{"id":271,"date":"2021-09-08T17:49:00","date_gmt":"2021-09-08T17:49:00","guid":{"rendered":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/?p=271"},"modified":"2022-03-14T08:40:51","modified_gmt":"2022-03-14T08:40:51","slug":"248eme-conference-de-la-licorne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2021\/09\/08\/248eme-conference-de-la-licorne\/","title":{"rendered":"\u2795 248\u00e8me conf\u00e9rence : de la licorne"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-color\" style=\"color:#424eac\"><strong>Dans le Paris des ann\u00e9es 1630, le Bureau d\u2019Adresse, cr\u00e9\u00e9 et anim\u00e9 par Th\u00e9ophraste Renaudot, \u00e9tait un v\u00e9ritable laboratoire d\u2019innovations sociales, et un lieu de d\u00e9bat intellectuel o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;interrogeait, par exemple, sur l&#8217;existence de la licorne. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nobles et roturiers y affichaient toutes sortes d\u2019annonces, proposant qui un riche domaine seigneurial pour soixante mille livres, qui une place dans une voiture en partance pour l\u2019Italie, qui plus modestement encore des cours du soir de latin ou un manteau d\u2019occasion, pour quelques \u00e9cus. Renaudot donnait des consultations m\u00e9dicales gratuites aux pauvres, et pr\u00eatait \u00e0 faible int\u00e9r\u00eat, mais sur gages cons\u00e9quents.&nbsp;<br \/>Parmi les nombreuses activit\u00e9s de cet homme aux multiples facettes, il en est une que ses biographes ont souvent n\u00e9glig\u00e9e&nbsp;: l\u2019animation des conf\u00e9rences hebdomadaires du Bureau d\u2019Adresse. Celles-ci se tinrent r\u00e9guli\u00e8rement du 22 ao\u00fbt 1633 au 1er septembre 1642, tous les lundis apr\u00e8s-midi, rue de la Calandre, en l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9. Les th\u00e8mes abord\u00e9s concernaient rarement la litt\u00e9rature, plus souvent la science, la m\u00e9decine, la philosophie, et tout ce qui touche \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019occulte&nbsp;\u00bb. Seuls \u00e9taient exclus les sujets religieux, et, en principe, ceux qui touchaient aux affaires de l\u2019\u00c9tat. Le contenu des discussions \u00e9tait r\u00e9sum\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 en quatre pages, sous la forme d\u2019une grande feuille pli\u00e9e en deux. Que la conf\u00e9rence sur la licorne, tenue en 1640, soit l\u2019une des rares \u00e0 avoir eu l\u2019honneur d\u2019une publication en huit pages montre bien la fascination qu\u2019exer\u00e7ait la b\u00eate de l\u00e9gende sur le public cultiv\u00e9.<br \/>Si la rh\u00e9torique \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur aux conf\u00e9rences du Bureau d\u2019Adresse, l\u2019\u00e9rudition ostentatoire, dernier privil\u00e8ge d\u2019une universit\u00e9 en pleine d\u00e9cadence, en \u00e9tait exclue. Les intervenants devaient d\u00e9fendre leur opinion avec clart\u00e9 et bri\u00e8vet\u00e9, sans trop de latin, mais en apportant toutefois \u00e0 un public difficile tous les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une controverse dans laquelle s\u2019\u00e9taient investis des hommes parmi les plus savants du temps. Cet objectif \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement atteint, et nous pouvons trouver dans ces huit pages presque tous les arguments r\u00e9guli\u00e8rement avanc\u00e9s pour d\u00e9fendre, ou pour nier, l\u2019existence de la licorne, ainsi qu\u2019une grande partie de ceux concernant les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicales de sa corne, le d\u00e9bat sur la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019animal n\u2019\u00e9tant jamais totalement distinct de celui sur l\u2019usage de sa corne \u00e9ponyme. Ce texte \u00e9tant assez bref, le voici dans