{"id":2206,"date":"2021-07-29T11:57:18","date_gmt":"2021-07-29T11:57:18","guid":{"rendered":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/?p=2206"},"modified":"2023-04-10T14:08:46","modified_gmt":"2023-04-10T14:08:46","slug":"la-corne-de-saint-bertrand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2021\/07\/29\/la-corne-de-saint-bertrand\/","title":{"rendered":"\u2795 La corne de Saint Bertrand"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-color\" id=\"la-corne-de-licorne-exposee-dans-la-cathedrale-saint-bertrand-de-comminges-tout-comme-celle-de-l-abbaye-de-saint-denis-dont-je-parle-longuement-dans-mon-livre-eut-une-vie-assez-mouvementee-notamment-pendant-les-guerres-de-religion\" style=\"color:#424eac\">La corne de licorne expos\u00e9e dans la cath\u00e9drale Saint-Bertrand de Comminges, tout comme celle de l&#8217;Abbaye de Saint-Denis dont je parle longuement dans mon livre,  eut une vie assez mouvement\u00e9e, notamment pendant les guerres de religion.<\/h1>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"349\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-2048x349.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2208\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-2048x349.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-300x51.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-768x131.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-1536x262.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Baton_pastoral_de_St-Bertrand_lalicorne-500x85.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le b\u00e2ton pastoral de Saint Bertrand, expos\u00e9 dans la cath\u00e9drale.<br \/><span style=\"color:#9e9e9e\" class=\"tadv-color\">Wikimedia Commons<\/span><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La petite ville de saint-Bertrand-de-Comminges, sur les contreforts des Pyr\u00e9n\u00e9es, fut longtemps si\u00e8ge \u00e9piscopal et porte le nom de l&#8217;un de ses premiers \u00e9v\u00eaques, de 1183 \u00e0 1023, canonis\u00e9 au d\u00e9but du XIIIe si\u00e8cle. Dans le tr\u00e9sor de la cath\u00e9drale se trouve une d\u00e9fense de narval, ou corne de licorne, dont la l\u00e9gende veut qu&#8217;elle ait \u00e9t\u00e9 le b\u00e2ton pastoral du saint. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1631\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-2048x1631.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2210\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-2048x1631.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-300x239.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-768x612.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-1536x1224.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/crocodile-saint-bertrand-photo-Martin-Miles-flickr-377x300.jpg 377w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span style=\"color:#9e9e9e\" class=\"tadv-color\">Photo Martin Miles, Flickr<\/span><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Sur les murs de la cath\u00e9drale se trouve \u00e9galement ce crocodile empaill\u00e9, sans doute rapport\u00e9 par quelque chevalier crois\u00e9. La l\u00e9gende, encore elle, assure n\u00e9anmoins que le monstre hantait la vall\u00e9e voisine de Vallat-Lenb\u00e8s, o\u00f9 il d\u00e9vorait les jeunes filles qu&#8217;il attirait en imitant le vagissement des nouveaux n\u00e9s. Saint Bertrand l&#8217;approcha et lui toucha la t\u00eate de son b\u00e2ton. Le terrible monstre devint alors doux comme un agneau et suivit Saint Bertrand jusqu&#8217;\u00e0 la cath\u00e9drale, o\u00f9 il mourut.