{"id":307,"date":"2021-05-17T18:23:10","date_gmt":"2021-05-17T18:23:10","guid":{"rendered":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/?page_id=307"},"modified":"2026-04-11T18:35:41","modified_gmt":"2026-04-11T18:35:41","slug":"citations","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/faidutti.com\/blog\/licornes\/citations\/","title":{"rendered":"Citations"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efebeb\">La plupart des animaux \u00e0 corne ont les pieds fourchus, mais il y en a un, dit-on, qui est solip\u00e8de, celui qu\u2019on appelle \u00e2ne de l\u2019Inde. La plupart de ces animaux\u2026 ont re\u00e7u de la nature deux cornes. Mais certains n\u2019ont qu\u2019une seule corne, par exemple l\u2019oryx et l\u2019\u00e2ne appel\u00e9 indien. Cependant l\u2019oryx a le pied fourchu tandis que cet \u00e2ne est solip\u00e8de. Les animaux \u00e0 corne unique la portent au milieu de la t\u00eate.<br \/><br \/>\u2014 Aristote, <em>Les parties des animaux<\/em>, IVe si\u00e8cle av. J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#def9f8\">Dans les r\u00e9gions les plus recul\u00e9es de l&#8217;Inde, il existe, dit-on, des montagnes infranchissables peupl\u00e9es de b\u00eates sauvages; ces montagnes abriteraient autant d&#8217;animaux qu&#8217;en produit notre pays, sauf qu&#8217;ils sont sauvages.<br \/>Parmi eux, il existe, dit-on encore, une b\u00eate \u00e0 une corne, \u00e0 laquelle on donne le nom de kartazon. Elle a la taille d&#8217;un Cheval adulte, une crini\u00e8re de cheval et un pelage roux, et elle est tr\u00e8s rapide. Elle a des pattes sans articulations, comme celles de l&#8217;\u00e9l\u00e9phant, et une queue de cochon. Entre ses sourcils pousse une corne qui n&#8217;est pas lisse, mais est naturellement en spirale, et de couleur noire. Cette corne, dit-on aussi, est extr\u00eamement ac\u00e9r\u00e9e. Je crois comprendre que la voix de cet animal est tr\u00e8s discordante et puissante.<br \/>Quand d&#8217;autres animaux s&#8217;approchent de lui, il est placide et doux, mais avec ses cong\u00e9n\u00e8res, il est plut\u00f4t querelleur. Non seulement les m\u00e2les se battent instinctivement \u00e0 coups de cornes, mais les femelles ont le m\u00eame esprit belliqueux et poursuivent leur hostilit\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la mort de leur rivale. En fait, toutes les parties de leur corps sont tr\u00e8s robustes, mais la force de sa corne est invincible.<br \/>Le m\u00e2le aime les p\u00e2turages isol\u00e9s o\u00f9 il erre en solitaire, mais pendant la saison des amours, lorsqu&#8217;il s&#8217;associe \u00e0 une compagne, il devient doux envers la femelle, et les deux broutent m\u00eame c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Quand la saison est pass\u00e9e et que la femelle porte un petit, le kartazon indien redevient sauvage et reprend son \u00e9tat solitaire. On dit que les poulains sont emmen\u00e9s tr\u00e8s jeunes chez le roi des Prasii et qu&#8217;ils d\u00e9montrent leur force les uns contre les autres lors de spectacles publics: il n&#8217;existe cependant aucun t\u00e9moignage d&#8217;un animal adulte qui aurait \u00e9t\u00e9 captur\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 M\u00e9gasth\u00e8ne, <em>Indica<\/em>, vers 2900 av J.C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeffa\">Est bos cervi figura, cuius a media fronte inter aures unum cornu exsistit excelsius magisque directum his, quae nobis nota sunt, cornibus: ab eius summo sicut palmae ramique late diffunduntur. Eadem est feminae marisque natura, eadem forma magnitudoque cornuum.<br \/><br \/>On y rencontre un b\u0153uf ayant l\u2019allure d\u2019un cerf et portant au milieu du front, entre les oreilles, une seule corne, plus \u00e9lev\u00e9e et plus droite que les cornes qui nous sont connues. \u00c0 son sommet, elle se partage en rameaux semblables \u00e0 des palmes. La femelle est de m\u00eame nature que le m\u00e2le ; la forme et la grandeur de ses cornes sont les m\u00eames.<br \/><br \/>\u2014 Jules C\u00e9sar, <em>La guerre des Gaules<\/em>, livre VI, 26, 50 av J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4ffee\">L&#8217;\u00c9thiopie produit des lynx en grand nombre, des sphinx au poil roux, avec deux mamelles \u00e0 la poitrine, et beaucoup d&#8217;autres animaux monstrueux, des chevaux ail\u00e9s, arm\u00e9s de cornes qu&#8217;on appelle p\u00e9gases; des crocottes, qui semblent n\u00e9es du chien et du loup, brisant tout avec leurs dents, et dig\u00e9rant aussit\u00f4t ce qu&#8217;elles ont d\u00e9vore; des cercopith\u00e8ques \u00e0 t\u00eate noire, \u00e0 poil d&#8217;\u00e2ne, et diff\u00e9rant des autres animaux par la voix; des b\u0153ufs pareils \u00e0 ceux de l&#8217;Inde, \u00e0 une corne et \u00e0 trois cornes; la leucrocote, animal excessivement rapide, ayant \u00e0 peu pr\u00e8s la taille de l&#8217;\u00e2ne, les jambes du cerf, le cou, la queue et le poitrail du lion, la t\u00eate du blaireau, le pied fourchu, la gueule fendue jusqu&#8217;aux oreilles, et au lieu de dents un os continu : on pr\u00e9tend que cet animal imite la voix humaine. Dans le m\u00eame pays ou trouve un animal nomm\u00e9 \u00e9ale, de la grandeur de l&#8217;hippopotame, ayant la queue de l&#8217;\u00e9l\u00e9phant, une couleur noire ou fauve, la m\u00e2choire du sanglier, les cornes hautes de plus d&#8217;une coud\u00e9e, mobiles, qu&#8217;il emploie alternativement dans les combats, et dont il varie l&#8217;obliquit\u00e9 suivant qu&#8217;il le juge n\u00e9cessaire.<br \/>Mais ce que ce pays a de plus farouche sont des taureaux sauvages, plus grands que ceux de nos champs, d&#8217;une rapidit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 celle de tous les animaux, d&#8217;une couleur fauve, ayant les yeux bleus, le poil tourn\u00e9 \u00e0 rebours, la gueule fendue jusqu&#8217;aux oreilles, des cornes mobiles comme l&#8217;animal dont il vient d&#8217;\u00eatre parl\u00e9, un cuir aussi dur que la pierre, et r\u00e9sistant \u00e0 toutes blessures. Ils font la chasse \u00e0 toutes les b\u00eates : quant \u00e0 eux, on ne les prend que dans des fosses, o\u00f9 ils p\u00e9rissent toujours par l&#8217;effet de leur propre fureur. Dans le m\u00eame pays il na\u00eet, d&#8217;apr\u00e8s Ct\u00e9sias, un animai appel\u00e9 mantichore, ayant un triple rang de dents qui s&#8217;engr\u00e8nent en forme de peigne, la face et les oreilles de l&#8217;homme, les yeux glauques, une couleur de sang, un corps de lion, une queue qui pique comme celle du scorpion, une voix semblable au concert du chalumeau et de la trompette, une rapidit\u00e9 tr\u00e8s grande, et un go\u00fbt tout particulier pour la chair humaine.<br \/><br \/>Dans l&#8217;Inde on trouve encore des b\u0153ufs dont le pied n&#8217;est pas fendu, et qui n&#8217;ont qu&#8217;une corne; et une b\u00eate nomm\u00e9e axis, ayant la robe d&#8217;un faon, avec des mouchetures plus nombreuses et plus blanches : on l&#8217;offre en sacrifice \u00e0 Bacchus. Les Indiens Ors\u00e9ens vont \u00e0 la chasse de singes dont tout le corps est blanc. Ils chassent aussi une b\u00eate intraitable ; c&#8217;est l&#8217;unicorne, semblable au cheval par le corps, au cerf par la t\u00eate, \u00e0 l&#8217;\u00e9l\u00e9phant par les pieds, au sanglier par la queue; il a un mugissement grave, et une seule corne noire s&#8217;\u00e9levant de deux coud\u00e9es au milieu du front: on dit que cette b\u00eate ne peut pas \u00eatre prise vivante.<br \/><br \/>\u2014 Pline l&#8217;Ancien, <em>Histoire naturelle, <\/em>circa 77, trad. Emile Littr\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7f6db\">J&#8217;ai appris qu&#8217;il y a en Inde des \u00e2nes sauvages qui ne sont pas moins grands que des chevaux. Ils portent une corne sur le devant de la t\u00eate, longue d&#8217;une coud\u00e9e et demie\u2026 J&#8217;ai entendu dire que les Indiens boivent dans ces cornes polychromes, pas tous mais les plus nobles d&#8217;entre eux, et ils les ornent d&#8217;or, comme les bracelets qu&#8217;ils portent aux bras. Et on dit que celui qui boit dans cette corne ne conna\u00eet plus les maladies, il n&#8217;en est plus atteint. Il ne conna\u00eet plus non plus ni spasmes, ni \u00e9pilepsie, ni les effets du poison. S&#8217;il a bu avant quelque chose d&#8217;empoisonn\u00e9, il le vomit et recouvre une parfaite sant\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Claudius Aelianus, <em>Histoire des animaux<\/em>, circa 210<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffefd6\">Le Psalmiste dit:  \u00ab Ma corne sera port\u00e9e dans les hauteurs comme celle de l&#8217;unicorne.\u00bb<br \/>Le Physiologue a dit que l&#8217;unicorne a la nature suivante: c&#8217;est un petit animal, qui ressemble au chevreau, et qui est tout \u00e0 fait paisible et doux. Il porte une corne unique au milieu du front. Les chasseurs ne peuvent donc l&#8217;approcher \u00e0 cause de sa force.<br \/>Comment donc est-il captur\u00e9? Ils envoient vers lui une vierge immacul\u00e9e et l&#8217;animal vient se lover dans le giron de la vierge. Elle allaite l&#8217;animal et l&#8217;emporte dans le palais du roi.<br \/>L&#8217;unicorne s&#8217;applique donc au Sauveur. \u00ab Car dans la maison de David notre p\u00e8re a fait se dresser une corne de salut. \u00bb<br \/>Les puissances ang\u00e9liques n&#8217;ont pas pu le ma\u00eetriser et il s&#8217;est install\u00e9 dans le ventre de Marie, celle qui est v\u00e9ritablement toujours vierge, \u00ab et le verbe s&#8217;est fait chair, et il s&#8217;est install\u00e9 parmi nous \u00bb.<br \/><br \/>\u2014 <em>Physiologus grec<\/em>, IIIe si\u00e8cle, Trad. A. Zucker.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7e0f7\">Sunt praeterea boves unicornes et tricornes, solidis ungulis nec bifissis. Sed atrocissimus est monoceros, monstrum mugitu horrido, equino corpore, elephanti pedibus, cauda suilla, capite cervino. Cornu e media fronte eius protenditur splendore mirifico, ad magnitudinem pedum quattuor, ita acutum ut quicquid impetat, facile ictu eius perforetur. Vivus non venit in hominum potestatem et interimi quidem potest, capi non potest.<br \/><br \/>\u2014 Caius Julius Solinus (Solin), circa 300<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eeeeee\">Comme nous l&#8217;apprenons par le Livre de Job, la licorne est un animal d&#8217;une puissance irr\u00e9sistible que l&#8217;homme n&#8217;a jamais pu se soumettre: Tu ne la lieras pas avec une courroie, nous dit ce saint livre, elle ne se reposera pas \u00e0 la cr\u00e8ce; et l&#8217;on trouve encore dans cette partie des proph\u00e9ties beaucoup de d\u00e9tails sur l&#8217;humeur libre de cet animal et sur son aversion pour la servitude de l&#8217;homme. Au reste, on remarque aussi que l&#8217;\u00c9criture emploie contrairement la comparaison de la licorne, et qu&#8217;elle la prend tant\u00f4t en bonne, tant\u00f4t en mauvaise part, pour louer et pour bl\u00e2mer. Ainsi elle dit en un endroit: D\u00e9livre mon \u00e2me de l&#8217;\u00e9p\u00e9e et mon humilit\u00e9 des cornes des licornes?, paroles dans lesquelles le proph\u00e8te attaque et bl\u00e2me l&#8217;ingratitude du peuple qui lui faisait la guerre et qui se r\u00e9voltait contre lui au temps de son adversit\u00e9. Il dit au contraire dans un autre endroit: Ma corne sera \u00e9lev\u00e9e comme celle de la licorne.<br \/>D&#8217;o\u00f9 il para\u00eet que, lorsque l&#8217;\u00c9criture ne consid\u00e8re que l&#8217;humeur vindicative de cet animal, elle le prend souvent pour symbole de choses et d&#8217;actions m\u00e9chantes et perverses; et qu&#8217;au contraire il est quelquefois aussi pour elle un symbole de choses bonnes et grandes, dont elle trouve alors la figure dans cette corne \u00e9lev\u00e9e qu&#8217;il porte sur le front, et dans sa passion pour la libert\u00e9: car on rencontre fr\u00e9quemment dans les livres saints le mot de corne employ\u00e9 pour d\u00e9signer la gloire: Il \u00e9l\u00e8vera la corne de son peuple; et sa corne sera elev\u00e9e en gloiret, et souvent aussi pour d\u00e9signer la puis-sance: Le Seigneur est mon protecteur et la corne de mon salut. Or, puisque le Christ est la puissance de Dieu, c&#8217;est \u00e0 ce point de vue qu&#8217;il est appel\u00e9 lmonoceros comme qui dirait arm\u00e9 d&#8217;une corne; c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;une puissance souveraine, de la puissance de son P\u00e8re.<br \/><br \/>\u2014 Basile de C\u00e9sar\u00e9e, <em>Hom\u00e9lies, <\/em>circa 370.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7eade\">Le rhinoc\u00e9ros est un quadrup\u00e8de ressemblant au cerf, ayant sur le nez une tr\u00e8s grande corne. On ne peut le prendre que par le parfum et la beaut\u00e9 de femmes bien habill\u00e9es; il est, en effet, tr\u00e8s port\u00e9 \u00e0 l&#8217;amour.<br \/>La pierre qui se trouve \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de son nez ou de sa corne, port\u00e9e, chasse les d\u00e9mons.<br \/>Ses testicules ou son membre, pris en breuvage, provoquent au plus haut degr\u00e9 les rapprochements sexuels entre les hommes et les femmes.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les Cyranides<\/em>, circa 400, trad. F. de M\u00e9ly<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7e9f6\">Pour moi, je n&#8217;ai point vu de licorne, mais bien quatre figures de bronze de cet animal en \u00c9thiopie dans le palais du roi, nomm\u00e9 les quatre tours. Ils disent que c&#8217;est un animal terrible et indomptable et que sa force consiste en sa corne, que quand il est poursuivi par les chasseurs, et qu&#8217;il se voit sur le point d&#8217;\u00eatre pris, il se pr\u00e9cipite du haut des rochers et tombe sur sa corne qui soutient tout l&#8217;effort de sa chute, et ne se fait point de mal. Il en fait mention dans la Sainte \u00c9criture, lorsqu&#8217;elle dit <em>sauvez moi de la gueule des lions et des cornes des licornes<\/em> et en un autre endroit <em>Son bien aim\u00e9 comme le fils de la licorne, <\/em>et dans les b\u00e9n\u00e9dictions que Balaam donne au peuple d&#8217;Isra\u00ebl <em>Dieu l&#8217;a conduit de l&#8217;\u00c9gypte et lui a donn\u00e9 la force des licornes<\/em>, etc. L&#8217;\u00c9criture renda t\u00e9moignage par tout \u00e0 cet animal d&#8217;un courage et d&#8217;une force merveilleuse.<br \/><br \/>\u2014 Cosmas Indicopleust\u00e8s, <em>Topographie Chr\u00e9tienne, <\/em>448, in Melchis\u00e9dech Th\u00e9venot, <em>Relation de divers voyages curieux, <\/em>1663.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4dbe0\">Rhinoceron a Graecis vocatus. Latine interpretatur in nare cornu. Idem et monoceron, id est unicornus, eo quod unum cornu in media fronte habeat pedum quattuor ita acutum et validum ut quidquid inpetierit, aut ventilet aut perforet. Nam et cum elephantis saepe certamen habet, et in ventre vulneratum prosternit. Tantae autem esse fortitudinis ut nulla venantium virtute capiatur; sed, sicut asserunt qui naturas animalium scripserunt, virgo puella praeponitur, quae venienti sinum aperit, in quo ille omni ferocitate deposita caput ponit, sicque soporatus velut inermis capitur.<br \/><br \/>\u2014 Isidore de S\u00e9ville, <em>Etymologi\u00e6, <\/em>circa 630<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f8cf\">Cum prima nocte iugiter stratu iuncxissent, dicit ad eum mulier : \u201c&nbsp;Ac nocte a coitu virile abstenebimus. Surge secrecius, et quod videris ante aulas palaciae dicis ancillae tuae\u201d. Cumque surrexisset, vidit similitudinem bisteis leonis, unicornis et leupardi ambolantibus. Reversusque, dixit muliere que viderat. Dicit ad eum mulier : \u201cDomini mi, vade dinuo, et quod videris narra ancillae tuae\u201d. Ille vero cum foris adisset, vidit bysteas similitudinem ursis et lupis deambulantibus.<br \/>Narrans et haec mulieri, conpellit eum tercio, ut iret et quod videbat nunciaret. Cumque tercio exisset, vidit bisteas minores similitudinem canis et minoribus bistiis ab invicem detrahentes et volutantes. Cumque Basinae haec universa narrasset, abstinentes se caste usque in crastinum, surgentes de stratu, dixit Basina ad Childericum : \u201c Que visibiliter vidisti viritate subsistunt.<br \/>Haec interpretationem habent : Nascitur nobis filius fortitudinem leonis signum et instar tenens; filii viro eius leupardis et unicornis fortitudine signum tenent. Deinde generantur ex illis qui ursis et lupis fortitudinem et voracitatem eorum similabunt. Tercio que vidisti ad discessum columpna regni huius erunt, que regnaverint ad instar canibus et minoribus bisteis; eorum consimilis erit fortitudo.