son int\u00e9gralit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/bpt6k54011063_f2-1179x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2834\" width=\"416\" height=\"733\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>Premier orateur&nbsp;:<\/em><br \/><em>Toute la terre \u00e9tant pleine d\u2019erreur, la m\u00e9decine en a pris bonne part, et comme il n\u2019y a rien de plus cher que la vie, les hommes se sont laiss\u00e9s ais\u00e9ment porter \u00e0 croire l\u2019effet des choses qui la devaient conserver et d\u00e9fendre des venins qui l\u2019attaquent plus dangereusement qu\u2019aucun autre ennemi. C\u2019est pourquoi il ne se fait point en cet art de plus grandes impostures que sur le sujet des alexit\u00e8res<\/em><a><sup><em><sup>[1]<\/sup><\/em><\/sup><\/a><em>, telle qu\u2019on a voulu rendre la Licorne. Mais je suis tromp\u00e9 si cette cr\u00e9ance ne doit passer pour une des erreurs populaires.<\/em><br \/><em>La premi\u00e8re raison se tire de la contrari\u00e9t\u00e9 d\u2019avis qui se trouve dans tous les auteurs. Philostrate en la vie d\u2019Apollonius de Thiane dit que l\u2019animal de ce nom est un \u00e2ne qui se trouve dans les marais des Colques, ayant une seule corne au front, avec laquelle il se bat furieusement contre l\u2019\u00e9l\u00e9phant. Cardan apr\u00e8s Pline dit que c\u2019est un cheval, et c\u2019est la forme sous laquelle on le peint le plus commun\u00e9ment, ayant toutefois la t\u00eate d\u2019un cerf, le poil d\u2019une fouine, le col court, le crin petit, le pied fourchu, et qu\u2019il na\u00eet dans les d\u00e9serts d\u2019\u00c9thiopie parmi les serpents, au venin desquels r\u00e9siste cette corne, qu\u2019il dit \u00eatre plant\u00e9e au milieu de son front, et de trois coud\u00e9es de haut, large \u00e0 la base et finissant en pointe. Garcias ab Horto dit que c\u2019est un animal amphibie qui na\u00eet bien en terre pr\u00e8s le cap de Bonne Esp\u00e9rance, mais se pla\u00eet \u00e0 la mer, qui a la t\u00eate et le crin de cheval, une corne de deux coud\u00e9es de long, mais il est seul de tous les auteurs qui la dit mobile, et pencher \u00e0 droite et \u00e0 gauche, en haut et en bas. Ceux-ci assurent qu\u2019elle ne se peut apprivoiser et Louis Vartoman dit en avoir vu deux enferm\u00e9es dans des cages \u00e0 la Mecque, qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es \u00e0 Sultan Soliman, lesquelles \u00e9taient priv\u00e9es. Presque tous l\u2019estiment fort rare, et Marc Scherer, allemand ren\u00e9gat, depuis nomm\u00e9 Idaith Aga, ambassadeur du m\u00eame Soliman pr\u00e8s de l\u2019empereur Maximilien, assure en avoir vu des troupeaux entiers dans l\u2019Arabie d\u00e9serte, et Paulus Venetus dit aussi qu\u2019au Royaume de Basman, il y en a des troupeaux, et qu\u2019ils sont presque aussi grands qu\u2019\u00e9l\u00e9phants, ayant les pieds de m\u00eame qu\u2019eux, le poil de chameau et la t\u00eate de sanglier, et qu\u2019ils s\u2019aiment dans la fange comme nos pourceaux. Les auteurs ne sont pas moins divers sur sa fa\u00e7on de vivre que l\u2019on repr\u00e9sente telle que cet animal ne pouvant pa\u00eetre \u00e0 cause de sa corne, il ne vit que des rameaux et fruits d\u2019arbre ou de la main des hommes, et surtout des belles filles dont ils se feignent \u00eatre amoureux, ce que d\u2019autres estiment fabuleux. Quelques-uns croient que cet animal a bien \u00e9t\u00e9, mais ne se trouve plus, \u00e9tant p\u00e9ri dans le D\u00e9luge, et que ces cornes que l\u2019on en trouve, la plupart en terre, se sont conserv\u00e9es depuis ce temps comme l\u2019ivoire fossile et les autres parties des animaux qui se rencontrent sous terre par les diverses mutations de ces \u00e9l\u00e9ments.