\" href=\"#_ftn89\">[89]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame date, Rodrigo de Castro (1547-1627) rapportait une exp\u00e9rience similaire effectu\u00e9e cette fois \u00e0 Florence par un noble portugais; il mit une araign\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la corne, qui devait donc \u00eatre creuse, et l\u2019animal mourut sans avoir pu parvenir \u00e0 s\u2019\u00e9chapper<a id=\"_ftnref90\" href=\"#_ftn90\">[90]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trait\u00e9s alchimiques \u00e9crits sous le pseudonyme de Basile Valentin datent vraisemblablement de la fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle et dans l\u2019un d\u2019eux, <em>Le chariot triomphal de l\u2019Antimoine, <\/em>se trouve la description d\u2019une exp\u00e9rience identique: \u00ab Observe donc, ami lecteur, comment la vraie et sinc\u00e8re corne de licorne rejette loin d\u2019elle tous les poisons: trace de cette corne un cercle autour d\u2019une araign\u00e9e vivante, l\u2019araign\u00e9e ne sortira jamais de ce cercle car elle fuit ce qui est contraire \u00e0 sa nature<a id=\"_ftnref91\" href=\"#_ftn91\">[91]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ces quelques exemples montrent que les exp\u00e9riences permettant de reconna\u00eetre la vraie corne de licorne \u00e9taient sinon pratiqu\u00e9es, du moins fr\u00e9quemment conseill\u00e9es depuis environ un si\u00e8cle lorsque Catelan publia son ouvrage. Il reste qu\u2019aucun des auteurs cit\u00e9s plus haut, Cardan, Aldrovandi, Pomis, Rodrigo a Castro ou m\u00eame Basile Valentin ne figurent parmi les sources du pharmacien montpelli\u00e9rain qui, pour ce qui concerne ces tests, semble surtout tributaire\u2026 d\u2019Ambroise Par\u00e9 qui, dans son <em>Discours de la licorne<\/em><a id=\"_ftnref92\" href=\"#_ftn92\">[92]<\/a><em>,<\/em> s\u2019\u00e9tait \u00e9chin\u00e9 \u00e0 les disqualifier. Resurgit ici un soup\u00e7on qui effleure parfois le lecteur de l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>, et l\u2019on se demande si l\u2019ouvrage est globalement de bonne foi. Catelan voulait-il vraiment d\u00e9fendre la licorne contre ses tristes d\u00e9tracteurs? Ne faisait-il pas plut\u00f4t la r\u00e9clame de son officine o\u00f9 l\u2019on trouvait, \u00e0 des prix certainement tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, th\u00e9riaque, b\u00e9zoard, racine de mandragore et poudre de licorne?<\/p>\n\n\n\n<p>En 1556, Conrad Gesner, l\u2019une des sources de Catelan, citait dans un paragraphe assez confus deux autres proc\u00e9d\u00e9s permettant de reconna\u00eetre la vraie corne de licorne. Le premier, dont on ne trouve trace nulle part ailleurs, est assez curieux. Il consiste \u00e0 placer un petit animal sur des charbons ardents, puis \u00e0 placer au dessus de celui-ci la corne de licorne. Si elle est authentique, l\u2019animal ne se br\u00fble pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus classique \u00e9tait le proc\u00e9d\u00e9 consistant \u00e0 donner du poison \u00e0 deux pigeons (deux chiots, chez certains auteurs), puis \u00e0 faire avaler \u00e0 l\u2019un d\u2019entre eux un peu de la corne suspecte, r\u00e9duite en poudre<a id=\"_ftnref93\" href=\"#_ftn93\">[93]<\/a>. Si la corne est authentique, l\u2019animal qui en a consomm\u00e9 doit survivre tandis que l\u2019autre meurt. Le naturaliste fran\u00e7ais Geoffroy Linocier nous apprend que vers 1560 la licorne du mar\u00e9chal de Brissac passa cet examen avec succ\u00e8s<a id=\"_ftnref94\" href=\"#_ftn94\">[94]<\/a>. Le marrane portugais Amatus Lusitanus, l\u2019un des pionniers de l\u2019anatomie moderne, raconte une exp\u00e9rience similaire effectu\u00e9e \u00e0 Venise par un marchand avec une corne dont il demandait deux mille ducats. Il donna de l\u2019arsenic \u00e0 deux pigeons. L\u2019un d\u2019entre eux mourut dans l\u2019heure, tandis que l\u2019autre auquel on avait fait aval\u00e9 un peu de r\u00e2pure de corne lui surv\u00e9cut cinq heures. Amatus en concluait qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 la virulence de l\u2019arsenic, contre lequel il n\u2019y a pas de contrepoison efficace, l\u2019exp\u00e9rience pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un succ\u00e8s<a id=\"_ftnref95\" href=\"#_ftn95\">[95]<\/a>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Il y a alchimiste et alchimiste<\/h2>\n\n\n\n<p>Revenons un instant sur le <em>Chariot triomphal de l\u2019antimoine,<\/em> trait\u00e9 de m\u00e9decine spagyrique attribu\u00e9 \u00e0 Basile Valentin. Nous y avons lu qu\u2019une araign\u00e9e peut se retrouver prisonni\u00e8re d\u2019un cercle trac\u00e9 avec une corne de licorne. Rien n\u2019\u00e9tant plus pur que la corne de licorne, l\u2019alchimiste explique cela par la th\u00e9orie paracelsienne selon laquelle les contraires se repoussent. De m\u00eame, les semblables s\u2019attirent, ce qui lui donne la mati\u00e8re d\u2019un second test: \u00abSi vous jetez un petit morceau de pain pur, sans aucun m\u00e9lange, dans un vaisseau rempli d\u2019eau jusqu\u2019au bord, et vous tenez la vraie licorne aupr\u00e8s de l\u2019eau, sans la toucher, vous verrez que la licorne attirera petit \u00e0 petit le pain \u00e0 elle. Il est merveilleux que dans la nature une chose attire ce qui lui est similaire et repousse, fasse fuir, ce qui lui est contraire<a id=\"_ftnref96\" href=\"#_ftn96\">[96]<\/a>.\u00bb Plus qu\u2019un simple contrepoison, la licorne devient ici un v\u00e9ritable apotropa\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l\u2019argumentation m\u00e9dicale de Laurent Catelan est fond\u00e9e sur cette m\u00eame th\u00e9orie selon laquelle les semblables s\u2019attirent, mais l\u2019e\u00fbt-il connu qu\u2019il n\u2019aurait cependant pas propos\u00e9 ce test. En effet, \u00e0 l\u2019inverse de son coll\u00e8gue spagyriste, Catelan soutenait que la corne de licorne \u00e9tait extr\u00eamement v\u00e9n\u00e9neuse, ce qui lui permettait d\u2019attirer \u00e0 elle et d\u2019absorber toujours plus de poison.<\/p>\n\n\n\n<p>De tous ces tests, qui nous donnent une image vivante des premi\u00e8res \u00abexp\u00e9riences\u00bb m\u00e9dico-chimiques, il ne resterait bient\u00f4t plus grand chose. Voici ce qu\u2019en dit, en 1689, l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise augment\u00e9e par le m\u00e9decin Jean de Rostagny du tr\u00e8s populaire <em>Trait\u00e9 sur les erreurs vulgaires de la m\u00e9decine<\/em> de Jacob Primerose:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab Je dis donc en terminant ce chapitre que comme l\u2019exp\u00e9rience seule nous manifeste les propri\u00e9t\u00e9s de ces sortes de m\u00e9dicaments, il est bien ais\u00e9 \u00e0 ceux qui en ont quelque pi\u00e8ce, ou qui d\u00e9sirent en faire l\u2019essai, de donner du poison \u00e0 un petit chien, ou \u00e0 quelque poulet, apr\u00e8s quoi leur faire prendre de la corne en poudre, et s\u2019ils ne meurent point il n\u2019en faut pas davantage pour croire qu\u2019elle est un v\u00e9ritable antidote. Et encore qu\u2019on ignore les animaux desquels ces cornes proviennent, on ne doit pas leur d\u00e9nier la vertu qu\u2019elles ont\u2026 \u201cN\u2019\u00e9coutez pas, dit Aim\u00e9 de Portugal, ceux qui t\u00e2chent de vous prouver la corne de licorne en jetant de sa raclure ou de sa limure dans de l\u2019eau qui, \u00e0 leur dire, sue et bouillonne, puisqu\u2019on peut apercevoir la m\u00eame chose dans toute sorte de raclure de quelque os que ce soit, infus\u00e9e dans de l\u2019eau, comme il para\u00eet dans l\u2019ivoire<a id=\"_ftnref97\" href=\"#_ftn97\">[97]<\/a>.\u201d On ne doit pas non plus se fier aux autres \u00e9preuves de cette nature dont usent quelques-uns pour voir si la corne de licorne est bonne, car \u00e0 leur dire elle sue \u00e9tant mise aupr\u00e8s du poison, ou de quelque animal empoisonn\u00e9, comme si elle souffrait \u00e0 la vue du venin. Ils disent ensuite de faire comme un cercle de la m\u00eame poudre, au milieu de laquelle, ou bien dans le creux de la corne, ils mettent une araign\u00e9e laquelle sautant par dessus est une marque qu\u2019elle est contrefaite. Si au contraire elle cr\u00e8ve et qu\u2019elle meure, c\u2019est une marque qu\u2019elle est vraiment l\u00e9gitime. Mais toutes ces \u00e9preuves ne sont pas recevables.<a id=\"_ftnref98\" href=\"#_ftn98\">[98]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le bon usage de la corne de licorne<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Laquelle [corne] se peut employer et mettre en usage de trois mani\u00e8res. 1. Prise en substance par la bouche. 2. En amulettes, et finalement en infusion dans quelque liqueur \u00e0 ce propre. Quant \u00e0 la proc\u00e9dure des amulettes, on dit qu\u2019une pierre attach\u00e9e \u00e0 un ruban, en sorte qu\u2019elle touche la poitrine, ou tenue \u00e0 la bouche, que l\u2019effet en est merveilleux et utile. <em>Unicornu suspende collo, ut pectus tangat et etiam in ore tene (Marsil.)<\/em><br \/>Secundo on la peut prendre par la bouche en poudre jusques \u00e0 une dragme. <em>Monocerotis unicornisve frontis os, cornuve, singula die sumptum pondere 3&nbsp; I pestes refrenat contagia.<\/em><br \/>Apr\u00e8s encore parlant de la m\u00eame proc\u00e9dure. <em>Cornu unicornu ramenta ex vino pota valet ad venena pestilentiamque abigendam (Andernacus)<\/em> et \u00e0 suite Holier disait: <em>Bibatur ramentum monocerotis, ex aqua baglossioxalydis et arbuti,<\/em> ou bien dans des eaux cordiales, <em>in aqua nenupharis, acetos\u00e6 vel quavis alia frigida exhibetur contra pestem (Amatus Lusitanus)<\/em>.<br \/>Mais la plus commune usance est de la faire tremper dans de l\u2019eau commune, et en boire d\u2019ordinaire, lorsque l\u2019occasion se pr\u00e9sente. <em>Unicornu intingatur in aquis quando debet sumi, quoniam deffendit cor a veneno et a vaporibus venenosis(Valesius). <\/em>Que si on la fait infuser dans l\u2019eau commune j\u2019avertis ceux qui pr\u00eatent courtoisement leurs fragments de licornes pour en tirer l\u2019infusion \u00e0 boire comme \u00e0 Paris cela est d\u2019ordinaire, ainsi que Par\u00e9 le remarque. Qu\u2019on se garde de la faire bouillir, ou de la laisser infuser dans l\u2019eau chaude, car par le moyen d\u2019une telle chaleur on lui emporte ais\u00e9ment la propri\u00e9t\u00e9 et la vertu que peut contenir sa substance, et ainsi elle est par apr\u00e8s aucunement inutile, au contraire si on se contente que l\u2019eau soit froide, elle sera ainsi de longue dur\u00e9e<a id=\"_ftnref99\" href=\"#_ftn99\">[99]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu\u2019il aborde la question des propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de la corne de licorne, notre apothicaire est en un territoire plus connu, mais moins balis\u00e9. La poudre et l\u2019eau de licorne n\u2019ayant plus v\u00e9ritablement bonne presse au d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle, il s\u2019empresse d\u2019accumuler quelques citations de m\u00e9decins connus \u00e0 l\u2019appui de sa th\u00e8se. Marsile Ficin (1433-1499) pr\u00e9conise de porter un fragment de licorne en pendentif, sur la poitrine, ou de le tenir dans la bouche. Fumannelli nous apprend que, prise \u00e0 raison de trois grains par jour, la poudre de corne de licorne (ou de monoc\u00e9ros) prot\u00e8ge de la peste. Andernacus nous assure que \u00ab La r\u00e2pure de corne de licorne bue dans du vin repousse venin et maladies contagieuses.