<br \/>Pluretas autem minoribus bisteis, que ab invicem detrahentes volutabant, populos sine timore principum ab invicem vastantur\u201d.<br \/><br \/>\u2014 <em>Chronique de Fr\u00e9d\u00e9gaire<\/em>, VIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ccebf8\">Unicornis et in bona et in mala accipitur significatione. In bona quidem quando pro significanda Ecclesia ponitur. De qua dictum est in psalmo&nbsp;: unam petii a Domino. Item&nbsp;: et exaltabitur sicut unicornis cornu meum. In mala autem quando pro designanda superbia ponitur. Est enim animal unice superbum.<br \/><br \/>\u2014 Anselme de Laon, <em>Sentences<\/em>, circa 1110<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faeaea\">Monoceros est Beste, un corne ad en la teste,<br \/>Purceo ad si a nun, de buc ad fa\u00e7un;<br \/>Par Pucele est prise; or vez en quell guize.<br \/>Quant hom le volt cacer et prendre et enginner,<br \/>Si vent hom al forest \u00f9 sis riparis est;<br \/>L\u00e0 met une Pucele hors de sein sa mamele,<br \/>Et par odurement Monosceros la sent;<br \/>Dune vent \u00e0 la Pucele, et si baiset la mamele,<br \/>En sein devant se dort, issi veut \u00e0 sa mort;<br \/>Li hom suivent atant ki Pocit en dormant<br \/>U trestont vif le prent, si fais puis sun talent.<br \/>Grant chose signifie.<br \/><br \/>\u2014 Philippe de Thaon, Bestiaire, circa 1120<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d3f3df\">Ad quam capiendam virgo puella in campum ponitur,<br \/>Ad quam veniens, et se in gremio ejus reclinans, capitur.<br \/><br \/>\u2014 Honorius d&#8217;Autun, <em>Speculum Ecclesi\u00e6<\/em>, XIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcfcdc\">Di kuninginne r\u00eeche<br \/>sante mir ouh ein tier,<br \/>daz was edele unde h\u00ear,<br \/>daz den carbunkel treget<br \/>und daz sih vor di magit leget.<br \/>Monosceros ist iz genant.<br \/>Der ist luzzil in diz lant.<br \/>Dar z\u00f4 ne frumet nehein jaget:<br \/>man sol iz v\u00e2hen mit einer magit.<br \/>S\u00een gehurne daz ist freisam,<br \/>d\u00e2 ne mac niwit vor best\u00e2n.<br \/>Und d\u00f4 di g\u00e2be was br\u00e2ht,<br \/>d\u00f4 was di frowe des bed\u00e2ht,<br \/>daz si z\u00f4 mir sante einen man,<br \/>der was als\u00f4 get\u00e2n,<br \/>daz er konde m\u00e2len.<br \/>Der m\u00e2lede z\u00f4 dem m\u00e2le<br \/>an einer tabelen m\u00eenen l\u00eeb.<br \/>Niht nist s\u00f4 listic, s\u00f4 daz w\u00eeb<br \/>unde ouh ir kint.<br \/>Des quam ih in gr\u00f4z angist sint.<br \/><br \/>\u2014 Pfaffen Lamprecht, <em>Alexanderlied<\/em>, circa 1150<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cff2dc\">Si insurgit rabies leonina, premitur per patientiam: si petulantia hirci, per abstinentiam: si ferocitas apri, per mansuetudinem: si superbia unicornis, per humilitatem.<br \/><br \/>Lutte contre la rage du lion par la patience, contre l&#8217;impudeur du bouc par l&#8217;abstinence, contre la f\u00e9rocit\u00e9 du sanglier par la mansu\u00e9tude, contre la superbe de la licorne par l&#8217;humilit\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 <em>Tractatus de interiori domo, <\/em>attribu\u00e9 \u00e0 Saint Bernard de Clairvaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8d0d0\">Rhinoceros idem est quod unicornis et dicitur rhinoceros a rinos quod est naris, et ceros, quod est cornu, quia unicum cornu habet in nare.<br \/>[\u2026]<br \/>Unicornis est animal habens unum cornu in nare, unde et Graece rhinoceros dicitur.<br \/>[\u2026]<br \/>Dicitur Christus, unde David: Et aedificavit sicut unicornis sanctificium suum.<br \/>[\u2026]<br \/>Etiam dicitur singularis potestas, unde Psalmista: Et exaltabitur sicut unicornis cornu meum, id est fortitudo mea, quae consistit in unitate fidelium quae est sicut unicornis singularis potestas, exaltabitur destructis haeresibus.<br \/>[\u2026]<br \/>Rhinoceros enim interpretatur unicornis.<br \/><br \/>\u2014 Alanus de Insulis, <em>Distinctiones dictionum theologicalium<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ebebeb\">La licorne est plus chaude que froide; mais sa force est encore plus grande que sa chaleur. Elle se nourrit de bonne herbe, et en elle-m\u00eame, elle a presque un saut, elle fuit les humains et les autres animaux, m\u00eame ceux qui sont de son esp\u00e8ce et c&#8217;est la raison pour laquelle il est impossible de l&#8217;attraper. Elle craint beaucoup l&#8217;homme et s&#8217;\u00e9loigne de lui; comme le serpent, lors de sa premi\u00e8re chute, s&#8217;\u00e9loigne de l&#8217;homme et va vers la femme.<br \/>De fait, il y avait un philosophe qui \u00e9tudiait les natures des animaux, mais qui ne pouvait pas attraper cet animal par aucun artifice, il fut grandement \u00e9tonn\u00e9 par cela. Un beau jour, il \u00e9tait sorti t\u00f4t comme il avait l&#8217;habitude de le faire, et des hommes, des femmes et des jeunes filles l&#8217;accompagnaient. Les jeunes filles cependant s\u00e9taient s\u00e9par\u00e9es des hommes, et jouaient pendant ce temps parmi les fleurs. Quand une licorne, ayant vu les jeunes filles, s&#8217;approcha peu \u00e0 peu en sauts resserr\u00e9s, et enfin s&#8217;assit sur ses pattes post\u00e9rieures \u00e9tendues, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des jeunes filles et les examina scrupuleusement. Le philosophe, voyant cela, le consid\u00e9ra avec toute son attention, et il comprit que la licorne pouvait \u00eatre attrap\u00e9e par les jeunes filles, et il s&#8217;approcha d&#8217;elle dans son dos, et l&#8217;attrapa avec l&#8217;aide des m\u00eames jeunes filles.<br \/>C&#8217;est que la licorne, apr\u00e8s avoir observ\u00e9 longuement une jeune fille, \u00e9tait surprise, car bien qu&#8217;elle n&#8217;ait pas de barbe, elle ressemblait \u00e0 un homme; et lorsqu&#8217;elle remarqua que c&#8217;\u00e9tait aussi le cas de deux ou trois autres jeunes filles, elle s&#8217;\u00e9tonna d&#8217;autant et fut assez vite attrap\u00e9e car ses yeux \u00e9taient fix\u00e9s dans les leurs. Ces filles, gr\u00e2ce auxquelles elle avait \u00e9t\u00e9 attrap\u00e9e, devaient \u00eatre nobles et non paysannes, et elles ne devaient \u00eatre ni tout \u00e0 fait adultes, ni tout \u00e0 fait toutes jeunes, mais mod\u00e9r\u00e9ment adolescentes, et elle les choisit parce qu&#8217;elle sait qu&#8217;elles sont s\u00e9duisantes et douces.<br \/>Elle ne vient toujours qu&#8217;une fois par an dans cette terre qui a le go\u00fbt du paradis, et ici elle cherche les meilleures herbes, elle les d\u00e9terre avec sa patte et les mange, et elle en tire beaucoup de forces, et c&#8217;est la raison pour laquelle elle fuit aussi les autres animaux. Et puis sous sa corne, 1l y a un bronze transparent comme l&#8217;\u0153il d&#8217;un homme, de sorte qu&#8217;un homme peut y examiner son reflet comme dans un miroir, mais il n&#8217;est cependant pas tr\u00e8s pr\u00e9cieux.<br \/><br \/>\u2014 Hildegarde de Bingen, <em>Livre de la subtilit\u00e9 des cr\u00e9atures divines, <\/em>circa 1160.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6fade\">L&#8217;homme qui craint d&#8217;\u00eatre tu\u00e9 par le poison posera un ongle de licorne sous le plat o\u00f9 sont les mets ou bien sous la coupe o\u00f9 est sa boisson: s&#8217;ils sont chauds et qu&#8217;il y a du poison dedans, l&#8217;ongle les rendra effervescents dans le r\u00e9cipient; s&#8217;ils sont froids, il les fera fumer, et ainsi il pourra savoir que du poison a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9.<br \/><br \/> \u2014 Hildegarde de Bingen, <em>Livre de la subtilit\u00e9 des cr\u00e9atures divines, <\/em>circa 1160.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbeefc\">Et je vis&nbsp;un homme qui se d\u00e9pla\u00e7ait tout en entier avec les quatre fl\u00e9aux de la terre. Et dans sa cuisse gauche, apparut une licorne qui, l\u00e9chant ses genoux, disait&nbsp;: \u201c&nbsp;Ce qui a \u00e9t\u00e9 fait sera d\u00e9truit, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait sera construit\u201d.<br \/><br \/>\u2014 Hildegarde de Bingen, <em>Le Livre des m\u00e9rites de la vie, <\/em>circa 1170.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2eae5\">Une beste est, \u00e7o n&#8217;est pas fable,<br \/>Qui auques est a boc sanblable<br \/>Cele beste aime pastre en mont.<br \/>Une corne a en mi le front.<br \/>Por ce que ele n&#8217;a que .j. corne<br \/>Est apel\u00e9e unicorne.<br \/>Tant se set la beste desfandre<br \/>Que venerres ne la puet prandre.<br \/>Fors est et de grant ardement.<br \/>Il la prenent per argument:<br \/>L&#8217;on quiert une juine pucele,<br \/>Bien atorn\u00e9e, jovene et bele;<br \/>El desert la fait l&#8217;on aler<br \/>Lai ou la beste sot ester.<br \/>Soule remaint, chascuns s&#8217;e part;<br \/>Et la beste vient cele part.<br \/>Quant la pucele voit si coie<br \/>Sachiez que mult li fait grant joie:<br \/>A la pucele vient devant,<br \/>Si se couche en son devant.<br \/>La pucele l&#8217;enbrace et tient.<br \/>Li venerres cele part vient;<br \/>Quant la beste voit endormie,<br \/>Tant tost la prent et si la lie<br \/>Et puis l&#8217;a au roi present\u00e9e;<br \/>En son palais li est port\u00e9e.<br \/>Li psalmistes ou sautie dist,<br \/>Quant il parla de Jhesu Christ:<br \/>&#8220;Mes cors sera autories,<br \/>Cum unicorne exauciez.&#8221;<br \/>Extendre poez per la beste<br \/>Que .j. soul cor a en la teste<br \/>Crist qui dist au pueble commun:<br \/>&#8220;Je et mes peres sume un.&#8221;<br \/>D\u00e9s est chi\u00e9s et Jhesu est cors<br \/>Que d&#8217;enfer bota ses genz fors.<br \/>Ains rien ne li puet contrester<br \/>Ne riens ne le puet arester.<br \/>La pucele nos senefie<br \/>L&#8217;especiaul Virge Marie<br \/>En cui Dex prist humanit\u00e9;<br \/>En sa char fu pechi\u00e9 dampn\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Bestiaire de Gervaise, circa 1200<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdffc9\">Bi this wildernesse wende ure Laverdes folc, as Exode teleth, toward te eadi lond of Jerusalem, thet he ham hefde bihaten. Ant ye, mine leove sustren, wendeth bi the ilke wei toward te hehe Jerusalem, the kinedom thet he haveth bihaten his icorene. Gath, thah, ful warliche, for i this wildernesse beoth uvele beastes monie: liun of prude, neddre of attri onde, unicorne of wreaththe, beore of dead slawthe, vox of yisceunge, suhe of yivernesse, scorpiun with the teil of stinginde leccherie &#8211; thet is, galnesse. Her beoth nu o rawe itald the seoven heaved sunnen:<br \/><br \/>The Unicorne of wreaththe, the bereth on his nease the thorn thet he asneaseth with al thet he areacheth, haveth six hwelpes. The earste is chast other strif. The other is wodschipe. Bihald te ehnen ant te neb hwen wod wreaththe is imunt. Bihald hire contenemenz, loke on hire lates, hercne hu the muth geath, ant tu maht demen hire wel ut of hire witte. The thridde is schentful up-brud. The feorthe is wariunge. The fifte is dunt. The seste is wil thet him uvel tidde, other on him- seolf, other on his freond, other on his ahte. The seovethe hwelp is, don for wreaththe mis, other leaven wel to don, forgan mete other drunch, wreoken hire with teares yef ha elles ne mei, ant with weariunges hire heaved spillen o grome, other on other wise hearmin hire i sawle ant i bodi bathe. Theos is homicide ant morthre of hire-seolven.<br \/><br \/>\u2014 <em>Ancrene Visse<\/em>, IV, 203-206 &amp; 283-293, circa 1200.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efefef\">Or vos diron de l&#8217;unicorne:<br \/>Beste est qui n&#8217;a fors une corne,<br \/>Enz el meleu de front posee.<br \/>Iceste beste est si osee,<br \/>Si conbatant et si hardie,<br \/>A l&#8217;olifant porte envaie,<br \/>La plus egre beste del mont,<br \/>De totes celes qui i sont.<br \/>Tant a le pie dur et trenchant,<br \/>Bien se conbat o l&#8217;olifant,<br \/>Et l&#8217;ongle del pie si agu,<br \/>Que riens n&#8217;en peut estre feru,<br \/>Qu&#8217;ele nel perce ou qu&#8217;ele nel fende.<br \/>N&#8217;a pas poor que se deffende<br \/>L&#8217;olifant, quant ele requiert;<br \/>Quer desoz le ventre le fiert,<br \/>Del pie trenchant cum alemele,<br \/>Si forment, que tot l&#8217;esboele.<br \/><br \/>Ceste beste est de tel vigor<br \/>Qu&#8217;ele ne crient nul veneor.<br \/>Cil qui la veulent essaier<br \/>Prendre par engin, et lier,<br \/>Quant ele est en deduit alee,<br \/>Ou en monteigne, ou en valee,<br \/>Quant il ont trove son convers<br \/>Et tres bien assigne son mers,<br \/>Si vont por une dameiselle,<br \/>Qu&#8217;il sevent qui seit pucelle;<br \/>Puis la font seier et atendre<br \/>Au recet, por la beste prendre.<br \/>Quant l&#8217;unicorne est venue,<br \/>Et a la pucelle veue,<br \/>Dreit a le vient demaintenant,<br \/>Si se chouche en son devant;<br \/>Adonc sallent cil qui l&#8217;espient;<br \/>Ileques la prennent et lient,<br \/>Puis la meinent devant le rei,<br \/>Trestot a force ou a desrei.<br \/><br \/>Iceste mervellose beste,<br \/>Qui une corne a en la teste,<br \/>Senefie nostre Seignor<br \/>Jhesu-Crist, nostre Sauveor.<br \/>C&#8217;est l&#8217;unicorne esperitel,<br \/>Qui en la Virge prist ostel,<br \/>Qui est tant de grant dignite;<br \/>En ceste prist humanite,<br \/>Par quei au munde s&#8217;aparut;<br \/>Son pueple mie nel quenut.<br \/>Des Jeves einceis l&#8217;espierent,<br \/>Tant qu&#8217;il le pristrent et lierent;<br \/>Devant Pilatre le menerent,<br \/>Et ilec a mort le dampnerent.<br \/><br \/>Icele beste veirement<br \/>N&#8217;a qu&#8217;une corne seulement,<br \/>Senefie sollenpnite,<br \/>Si cum Dex dist por verite,<br \/>En l&#8217;Evangile aperte et clere:<br \/>&#8220;Nos sommes un deu et un pere.&#8221;<br \/>Et le boen prestre Zacarie,<br \/>Einz que Dex nasquist de Marie,<br \/>Dist que en la meson Davi,<br \/>Son boen effant, son boen norri,<br \/>Drecereit damledeu son cors.<br \/>Et Dex dist meismes uncors,<br \/>Par Davi, qui si crie et corne:<br \/>&#8220;Si cum li corn de l&#8217;unicorne,<br \/>Sera le mien cors essaucie&#8221;.<br \/>Si cum Dex l&#8217;out covenancie,<br \/>Fu cele parole aemplie,<br \/>Si comme dist la prophecie,<br \/>Quant Jhesu-Crist fut corone<br \/>Et en la neire croiz pene.<br \/><br \/>La grant egrece senefie,<br \/>Donc ceste beste est aemplie,<br \/>Ce qu&#8217;onques ne porent saveir<br \/>Les portes de ciel, por veir,<br \/>Trone, ne dominacion,<br \/>L&#8217;ore de l&#8217;incarnacion:<br \/>Onques n&#8217;en sout veie ne sente<br \/>Le deable, qui grant entente<br \/>Mist a saveir, moult soutilla,<br \/>Onc ne sout comment ce ala.<br \/><br \/>Moult fist Dex grant humilite<br \/>Quant por nos prist humanite;<br \/>Issi com il meismes dit,<br \/>Et en l&#8217;Evangile est escrit:<br \/>&#8220;De mei, ce dist Dex, apernez,<br \/>Que entre vos ici veez,<br \/>Comme je sui simplex et douz,<br \/>Humble de cuer, non pas estouz.&#8221;<br \/><br \/>Sol por la volente del pere<br \/>Passa Dex par la Virge mere,<br \/>Et la parole fu char fete,<br \/>Que virginite n&#8217;i out frete;<br \/>Et habita o nos meismes<br \/>Si que sa grant gloire veimes,<br \/>Comme verai Dex engendre,<br \/>Plein de grace et de verite.<br \/><br \/>\u2014 Guillaume le Clerc de Normandie, <em>Bestiaire divin, <\/em>circa 1210<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0effa\">Ein tier heizt mon\u00eecirus&nbsp;:<br \/>daz erkennt der meide rein s\u00f4 gr\u00f4z<br \/>daz ez slaefet \u00fbf der meide sch\u00f4z.<br \/><br \/>\u2014 Wolfram von Eschenbach, <em>Parzival, <\/em>circa 1210<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8ffdf\">Il est une b\u00eate appel\u00e9e licorne, unicornis, que les Grecs appellent Rhinoc\u00e9ros. C&#8217;est une b\u00eate de petite taille qui ressemble \u00e0 un chevreau et qui est particuli\u00e8rement sauvage. Elle poss\u00e8de au milieu de la t\u00eate une corne et aucun chasseur ne peut s&#8217;emparer d&#8217;elle si ce n&#8217;est par le stratag\u00e8me suivant: le chasseur conduit une jeune fille vierge dans la for\u00eat, l\u00e0 o\u00f9 vit la licorne, et l&#8217;y laisse seule. D\u00e8s que la licorne voit la pucelle, de bondir vers elle et de se blottir contre son sein. C&#8217;est ainsi que l&#8217;on capture la licorne. Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ est une licorne c\u00e9leste dont on a dit: \u201cIl a \u00e9t\u00e9 ch\u00e9ri comme le fils des licornes.\u201d Et dans un autre psaume: \u201cMa corne sera \u00e9lev\u00e9e comme celle de la licorne.\u201d Et Zacharie de dire: \u201cPour nous, il a \u00e9lev\u00e9 une corne de salut dans la maison de David.