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne sait pas bien quand la corne de licorne fit son entr\u00e9e dans le tr\u00e9sor. Il n&#8217;est pas totalement impossible qu&#8217;elle ait \u00e9t\u00e9 l\u00e0 d\u00e8s la fin du XIIe si\u00e8cle. Au XVIe si\u00e8cle, elle \u00e9tait dans la cath\u00e9drale \u00ab depuis temps duquel n&#8217;est m\u00e9moire \u00bb et excitait les convoitises de nobliaux locaux, comme l&#8217;illustrent les \u00e9pisodes suivants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0ecfb\">Sires,&nbsp;<br \/>Les syndics du clerg\u00e9 et chapitre de l&#8217;\u00e9glise cath\u00e9drale et&nbsp;habitants de notre pauvre ville de Saint-Bertrand [\u2026], vous remontrent tr\u00e8s-humblement qu&#8217;ores dez le commencement&nbsp;de l&#8217;ann\u00e9e 1593, ladite ville, ensemble tous les circonvoisins avec&nbsp;elle, se fussent d\u00e9clar\u00e9s vos tr\u00e8s-humbles et tr\u00e8s-fid\u00e8les sujets et&nbsp;serviteurs et eussent \u00e9t\u00e9 mis sous votre protection et sauvegarde,&nbsp;par le trait\u00e9 fait sous votre bon plaisir avec le f\u00e9al sieur de Monlucet autres seigneurs de l&#8217;arm\u00e9e qu&#8217;il commandoit pour lors en&nbsp;ces quartiers [\u2026] et que, par ce moyen, ils eussent esp\u00e9rance d&#8217;\u00eatre en pleine paix et assurance, et laissant toutes m\u00e9fiances fait cesser les gardes-sentinelles et autres moiens de se conserver en leur ville ; si est-ce qu&#8217;un an ou environ apr\u00e8s et&nbsp;lorsqu&#8217;on ne pensoit plus \u00eatre en guerre, les sieurs vicomte et seigneur&nbsp;de Larboust, quoiqu&#8217;ils ne pussent ignorer la reconnaissance et&nbsp;trait\u00e9 susdit, pour avoir assist\u00e9, consenti et mis leurs soins en&nbsp;iceux, et, en compagnie d&#8217;environ 3 ou 400 Huguenots, [\u2026] de nuit et par un trou de murailles, \u00e0 main arm\u00e9e, entr\u00e9s&nbsp;en la dite ville, et en icelle commis tous actes d&#8217;hostilit\u00e9, ran\u00e7onement et d\u00e9sordres, extorqu\u00e9 mil \u00e9cus au chapitre et plusieurs&nbsp;autres diverses sommes des particuliers d&#8217;icelui, m\u00eame entre&nbsp;autres choses pris et emport\u00e9 des archives et reliquaires de ladite&nbsp;\u00e9glise, et m\u00eame une extr\u00eamement belle alicorne de prix inestimable, soigneusement conserv\u00e9e puis temps duquel n&#8217;est m\u00e9moire&nbsp;pour joyau pr\u00e9cieux en icelle, et depuis celui \u00e9gar\u00e9 ou engag\u00e9&nbsp;pour quelque somme de deniers, au grand scandale et m\u00e9contentement de tout le pais et pr\u00e9judice des suppliants. Sy aurait ledit&nbsp;vicomte, sous pr\u00e9texte de certaines pr\u00e9tendues lettres de capitainerie par lui obtenues de Votre Majest\u00e9 pour commander en ladite ville,&nbsp;\u00e9tabli en icelle une garnison de certains soldats, lesquels n&#8217;ayant&nbsp;d&#8217;autres mo\u00efens cle s&#8217;entretenir que ce qu&#8217;ils prenoient des habitants, les auroient tant travaill\u00e9s qu&#8217;ils auroient \u00e9t\u00e9 contraints de&nbsp;quitter leurs maisons et familles et laisser leur ville d\u00e9serte \u00e0 la&nbsp;discr\u00e9tion des soldats, jusqu&#8217;\u00e0 ce que le sire de Luscan [\u2026] au mois&nbsp;d&#8217;ao\u00fbt ensuivant auroit reprise ladite ville et d\u00e9livr\u00e9e des mains&nbsp;et tyrannie desdits soldats et remis les habitants en leurs libert\u00e9s&nbsp;et maisons, se remettant \u00e0 ce que par vous seroit ordonn\u00e9 sur l&#8217;invalidit\u00e9 des provisions de ladite capitainerie propos\u00e9e par les&nbsp;supplians ; et quoique par ce mo\u00efen ils dussent en \u00eatre en assurance et en tranquillit\u00e9 si est-ce \u00e0 cause des pr\u00e9ventions desdites&nbsp;lettres et provisions, se jactent et font leurs efforts