\u00bb Holier et Amatus Lusitanus sugg\u00e8rent de la dissoudre dans une eau d\u2019arbouse, de n\u00e9nuphar ou dans quelque autre d\u00e9coction assez myst\u00e9rieuse, tandis que pour Valesius l\u2019eau dans laquelle a seule tremp\u00e9 la corne de licorne suffit \u00e0 prot\u00e9ger le c\u0153ur des venins. A la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle, les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s \u00e9taient encore employ\u00e9s puisque Pierre Pomet, qui ne croyait gu\u00e8re en la licorne, \u00e9crivait dans son <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale des drogues<\/em>: \u00abon attribue \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces cornes [de licorne ou de rhinoc\u00e9ros] des vertus \u00e9gales, soit en donnant la raclure en substance ou en infusion, depuis un scrupule jusqu\u2019\u00e0 deux ou trois, soit en en faisant des tasses pour y laisser reposer le vin avant que de le boire, ou pour s\u2019en servir \u00e0 l\u2019ordinaire comme d\u2019un verre \u00e0 boire, dans la pens\u00e9e que l\u2019on a que ces tasses emp\u00eachent l\u2019effet de toutes sortes de poison<a id=\"_ftnref100\" href=\"#_ftn100\">[100]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous trouverions sans grande peine d\u2019autres m\u00e9decins et pharmaciens du XVI\u00e8me si\u00e8cle pour proposer de telles recettes, mais ajouter encore \u00e0 la d\u00e9j\u00e0 longue liste avanc\u00e9e par Laurent Catelan n\u2019apporterait pas grand chose \u00e0 son propos, ni au n\u00f4tre. Remarquons plut\u00f4t que d\u2019autres encore, et pas seulement les plus acad\u00e9miques, ceux qui ne signalent que les rem\u00e8des d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9conis\u00e9s par les sources universitaires classiques, Galien et Dioscoride, ignoraient la corne de licorne, et ce m\u00eame dans des ouvrages sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9s aux poisons et contrepoisons. En 1567 le m\u00e9decin Jacques Gr\u00e9vin se fondait sur la th\u00e9orie aristot\u00e9licienne des quatre humeurs (chaude, froide, s\u00e8che et humide) pour d\u00e9montrer qu\u2019il ne peut y avoir de contrepoison universel, chaque poison \u00e9tant caract\u00e9ris\u00e9 par un exc\u00e8s d\u2019humeur et ne pouvant \u00eatre combattu que par un contrepoison d\u2019humeur contraire; on ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas que la corne de licorne ne figure pas parmi les rem\u00e8des qu\u2019il pr\u00e9conisait<a id=\"_ftnref101\" href=\"#_ftn101\">[101]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains, parce que Dioscoride signalait que la corne de cerf faisait fuir les serpents, recommandent cette derni\u00e8re et semblent ignorer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019existence de la licorne, comme le c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9decin siennois Pier Andrea Mattioli (1500-1577); Ses <em>Commentaires sur les six livres de la mati\u00e8re m\u00e9dicale de Dioscoride <\/em>furent le plus grand succ\u00e8s de l\u2019\u00e9dition m\u00e9dicale de la Renaissance, puisque leur \u00e9diteur v\u00e9nitien en vendit plus de 30.000 exemplaires; ils ne mentionnent nulle part licorne ou corne de licorne<a id=\"_ftnref102\" href=\"#_ftn102\">[102]<\/a>. Cependant, d\u2019autres m\u00e9decins se livrant \u00e0 cet exercice oblig\u00e9 qu\u2019\u00e9tait le commentaire de Dioscoride profit\u00e8rent du passage sur la corne de cerf pour aborder celle de la licorne. Sous le titre trompeur <em>De Cornu Cervi, <\/em>Amatus Lusitanus, l\u2019une des sources de Catelan, consacre onze lignes aux propri\u00e9t\u00e9s de la corne de cerf et quatre-vingt \u00e0 celles de la corne du monoc\u00e9ros<a id=\"_ftnref103\" href=\"#_ftn103\">[103]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les trait\u00e9s m\u00e9dicaux inspir\u00e9s par la pens\u00e9e alchimique ignoraient parfois la licorne. \u00c9crit d\u00e8s les derni\u00e8res ann\u00e9es du XIII\u00e8me si\u00e8cle, le <em>Trait\u00e9 des rem\u00e8des \u00e0 tous les venins<\/em> de Pierre d\u2019Abban (Petrus de Abbano, 1246-1320), m\u00e9decin et philosophe farfelu, grand voyageur, vaguement sorcier, soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019ath\u00e9isme et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par l\u2019alchimie de la Renaissance, \u00e9num\u00e8re longuement les diff\u00e9rents types de venins et leurs contrepoisons, parmi lesquels reviennent fr\u00e9quemment ces autres panac\u00e9es que sont le b\u00e9zoard, la th\u00e9riaque ou la terre scell\u00e9e, mais ne cite jamais la licorne<a id=\"_ftnref104\" href=\"#_ftn104\">[104]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 paraissait \u00e0 Stuttgart la traduction allemande de l\u2019<em>Histoire de la lycorne, <\/em>un m\u00e9decin de Francfort, Rudolph Goclenius, publiait son <em>Livre des merveilles de la nature et des choses qui s\u2019attirent et se repoussent<\/em>. Si les pouvoirs du sang de basilic ou de l\u2019\u0153il de dragon y sont trait\u00e9s comme des superstitions<a id=\"_ftnref105\" href=\"#_ftn105\">[105]<\/a>, l\u2019auteur de ce trait\u00e9 \u00e9minemment paracelsien pr\u00e9conise en revanche l\u2019usage de presque toutes les parties de presque tous les animaux connus, et l\u2019on s\u2019\u00e9tonne de le voir d\u00e9laisser la licorne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des vertus incomparables<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Auxquelles cornes au reste les m\u00e9decins attribuent des vertus et des perfections incomparables, tant contre les venins que contre la peste et les maladies contagieuses. Voila pourquoi Paul Jouve disait en propres termes, louant la licorne: <em>Ad obtudenda hebetandaque venena mirificam habet potestatem<\/em><a id=\"_ftnref106\" href=\"#_ftn106\">[106]<\/a>\u00e0 suite duquel ce grand Fernel a \u00e9crit <em>Cornu unicornis omnium pr\u00e6stantissimum creditur cor tueri veneni vim obtundere et pestilentium morborum sevitiam lenire<\/em><a id=\"_ftnref107\" href=\"#_ftn107\">[107]<\/a>et Johannes Crato\u2026et Henricus Dobbinus <em>Unicornu est cornu de monocerotis animalibus contra quodvis venenum efficax antidotum, ideoque in febribus pestilentialibus datur, quia venenum a corde per sudorem extrudit et corroborat.<\/em><a id=\"_ftnref108\" href=\"#_ftn108\">[108]<\/a>Joubert parlant de la peste \u00e9crit d\u2019icelle en ces termes. La vertu de la Lycorne n\u2019a point \u00e9t\u00e9 connue des anciens m\u00e9decins d\u2019autant peut-\u00eatre qu\u2019ils ne l\u2019avaient pas exp\u00e9riment\u00e9e, ainsi les m\u00e9decins plus r\u00e9cents l\u2019ont trouv\u00e9e fort cordiale, m\u00eame on assure qu\u2019elle r\u00e9siste \u00e0 tous venins indiff\u00e9remment. Mais elle se peut employer les riches (sic), comme remarque Gesner<a id=\"_ftnref109\" href=\"#_ftn109\">[109]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si ses citations sont exactes, Catelan n\u2019en force pas moins quelque peu des sources qui ne font pas toutes grand cas de la corne de licorne, s\u2019abritant qui derri\u00e8re les formulations impersonnelles permises par le passif latin, qui derri\u00e8re un simple \u00abon dit que\u2026\u00bb.&nbsp; Jean Fernel (1497-1558), le plus c\u00e9l\u00e8bre des m\u00e9decins cit\u00e9s ici, \u00e9tait de ceux qui prenaient quelque distance avec les textes de Galien. Mais dans les huit cents pages de sa th\u00e9rapeutique, la corne de licorne n\u2019appara\u00eet qu\u2019une seule fois, au chapitre XXI du cinqui\u00e8me livre, traitant des <em>m\u00e9dicaments cardiaques<\/em>, et c\u2019est le passage cit\u00e9 par Catelan<a id=\"_ftnref110\" href=\"#_ftn110\">[110]<\/a>. Les contrepoisons sont trait\u00e9s plus loin, au livre VII qui traite <em>des antidotes solides qui fortifient particuli\u00e8rement les parties nobles<\/em>,&nbsp; et la licorne n\u2019y figure point.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame remarque peut \u00eatre faite \u00e0 propos de Laurent Joubert (1529-1582), m\u00e9decin montpelli\u00e9rain, personnage que son bon sens et son temp\u00e9rament peuvent faire comparer \u00e0 son contemporain plus connu Ambroise Par\u00e9. Dans son long trait\u00e9 de la peste, apr\u00e8s avoir assur\u00e9 que \u00ab le premier rem\u00e8de et le principal est de prier Dieu \u00bb mais que \u00ab le plus exp\u00e9dient et le plus prompt est la fuite<a id=\"_ftnref111\" href=\"#_ftn111\">[111]<\/a>\u00bb, il \u00e9num\u00e8re avec une grande prudence les m\u00e9dications utilis\u00e9es de son temps, et l\u00e0 encore la licorne n\u2019appara\u00eet qu\u2019une fois en plus de deux cents pages, bien moins souvent que le bol d\u2019Arm\u00e9nie, la th\u00e9riaque ou la terre scell\u00e9e. Du paragraphe duquel Laurent Catelan a extrait sa citation, il ressort que Joubert croyait certes fermement \u00e0 l\u2019existence de la licorne, mais restait assez prudent quant \u00e0 ses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales: \u00ab Or est-il que toutes ces pierres [topaze et agate] se portent ench\u00e2ss\u00e9es dans des anneaux, on les porte pendantes au col jusques \u00e0 la r\u00e9gion du c\u0153ur, ou on les tient en bouche pour les sucer, ou bien on les m\u00eale parmi les viandes de mani\u00e8re que l\u2019on croit (quoi que ce soit vain, \u00e0 mon avis) que le venin s\u2019\u00e9vanouit ou s\u2019amortit par ce moyen l\u00e0. A cette m\u00eame intention on s\u2019aide de la vraie corne, et non feinte, de cet animal, lequel \u00e0 ces fins a \u00e9t\u00e9 dit des Latins unicornis. Pline l\u2019appelle en grec monocerota. Le commun la nomme licorne. Sa vertu n\u2019a point \u00e9t\u00e9 connue des anciens m\u00e9decins (d\u2019autant peut-\u00eatre qu\u2019ils ne l\u2019avaient point exp\u00e9riment\u00e9e) mais les modernes et plus r\u00e9cents l\u2019ont trouv\u00e9e fort cordiale, m\u00eame qu\u2019on assure qu\u2019elle r\u00e9siste \u00e0 tous venins indiff\u00e9remment. Aux d\u00e9fauts de laquelle ceux qui seront plus pauvres pourront se servir de la corne de cerf, qui n\u2019est de gu\u00e8re moindre \u00e0 l\u2019autre quant aux effets et propri\u00e9t\u00e9s<a id=\"_ftnref112\" href=\"#_ftn112\">[112]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons, sans m\u00eame avoir lu tous les auteurs cit\u00e9s, supposer qu\u2019il en va de m\u00eame avec les autres autorit\u00e9s m\u00e9dicales avanc\u00e9es par Laurent Catelan. Le chroniqueur Paul Jouve (Paolo Giovio, 1483-1552), qui figure dans la m\u00eame liste, n\u2019a quant \u00e0 lui rien d\u2019un m\u00e9decin.