{"id":1478,"date":"2021-09-20T11:02:00","date_gmt":"2021-09-20T11:02:00","guid":{"rendered":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/?p=1478"},"modified":"2022-03-14T08:46:32","modified_gmt":"2022-03-14T08:46:32","slug":"arthur-conan-doyle-en-jouant-avec-le-feu1894","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2021\/09\/20\/arthur-conan-doyle-en-jouant-avec-le-feu1894\/","title":{"rendered":"\u2795 Arthur Conan Doyle, En jouant avec le feu, 1894"},"content":{"rendered":"\n<p>Traduction de Louis Labat, 1911<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6eeda\">Je ne pr\u00e9tends pas expliquer ce qui se passa, le 14 avril dernier, au n\u00b0 17 de Badderly Gardens. Traduite en noir sur du blanc, mon opinion para\u00eetrait, j\u2019imagine, trop absurde, trop grossi\u00e8re pour m\u00e9riter consid\u00e9ration. Mais qu\u2019il se soit pass\u00e9 quelque chose, et quelque chose de nature \u00e0 marquer sur chacun de nous pour le reste de sa vie, c\u2019est ce qu\u2019\u00e9tablit avec toute la certitude possible l\u2019unanimit\u00e9 de cinq t\u00e9moignages. Je me bornerai \u00e0 un compte-rendu tr\u00e8s exact, qui sera soumis \u00e0 John Moir, Harvey Deacon et Mrs Delamere, et ne recevra aucune publicit\u00e9 s\u2019ils ne le confirment volontiers sur tous les points. Quant \u00e0 Paul Le Duc, il faudra que je me passe de sa caution, car il semble avoir quitt\u00e9 l\u2019Angleterre.<br \/>Ce fut John Moir, l\u2019associ\u00e9 principal bien connu de la maison Moir, Moir et Sanderson, qui, dans le principe dirigea notre attention vers les questions d\u2019occultisme. Comme il advient souvent chez des hommes d\u2019affaires durs, et pratiques, il y avait dans sa nature un certain mysticisme, par quoi il avait inclin\u00e9 \u00e0 l\u2019examen, puis,&nbsp;\u00e9ventuellement, \u00e0 l\u2019acceptation de ces d\u00e9concertants ph\u00e9nom\u00e8nes qui, avec beaucoup d\u2019impostures et beaucoup de niaiseries, se groupent sous la commune d\u00e9signation d\u2019occultisme. Ses recherches, entreprises en toute libert\u00e9 d\u2019esprit, avaient malheureusement vers\u00e9 dans le dogme, et il \u00e9tait devenu fanatique et tranchant autant que d\u00e9vot peut l\u2019\u00eatre.<br \/>Il repr\u00e9sentait dans notre petit cercle la cat\u00e9gorie d\u2019hommes qui ont fait de ces singuliers ph\u00e9nom\u00e8nes une nouvelle religion.<br \/>Nous avions pour m\u00e9dium sa s\u0153ur,&nbsp;Mrs. Delamere, la femme du sculpteur dont le nom est en train de se r\u00e9v\u00e9ler. L\u2019exp\u00e9rience nous avait d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019en ces mati\u00e8res vouloir op\u00e9rer sans m\u00e9dium \u00e9tait aussi vain que de vouloir, en astronomie, op\u00e9rer sans t\u00e9lescope. D\u2019autre part, nous repoussions tous avec horreur l\u2019id\u00e9e d\u2019introduire parmi nous un m\u00e9dium \u00e0 gages. Homme ou femme, ne se croirait-il pas tenu de nous en donner pour notre argent, et la tentation de fraude ne serait-elle pas trop forte&nbsp;? Quel cr\u00e9dit m\u00e9riteraient des ph\u00e9nom\u00e8nes produits \u00e0 raison d\u2019une guin\u00e9e par heure&nbsp;? Fort heureusement, Moir avait d\u00e9couvert chez sa s\u0153ur une nature de m\u00e9dium&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il la consid\u00e9rait comme une batterie de cette force magn\u00e9tique animale qui est la seule forme d\u2019\u00e9nergie assez subtile pour que nous agissions sur elle du plan spirituel comme nous agissons du plan mat\u00e9riel. Il va de soi qu\u2019en m\u2019exprimant ainsi je n\u2019entends pas faire une p\u00e9tition de principe&nbsp;: j\u2019indique simplement par quelle th\u00e9orie nous expliquions nous-m\u00eames, \u00e0 raison ou \u00e0 tort, ce que nous voyions. La dame venait sans l\u2019assentiment bien formel de son mari&nbsp;; et quoiqu\u2019elle ne manifest\u00e2t jamais une tr\u00e8s grande force psychique, nous en obtenions au moins ces ph\u00e9nom\u00e8nes usuels de transmission de pens\u00e9e si pu\u00e9rils et si myst\u00e9rieux tout ensemble. Chaque dimanche soir, nous nous r\u00e9unissions dans l\u2019atelier d\u2019Harvey Deacon, \u00e0 Badderly Gardens, la maison qui fait le coin de Merton Park Road.<br \/>L\u2019\u0153uvre de Harvey Deacon, par la qualit\u00e9 d\u2019imagination dont elle rendait t\u00e9moignage, semblait trahir chez l\u2019artiste la passion de l\u2019outr\u00e9 et du sensationnel. \u00c0 l\u2019origine, un certain pittoresque l\u2019avait attir\u00e9 vers l\u2019\u00e9tude de l\u2019occultisme&nbsp;; mais son attention ne tarda pas \u00e0 tomber en arr\u00eat devant quelques-uns des ph\u00e9nom\u00e8nes dont je parlais tout \u00e0 l\u2019heure, et il en vint rapidement \u00e0 se convaincre que ce qu\u2019il avait pris pour une amusette, pour un passe-temps d\u2019apr\u00e8s-d\u00eener, constituait une r\u00e9alit\u00e9 formidable. C\u2019\u00e9tait un homme d\u2019un cerveau remarquablement lucide et logique, un vrai petit-fils de son anc\u00eatre, le c\u00e9l\u00e8bre professeur Scotch&nbsp;; et il repr\u00e9sentait, lui, dans notre groupe, l\u2019\u00e9l\u00e9ment critique, l\u2019homme sans pr\u00e9jug\u00e9s, pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 suivre les faits aussi longtemps qu\u2019il peut les voir, et ne laissant pas ses th\u00e9ories prendre l\u2019avance sur ses donn\u00e9es. Sa circonspection aga\u00e7ait Moir autant, que Moir le divertissait par sa foi robuste&nbsp;; mais, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, ils apportaient l\u2019un et l\u2019autre dans la question une m\u00eame ardeur.