\u201d Le fait que la licorne ne poss\u00e8de qu&#8217;une seule corne au milieu du front illustre la parole du Christ: \u201cMon P\u00e8re et moi ne sommes qu&#8217;Un.\u201d La grande sauvagerie de la b\u00eate signifie que rien, ni les pouvoirs, ni les tr\u00f4nes, ni les souverainet\u00e9s, ni l&#8217;Enfer, ne purent saisir le pouvoir de Dieu. Pas m\u00eame le Diable, pourtant si ing\u00e9nieux, ne parvint \u00e0 d\u00e9couvrir le lieu et l&#8217;heure de son incarnation; c&#8217;est par la seule volont\u00e9 du P\u00e8re qu&#8217;il descendit dans le sein de sa m\u00e8re pour notre salut \u00e0 tous. Le fait que la licorne soit petite signifie que le Christ s&#8217;est humili\u00e9 pour nous par son incarnation, et lui m\u00eame de nous dire: \u201cApprenez de moi que je suis doux et humble de c\u0153ur.\u201d La licorne ressemble \u00e0 un chevreau parce que notre Sauveur lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 fait semblable \u00e0 notre chair de p\u00e9ch\u00e9, et par le p\u00e9ch\u00e9 il a condamn\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9. La licorne, lorsqu&#8217;elle rencontre des \u00e9l\u00e9phants, engage souvent la lutte et abat son ennemi en le frappant au ventre.<br \/><br \/>\u2014 Bestiaire Ashmole 1511, d\u00e9but XIIIe si\u00e8cle, trad. P. Lebaud<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f0f0\">ein tier heizet mon\u00eecirus:<br \/>daz erkennet der meide reine s\u00f4 gr\u00f4z<br \/>daz ez slaefet \u00fbf der meide sch\u00f4z.<br \/>wir gewunnen des tieres herzen<br \/>\u00fcber des k\u00fcneges smerzen.<br \/>wir n\u00e2men den karfunkelstein<br \/>\u00fbf des selben tieres hirnbein,<br \/>Der d\u00e2 wehset under s\u00eeme horn.<br \/>wir bestrichen die wunden vorn,<br \/>und besouften den stein drinne gar:<br \/>diu wunde was et l\u00fcppec var.<br \/>daz tet uns mit dem k\u00fcnege w\u00ea.<br \/>[\u2026]<br \/>der triuwe ein mon\u00eezirus,<br \/>s\u00eet ich die w\u00e2rheit sprechen kan,<br \/>sus was m\u00een erw\u00fcnschet man.<br \/>daz tier die meide solten clagen:<br \/>ez wirt durch reinekeit erslagen.<br \/>ich was s\u00een herze, er was m\u00een l\u00eep:<br \/>den vl\u00f4s ich vl\u00fcstebaerez w\u00eep.<br \/><br \/>\u2014 Wolfram von Eschenbach, <em>Parzival<\/em>, <em>d\u00e9but du XIIIe si\u00e8cle<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7dad2\"><em>Amor trahit teneros molliori nexu<br \/>rigidos et asperos duro frangit flexu<br \/>capitur rhinoceros virginis amplexu<\/em><br \/><br \/><em>Amoris solamine virgino cum virgine;<br \/>aro non in semine, pecco sine crimine.<\/em><br \/><br \/>\u2014 Carmina Burana, chant 88, <em>Amoris solamine<\/em>, circa 1230<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eedddd\"><em>Cum Fortuna voluit &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; me vivere beatum,<\/em><br \/><em>forma, bonis moribus&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; fecit bene gratum<\/em><br \/><em>et in altis sedibus &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; sedere laureatum.<\/em><br \/><br \/><em>Modo flos preteriit &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; me\u00e6 iuventutis,<\/em><br \/><em>in se trahit omnia &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; tempus senectutis;<\/em><br \/><em>inde sum in gratia &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; novissim\u00e6 salutis.<\/em><br \/><br \/><em>Rhinoceros virginibus &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; se solet exhibere;<\/em><br \/><em>sed cuius est virginitas &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; intemerata vere,<\/em><br \/><em>suo potest gremio &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  hunc sola retinere.<\/em><br \/><br \/><em>Igitur que iuveni &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; virgo sociatur<\/em><br \/><em>et me senem spreverit, &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; iure defraudatur,<\/em><br \/><em>ut ab hac rhinoceros &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; se capi patiatur. <\/em><br \/><br \/><em>In tritura virginum &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; debetur seniori<\/em><br \/><em>pro mercede palea, &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; frumentum iuniori<\/em><br \/><em>inde senex aream &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; relinquo successori.<\/em><br \/><br \/>\u2014 Carmina Burana, chant 93, <em>Cum Fortuna voluit<\/em>, circa 1230<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cfffda\">D\u2019autres animaux \u00e0 une seule corne, que les Grecs appellent rhinoc\u00e9ros, portent au milieu du front cette corne tr\u00e8s forte et longue de quatre pieds. Cette arme leur suffit pour \u00e9ventrer un animal quelconque; ils en percent m\u00eame un \u00e9l\u00e9phant en le frappant aussi dans le ventre, et apr\u00e8s l\u2019avoir renvers\u00e9, ils le tuent.<br \/>Lorsqu\u2019ils sont saisis par les chasseurs, ces animaux remplis d\u2019orgueil meurent uniquement de col\u00e8re. Il n\u2019y a pas de chasseurs, si forts qu\u2019ils soient, qui puissent s\u2019en rendre ma\u00eetres. Pour y parvenir, ils pr\u00e9sentent \u00e0 leurs regards une jeune fille belle et bien par\u00e9e; celle-ci ouvre son sein, et aussit\u00f4t oubliant toute sa f\u00e9rocit\u00e9, l\u2019animal vient se reposer sur le sein de la vierge, et est pris alors dans un \u00e9tat d\u2019assoupissement.<br \/>Le monoc\u00e9ros ou licorne (unicornis) est une autre b\u00eate, esp\u00e8ce de monstre horrible, qui a un affreux mugissement, la t\u00eate \u00e0 peu pr\u00e8s semblable \u00e0 celle d\u2019un cerf, le corps d\u2019un cheval, la queue du porc et les pieds de l\u2019\u00e9l\u00e9phant; il est arm\u00e9 au milieu du front d\u2019une corne tr\u00e8s pointue; pris, on peut bien le mettre \u00e0 mort, mais il n\u2019y a aucun moyen connu de le dompter.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Jacques de Vitry, <em>Histoire des Croisades (Historia Orientalis seu Hierosolymitana<\/em>), in Fran\u00e7ois Guizot, Collection des m\u00e9moires relatifs \u00e0 l\u2019histoire de France, 1825.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d8effa\">La licorne a diverses natures: elle a un corps de cheval, une t\u00eate de cerf, des pieds d&#8217;\u00e9l\u00e9phant, une queue de porc. Ainsi le Christ a plusieurs natures: la nature divine et la nature humaine. La licorne a la couleur du buis. Le buis est un arbre qui pousse au d\u00e9sert et ne porte pas de fruit, il est andro\u00adgyne, par-l\u00e0, il repr\u00e9sente le Christ, plant\u00e9 dans le d\u00e9sert, qui, tout en \u00e9tant exempt du p\u00e9ch\u00e9, prend les apparences du p\u00e9ch\u00e9. De plus, la licorne ne se sai\u00adsit pas par la violence, on envoie une vierge pour la capturer, et lorsque la b\u00eate la voit, elle va \u00e0 sa rencontre, se couche en son sein, et se laisse emmener. C&#8217;est ainsi que le Christ n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 pris enti\u00e8rement par la nature humaine, mais la Vierge l&#8217;a pris en son sein. La Licorne d\u00e9teste l&#8217;\u00e9l\u00e9phant, or l&#8217;\u00e9l\u00e9phant repr\u00e9\u00adsente le diable que le Christ r\u00e9prouve. Quand l&#8217;\u00e9l\u00e9phant combattant avec la licorne tombe \u00e0 terre, il ne peut plus se relever, parce qu&#8217;il n&#8217;a pas de jointure aux genoux, aussi il se plaint am\u00e8rement. Alors la licorne, qui est noble, le rel\u00e8ve. Ainsi Dieu rel\u00e8ve \u00e0 lui ceux qui tombent dans le p\u00e9ch\u00e9 quand ils l&#8217;appellent.<br \/><br \/>\u2014 Sermon d&#8217;Eudes de Chateauroux, circa 1230, Trad. M.M. Davy.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9ffdd\">Tout b\u00eate qui a des cornes a les pieds fendus, except\u00e9 la licorne, qui a une corne au front et qui a le sabot entier comme celui d&#8217;un cheval. Et toutes les b\u00eates cornues ont les cornes vides \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, except\u00e9 le cerf et la licorne.<br \/><br \/>\u2014 Barth\u00e9l\u00e9my l&#8217;Anglais, <em>Livre des propri\u00e9t\u00e9s des choses<\/em>, circa 1240.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4eadb\">Il existe une b\u00eate appel\u00e9e en grec monoc\u00e9ros c&#8217;est-\u00e0-dire en latin unicornis. Physiologue dit que la nature de la licorne est telle qu&#8217;elle est de petite taille et qu&#8217;elle ressemble \u00e0 un chevreau. Elle poss\u00e8de une corne au milieu de la t\u00eate, et elle est si f\u00e9roce qu&#8217;aucun homme ne peut s&#8217;emparer d&#8217;elle, si ce n&#8217;est de la mani\u00e8re que je vais vous dire: les chasseurs conduisent une jeune fille vierge \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 demeure la licorne et ils la laissent assise sur un si\u00e8ge, seule dans le bois. Aussit\u00f4t que la licorne voit la jeune fille, elle vient s&#8217;endormir sur ses genoux. C&#8217;est de cette mani\u00e8re que les chasseurs peuvent s&#8217;emparer d&#8217;elle et la conduire dans les palais des rois.<br \/>De la m\u00eame mani\u00e8re Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ, licorne c\u00e9leste, descendit dans le sein de la Vierge, et \u00e0 cause de cette chair qu\u2019il avait rev\u00eatue pour nous. Il fut pris par les juifs et conduit devant Pilate, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 H\u00e9rode et puis crucifi\u00e9 sur la Sainte Croix, lui qui auparavant se trouvait aupr\u00e8s de son P\u00e8re, invisible \u00e0 nos yeux. Voila pourquoi il dit lui-m\u00eame dans les Psaumes: \u201cMa corne sera \u00e9lev\u00e9e comme celle de l\u2019unicorne\u201d. On a dit ici que la licorne poss\u00e8de une seule corne au milieu du front: c\u2019est l\u00e0 le symbole de ce que le Sauveur a dit: \u201cMon P\u00e8re et moi, nous sommes un: Dieu est le chef du Christ.\u201d Le fait que la b\u00eate est cruelle signifie que ni les Puissances, ni les Dominations, ni l\u2019Enfer ne peuvent comprendre la puissance de Dieu. Si l\u2019on a dit ici que la licorne est petite, il faut comprendre que J\u00e9sus Christ s\u2019humilia pour nous par l\u2019incarnation; \u00e0 ce propos, il a dit lui m\u00eame: \u201cApprenez de moi que je suis doux et humble de c\u0153ur\u201d, et David dit que celui qui accomplira les bonnes \u0153uvres, il sera conduit au palais royal, c\u2019est \u00e0 dire au Paradis.<br \/><br \/>\u2014 <em>Bestiaire de Pierre de Beauvais<\/em>, circa 1240, trad. G. Bianciotto<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d4eaff\">On appelle monoceros un animal qui est compos\u00e9 de plusieurs \u00e9l\u00e9ments; un rugissement monstrueux, un corps de cheval, des pieds d&#8217;\u00e9l\u00e9phants, une queue de cochon; une t\u00eate de cert, portant au milieu du front une corne d&#8217;une beaut\u00e9 merveilleuse et admirable, longue de quatre pieds et ac\u00e9r\u00e9e \u00e0 tel point qu&#8217;elle transperce d&#8217;un coup facile tout ce qu&#8217;elle frappe. Mais elle peut \u00e0 peine, voire jamais, \u00eatre apprivois\u00e9e, et elle peut \u00e0 peine vivre sous domination humaine car, se voyant vaincue, elle se tue elle-m\u00eame de fureur.<br \/>La licorne est une cr\u00e9ature de taille moyenne au regard de sa force, de la couleur du buis et dot\u00e9e de deux sabots fendus. Elle vit dans les montagnes et les d\u00e9serts, et porte une tr\u00e8s longue corne sur son front qu&#8217;elle lime sur les rocherst, et avec celle-ci elle peut m\u00eame transpercer un \u00e9l\u00e9phant et ne craint pas le chasseur. Pomp\u00e9e pr\u00e9senta cet animal lors d&#8217;un spectacle \u00e0 Rome.<br \/><br \/>\u2014 Albert le Grand, <em>De Animalibus, <\/em>XIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaf2ed\">Ausi conme unicorne sui &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br \/>Qui s\u2019esbahit en regardant <br \/>Quant la pucele va mirant<br \/>Tant est liee de son ennui, <br \/>Pasmee chiet en son giron;<br \/>Lors l\u2019ocit on en tra\u00efson.<br \/>Et moi ont mort d&#8217;autel senblant<br \/>Amors et ma dame, pour voir;<br \/>Mon cuer ont, n\u2019en puis point ravoir.<br \/><br \/>\u2014 Thibaut de Champagne, roi de Navarre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7e1da\">Il est un animal qu\u2019on appelle licorne (monoceros). Il vit pr\u00e8s d\u2019un grand lac. Juste avant que les animaux ne s\u2019y rassemblent, un serpent est venu et a d\u00e9vers\u00e9 son venin dans les eaux du lac. Les animaux qui voient le poison ne se risquent pas \u00e0 boire, mais attendent la licorne&nbsp;. Elle arrive, entre dans le lac et fait le signe de croix avec sa corne, \u00e9liminant ainsi&nbsp; tout le pouvoir du poison. <br \/>Cet animal a une deuxi\u00e8me nature. Il aime la gaiet\u00e9. Que font les chasseurs qui veulent le capturer&nbsp;? Ils apportent des tambours, des trompettes, des cordes et tous les instruments de musique qu\u2019ils trouvent. Ils s\u2019approchent de l\u2019animal en jouant de la trompette et des autres instruments, en chantant et en dansant gaiement. Ils placent une jeune femme devant un arbre pr\u00e8s de la licorne, bien habill\u00e9e, et lui donnent une corne qui est attach\u00e9e \u00e0 l\u2019arbre. Entendant le bruit et les chants, la licorne s\u2019approche, regarde, \u00e9coute mais n\u2019ose d\u2019abord pas s\u2019approcher. Puis, voyant la jeune fille seule, elle vient pr\u00e8s d\u2019elle et se frotte contre ses genoux. La jeune femme la caresse, et la licorne s\u2019endort. Elle attache alors la corde \u00e0 sa corne. Quand la licorne se r\u00e9veille, elle ne peut plus s\u2019\u00e9chapper, tenue par la corde. De d\u00e9sespoir, elle laisse tomber sa corne et s\u2019enfuit. Les chasseurs prennent alors la corne, qui est un excellent rem\u00e8de contre le poison des serpents.<br \/><br \/>\u2014 Biblioth\u00e8que nationale, ms grec 1140, traduit d\u2019apr\u00e8s la version allemande de J.W. Einhorn, in <em>Spiritalis Unicornis.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9cde4\">Par le flairier meisme fui-je pris come li Unicornes qui s&#8217;endort au douc flair de la pucele.<br \/>Car tieus est la nature del Unicorne qu&#8217;il n&#8217;est nule beste si crueuse \u00e0 prendre; et a une corne en la narine que nule armeure ne le puet contretenir, si que nus ne li ose corre sus ne attendre, fors virge pucele. Car quant il en sent une au flair, il s&#8217;agenolle devant li et si s&#8217;umelie docement aussi come por servir. Si que li sage veneor qui sevent la mani\u00e8re de sa nature metent une pucele en son trespas et il s&#8217;endort en son giron. Et lors quant il est endormis, si vienent li veneor; qui en veillant ne l&#8217;osent prendre, si l&#8217;ocient.<br \/>En tel maniere s&#8217;est amors vengi\u00e9 de moi. Car j&#8217;avoie est\u00e9 li plus orgueilleus vers amors qui fust de mon aage, et me somblout que je onques n&#8217;avoie veue feme que je vousisse mie avoir del tot \u00e0 ma volent\u00e9, par si que je l&#8217;amasse aussi tr\u00e8s durement comme je ooie dire c&#8217;on amoit. Et amors qui est sages veneres me mist en mon chemin une sage pucele \u00e0 qui doceur je me sui endormis, et mers d&#8217;itel mort come \u00e0 amor apertient. C&#8217;est desesperance sanz atente de merci.<br \/>Por ce di-jou que jou fui pris au flairier et encore m&#8217;aelle adi\u00e8s tenu au flairier. Et ai ma volont\u00e9 lessie por la siue \u00e0 porsivir.<br \/><br \/>\u2014 Richard de Fournival, <em>Bestiaire d&#8217;amou<\/em>r, circa 1245<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3e2cd\">Et de l&#8217;endormir d&#8217;amors vienent tout li peril. Car a tous les endormis suit la Mors, et a l&#8217;unicorne ki s&#8217;endort a la pucele et a l&#8217;homme ki s&#8217;endort a la seraine.<br \/><br \/>\u2014 Richard de Fournival, <em>Bestiaire d&#8217;amou<\/em>r, circa 1245<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7fae1\">Et si quic bien que contre li se pue-on pau garder: Nient plus come on fait del Unicorne, dont jou ai enten dut de vous que \u00e0 li ne se puet contrester haubers ne escus, fors tant que prisse est, par la decevance, \u00e0 la vraie Virge.<br \/>Par ma foi! de ceste Unicorne me douteroie-je molt: car je sai bien que si trenchans chose n&#8217;est come beaus parlers. Car \u00e0 droit parler, nule chose ne puet si tost un dur cuer percier, come douce parole et bien assise!