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques sondages dans l\u2019abondante litt\u00e9rature m\u00e9dicale du XVI\u00e8me et du d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle montrent que la licorne y est fr\u00e9quemment cit\u00e9e, mais presque toujours avec la plus grande prudence. Elle \u00e9tait plus populaire chez les auteurs influenc\u00e9s par les th\u00e9ories alchimistes ou n\u00e9oplatoniciennes que chez les gal\u00e9nistes orthodoxes, pour qui un contrepoison universel ne pouvait exister. N\u00e9anmoins, lorsqu\u2019elle appara\u00eet c\u2019est presque toujours au d\u00e9tour d\u2019une liste de cardiaques, d\u2019\u00abalexit\u00e8res\u00bb ou de \u00abpr\u00e9servatifs contre la peste\u00bb, parmi d\u2019autres rem\u00e8des donc, et sans qu\u2019un livre ou m\u00eame un chapitre lui soit int\u00e9gralement consacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La licorne et ses semblables<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur tout ce qui concerne l\u2019animal, son aspect, ses m\u0153urs et m\u00eame sa corne, l\u2019ouvrage de Laurent Catelan n\u2019est gu\u00e8re original. Ses sources principales sont le <em>Trait\u00e9 de la licorne <\/em>du m\u00e9decin v\u00e9nitien Andrea Bacci (1566), l\u2019article <em>Monoceros<\/em> de l\u2019<em>Histoire des animaux<\/em> de Conrad Gesner et m\u00eame le <em>Discours de la licorne<\/em> d\u2019Ambroise Par\u00e9, qui d\u00e9fend pourtant, quant au fond de l\u2019affaire, des th\u00e8ses oppos\u00e9es. Catelan fait par contre \u0153uvre plus personnelle lorsque, dans les quinze derni\u00e8res pages de son livre, il s\u2019efforce, d\u2019expliquer rationnellement les propri\u00e9t\u00e9s de la corne de licorne. Deux extraits, un peu longs peut-\u00eatre, vont nous permettre de suivre son raisonnement:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Afin de passer outre \u00e0 la dix-septi\u00e8me objection sur ce qui a \u00e9t\u00e9 dit que la vraie corne de licorne sue pr\u00e8s des venins et poisons, et que les crapauds, araign\u00e9es et serpents cr\u00e8vent et meurent si on les en approche; sur quoi je dis que cela peut \u00eatre vrai et on le peut soutenir par plusieurs valables raisons prises de la vraie sympathie, convenance, rapport et similitude<a id=\"_ftnref113\" href=\"#_ftn113\">[113]<\/a> qu\u2019ont la licorne, les venins et les b\u00eates virulentes ensemble, en ce que les esprits virulents imbib\u00e9s dans la propre substance de cette corne, app\u00e9tant de se joindre avec les esprits v\u00e9n\u00e9neux des poisons ou des animaux virulents, semblent sortir et quitter la corne. Lesquels par l\u2019air ambiant qui condense les vapeurs contre ladite corne fait que la corne appara\u00eet moite et aucunement suante\u2026 Si que par m\u00eame raison les animaux ou insectes virulents peuvent crever \u00e0 proches de la corne de licorne, parce que les esprits virulents de ces b\u00eates, pour s\u2019aller unir et joindre avec ceux de la corne, sortant en trop grande abondance et par pr\u00e9cipitation ce semble, attir\u00e9s qu\u2019ils sont de ceux de ladite corne, en sortant \u00e9touffent et \u00e9tranglent ces b\u00eates, jetant par ce moyen quelque sorte de bave qui les \u00e9touffe et les \u00e9trangle<a id=\"_ftnref114\" href=\"#_ftn114\">[114]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais j\u2019entends ce me semble quelqu\u2019un qui me dira que, ores ces raisons puissent \u00eatre admises, que ce n\u00e9anmoins il reste \u00e0 prouver que dans la propre substance des cornes licornes il y ait de la virulence, pour faire voir la sympathie et convenance d\u2019icelle avec tels animaux. A quoi je r\u00e9ponds que cela est hors de doute, car les douleurs et la rage continuelle qui les rend extraordinairement sauvages, errantes et furieuses, ne proc\u00e8dent que de la virulence et qualit\u00e9 corrompue des humeurs qui leur causent telle rage et qui les occasionnent \u00e0 rechercher l\u2019eau infecte pour rem\u00e8de \u00e0 leur douleur. Or les plus a\u00e9r\u00e9s, plus imperceptibles et plus subtils esprits de telles virulences, proc\u00e9dant des humeurs qui les tourmentent et de l\u2019eau qu\u2019elles boivent qui est envenim\u00e9e comme dit est, s\u2019\u00e9l\u00e8vent en haut comme c\u2019est leur propre, s\u2019imbibent dans la substance de la corne et l\u00e0 s\u2019incorporent et se dig\u00e8rent en sorte que ladite corne contient par apr\u00e8s telles qualit\u00e9s virulentes, et de l\u00e0 vient que tant s\u2019en faut que telles cornes poss\u00e8dent d\u2019odeurs musqu\u00e9es comme quelques uns ont pens\u00e9, car au contraire elles doivent \u00eatre comme elles sont f\u00e9tides et puantes, n\u2019\u00e9tant pas besoin qu\u2019elles soient d\u2019autre condition et nature, et ainsi concluons que ladite corne peut suer, et les animaux crever \u00e9tant approch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre si par une extraordinaire vieillesse sa vertu n\u2019est en quelque fa\u00e7on affaiblie<a id=\"_ftnref115\" href=\"#_ftn115\">[115]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand d\u00e9bat intellectuel de la Renaissance, opposant l\u2019acad\u00e9misme aristot\u00e9licien \u00e0 un modernisme n\u00e9oplatonicien pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019herm\u00e9tisme, traversait bien s\u00fbr aussi la science m\u00e9dicale. La m\u00e9decine universitaire revendiquait sa fid\u00e9lit\u00e9 aux textes de Galien et Dioscoride. Pour ses partisans, toute maladie rel\u00e8ve d\u2019un exc\u00e8s de l\u2019une des quatre humeurs (chaude, froide, s\u00e8che et humide) associ\u00e9es aux quatre \u00e9l\u00e9ments, et doit \u00eatre combattue par un apport de l\u2019humeur contraire; elle reconna\u00eet cependant \u00e0 certains simples des propri\u00e9t\u00e9s \u00aboccultes\u00bb, inexpliqu\u00e9es et inexplicables, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par l\u2019exp\u00e9rience. Sa rivale, la m\u00e9decine spagyrique, prend sa source dans l\u2019Allemagne de Luther, avec Paracelse, et dans l\u2019Italie red\u00e9couvrant Platon avec Marsile Ficin. Pour ses adeptes, maladies et rem\u00e8des ont des essences, des \u00abesprits\u00bb divers, qui se r\u00e9pondent \u00e0 travers un complexe r\u00e9seau de correspondances, auxquelles sont aussi parfois rattach\u00e9es \u00e9toiles, plan\u00e8tes et pierres pr\u00e9cieuses<a id=\"_ftnref116\" href=\"#_ftn116\">[116]<\/a>. A la m\u00e9decine m\u00e9di\u00e9vale, la premi\u00e8re emprunte ses bases aristot\u00e9liciennes, tandis que la seconde d\u00e9veloppe, formalise et explique les \u00abpropri\u00e9t\u00e9s occultes\u00bb des simples<a id=\"_ftnref117\" href=\"#_ftn117\">[117]<\/a>. Pour les gal\u00e9nistes, les contraires se combattent par les contraires, pour les spagyristes, les maladies se gu\u00e9rissent par les \u00absemblables\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire les rem\u00e8des pr\u00e9sentant avec elles des correspondances exprim\u00e9es par un rapport de similitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce d\u00e9bat th\u00e9orique, les praticiens avaient rarement des positions bien tranch\u00e9es. A feuilleter les trait\u00e9s de m\u00e9decine du XVI\u00e8me si\u00e8cle, on voit souvent alterner dans le m\u00eame livre, selon qu\u2019il est question d\u2019une maladie ou d\u2019une autre, humeurs et essences, contraires et semblables. Il est bien peu de ces volumineux ouvrages dont on puisse sans la moindre ambigu\u00eft\u00e9 classer l\u2019auteur parmi les gal\u00e9nistes ou les spagyristes. Laurent Catelan pourtant appartient sans nul doute aux seconds.<\/p>\n\n\n\n<p>Le raisonnement par lequel l\u2019apothicaire montpelli\u00e9rain explique les propri\u00e9t\u00e9s de contrepoison de la corne de licorne est bas\u00e9 sur deux postulats. Tout d\u2019abord, il suppose l\u2019existence d\u2019une virulence essentielle, ind\u00e9pendante des quatre humeurs dont il n\u2019est m\u00eame pas question ici. D\u2019autre part, Catelan admet la th\u00e9orie paracelsienne selon laquelle \u00ables semblables s\u2019attirent\u00bb. Ces deux hypoth\u00e8ses scientifiques clairement affirm\u00e9es suffisent \u00e0 rattacher sans la moindre \u00e9quivoque Laurent Catelan \u00e0 l\u2019\u00e9cole spagyrique, et ce d\u2019autant plus que le nom de Galien n\u2019appara\u00eet pas une seule fois dans l\u2019<em>Histoire de\u2026la lycorne, <\/em>alors que le petit trait\u00e9 de m\u00e9decine du philosophe n\u00e9oplatonicien Marsile Ficin y est cit\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Une seule fois dans tous le cours de l\u2019ouvrage, Catelan a recours au raisonnement humoral (\u00able venin que peuvent avoir jet\u00e9 les dragons et couleuvres dans l\u2019eau susmentionn\u00e9e ne peut \u00eatre que d\u2019une qualit\u00e9 chaude et br\u00fblante, et la corne comme f\u00e9tide n\u2019est que chaude et s\u00e8che, si que ce ne sont pas de qualit\u00e9s contraires\u2026<a id=\"_ftnref118\" href=\"#_ftn118\">[118]<\/a>\u00bb), mais c\u2019est pour laisser la parole \u00e0 ses contradicteurs, et leur r\u00e9pondre en arguant de la \u00abvirulence\u00bb de la corne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un an plus t\u00f4t, dans le <em>Trait\u00e9 de l\u2019origine, vertus, propri\u00e9t\u00e9s et usage de la Pierre Bezoar,<\/em> Catelan avait tenu exactement le m\u00eame discours pour justifier l\u2019usage du B\u00e9zoard comme contrepoison. Mais autant le caract\u00e8re \u00ab virulent \u00bb et \u00ab infect \u00bb des calculs r\u00e9naux ou stomacaux de divers animaux \u00e9tait ais\u00e9 \u00e0 mettre en avant, autant la t\u00e2che \u00e9tait ardue s\u2019agissant de la longue corne de l\u2019amie des jeunes vierges. Il devenait en effet n\u00e9cessaire de faire de la licorne une cr\u00e9ature peu sympathique, bien \u00e9loign\u00e9e de la belle cavale blanche de l\u2019iconographie. Les t\u00e9moignages sur cet animal \u00e9taient heureusement suffisamment nombreux et vari\u00e9s pour permettre une s\u00e9lection. Catelan privil\u00e9gie donc ceux qui mettent en avant la force et la violence de l\u2019animal, tels les r\u00e9cits bibliques ou la description par Marco Polo de cette b\u00eate \u00ab tr\u00e8s vilaine \u00e0 voir, et d\u00e9go\u00fbtant e\u00bb qui \u00ab demeure volontiers dans la boue et la fange<a id=\"_ftnref119\" href=\"#_ftn119\">[119]<\/a>\u00bb. La r\u00e9p\u00e9tition incessante des termes \u00ab vilainie \u00bb, \u00ab infection \u00bb, \u00ab virulence \u00bb, \u00ab corruption \u00bb, \u00ab venin \u00bb et de leurs d\u00e9riv\u00e9s met ainsi en place, peu \u00e0 peu, une terrible image de la licorne, peu compatible avec la \u00ab noblesse \u00bb de l\u2019animal pourtant affirm\u00e9e en introduction et rappel\u00e9e dans la derni\u00e8re phrase du livre. C\u2019est donc parce qu\u2019elle se nourrit de vermine, parce qu\u2019elle boit des eaux infect\u00e9es, parce qu\u2019elle vit dans des mar\u00e9cages malsains, que la licorne acquiert cette \u00ab virulence \u00bb dont Catelan nous explique ensuite pourquoi elle se concentre dans la corne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">A d\u00e9faut de licorne\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab \u2026 que les cornes dussent contenir et avoir de propri\u00e9t\u00e9s au fait de la m\u00e9decine, attendu que toutes semblent \u00eatre infectes, f\u00e9tides et puantes, pourquoi non pas aussi excellemment les cornes des autres animaux sauvages, ou les cornes des animaux domestiques aussi bien que l\u2019imaginaire licorne, et pourquoi encore non pas plut\u00f4t les cornes des animaux qui en portent deux, trois et quatre comme animaux plus parfaits plut\u00f4t que la corne qui se trouve seule et unique. A quoi je r\u00e9ponds qu\u2019\u00e0 mesure que quelque partie du corps soit des personnes ou des b\u00eates est plus employ\u00e9e et exerc\u00e9e, que c\u2019est vers icelle que la nature envoie ses esprits en plus grande abondance. D\u2019o\u00f9 s\u2019ensuit que telles parties sont plus fortes et deviennent plus vigoureuses, et en tout pr\u00e9f\u00e9rables aux restantes\u2026. Voila pourquoi les animaux cornig\u00e8res exer\u00e7ant et employant leur corne pour leur d\u00e9fense, les sangliers leurs dents, les \u00e9lans leurs ongles, les oiseaux leurs griffes, et ainsi les autres, telles parties re\u00e7oivent les esprits les plus importants de tout le corps de la b\u00eate. Et d\u2019autant que toute l\u2019excellence de la corne de la licorne proc\u00e8de de la virulence qu\u2019elle contient, provenue infailliblement du plus subtil des insectes, des charognes et des plantes et eaux venimeuses qu\u2019elle boit et mange, voire du virus des corruptions infectes de son corps, comme se vautrant d\u2019ordinaire dans la boue et dans la fange et vilainie parmi les crapauds et autre vermine virulente. Ainsi les cornes des autres b\u00eates tant sauvages que domestiques, et moins encore les derni\u00e8res, parce qu\u2019elles ne sont nourries que de bonnes eaux et plantes saines ne peuvent \u00eatre alexit\u00e8res, que si d\u2019entre les sauvages il y en a quelques uns qui mangent parfois des insectes et des herbes venimeuses.