<br \/>Et moi&nbsp;? Qui repr\u00e9sentais-je, \u00e0 vrai dire&nbsp;? Non pas le d\u00e9vot. Non pas la critique scientifique. Mais, plus justement, le dilettante. Pr\u00e9occup\u00e9 de toujours rester \u00ab&nbsp;dans le mouvement&nbsp;\u00bb, je me f\u00e9licitais de toute sensation nouvelle qui me f\u00eet sortir de moi-m\u00eame. Sans disposition personnelle \u00e0 l\u2019enthousiasme, j\u2019aime les enthousiastes. Les propos de Moir m\u2019emplissaient d\u2019un vague bien-\u00eatre, comme si j\u2019eusse senti par eux que nous tenions la clef des portes de la mort. L\u2019atmosph\u00e8re apaisante des s\u00e9ances, toutes lumi\u00e8res voil\u00e9es, me causait un d\u00e9lice. J\u2019y assistais parce que je m\u2019y amusais.<br \/>Ce fut, comme je l\u2019ai dit, le 14 avril dernier que survint l\u2019\u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s singulier qui m\u2019occupe. En arrivant \u00e0 l\u2019atelier, j\u2019y trouvai Mrs. Delamere, qui avait pris le th\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s-midi avec Mrs. Harvey Deacon. Pas d\u2019autre homme que Deacon lui-m\u00eame, en compagnie de qui les deux dames examinaient un tableau commenc\u00e9&nbsp;sur un chevalet. Je ne me pique pas de connaissances en art et n\u2019ai jamais fait profession de comprendre ce que Harvey Deacon veut mettre dans ses peintures&nbsp;; mais je voyais bien ce qu\u2019il y avait d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 inventive dans cette composition o\u00f9 entraient des f\u00e9es, des animaux et des figures all\u00e9goriques de toutes sortes. Les dames se r\u00e9pandaient en louanges&nbsp;; assur\u00e9ment, le tableau \u00e9tait d\u2019une belle couleur.<br \/><br \/>\u2014 Qu\u2019en pensez-vous, Markham&nbsp;? me demanda le peintre.<br \/>\u2014 J\u2019avoue que cela me d\u00e9passe, r\u00e9pliquai-je. Ces b\u00eates, qui sont-elles&nbsp;?<br \/>\u2014 Des monstres mythiques, des cr\u00e9atures imaginaires, des embl\u00e8mes h\u00e9raldiques, toute une esp\u00e8ce de cort\u00e8ge fantasque.<br \/>\u2014 Avec un cheval blanc en t\u00eate&nbsp;?<br \/>\u2014 Ce n\u2019est pas un cheval blanc, fit-il, d\u2019un ton d\u2019humeur qui me surprit, car il \u00e9tait gai d\u2019ordinaire et se prenait rarement au s\u00e9rieux.<br \/>\u2014 Qu\u2019est-ce alors&nbsp;?<br \/>\u2014 Comment voyez-vous l\u00e0 un cheval&nbsp;? C\u2019est une licorne&nbsp;! Je vous ai parl\u00e9 d\u2019animaux h\u00e9raldiques. Ne reconnaissez-vous pas celui-l\u00e0&nbsp;?<br \/>\u2014 D\u00e9sol\u00e9, Deacon, r\u00e9pondis-je&nbsp;; car il avait l\u2019air vraiment contrari\u00e9.<br \/>Mais sa propre irritation le fit rire.<br \/>\u2014 Excusez-moi, Markham&nbsp;! dit-il. Le fait est que je me suis donn\u00e9 un mal terrible pour cette b\u00eate. J\u2019ai pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 la peindre, \u00e0 la repeindre, \u00e0 essayer d\u2019imaginer l\u2019aspect que pourrait avoir une licorne vivante et bondissante. J\u2019y suis arriv\u00e9 \u00e0 la fin comme je l\u2019esp\u00e9rais. De sorte qu\u2019en vous trompant vous m\u2019avez touch\u00e9 au point sensible.<br \/>\u2014 Mais oui, naturellement, c\u2019est une licorne&nbsp;! m\u2019\u00e9criai-je&nbsp;; car je le sentais tr\u00e8s affect\u00e9 de mon incompr\u00e9hension. Et voil\u00e0, parbleu, la corne&nbsp;! Mais je n\u2019avais encore vu cet animal que sur les armes royales et n\u2019y avais jamais song\u00e9. Quant aux autres, ce sont, n\u2019est-ce pas, des griffons, des basilics, des dragons de toute esp\u00e8ce&nbsp;?<br \/>\u2014 Oui. Mais de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 pas de difficult\u00e9. Je n\u2019ai eu d\u2019ennui qu\u2019avec la licorne. Allons, assez parl\u00e9 de tout \u00e7a jusqu\u2019\u00e0 demain.<br \/>Il retourna la toile sur le chevalet, et nous caus\u00e2mes d\u2019autre chose.