<br \/><br \/>\u2014 La R\u00e9ponse de la dame<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fef3cf\">De l\u2019endormissement d\u2019amour viennent tous les p\u00e9rils, car pour tous ceux qui s\u2019endorment s\u2019ensuit la mort, aussi bien pour la licorne qui s\u2019endort aupr\u00e8s de la jeune fille, que pour l\u2019homme qui s\u2019endort aupr\u00e8s de la sir\u00e8ne.<br \/><br \/>\u2014 Richard de Fournival, <em>Bestiaire d&#8217;amou<\/em>r, circa 1245. Trad. Gabriel Banciotto.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6f4ff\">L&#8217;un cost\u00e9 avoit taint aussi comme arrement,<br \/>Et l&#8217;autre resembloit coton , tant estoit blanc;<br \/>Une petite corne avoit u front devant.<br \/>Le cheval Cornuet l&#8217;apeloient la gent.<br \/><br \/>\u2014 Chanson de Gaufrey, XIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ecfff3\">Une bieste i a de biau cors <br \/>Con apiele mononcheros ; <br \/>Cors de cheval, pies d&#8217;olifant<br \/>Tieste de cerf, vois cl\u00e8re et grant.<br \/>Keues hautes com truies ont<br \/>Et une corne enmi le front <br \/>Qui de longour a iiij pies, <br \/>Droite, ague comme espi\u00e9s <br \/>Quanque qu&#8217;ele ataint devant li <br \/>Desront et d\u00e9pi\u00e8ce par mi; <br \/>S&#8217;ele brise par nul engaing<br \/>Si se lait morir par desdaing:<br \/>Mais ele ne puet estre prise <br \/>Fors par une virg\u00e8ne adevise, <br \/>Bien par\u00e9e, c&#8217;on li descuevre <br \/>Et cele son geron li evre; <br \/>Lors s&#8217;en vient la bieste tantost <br \/>Viers la puc\u00e8le et si s&#8217;endort<br \/>En son geron molt simplement, <br \/>Et lors la prent en en dormant.<br \/><br \/>\u2014 Gautier de Metz, <em>L&#8217;image du monde, <\/em>circa 1245<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fce4ca\">Au milieu du front, ai-je lu, elle porte une corne qui semble de verre!, longue de quatre pieds. On ne peut pas s&#8217;en prot\u00e9ger ni s&#8217;en approcher avec une arme; cet animal est si mauvais, si fort, si furieux et fier, et si intr\u00e9pide que personne, sinon une vierge pure, ne peut le capturer. Mais s&#8217;il s&#8217;av\u00e8re qu&#8217;elle est femme alors qu&#8217;elle s&#8217;est dite vierge, l&#8217;animal ne lui permet pas de fuir et fait preuve d&#8217;une grande col\u00e8re: il la transperce de sa corne et se venge du mensonge qu&#8217;elle a prof\u00e9r\u00e9 sur son propre compte.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Rudolf von Ems, <em>Chronique universelle, <\/em>circa 1250.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5e5e5\">Unicornis animal est parvum quidem, ut dicit Ysidorus, secundum fortitudinem corporis. Brevia etiam crura habet secundum suam magnitudinem. Acerrimum nimis est, ita ut a nullo venatore vi valeat comprehendi. Huic color buxeus. Cornu in media fronte habet quatuor pedum, a quo nec ipse elephas tutus est corporis sui magnitudine. Hoc cornu ad saxa limat in pugna. Nam sepe cum illo certamen habens in ventre vulneratum prosternit.<br \/>Ut dicit liber Kyrannidarum, cornu illud demones eicit.&nbsp;Perforatur enim, et sic sono et presentia cornu fugatur demon.<br \/>Ferrum non timet. Manet in montibus excelsis et in solitudinibus vastissimis commoratur. Iacobus et Ysidorus: Sed hoc argumento capitur: Puella virgo in silva proponitur solaque relinquitur. Qui adveniens omni ferocitate deposita casti corporis pudicitiam in virgine veneratur caputque suum in sinu puelle aperientis imponit sicque soporatus inermis deprehenditur a venatoribus, occiditurque vel in regali palatio ad spectaculum exhibetur. Hoc animal primo, ut Plinius dicit, magnus Pompeius ad spectaculum Rome exhibuit. Hoc crudele animal Christum significat, qui ante incarnationem seviebat in celo puniendo angelos propter superbiam, in terra homines propter inobedientiam sicut Adam et propter luxuriam sicut Sodomitas, propter crapulam sicut filios Israel. Huic nullo contradicere audente clamat Ysaias: <em>Non est,<\/em> inquit, <em>qui consurgat et teneat te.<\/em> Hunc virgo in deserto mundi quasi cepit, dum gloriose virginis Marie incomparabili pulchritudine castitatis illectus dei filius quasi sinum eius uterum introivit atque per eam humanatus corpus accepit, in quo a Iudeis quasi crudelissimis venatoribus comprehensus occiditur, indeque resurgens et ascendens ad celos in celestis regni palatium ad patris dexteram collocatur.<br \/><br \/>\u2014 Thomas de Cantimpr\u00e9, <em>De natura rerum, <\/em>circa 1250.<br \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fafee0\">Voici ce qui est indiqu\u00e9 clairement dans le <em>De natura rerum<\/em>: la licorne est un animal tr\u00e8s f\u00e9roce qui erre dans le d\u00e9sert, \u00e0 la recherche d&#8217;hommes et d&#8217;animaux pour les tuer; mais on lais\u00adse \u00e0 sa port\u00e9e une jeune fille vierge. La licorne, s&#8217;approchant alors, d\u00e9pose toute f\u00e9rocit\u00e9, respectant dans cette vierge la pudeur d&#8217;un corps chaste et posant sa t\u00eate sur son sein s&#8217;y endort. Lorsque cette vierge a saisi dans ses mains cette corne (et nous en avons vu une sept pieds de long dans une \u00e9glise de Bruges) elle rend l&#8217;animal souple et mod\u00e9r\u00e9 dans ses passions, si bien que, selon les cas, on le prend et on le tue ou bien on s&#8217;en empare pour le montrer en spectacle.<br \/>Quel sens pouvons-nous d\u00e9couvrir dans la licorne cet animal f\u00e9roce, si ce n&#8217;est le Christ dont la puissance est sans pareille? <br \/>[\u2026]<br \/>Mais dans le d\u00e9sert du monde, la plus belle de toutes les femmes, la Vierge sortie de la souche de Jess\u00e9, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par le Fils de Dieu, par l&#8217;interm\u00e9diaire de l&#8217;ange messager d&#8217;honneur.<br \/>[\u2026]C&#8217;est pourquoi notre licorne, J\u00e9sus, ne s\u00e9vit plus maintenant comme elle s\u00e9vissait autrefois et pourtant les p\u00e9cheurs d&#8217;au\u00adjourd&#8217;hui sont plus coupables que par le pass\u00e9, puisque la V\u00e9ri\u00adt\u00e9 salutaire est mieux connue et le stimulant du p\u00e9ch\u00e9 diminu\u00e9 dans le p\u00e9cheur par la gr\u00e2ce de sa mort. Mais notre Vierge, usant de son droit maternel et du patronage qui lui est confi\u00e9 surveille cette corne \u00e0 la puissance sans pareille, si bien que J\u00e9sus montre de la longanimit\u00e9 et de la patience \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de tous les impies et les p\u00e9cheurs, au lieu de frapper aussit\u00f4t les d\u00e9linquants dans leur crime m\u00eame comme autrefois.<br \/><br \/>\u2014 Thomas de Cantimpr\u00e9, <em>Bonum universale de Apibus<\/em>, circa 1260<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2e7eb\">Il y avait un homme, nomm\u00e9 Barlaam, qui vivait dans le d\u00e9sert pr\u00e8s de Senaah et pr\u00eachait souvent contre les plaisirs illusoires du monde. Ceux, disaient-ils, qui convoitent les d\u00e9lectations corporelles et qui laissent mourir leur \u00e2me de faim ressemblent \u00e0 un homme qui s&#8217;enfuirait au plus vite devant une licorne qui va le d\u00e9vorer, et qui tombe dans un ab\u00eeme profond. Or, en tombant, il a saisi avec les mains un arbrisseau et il a pos\u00e9 les pieds sur un endroit glissant et friable&nbsp;; il voit deux rats, l&#8217;un blanc et l&#8217;autre noir, occup\u00e9s \u00e0 ronger sans cesse la racine de l&#8217;arbuste qu&#8217;il a saisi, et bient\u00f4t ils l&#8217;auront coup\u00e9e. Au fond du gouffre, il aper\u00e7oit un dragon terrible vomissant des flammes et ouvrant la gueule pour le d\u00e9vorer&nbsp;; sur la place o\u00f9 il a mis les pieds, il distingue quatre aspics qui montrent la t\u00eate. Mais en levant les yeux, il voit un peu de miel qui coule des branches de cet arbuste&nbsp;; alors il oublie le danger auquel il se trouve expos\u00e9, et se livre tout entier au plaisir de go\u00fbter un peu de ce miel. La licorne est la figure de la mort, qui poursuit l&#8217;homme sans cesse et qui aspire \u00e0 le prendre&nbsp;; l&#8217;ab\u00eeme c&#8217;est le monde avec tous ses maux. L&#8217;arbuste, c&#8217;est la vie de chacun, qui est rong\u00e9e sans cesse par toutes les heures du jour et de la nuit, comme par un rat blanc et un rat noir, et qui va \u00eatre coup\u00e9e. La place o\u00f9 sont les quatre aspics, c&#8217;est le corps compos\u00e9 de quatre \u00e9l\u00e9ments, dont les d\u00e9sordres am\u00e8nent la dissolution de ce corps. Le dragon terrible est la gueule de l&#8217;enfer, qui convoite de d\u00e9vorer tous les hommes. Le miel du rameau, c&#8217;est le plaisir trompeur du monde, par lequel l&#8217;homme se laisse s\u00e9duire, et qui lui cache absolument le p\u00e9ril qui l&#8217;environne.<br \/><br \/>\u2014 Jacques de Voragine, <em>La l\u00e9gende dor\u00e9e, <\/em>circa 1265<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0e1e1\">La licorne est une b\u00eate redoutable, dont le corps ressemble un peu \u00e0 celui d&#8217;un cheval; mais elle a le pied de l&#8217;\u00e9l\u00e9phant et une queue de cerf, et sa voix est tout \u00e0 fait \u00e9pouvantable. Au milieu de sa t\u00eate se trouve une corne unique, extraordinairement \u00e9tincelante, et qui a bien quatre pieds de long, mais elle est si r\u00e9sistante et si ac\u00e9r\u00e9e qu&#8217;elle transperce sans peine tout ce qu&#8217;elle frappe. Et sachez que la licorne est si cruelle et si redoutable que personne ne peut l&#8217;atteindre ou la capturer \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;un pi\u00e8ge, quel qu&#8217;il soit: il est bien possible de la tuer, mais on ne peut la capturer vivante. Cependant, les chasseurs envoient une jeune fille vierge dans un lieu que fr\u00e9quente la licorne, car telle est sa nature: elle se dirige tout droit vers la jeune vierge en abandonnant tout orgueil, et elle s&#8217;endort doucement dans son sein, couch\u00e9e dans les plis de ses v\u00eatements, et c&#8217;est de cette mani\u00e8re que les chasseurs parviennent \u00e0 la tromper.<br \/><br \/>\u2014 Brunetto Latini, <em>Le livre du tr\u00e9sor, <\/em>circa 1270, trad. G. Bianciotto.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d1fedc\">Cet animal impitoyable symbolise selon moi le Fils de Dieu, qui \u00e9tait de toute \u00e9ternit\u00e9 dans le P\u00e8re. Avant de descendre dans le giron de Marie, Il r\u00e9gnait sans merci dans le Ciel, d&#8217;o\u00f9 Il chassa les anges d\u00e9chus!, et les envoya en Enfer \u00e0 cause de leur scandaleux orgueil. Ici-bas, il d\u00e9versa son courroux sur Adam, notre anc\u00eatre \u00e0 tous, pour le punir de sa d\u00e9sob\u00e9issance. Son ire se retourna \u00e9galement contre les habitants dissolus de Sodome, qui s&#8217;adonnaient au p\u00e9ch\u00e9 de la luxure, et contre les avides enfants d&#8217;Isra\u00ebl. Personne au monde ne pouvait attraper cette licorne, l&#8217;unique Fils de Dieu, \u00e0 l&#8217;exception de la Vierge Marie, qui n&#8217;avait pas d&#8217;\u00e9gale dans le d\u00e9sert de cette terre. Sa puret\u00e9 et son humilit\u00e9 amen\u00e8rent le Dieu vengeur \u00e0 laisser filer son courroux.<br \/>Il descendit dans son giron immacul\u00e9, o\u00f9, sans qu&#8217;elle ait eu commerce avec un homme, Il rev\u00eatit notre humanite pour assurer notre salut. Sous cette forme humaine, il futcaptur\u00e9 dans le giron de la vierge pure par les chasseurs, \u00e0 savoir les Juifs. Ceux-l\u00e0 ont tu\u00e9 le Christ, qui peu apr ressuscita d&#8217;entre les morts et s&#8217;\u00e9leva jusqu&#8217;au royal pala de Son P\u00e8re, o\u00f9 les saints voient Dieu face \u00e0 face.<br \/><br \/>\u2014 Jacob van Merlant, <em>Le livre de la nature<\/em>, circa 1270.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6ecf0\">&#8211; Orendroit une beste fiere<br \/>Le vi d&#8217;une corne ferir,<br \/>Enjusqu&#8217;au cuer li fist venir<br \/>&#8211; Venir, fet cil, en quel maniere?<br \/>Conment ot non la beste fiere<br \/>Qui en tel point fiert de la corne ?<br \/>Fu ce donques une unicorne ?<br \/>&#8211; Nanil, par ma foi, fet Bretiaus,<br \/>Ainz fu tout de voir uns toriaus.<br \/>&#8211; Toriaus, fet cil, par le deable !<br \/>Ore avez vous bien dite fable !<br \/>Or pert il bien qu&#8217;ocis l\u2019avez!<br \/><br \/>\u2014 <em>Claris et Laris<\/em>, circa 1270<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d4ecfe\">Psaume 22 : Sauve-moi de la gueule du lion, et ma faiblesse des cornes des licornes.<br \/>\u2013 Ici il les d\u00e9crit cruels, en usant de la comparaison du lion qui est un animal cruel ; et cela se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Pilate qui exerce son pouvoir comme un lion, c\u2019est-\u00e0-dire son pouvoir de gouverneur, et que l\u2019Ap\u00f4tre qualifie de lion : \u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 de la gueule du lion. \u00bb Ou bien cela se r\u00e9f\u00e8re au diable : \u00ab Comme un lion rugissant, il r\u00f4de autour de vous cherchant qui d\u00e9vorer. \u00bb<br \/>\u2013 et ma faiblesse des cornes des licornes. Ici il les d\u00e9crit orgueilleux ; et cela se r\u00e9f\u00e8re aux princes des pr\u00eatres et aux scribes, qui sont compar\u00e9s \u00e0 la licorne signifiant l\u2019orgueil ; et il signifie cela parce que la licorne a une corne sur la t\u00eate, et qu\u2019elle a un tel orgueil qu\u2019elle ne souffre en aucune mani\u00e8re la soumission, mais qu\u2019aussit\u00f4t prise, elle se laisse mourir : \u00ab Est-ce qu\u2019un rhinoc\u00e9ros \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une licorne, \u00ab voudra te servir, ou demeurera-t-il \u00e0 ton \u00e9table ? Est-ce que tu lieras un rhinoc\u00e9ros \u00e0 tes traits, pour qu\u2019il laboure ? ou rompra-t-il les gl\u00e8bes des vallons apr\u00e8s toi ? Est-ce que tu auras confiance en sa grande force, et lui laisseras-tu tes travaux ? Est-ce que tu croiras qu\u2019il te rendra tes semailles, et qu\u2019il remplira ton aire ? \u00bb Et \u00e0 travers cela sont signifi\u00e9s les chefs des Juifs qui se glorifiaient particuli\u00e8rement de leur connaissance de Dieu. Or quiconque s\u2019\u00e9l\u00e8ve en se singularisant est semblable au Pharisien qui disait : \u00ab Je ne suis pas comme le reste des hommes. \u00bb \u2013 \u00ab N\u2019\u00e9levez pas en haut votre corne. \u00bb Le psalmiste dit cela express\u00e9ment. En effet les licornes ne se scandalisaient pas du Christ \u00e0 l\u2019exception de son humilit\u00e9, puisqu\u2019ils le voyaient ext\u00e9rieurement d\u00e9shonor\u00e9, mais d\u2019autre part ils \u00e9taient scandalis\u00e9s parce qu\u2019ils le voyaient dire et accomplir de grandes choses : \u00ab Il s\u2019est humili\u00e9 lui-m\u00eame, s\u2019\u00e9tant fait ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort, et la mort de la croix. \u00bb Et il d\u00e9crit express\u00e9ment ceux qui s\u2019adonn\u00e8rent avec cruaut\u00e9 \u00e0 la mort du Christ, tel ce chien de peuple juif, tel ce lion de Pilate, telles ces licornes de princes.<br \/><br \/>\u2014 Thomas d&#8217;Aquin, <em>Commentaires sur les Psaumes, <\/em>circa 1272.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdffd4\">Apres ce que Alixandres se fu fais avaler [en la mer] et il fu retorn\u00e9s sain et sauf en l&#8217;ost, il se partirent atant de la et alerent rivant le rivage de la Mer Rouge, si se logierent en 1 lieu ou il avoit une maniere de bestes sauvages qui avoient cornes ou front agues com espees et li tren\u00e7ant I estoient comme serres, desquelles il feroient les gens Alixandre et em perchoient lor escus trop legierement. Nequedent a grant painne et a grant travail il les desconfirent et en ocistrent VIII mil et CCCC et L.<br \/>[\u2026]<br \/>Apres vint sor eaus une beste de merveillouse grandor, plus fort d&#8217;olyfant et avoit le chef noir et III cornes ou front et avoit nom selonc langage yndien arine qui het le tirant. Et avant qu&#8217;ele venist a l&#8217;aighe, si lor court sus mout vigherosement et ocist d&#8217;eaus XXVI et navra LII, mais en la fin l&#8217;ocist Emenidus.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;<em>Roman d&#8217;Alexandre<\/em>, manuscrit de Bruxelles (KBR 11040), XIIIe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#def5e6\">L&#8217;un cost\u00e9 avoit taint aussi com arrement,<br \/>&amp; l&#8217;autre resembloit coton, tant estoit blanc.<br \/>Une petite corne avoit u front devant,<br \/>Le cheval Cornuet l&#8217;apeloient la gent.<br \/>Robastre le conquist \u00e0 un f\u00e9lon gaiant,<br \/>A la feme Grifon le donna, pour itant<br \/>Qu&#8217;elle l&#8217;avoit gari\u2026<br \/><br \/>\u2014 <em>La chanson de Gaufrey, <\/em>XIIIe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fee3e3\">Ou bien si quelque ribaud l\u00e2che<br \/>Par corroux lui tire et l&#8217;arrache,<br \/>Au point de ne plus en laisser<br \/>De quoi grosses nattes tresser,<br \/>Qu&#8217;elle ordonne alors qu&#8217;on apporte<br \/>Les cheveux d&#8217;une femme morte,<br \/>Ou blonde soie, en fins rouleaux.