&nbsp;<\/em><br \/><em>Et s\u2019il se trouve de la vari\u00e9t\u00e9 en la description de cet animal, il n\u2019y en a pas moins aux cornes que l\u2019on veut nous faire passer pour \u00eatre de licorne. Celle qu\u2019on montre \u00e0 Saint-Denis en France a environ sept pieds de haut, p\u00e8se treize livres quatre onces, et finit en pointe d\u2019une base plus large en forme de vis, ou environn\u00e9e d\u2019une ligne spirale, \u00e9tant de trois diverses fa\u00e7ons, ce qui a fait soup\u00e7onner mal \u00e0 propos qu\u2019elle est artificielle. Toutefois elle ne se rapporte aucunement \u00e0 celle dont parle \u00c9lien, de telle grosseur qu\u2019on peut en faire des vases. Celle de Strasbourg a bien quelque conformit\u00e9 avec celle de Saint-Denis, mais celles de Venise diff\u00e8rent de toutes les deux, comme celle d\u00e9crite par Albert le Grand est diverse de toutes. Car elle est, ce dit-il, solide comme celle du cerf, et de dix pieds de haut, et fort large en sa base. Les Suisses en ont aussi une, autrefois trouv\u00e9e au rivage d\u2019un fleuve pr\u00e8s de Bruges, longue de deux coud\u00e9es, jaun\u00e2tre en sa surface, blanche en dedans et odorante, m\u00eame \u00e9tant allum\u00e9e. Celle qu\u2019on garde \u00e0 Rome n\u2019a pas un pied de hauteur, de quoi le gardien rapporte la cause au fr\u00e9quent usage auquel on l\u2019a mise, se servant de sa raclure contre les poisons, et d\u2019ailleurs est unie et luisante comme l\u2019ivoire. Aldrovandus qui a compil\u00e9 un trait\u00e9 fort ample de cette mati\u00e8re comme de tout ce qui concerne les autres animaux, dit en avoir vu une \u00e0 Niclasbourg, si grande qu\u2019elle ressemblait plut\u00f4t \u00e0 un os de baleine qu\u2019\u00e0 une corne. Becanus m\u00e9decin de la reine de Hongrie parle d\u2019une qui \u00e9tait \u00e0 Anvers de sept pieds de haut, tellement attach\u00e9e au cr\u00e2ne de son animal qu\u2019elle se courbait le long de l\u2019\u00e9pine du dos, et qu\u2019il ne s\u2019en pouvait servir \u00e0 troubler l\u2019eau pour l\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre v\u00e9n\u00e9neuse, comme disent les auteurs, non pas m\u00eame \u00e0 s\u2019en d\u00e9fendre, qui est l\u2019usage des cornes, sinon en se reployant le col et en amenant sa t\u00eate entre les jambes de devant, comme font les taureaux dans leurs combats. Elle \u00e9tait aussi de couleur blanche et toutefois \u00c9lien dit qu\u2019elle doit \u00eatre noire et Ct\u00e9sias m\u00e9decin du roi Artaxerces ne l\u2019a repr\u00e9sent\u00e9e que d\u2019une coud\u00e9e de haut, mais de couleur de pourpre \u00e0 sa pointe, et noire en sa partie inf\u00e9rieure. Laquelle vari\u00e9t\u00e9 a fait croire \u00e0 certains que toutes ces cornes \u00e9taient de poissons ou monstres marins, n\u2019y ayant aucun \u00e9l\u00e9ment susceptible de plus de vari\u00e9t\u00e9. A quoi doit se rapporter ce poisson qu\u2019Albert le Grand appelle Monoceros, pour ce qu\u2019il a une corne sur le front. L\u2019opinion de ceux qui ont cru que la licorne \u00e9tait le rhinoc\u00e9ros \u00e9tant la moins vraisemblable. Pline assure aussi apr\u00e8s Ct\u00e9sias qu\u2019il se trouve des cornes seules en quelques b\u0153ufs des Indes, et qu\u2019ils n\u2019ont point aussi l\u2019ongle divis\u00e9. Ce qu\u2019\u00c9lien et Oppien rapportent de quelques taureaux d\u2019Aonie, et C\u00e9sar assure le m\u00eame des b\u0153ufs de la for\u00eat hercynienne. Louis Barthema dit avoir vu des vaches en \u00c9thiopie qui n\u2019ont qu\u2019une corne. Bref, comme on demeure d\u2019accord qu\u2019il y a des animaux \u00e0 une corne, ainsi est-il impossible de savoir quel est celui \u00e0 qui l\u2019Antiquit\u00e9 a donn\u00e9 ce nom par excellence, qui est la Licorne dont nous parlons.