de se saisir&nbsp;et emparer de ladite ville, qui seroit son enti\u00e8re ruine et d\u00e9solation, si qu&#8217;on est contraint d&#8217;entrer en grand frais pour la continuation de la garde, sentinelle et garnison qui ne peut \u00eatre&nbsp;qu&#8217;incommodit\u00e9 et d\u00e9pense ; et d&#8217;ailleurs lesdits sieurs de Larboust&nbsp;emportent par force et violence tous les ans la meilleure partie&nbsp;des fruits et revenus du seigneur \u00c9v\u00eaque, chapitre et autres b\u00e9n\u00e9ficiers,&nbsp;lesquels priv\u00e9s des mo\u00efens de s&#8217;entretenir ne peuvent vous payer&nbsp;les d\u00e9cimes et autres impositions qu&#8217;ils vous doivent.&nbsp;<br \/>Ce consid\u00e9r\u00e9 et pour ce que par la capitulation faite sur ladite&nbsp;prise, dont copie est cy attach\u00e9e, les suppliants se doivent retirer \u00e0&nbsp;Votre Majest\u00e9 pour avoir r\u00e9paration de ce-dessus, plaise \u00e0 icelle ordonner&nbsp;que les informations faites tant sur ladite prise que exc\u00e8s commis&nbsp;ensuite d&#8217;icelle, seront rapport\u00e9s \u00e0 votre conseil pour y \u00eatre les&nbsp;coupables punis comme il sera de raison, et n\u00e9antmoins que, conform\u00e9ment \u00e0 vos \u00e9dits, commandement sera fait auxdits sieurs de&nbsp;Larboust de remettre ez mains dudit chapitre, ou leur procureur, ladite alicorne enti\u00e8re en l\u2019\u00e9tat qu\u2019elle \u00e9toit lorsqu\u2019ils la prirent, sous peine d\u2019\u00eatre punis comme sacril\u00e8ges avec inhibition de troubler ni molester le dit \u00e9v\u00eaque, chapitre et autres b\u00e9n\u00e9ficiers en la perception et jouissance de leurs fruits et revenus. Et d\u2019autant qu\u2019en ladite ville, il n\u2019y a jamais eu de capitaine en l\u2019\u00e9tat [\u2026] et que lesdites pr\u00e9tendues lettres sont obtenues par impunit\u00e9 et faux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;requ\u00eate au roy et aux seigneurs de son conseil&nbsp;\u00bb, enregistr\u00e9e en 1594 au parlement de Toulouse, confond en partie, peut-\u00eatre par souci de simplification, les \u00e9v\u00e9nements de 1594 avec une premi\u00e8re occupation de la ville de Comminges par les huguenots en 1586. C\u2019est vraisemblablement \u00e0 cette occasion que l\u2019<em>alicorne<\/em> fut pill\u00e9e, et se retrouva bient\u00f4t dans les propri\u00e9t\u00e9s du seigneur de Larboust \u2013 \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019ait \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 deux reprises, mais l\u2019on n\u2019a pas trace d\u2019une premi\u00e8re restitution.<\/p>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re d\u00e9cision du parlement de Toulouse, en 1587, ordonnait d\u00e9j\u00e0 que \u00ab&nbsp;les reliquaires et autres ornemens appartenant \u00e0 ladite \u00e9glise cath\u00e9drale, et mesme l\u2019alicorne dont mention est faicte en ladite requeste et information, seront remis en ladite \u00e9glise[\u2026] et enjoignons \u00e0 tous gentilhommes, seigneurs juridictionnels, consuls et autres s\u2019employer \u00e0 la restitution de ladite alicorne, \u00e0 peine de dix mille \u00e9cus et autres arbitres.&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>En t\u00e9moigne une lettre dans laquelle Catherine de M\u00e9dicis elle-m\u00eame s\u2019\u00e9meut des dol\u00e9ances du chapitre et \u00e9crit \u00e0 Henri III&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce sera, Monsieur mon fils, chose \u00e0 quoy vous aurez \u00e9gard [\u2026] qu\u2019il vous playse escrire express\u00e9ment au baron Jacques, fr\u00e8re du Vicomte de Larboust (que vous savez bien quels gens ils sont) qu\u2019ils aient \u00e0 rendre tous les ornemens dont ils se sont saisis des \u00e9glises dudict Saint-Bertrand, et mesme une licorne appartenant \u00e0 la grande \u00e9glise de ladicte ville, laquelle a de hauteur environ cinq pieds et qui est de fort grande valeur.