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab Il est certain en ce cas que leurs cornes sont tr\u00e8s bonnes pour servir d\u2019antidotes alexit\u00e8res contre les poisons, venins et maladies contagieuses. mais plus excellemment les cornes qui sont unicornes, parce que <em>virtus unita fortior est dispersa\u2026 <\/em>ainsi les pommes sont meilleures se trouvant en petit nombre sur l\u2019arbre, que s\u2019il y en a multitude, car toute la vertu de la b\u00eate ou de l\u2019arbre, s\u2019accumulant en une seule partie se trouve plus puissante, que non pas si elle est \u00e9parpill\u00e9e en plusieurs autres, voila pourquoi pour y bien voir de loin on cligne volontiers un \u0153il, pour faire que les esprits vifs s\u2019accumulant \u00e0 l\u2019autre rendent la vue meilleure. Or parce qu\u2019entre tous les animaux unicornes et sauvages il ne se trouve pas que outre les insectes et vilainies qu\u2019elles mangent, qu\u2019elles boivent de l\u2019eau virulente et infecte, qu\u2019aucun autre se vautre parmi la boue et la fange et qui soient si fr\u00e9quemment tourment\u00e9 de virulences enrag\u00e9es comme la seule licorne, il est tout certain, apparent et manifeste que sa corne en emporte en cette consid\u00e9ration le prix, par dessus toutes les autres de quelles qualit\u00e9 et condition qu\u2019elles puissent \u00eatre, soutenant que pour ce sujet elle est dou\u00e9e de vertus et propri\u00e9t\u00e9s incomparables, et que non sans grande connaissance de cause elle en a de tous temps emport\u00e9 le prix et l\u2019avantage par dessus tout autre chose qui soit au monde, bien est vrai toutefois qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de pouvoir recouvrer de ladite corne de licorne, qu\u2019on peut avoir recours aux autres cornes qui de plus pr\u00e8s s\u2019en approchent. C\u2019est \u00e0 dire qui soient tir\u00e9es des animaux unicornes et outre cela fort sauvages, telles sont les cornes de l\u2019\u00e2ne sauvage, du cheval indique, du rhinoc\u00e9rot et semblables. Et en d\u00e9faut de toutes lesdites cornes, on pourra en une n\u00e9cessit\u00e9 employer les cornes des taureaux sauvages comme bisons, buffles et autres. Voila pourquoi les anciens monarques avaient accoutum\u00e9 de boire dans de semblables cornes\u2026<a id=\"_ftnref120\" href=\"#_ftn120\">[120]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les r\u00e2pures de cornes \u00e9taient alors employ\u00e9es en m\u00e9decine, et nous avons vu de nombreux m\u00e9decins du XVI\u00e8me si\u00e8cle prescrire, \u00e0 d\u00e9faut de cornes de licorne, \u00abla corne de cerf, qui n\u2019est de gu\u00e8re moindre \u00e0 l\u2019autre quant aux effets et propri\u00e9t\u00e9s<a id=\"_ftnref121\" href=\"#_ftn121\">[121]<\/a>\u00bb. C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019opinion de Jean de Renou, m\u00e9decin parisien contemporain de Catelan, qui r\u00e9servait la corne de licorne aux plus riches de ses patients et conseillait aux autres celles du rhinoc\u00e9ros ou du cerf, qu\u2019il affirmait avoir souvent utilis\u00e9 et trouv\u00e9 \u00abgu\u00e8re moins efficacieuse<a id=\"_ftnref122\" href=\"#_ftn122\">[122]<\/a>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ne voulant pas nier toute efficacit\u00e9 aux autres cornes, plus fr\u00e9quemment employ\u00e9es que celle de licorne, et peut-\u00eatre parfois avec succ\u00e8s du simple fait de leur porosit\u00e9, Laurent Catelan affirme quant \u00e0 lui que l\u2019authentique corne de licorne est bien plus efficace que ses succ\u00e9dan\u00e9s. Encore parmi ceux-ci privil\u00e9gie-t-il les cornes d\u2019autres animaux unicornes, le rhinoc\u00e9ros, l\u2019\u00e2ne indique d\u2019Aristote, le cheval sauvage d\u2019\u00c9lien, moins r\u00e9pandues encore que celles des authentiques licornes. Cons\u00e9quence logique du raisonnement de l\u2019apothicaire, cette position s\u2019explique aussi sans doute par des raisons commerciales; on peut vendre plus cher la poudre de corne de rhinoc\u00e9ros que celle de corne de cerf.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La licorne fossile<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais passons outre sur ce qu\u2019on objecte, qu\u2019il y a de coureurs qui exposent en vente des fragments de quelques cornes, os ou dents d\u2019animaux inconnus trouv\u00e9s sous terre qui ressemblent \u00e0 pl\u00e2tre. A quoi je r\u00e9ponds qu\u2019il pourrait \u00eatre que tels fragments aient \u00e9t\u00e9 des licornes, et la preuve en cela doit juger de la chose. Mais je dis que quand il arriverait du contraire, qu\u2019en cela les voyageurs sont fort excusables de les qualifier proc\u00e9d\u00e9es des cornes de licornes, car c\u2019est comme s\u2019ils voulaient dire que ce sont substituts, vicaires ou succ\u00e9dan\u00e9s d\u2019icelles\u2026 car tels os ou cornes d\u00e9terr\u00e9s poss\u00e8dent de vertus approchables de celles de la corne de licorne, et plut \u00e0 Dieu que nous eussions de tels fragments en abondance, car ils sont dou\u00e9s de propri\u00e9t\u00e9s, sinon si excellentes que celles que poss\u00e8de la corne de la licorne, \u00e0 tout le moins qui sont grandement utiles et recommandables au fait des venins et maladies contagieuses. <em>Faciunt n. ad Epilepsiam, syncopem, cardiacam passionem, cordis tremorem, aliosque cordis affectus; sudore egregie movent, ob id, febribus malignis et pestilentibus conducunt, ac venenum omne foras ad cutim pellunt. ( Boethius, De Lapidibus, lib. II, cap. 243)<\/em><a id=\"_ftnref123\" href=\"#_ftn123\">[123]<\/a>. Et de fait il se v\u00e9rifie par exp\u00e9rience qu\u2019un jeune gar\u00e7on ayant par cas fortuit aval\u00e9 une balle de plomb qu\u2019il avait trouv\u00e9 longtemps auparavant parmi des toiles d\u2019araign\u00e9es, soudain le ventre lui enfla de telle sorte que les assistants n\u2019attendaient autre chose sinon qu\u2019il dut crever par le ventre\u2026 Mais lui ayant donn\u00e9 un scrupule d\u2019une telle corne ou dent trouv\u00e9e sous terre, il fut miraculeusement d\u00e9livr\u00e9 d\u2019une telle attaque\u2026 [suivent d\u2019autres \u00abcas cliniques\u00bb].<br \/><br \/>\u00abQue si quelqu\u2019un demande comment il est possible que telles pi\u00e8ces de dents ou de cornes d\u2019animaux enterr\u00e9es et trouv\u00e9es sous terre puissent poss\u00e9der les qualit\u00e9s susdites et d\u2019o\u00f9 elles ont acquises, attendu que nous ne savons pas de quelles b\u00eates elles proc\u00e8dent, je r\u00e9ponds que c\u2019est des vapeurs, exhalaisons et humidit\u00e9s corrompues de la terre, qui s\u2019incorporent et s\u2019imbibent dans leur mati\u00e8re sous terre durant les longues ann\u00e9es qu\u2019elles y s\u00e9journent, ce qui les fait devenir blanches, tendres et friables, adh\u00e9rentes \u00e0 la langue et aux l\u00e8vres comme si elles avaient \u00e9t\u00e9 cuites et calcin\u00e9es, si que desdites virulences, de non gu\u00e8re diff\u00e9rente fa\u00e7on \u00e0 la corne des licornes, telles pi\u00e8ces sont alexit\u00e8res. Car puisque du virus des animaux et des viandes et eaux virulentes que lesdites licornes mangent et boivent leurs cornes tirent et poss\u00e8dent de vertus tant admirables, ainsi tels fragments trouv\u00e9s sous terre sont dou\u00e9s de facult\u00e9s aucunement semblables, y ayant tant seulement cette diff\u00e9rence que le virus contenu dans les cornes, et particuli\u00e8rement dans celle de la licorne est plus excellemment \u00e9labor\u00e9 et corrig\u00e9 que non pas dans telles pi\u00e8ces trouv\u00e9es sous terre. Car les animaux virulents qui hument les infections de la terre, comme sont les crapauds, les dragons et les couleuvres, les dig\u00e8rent en eux-m\u00eames et leur donnent ainsi quelque pr\u00e9paration particuli\u00e8re avant que de les jeter dans l\u2019eau qu\u2019ils boivent, puis la licorne venant \u00e0 les avaler et prendre les redig\u00e8re et repr\u00e9pare encore avant que de les envoyer comme excr\u00e9ment \u00e0 la corne dans laquelle finalement ledit virus se perfectionne en telle sorte qu\u2019il est d\u2019une action merveilleusement subtile et p\u00e9n\u00e9trante au contraire des fragments trouv\u00e9s sous terre, lesquelles ont attir\u00e9 imm\u00e9diatement de la terre lesdites vapeurs et lesdites exhalaisons pourries et corrompues sans l\u2019entremise d\u2019aucune b\u00eate et sans \u00eatre si parfaitement dig\u00e9r\u00e9es et exactement \u00e9labor\u00e9es. Par tous lesquels discours je veux dire que ores la corne de licorne soit de beaucoup plus pr\u00e9cieuse et plus importante, et que en son d\u00e9faut les cornes de rhinoc\u00e9ros, d\u2019\u00e2ne sauvage, de cheval des Indes et semblables, ou selon Joubert celle de cerf, pourvu qu\u2019elles soient des premi\u00e8res sorties\u2026 puissent \u00eatre employ\u00e9es, que apr\u00e8s tout les fragments susmentionn\u00e9s peuvent l\u00e9gitimement \u00eatre admis pour substitut et succ\u00e9dan\u00e9 de tels alexit\u00e8res et antidotes. Et de fait j\u2019en ai parmi les singularit\u00e9s de mon cabinet les plus rares\u2026<a id=\"_ftnref124\" href=\"#_ftn124\">[124]<\/a>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte au XVI\u00e8me si\u00e8cle, en Allemagne d\u2019abord et surtout, mais parfois aussi dans le reste de l\u2019Europe, d\u2019ossements fossiles de grande taille donna lieu \u00e0 une longue controverse scientifique. Le monde lettr\u00e9 rivalisa d\u2019\u00e9rudition pour expliquer leur origine, y voyant les restes de tel ou tel h\u00e9ros de l\u2019Antiquit\u00e9, plus vaguement ceux des \u00ab g\u00e9ants d\u2019avant le d\u00e9luge \u00bb, ou plus prudemment ceux des \u00e9l\u00e9phants d\u2019Hannibal, dont on avait du mal cependant \u00e0 expliquer comment ils seraient parvenus dans le Harz, r\u00e9gion d\u2019Allemagne centrale o\u00f9 furent trouv\u00e9s les premiers et les plus nombreux de ces ossements. Conrad Gesner nous apprend m\u00eame que certains pensaient qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 \u00ab des cornes de licornes dispers\u00e9es par le d\u00e9luge<a id=\"_ftnref125\" href=\"#_ftn125\">[125]<\/a>\u00bb. L\u2019orthodoxie religieuse, tant \u00e0 Rome qu\u2019\u00e0 Wittenberg, voulait que, la cr\u00e9ation \u00e9tant parfaite et compl\u00e8te, aucune esp\u00e8ce ne p\u00fbt avoir disparu ou \u00eatre apparue depuis lors, et amenait donc \u00e0 rejeter cette s\u00e9duisante hypoth\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p>La licorne fossile connut pourtant une brillante carri\u00e8re. Il nous est difficile aujourd\u2019hui de savoir quels \u00e9taient exactement les produits qui circulaient en Europe au XVII\u00e8me si\u00e8cle sous le nom d\u2019\u00ab unicornu fossilis \u00bb. Certains \u00e9taient effectivement des ossements p\u00e9trifi\u00e9s, comme ceux d\u00e9couverts en 1663 dans le Harz, \u00e0 l\u2019aide desquels le physicien Otto von Gericke (1602-1686) reconstitua le squelette d\u2019une licorne fossile<a id=\"_ftnref126\" href=\"#_ftn126\">[126]<\/a>. D\u2019autres \u00e9taient sans doute du bois fossile, voire de simples stalactites.