<\/em><br \/><em>Laquelle incertitude les rois et les r\u00e9publiques qui les ont t\u00e9moignent bien. Car s\u2019ils croyaient que ces cornes eussent les propri\u00e9t\u00e9s qu\u2019on leur attribue, ils ne les laisseraient pas inutiles en leurs tr\u00e9sors, o\u00f9 elles ne servent que de montre et d\u2019apparat, non plus que les autres ornements de leurs couronnes, mais ils s\u2019en feraient faire des vases, et \u00e0 force de s\u2019en servir ne se trouveraient pas toutes enti\u00e8res comme sont la plupart. Vu qu\u2019\u00c9lien, duquel semble avoir \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 le t\u00e9moignage de ses grandes vertus, dit que le venin que l\u2019on boirait dans de tels vaisseaux ne serait point nuisible, portant avec soi l\u2019antidote, et que si l\u2019on avait m\u00eame bu du poison auparavant il le ferait vomir. Toutefois il n\u2019en parle que par ou\u00ef dire, et comme les grands menteurs s\u2019\u00f4tent toute cr\u00e9ance, Philostrate y ajoute que les Indiens assurent que le jour qu\u2019on aura bu dans un vaisseau fait de cette corne, non seulement on ne sera point malade tout ce jour-l\u00e0, mais que celui qui sera bless\u00e9 ne sentira point de douleur, et ne sera pas seulement garanti du poison pris par lui, mais pourra passer au travers du feu sans qu\u2019il lui nuise. C\u2019est pourquoi la chasse de cet animal, qu\u2019il appelle \u00e2ne sauvage, est permise \u00e0 leur roi seulement. Ce qui fit r\u00e9pondre \u00e0 Apollonius \u00e9tant interrog\u00e9 s\u2019il croyait toutes ces vertus, qu\u2019il y aviserait quand il aurait vu que les rois d\u2019Inde qui s\u2019en servent seraient immortels.<\/em><br \/><em>Ajoutez \u00e0 cela qu\u2019il n\u2019est pas croyable que les Romains s\u2019\u00e9tant rendus tout le monde accessible par leurs armes, et l\u2019un de leurs plus grands soins ayant \u00e9t\u00e9 de r\u00e9jouir leur peuple par des spectacles de b\u00eates les plus rares, n\u2019eussent plut\u00f4t oubli\u00e9 de leur faire voir des licornes s\u2019il y en e\u00fbt eu, que tant d\u2019autres jusqu\u2019alors inou\u00efes.&nbsp;<\/em><br \/><em>Mais quand il y aurait une licorne, je n\u2019estime pas que ses vertus fussent telles qu\u2019on les d\u00e9crit, n\u2019\u00e9tant appuy\u00e9es d\u2019aucune autorit\u00e9, non seulement d\u2019Hippocrate et de Galien, mais des auteurs anciens. Ce qui faisait dire au m\u00e9decin du roi Charles IX qu\u2019il e\u00fbt \u00f4t\u00e9 cette coutume de tremper dans la coupe du roi un morceau de cette corne, sinon qu\u2019il profite de laisser quelque semblable opinion dans les esprits du vulgaire. Aussi les marques qu\u2019on lui donne sont-elles de m\u00eame nature que tout le reste, \u00e9quivoques, incroyables et ridicules. Car ils veulent qu\u2019on discerne les vraies cornes de licorne des suppos\u00e9es par les bouillons que la v\u00e9ritable excite en l\u2019eau lorsqu\u2019elle y est jet\u00e9e, ce qui est toutefois commun \u00e0 tous les corps poreux, tels que sont les os, notamment ceux qui sont pass\u00e9s par le feu, comme aussi la chaux, la brique et telles autres choses o\u00f9 il a laiss\u00e9 des cavit\u00e9s. D\u2019autres en font le discernement, donnant de l\u2019arsenic \u00e0 un coq ou petit chien. Ils font avaler ensuite de la poudre de cette corne, qui doit non seulement les en garantir, mais presque les ressusciter \u00e9tant morts et cependant tout ce qui s\u2019en recueille est que l\u2019on voit mourir plus tard les animaux qui ont pris cet antidote que les autres. Ce qu\u2019\u00e9tant suppos\u00e9 arrive de l\u2019astriction que toute corne apporte \u00e0 l\u2019orifice de l\u2019estomac et des autres vaisseaux, qui diff\u00e8re l\u2019exhalaison des esprits. L\u2019\u00e9preuve de quelques empiriques est encore plus ridicule, lesquels se vantent qu\u2019ayant d\u00e9crit un cercle sur une table et mis au milieu un scorpion ou une araign\u00e9e, jamais l\u2019une ni l\u2019autre ne peuvent sortir du cercle, et les tenant un quart d\u2019heure \u00e0 l\u2019ombre de cette corne les y font mourir sans l\u2019aide d\u2019aucune autre chose. Ce qui n\u2019est point ou doit venir d\u2019ailleurs que de leur corne. Quelques-uns y ajoutent que cette corne m\u00eame sue en pr\u00e9sence du venin. Ce qui semble absurde, car en ce cas le contrepoison souffrirait du venin, qui serait par ce moyen le plus actif et par cons\u00e9quent le plus fort.