\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout est bien qui finit bien, comme nous l\u2019apprend le tr\u00e8s hypocrite proc\u00e8s-verbal de la restitution de l\u2019alicorne au chapitre de la cath\u00e9drale, en 1601, dans lequel nous apprenons que le sieur de Larboust est tomb\u00e9 sur l\u2019alicorne un peu par hasard, et l\u2019a emport\u00e9 sans faire tr\u00e8s attention&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feece7\">\u00ab&nbsp;L&#8217;an 1601 et le 5e jour du mois de mars, en ladite cit\u00e9 de Saint-Bertrand de Comenge, r\u00e9gnant Henri, par la gr\u00e2ce de Dieu, roi de France et de Navarre, dans le clo\u00eetre de l&#8217;\u00e9glise cath\u00e9drale&nbsp;d&#8217;icelle, \u00e9tabli en personne messire Adrien d&#8217;Aure, vicomte de&nbsp;Larboust, chevalier de l&#8217;ordre du Roy, capitaine de cinquante&nbsp;hommes d&#8217;arme de ses ordonnances, lequel se serait pr\u00e9sent\u00e9 par&nbsp;devant v\u00e9n\u00e9rables personnes [\u2026] les tous chanoines, capitulairement assembl\u00e9s, disant qu&#8217;\u00e0 la prise de la pr\u00e9sente ville de Saint-Bertrand faite par lui au temps des derniers&nbsp;troubles, il avait trouv\u00e9 une corne d&#8217;alicorne dans l&#8217;\u00e9glise&nbsp;d&#8217;icelle et derri\u00e8re le grand autel, et craignant qu&#8217;elle fut prise et \u00e9gar\u00e9e par les gens de guerre qui \u00e9taient avec lui \u00e0 ladite prise,&nbsp;il l&#8217;aurait prise et retir\u00e9e, d\u00e9sirant la conserver pour le profit d&#8217;icelle et affection qu&#8217;il a toujours eue en son coeur d&#8217;aimer&nbsp;l&#8217;\u00c9glise et tout ce qui en d\u00e9pend, le clerg\u00e9 et habitans d&#8217;icelle,&nbsp;comme leur prie de croire qu&#8217;il d\u00e9sire demeurer leur bon ami et&nbsp;voisin, et que ledit alicorne e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 et mis en pi\u00e8ces sur&nbsp;le gast \u00e9tant en proie quand prindrent ladite ville sous ledit&nbsp;vicomte : comme ayant le roy approuv\u00e9 ladite prise aynsi qu&#8217;il lui&nbsp;a apparu par l&#8217;aveu de sa susdite Majest\u00e9, a\u00efant \u00e9t\u00e9 fait pour son&nbsp;service, comme dit est, a\u00efant donn\u00e9 mandement \u00e0 Mr le mar\u00e9chal&nbsp;de Matignon, pour faire l&#8217;\u00e9tablissement de ladite garnison et paiement de cinquante soldats \u00e0 prendre sur les tailles et taillons.&nbsp;<br \/>Pour ces consid\u00e9rations, volontairement il est venu et a port\u00e9&nbsp;ladite alicorne, laquelle il redonne pr\u00e9sentement de sa d\u00e9votion et bonne volont\u00e9 \u00e0 Mr St Bertrand, en son \u00e9glise, au chapitre et au pais, lui requ\u00e9rant s&#8217;il leur pla\u00eet de le recevoir, et l&#8217;assure&nbsp;m\u00eame comme c&#8217;est le m\u00eame alicorne en grandeur et longueur,&nbsp;et n&#8217;a \u00e9t\u00e9 en rien diminu\u00e9 ; lesquels chanoines dudit chapitre ont&nbsp;r\u00e9pondu par l&#8217;organe du sieur Gemito, pr\u00e9sident audit chapitre, que&nbsp;c&#8217;est le m\u00eame alicorne qui fut pris de l&#8217;\u00e9glise dudit Saint-Bertrand en pareille grandeur et longueur que soulait \u00eatre, sans \u00eatre&nbsp;en rien diminu\u00e9 ; lequel ils ont re\u00e7u pr\u00e9sentement dudit vicomte&nbsp;par les mains dudit sieur de Gemito et le tiennent pour re\u00e7u et en ont&nbsp;remerci\u00e9 tous tr\u00e8s humblement audit vicomte et l&#8217;en d\u00e9chargent&nbsp;et tiennent quitte, tant \u00e0 lui