<br \/>Moir fut en retard ce soir-l\u00e0. Quand il arriva, il amenait avec lui, \u00e0 notre vive surprise, un Fran\u00e7ais, courtaud et robuste, qu\u2019il nous pr\u00e9senta sous le nom de Monsieur Paul Le Duc. Je dis&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 notre vive surprise&nbsp;\u00bb&nbsp;; car nous tenions pour principe que toute immixtion \u00e9trang\u00e8re dans notre cercle spirituel en d\u00e9rangeait les conditions et y introduisait un \u00e9l\u00e9ment de doute. Nous savions pouvoir nous fier les uns aux autres&nbsp;; mais la pr\u00e9sence d\u2019un intrus viciait les r\u00e9sultats de nos exp\u00e9riences. Cependant, Moir nous r\u00e9concilia tr\u00e8s vite avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une innovation. M. Le Duc \u00e9tait un adepte r\u00e9put\u00e9 de l\u2019occultisme, un voyant, un m\u00e9dium et un mystique. Il voyageait en Angleterre avec une lettre d\u2019introduction que lui avait donn\u00e9e pour Moir le pr\u00e9sident des Fr\u00e8res de la Rose-Croix de Paris. Et si Moir l\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 notre petite s\u00e9ance, si nous devions nous sentir honor\u00e9s de sa pr\u00e9sence, quoi de plus naturel&nbsp;?<br \/>C\u2019\u00e9tait, je le r\u00e9p\u00e8te, un homme petit et solide, avec une large figure lisse et glabre, n\u2019ayant rien de remarquable que deux grands yeux clairs, en velours, qui regardaient vaguement et fixement devant eux. Bien habill\u00e9, au surplus, et de bonnes mani\u00e8res. Mrs. Deacon, qui avait des pr\u00e9ventions contre nos recherches, quitta la chambre. Alors, nous f\u00eemes une demi-obscurit\u00e9, selon notre&nbsp;&nbsp;habitude, et rapproch\u00e2mes nos si\u00e8ges de la table d\u2019acajou carr\u00e9e qui occupait le centre de l\u2019atelier. Bien que tr\u00e8s r\u00e9duite, la lumi\u00e8re restait&nbsp;suffisante&nbsp;pour nous permettre de nous voir distinctement les uns les autres. Je me souviens que m\u00eame je pouvais observer les curieuses petites mains potel\u00e9es que le Fran\u00e7ais \u00e9talait sur la table.\u2014 \u00c0 la bonne heure&nbsp;! dit-il. Voil\u00e0 des ann\u00e9es que je n\u2019ai pris place \u00e0 une table dans les m\u00eames conditions que ce soir. Cela m\u2019amuse. Vous \u00eates m\u00e9dium, Madame&nbsp;? Allez-vous jusqu\u2019\u00e0 la catalepsie&nbsp;?<br \/>\u2014 Pas pr\u00e9cis\u00e9ment, dit Mrs. Delamere. Mais j\u2019ai toujours l\u2019impression d\u2019une tr\u00e8s forte envie de dormir.<br \/>\u2014 C\u2019est le premier stade. Abandonnez-vous enti\u00e8rement, et la catalepsie arrive. Une fois la catalepsie arriv\u00e9e, votre \u00e2me se pr\u00e9cipite au dehors, tandis que du dehors se pr\u00e9cipite en vous une autre \u00e2me, avec qui l\u2019on entre ainsi en correspondance directe par la parole ou l\u2019\u00e9criture. Vous remettez \u00e0 autrui le gouvernement de votre machine. Hein&nbsp;! qu\u2019est-ce que des licornes peuvent avoir \u00e0 faire ici&nbsp;?<br \/>Harvey Deacon sursauta. Le Fran\u00e7ais bougeait lentement la t\u00eate, et ses yeux, autour de lui, scrutaient les t\u00e9n\u00e8bres qui drapaient les murs.<br \/>\u2014 Dr\u00f4le de chose&nbsp;! fit-il, toujours des licornes&nbsp;! Qui donc a pens\u00e9 aussi fortement \u00e0 un sujet aussi bizarre&nbsp;?<br \/>\u2014 C\u2019est merveilleux&nbsp;! s\u2019exclama Deacon. J\u2019ai toute la journ\u00e9e essay\u00e9 de peindre une licorne. Comment le savez-vous&nbsp;?<br \/>\u2014 Vous avez pens\u00e9 aux licornes dans cette chambre.<br \/>\u2014 En effet.<br \/>\u2014 Mais, cher monsieur, les pens\u00e9es sont des choses. Quand vous imaginez une chose, vous en faites une. L\u2019ignoriez-vous&nbsp;? Je peux voir, moi, vos licornes, parce que ce n\u2019est pas seulement avec les yeux que je peux les voir.<br \/>\u2014 Voulez-vous dire que rien qu\u2019en y pensant je cr\u00e9e une chose qui n\u2019a jamais eu d\u2019existence&nbsp;?<br \/>\u2014 Certainement. C\u2019est le fait qui g\u00eet sous tous les autres faits. Et c\u2019est la raison pourquoi une pens\u00e9e de mal constitue un danger par elle-m\u00eame.<br \/>\u2014 Vos licornes sont sur le plan astral, je suppose&nbsp;? interrogea Moir.<br \/>\u2014 Tout cela, ce sont des mots, mes amis. Elles sont l\u00e0\u2026 quelque part\u2026 ou partout. Moi-m\u00eame, je ne saurais le dire&nbsp;: Je les vois. Je ne pourrais pas les toucher.<br \/>\u2014 Et vous ne pourriez pas nous les faire voir&nbsp;?<br \/>\u2014 Ce serait les mat\u00e9rialiser. Tenez&nbsp;! il y a une exp\u00e9rience \u00e0 faire. Mais le pouvoir manque. Voyons un peu de quel pouvoir nous disposons. Nous agirons en cons\u00e9quence. Me permettez-vous de vous placer \u00e0 ma guise&nbsp;?<br \/>\u2014 Vous en savez beaucoup plus long que nous sur ce chapitre, dit Harvey Deacon. Je vous donne pleine autorit\u00e9.<br \/>\u2014 Les conditions peuvent n\u2019\u00eatre pas bonnes. Essayons nos moyens. Madame voudra bien garder sa place. Je me mettrai pr\u00e8s d\u2019elle. Monsieur que voici, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Monsieur Moir se mettra de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de Madame, car il convient d\u2019alterner les bruns et les blonds. L\u00e0. Et maintenant, avec votre permission, je vais \u00e9teindre toutes les lumi\u00e8res.<br \/>\u2014 Quel avantage y trouvez-vous&nbsp;? demandai-je.