<\/em><br \/><em>Tant de contradictions, d\u2019impossibilit\u00e9s et d\u2019incertitudes me font conclure que ce conte de la licorne est une fiction pareille \u00e0 celle de la fontaine de jouvence, et autres choses impossibles que l\u2019esprit humain s\u2019est propos\u00e9es pour avoir de quoi contenter son imagination, bien qu\u2019elles n\u2019aient \u00e9t\u00e9 ni ne puissent jamais \u00eatre r\u00e9duites en acte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/bpt6k54011063_f259-1197x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2835\" width=\"410\" height=\"712\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>Second orateur&nbsp;:<\/em><br \/><em>La faiblesse de l\u2019esprit humain \u00e9tant telle qu\u2019\u00e0 peine conna\u00eet-il les plus proches objets de ses sens, et ne parvient jamais aux diff\u00e9rences des choses, ce n\u2019est pas de merveille s\u2019il doute des plus \u00e9loign\u00e9es telles que sont le Ph\u00e9nix, la Salamandre, le Basilic, la Licorne et autres choses de cette nature. Et si la v\u00e9rit\u00e9 des choses \u00e9tait \u00e9branl\u00e9e par les fausses cr\u00e9ances que d\u2019autres en auraient eu, il n\u2019y aurait point de m\u00e9decins, pour ce qu\u2019il s\u2019y est trouv\u00e9 souvent des ignorants&nbsp;; point de droit, pour ce que beaucoup ne savent pas&nbsp;; point de v\u00e9ritable D\u00e9luge, pour ce que les po\u00e8tes ont feint celui de Deucalion et de Pirrha&nbsp;; point de vraie religion, pour ce que les pa\u00efens et tant d\u2019autres en ont une fausse. Au contraire, disons que comme les romans de Charlemagne ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2tis sur la v\u00e9rit\u00e9 de ses admirables exploits, ainsi est-il croyable que les merveilleux effets de la corne de licorne ont donn\u00e9 sujet \u00e0 grands et petits d\u2019en parler, et n\u2019en sachant pas la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019en feindre plus qu\u2019il n\u2019y en avait.<\/em><br \/><em>Encore que l\u2019objection qu\u2019on tire de la vari\u00e9t\u00e9 des descriptions de la licorne, et m\u00eame de celle qui se rencontre en ses cornes, bien qu\u2019on demeure d\u2019accord que d\u2019environ une vingtaine qui se trouve dans les tr\u00e9sors des princes et \u00e9tats de l\u2019Europe, il n\u2019y en ait pas deux enti\u00e8rement semblables, ne soit pas concluante, puisque le m\u00eame se pourrait dire de la plupart des autres animaux, lesquels selon la diversit\u00e9 des climats changent de couleur, et souvent de forme, et en un m\u00eame lieu se trouvent diff\u00e9rents selon leurs \u00e2ges. Ainsi celui qui ne conna\u00eetrait un barbet de manchon que par la description qu\u2019on lui en aurait faite ne le croirait jamais \u00eatre de m\u00eame esp\u00e8ce qu\u2019un matin ou qu\u2019un dogue, et cependant l\u2019un et l\u2019autre est chien. L\u2019erreur est aussi fort excusable aux auteurs qui ont trait\u00e9 de la licorne, tant pour ce que plusieurs d\u2019entre eux, comme Aristote, ont pris le mot de Monoceros, qui est son nom grec comme celui d\u2019Unicornis en latin pour un nom adjectif qu\u2019ils ont attribu\u00e9 \u00e0 toute sorte d\u2019animaux qui n\u2019ont qu\u2019une corne, comme il s\u2019en trouve plusieurs. Ainsi qu\u2019ils ont appel\u00e9 bicornes et tricornes tous ceux qui en portent deux ou trois, comme il s\u2019en trouve de l\u2019une et de l\u2019autre sorte entre les animaux \u00e0 quatre pieds, entre les volailles (tel qu\u2019est cet insecte qu\u2019on appelle cerf-volant et duquel on dit que la corne tenue en la main gu\u00e9rit la convulsion) et m\u00eame entre les serpents, tel qu\u2019est le c\u00e9raste qui en a pris son nom, le cenchris et une sorte d\u2019aspic. Quelques-uns ont aussi confondu le rhinoc\u00e9ros avec monoc\u00e9ros pour la conformit\u00e9 de leur cadence.