<br \/>Qu&#8217;elle glisse sous ses bandeaux.<br \/>Qu&#8217;elle porte au front telles cornes,<br \/>Que jamais cerfs, b\u0153ufs ou licornes,<br \/>Assez hardis pour l&#8217;affronter.<br \/>Son chef ne puissent surmonter.<br \/>Et s&#8217;elle a besoin d&#8217;\u00eatre teinte.<br \/>Qu&#8217;elle prenne jus d&#8217;herbe mainte,<br \/>Car pour la t\u00eate, c&#8217;est connu.<br \/>Moult ont grand&#8217; force et grand&#8217; vertu<br \/>Fruit, bois, feuille, \u00e9corce et racine.<br \/><br \/>\u2014 Guillaume de Loris &amp; Jean de Meung, <em>Le roman de la rose, <\/em>fin du XIIIe si\u00e8cle, adaptation en vers modernes par Pierre Marteau, 1878<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f4bc\">De socio meo, qui missus fuit in Egyptum ad captivos Christianos consolandos.<br \/>Et quia Christiani, qui apud Egyptum a Saracenis in vinculis tenebantur, miserant ad papam Nicholaum tertium, ut amore Dei mitteret eis unum bonum et ydoneum sacerdotem, cum quo possent de peccatis suis fiducialiter confiteri, papa hoc negotium commisit generali ministro; et frater Bona-gratia, generalis minister, voluit quod iste iret ad Christianos captivos, qui eratit in Egypto, in merito obedientie salutaris et in remissionem suorum omnium peccatorum. Ipse vero a generali obtinuit quod ad sequens generale capitulum posset venire et postmodum de provincia Bononie esse, sicut antiquitus fuerat. Que omnia laudabiliter facta sunt. Nani Christianis illis multa bona fecit et fecit fieri; et unicornum vidit et vineam balsamitam, et de manna attulit in vase vitreo et de aqua fontis sancte Marie, sine cuius irrigatione vinea balsamita fructificare non potest.<br \/><br \/>\u2014 Salimbenes de Adam, <em>Cronica, <\/em>circa 1285<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cee4d3\">La avoit mainte beste fiere,<br \/>Lyons, liepars et autres bestes,<br \/>Faisans par le bois grans tempestes.<br \/>De sangl\u00e9s et de pors sauvages<br \/>Retentissoit tous li boscages ;<br \/>Ours y avoit et unicornes,<br \/>Et autres bestes qui ont cornes,<br \/>Cerfs, dains, chevriaus, sauvages bous,<br \/>Qui d&#8217;arbrissiaus broustent les brous,<br \/>Aveques les sauvages chievres.<br \/><br \/>Nicole de Margival, <em>Le dit de la panth\u00e8re d&#8217;amours, <\/em>fin du XIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3faff\">Ils ont maints \u00e9l\u00e9phants sauvages et assez d\u2019unicornes, qui ne sont gu\u00e8re moins gros qu\u2019un \u00e9l\u00e9phant&nbsp;; ils ont le poil du buffle, le pied comme celui de l\u2019\u00e9l\u00e9phant, une corne au milieu du front, tr\u00e8s grosse et noire. Et vous dit qu\u2019il ne fait aucun mal aux hommes et aux b\u00eates avec sa corne, mais seulement avec la langue et les genoux, car sur la langue il a des \u00e9pines tr\u00e8s longues et aigu\u00ebs. Quand il veut d\u00e9truire un \u00eatre, il le pi\u00e9tine et l\u2019\u00e9crase par terre avec les genoux, puis le l\u00e8che avec sa langue. Il a la t\u00eate comme un sanglier sauvage, et la porte toujours inclin\u00e9e vers la terre&nbsp;; il demeure volontiers dans la boue et la fange parmi les lacs et les for\u00eats. C\u2019est une tr\u00e8s vilaine b\u00eate \u00e0 voir, et d\u00e9go\u00fbtante. Il n\u2019est point du tout comme nous, d\u2019ici, disons et d\u00e9crivons quand nous pr\u00e9tendons qu\u2019il se laisse attraper par le poitrail par une pucelle. C\u2019est tout le contraire de ce que nous croyons.<br \/><br \/>\u2014 Marco Polo, <em>Le Devisement du Monde,<\/em>1298<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9dcd3\">Thenne come they to an hyl ful hy<br \/>And there they thought al nyght to ly,<br \/>They myghte no lenger dree.<br \/>On the morwen whenne it was day,<br \/>An egle bar the gold away,<br \/>The rede cloth whenne he see.<br \/>A sory man thenne walkes hee<br \/>And folewyd to the Grykkysche see;<br \/>The fowl ovyr cam flye.<br \/>By that was comen an unicorne,<br \/>Hys yongeste sone awey was borne &#8211;<br \/>Swyche sorwe gan he drye.<br \/>[\u2026]<br \/>Soone was the lady dyght<br \/>In armes as it were a knyght,<br \/>He gaff here spere and scheelde.<br \/>Agayne thirty thousand Sareynys and mo<br \/>Ther come no moo but they twoo<br \/>Whenne they metten in feelde.<br \/>Ryght as they scholden have slayn bee,<br \/>Ther come rydynge knyghtes three<br \/>On bestes that were wylde;<br \/>On a lyberd and an unycorn<br \/>And on a lyoun he rod beforn,<br \/>That was her eldeste chylde.<br \/><br \/><em>\u2014 Sir Isumbras,<\/em> circa 1300<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f0c1\">Leonis vox mox suscitans<br \/>nos ab Ade clade.<br \/>Phoenicis phos nos renovans<br \/>a letali mali<br \/>primevo prohemio.<br \/>Materia, qua latuit<br \/>pellicanus sanus.<br \/>Unicornis vis patuit<br \/>mortis pirgo, virgo,<br \/>tuo casto gremio.<br \/><br \/>\u2014 <em>Ave Virginalis forma<\/em>, circa 1320<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">In eadem etiam civitate sunt multa et diversa animilia stupenda et extranea ad videndum ut puta leopardi, elephantes, unicornia, crocodilli, girafili et similia de quorum nominibus non valeo recordari.<br \/><br \/>Dans la m\u00eame cit\u00e9, il y a de nombreux animaux \u00e9trangers et merveilleux \u00e0 voir, comme des \u00e9l\u00e9phants, unicornes, crocodiles, girafes et d\u2019autres dont je n\u2019ai pas retenu le nom.<br \/><br \/>\u2014 Humbert de Dijon<em>, Liber de locis et condicionibus Terrae sanctae<\/em>, circa 1330.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffd9d9\">Le Christ est associ\u00e9 au rhinoc\u00e9ros, ou licorne [rhinoceros vel unicornis], dont on dit qu\u2019il a une corne sur le front, ou \u00e0 la place du nez. Il est indomptable et tr\u00e8s f\u00e9roce, et ne peut \u00eatre calm\u00e9<br \/>ni apprivois\u00e9. Mais on raconte que les chasseurs qui veulent s\u2019en emparer am\u00e8nent<br \/>une jeune vierge dans la for\u00eat&#8230;<br \/><br \/>\u2014 Giovanni da San Geminiano, <em>Summa de Exemplis et Rerum Similitudinibus Locupletissima<\/em>, circa 1300.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d1f8d9\">\u00d4 vous, beaut\u00e9 qui surpassez celles de toutes les roses et de tous les lyst, combien le roi c\u00e9leste n&#8217;a-t-il pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 de votre puret\u00e9 virginale, de votre douce humilit\u00e9, par vous, qui \u00eates le bouquet odorif\u00e9rant de toutes les vertus et de toutes les gr\u00e2ces? Ou bien, qui a pris la licorne sauvage si ce n&#8217;est vous?<br \/><br \/>\u2014 Henri de Suse, <em>Le livre de la sagesse \u00e9ternelle, <\/em>circa 1330.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cff7ff\">Il y avait un empereur tr\u00e8s puissant dans le royaume duquel vivaient deux belles vierges qui chantaient remarquablement bien, et nombreux \u00e9taient ceux qui venaient les \u00e9couter. Cet empereur avait une for\u00eat dans laquelle vivait une f\u00e9roce licorne que nul ne pouvait approcher, et qui tuait tous les intrus. Entendant cela, les deux vierges sont entr\u00e9es dans la for\u00eat, totalement nues, portant l\u2019une une \u00e9p\u00e9e, l\u2019autre un bassin. En p\u00e9n\u00e9trant dans la for\u00eat, elles se sont mises \u00e0 chanter si joliment que la licorne s\u2019est approch\u00e9 d\u2019elles et a commenc\u00e9 \u00e0 leur l\u00e9cher les seins. Elle s\u2019est ensuite endormie, la t\u00eate sur les genoux de la vierge qui avait le bassin. Voyant cela, celle qui avait l\u2019\u00e9p\u00e9e en a transperc\u00e9 le c\u0153ur de l\u2019animal, et l\u2019a tu\u00e9. L\u2019autre vierge a recueilli le sang dans le bassin et l\u2019a apport\u00e9 \u00e0 la cit\u00e9, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour faire de la teinture pourpre.<br \/>Ce seigneur est le P\u00e8re c\u00e9leste, Dieu lui-m\u00eame, et la licorne est notre Seigneur J\u00e9sus Christ. Les deux vierges sont \u00c8ve et Marie, chacune sans p\u00e9ch\u00e9. \u00c8ve tenait l&#8217;\u00e9p\u00e9e, c&#8217;est le p\u00each\u00e9 pour lequel mourut le Christ. Marie tenait la bassine, car il re\u00e7ut d&#8217;elle l&#8217;humanit\u00e9 et la nature humaine. La licorne t\u00eate \u00e0 leurs deux poitrines, et par ces deux ooiitrines il faut comprendre l&#8217;ancienne et la nouvelle \u00c8ve. Celle qui renia le Christ, avant qu&#8217;il ne les comble toutes deux et qu&#8217;il verse son sang. Ce sang nous a donn\u00e9 la vie \u00e9ternelle.<br \/><br \/>\u2014 <em>Gesta Romanorum, <\/em>circa 1330.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4eff9\">Salvae virginis Mariae <br \/>Et matris clementiae<br \/>Veneretur in hac die <br \/>Unicornis gratiae,<br \/>Festum domus Zachariae <br \/>Honor sit ecclesiae.<br \/><br \/>\u2014 <em>In Vistitatione Beat\u00e6 Mari\u00e6 Virgin\u00e6<\/em>, XIVe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e66c403d\">In eadem etiam civitate sunt multa et diversa animilia stupenda et extranea ad videndum ut puta leopardi, elephantes, unicornia, crocodilli, girafili et similia, de quorum nominibus non valeo recordari.<br \/><br \/>\u2014 Humbert de Dijon, <em>Liber de locis et condicionibus Terrae sanctae, <\/em>circa 1330.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d8f9e4\">0 quam potens<br \/>Quam decens castitas, <br \/>Qua se nobis <br \/>Largitur deitas.<br \/><br \/>Unicornis<br \/>Ad tactum virginis <br \/>Ad salutem <br \/>Mansuescit hominis.<br \/><br \/>Quod virgo fuerit, <br \/>Flet Jephtae filia, <br \/>Flet cum sodalibus<br \/>Parentis hostia<br \/><br \/>\u2014 Chant marial, XIVe si\u00e8cle<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9eaf7\">Il me faut \u00e0 pr\u00e9sent raconter en d\u00e9tail la douce vie que menait la dame, partie s\u2019installer dans une contr\u00e9e lointaine. Je veux bien entendu parler de la dame dont s\u2019\u00e9tait \u00e9pris le chevalier qui criait \u00ab&nbsp;Cornemuse&nbsp;\u00bb. O\u00f9 qu\u2019elle se rend\u00eet, tout le monde s\u2019exclamait&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est elle, la fleur la plus noble des dames&nbsp;! \u00c0 la servir, on ne peut pas \u00eatre perdant\u2026&nbsp;\u00bb Une rumeur se r\u00e9pandait partout&nbsp;: elle \u00e9tait si douce et si belle, en tout point si parfaite, que J\u00e9sus avait fait pour elle un miracle. Je vais vous le r\u00e9v\u00e9ler. Il s\u2019agissait d\u2019une b\u00eate&nbsp;: Dieu la r\u00e9serva pour elle. Par Sa gr\u00e2ce, la b\u00eate avait une telle noblesse et une si grande puret\u00e9 qu\u2019elle avait en horreur tous les vices, et ne pouvait demeurer dans un espace impur. Le dieu d\u2019Amour fit ce don \u00e0 la dame de sorte qu\u2019elle f\u00fbt surnomm\u00e9e \u00ab&nbsp;la Dame Blanche qui la licorne garde&nbsp;\u00bb (le mal ne l\u2019effleurait jamais, elle n\u2019\u00e9tait que bont\u00e9 incarn\u00e9e). Son rang \u00e9tait consid\u00e9rable&nbsp;: elle \u00e9tait fille de roi.<br \/><br \/>\u2014 <em>La dame \u00e0 la licorne et le beau chevalier, <\/em>1349<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#edf8fd\">Je vais vous raconter comment ils s\u2019y prirent pour franchir le fleuve. Le Chevalier F\u00e9e avait amen\u00e9 la licorne&nbsp;: la dame monta sur son dos pour atteindre l\u2019autre rive. Quand le Chef d\u2019Or voulut rejoindre son amie, il ne la trouva pas et fut rempli de col\u00e8re. Il constata que la fen\u00eatre avait \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e et comprit qu\u2019on la lui avait enlev\u00e9e.<br \/>\u2014 <em>La dame \u00e0 la licorne et le beau chevalier, <\/em>1349<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdbdb\">C\u2019est la bieste de fier courage<br \/>Plus que n\u2019est tigre ne licorne,<br \/>Qui tout tresperce de sa corne.<br \/><br \/>\u2014 Jean Froissart, <em>Le Tr\u00e9sor amoureux<\/em>, circa 1365<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8f4d1\">La licorne, seigneurs, est une beste tr\u00e8s cruelle qui ha le corps grant et gros, en fasson d\u2019un cheval. Sa deffence est d\u2019une corne grant et longue de demye toise, si pointue et si dure qu\u2019il n\u2019est riens qui par elle n\u2019en soit perce, quant la licorne les ataint \u00e0-toute sa vertuz. Sa vertu est si grant quelle tue le \u00e9l\u00e9phant quant elle le rencontre de sa corne, laquelle elle luy boute ou ventre. Ceste beste est si forte quelle ne puist estre prinze par la vertu des veneurs, sinon par subtilit\u00e9. Quant on la vieult prandre, on fait venir une pucelle au lieu o\u00f9 on scet que la beste repaist et fait son repaire. Si la licorne la veoyt , et soit pucelle, elle se va coucher en son giron sans aucun mal lui faire, et illec s\u2019endort. Alors viennent les veneurs qui la tuent au giron de la pucelle. Aussi si elle n\u2019est pucelle, la licorne n\u2019a garde d\u2019y coucher, mais tue la fille corrompue et non pucelle.<br \/>Sainct Gr\u00e9goire dit sur le livre de Job que la licorne est une beste si tr\u00e8s fiere que quant elle est prinze on ne la puist dampder, tenir, ne garder, mais se laisse morir de dueul.<br \/>Le docteur Plinius dit aussi en son VIIIe livre que quant elle se vieult combattre contre le \u00e9l\u00e9phant, lequel elle hayst mortellement, elle lyme et aguze sa corne contre les pierres, ainsi que feroit ung bouchier son cousteau pour occire quelque beste. Et en la bataille que les deux bestes ont l\u2019une contre l\u2019autre, la licorne lui fourre ou ventre, parce que c\u2019est la plus molle partie de l\u2019elepbant.<br \/>La licorne est grant et grosse comme ung cheval, mais plus courtes jambes. Elle est de coulleur tanee. Il est troys mani\u00e9r\u00e9s de ces bestes cy nomm\u00e9es licornes. Aucunes ont corps de cheval et teste de cerf et queuhe de sanglier, et si ont cornes noires, plus brunes que les autres. Ceulx-ci ont la corne de deux couldees de long. Aucuns ne nomment pas ces licornes dont nous venons de parler licornes, mais monoteros ou monoceron. L\u2019autre mani\u00e9re de licornes est appeilee eglisseron, qui est \u00e0 dire chievre cornue. Ceste-cy est grant et haulte comme ung grant cheval, et semblable \u00e0 ung chevreul, et ha sa grant corne tr\u00e8s aguhe. L\u2019autre mani\u00e9re de licorne est semblable \u00e0 un beuf et tachee de taches blanches. Ceste-cy a sa corne entre noire et brune comme la premi\u00e8re mani\u00e9r de licornes dont nous avons parl\u00e9. Ceste-cy est furieuze comme ung thoreau, quant elle veoit son ennemy.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le livre des proprietez des bestes qui ont magnitude, force et pouvoir en leur brutalitez, <\/em>1512, Bestiaire accompagnant un roman d\u2019Alexandre, cit\u00e9 in Jules Berger de Xivrey, <em>Traditions t\u00e9ratologiques<\/em>, Paris, 1836.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9ecf4\">De bestes crueuses et fieres,<br \/>Dragons, serpens, escorpions,<br \/>De toutes g\u00e9n\u00e9rations,<br \/>Buglos<a href=\"#_ftn1\"><strong>,<\/strong><\/a><a href=\"#_ftn1\"><\/a> chameus, tygres, panth\u00e8res,<br \/>De tous genres, p\u00e8res et m\u00e8res,<br \/>Olifans, liepars et liepardes,<br \/>Ourses, lions, renars et renardes,<br \/>Loiemiers, grans alans d&#8217;Espaingne,<br \/>Et pluseurs matins d&#8217;Alemagne,<br \/>Castors, aspis et unicornes,<br \/>Et une autre beste a deus cornes,<br \/>Trop diverse et trop p\u00e9rilleuse,<br \/>Trop estrange et trop venimeuse\u2026<br \/>Son nom ne saroie nommer.<br \/>Je croy qu&#8217;elle vint d&#8217;outre mer,<br \/>Si vorroie bien qu&#8217;elle y fust<br \/>Et que retourner n&#8217;en peust.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Guillaume de Machaut, <em>Le dit du lion, <\/em>1342<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8dada\">Item introducitur thema per similem in natura, sic&nbsp;: animalia fortissima elephas et unicomus sic capiuntur quod scilicet elephas in cantum virginis mitescit et unicornus in gremio virginis mansuescit. <br \/><br \/>On peut introduire un th\u00e8me par une comparaison avec la nature. Les deux animaux les plus puissants, l&#8217;\u00e9l\u00e9phant et la licorne, peuvent \u00eatre captur\u00e9s ainsi. L&#8217;\u00e9l\u00e9phant est attendri par le chant d&#8217;une jeune fille, la licorne s&#8217;assoupit dans le giron d&#8217;une vierge.<br \/><br \/>\u2014 Ranulf Higden, <em>Ars componendi sermones, <\/em>circa 1346.