<br \/>\u2014 La force que nous utilisons est une vibration de l\u2019\u00e9ther&nbsp;; la lumi\u00e8re aussi en est une. Supprimons la lumi\u00e8re, et nous gardons pour nous&nbsp;tous les fils. Vous ne craignez pas le noir, Madame&nbsp;? Quel plaisir qu\u2019une pareille s\u00e9ance&nbsp;!<br \/>D\u2019abord, l\u2019obscurit\u00e9 parut absolue. Mais au bout de quelques minutes nos yeux s\u2019y habitu\u00e8rent, juste assez pour nous permettre de nous voir les uns les autres&nbsp;; tr\u00e8s confus\u00e9ment, certes, car je n\u2019apercevais dans la chambre rien que le cercle immobile et sombre des figures. Tous, nous prenions la chose \u00e0 c\u0153ur, beaucoup plus que jamais auparavant.<br \/>\u2014 Vous mettrez vos mains devant vous&nbsp;: il n\u2019y a pas \u00e0 craindre que nous nous touchions, \u00e9tant si peu nombreux devant une table si grande. Vous, Madame, vous vous replierez sur vous-m\u00eame. Si le sommeil vient, vous ne lutterez pas. Du silence, \u00e0 pr\u00e9sent. Et attendons.<br \/>Alors, en silence, nous attend\u00eemes, fixant l\u2019ombre devant nous. Une pendule faisait tic-tac dans le vestibule. Un chien, au loin, aboyait par intermittences. Une fois ou deux, un cab passa bruyamment dans la rue, et l\u2019\u00e9clair de ses lanternes, par l\u2019intervalle des rideaux, d\u00e9chira gaiement l\u2019opacit\u00e9 de nos t\u00e9n\u00e8bres. J\u2019\u00e9prouvais ces malaises physiques que m\u2019avaient rendus familiers nos s\u00e9ances pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;: froid dans les pieds, picotements dans les mains, chaleur dans les paumes, impression de courant d\u2019air dans le dos. Il me venait aux avant-bras, et plus sp\u00e9cialement, me semblait-il, \u00e0 l\u2019avant-bras gauche, qui \u00e9tait le plus rapproch\u00e9 de notre visiteur, d\u2019\u00e9tranges petits \u00e9lancements, dus sans doute \u00e0 quelque trouble du syst\u00e8me vasculaire, mais dignes n\u00e9anmoins d\u2019attention. En m\u00eame temps, j\u2019avais le sentiment d\u2019une expectative presque douloureuse. Et le silence s\u00e9v\u00e8re gard\u00e9 par mes compagnons me laissait deviner chez eux une tension nerveuse non moindre que la mienne. Tout d\u2019un coup, il y eut, dans l\u2019obscurit\u00e9, un son bas et sifflant, la respiration mince et press\u00e9e d\u2019une femme.<br \/>Puis, la respiration se fit encore plus press\u00e9e et plus mince, comme entre des dents serr\u00e9es&nbsp;; puis, elle s\u2019arr\u00eata, dans un grand soupir accompagn\u00e9 d\u2019un sourd bruissement de robe.<br \/>\u2014 Qu\u2019y a-t-il&nbsp;? Est-ce que tout va bien&nbsp;? demanda quelqu\u2019un dans l\u2019ombre.<br \/>\u2014 Oui, dit le Fran\u00e7ais, tout va bien. C\u2019est Madame. Elle vient de tomber en catalepsie. Maintenant, Messieurs, si vous voulez bien vous tenir tranquilles, vous verrez, j\u2019imagine, quelque chose qui vous int\u00e9ressera.<br \/>Encore le tic-tac dans le vestibule. Encore la respiration du m\u00e9dium, plus profonde, \u00e0 pr\u00e9sent, et plus pleine. Encore, par instants, la lueur fugitive, et toujours plus agr\u00e9able, des lanternes d\u2019un hansom. Sur quel ab\u00eeme nous jetions un pont&nbsp;! D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le monde \u00e9ternel, dont le voile se soulevait \u00e0 demi&nbsp;; de l\u2019autre, les cabs de Londres I La table fr\u00e9missait de pulsations puissantes. Sous nos doigts, elle se balan\u00e7ait avec certitude, en cadence, d\u2019un mouvement facile, plongeant et creusant. Toute sa substance rendait de petits claquements secs, de petits craquements brusques, les cr\u00e9pitements d\u2019un feu de file ou d\u2019un feu de salve, les p\u00e9tillements d\u2019un fagot qu\u2019on allume par une nuit glaciale.<br \/>\u2014 Il y a beaucoup de pouvoir, annon\u00e7a le Fran\u00e7ais. Je le constate par la table.<br \/>J\u2019avais cru d\u2019abord \u00e0 une illusion personnelle, mais tout le monde pouvait maintenant s\u2019en apercevoir comme moi&nbsp;: une lumi\u00e8re phosphorescente, d\u2019un gris jaun\u00e2tre \u2014 et je&nbsp;&nbsp;devrais dire une vapeur lumineuse plut\u00f4t qu\u2019une lumi\u00e8re \u2014 flottait au ras de la table. Elle roulait, s\u2019enroulait, ondulait en plis d\u2019une transparence blafarde, tournait en spirales comme une fum\u00e9e. Je distinguais \u00e0 sa lueur sinistre les doigts du Fran\u00e7ais, blancs et carr\u00e9s du bout.<br \/>\u2014 \u00c7a marche&nbsp;! criait-il, c\u2019est splendide&nbsp;!<br \/>\u2014 Appelons-nous l\u2019alphabet&nbsp;? demanda Moir.<br \/>\u2014 Mais non. Nous avons mieux \u00e0 faire. C\u2019est vraiment un jeu grossier que d\u2019obliger la table \u00e0 s\u2019incliner pour chaque lettre. Avec un m\u00e9dium comme Madame, nous devons faire mieux.<br \/>\u2014 Oui, nous ferons mieux, pronon\u00e7a une voix.<br \/>\u2014 Qui est-ce&nbsp;? Quelle est la personne qui a parl\u00e9&nbsp;? Est-ce vous, Markham&nbsp;?<br \/>\u2014 Pas le moins du monde.<br \/>\u2014 C\u2019est Madame qui a parl\u00e9.<br \/>\u2014 Mais ce n\u2019\u00e9tait pas sa voix.