qu&#8217;\u00e0 tous autres, ensemble de toutes choses prises \u00e0 l&#8217;occasion de ladite ville, et tout ainsi qu&#8217;il&nbsp;pla\u00eet au sieur vicomte, promettant ne le rechercher en aucune fa\u00e7on&nbsp;que ce soit, tant en g\u00e9n\u00e9ral qu&#8217;en particulier, d\u00e9clarant lesdits&nbsp;chanoines dudit chapitre avoir ci-devant entendu l&#8217;aveu fait par&nbsp;sadite Majest\u00e9 de la prise de ladite ville, et tout ainsi qu&#8217;il pla\u00eet au&nbsp;sieur vicomte offrir toute amiti\u00e9 et bon voisinage audit chapitre, promettant ledit chapitre lui offrir toute amiti\u00e9 et services, le tout&nbsp;sans obligation des biens communs dudit chapitre qu&#8217;ils ont soumis \u00e0 toutes les rigueurs de justice [\u2026]<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bref, Henri IV semble avoir \u00e9t\u00e9 plus efficace que Henri III.<br \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f8ea\"><strong>Les cornes de l&#8217;\u00e9glise de Bayeux<\/strong><br \/><br \/>Cependant le susdit sieur Duc deBouilion , pr\u00e9voyant tels d\u00e9sastres qui se commettaient, retourne pour la seconde fois de Rouen en cette ville, pour y penser donner ordre. Mais cependant il fait publier que tous les Reliquaires de Bayeux &amp; Caen, chasses, joyaux, &amp; ornements eccl\u00e9siastiques soient apport\u00e9s par devers lui au ch\u00e2teau dudit Caen, o\u00f9 il s&#8217;\u00e9tait retir\u00e9, pour y \u00eatre gard\u00e9es. Suivant ceste publication tous les Reliquaires &amp; pr\u00e9cieux ornements y sont apport\u00e9s, estimant les pauvres eccl\u00e9siastiques qu&#8217;ils y seraient en bonne assurance. Mais aussit\u00f4t qu&#8217;ils y sont, quelques saints, pr\u00e9cieux et riches qu\u2019ils fussent, ledit sieur les fait fondre, et de partie des deniers qui en sortirent, il disait que c\u2019\u00e9tait pour soudoyer des soldats, et deux compagnies de chevaux l\u00e9gers qu\u2019il fit lever, sans avoir regard aux saintes reliques ni aux corps saints, o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9votement ench\u00e2ss\u00e9s, et que l\u2019on n\u2019a depuis vus. Mais il fit bien garder deux des plus belles licornes qui fussent en ce royaume, du nombre des joyaux de l\u2019\u00e9glise de Bayeux, l\u2019une enti\u00e8re de la longueur de quinze pieds et l\u2019autre de pr\u00e8s de neuf. J\u2019ai souvenance que passant le grand roi Fran\u00e7ois par dedans la ville de Bayeux en l\u2019an mil cinq cent trente deux, lorsqu\u2019il partit de cette ville, et visitant celle \u00e9glise, le sieur \u00e9v\u00eaque, doyens et chanoines lui pr\u00e9sent\u00e8rent lesdites deux licornes, comme un pr\u00e9sent autant rare et exquis qu\u2019on eut pu voir, qu\u2019il accepta, mais il les remit entre leurs mains, se confiant d\u2019eux, leur disant que puisqu\u2019ils les avaient bien gard\u00e9s depuis le temps du roi duc Guillaume le Batard, et d\u00e9lur\u00e9 \u00e9v\u00eaque Odo, et de son fr\u00e8re ut\u00e9rin, ils les gardassent. il serait bon de savoir ou seraient ces deux licornes, parce que par l\u2019\u00e9dit de pacification, il est dit que ce sui se trouve encore en essence doit \u00eatre restitu\u00e9 \u00e0 qui elles appartiennent. suis le duc de Bouillon ne les prit par hostilit\u00e9, mais elles avaient \u00e9t\u00e9 mises en ses mains pour les garder et conserver, comme gouverneur du pays.<br \/><br \/>\u2014 Charles de Bourgueville, <em>Les recherches et antiquit\u00e9s de la province de Neustrie, \u00e0 pr\u00e9sent duch\u00e9 de Normandie,<\/em> Caen, 1588.