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feffe1\">Unicornus ist ain ainh\u00fcrn und ist ain klain tier, sam Isidorus spricht, gegen seiner gr\u00f4zen kraft. ez h\u00e2t kurzeu pain zuo seiner gr\u0153zen. ez ist gar scharpf und h\u00e4rwe, als\u00f4 daz ez kain j\u00e4ger gev\u00e2hen mag mit gewalt. aber sam Isidorus und Jacobus sprechent, s\u00f4 v\u00e6ht man ez mit ainer k\u00e4uschen juncfrawen. wenne man die l\u00e6t aine sitzen in den walt, s\u00f4 ez d\u00e2 zuo k\u00fcmt, s\u00f4 l\u00e6zt ez alle sein grimmikait und \u00eart die rainikait des k\u00e4uschen leibs an der juncfrawen und legt sein haupt in ir sch\u00f4z und entsl\u00e6ft d\u00e2. s\u00f4 v\u00e2hent ez die j\u00e4ger und f\u00fcerent ez in die k\u00fcnigleichen pal\u00e4st den l\u00e4uten ze ainem anplick und zuo ainem schawen. Daz tier bed\u00e4ut unsern herren Jesum Christum, der was zornig und grimm, \u00ea er mensch w\u00fcrd, wider die h\u00f4chvart der engel und wider die ungeh\u00f4rsam der l\u00e4ut auf erden. den vieng diu h\u00f4chgelobt mait mit irer k\u00e4uschen rainikait, Mar\u00ee\u00e2, in der w\u00fcesten diser kranken werlt, d\u00f4 er von himel her ab sprang in ir k\u00e4usch rain sch\u00f4z. dar n\u00e2ch wart er gevangen von den gar scharpfen j\u00e4gern, von den juden, und wart l\u00e4sterleich get\u0153tt von in. dar n\u00e2ch erstuont er und fuor ze himel in den palast des himelischen k\u00fcnges, d\u00e2 er ain s\u00fcezer anplick ist der gemainschaft aller hailigen und aller engel. hilf muoter, hilf raineu mait, d\u00fb h\u00e2st oft geholfen, daz wir dein kint d\u00e2 beschawen. daz ainh\u00fcrn h\u00e2t ain horn auf der nasen. ez spricht sant Gregorius, wenne daz tier gevangen werd, s\u00f4 sterb ez von rehten unwerden, die ez dann h\u00e2t.<br \/><br \/>\u2014 Konrad von Megenberg, <em>Das Buch der Natur, <\/em>circa 1350<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f6cb\">Cil damoisiaus qui fu n\u00e9s en Bethl\u00e9em est cil dont David dist : C&#8217;est li chiers fiex de l\u2019unicorne. Unicorne est une beste petite et resamble chevrael et n&#8217;a c&#8217;une corne. A paines le poent penre venerres en bois. Si vous dirai comment l&#8217;en le prent. Ou lieu que on seit o\u00f9 elle hante, on prent une pucele bele, blance et tenre, et bien vestue et acesm\u00e9e des plus biaus garnemens que on poent avoir. En cel lieu siet la pucele toute seule. La beste unicorne vient qui voit la pucele seule, et li saut ou saim et l&#8217;embrace et l\u00e0 s&#8217;endort. Et l\u00e0 la prent-on. Ceste beste senefie le fil Dieu. La beste na cune corne. li piere et li fiex nont cune corne.Si come dit li evangiles, <em>ego et pater unum sumus.<\/em><br \/><br \/><em>Les Saints lieux de J\u00e9rusalem, <\/em>Biblioth\u00e8que Nationale, ms fr 352, fol 3r. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dfedf9\"><em>C\u2019est moi Orgueil la tr\u00e8s coquette<\/em><br \/><em>La f\u00e9roce arm\u00e9e d\u2019une corne\u2026<\/em><br \/><em>C\u2019est une corne qui s\u2019appelle<\/em><br \/><em>F\u00e9rocit\u00e9 et cruaut\u00e9<\/em><br \/><em>J\u2019en frappe et \u00e0 droite et \u00e0 gauche<\/em><br \/><em>Sans \u00e9pargner ni clerc, ni pr\u00eatre.<\/em><br \/><em>C\u2019est la corne de l\u2019unicorne<\/em><br \/><em>Qui est plus cruel que bicorne<\/em><br \/><br \/>\u2014 Guillaume de Diguleville, <em>Le p\u00e8lerinage de vie humaine, <\/em>XIVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4e8e8\"><em>Quand j\u2019ai le vin en corne,<\/em><br \/><em>fi\u00e8re suis comme unicorne.<\/em><br \/><br \/>\u2014 Guillaume de Diguleville, <em>Le p\u00e8lerinage de vie humaine, <\/em>XIVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5ffe5\">O crudel donna, o falsa mia serena.<br \/>I&#8217; mi fuziva et asugava il pianto<br \/>Ch&#8217;amando te avea soferto tanto.<br \/><br \/>Quando tu me volzisti al dolce canto.<br \/>Traendomi col so piacer adorno<br \/>Come la donzella il leocorno.<br \/><br \/>E pi me doglio assai che del mio danno<br \/>Che in vaga donna regna tanto inganno.<br \/><br \/>\u2014 <em>Chansonnier Rossi, circa 1370<br \/>Biblioth\u00e8que du Vatican, ms Rossi 215, fol 21v<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe7e7\">Quant il furent le soir couchi\u00e9 ensemble et il furent ou secr\u00e9 dou lit, la roine l\u2019amonesta que il se tenist cele nuit d\u2019abiter \u00e0 li, puis li dist que il se levast et alast devant la porte dou palais, et li seust \u00e0 dire ce que il auroit veu. Li rois se leva, et fist son commandement. Quant il fu devant la sale, il li sembla que il veist granz formes de bestes, ausi comme d&#8217;unicornes, de lieparz et de lyons, qui aloient et venoient par devant le palais. Il retorna touz espoentez et raconta \u00e0 la roine ce que il avoit veu. Ele li dist que il n\u2019eust pas paor, et que il retornast arri\u00e9res. Quant retornez fu, il vit granz ymages d\u2019ours et de leus ausi com s\u2019il vousissent courre sus li uns l\u2019autre. Il retorna au lit la roine, et li raconta la seconde avision. Ele li redis t que il retornast encore une foiz. Quant retornez fu, il vit figures de chiens et de petites bestes qui s\u2019entred\u00e9pe\u00e7oient toutes. Quant il fu retornez \u00e0 la roine et il li out tout racont\u00e9 quanque il out veu, il li requist que ele li feist entendre que ces III avisions senefioient, car il savoit bien que ele ne l\u2019i avoit pas envoie pour noient. Ele li dist que il se tenist chastement cele nuit, et ele li feroit au matin entendre la signification des III avisions. Ensi furent jusques au matin, que la roine apela le roi, que ele vit moult pensif. Puis li dist ensi : \u00ab Sire, ostez ces pens\u00e9es de ton cuer, et entent ce que je dirai. Si saches certeinement que ces avisions ne sont pas tant significations des choses pr\u00e9sentes comme de celes qui \u00e0 avenir sont. Si ne pren pas garde aus formes des bestes que tu as veues, mais aus faiz et aus mours de lalignie qui de nous doit eissir. Car li premiers hoirs qui de nous naistra sera bons de noble pro\u00ebce et de haute puissance ; et ceste senefie en la<br \/>forme de l\u2019unicorne et don lyon, qui sont les plus nobles bestes et les plus hardies qui soient. La signification de la seconde avision si est tele, car en la forme de l&#8217;ours et dou leu sont segnefi\u00e9 cil qui de nostre fil istront, qui seront rapineus ausi com les bestes sont. La segnefiance de la tierce avision si rest tele, que en la forme dou chien, qui est beste lecherresse et de nule vertu, ne ne puet sanz l\u2019aide d\u2019ome, est segnefi\u00e9 la mauvesti\u00e9 et la parece de ceus qui vers la fin dou siecle tendront le ceptre et la corone de cest roiaume. En la torbe des petites bestes qui s\u2019entrabatoient est senefiez li menuz poples qui s\u2019entrociront, pour ce que il seront sanz paor de prince. Sire, dist la roine, vez ci l\u2019exposition des III avisions qui est certaine demostrerresse des choses qui sont \u00e0 avenir. \u00bb<br \/><br \/>\u2014 <em>Grandes Chroniques de France<\/em>, XIIIe si\u00e8cle. <br \/>Biblioth\u00e8que Sainte-Genevi\u00e8ve, ms 782.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">The knight in his colours was armed ful clene,<br \/>With his comly crest clere to beholde,<br \/>His bren\u00e9 and his basnet burneshed ful bene,<br \/>With a bordur abought al of brende golde.<br \/>His mayles were mylke white, enclawet ful clene;<br \/>His horse trapped of that ilke, as true men me tolde;<br \/>His shelde on his shulder of silver so shene,<br \/>With bere hedes of blake browed ful bolde;<br \/>His horse in fyne sandel was trapped to the hele.<br \/>And, in his cheveron biforne,<br \/>Stode as an unicorne,<br \/>Als sharp as a thorne,<br \/>An anlas of stele.<br \/><br \/>\u2014 <em>The Awntyrrs off Arthur,<\/em> fin du XIVe si\u00e8cle, cit\u00e9 in Thomas Hahn, <em>Sir Gawain, Eleven Romance and tales, <\/em>1995.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9f7e4\">Je treuve en une fiction<br \/>Que sire Noble le lion<br \/>Fut Jadis si sires des bestes,<br \/>Que en tous cas les trouvoit prestes<br \/>De faire son commandement,<br \/>Et vivoit on si largement<br \/>A sa court de son vray demaine,<br \/>Que tousjours la trouvissiez plaine<br \/>D&#8217;alans, de cerfs et de l\u00e9vriers,<br \/>De chevaulx et de bons coursiers,<br \/>De panth\u00e8res et d&#8217;unicornes<br \/>De sangliers, si que leurs cornes<br \/>N&#8217;osassent lever a ce temps<br \/>Ne faire noise ne contens.<br \/>Brebis, vaches, moutons ne tors,<br \/>Chievres ne beufs, asnes ne pors,<br \/>Loups ne renars ne li tessons (blaireaux),<br \/>Li\u00e8vres, connins (lapins) ne h\u00e9rissons<br \/>Ne nulle autre commune beste<br \/>N&#8217;eust os\u00e9 lever la teste<br \/>Contre le dict du souverain,<br \/><br \/>\u2014 Eustache Deschamps, <em>Trait\u00e9 du mauvais gouvernement de ce royaume<\/em>\u2026,1395<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9fae5\">Las, ma tres doulce amie, je sui le faulx crueux aspis et vous estes la licorne precieuse. Je vous ay par mon faulx venin trahie.<br \/><br \/>\u2014 Jean d&#8217;Arras, <em>M\u00e9lusine<\/em>, 1393<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faa5a54d\">Si le rhinoc\u00e9ros s&#8217;incline devant une vierge, pourquoi une vierge n&#8217;aurait-elle pas apport\u00e9 la parole de Dieu dans le monde ?<br \/><br \/>\u2014 <em>Defensorium inviolatae Virginitatis Mariae, <\/em>circa 1400.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f0fe\">Nous passasmes en petit d&#8217;erre<br \/>Du souldan trestoute la terre,<br \/>Celle du grant kam traversasmes,<br \/>Ou moult pou les serpens doubtasmes;<br \/>Si en veismes nous de divers,<br \/>Gittant feu orrible et pervers,<br \/>Cocodrilles, dragons et guievres,<br \/>Ours et lyons qui ont les fi\u00e8vres,<br \/>Unicomes, olphans, panth\u00e8res<br \/>Et de plus de dix mille paires.<br \/>Je croy, de telles bestes fieres<br \/>De toutes estranges mani\u00e8res.<br \/>Si m&#8217;eussent moult tost devouree.<br \/>Se je fusse entre eulx demouree.<br \/><br \/>\u2014 Christine de Pizan, <em>Le chemin de longues estude, <\/em>1402.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6dbdb\">D\u00e8s qu&#8217;il fut remont\u00e9 sur son cheval, il vit un autre animal de la taille d&#8217;un bon canasson commun qui avait une t\u00eate de bouc, une barbiche comme un bouc, des pattes et des pieds comme un cerf. Le poil de la queue ressemblait \u00e0 celui d&#8217;un cheval, et il avait sur la t\u00eate une corne longue de quatre bras. Cet animal ne les attaqua pas. Mesquin dit \u00e0 son compagnon \u00abc&#8217;est une licorne, c&#8217;est un signe que les autres b\u00eates sauvages ne sont pas loin\u00bb. Il acc\u00e9l\u00e9ra le pas et devint prudent. Peu apr\u00e8s, ils furent attaqu\u00e9s par une lionne et quatre lions.<br \/><br \/>\u2014 Andrea da Barberino, <em>Guerino il Meschino, <\/em>1410.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4fec8\">At every tour wer grete gunnys sette<br \/>For assaut and sodeyn aventurys;<br \/>And on tourettis wer reysed up figurys<br \/>Of wylde bestis, as beris and lyouns,<br \/>Of tigers, bores, of serpentys and dragouns<br \/>And hertis eke with her brode hornes,<br \/>Olyfauntes and large unicornes,<br \/>Buglis, bolys, and many grete grifoun,<br \/>Forged of brasse, of copur and latoun,<br \/>That cruelly by sygnes of her facys<br \/>Upon her foon made fel manacys.<br \/><br \/>\u2014 John Lydgate, <em>Troy Book, <\/em>circa 1420<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7e5cb\">Je trouvay en ceste ville de P\u00e8re ung Neapolitain de la ville de Napples qu&#8217;on appeloit Pi\u00e8tre de Napples lequel estoit mari\u00e9 en la terre de Prestre Jehan [\u2026] Et me dist qu&#8217;il y a moult d\u2019estranges bestes comme lyons, elephans, s\u00e7arates, licornes et goristes ainsi que ung homme sauvaige, except\u00e9 qu&#8217;ilz ont bien deux piez et demi de queue et est moitti\u00e9 blanc et moitti\u00e9 noir. Et si y a d&#8217;autres bestes moult merveilleuses.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le voyage d&#8217;oultremer de Bertrandon de la Broqui\u00e8re<\/em>, circa 1420<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdd8d8\">Il y avait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, dans une montagne pr\u00e8s de Rome, un dragon et une licorne qui causaient de grands torts aux voyageurs qui empruntaient les routes. Et personne n&#8217;y pouvait rien. Le pape Sylvestre&#8217; pria alors le roi d&#8217;Arm\u00e9nie, car il \u00e9tait d&#8217;une grande force, de tenter au nom de Dieu de tuer le dragon et la licorne.<br \/>Le roi se mit seul en route pour d\u00e9couvrir o\u00f9 ils avaient leurs repaires. Il arriva juste au moment o\u00f9 ils se mordaient l&#8217;un l&#8217;autre. Il les observa, jusqu&#8217;\u00e0 ce que le dragon prit la fuite. La licorne le chassait hors d&#8217;une grotte dans les rochers. Alors, le dragon se retourna et se mit \u00e0 se d\u00e9fendre contre la licorne. La licorne frappa le dragon avec sa langue, tentant de l&#8217;arracher de son trou. Il saisit la licorne et ils se tir\u00e8rent l&#8217;un l&#8217;autre si fort que la licorne r\u00e9ussit \u00e0 extraire jusqu&#8217;au cou le dragon de sa caverne: aucun des deux ennemis ne voulait l\u00e2cher prise. \u00c0 cet instant, le roi s&#8217;approcha et trancha le cou du dragon. Alors, la licorne, qui tirait avec tant de force, bascula avec la t\u00eate du dragon au bas des rochers. Le roi se pr\u00e9cipita \u00e0 son tour pour l&#8217;achever.<br \/>Puis il s&#8217;en retourna \u00e0 Rome et ordonna que l&#8217;on cherch\u00e2t les t\u00eates; pour le dragon, un char fut \u00e0 peine assez grand. Ainsi, le roi Derthat d\u00e9livra les Romains de ces cr\u00e9atures qui, pour cela, lui rendirent, et tout particuli\u00e8rement le Saint-P\u00e8re, de tr\u00e8s grands honneurs.<br \/><br \/>\u2014 Johann Schiltberger, <em>R\u00e9cit de voyage<\/em>, XVe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4f2ff\">No\u00e9 prenait soin des animaux et leur apportait, en descendant par un escalier, la nourriture qui \u00e9tait entrepos\u00e9e au niveau sup\u00e9rieur.. Il marchait parmi les gu\u00eapes, les dragons, les licornes et les \u00e9l\u00e9phants qui, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, ne lui faisaient aucun mal et attendaient tranquillement que vienne leur tour de recevoir \u00e0 manger. La volont\u00e9 divine \u00e9tait qu\u2019il y eut la paix entre les animaux&nbsp;: le lion n\u2019attaquait pas la licorne, ni le dragon l\u2019\u00e9l\u00e9phant, ni le faucon la colombe.<br \/><br \/>\u2014 Alonso Tostado, <em>Commentaria in Genesim, <\/em>circa 1440<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7f4d6\">La licorne a la taille d&#8217;un petit cheval, le pelage comme celui du lion, une corne blanche et spiral\u00e9e de quatre pieds sur la t\u00eate. Elle a la silhouette d&#8217;un cerf, une longue crini\u00e8re de cheval et les pieds fendus d&#8217;une biche.<br \/><br \/>\u2014 Marco di Bartolomeo Rustici, <em>Dimostrazione dell&#8217;andata del Santo Sepolcro<\/em>, circa 1440.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feffca\">Atque tam parvus, quod intra unius mundissimae humillimaeque virgunculae viscera se reclusit ; et captus est rhinoceros ille, cui nullus valet resistere, caritate ac puritate unius puellae.<br \/><br \/>\u2014 Denys le Chartreux, <em>Enarratio in Canticum Canticorum Salomonis<\/em>, circa 1445.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6e6\">Comment Alixandre desconfyt bestes qui avoient une corne ag\u00fce au fronc. Comment aprez il se combaty as dragons qui ont cornes de mouton.