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit leur origine, tous ces produits \u00e9taient appel\u00e9s \u00abunicornu fossilis\u00bb, expression dans laquelle <em>unicornu<\/em> d\u00e9signe la corne et non l\u2019animal. La licorne fossile tient en effet son nom, non de son origine suppos\u00e9e, la plupart des auteurs ne croyant pas qu\u2019il puisse s\u2019agir de restes de licorne, mais de ses propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales que l\u2019on pensait \u00e9quivalentes, voire sup\u00e9rieures, \u00e0 celle de la v\u00e9ritable corne de licorne. Boethius de Boodt, m\u00e9decin de l\u2019empereur Rodolphe II, consacra trois chapitres de sa <em>Gemmarum et Lapidarum Historia <\/em>aux <em>cornes fossiles, que l\u2019on prend vulgairement&nbsp; pour la corne de licorne<\/em><a id=\"_ftnref127\" href=\"#_ftn127\">[127]<\/a><em>. <\/em>S\u2019il savait \u00e0 quoi s\u2019en tenir quant \u00e0 l\u2019origine de ces \u00ab cornes \u00bb, il ne leur en reconnaissait pas moins des usages m\u00e9dicaux consid\u00e9rables: \u00ab\u2026en premier lieu elles sont dessicatives et astringentes, elles cicatrisent les ulc\u00e8res sans mordication\u2026Outre ce, si leur moelle a une odeur agr\u00e9able, elle est en premier lieu amie et agr\u00e9able au c\u0153ur, et le conforte et fortifie, de m\u00eame que le boli Armeni ou la terre Lemnienne, de peur qu\u2019il ne soit facilement opprim\u00e9 par l\u2019air infect, ou par le venin qu\u2019on aura pris. Et m\u00eame si la substance de cette moelle avant la transmutation a \u00e9t\u00e9 d\u2019un cerf, d\u2019un \u00e9l\u00e9phant, d\u2019un fr\u00eane, d\u2019une noix, d\u2019un arbre ou autre chose qui r\u00e9siste et est contraire aux venins, elle aura une tr\u00e8s grande \u00e9nergie pour les chasser et les surmonter. Et encore plus grande si l\u2019odeur de l\u2019arbre m\u00eame, ou premi\u00e8re substance, peut encore \u00eatre aper\u00e7ue. Car alors il est certain que quelques qualit\u00e9s sont encore rest\u00e9es dans le corps chang\u00e9, et que les forces qui sont attach\u00e9es \u00e0 la mati\u00e8re plus subtile ne sont pas encore p\u00e9ries, mais qu\u2019elles sont augment\u00e9es, une nouvelle mati\u00e8re souterraine survenant. Une corne donc de cette sorte et qualit\u00e9 est un tr\u00e8s souverain et unique antidote pour chasser tous les venins, fi\u00e8vres pestilentielles, et la peste m\u00eame, en faisant prendre au malade avec eau appropri\u00e9e, ou vin oligophore\u2026 le poids d\u2019une dragme ou quatre scrupules<a id=\"_ftnref128\" href=\"#_ftn128\">[128]<\/a>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1645, Thomas Bartholin consacra \u00e0 la \u00ablicorne fossile\u00bb, dont lui aussi connaissait parfaitement l\u2019origine, le dernier chapitre de ses <em>Observations sur la licorne. <\/em>Alors m\u00eame qu\u2019il ne croyait gu\u00e8re aux propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de la corne de licorne, il est beaucoup plus affirmatif sur celles de la corne fossile<a id=\"_ftnref129\" href=\"#_ftn129\">[129]<\/a>. La pharmacop\u00e9e du paracelsien lyonnais Pierre Potier, qui ignore totalement la licorne, fait en revanche grand cas du b\u00e9zoard et de la licorne fossile, tous deux pr\u00e9sent\u00e9s comme de puissants contrepoisons, mais ne se prononce pas sur l\u2019origine de cette derni\u00e8re<a id=\"_ftnref130\" href=\"#_ftn130\">[130]<\/a>. Tout au long du XVII\u00e8me si\u00e8cle, c\u2019est donc ce nom g\u00e9n\u00e9rique de <em>licorne fossile<\/em> qui d\u00e9signa les fossiles animaux et v\u00e9g\u00e9taux, et parfois plus particuli\u00e8rement les d\u00e9fenses de mammouths, utilis\u00e9s en m\u00e9decine. Le trait\u00e9 qu\u2019y consacra en 1666 un m\u00e9decin allemand s\u2019intitule d\u2019ailleurs <em>De unicornu fossili<\/em><a id=\"_ftnref131\" href=\"#_ftn131\">[131]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Laurent Catelan \u00e9crivit son <em>Histoire de\u2026la lycorne<\/em>, la corne de l\u2019animal avait beaucoup perdu de son prestige. Les licornes fossiles d\u2019Allemagne \u00e9taient, en revanche, tenues en haute estime par la majorit\u00e9 du corps m\u00e9dical, et l\u2019apothicaire ne pouvait qu\u2019en parler. En donnant aux propri\u00e9t\u00e9s de la corne fossile et de la corne authentique la m\u00eame explication scientifique, Catelan voulait donc rel\u00e9gitimer cette derni\u00e8re. Mais il allait plus loin encore, affirmant et expliquant, d\u2019une mani\u00e8re quelque peu alambiqu\u00e9e il est vrai, que la corne fossile ne pouvait qu\u2019avoir des propri\u00e9t\u00e9s moindres que celles de la corne v\u00e9ritable. C\u2019est ainsi la corne fossile, de d\u00e9couverte plus r\u00e9cente et dont on savait qu\u2019elle n\u2019avait d\u2019unicorne que le nom, qui venait r\u00e9habiliter la vieille licorne m\u00e9di\u00e9vale mise \u00e0 mal par Ambroise Par\u00e9 et quelques m\u00e9decins trop sceptiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Objections et R\u00e9ponses<\/h2>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans notre \u00e9tude sur l\u2019<em>Histoire de\u2026la Lycorne,<\/em>, nous avons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment n\u00e9glig\u00e9 ce qui semble \u00e0 premi\u00e8re vue le c\u0153ur de l\u2019ouvrage, les r\u00e9ponses d\u00e9finitives que Laurent Catelan affirme apporter aux d\u00e9tracteurs de la licorne. En effet, le d\u00e9bat que l\u2019apothicaire pr\u00e9tend refermer est fort mal ouvert, m\u00ealant quelques objections bien r\u00e9elles, emprunt\u00e9es souvent au <em>Discours de la licorne<\/em> d\u2019Ambroise Par\u00e9, \u00e0 d\u2019autres qui ne semblent l\u00e0 que pour pr\u00e9parer une r\u00e9plique cinglante, comme le montre le tableau suivant, r\u00e9capitulant les dix-huit objections \u00e9num\u00e9r\u00e9es par Catelan et les r\u00e9ponses qu\u2019il y apporte.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table is-style-stripes\" style=\"font-size:14px\"><table><tbody><tr><td><em>1<\/em><\/td><td>Ct\u00e9sias n\u2019est pas un auteur digne de foi &nbsp;<\/td><td><em>p.26<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Ct\u00e9sias n\u2019est pas le seul \u00e0 en parler<\/td><td><em>p.46<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>2<\/em><\/td><td>L\u2019\u00c9criture Sainte parle de Reem, qui peut d\u00e9signer une autre b\u00eate unicorne &nbsp;<\/td><td><em>p.27<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>C\u2019est bien du f\u00e9roce Monoc\u00e9ros qu\u2019il est question dans la Bible<\/td><td><em>p.47<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>3<\/em><\/td><td>la licorne est un hybride impossible (cheval, lion, \u00e9l\u00e9phant, cerf, sanglier) &nbsp;<\/td><td><em>p.28<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>La licorne est une esp\u00e8ce \u00e0 part enti\u00e8re, pas un hybride<\/td><td><em>p.48<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>4<\/em><\/td><td>Les descriptions des licornes et de leurs cornes sont discordantes &nbsp;<\/td><td><em>p.29<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Selon leur \u00e2ge et les r\u00e9gions o\u00f9 elles vivent, les licornes et leurs cornes peuvent avoir des aspects diff\u00e9rents. &nbsp;<\/td><td><em>p. 50<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>5<\/em><\/td><td>Les Romains ne connaissaient pas les licornes, on n\u2019en a pas vu dans les triomphes &nbsp;<\/td><td><em>p.30<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Les Romains n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en Inde<\/td><td><em>p. 55<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>6<\/em><\/td><td>Aristote n\u2019a pas parl\u00e9 de la licorne, celle des monnaies d\u2019Alexandre est donc symbolique &nbsp;<\/td><td><em>p.31<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Il y a beaucoup d\u2019autres choses dont les classiques n\u2019ont pas parl\u00e9, et les m\u00e9dailles d\u2019Alexandre repr\u00e9sentent ses conqu\u00eates r\u00e9elles. &nbsp;<\/td><td><em>p.56<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>7<\/em><\/td><td>L\u2019\u00e9tymologie lion-corne est absurde &nbsp;<\/td><td><em>p.33<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Pourquoi pas? On dit bien un loup-cervier. &nbsp;<\/td><td><em>p.58<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>8<\/em><\/td><td>L\u2019eau que boit la licorne ne peut pas \u00eatre empoisonn\u00e9e, car couleuvres et dragons n\u2019ont pas l\u2019haleine empoisonn\u00e9e. &nbsp;<\/td><td><em>p.33<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Les dragons et couleuvres des pays chauds, o\u00f9 vivent les licornes, sont venimeux.<\/td><td><em>p.59<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>9<\/em><\/td><td>Quand bien m\u00eame ce serait le cas, les animaux&nbsp; ne pourraient pas le savoir et la corne de licorne ne pourrait d\u00e9sinfecter si rapidement l\u2019eau (raisonnement gal\u00e9niste sur les humeurs) &nbsp;<\/td><td><em>p.35<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>L\u2019odorat des animaux, et de la licorne, leur permet de reconna\u00eetre l\u2019eau empoisonn\u00e9e. C\u2019est la virulence de la corne qui lui fait attirer \u00e0 elle tous les poisons pr\u00e9sents dans l\u2019eau (raisonnement paracelsien sur les essences) &nbsp;<\/td><td><em>p.63<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>10<\/em><\/td><td>La licorne ne peut boire du bout des l\u00e8vres &nbsp;<\/td><td><em>p.36<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Cela est d\u00fb \u00e0 son humeur \u00abm\u00e9lancolique\u00bb, comme celle des \u00e2nes. &nbsp;<\/td><td><em>p.69<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>11<\/em><\/td><td>La licorne solitaire ne peut pas se reproduire &nbsp;<\/td><td><em>p.37<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>De temps en temps, le m\u00e2le rencontre la femelle.<\/td><td><em>p.70<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>12<\/em><\/td><td>La licorne ne peut reconna\u00eetre la virginit\u00e9 d\u2019une fille &nbsp;<\/td><td><em>p.37<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Elle le peut, gr\u00e2ce \u00e0 son odorat<\/td><td><em>p.70<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>13<\/em><\/td><td>Si la licorne \u00e9tait v\u00e9ritablement attir\u00e9e par la jeune vierge, elle la violerait au lieu de s\u2019endormir. &nbsp;<\/td><td><em>p.38<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>De joie, la licorne s\u2019\u00e9vanouit. De plus, une telle copulation est impossible.<\/td><td><em>p.72<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>14<\/em><\/td><td>La licorne captur\u00e9e ne peut se tuer &nbsp;<\/td><td><em>p.41<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Elle peut se laisser mourir de faim<\/td><td><em>p.75<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>15<\/em><\/td><td>Si la licorne existait, on l\u2019aurait captur\u00e9e, ou on en aurait au moins des cadavres. &nbsp;<\/td><td><em>p.41<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>La chasse est difficile et dangereuse (pour la jeune vierge). Si un cadavre est trouv\u00e9 par des paysans, ils ne vont s\u00fbrement pas le crier sur les toits pour se le faire confisquer. &nbsp;<\/td><td><em>&nbsp;<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>16<\/em><\/td><td>Les cornes de licornes sont des faux ou viennent d\u2019autres animaux. &nbsp;<\/td><td><em>p.42<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Il est techniquement impossible de fabriquer de tels faux.