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f8ea\"><strong>La corne de la cath\u00e9drale de Strasbourg<\/strong><br \/><br \/>En 1380, il est fait mention pour la premi\u00e8re fois d\u2019une corne de licorne, qui \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e dans le tr\u00e9sor de la cath\u00e9drale, &amp; que plusieurs ont regard\u00e9 comme une des grandes raret\u00e9s de la ville de Strasbourg. On pr\u00e9tend que c\u2019est un pr\u00e9sent que le roi Dagobert fit \u00e0 cette \u00e9glise, &amp; qu\u2019en cons\u00e9quence la ville de Saverne, chef-lieu de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9, prit pour armes une licorne. Ce qui est certain, c\u2019est que cette corne fut toujours pr\u00e9cieusement conserv\u00e9e dans le tr\u00e9sor de l\u2019\u00e9glise cath\u00e9drale. On lit m\u00eame dans un manuscrit du grand-chapitre qu\u2019un chanoine nomm\u00e9 Rodolphe de Schawenbourg enleva en 1380 la pointe de cette corne, qu\u2019il regardait comme un sp\u00e9cifique contre la peste &amp; le poison. Ce chanoine fut exclu du chapitre et ses confr\u00e8res firent un statut par lequel ils jur\u00e8rent de ne plus recevoir parmi eux aucun descendant de cette famille.<br \/>Cette corne disparut en 1584 pendant les troubles de religion&nbsp;: le Grand-Doyen manda cette perte \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00eaque Jean de Manderscheidt, comme si le bonheur de son \u00e9glise en d\u00e9pendait. Les chanoines catholiques l\u2019avaient r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Luxembourg, d\u2019o\u00f9 elle fut renvoy\u00e9e en 1638 dans une bo\u00ebte de sapin ferm\u00e9e de trois serrures. Elle existe encore aujourd\u2019hui&nbsp;: elle est haute de huit pieds, moins quelques pouces \u00e0 cause de la pointe qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e.<br \/><br \/>\u2014 Abb\u00e9 Grandidier, <em>Essais historiques et topographiques sur l\u2019\u00e9glise cath\u00e9drale de Strasbourg<\/em>, 1783.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2048\" height=\"1871\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-2048x1871.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8178\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-2048x1871.jpg 2048w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-300x274.jpg 300w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-768x702.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-1536x1404.jpg 1536w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2022\/03\/La-vie-de-Saint-Augustin-circa-1490-Metropolitan-Museum-328x300.jpg 328w\" sizes=\"auto, (max-width: 2048px) 100vw, 2048px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sc\u00e8nes de la vie de Saint Augustin, circa 1490. Metropolitan Museum, New York.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Vous vous doutez bien que je n\u2019ai pas consult\u00e9 moi-m\u00eame tous ces documents d\u2019un acc\u00e8s difficile et pas pr\u00e8s d\u2019\u00eatre num\u00e9ris\u00e9s. Tous ces passages proviennent du <em>Bulletin de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019arch\u00e9ologie du midi de la France<\/em>, 1874, n\u00b02 et surtout de la <em>Revue de Comminges<\/em>, tome VII, 1892, p.208 sq., vers lesquels m\u2019a orient\u00e9 une note sous les <em>Lettres fran\u00e7aises in\u00e9dites de Joseph Juste Scaliger<\/em>, Paris, 1879, p.227.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La corne de licorne expos\u00e9e dans la cath\u00e9drale Saint-Bertrand de Comminges, tout comme celle de l&#8217;Abbaye de Saint-Denis dont je parle longuement dans mon livre, eut une vie assez mouvement\u00e9e, notamment pendant les guerres de religion. 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