<br \/><br \/>Apres la revenue du roy Alixandre de la mer, et que il ot \u00e0 ses barons assez dit des merveilles d\u2019icelles, lui reffocilliez en touttes manieres de sante et de paix, il se departy de la devant ditte plache, et \u00e0 tout son ost se mist au chemin , toudis sieuwant le rivaige de la Rouge Mer, et tant all\u00e8rent que il vinrent &nbsp;en ung lieu moult sauvaige. Car il y habittoit une maniere de bestes sauvaiges, quy avoient chascune une corne ou froncq corne espees, et si trenchans estoit come d\u2019une soxoire, c\u2019est \u00e0 dire ayans dens. Lesquelles bestes firent moult de damaige en l\u2019ost du roy; car tantos que ces bestes ychy virent l\u2019ost aprochier, comme rabiches, leur coururent sus et tellement, que ainchoix que ly chevalier de l\u2019ost se fuissent rassamblez, il y ot une tres dure occision. Et dist notre histore que cez bestes devant dictes perchoient de leurs cornes les escus et les armes des Gregoix, de part en part. Car ces bestes en venoient courant ahurt contre les Gregoix, comme feroient moutons, tellement que d\u2019une empainte il ruoyent II, III ou IV hommes d\u2019armes par terre. Mais tantos que ly archiers comenchierent , au comandement Alixandre, \u00e0 tirer sus ces bestes, elles se comenchierent \u00e0 desconffir et tellement que enfin elles furent touttes desconfittes, et que il y en demoura en la plache de mortes VIII mille, IV cens et L. Tantos apres laquelle desconfiture, le roy se party d\u2019illeuc, et touttes manieres de gens ossi.<br \/>Si chevauchierent tant que il vinrent en ung lieu moult desert, ouquel lieu crissoit merveilleusement grant foizon de poivre , et l\u00e0 habitoient serpens ou dragons de merveilleuse grandeur, qui avaient cornes ou froncq comme cornes de mouton\u2026<br \/><br \/>\u2014 <em>Roman d\u2019Alexandre, <\/em>circa 1450, cit\u00e9 in Jules Berger de Xivrey, <em>Traditions t\u00e9ratologiques, 1836.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0e5ea\">Il y avait [au d\u00eener du roi] un moult riche dressoir fait \u00e0 plusieurs degr\u00e9s montants dont les estorements \u00e9taient beaux et de merveilleux prix. Et pense que ce fut la vaisselle que le duc de Bourgogne avait pr\u00e9sent\u00e9 et donn\u00e9 \u00e0 son sacre \u00e0 Reims, hormis trois licornes qui \u00e9taient l\u00e0 mises, que le duc avait pr\u00eat\u00e9es et dont la moindre avait cinq pieds de haut.<br \/><br \/>\u2014 George Chastelain, <em>Chroniques des duc de Bourgogne<\/em>, 1460-1469<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbf9b8\">Cet animal est de taille extraordinaire, au corps imposant avec des pattes courtes et d&#8217;une si grande f\u00e9rocit\u00e9 qu&#8217;il ne peut \u00eatre attrap\u00e9 par personne car il franchit tous les obstacles. Sa couleur est celle du buis!. Sa corne est longue de sept pieds ou plus, comme nous l&#8217;avons vu nous-m\u00eame sur un sp\u00e9cimen mort \u00e0 Pavie et \u00e0 Naples. M\u00eame l&#8217;\u00e9l\u00e9phant, malgr\u00e9 sa taille, n&#8217;est pas prot\u00e9g\u00e9. Au combat, il aiguise sa corne contre les rochers. Il lui arrive m\u00eame de combattre des \u00e9l\u00e9phants et de les abattre en leur transper\u00e7ant le ventre. Il vit dans les hautes montagnes et les vastes d\u00e9serts.<br \/><br \/>\u2014 Pier Candido Decembrio, <em>De la nature des oiseaux et des animaux, <\/em>circa 1460.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9facb\">La licorne, une des plus cruelles b\u00eates qui soient, a entre les yeux une corne terriblement ac\u00e9r\u00e9e \u00e0 laquelle aucune armure ne peut r\u00e9sister. A cause de sa f\u00e9rocit\u00e9, cet animal ne peut \u00eatre captur\u00e9 que par ruse. Une pure vierge l\u2019approche et, attir\u00e9 par l\u2019odeur de la virginit\u00e9, il se couche \u00e0 ses pieds et est tu\u00e9 par le chasseur\u2026 La licorne symbolise les hommes violents et cruels auxquels rien ne peut r\u00e9sister, mais qui peuvent \u00eatre vaincus et convertis par le pouvoir de Dieu\u2026 Ce fut ce qui arriva \u00e0 Saul, et depuis \u00e0 de nombreux autres.<br \/><br \/>\u2014 Bestiaire toscan, 1468.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fce2f4\">&#8211; Item , ung plat de cristal, garny d&#8217;or, sem\u00e9 sur le bout de petis rubis, de licorne et dragons esmailli\u00e9s de vert et noir, et est garny sur le pi\u00e9 de huit rubis et de huit troches de perles, trois \u00e0 trois, pesant : v m. v o.<br \/>&#8211; Item, ung gobelet de licorne, garny d&#8217;or, o\u00f9 il y a ou pi\u00e9 des c. c. et des y. y. esmaill\u00e9s de noir et de rouge cler , et entre deux des fleurs esmaill\u00e9s de blanc et de bleu , et est le couvercle semblablement garny, et au fretelet dessus sont les armes de MS de Charrolois esmaill\u00e9s, pesant : mm. xn est.<br \/>&#8211; Item, ung autre gobelet dont la poingn\u00e9e est de licorne, garny d&#8217;or, et est la bordure du couvercle garnye de deux rubis et de dix poinctes de dyamant, et par dessus et au fretelet sem\u00e9 de perles branlans o\u00f9 il n&#8217;en fault nulles , et y fault tout dessus ung balais, pesant : un m. m o. v est.<br \/>&#8211; Item, un essay de licorne d&#8217;or, pesant : viii est.<br \/>&#8211; Item, une grosse pi\u00e8ce de lincorne, ronde, pesant : viii. i o.<br \/>&#8211; Item, une licorne, garnye au tour du bout, par dessoubz, d&#8217;or, \u00e0 la devise de MS, et a la pointe garnie d&#8217;argent dor\u00e9, et depuis l&#8217;un des boutz jusques \u00e0 l&#8217;autre garnye de pluseurs filetz d&#8217;or, et poise : xiii. i o.<br \/>&#8211; Item, deux autres licornes qui ne sont point enti\u00e8res, garnyes \u00e0 la poincte d&#8217;argent dor\u00e9, et poisent ensemble : xxviii m. n o.<br \/>&#8211; Item, une autre pi\u00e8ce de lincorne, toute plaine, qui poise : vii m. vi o.<br \/>&#8211; Item , une licorne enti\u00e8re, toute plaine, pesant : xxvi m. m o.<br \/>&#8211; Item, une autre lincorne enti\u00e8re, toute plaine, pesant : xxi m.<br \/>&#8211; Item , ung petit coffret de marguerite, de bois, garny d&#8217;argent dor\u00e9, assis sur quatre petites licornes d&#8217;argent, dor\u00e9es.<br \/>&#8211; Item, une custode, garnye d\u2019une sainture d\u2019argent dor, o\u00f9 il y a dedens ung begue de jaspe couvert et deux cuilliers d\u2019argent dor\u00e9, o\u00f9 il y a de la licorne.<br \/>&#8211; Item, ung petit rondelet d&#8217;escaille de lincorne, tailli\u00e9 \u00e0 l&#8217;ymaige Nostre Dame, qui tient son enfant.<br \/>&#8211; Item, une esp\u00e9e, le pommeaul de licorne garni d&#8217;or, et au dessus six grosses perles, et y a de l&#8217;un des coust\u00e9 du pommeau l&#8217;ymage Nostre Dame esmaill\u00e9e, et de l&#8217;autre cost\u00e9 un crucifix \u00e0 tout une gaine d&#8217;or, sem\u00e9e de C. C. et de fusilz, \u00e0 tout une chaigne d&#8217;une ploncque, d&#8217;un mordant et de six doux d&#8217;or.<br \/>&#8211; Item, ung gobelet d&#8217;or que Madame donna \u00e0 MS au jour de l&#8217;an , et y a sur le couvercle et sur le pi\u00e9 la devise de MdS , et sur ledit couvercle a ung fritelet esmaill\u00e9 de vert, et par des sus iiii marguerites , et au fons dudit gobelet y a une pi\u00e8ce de licorne ronde, et au fons par dedens le couvercle sont les armes de Madame, et poyse : m m. m o. demi.<br \/>&#8211; Item, une sali\u00e8re d&#8217;argent dor\u00e9, \u00e0 ung manche comme un fusil, que deux singes tiennent, armoi\u00e9e aux deux costez des armes de MS , et y a de chascun cost\u00e9 trois petites pi\u00e8ces de licornes , trois fusilz et pluseurs lettres, et poyse : vii o. v est.<br \/>&#8211; Item, cinq essaiz d&#8217;argent, dorez, garnis de licorne et de langues serpentines et de serpentine, avec une peslecte d&#8217;argent dor\u00e9 \u00e0 prandre espices \u00e0 ung drageoir, pesant ensem ble : vu o. demie.<br \/>&#8211; Item, une petite pi\u00e8ce de licorne, qui poyse : un o. v est.<br \/><br \/><em>Inventaire de Charle t\u00e9m\u00e9raire, <\/em>1468<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cbe0f0\">Tu poi pel prato scalzo ir senza rischio<br \/>Di far crucciar calcando il frigido angue. <br \/>E serpenti non han veneno, o fischio, <br \/>Onde tal volta il cor si fugge il sangue. <br \/>Securo \u00e8 mirar fiso il basalischio, <br \/>Ne per guardo mortal tristo alcun langue : <br \/>Ne gli animali al fonte hun patienza ,<br \/>Che lo Alicorno facci la credenza.<br \/><br \/>\u2014 Lorenzo de Medici, <em>Poesie Vulgari,<\/em> 1544 (circa 1470)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdbdb\">Le sommelier porte en ses bras la nef d\u2019argent, ensemble le b\u00e2ton d\u2019argent et la licorne dont on fait la preuve en la viande du prince. Et doit le valet servant prendre la petite nef, o\u00f9 est la licorne, et la porter au sommelier qui est au buffet, et le sommelier doit mettre de l\u2019eau fra\u00eeche sur la licorne et en la petite nef et doit bailler l\u2019essai au sommelier, vidant de la petite nef en une tasse, et la doit apporter en sa place et faire son essai devant le prince, vidant l\u2019eau de sa nef en sa main.<br \/><br \/>\u2014 <em>M\u00e9moires d\u2019Olivier de la Marche, ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel et capitaine des gardes de Charles le T\u00e9m\u00e9raire<\/em>,1888 (1474),<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7efea\">Un jour, un l\u00e9opard s\u2019attaqua \u00e0 un dragon, et ne put le vaincre. Il alla alors voir la licorne et humblement lui dit&nbsp;: \u201c&nbsp;Tu es noble, vertueuse et fi\u00e8re combattante, je te supplie de me prot\u00e9ger de la folie du dragon\u201d. La licorne, flatt\u00e9e, r\u00e9pondit&nbsp;: \u201c&nbsp;tu as raison, je suis la meilleure combattante et je vais te prot\u00e9ger. Ne crains rien, car lorsque le dragon ouvrira grand sa gueule, je percerai sa gorge de ma corne.&nbsp;\u201d Lorsque les deux animaux eurent trouv\u00e9 l\u2019antre du dragon, le l\u00e9opard l\u2019attaque, tout confiant dans l\u2019aide de la licorne. Le dragon se d\u00e9fendit, crachant du feu et des flammes. Quand il ouvrit sa gueule, la licorne chargea aussi rapidement que possible, tentant de lui transpercer la gorge. Le dragon bougea la t\u00eate, et la licorne planta de toute force sa corne dans le sol et ne put l\u2019en retirer. Tandis que la licorne rendait son dernier souffle, le dragon lui dit \u201c&nbsp;celui qui combat pour le compte d\u2019un autre ne cherche qu\u2019\u00e0 mourir. Il est stupide d\u2019\u00eatre s\u00fbr de soi au point de se battre pour ce qui ne vous concerne pas&nbsp;\u201d.<br \/><br \/>\u2014 Nicolaus Pergaminus, <em>Dialogus Creaturarum moralisatus,<\/em>1480.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffcc9\">Rhinoceros ego sum vicini fontis at undas<br \/>Accelerans quamvis unda venena tegat<br \/>Cetera me sequitur animalis turba priorem<br \/>Ut videant sortis fata futura mee.<br \/><br \/>\u2014 Po\u00e8me anonyme, fin du XVe si\u00e8cle (Biblioth\u00e8que du Vatican, ms Rossi 1006)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">La viz venir une lictiere<br \/>De deux licornes soustenue,<br \/>Dont l&#8217;une fut Bont\u00e9 Enti\u00e8re;<br \/>L&#8217;autre si fut Doulce Mani\u00e8re,<br \/><br \/>La plus qui fust oncques cougneue.<br \/>Toute d&#8217;or se monstroit a veue<br \/>La lictiere et le parement,<br \/>Qui cousta mervilleusement.<br \/><br \/>Les deux licornes par le frain<br \/>Quatre grans princes adestroient :<br \/>Fleur de Jours fut le souverain<br \/>Et Bon Renon Qui N&#8217;est Pas Vain \u2014<br \/><br \/>Ces deux la premiere menoient.<br \/>Les autres deux qui la suyvoient,<br \/>L&#8217;un fut Noble Cuer Sans Envie<br \/>Et Desdaing Contre Vilennye.<br \/><br \/>\u2014 Olivier de la Marche, <em>Le chevalier d\u00e9lib\u00e9r\u00e9<\/em>, 1483.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fae7e7\">Vingt jours apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 J\u00e9rusalem, nous entr\u00e2mes dans une montagne d\u00e9serte dont la v\u00e9g\u00e9tation se bornait seulement \u00e0 quelques buissons \u00e9pineux, les p\u00e8lerins en cueillirent quelques branches parce que, disait-on, la couronne du Christ fut tress\u00e9e de ces \u00e9pines. Il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s midi quand nous v\u00eemes dans le d\u00e9sert un \u00e9trange animal. Nous pens\u00e2mes d\u2019abord \u00e0 un chameau, mais notre guide nous assura qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une Licorne, ou rhinoc\u00e9ros des sables. Il nous montra sa corne unique et longue de quatre pieds, si pointue et si dure qu\u2019il n\u2019est rien qui par elle ne soit perc\u00e9, et par cons\u00e9quent la plus grande prudence doit accompagner nos faits et gestes si nous ne voulons pas, par elle, \u00eatre tous d\u00e9cousus.<br \/><br \/>\u2014 Bernard von Breydenbach, <em>Le Saint Voyage et p\u00e8lerinage de la Cit\u00e9 Sainte de J\u00e9rusalem<\/em>, Paris, 1489<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">L&#8217;intemp\u00e9rance : La licorne, par intemp\u00e9rance et parce qu\u2019elle ne sait pas r\u00e9fr\u00e9ner son go\u00fbt des jouvencelles, oublie sa f\u00e9rocit\u00e9 et sa sauvagerie. Mettant toute crainte de c\u00f4t\u00e9, elle va vers la jeune vierge assise et s\u2019endort sur ses genoux. Ainsi les chasseurs s\u2019emparent d\u2019elle.<br \/><br \/>\u2014 Carnets de L\u00e9onard de Vinci, 1493-94<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#edf4d4\">item, sachez que en nostre terre sont les lycornes qui ont en leur fronc une corne tant seulement et y a de troys mani\u00e8res, de vers, de noirs et aussi de blans, et occisent le lyon aucunes foys. Mais le lyon les occit moult subtilement, car quant la lycorne est lass\u00e9e elle se mect de cost\u00e9 ung arbre, et le lyon va entour et la Iycorne le cuyde fraper de sa corne et elle frappe l\u2019arbre de sy grant vertus, que puys ne la peut oster , a donc le lyon la tue.<br \/><em><br \/>\u2014 Prestre Jehan \u00e0 l&#8217;empereur de Rome et au roy de France,<\/em> s.l.n.d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0e2f0\">A ung autre coust\u00e9\u2002dudict temple a ung clos auquel y a dedans deux unicornes vivans, et on les monstre pour une bien grande chose, ainsi qu\u2019il est vray. Je vous diray comment ilz sont faictz. Le plus grand est faict ainsi que ung poulain d\u2019ung an et a une corne d\u2019environ quatre paulmes de long et est de couleur ainsi que ung bay brun, et a la teste ainsi que ung cerf et n\u2019a pas long col et a creyns clers et cours et pendans d\u2019ung coust\u00e9 et a la jambe subtille et seiche comme un chevreul. Il a le pied un petit fendu devant l\u2019ongle et ainsi que d\u2019une chievre et a quelque peu de poils aux jambes derriere. Et certainement, il monstre d\u2019estre une tresfiere et discrete beste. Et furent lesdictes bestes present\u00e9es au Souldan de la Mecque pour la plus belle chose qui soit aujourd\u2019huy au monde et pour une riche tresor. Lesquelz furent envoyez par un roy d\u2019Ethiopie, c\u2019est \u00e0 dire par ung roy More. Et ledict roy fesit ledict present pour prendre alliance audict Souldan de la Mecque. <br \/><br \/>\u2014 <em>Les voyages de Ludovico di Vartema ou le Viateur, en la plus grande partie d\u2019Orient,<\/em> 1888 (1511)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dfeff6\">Ce chariot \u00e9tait tir\u00e9 par des licornes ressemblant \u00e0 des cerfs par la t\u00eate. Leurs colliers \u00e9taient de passements de fils d\u2019argent et de soie jaune, ensemble les traits attach\u00e9s \u00e0 boucles d\u2019or, avec les autres harnais et garnitures n\u00e9cessaires. Chaque licorne portait une nymphe v\u00eatue de toile bleue, tissue \u00e0 fleurs et \u00e0 feuillages.<br \/><br \/>\u2014 Francesco Colonna, <em>Hypnerotomachi Poliphili<\/em>,  1497,  trad. Jean Martin, 1546<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3e7ea\">Six licornes blanches, consacr\u00e9es \u00e0 Diane, ayant la vigueur du cheval et la vitesse du cerf, la t\u00eate arm\u00e9e comme lui d&#8217;une lance ac\u00e9r\u00e9e, plus redoutable encore que ses bois \u00e0 triple \u00e9tage , tra\u00eenaient ce char avec des traits d&#8217;argent et de soie; des nymphes musiciennes&nbsp;montaient ces animaux l\u00e9gers, et les conduisaient au son de leurs instruments. Sur le char \u00e9tait la statue de Dana\u00e9 recevant la pluie d&#8217;or dans un pan de sa tunique : une foule innombrable de courtisanes vou\u00e9es de c\u0153ur \u00e0 ce Jupiter pluvieux la suivaient et chantaient&nbsp;<em>Utinam!<\/em><br \/><br \/>\u2014 Francesco Colonna, , <em>Hypnerotomachi Poliphili<\/em>, 1497, trad. Jacques Legrand, 1804<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbe1e1\">Il me sembla que la terre s\u2019ouvrait entre les roues et j\u2019en vis sortir un dragon qui enfon\u00e7a sa queue dans le char.[\u2026]&nbsp;Ainsi transform\u00e9, le char sacr\u00e9 fit para\u00eetre plusieurs t\u00eates en ses diverses parties, trois au timon et une \u00e0 chacun de ses coins. Les premi\u00e8res avaient des cornes comme les b\u0153ufs, mais les autres n&#8217;en avaient qu&#8217;une au milieu du front&nbsp;; on ne vit jamais un pareil monstre.