<\/td><td><em>p.80<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>17<\/em><\/td><td>Comment la corne de licorne peut-elle suer en pr\u00e9sence du poison et tuer les animaux venimeux? &nbsp;<\/td><td><em>p.44<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Par \u00absympathie\u00bb, le venin attirant le venin.<\/td><td><em>p.81<\/em><\/td><\/tr><tr><td><em>18<\/em><\/td><td>La corne de licorne ne peut \u00eatre un contrepoison universel, ni avoir plus de pouvoir que d\u2019autres cornes &nbsp;<\/td><td><em>p.45<\/em><\/td><td>&nbsp;<\/td><td>Une corne retient toute la force de l\u2019animal, l\u00e0 o\u00f9 deux cornes n\u2019en ont que moiti\u00e9 chacune. C\u2019est un contrepoison universel parce que d\u00e9j\u00e0 imbib\u00e9 de poison. &nbsp;<\/td><td><em>p.85 \u00e0 99<\/em><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>M\u00ealant jusqu\u2019\u00e0 la confusion deux d\u00e9bats, celui sur l\u2019existence de l\u2019animal et celui sur les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de la corne, cette partie de l\u2019ouvrage de Laurent Catelan produit plus d\u2019obscurit\u00e9 qu\u2019elle n\u2019en dissipe. Nous avons donc privil\u00e9gi\u00e9 dans notre \u00e9tude les d\u00e9veloppements plus longs que l\u2019auteur consacre \u00e0 l\u2019existence et \u00e0 l\u2019aspect de la licorne, dans les premi\u00e8res pages du livre, puis \u00e0 l\u2019usage de sa corne en m\u00e9decine, \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage, quitte \u00e0 aller fr\u00e9quemment chercher des \u00e9claircissements dans la discussion de telle ou telle controverse.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La corne empoisonn\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>La lecture de l\u2019<em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usages de la lycorne<\/em> laisse perplexe. A quelques reprises, nous nous sommes interrog\u00e9s sur la bonne foi de l\u2019auteur. Sans aller jusque l\u00e0, on peut se demander si son texte n\u2019avait pas, entre autres, une fonction publicitaire. Cela ne signifie pas n\u00e9cessairement que Laurent Catelan ait voulu vendre sa pr\u00e9cieuse corne, encore que tout e\u00fbt sans doute d\u00e9pendu du prix qui pouvait lui en \u00eatre offert. En publiant r\u00e9guli\u00e8rement des ouvrages sur les \u00ab raret\u00e9s et singularit\u00e9s \u00bb de son cabinet, notre apothicaire avide de reconnaissance sociale se pr\u00e9sentait \u00e0 la fois comme un \u00e9rudit et comme un homme riche, puisque possesseur d\u2019objets d\u2019une valeur inestimable. Les d\u00e9m\u00eal\u00e9s juridico-financiers qui ont oppos\u00e9 ce personnage quelque peu parano\u00efaque \u00e0 la facult\u00e9 de pharmacie de Montpellier<a id=\"_ftnref132\" href=\"#_ftn132\">[132]<\/a> l\u2019obligeaient \u00e0 afficher et revendiquer sans cesse sa comp\u00e9tence. Ils peuvent aussi expliquer le penchant de Catelan pour des sources et des th\u00e9ories assez peu acad\u00e9miques, mais il convient de ne rien exag\u00e9rer sur ce point, de nombreux ouvrages de l\u2019\u00e9poque, \u00e0 Montpellier plus souvent qu\u2019\u00e0 Paris, ayant fait une large place aux id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que Catelan n\u2019est gu\u00e8re convaincant, son <em>Histoire de\u2026la lycorne <\/em>n\u2019ayant jamais la rigueur et l\u2019\u00e9vidence du <em>Discours de la licorne<\/em> d\u2019Ambroise Par\u00e9. Il consacre beaucoup d\u2019\u00e9nergie et d\u2019\u00e9rudition \u00e0 construire l\u2019image d\u2019une licorne f\u00e9roce, violente, se nourrissant de vermine et d\u2019eau empoisonn\u00e9e, pour expliquer la \u00ab virulence \u00bb de la corne dans laquelle sont concentr\u00e9s tous les poisons animaux et v\u00e9g\u00e9taux. Comment expliquer alors que le malade qui prend de la poudre de licorne en d\u00e9coction ne succombe pas sur le champ? que celui qui porte une pi\u00e8ce de licorne en pendentif ne brise pas la cha\u00eene pour jeter au loin l\u2019objet qui lui cause une atroce br\u00fblure?<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces contradictions, que Catelan n\u2019avait peut-\u00eatre pas vues, d\u00e9coulent de la th\u00e8se selon laquelle \u00ab seul le poison peut lutter contre le poison \u00bb. Elles \u00e9taient in\u00e9vitables d\u00e8s lors que l\u2019on voulait appliquer aux venins, ou aux maladies \u00ab pestilentielles \u00bb, les th\u00e9ories paracelsiennes selon lesquelles les semblables s\u2019attirent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tudiant la m\u00e9decine \u00e0 Montpellier au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1630, le jeuneThomas Browne, qui allait devenir l&#8217;un des savants anglais les plus r\u00e9put\u00e9s, a tr\u00e8s probablement fr\u00e9quent\u00e9 la boutique et le petit mus\u00e9e de Laurent Catelan, et peut-\u00eatre lu son livre. Il faut croire qu&#8217;il ne fut gu\u00e8re convaincu puisque, quinze ans plus tard, dans ses <em>essais sur les erreurs en m\u00e9decine (pseudodoxia epidemica)<\/em>, il moqua la croyance en l&#8217;existence de la licorne et l&#8217;usage m\u00e9dical de sa corne, avec des arguments qui sont encore souvent ceux que l&#8217;apothicaire montpelli\u00e9rain avait cru d\u00e9molir : \u00ab Since therefore there be many <em>Unicorns<\/em>; since that whereto we appropriate a Horn is so variously described, that it seemeth either never to have been seen by two persons, or not to have been one animal; Since though they agreed in the description of the animal, yet is not the Horn we extol the same with that of the Ancients; Since what Horns soever they be that pass among us, they are not the Horns of one, but several animals; Since many in common use and high esteem are no Horns at all; Since if they were true Horns, yet might their vertues be questioned; Since though we allowed some vertues, yet were not others to be received; with what security a man may rely on this remedy, the mistress of fools hath already instructed some, and to wisdom (which is never too wise to learn) it is not too late to consider.<a href=\"#_ftn133\">[133]<\/a> \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br \/><br \/><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>Discorso&nbsp; d\u2019Andrea Marini, medico, contro la falsa opinione dell\u2019alicorno, <\/em>Venise, 1566.<br \/><a id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Discours d&#8217;Ambroise Par\u00e9, conseiller, et premier chirurgien du Roy. As\u00e7avoir de la Mumie, des venins, de la licorne et de la peste, <\/em>Paris, 1582.<br \/><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>Johannes Baptista Silvaticus, <em>De Unicornu, Lapide Bezaar, Smaragdo &amp; Margaritis, eorumque in Febribus Pestilentibus Usu Tractatio, <\/em>Bergame, 1605.<br \/><a id=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;Andrea Bacci, <em>Discorso \u2026 nel quale si tratta della natura dell alicorno e delle sue virtu eccelentissimme\u2026,<\/em> Venise, 1566. J&#8217;ai surtout consult\u00e9 la traduction latine <em>De Monocerote seu Unicornu, ejusque Admirandis Viribus et Usu, Tractatus, <\/em>Stuttgart, 1598.<br \/><a id=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;Laurent Catelan, <em>Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne, <\/em>Montpellier, 1624.<br \/><a id=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Caspar Bartholin, <em>De Unicornu ejusque Affinibus et Succedaneis, <\/em>in <em>Opuscula Quatuor Singularia, <\/em>La Haye, 1628.<br \/><a id=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> \u00abApr\u00e8s souper, quand nous nous chauffions pr\u00e8s de l&#8217;\u00e2tre, M. Catalan me donnait une vieille bible latine ou manquait le Nouveau Testament. Je lui faisais une lecture accompagn\u00e9e parfois de commentaires. Quand je lui lisais le proph\u00e8te Baruch, qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve contre les images et les idoles, il \u00e9tait dans l&#8217;enchantement. En sa qualit\u00e9 de marrane, il ne les aimait pas plus que ne font les juifs, mais il n&#8217;osait le d\u00e9clarer ouvertement\u2026\u00bb&nbsp; F\u00e9lix Platter, 1553, in <em>F\u00e9lix et Thomas Platter \u00e0 Montpellier, notes de voyage de deux \u00e9tudiants B\u00e2lois<\/em>, Marseille, Laffitte reprints, 1979, p.34.<br \/><a id=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>&nbsp;\u00abJ&#8217;avais d&#8217;ailleurs l&#8217;avantage de loger dans la boutique de mon ma\u00eetre, qui \u00e9tait consid\u00e9rable, et exigeait quatre ou cinq aides-apothicaires; j&#8217;y voyais chaque jour du nouveau.\u00bb F\u00e9lix Platter, <em>ibid.<\/em><br \/><a id=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;Fran\u00e7ois Ranchin, <em>\u0152uvres pharmaceutiques, <\/em>Lyon, 1624, p.IX.<br \/><a id=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>&nbsp;Sur les diff\u00e9rences th\u00e9oriques entre la facult\u00e9 de Paris et celle de Montpellier, voir l\u2019ouvrage, factuel et dat\u00e9 mais assez complet, de J. Levy-Valensi, <em>La m\u00e9decine et les m\u00e9decins fran\u00e7ais au XVII\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, Paris, 1933.<br \/><a id=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> On trouvera une relation d\u00e9taill\u00e9e des proc\u00e9dures ayant oppos\u00e9 Laurent Catelan aux doyens de la facult\u00e9 de Pharmacie dans F. Gay, <em>Une Lign\u00e9e d\u2019apothicaires, <\/em>Montpellier, 1896.<br \/><a id=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> M. Marty, <em>La pharmacie \u00e0 Montpellier, <\/em>Montpellier, 1889, pp.41-42, cit\u00e9 in F. Gay, <em>ibid.<\/em> Marty donne de ce texte une r\u00e9f\u00e9rence inexacte, et ni F. Gay, ni plus r\u00e9cemment Antoine Schnapper dans son \u00e9tude sur les collectionneurs du XVII\u00e8me si\u00e8cle, <em>Le G\u00e9ant, la licorne, la tulipe<\/em>, n&#8217;ont pu retrouver la source exacte.<br \/><a id=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a>&nbsp;Thomas Bartholin, <em>De Unicornu Observationes Nov\u00e6, <\/em>Padoue, 1645, p.198. Caspar Bartholin, le p\u00e8re de Thomas, nous apprend dans son <em>De Unicornu ejusque Affinibus<\/em> <em>et Succedaneis<\/em>, La Haye, 1628, que le mus\u00e9e de Laurent Catelan contenait \u00e9galement des insectes unicornes.<br \/><a id=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a>&nbsp;Laurent Catelan, <em>Histoire de la lycorne, <\/em>pr\u00e9face. Il est question ici de la visite de Louis XIII \u00e0 Montpellier en 1622, qui suivit de peu le r\u00e9tablissement de l&#8217;autorit\u00e9 royale dans cette ville.<br \/><a id=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Nicolas Fabri de Peiresc, <em>Lettres, <\/em>\u00e9d. Ph. Tamizey de Larroque, Paris, 1888, t.V, p.243 .<br \/><a id=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a>&nbsp;Paul Contant, <em>Le Jardin et cabinet po\u00e9tique, <\/em>Poitiers, 1609, p.85.<br \/><a id=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a><em>&nbsp;ibid.<\/em><br \/><a id=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a>&nbsp;<em>F\u00e9lix et Thomas Platter \u00e0 Montpellier, notes de voyage de deux \u00e9tudiants b\u00e2lois, <\/em>Marseille, 1979, pp.288-292. Voir aussi Louis Irissou, \u201cQuelques Montpelli\u00e9rains collectionneurs de curiosit\u00e9s\u201d, in <em>Revue d&#8217;histoire de la pharmacie, <\/em>d\u00e9c.1947, pp.232-234.