&nbsp;<\/em><br \/><em>Lequel rhinoc\u00e9ros les Romains ont eu en leurs spectacles et est d\u00e9crit si furieux par Martial qu\u2019il jetait un ours en l\u2019air comme on ferait un ballon. Mais pour n\u2019avoir point de t\u00e9moignage qu\u2019ils aient vu de licorne dans leurs amphith\u00e9\u00e2tres, il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il n\u2019y en ait point eu, l\u2019argument tir\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 n\u00e9gative n\u2019\u00e9tant point d\u00e9monstratif. Et pos\u00e9 qu\u2019il leur ait \u00e9t\u00e9 inconnu, il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il ne soit point en nature, non seulement pour ce qu\u2019ils ne connaissaient pas la plus grande partie du monde, mais aussi parce qu\u2019on repr\u00e9sente cet animal si furieux qu\u2019il ne peut \u00eatre pris vif, notamment en son \u00e2ge parfait, \u00e9tant farouche m\u00eame \u00e0 ceux de son esp\u00e8ce de l\u2019un et l\u2019autre sexe, et seulement accostable au temps de leur accouplement&nbsp;; lequel cess\u00e9 ils retournent \u00e0 leur premi\u00e8re fureur et solitude. Car c\u2019est ainsi que Phil\u00e8s apr\u00e8s \u00c9lien en parle, disant que les brahmanes l\u2019appellent Cartazonon, qu\u2019il est de la grandeur d\u2019un cheval, de crin et poil roux, tr\u00e8s l\u00e9ger de tout le corps et surtout des jambes, bien que sans jointure, qu\u2019il a la queue d\u2019un sanglier, une corne entre les deux yeux, noire, ray\u00e9e en lima\u00e7on, et finissant en pointe tr\u00e8s aigu\u00eb, haute de deux coud\u00e9es, qu\u2019il a une voix rauque, est moins furieux aux autres b\u00eates qu\u2019\u00e0 celles de son esp\u00e8ce, avec lesquelles il combat incessamment, se poursuivant jusqu\u2019\u00e0 la mort, sinon lorsqu\u2019ils sont en rut. Que le roi des Prasiens o\u00f9 il se chasse prend son plaisir \u00e0 se voir entrebattre les faons de licorne car on n\u2019en prit jamais, dit-il, de parvenus \u00e0 leur \u00e2ge de maturit\u00e9. Il se trouve aussi de vieilles m\u00e9dailles qui repr\u00e9sentent cet animal de la sorte, plongeant sa corne dans une pinte, lesquelles on estime \u00eatre d\u2019Alexandre le Grand. \u00c6neas Sylvius, qui depuis fut pape, et Paulus Venetus, assurent qu\u2019il se trouve des licornes entre les monts d\u2019Inde et le Catay, et dans le royaume de Basman, encore que les marques attribu\u00e9es \u00e0 ce dernier conviennent plus au rhinoc\u00e9rot qu\u2019\u00e0 la licorne.<\/em><br \/><em>Mais cette autorit\u00e9 et toutes les susdites ne sont pas consid\u00e9rables \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celle de l\u2019Ecriture Sainte, en laquelle il est dit, au Deut\u00e9ronome 28&nbsp;: \u201cSes cornes seront comme celles de la licorne\u201d. Et David au Psaume 22 parle ainsi&nbsp;: \u201cD\u00e9livrez moi Seigneur de la gueule des lions, et mon humilit\u00e9 des cornes des licornes\u201d. Et au Psaume 29&nbsp;: \u201cAim\u00e9, dit-il, comme le faon des licornes\u201d. Et au Psaume 92&nbsp;: \u201cMa corne sera exalt\u00e9e comme la licorne\u201d. Esa\u00efe chap. 34&nbsp;: \u201cLes licornes seront avec eux, et les taureaux avec les puissants\u201d. Et au chap. 39&nbsp;: \u201cLes licornes descendront comme des hommes preux\u201d. Job en parle aussi au chapitre 29 de son livre. Ce que saint J\u00e9r\u00f4me interpr\u00e8te quelquefois le mot h\u00e9breu de Rheem, Rhinoc\u00e9ros, \u00e9tant excusable, pour ce qu\u2019en ce lieu-l\u00e0 il est parl\u00e9 des cornes au pluriel, lesquelles attribuer \u00e0 la licorne e\u00fbt \u00e9t\u00e9 impliquer contradiction. Joignez \u00e0 ces autorit\u00e9s l\u2019exp\u00e9rience et l\u2019exemple de tant de rois et de r\u00e9publiques qui n\u2019estimeraient pas leur tr\u00e9sor bien fourni s\u2019il n\u2019y avait de la corne de licorne.