<br \/>\u2014 Est-ce vous, Mrs. Delamere&nbsp;?<br \/>\u2014 Ce n\u2019est pas le m\u00e9dium, mais c\u2019est le pouvoir qui agit par l\u2019organe du m\u00e9dium, intervint l\u2019\u00e9trange, la profonde voix.<br \/>\u2014 O\u00f9 est Mrs. Delamere&nbsp;? J\u2019esp\u00e8re que ceci ne peut pas avoir de f\u00e2cheuses cons\u00e9quences pour elle&nbsp;?<br \/>\u2014 Elle est heureuse sur un autre plan d\u2019existence. Elle a pris ma place, comme j\u2019ai pris la sienne.<br \/>\u2014 Qui \u00eates-vous&nbsp;?<br \/>\u2014 Peu vous importe. Je suis quelqu\u2019un qui a v\u00e9cu comme vous, et qui est mort comme vous mourrez.<br \/>Nous entend\u00eemes au dehors les roues d\u2019un cab&nbsp;; puis la voiture s\u2019arr\u00eata tout proche&nbsp;; il y eut une discussion de pourboire, des grommellements de cocher. Le nuage gris-jaune continuait de tordre ses minces volutes sur la table. Sans briller nulle part, il luisait confus\u00e9ment dans la direction du m\u00e9dium. On e\u00fbt dit qu\u2019il s\u2019agglom\u00e9rait devant Mrs. Delamere. Une impression de peur et de froid me saisit au c\u0153ur. Il me sembla que nous approchions avec une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 cavali\u00e8re le plus auguste des sacrements, cette communion avec la mort dont parlent les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise.<br \/>\u2014 Ne croyez-vous pas que nous allons trop loin&nbsp;? m\u2019\u00e9criai-je. Et ne serait-il pas temps de lever la s\u00e9ance&nbsp;?<br \/>\u2014 Tous les pouvoirs sont faits pour qu\u2019on en use, formula Harvey Deacon. Si nous pouvons continuer, nous le devons. Chaque nouveau progr\u00e8s de la connaissance a pass\u00e9 d\u2019abord pour illicite. Il est parfaitement l\u00e9gitime et convenable que nous cherchions \u00e0 conna\u00eetre la nature de la mort.<br \/>\u2014 Parfaitement l\u00e9gitime et convenable, dit la voix.<br \/>\u2014 Voyons, que pourrions-nous demander&nbsp;? cria Moir, tr\u00e8s excit\u00e9. Une preuve&nbsp;! Voulez-vous me donner une preuve de votre pr\u00e9sence r\u00e9elle&nbsp;?<br \/>\u2014 Quelle preuve d\u00e9sirez-vous&nbsp;?<br \/>\u2014 Eh bien&nbsp;! par exemple\u2026 j\u2019ai quelques pi\u00e8ces de monnaie dans ma poche. Voulez-vous me dire combien&nbsp;?<br \/>\u2014 Nous revenons pour enseigner, non pour deviner de pu\u00e9riles \u00e9nigmes.<br \/>\u2014 Attrapez, monsieur Moir&nbsp;! dit le Fran\u00e7ais. L\u2019esprit parle de bon sens.<br \/>\u2014 Ceci est une religion et non pas un jeu, reprit la voix, dure et froide.<br \/>\u2014 En effet, dit Moir&nbsp;; c\u2019est bien ainsi que je l\u2019envisage. D\u00e9sol\u00e9 de vous avoir pos\u00e9 cette stupide question. Ne saurai-je pas qui vous \u00eates&nbsp;?<br \/>\u2014 Que vous importe&nbsp;?<br \/>\u2014 \u00cates-vous esprit depuis longtemps&nbsp;?<br \/>\u2014 Oui.<br \/>\u2014 Depuis combien de temps&nbsp;?&nbsp;\u2014 Nous ne calculons pas la dur\u00e9e comme vous. Nos conditions diff\u00e8rent.<br \/>\u2014 \u00cates-vous heureux&nbsp;?<br \/>\u2014 Oui.<br \/>\u2014 Vous ne voudriez pas revenir, \u00e0 la vie&nbsp;?<br \/>\u2014 Non. Non, certes.<br \/>\u2014 Avez-vous des occupations&nbsp;?<br \/>\u2014 Comment, sans occupations, pourrions-nous \u00eatre heureux&nbsp;?<br \/>\u2014 Que faites-vous&nbsp;?<br \/>\u2014 Je vous ai dit que nos conditions sont absolument diff\u00e9rentes.<br \/>\u2014 Pouvez-vous nous donner une id\u00e9e de vos travaux&nbsp;?<br \/>\u2014 Nous travaillons pour notre propre perfectionnement et pour l\u2019avancement des autres.<br \/>\u2014 Vous est-il agr\u00e9able de venir ici ce soir&nbsp;?<br \/>\u2014 J\u2019y viens avec joie si, en y venant, je puis faire quelque bien.<br \/>\u2014 Faire le bien, c\u2019est donc votre but&nbsp;?<br \/>\u2014 C\u2019est, sur chaque plan, le but de toute existence.<br \/>\u2014 Vous entendez, Markham&nbsp;? Voil\u00e0 qui r\u00e9pond \u00e0 vos scrupules.<br \/>En effet, je ne gardais plus aucun doute&nbsp;; je n\u2019\u00e9prouvais plus que de l\u2019int\u00e9r\u00eat.<br \/>\u2014 Dans votre vie, connaissez-vous la douleur&nbsp;? demandai-je.<br \/>\u2014 Non. La douleur est chose corporelle.<br \/>\u2014 Mais l\u2019affliction mentale&nbsp;?<br \/>\u2014 Oui&nbsp;: l\u2019on peut toujours \u00eatre inquiet ou triste.<br \/>\u2014 Rencontrez-vous les amis que vous avez connus sur la terre&nbsp;?<br \/>\u2014 Quelques-uns.<br \/>\u2014 Seulement quelques-uns&nbsp;?<br \/>\u2014 Seulement les sympathiques.<br \/>\u2014 Les \u00e9poux se retrouvent-ils&nbsp;?<br \/>\u2014 Quand ils se sont vraiment aim\u00e9s.<br \/>\u2014 Et dans le cas contraire&nbsp;?<br \/>\u2014 Ils ne sont plus rien l\u2019un pour l\u2019autre.<br \/>\u2014 Il faut donc qu\u2019il y ait affinit\u00e9 spirituelle&nbsp;?<br \/>\u2014 \u00c9videmment.<br \/>\u2014 Ce que nous faisons est-il bien&nbsp;?<br \/>\u2014 Si vous le faites dans le bon esprit.<br \/>\u2014 Qu\u2019entendez-vous par le mauvais esprit&nbsp;?