<br \/><a id=\"_ftn19\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>&nbsp;<em>Catalogue des choses rares de maistre Pierre Borel<\/em> in <em>Les antiquit\u00e9s de Castres<\/em>, Paris, 1878, p.148. On trouve \u00e9galement deux cornes de licorne dans le catalogue du cabinet d&#8217;un curieux italien, Francesco Calzolari. <em>Museum Calceolarianum, <\/em>1622, pp.687-691. L&#8217;origine et l&#8217;usage de ces cornes sont d\u00e9crits d&#8217;une mani\u00e8re assez similaire \u00e0 celle de Catelan. Thomas Platter cite bien&nbsp; \u00abune queue de licorne\u00bb, parmi les curiosit\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9es en 1599 par Sir Walter Cope dans son ch\u00e2teau de Kensington, mais la corne de l\u2019animal, son attribut sp\u00e9cifique, sa \u00abnature\u00bb aurait-on pu dire au Moyen-\u00c2ge, est la seule partie de l\u2019animal figurant tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement dans les collections.<br \/><a id=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Laurent Catelan, <em>Rare et curieux Discours sur les vertus et propri\u00e9t\u00e9s de la Th\u00e9riaque, publiquement dispens\u00e9e et faite en la pr\u00e9sence de messieurs les Tr\u00e8s-illustres professeurs en l\u2019Universit\u00e9 de M\u00e9decine de Montpellier\u2026, <\/em>Montpellier, 1629.<br \/><a id=\"_ftn21\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>Laurentius Catelanus, <em>Ein sch\u00f6ner neuer Diskurs von der Natur, Tugenden,&nbsp; Eigenschafften und Gebrauch des Einhorns, <\/em>Francfort sur le Main, 1625.<br \/><a id=\"_ftn22\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> L\u2019ongle du sabot avant gauche de l\u2019\u00e9lan, appliqu\u00e9 contre l\u2019oreille, \u00e9tait tenu pour souverain contre l\u2019\u00e9pilepsie.<br \/><a id=\"_ftn23\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>&nbsp;qui, si la porcelaine est pure, se fendent lorsque l\u2019on y verse du poison.<br \/><a id=\"_ftn24\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a>&nbsp;Le crapaud \u00e9tait encore au XVI\u00e8me si\u00e8cle tenu pour puissamment v\u00e9n\u00e9neux, et la crapaudine, pierre cens\u00e9e se trouver dans son cr\u00e2ne, passait pour un puissant contrepoison. Voir aussi supra, p.Erreur : source de la r\u00e9f\u00e9rence non trouv\u00e9e.<br \/><a id=\"_ftn25\" href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a>&nbsp;Amiante.<br \/><a id=\"_ftn26\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a>&nbsp;Graines de lin.<br \/><a id=\"_ftn27\" href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a>&nbsp;<em>Trait\u00e9 du b\u00e9zoard, <\/em>p.11.<br \/><a id=\"_ftn28\" href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a>&nbsp;On pourra lire sur ce sujet la br\u00e8ve et \u00e9tonnante monographie consacr\u00e9e \u00e0 la mandragore, en 1911, par Gustave Le Rouge, plus connu pour les aventures du <em>Myst\u00e9rieux Docteur Cornelius<\/em>.<br \/><a id=\"_ftn29\" href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a>&nbsp;Ambroise Par\u00e9, <em>Le livre des venins, <\/em>in <em>\u0152uvres compl\u00e8tes, <\/em>\u00e9d. Malgaigne, t.III, pp.339-342.<br \/><a id=\"_ftn30\" href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a>&nbsp;On pourrait s\u2019\u00e9tonner que personne n\u2019ait jamais trouv\u00e9 de b\u00e9zoard de licorne, ni vant\u00e9 les m\u00e9rites de cette merveille, dont on n\u2019ose imaginer les propri\u00e9t\u00e9s.<br \/><a id=\"_ftn31\" href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a>&nbsp;H.L., p.1.<br \/><a id=\"_ftn32\" href=\"#_ftnref32\">[32]<\/a>&nbsp;<em>Discours sur la mandragore, <\/em>p.37.<br \/><a id=\"_ftn33\" href=\"#_ftnref33\">[33]<\/a>&nbsp;Comme le fait la <em>Nouvelle biographie g\u00e9n\u00e9rale <\/em>de H\u0153fer.<br \/><a id=\"_ftn34\" href=\"#_ftnref34\">[34]<\/a>&nbsp;C\u2019est tenir pour n\u00e9gligeable le <em>Discours de la licorne <\/em>d\u2019Ambroise Par\u00e9, qui soutenait sur le sujet des positions radicalement oppos\u00e9es \u00e0 celles de Catelan. Catelan cite pourtant fr\u00e9quemment Par\u00e9, sans jamais pourtant signaler au lecteur que le chirurgien des derniers Valois ne croyait gu\u00e8re \u00e0 l\u2019existence de la licorne, et point du tout aux propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicinales de sa corne.<br \/><a id=\"_ftn35\" href=\"#_ftnref35\">[35]<\/a> H.L., pp.3-4.<br \/><a id=\"_ftn36\" href=\"#_ftnref36\">[36]<\/a>&nbsp; H.L., pp.4-9.<br \/><a id=\"_ftn37\" href=\"#_ftnref37\">[37]<\/a>&nbsp; Johann Schenck, <em>Observationum Medicarum Rararum, Novarum, Admirabilium et Monstrosarum, <\/em>Francfort, 1600, t.II, pp.864-866.<br \/><a id=\"_ftn38\" href=\"#_ftnref38\">[38]<\/a>&nbsp;Andrea Bacci, <em>De Monocerote seu Unicornu Tractatus, <\/em>Stuttgart, 1598, pp.41-54.<br \/><a id=\"_ftn39\" href=\"#_ftnref39\">[39]<\/a>&nbsp;H.L., p.51.<br \/><a id=\"_ftn40\" href=\"#_ftnref40\">[40]<\/a>&nbsp;H.L., p.10, par exemple.<br \/><a id=\"_ftn41\" href=\"#_ftnref41\">[41]<\/a>&nbsp;Elle a entre les sourcils une corne noire, non pas lisse mais annel\u00e9e (ou spiral\u00e9e), et finissant en une pointe tr\u00e8s aigu\u00eb. \u00c9lien, <em>Histoire des animaux, <\/em>XVI, 20.<br \/><a id=\"_ftn42\" href=\"#_ftnref42\">[42]<\/a>&nbsp;H.L., p.10.<br \/><a id=\"_ftn43\" href=\"#_ftnref43\">[43]<\/a>&nbsp;<em>Histoires de Paolo Iovio, Comois, \u00c9v\u00eaque de Nocera, sur les choses faites et advenues de son temps en toutes les parties du monde,<\/em> Lyon, 1552, liv.XVIII, pp.298-299. <br \/><a id=\"_ftn44\" href=\"#_ftnref44\">[44]<\/a> Conrad Gesner, <em>Historia Animalium, de Quadrupedibus Viviparis, <\/em>Turin, 1559, p.780.<br \/><a id=\"_ftn45\" href=\"#_ftnref45\">[45]<\/a>&nbsp;L\u2019\u00e9rudition de Catelan est parfois approximative, et cette derni\u00e8re source est inexacte. Cadamosto \u00e9crit seulement qu\u2019un noir ramen\u00e9 par ses soins au Portugal affirma que dans son pays d\u2019origine vivaient des licornes. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019\u00e9crira Catelan deux pages plus loin. <em>Relation des voyages \u00e0 la c\u00f4te occidentale d\u2019Afrique d\u2019Alvise de Ca\u2019da Mosto, <\/em>\u00e9d. Scheffer, Paris, 1895. Quant \u00e0 Ludovico Barthema, nous avons vu que c&#8217;est deux licornes, dont un poulain il est vrai, et non une qu&#8217;il dit avoir vu \u00e0 La Mecque.<br \/><a id=\"_ftn46\" href=\"#_ftnref46\">[46]<\/a>&nbsp;Ces deux derniers d\u00e9tails &#8211; la licorne du khan de Tartarie et les difficult\u00e9s d\u2019alimentation de l\u2019animal &#8211; ne se trouvent ni chez Barthema ni chez Cadamosto.<br \/><a id=\"_ftn47\" href=\"#_ftnref47\">[47]<\/a> Et ma corne sera exalt\u00e9e comme celle de la licorne, Psaume 92;&nbsp; H.L., pp.10-11.<br \/><a id=\"_ftn48\" href=\"#_ftnref48\">[48]<\/a> Ce dernier trait vient de Pline et non de Marco Polo.<br \/><a id=\"_ftn49\" href=\"#_ftnref49\">[49]<\/a> Sauve moi de la gueule du lion et prot\u00e8ge mon humilit\u00e9 des cornes des licornes, Psaume 22.<br \/><a id=\"_ftn50\" href=\"#_ftnref50\">[50] <\/a>Isa\u00efe, 34.<br \/><a id=\"_ftn51\" href=\"#_ftnref51\">[51]<\/a> Job 39.<br \/><a id=\"_ftn52\" href=\"#_ftnref52\">[52]<\/a> Job 39, H.L. pp.17-18.<br \/><a id=\"_ftn53\" href=\"#_ftnref53\">[53]<\/a> Conrad Gesner, <em>Historia Animalium, Liber Primus, de Quadrupedibus Viviparis,<\/em> Francfort, 1625 (1551), p.690.<br \/><a id=\"_ftn54\" href=\"#_ftnref54\">[54]<\/a> Ambroise Par\u00e9, <em>Discours de la licorne, <\/em>Paris, 1582, fol.31-32.<br \/><a id=\"_ftn55\" href=\"#_ftnref55\">[55]<\/a> Marco Polo, <em>Le Devisement du Monde, <\/em>\u00e9d. Hambis, p.243.<br \/><a id=\"_ftn56\" href=\"#_ftnref56\">[56]<\/a> Andrea Bacci, <em>De Monocerote seu Unicornu Tractatus, <\/em>Stuttgart, 1598, p.56. Si la forme lioncorne ne se rencontre jamais dans les textes fran\u00e7ais, on trouve effectivement parfois lioncorno en Italien.<br \/><a id=\"_ftn57\" href=\"#_ftnref57\">[57]<\/a> H.L., p.12.<br \/><a id=\"_ftn58\" href=\"#_ftnref58\">[58]<\/a>&nbsp; S&#8217;il avait eu d&#8217;autres lectures, Andrea Bacci aurait pu trouver une \u00e9tymologie plus s\u00e9duisante, mais convenant peut-\u00eatre moins \u00e0 son propos, dans un po\u00e8me de Guido Cavalcanti, ma\u00eetre et ami de Dante: lunicornio, corne de lune. <br \/><a id=\"_ftn59\" href=\"#_ftnref59\">[59]<\/a> H.L., p.13.<br \/><a id=\"_ftn60\" href=\"#_ftnref60\">[60]<\/a> H.L., p.15.<br \/><a id=\"_ftn61\" href=\"#_ftnref61\">[61]<\/a> H.L., p.16; pp.38-40.<br \/><a id=\"_ftn62\" href=\"#_ftnref62\">[62]<\/a> H.L., pp.82-88.<br \/><a id=\"_ftn63\" href=\"#_ftnref63\">[63]<\/a> H.L., p.84.<br \/><a id=\"_ftn64\" href=\"#_ftnref64\">[64]<\/a> H.L., p.17.<br \/><a id=\"_ftn65\" href=\"#_ftnref65\">[65]<\/a> H.L., pp.13-14.<br \/><a id=\"_ftn66\" href=\"#_ftnref66\">[66]<\/a> Andrea Bacci, <em>De Monocerote seu Unicornu Tractatus, <\/em>Stuttgart, 1598, pp.1-63.<br \/><a id=\"_ftn67\" href=\"#_ftnref67\">[67]<\/a> Voir par exemple:&nbsp; Augustin Belley, \u201cObservations sur un cam\u00e9e antique du cabinet de M. le duc d\u2019Orl\u00e9ans\u201d, in <em>M\u00e9moires de l\u2019acad\u00e9mie des inscriptions et belles lettres,<\/em> vol. 26, pp.485-488, Paris, 1755 ou Bernard de Montfaucon,<em>Suppl\u00e9ment \u00e0 l\u2019antiquit\u00e9 expliqu\u00e9e, <\/em>Paris, 1724, t.III, ch.9, pp.36-37.<br \/><a id=\"_ftn68\" href=\"#_ftnref68\">[68]<\/a> H.L., p.16.<br \/><a id=\"_ftn69\" href=\"#_ftnref69\">[69]<\/a> H.L., p.16-18.<br \/><a id=\"_ftn70\" href=\"#_ftnref70\">[70]<\/a> H.L., p.18, citant Johannes Tzetz\u00e8s, <em>Chiliad V<\/em>, in <em>Variarum Historiarum Liber, <\/em>B\u00e2le, 1546, p.86.<br \/><a id=\"_ftn71\" href=\"#_ftnref71\">[71]<\/a> H.L., p.38.<br \/><a id=\"_ftn72\" href=\"#_ftnref72\">[72]<\/a> H.L., pp.71-72.<br \/><a id=\"_ftn73\" href=\"#_ftnref73\">[73]<\/a> H.L., p.72.<br \/><a id=\"_ftn74\" href=\"#_ftnref74\">[74]<\/a> Richard de Fournival, <em>Bestiaire d\u2019amour, <\/em>in G. Bianciotto, <em>Bestiaires du Moyen-\u00c2ge, <\/em>Paris, 1980. <br \/><a id=\"_ftn75\" href=\"#_ftnref75\">[75]<\/a> Conrad Gesner, <em>Historia Animalium, Liber Primus, de Quadrupedibus Viviparis,<\/em> Francfort, 1625 (1551), p.692. Johannes Tzetz\u00e8s, <em>Chiliad V<\/em>, in <em>Variarum Historiarum Liber, <\/em>B\u00e2le, 1546, p.86.<br \/><a id=\"_ftn76\" href=\"#_ftnref76\">[76]<\/a> H.L., pp.18-19.<br \/><a id=\"_ftn77\" href=\"#_ftnref77\">[77]<\/a> H.L., p.20.<br \/><a id=\"_ftn78\" href=\"#_ftnref78\">[78]<\/a> H.L., p.20.<br \/><a id=\"_ftn79\" href=\"#_ftnref79\">[79]<\/a> H.L., pp.54-55.<br \/><a id=\"_ftn80\" href=\"#_ftnref80\">[80]<\/a> <em>Catalogue des choses rares de maistre Pierre Borel<\/em> in <em>Les antiquit\u00e9s de Castres<\/em>, Paris, 1878, p.148.<br \/><a id=\"_ftn81\" href=\"#_ftnref81\">[81]<\/a> Arch. Munic. de Montpellier; notaires du Consulat, BB 147, n\u00b0 13, Marye, fol.478 et 480, cit\u00e9 in Louis Irissou, \u201cQuelques Montpelli\u00e9rains collectionneurs de curiosit\u00e9s\u201d, in <em>Revue d&#8217;histoire de la pharmacie, <\/em>d\u00e9c.1947, pp.232-234.<br \/><a id=\"_ftn82\" href=\"#_ftnref82\">[82]<\/a> H.L., pp.42-43.<br \/><a id=\"_ftn83\" href=\"#_ftnref83\">[83]<\/a> H.L., pp.80-81.<br \/><a id=\"_ftn84\" href=\"#_ftnref84\">[84]<\/a> H.L., pp.23-24.<br \/><a id=\"_ftn85\" href=\"#_ftnref85\">[85]<\/a> J\u00e9r\u00f4me Cardan, <em>De Rerum Varietate, <\/em>B\u00e2le, 1557, liv.XVII, ch.97, p.1164.<br \/><a id=\"_ftn86\" href=\"#_ftnref86\">[86]<\/a> Vieille, elle perd ses vertus.<br \/><a id=\"_ftn87\" href=\"#_ftnref87\">[87]<\/a> H.L., p.83.<br \/><a id=\"_ftn88\" href=\"#_ftnref88\">[88]<\/a> David Pomis, <em>Dittionario novo hebra\u00efco, molto copioso, dechirato in tre lingue, <\/em>Venise, 1587, fol.238f.<br \/><a id=\"_ftn89\" href=\"#_ftnref89\">[89]<\/a> Ulysse Aldrovandi, <em>De Quadrupedibus Solipedibus ,<\/em> Bologne, 1616, p.385.