<\/em><br \/><em>La raison y est aussi, car la mati\u00e8re qui fait les dents, \u00e9tant transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des cornes, et par cette m\u00e9tastase ayant acquis comme une sublimation qui la purifie, il est certain que toutes ces cornes ont une vertu alexit\u00e8re, par laquelle elles combattent les fi\u00e8vres, gu\u00e9rissent le flux de ventre, tuent les vers et servent d\u2019une infinit\u00e9 d\u2019autres rem\u00e8des \u00e0 l\u2019homme. Cette vertu, d\u00e9j\u00e0 grande, lorsqu\u2019elle vient \u00e0 \u00eatre unie et resserr\u00e9e en un seul canal, comme il arrive en la licorne, se trouve donc grandement accrue. Joint que laissant la confusion avec laquelle la plupart des auteurs en ont \u00e9crit, pour ce qu\u2019ils n\u2019en avaient rien appris que par le bruit commun, qui est un ma\u00eetre fort incertain, et ce qu\u2019en ont cru ceux qui n\u2019en ont jamais vu que dans les tapisseries ou dans les livres. C\u2019est par trop douter des forces de la nature anim\u00e9e et sensible que lui vouloir d\u00e9nier la vertu qui se trouve dans les corps inanim\u00e9s, tels que sont ces langues serpentines qui se trouvent dans les grottes de Malte, les terres scell\u00e9es, et les min\u00e9raux tels que ceux qu\u2019on appelle \u00e0 ce sujet licorne min\u00e9rale, non pour ce qu\u2019elle provient des licornes enterr\u00e9es du temps du D\u00e9luge, non plus que l\u2019ivoire min\u00e9ral de l\u2019\u00e9l\u00e9phant aussi enseveli sous la terre d\u00e8s ce temps-l\u00e0 ou depuis, mais \u00e0 cause de leur semblance, de leur vertu et propri\u00e9t\u00e9s et m\u00eame de leur figure externe. Dont il se faut moins \u00e9bahir que de la diversit\u00e9 qui se rencontre aux individus de chacune esp\u00e8ce. Car les natures et les formes \u00e9tant born\u00e9es, une chose se rencontre ais\u00e9ment ressembler \u00e0 l\u2019autre, ou par hasard, ou par un jeu de la nature, comme le v\u00e9rifient tant de coquillages et autres parties des animaux et des plantes qui se rencontrent sous terre, et enferm\u00e9s en des pierres, aussi se trouve-t-il tant de cet ivoire fossile qu\u2019il n\u2019est pas croyable qu\u2019il se soit cr\u00fb dans sa mini\u00e8re.<\/em><br \/><em>A cette v\u00e9rit\u00e9 ne nuisent point les fourbes et les tromperies dont les imposteurs se servent \u00e0 falsifier ces cornes de licorne, en prenant de l\u2019ivoire, ou des cornes, ou m\u00eame des os d\u2019\u00e9l\u00e9phant ou d\u2019autres animaux gard\u00e9s longtemps sous terre, o\u00f9 ils acqui\u00e8rent plus de solidit\u00e9 et quelque transparence par le moyen du sel de la terre lequel s\u2019y insinue comme il arrive \u00e0 la porcelaine, que l\u2019on y tient pour ce sujet un si\u00e8cle entier, ni ce qu\u2019il y a d\u2019autres corps naturels ou artificiels qui bouillent dans l\u2019eau, et m\u00eame quelques pierres qui suent \u00e0 l\u2019approche du venin, ce qui proc\u00e8de de ce que le venin \u00e9paissit l\u2019air qui s\u2019attache au corps prochain qui est solide. La couleur n\u2019y fait rien pareillement, vu que la suite des ann\u00e9es l\u2019a pu alt\u00e9rer. Joint que les anciens n\u2019ont attribu\u00e9 cette noirceur qu\u2019\u00e0 la corne de l\u2019\u00e2ne indien et \u00e0 celle