<br \/>\u2014 L\u2019esprit de curiosit\u00e9 et de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<br \/>\u2014 Peut-il en r\u00e9sulter un mal&nbsp;?&nbsp;<br \/>\u2014 Un mal tr\u00e8s s\u00e9rieux.<br \/>\u2014 Quelle sorte de mal&nbsp;?<br \/>\u2014 Vous pouvez d\u00e9cha\u00eener des forces sur lesquelles vous n\u2019avez pas d\u2019empire,<br \/>\u2014 Des forces mauvaises&nbsp;?<br \/>\u2014 Des forces in\u00e9prouv\u00e9es.<br \/>\u2014 Vous dites qu\u2019elles sont dangereuses. Dangereuses pour le corps ou pour l\u2019\u00e2me&nbsp;?<br \/>\u2014 Quelquefois pour l\u2019un et pour l\u2019autre.<br \/>Il y eut un silence, et l\u2019obscurit\u00e9 parut devenir plus \u00e9paisse, cependant que le brouillard gris-jaune nouait ses fum\u00e9es par-dessus la table.<br \/>\u2014 Auriez-vous quelque question \u00e0 poser, Moir&nbsp;? demanda Deacon.<br \/>\u2014 Une seule. Est-ce que l\u2019on prie dans votre monde&nbsp;?<br \/>\u2014 On prie dans tous les mondes.<br \/>\u2014 Pourquoi&nbsp;?<br \/>\u2014 Parce que c\u2019est reconna\u00eetre des forces ext\u00e9rieures \u00e0 soi-m\u00eame.<br \/>\u2014 \u00c0 quelle religion appartenez-vous l\u00e0-bas&nbsp;?<br \/>\u2014 Nous diff\u00e9rons dans nos religions, comme vous.<br \/>\u2014 Vous ne poss\u00e9dez pas la certitude&nbsp;?<br \/>\u2014 Nous avons seulement la foi.<br \/>\u2014 Ces questions de religion, interrompit le Fran\u00e7ais, vous int\u00e9ressent, vous autres Anglais, qui \u00eates un peuple grave. Pour nous, elles manquent, de ga\u00eet\u00e9. Il me semble qu\u2019avec le pouvoir dont nous disposons, nous serions en mesure de tenter quelque grande exp\u00e9rience, de quoi causer ensuite.<br \/>\u2014 Il ne saurait, dit Moir, rien y avoir de plus int\u00e9ressant que ce qui nous occupe.<br \/>\u2014 \u00c0 merveille, si c\u2019est votre-avis, acquies\u00e7a le Fran\u00e7ais, d\u2019un ton aigre. Pour ma part, tout ceci me fait l\u2019effet du rebattu&nbsp;; et puisqu\u2019une grande force nous est donn\u00e9e ce soir, j\u2019aimerais la mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Si vous avez d\u2019autres questions \u00e0 poser, posez-les&nbsp;; apr\u00e8s quoi nous pourrons toujours essayer quelque chose.<br \/>Mais le charme \u00e9tait rompu. Nous pos\u00e2mes en vain questions sur questions&nbsp;: le m\u00e9dium resta muet sur sa chaise. Seul, le bruit profond et r\u00e9gulier de sa respiration trahissait sa pr\u00e9sence. Sur la table, la fum\u00e9e ne cessait pas de tournoyer.<br \/>\u2014 Vous avez troubl\u00e9 l\u2019harmonie&nbsp;: n\u2019attendez plus de r\u00e9ponse.<br \/>L\u2019ombre parut redoubler dans la chambre, avec le silence. Le m\u00eame sentiment d\u2019appr\u00e9hension qui m\u2019avait si lourdement oppress\u00e9 au d\u00e9but de la s\u00e9ance me pesa de nouveau sur le c\u0153ur. Les cheveux me picotaient aux racines.<br \/>\u2014 \u00c7a op\u00e8re&nbsp;! \u00e7a op\u00e8re&nbsp;! cria le Fran\u00e7ais.<br \/>Il se fit dans sa voix comme un d\u00e9chirement&nbsp;; et je compris que chez lui aussi toutes les cordes \u00e9taient tendues \u00e0 rompre.<br \/>Le brouillard transparent s\u2019\u00e9carta peu \u00e0 peu de la table, se mit \u00e0 flotter mollement autour de la pi\u00e8ce, alla s\u2019amonceler dans le coin le plus recul\u00e9 et le plus sombre, pour finir par s\u2019y agr\u00e9ger en un corps brillant, en un \u00e9trange et mobile noyau de lumi\u00e8re, mais de lumi\u00e8re non \u00e9clairante, et dou\u00e9 d\u2019un \u00e9clat propre sans facult\u00e9 de rayonnement. Il avait pass\u00e9 du gris-jaune \u00e0 un rouge sinistre. Puis, sur ce noyau, s\u2019enroula une substance noir\u00e2tre et fuligineuse, qui s\u2019\u00e9paissit, durcit, devint encore plus dense, encore plus noire. Puis, la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9vanouit, absorb\u00e9e par ce qui s\u2019\u00e9tait form\u00e9 autour d\u2019elle.<br \/>\u2014 Partie&nbsp;!<br \/>\u2014 Silence&nbsp;! Il y a quelque chose dans la chambre.<br \/>Dans le coin o\u00f9 avait paru la&nbsp;&nbsp;lumi\u00e8re nous entend\u00eemes quelque chose qui soufflait bruyamment et se d\u00e9menait dans les t\u00e9n\u00e8bres.<br \/>\u2014 Qu\u2019y a-t-il&nbsp;? Le Duc, qu\u2019avez-vous fait&nbsp;?<br \/>\u2014 \u00c7a va. Rien \u00e0 craindre.<br \/>La voix du Fran\u00e7ais vibrait d\u2019\u00e9motion.<br \/>\u2014 Juste ciel, Moir&nbsp;! Il y a un gros animal dans la chambre&nbsp;! L\u00e0\u2026 tout pr\u00e8s de ma chaise&nbsp;! \u00c9loignez-vous&nbsp;! \u00e9loignez-vous&nbsp;!<br \/>C\u2019\u00e9tait Deacon qui parlait. Puis vint le bruit d\u2019un choc sur un corps dur. Et ensuite\u2026 ensuite\u2026 Mais comment dire ce qui arriva ensuite&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1454\" height=\"2048\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Conan-Doyle-01-Dimanche-illustre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2918\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Conan-Doyle-01-Dimanche-illustre.jpg 1454w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Conan-Doyle-01-Dimanche-illustre-213x300.jpg 213w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Conan-Doyle-01-Dimanche-illustre-768x1082.