<br \/><a id=\"_ftn90\" href=\"#_ftnref90\">[90]<\/a> Esteban Rodrigo a Castro, <em>De Meteoris Microcosmi, <\/em>Florence, 1621, pp.163-164.<br \/><a id=\"_ftn91\" href=\"#_ftnref91\">[91]<\/a> Basile Valentin, <em>Currus Triumphalis Antimonii<\/em>, Toulouse, 1646, pp.51-52.<br \/><a id=\"_ftn92\" href=\"#_ftnref92\">[92]<\/a> Ambroise Par\u00e9, <em>Discours de la licorne, <\/em>Paris, 1582, pp.33 sq.<br \/><a id=\"_ftn93\" href=\"#_ftnref93\">[93]<\/a> Conrad Gesner, <em>Histori\u00e6 Animalium., de Quadrupedibus Viviparis., <\/em>Francfort, 1603, p.693.<br \/><a id=\"_ftn94\" href=\"#_ftnref94\">[94]<\/a> Geoffroy&nbsp; Linocier, <em>Histoire des plantes avec leurs pourtraictz, \u00e0 laquelle sont adjout\u00e9es celles des simples, aromatiques, animaux \u00e0 quatre pieds, oiseaux, serpens et autres b\u00eates venimeuses, <\/em>Paris, 1584, p.716.<br \/><a id=\"_ftn95\" href=\"#_ftnref95\">[95]<\/a> Amatus Lusitanus, <em>in Dioscoridis de Materia Medica Enarrationes, <\/em>&nbsp;Strasbourg, 1554, p. 206.<br \/><a id=\"_ftn96\" href=\"#_ftnref96\">[96]<\/a> Basile Valentin, <em>Currus Triumphalis Antimonii , <\/em>Toulouse, 1646, p.52. On trouvera une description plus d\u00e9taill\u00e9e de cette exp\u00e9rience in Th\u00e9odore Kerckring, <em>Commentarius in Currum Triumphalem Antimonii Basilii Valentini, <\/em>Amsterdam, 1671, p.81.<br \/><a id=\"_ftn97\" href=\"#_ftnref97\">[97]<\/a> D\u2019apr\u00e8s Amatus Lusitanus, <em>in Dioscoridis de Materia Medica Enarrationes, <\/em>&nbsp;Strasbourg, 1554, p.206.<br \/><a id=\"_ftn98\" href=\"#_ftnref98\">[98]<\/a> Jacob Primerose, <em>Trait\u00e9 sur les erreurs vulgaires de la m\u00e9decine, <\/em>Lyon, 1689. Le traducteur a beaucoup ajout\u00e9 et n\u2019a pas craint de \u201cmettre \u00e0 jour\u201d les arguments de Jacob Primerose d\u00e9velopp\u00e9s par Primerose dans <em>De Vulgi Erroribus in Medicina, <\/em>Amsterdam, 1639.<br \/><a id=\"_ftn99\" href=\"#_ftnref99\">[99]<\/a> H.L., p.22.<br \/><a id=\"_ftn100\" href=\"#_ftnref100\">[100]<\/a> Pierre Pomet, <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale des drogues, traitant des plantes, des min\u00e9raux et des animaux, <\/em>Paris, 1696, t.II, p.26.<br \/><a id=\"_ftn101\" href=\"#_ftnref101\">[101]<\/a> Jacques Gr\u00e9vin, <em>Deux Livres des venins, <\/em>Anvers, 1568, pp.187-201.<br \/><a id=\"_ftn102\" href=\"#_ftnref102\">[102]<\/a><em> Commentaires de M. P. Andr\u00e9 Matthiolus, m\u00e9decin siennois, sur les six livres de Dioscoride de la mati\u00e8re m\u00e9dicinale, <\/em>Lyon, 1572, p.151.<br \/><a id=\"_ftn103\" href=\"#_ftnref103\">[103]<\/a> Amatus Lusitanus, <em>In Dioscoridis de Materia Medica Enarrationes, <\/em>Strasbourg, 1554, pp. 204-206.<br \/><a id=\"_ftn104\" href=\"#_ftnref104\">[104]<\/a> Petrus de Abbano, <em>Tractatus Aureus et Natur\u00e6 Human\u00e6 Perutilis de Remediis Omnium Venenorum, <\/em>Paris, 1533.<br \/><a id=\"_ftn105\" href=\"#_ftnref105\">[105]<\/a> Rudolph Goclenius, <em>Mirabilium Natur\u00e6 Liber Concordias et Repugnantias Rerum, <\/em>Francfort, 1625, p.111.<br \/><a id=\"_ftn106\" href=\"#_ftnref106\">[106]<\/a> Elle a l\u2019extraordinaire pouvoir d\u2019affaiblir et diminuer le poison.<br \/><a id=\"_ftn107\" href=\"#_ftnref107\">[107]<\/a> On pense que la corne de licorne prot\u00e8ge le c\u0153ur, affaiblit les poisons et calme les maladies contagieuses.<br \/><a id=\"_ftn108\" href=\"#_ftnref108\">[108]<\/a> La licorne est la corne des animaux unicornes; c\u2019est un antidote efficace contre n\u2019importe quel venin et pour cette raison on la donne en cas de fi\u00e8vre pestilentielle parce qu\u2019elle expulse le venin du c\u0153ur et fortifie [le malade].<br \/><a id=\"_ftn109\" href=\"#_ftnref109\">[109]<\/a> H.L., p. 21.<br \/><a id=\"_ftn110\" href=\"#_ftnref110\">[110]<\/a> Signalons cependant, pour \u00eatre complet, que, dans ce m\u00eame livre V, la corne de licorne appara\u00eet aussi incidemment dans une recette de poudre m\u00e9dicinale: \u00abPrenez corne de cerf et de licorne, perles luisantes, limaille d\u2019ivoire de chacun six grains, soit faite poudre fort d\u00e9li\u00e9e pour prendre avec la cuill\u00e8re, \u00e9tant d\u00e9lay\u00e9e dans eau de buglose et vin blanc. Avec deux dragmes de cette poudre que l\u2019on met dans trois onces de sucre blanc d\u00e9lay\u00e9 dans l\u2019eau de rose, on forme les tablettes qu\u2019on appelle <em>Manus Christi<\/em>; on y met aussi quelquefois un peu d\u2019ambre. Il s\u2019en fait contre la pestilence en cette mani\u00e8re.\u00bb<br \/><em>Les sept Livres de la th\u00e9rapeutique m\u00e9dicale de Messire Jean Fernel, premier m\u00e9decin de Henry II, <\/em>Paris, 1548, p.425.<br \/><a id=\"_ftn111\" href=\"#_ftnref111\">[111]<\/a> Laurent Joubert, <em>Trait\u00e9 de la peste<\/em>, Toulouse, 1581, p.66.<br \/><a id=\"_ftn112\" href=\"#_ftnref112\">[112]<\/a> ibid., p.138.<br \/><a id=\"_ftn113\" href=\"#_ftnref113\">[113]<\/a> Les savantes nuances entre sympathie, convenance et similitude ont \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9es par Michel Foucault in <em>Les Mots et les choses, <\/em>ch. II, p.32-45.<br \/><a id=\"_ftn114\" href=\"#_ftnref114\">[114]<\/a> H.L., pp.82-83.<br \/><a id=\"_ftn115\" href=\"#_ftnref115\">[115]<\/a> H.L., pp.84-85.<br \/><a id=\"_ftn116\" href=\"#_ftnref116\">[116]<\/a> Voici par exemple une explication typiquement n\u00e9oplatonicienne, par Marsile Ficin, des propri\u00e9t\u00e9s de la corne de licorne: \u00abToutefois nous ne disons pas que notre esprit soit pr\u00e9par\u00e9 aux influences c\u00e9lestes seulement par les qualit\u00e9s des choses connues aux sens, mais encore beaucoup davantage par certaines propri\u00e9t\u00e9s du ciel, ent\u00e9es aux choses, et cach\u00e9es \u00e0 nos sens voire \u00e0 grand peine connues \u00e0 la raison. Car autant que telles propri\u00e9t\u00e9s et leurs effets ne peuvent consister de vertu \u00e9l\u00e9mentaire, il s&#8217;ensuit qu\u2019elles proc\u00e8dent singuli\u00e8rement de la vie et de l\u2019esprit du monde par les m\u00eames rayons des \u00e9toiles, et pourtant que l\u2019esprit est beaucoup et bien touch\u00e9 et affect\u00e9 par icelles, et grandement expos\u00e9 aux c\u00e9lestes influences. En cette sorte l\u2019\u00c9meraude, l\u2019Hyacinthe, le Saphir, le Rubis, la corne de l\u2019unicorne et principalement la pierre que les Arabes appellent Bezaar, sont dou\u00e9es des secr\u00e8tes propri\u00e9t\u00e9s des Gr\u00e2ces. Et pourtant non seulement \u00e9tant prises par dedans, mais encore si elles touchent la chair, et qu\u2019\u00e9chauff\u00e9es elles y d\u00e9couvrent leur vertu, et de l\u00e0 entent et insinuent une force c\u00e9leste aux esprits, par laquelle ils se conservent et contregardent de la peste et des venins. Or que telles choses et semblables produisent leurs effets par la vertu c\u00e9leste, cela en fait foi qu\u2019\u00e9tant prises en petit poids elles ne produisent pas action de petite importance.\u00bb<br \/>Marsile Ficin, <em>Les trois Livres de la vie, traduits en fran\u00e7ais par Guy Le F\u00e8vre de la Boderie, <\/em>Paris, 1586, livre III, \u201cPour acqu\u00e9rir la vie du ciel\u201d, p.210.<br \/><a id=\"_ftn117\" href=\"#_ftnref117\">[117]<\/a> Sur ce sujet, on pourra se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 deux recueils d&#8217;articles de Walter Pagel :<br \/><em>The Smiling Spleen, Paracelsianism in Storm and Stress, <\/em>B\u00e2le, 1984.<br \/><em>Religion and Neo-Platonism in Renaissance Medicine, <\/em>Londres, 1985.<br \/>ou, pour avoir un jugement d&#8217;\u00e9poque de cette controverse m\u00e9dicale, au compte rendu du d\u00e9bat tenu le 17 septembre 1640 au Bureau d&#8217;Adresse de Th\u00e9ophraste Renaudot, \u201cSi les maladies se gu\u00e9rissent par leurs contraires ou par leurs semblables\u201d<em>, <\/em>&nbsp;in <em>Quatriesme Centurie des conf\u00e9rences tenues au Bureau d&#8217;adresse, <\/em>Paris, 1641, pp.313-316.<br \/><a id=\"_ftn118\" href=\"#_ftnref118\">[118]<\/a> H.L., p.36.<br \/><a id=\"_ftn119\" href=\"#_ftnref119\">[119]<\/a> Marco Polo, <em>Le Devisement du Monde, <\/em>ch.CLXVII.<br \/><a id=\"_ftn120\" href=\"#_ftnref120\">[120]<\/a> H.L., pp.85-88.<br \/><a id=\"_ftn121\" href=\"#_ftnref121\">[121]<\/a> Laurent Joubert, <em>Trait\u00e9 de la peste, <\/em>Toulouse, 1581.<br \/><a id=\"_ftn122\" href=\"#_ftnref122\">[122]<\/a> <em>Les \u0152uvres pharmaceutiques du Sieur Jean de Renou, <\/em>Lyon, 1636, ch.XXI, p.450. <br \/><a id=\"_ftn123\" href=\"#_ftnref123\">[123]<\/a> Traduction de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise de 1594 de l\u2019<em>Histoire des pierreries<\/em> d\u2019Anselme Bo\u00e8ce de Boodt, m\u00e9decin de l\u2019empereur Rodolphe II (p.551): \u00abElle profite contre l\u2019\u00e9pilepsie, syncope, cardiaque passion, termeur du c\u0153ur. Elle provoque puissamment les sueurs, pour cette raison elle est propre aux fi\u00e8vres malignes et pestilentielles et pousse tout le venin dehors la peau\u00bb.<br \/><a id=\"_ftn124\" href=\"#_ftnref124\">[124]<\/a> H.L., pp. 95-99.<br \/><a id=\"_ftn125\" href=\"#_ftnref125\">[125]<\/a> Conrad Gesner, <em>De Rerum Fossilium, Lapidum et Gemmarum Figuris et Similitudinibus Liber, <\/em>Turin, 1565.<br \/><a id=\"_ftn127\" href=\"#_ftnref127\">[127]<\/a> Anselme Bo\u00e8ce de Boodt, <em>Le parfait Joaillier, ou histoire des pierreries, <\/em>Lyon, 1644 (1609 en latin), liv. II, ch.211, 212 et 213.<br \/><a id=\"_ftn128\" href=\"#_ftnref128\">[128]<\/a> ibid., pp.548-549.<br \/><a id=\"_ftn129\" href=\"#_ftnref129\">[129]<\/a> Thomas Bartholin, <em>De Unicornu Observationes Nov\u00e6, <\/em>Padoue, 1645, ch.37, pp.275-288.<br \/><a id=\"_ftn130\" href=\"#_ftnref130\">[130]<\/a> Pierre Potier, <em>Pharmacopea Spagyrica, <\/em>in <em>Opera Omnia Medica et Chymica, <\/em>Lyon, 1645, pp.529-530.<br \/><a id=\"_ftn131\" href=\"#_ftnref131\">[131]<\/a> Johann Bausch, <em>De Unicornu Fossili, <\/em>Iena, 1666.<br \/><a id=\"_ftn132\" href=\"#_ftnref132\">[132]<\/a> Sur ce sujet voir Francis Gay, <em>Une lign\u00e9e d\u2019apothicaires montpelli\u00e9rains, <\/em>Montpellier, 1896.<br \/><a id=\"_ftn132\" href=\"#_ftnref132\">[133]<\/a> Thomas Browne, <em>Pseudodoxia Epidemica, or, Enquiries into Very many Received Tenents, and commonly Presumed Truths<\/em>, <em>1646.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;un des chapitres de ma th\u00e8se \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 Laurent catelan et son Histoire de la lycorne. 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On est facilement surpris, &hellip; <a href=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2022\/09\/05\/%f0%9f%93%96-un-apothicaire-de-montpellier\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5910,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-5912","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-5-la-corne-et-la-science"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/1-Laurent-Catelan-Histoire-de-la-lycorne.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5912","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5912"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5912\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7603,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5912\/revisions\/7603"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5910"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5912"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5912"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5912"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}