du rhinoc\u00e9ros. Et quant \u00e0 l\u2019odeur qui se trouve en la corne de licorne qui est en Suisse, c\u2019est un indice qu\u2019elle est falsifi\u00e9e, ou du genre des min\u00e9rales, la composition des cornes \u00e9tant trop ferme ou trop solide pour rien \u00e9vaporer, et ceux qui les ont distill\u00e9es par le feu ayant appris qu\u2019elles abondent en un sel qui n\u2019a point d\u2019odeur, et en un soufre puant. Aussi doivent \u00eatre les excr\u00e9ments de cet animal, comme est son poil et sa corne, de mauvaise odeur, si ce qu\u2019on nous all\u00e8gue est v\u00e9ritable qu\u2019il s\u2019apprivoise par les bonnes odeurs puisqu\u2019il ne peut aimer les bonnes qu\u2019en chassant les mauvaises dehors.<\/em><br \/><em>Bref il n\u2019est pas croyable que Cl\u00e9ment septi\u00e8me, Paul troisi\u00e8me et plusieurs autres eussent pris cet animal pour leurs armes s\u2019il n\u2019eut point \u00e9t\u00e9, et les papes ne manquent point tant d\u2019hommes entendus que Jules troisi\u00e8me en eut achet\u00e9 un fragment douze mille \u00e9cus, duquel son m\u00e9decin s\u2019est servi utilement \u00e0 la gu\u00e9rison des maladies qui avaient quelque chose de v\u00e9n\u00e9neux. Car Marsile Ficin, Brassavole, Mathiole, Aloysius Mundela et plusieurs autres m\u00e9decins les recommandent \u00e0 ces maladies-l\u00e0, particuli\u00e8rement \u00e0 la peste, \u00e0 la morsure du chien enrag\u00e9, aux vers, au mal caduc, et autres maladies extr\u00eames. Pour la fin j\u2019estime que les effets qui d\u00e9pendent des propri\u00e9t\u00e9s occultes, comme celui-ci, ne se doivent pas condamner t\u00e9m\u00e9rairement, se souvenant que notre savoir est born\u00e9 et partant qu\u2019il faut d\u00e9f\u00e9rer aux autorit\u00e9s, raisons et exp\u00e9riences qui \u00e9tablissent la corne de licorne et ses merveilleux effets, sauf \u00e0 se garantir d\u2019imposture.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le point pour ce jourd\u2019huy&nbsp;: Lesquels sont les plus port\u00e9s au vice, des savants ou des ignorants<\/em><a><sup><em><sup>[2]<\/sup><\/em><\/sup><\/a><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quatri\u00e8me Centurie des questions trait\u00e9s aux conf\u00e9rences du Bureau d\u2019Adresse,<\/em>&nbsp;Paris, 1641.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;contrepoisons<br \/><a><sup>[2]<\/sup><\/a>C\u2019est aussi une question int\u00e9ressante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le Paris des ann\u00e9es 1630, le Bureau d\u2019Adresse, cr\u00e9\u00e9 et anim\u00e9 par Th\u00e9ophraste Renaudot, \u00e9tait un v\u00e9ritable laboratoire d\u2019innovations sociales, et un lieu de d\u00e9bat intellectuel o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;interrogeait, par exemple, sur l&#8217;existence de la licorne. Nobles et roturiers &hellip; <a href=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2021\/09\/08\/248eme-conference-de-la-licorne\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2834,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-271","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-5-la-corne-et-la-science"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/bpt6k54011063_f2-scaled.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/271","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=271"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/271\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5240,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/271\/revisions\/5240"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2834"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=271"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=271"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=271"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}