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Conan-Doyle-01-Dimanche-illustre-1091x1536.jpg 1091w\" sizes=\"auto, (max-width: 1454px) 100vw, 1454px\" \/><figcaption>Dimanche illustr\u00e9, 1er novembre 1925<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6eeda\"><br \/>Quelque chose d\u2019\u00e9norme se heurtait \u00e0 nous dans le noir, se cabrait, piaffait, \u00e9crasait, bondissait, s\u2019\u00e9brouait. La table vola en \u00e9clats, et nous pr\u00eemes la fuite dans tous les sens. L\u2019\u00e9norme chose grondait, nous bousculant, se ruant avec une force horrible d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la chambre. Nous poussions tous des cris d\u2019\u00e9pouvante&nbsp;; nous nous tra\u00eenions sur nos mains, sur nos genoux, cherchant \u00e0 nous d\u00e9rober aux attaques. Je ne sais quoi se posa sur ma main droite, et mes os s\u2019\u00e9cras\u00e8rent sous la pression.<br \/>\u2014 De la lumi\u00e8re&nbsp;! de la lumi\u00e8re&nbsp;! hurla quelqu\u2019un.<br \/>\u2014 Moir, vous avez des allumettes\u2026 des allumettes&nbsp;!<br \/>\u2014 Je n\u2019en ai pas une seule&nbsp;! Deacon, o\u00f9 sont les allumettes&nbsp;? Les allumettes, pour l\u2019amour de Dieu&nbsp;!<br \/>\u2014 Je n\u2019arrive pas \u00e0 les trouver. Voyons, le Fran\u00e7ais, arr\u00eatez cela&nbsp;!<br \/>\u2014 C\u2019est au-dessus de mes moyens&nbsp;! Oh&nbsp;! mon Dieu&nbsp;! je ne puis plus l\u2019arr\u00eater&nbsp;! La porte\u2026 o\u00f9 est la porte&nbsp;?<br \/>Ma main, par bonheur, en t\u00e2tonnant dans la nuit, trouva la poign\u00e9e. La chose soufflante, ronflante, galopante, passa d\u2019un bond devant moi et alla donner de la t\u00eate contre la cloison, qui rendit un bruit terrible. Je tournai la poign\u00e9e, et, tous, nous f\u00fbmes dehors \u00e0 la minute, la porte ferm\u00e9e derri\u00e8re nous. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, il y eut un \u00e9pouvantable fracas d\u2019objets mis en pi\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"1527\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Pierre-lafitte-1911-du-mysterieux-au-tragique-en-jouant-avec-le-feu-p117-illu.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1482\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Pierre-lafitte-1911-du-mysterieux-au-tragique-en-jouant-avec-le-feu-p117-illu.jpg 1000w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Pierre-lafitte-1911-du-mysterieux-au-tragique-en-jouant-avec-le-feu-p117-illu-196x300.jpg 196w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/Pierre-lafitte-1911-du-mysterieux-au-tragique-en-jouant-avec-le-feu-p117-illu-768x1173.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><figcaption>Arthur Conan Doyle, <em>Du myst\u00e9rieux au tragique<\/em>, illustrations de Manuel Orazi, 1911.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6eeda\"><br \/>\u2014 Qu\u2019est-ce que cela&nbsp;? Au nom du ciel, qu\u2019est-ce&nbsp;?<br \/>\u2014 Un cheval. Je l\u2019ai vu quand la&nbsp;porte s\u2019est ouverte. Mais Mrs. Delamere&nbsp;?\u2026<br \/>\u2014 Il faut aller la sauver. Venez, Markham, vite&nbsp;! Plus nous tarderions, moins nous aurions de courage.<br \/>La porte ouverte, brusquement, nous nous pr\u00e9cipit\u00e2mes. Nous trouv\u00e2mes Mrs. Delamere \u00e9tendue sur le plancher, parmi les d\u00e9bris de sa chaise. Nous la relev\u00e2mes, l\u2019emport\u00e2mes au plus vite, et, comme nous arrivions \u00e0 la porte, je jetai derri\u00e8re moi un regard \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Deux \u00e9tranges yeux dardaient sur nous leurs flammes. Des sabots claqu\u00e8rent. Je n\u2019eus que le temps de refermer la porte&nbsp;: un choc violent la fendit de haut en bas&nbsp;!<br \/>\u2014 \u00c7a va passer au travers&nbsp;! \u00c7a passe&nbsp;!<br \/>Un autre choc, et, par la br\u00e8che de la porte, quelque chose se fit jour&nbsp;: une longue pointe blanche qui luisait sous la lumi\u00e8re de la lampe. Elle brilla un instant devant nous, puis, avec un bruit sec, elle disparut.<br \/>\u2014 H\u00e2tez-vous&nbsp;! h\u00e2tez-vous&nbsp;! par ici&nbsp;! ordonnait \u00e0 grands cris Harvey Deacon. Emportez-la&nbsp;! Par ici&nbsp;! Vite&nbsp;!<br \/>Nous avions cherch\u00e9 asile dans la salle \u00e0 manger et referm\u00e9 la lourde porte de ch\u00eane. Nous \u00e9tend\u00eemes sur le sofa Mrs. Delamere sans connaissance. Pendant ce temps, Moir, le rude brasseur d\u2019affaires, s\u2019affaissait, \u00e9vanoui, sur le tapis du foyer. Harvey Deacon, blanc comme un cadavre, avait des convulsions d\u2019\u00e9pileptique. Nous entend\u00eemes se briser la porte de l\u2019atelier&nbsp;; d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du vestibule, ce furent des all\u00e9es et venues reniflantes et tr\u00e9pignantes, qui emplirent la maison d\u2019un furieux vacarme. Sa t\u00eate dans les mains, le Fran\u00e7ais sanglotait comme un enfant \u00e9pouvant\u00e9.<br \/>\u2014 Que faire&nbsp;? demandai-je, en le secouant durement par les \u00e9paules. Si nous prenions un fusil&nbsp;?<br \/>\u2014 Non, non&nbsp;! Le pouvoir va cesser. Cela va finir.<br \/>\u2014 Fou que vous \u00eates, vous risquiez de nous tuer avec vos infernales exp\u00e9riences&nbsp;!<br \/>\u2014 Je ne savais pas. Comment aurais-je pr\u00e9vu la terreur qui l\u2019affole&nbsp;? Vous en \u00eates cause. Vous l\u2019avez frapp\u00e9.<br \/>Tout d\u2019un coup, Harvey Deacon sursauta&nbsp;:<br \/>\u2014 Dieu du ciel&nbsp;!<br \/>Un cri terrible avait fait retentir la maison.<br \/>\u2014 C\u2019est ma femme&nbsp;! Tant pis, je sors&nbsp;! Duss\u00e9-je avoir affaire au diable&nbsp;!<br \/>Rouvrant la porte, il s\u2019\u00e9lan\u00e7a. \u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du couloir, en bas de l\u2019escalier, Mrs. Deacon gisait, inanim\u00e9e, terrass\u00e9e par ce qu\u2019elle avait vu. Nulle trace de rien d\u2019autre.<br \/>Nous regard\u00e2mes autour de nous avec horreur. Partout l\u2019immobilit\u00e9, le silence. Je m\u2019avan\u00e7ai lentement vers la porte de l\u2019atelier, noire et b\u00e9ante, attendant \u00e0 chaque instant d\u2019en voir sortir quelque abominable forme. Rien ne venait. Un calme absolu r\u00e9gnait dans la pi\u00e8ce. Le regard tendu, le souffle au bout des l\u00e8vres, nous all\u00e2mes jusqu\u2019au seuil et scrut\u00e2mes les t\u00e9n\u00e8bres silencieuses. Elles n\u2019\u00e9taient plus partout des t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;: un nuage lumineux, avec un centre incandescent, voltigeait dans un angle. Lentement, il diminua d\u2019\u00e9clat et de consistance, devint de plus en plus mince, de plus en plus p\u00e2le&nbsp;; puis la m\u00eame obscurit\u00e9 profonde r\u00e9envahit l\u2019atelier. \u00c0 la minute m\u00eame o\u00f9 tremblota le dernier rayon de la lueur sinistre, le Fran\u00e7ais poussa un cri de joie.<br \/>\u2014 \u00c0 la bonne heure&nbsp;! Personne de bless\u00e9. Rien que la porte bris\u00e9e et les dames effray\u00e9es. Mais nous avons&nbsp;fait, mes amis, ce que personne n\u2019avait jamais fait encore&nbsp;!<br \/>\u2014 Eh bien, dit Harvey Deacon, autant que je pourrai l\u2019emp\u00eacher, cela ne se refera pas, je vous l\u2019assure&nbsp;!<br \/>Et voil\u00e0 ce qui advint, le 14 avril dernier, au n\u00b0 17 de Badderly Gardens. J\u2019ai commenc\u00e9 par dire que cela me para\u00eet trop grotesque pour que je r\u00e9ponde de ce qui vraiment se passa. Je donne mes impressions \u2014 ou plut\u00f4t nos impressions, puisqu\u2019elles sont corrobor\u00e9es par Harvey Deacon et John Moir, \u2014 pour ce qu\u2019elles valent. Libre \u00e0 vous, s\u2019il vous pla\u00eet, d\u2019imaginer que nous f\u00fbmes victimes d\u2019une extraordinaire et savante mystification&nbsp;; ou de croire avec nous que nous sub\u00eemes une r\u00e9elle et terrifiante \u00e9preuve. Peut-\u00eatre encore mieux inform\u00e9 que nous en ces questions d\u2019occultisme, aurez-vous \u00e0 nous citer quelque chose d\u2019analogue. En ce cas, une lettre adress\u00e9e \u00e0 M. William Markham, 146 M., l\u2019Albany, nous aiderait \u00e0 jeter un peu de lumi\u00e8re sur des faits encore tr\u00e8s obscurs pour nous.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1465\" height=\"2048\" src=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-1465x2048.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1483\" srcset=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-1465x2048.jpg 1465w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-215x300.jpg 215w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-768x1074.jpg 768w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-1099x1536.jpg 1099w, https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2021\/05\/St-Nicholas-vol-22-1875-scaled.jpg 1831w\" sizes=\"auto, (max-width: 1465px) 100vw, 1465px\" \/><figcaption>Saint Nicholas, vol.22, 1875<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de Louis Labat, 1911 Je ne pr\u00e9tends pas expliquer ce qui se passa, le 14 avril dernier, au n\u00b0 17 de Badderly Gardens. Traduite en noir sur du blanc, mon opinion para\u00eetrait, j\u2019imagine, trop absurde, trop grossi\u00e8re pour m\u00e9riter &hellip; <a href=\"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/2021\/09\/20\/arthur-conan-doyle-en-jouant-avec-le-feu1894\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-1478","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-6-les-retours-de-la-licorne"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1478","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1478"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1478\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5259,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1478\/revisions\/5259"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}