<br \/><br \/>\u2014 Dante, <em>La divine com\u00e9die<\/em>, Le purgatoire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbf6e5\">Ce fut vous, Pasteurs, qu\u2019eut sous les yeux l\u2019\u00c9vang\u00e9liste, quand avec les rois il vit forniquer celle qui est assise sur les eaux, celle qui naquit avec les sept t\u00eates et eut les dix cornes pour signe, tant que la vertu plut \u00e0 son \u00e9poux.<br \/><br \/>\u2014 Dante, <em>La divine com\u00e9die, L\u2019enfer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3def0\">Le roi entra le lendemain en la cit\u00e9 de Florence, et lui avait ledit Pierre fait bailler sa maison, et d\u00e9j\u00e0 \u00e9tait l\u00e0 le seigneur de Ballassat pour faire ledit logis; lequel quand il sut la fuite dudit Pierre de M\u00e9dicis, se prit \u00e0 piller tout ce qu\u2019il trouva en ladite maison, disant que leur banque \u00e0 Lyon lui devait grande somme d\u2019argent; et entre autres choses il prit une licorne enti\u00e8re (qui valait six ou sept mille ducats), et deux grandes pi\u00e8ces d\u2019une autre, et plusieurs autres biens.<br \/><br \/>\u2014 M\u00e9moires de Philippe de Comines<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f5f5\">Le unicorne est en rigeur si poissant,&nbsp;<br \/>Que on ne le scet par art de veneur prendre,&nbsp;<br \/>Et par sa corne est venin banissant&nbsp;<br \/>Du lieu ou touche et qui le peult comprendre.<br \/>Pour ce \u00e0 la fin de l&#8217;unicorne avoir&nbsp;<br \/>Hors la forest lescript faict assavoir&nbsp;<br \/>Que on lui presente et face attention&nbsp;<br \/>D&#8217;une pucelle en pure intention,&nbsp;<br \/>Car sa rigeur lors mue en doulceur belle,<br \/>Que on presente pour sa d\u00e9tention&nbsp;<br \/>A lunicorne agr\u00e9able pucelle.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Firmin Pingr\u00e9, <em>Chant royal<\/em>, 1497<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffebcf\">Au premier mets toute la vaisselle fut de fin or, comme la table&nbsp; de la Royne: &amp; fusmes servis d\u2019une confiture cordialle, faicte de razure de &nbsp;Licorne&nbsp;, des deux sandaux, avec perles cuites &amp; esteinctes en eau de vie jusques \u00e0 resolution, manne, pignons, musq, &amp; or moulu en eau rose, precieusement composez &amp; assemblez en masse, avec succre &amp; amydon, &amp; nous en fut donn\u00e9 \u00e0 chacun deux morceaux sans boire: qui est un manger pour preserver de toute poison, delivrer de fievre, ou humeur melancholique, &amp; conserver la sant\u00e9 &amp; jeunesse.<br \/><br \/>\u2014Francesco Colonna, <em>Le Songe de Poliphile<\/em>, 1499<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6fdf4\">Vers le champ Helyon, dans la Terre Promise, coule la rivi\u00e8re Mara, dont Mo\u00efse d\u00e9sinfecta les eaux impures d&#8217;un coup de son b\u00e2ton, afin que les enfants d&#8217;Isra\u00ebl puissent boire. Aujourd&#8217;hui encore, les animaux maudits corrompent cette eau d\u00e8s le coucher du soleil, et nul ne peut plus en boire. Mais \u00e0 l&#8217;aurore, la licorne sort de la mer, plonge sa corne dans le flot et en retire le venin afin que les autres animaux puissent boire de cette eau pendant tout le jour. Ce que je d\u00e9cris ici, je l&#8217;ai vu de mes propres yeux.<br \/><br \/>\u2014 Johan van Hesse, <em>Itinerarium Joannis de Hesse Presbyteri ad Hierusalem, <\/em>1499.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffdd5\">Le sommelier porte en ses bras la nef d\u2019argent, ensemble le b\u00e2ton d\u2019argent et la licorne dont on fait la preuve en la viande du prince. Et doit le valet servant prendre la petite nef, o\u00f9 est la licorne, et la porter au sommelier qui est au buffet, et le sommelier doit mettre de l\u2019eau fra\u00eeche sur la licorne et en la petite nef et doit bailler l\u2019essai au sommelier, vidant de la petite nef en une tasse, et la doit apporter en sa place et faire son essai devant le prince, vidant l\u2019eau de sa nef en sa main.<br \/><br \/>\u2014 <em>M\u00e9moires de Messire Olivier de la Marche, Ma\u00eetre d&#8217;h\u00f4tel de Charles le T\u00e9m\u00e9rairre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dff2e6\">Ledict comte estoit mont\u00e9 et arm\u00e9 comme en tel cas il apartient : et estoit son destrier couvert d&#8217;un demy satin verd, selon mon souvenir : et s\u00e7ay bien que par-dessus la couverte avoit cinq licornes richement brod\u00e9es.<br \/>[\u2026]<br \/>Apres luy venoyent quatre chevaux couverts, de velours noir charg\u00e9 d&#8217;orfaverie dor\u00e9e et blanche, moult-richement, et avoyent lesdicts chevaux chanfrains d&#8217;argent, dont issoit une longue corne tenant au front, \u00e0 mani\u00e8re de licorne ; et furent icelles tortivees d&#8217;or et d&#8217;argent.<br \/><br \/>\u2014 <em>M\u00e9moires de Messire Olivier de la Marche, Ma\u00eetre d&#8217;h\u00f4tel de Charles le T\u00e9m\u00e9rairre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fddde8\">Il na\u00eet dans cette r\u00e9gion [en Inde] un animal \u00e0 t\u00eate de porc et corps de b\u0153uf, qui porte au front une corne unique d\u2019un coude de longueur. Il a la couleur et la taille de l\u2019\u00e9l\u00e9phant, avec lequel il est en guerre perp\u00e9tuelle. Sa corne combat le venin.<br \/><br \/>\u2014 \u00c6neas Sylvius Piccolomini (futur pape Pie II), <em>Cosmographia<\/em>, 1503.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d4e9f9\">All present wer in twynkling of ane e,<br \/>Baith beist and bird and flour, befoir the quene.<br \/>And first the lyone, gretast of degr\u00e9,<br \/>Was callid thair, and he most fair to sene,<br \/>With a full hardy contenance and kene,<br \/>Befoir Dame Natur come and did inclyne,<br \/>With visage bawld and curage leonyne.[\u2026]<br \/><br \/>This lady liftit up his cluvis cleir,<br \/>And leit him listly lene upone hir kne;<br \/>And crownit him with dyademe full deir,<br \/>Of radyous stonis most ryall for to se,<br \/>Saying, &#8220;The king of beistis mak I thee,<br \/>And the chief protector in the woddis and schawis.<br \/>Onto thi leigis go furth, and keip the lawis.<br \/><br \/>Exerce justice with mercy and conscience,<br \/>And lat no small beist suffir skaith na skornis<br \/>Of greit beistis that bene of moir piscence.<br \/>Do law elyk to aipis and unicornis,<br \/>And lat no bowgle with his busteous hornis<br \/>The meik pluch ox oppres for all his pryd,<br \/>Bot in the yok go peciable him besyd.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 William Dunbar, <em>The Thrissils and the Rois<\/em>, 1503<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7f3cf\">Ine thee hys God bycome a chyld,<br \/>Ine thee hys wreche bycome myld;<br \/>That unicorn that was so wyld<br \/>Aleyd hys of a cheaste:<br \/>Thou hast ytamed and istyld<br \/>Wyth melke of thy breste.<br \/><br \/>\u2014 Po\u00e8me anglais du XVe si\u00e8cle, cit\u00e9 in Karen Saupe, <em>Middle English Marian Lyrics, <\/em>1997<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Lucifer, je dois d\u00e9clarer,&nbsp;<br \/>Et tu devras bien m\u2019approuver,&nbsp;<br \/>Qu\u2019aux femmes de bien je ne touche.&nbsp;<br \/>Et sur elles n\u2019ouvre la bouche,&nbsp;<br \/>Je regarde une saveti\u00e8re&nbsp;<br \/>Porter ung est\u00e2t maintenant&nbsp;<br \/>Aussy pompeux et advenant,&nbsp;<br \/>Qu\u2019une bien notable bourgeoise.&nbsp;<br \/>Au fort je n\u2019y mets point de noise;&nbsp;<br \/>Peu m\u2019importe qu&#8217;il en soit ainsy.&nbsp;<br \/>Une simple bourgeoise aussy&nbsp;<br \/>Est atourn\u00e9e, au temps quy court,&nbsp;<br \/>Selon la mode de la court,&nbsp;<br \/>Comme une grande damoiselle,&nbsp;<br \/>Et veult estre semblable \u00e0 elle.&nbsp;<br \/>Une damoiselle \u00e0 son tour,&nbsp;<br \/>Comme l\u2019on en voit chaque jour,&nbsp;<br \/>A trois psaumes et trois le\u00e7ons,&nbsp;<br \/>Est mise en si belles fa\u00e7ons,&nbsp;<br \/>Qu\u2019il semble, \u00e0 voir tant de richesse,&nbsp;<br \/>Qu\u2019elle soit comtesse ou duchesse.&nbsp;<br \/>C\u2019est ung petit mont\u00e9 trop hault,&nbsp;<br \/>Quoi que pour moy c\u2019est ce qu\u2019il fault.&nbsp;<br \/>Elles semblent, bien \u00e0 mon gr\u00e9,&nbsp;<br \/>Exc\u00e9der fort en leur degr\u00e9.&nbsp;<br \/>Chascune, \u00e0 sa guise nouvelle,&nbsp;<br \/>De jour en jour se renouvelle.&nbsp;<br \/>Bref elles font rage de bruire ;&nbsp;<br \/>Aussy les s\u00e7ais-je bien instruire.&nbsp;<br \/>Jadis je les vis bien tourn\u00e9es,&nbsp;<br \/>J\u2019entends moy si bien encorn\u00e9es,&nbsp;<br \/>Qu\u2019elles surmontoient les licornes.&nbsp;<br \/>Elles portoient deux grandes cornes,&nbsp;<br \/>Et les licornes n\u2019en ont qu\u2019une.&nbsp;<br \/>Je ne s\u00e7us trouver cause aulcune&nbsp;<br \/>Quy les rendoit aussy cornues,&nbsp;<br \/>Sinon qu\u2019estant bien de corps nues,&nbsp;<br \/>Elles sembloient pour toutes sommes&nbsp;<br \/>Vouloir toutes heurter aux hommes !&nbsp;<br \/>Il n\u2019estoit si pauvre tripi\u00e8re.&nbsp;<br \/>Au temps que je dis, ni fripi\u00e8re&nbsp;<br \/>De quelque pauvre lieu venue,&nbsp;<br \/>Quy ne voulust estre cornue.&nbsp;<br \/>C\u2019estoit comme de grandes ch\u00e8vres&nbsp;<br \/>Assez pour te donner les fi\u00e8vres.&nbsp;<br \/>Alors tout le monde en parla,&nbsp;<br \/>Et le fr\u00e8re Roux en prescha.&nbsp;<br \/><br \/>Eloy d\u2019Amerval, <em>Le livre de la grande deablerie, <\/em>1508<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feebe4\">Auprez d\u2019icelluy monast\u00e8re, jouxte l&#8217;\u00e9glise Saincte Croix, estoit eslevee une petite establye bien proprement accoustree, et en icelle estoit une motte de terre, sur laquelle estoyt ung escu my party de France et de Bretaigne soubz une couronne ; de cost\u00e9 d&#8217;icelluy escu ung cerf, d&#8217;aultre cost\u00e9 une lycorne, bien faicts a merveilles, et lesquelles bestes soustenoyent ledict escu en mouvant leurs testes et les inclynant vers le Roy. En icelle establye estoyt escript ce que s&#8217;ensuyt :<br \/>Quand la Lycorne et le grand Cerf<br \/>L&#8217;armarye tiennent ensemble,<br \/>Il n&#8217;est ennemy qui ne tremble<br \/>Et qu\u2019ilz ne rendent a eux serf.<br \/><br \/><em>L&#8217;entr\u00e9e du roi Louis XII et de la reine \u00e0 Rouen, <\/em>1508<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6e2f2\">Le grand veneur qui tout mal nous pourchasse,<br \/>Portant epieux agus et affil\u00e9s,<br \/>Tant pourchassa par sa mortelle chasse, .<br \/>Qu&#8217;il print un cerf en ses lacz et filets<br \/>Lesquels avoit par grand despit fill\u00e9s<br \/>Pour le surprendre au beau parc d&#8217;innocence.<br \/>Lors la licorne en forme et belle essence<br \/>Saillant en l&#8217;air comme royne des bestes,<br \/>Sans craindre envieux et canin,<br \/>Monstrer se vint au veneur \u00e0 sept testes<br \/>Pure licorne expellant tout venin.<br \/>[\u2026]<br \/>Veneur maudit, retourne \u00e0 tes tempestes,<br \/>Va te plonger au gouffre sulphurin,<br \/>Puisque n&#8217;as prins, par tes cors et trompestes,<br \/>Pure licorne expellant tout venin.<br \/><br \/>\u2014 Palinod (po\u00e8me marial) de Dom Nicolle Lescarre, circa 1520<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eff9d1\">Et lors celle qui au monde est la seule gloire et louenge du sexe f\u00e9minin avecques ung lent et modeste pas non autrement ses compa\u00eegnes precedoit que faict la licorne entre les autres animaulx. Son habit avoit purpurin, les cheveulx feuilluz et longz et ung peu entortillez et respanduz sur son divin collet avec une couronne de plusieurs fleurs qui son sacr\u00e9 chief couvroit, laquelle en passant donnoit une odeur et fragrance arabicque qui a ung mort auroit la vie restitu\u00e9e.<br \/><br \/>\u2014 Fran\u00e7ois Dassy, <em>Dialogue tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant intitul\u00e9 le P\u00e9regrin, <\/em>1529.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6fac6\">Or, le Christ aussi est un peu obstin\u00e9 et montre ici m\u00eame qu&#8217;il veut \u00eatre libre de tout gouvernement et de toute contrainte. [\u2026] Il est comme une licorne dont on dit qu&#8217;on ne saurait la capturer vivante, quelle que soit la mani\u00e8re dont on la traque ou la chasse; on pourrait certes la poignarder, lui tirer dessus et la tuer, mais la capturer est impossible. Aussi fait-il de m\u00eame: qu&#8217;on l&#8217;aborde avec des lois et que l&#8217;on tente de l&#8217;y soumettre, il ne le souffre pas, il passe au travers comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une toile d&#8217;araign\u00e9e, et leur lit en outre un bon texte.<br \/><br \/>\u2014 Martin Luther, Sermon sur les brebis perdues, 25 ao\u00fbt 1532.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2781333\">Et un peu apr\u00e8s marchoyent quatre bacines ou trompettes devant un chariot triomphant sur lequel estoit le dieu Mars, arm\u00e9 de toutes pi\u00e8ces, assis en une chaire triomphale battue en or et en azur : ledit chariot enrichi d&#8217;or et d&#8217;argent, autour duquel estoyent pourtraites choses servantes aux armes, comme instrumens de guerre, conduit par six hommes sylvestres. Devant lequel estoyent les neuf preux magnifiquement en ordre, vestus de draps de soye de diverses couleurs, enrichis de broderies ; trois vestus \u00e0 la juda\u00efque : c&#8217;est \u00e0 savoir, Josu\u00e9, David et Judas Machabeus, montez sur un \u00e9l\u00e9phant, un chameau et un cerf; Hector, Alexandre et Jules C\u00e9sar \u00e0 la turque, montez sur une licorne, un griffon et un dromadaire, lesquelles bestes estoyent encaparen\u00e7onn\u00e9es de draps de soye \u00e0 broderie, si bien pourtraites sur le vif, et ayant tels mouvemens qu&#8217;il sembloyt estre naturelles ; et Artur, Charlemagne et Godefroi de Bouillon, vestus \u00e0 la fran\u00e7oise, montez sur coursiers faisant pennades et sauts si \u00e0 propos qu&#8217;il n&#8217;est possible de mieux faire.<br \/><br \/>\u2014 Charles de Bourgueville de Bras, <em>Entr\u00e9e triomphante du roi Fran\u00e7ois Ier faite en la ville et universit\u00e9 de Caen, en l\u2019an mil cinq cent trente deux, avec l\u2019ordre tr\u00e8s exquis en icelui tenu,<\/em> 1863.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4fded\">En faisants jecter leurs chevaulx sur la greve, monterent dessus, prenant leur chemin le long d\u2019une sente, o\u00f9 ilz n\u2019eurent longuement chemin\u00e9 qu\u2019ilz entr\u2019ouyrent une voix piteuse dans la montaigne, vers laquelle ilz coururent \u00e0 bride abbatue, et arrivants au hault veirent un saulvaige mont\u00e9 sur une Licorne, tenant par les cheveulx un damoysel, lequel appercevant les chevaliers leur escria : \u00ab Helas seigneurs, pour Dieu delivrez-moy de cestuy, qui me tourmente avecq\u2019 tant de misere. \u00bb [\u2026] Mais le saulvaige s\u2019enfouyt sur la Licorne, entrainant le damoysel quant et luy, dont les cinq chevaliers esmeuz \u00e0 piti\u00e9, le suyvirent \u00e0 course de cheval jusques hors du boys, qu\u2019ilz entrerent \u00e0 une grande plaine, au meilleu de laquelle estoit un lac, o\u00f9 s\u2019abismerent le saulvaige, la Licorne et le damoysel. Et \u00e0 l\u2019instant veirent venir \u00e0 eulx six aultres Geants armez de toutes pieces, et montez sur de grandz chevaulx : lesquelz leur escrierent \u00e0 haulte voix : \u00ab Chevaliers trop temeraires, qui vous meut d\u2019ainsi suyvre nostre saulvaige ? Par Dieu vous mourrez tous presentement. \u00bb A ce cry Lisuart et ses compaignons baisserent la veue de leurs armetz, et couchants leurs boys, coururent sus aux Geants.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le sixiesme livre d\u2019Amadis de Gaule, mis en fran\u00e7ois par le Seigneur des Essars<\/em>, Nicolas de Herberay, 1545<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4dfee\"><em>Madame,<\/em><br \/><em>Il y a quelque temps, j&#8217;avais un beau morceau d&#8217;une pointe de corne de licorne qui m&#8217;avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par une grande dame. J&#8217;en prenais grand soin en raison des propri\u00e9t\u00e9s que poss\u00e8de ladite corne, dont j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s jalouse, quand je me suis aper\u00e7ue que, par un grand malheur, je l&#8217;avais perdue. On m&#8217;avait demand\u00e9 de la pr\u00eater \u00e0 une personne malade, ce que j&#8217;ai fait par amiti\u00e9, mais lorsque je lui ai demand\u00e9 de me la rendre, je n&#8217;ai pas pu la r\u00e9cup\u00e9rer et elle m&#8217;a r\u00e9pondu qu&#8217;on la ui avait vol\u00e9e. Or cette petite pi\u00e8ce m&#8217;avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e pour \u00eatre mont\u00e9e. Madame, je n&#8217;ai pas dbijoutier ici dans cette ville, et c&#8217;est pourquoi je vous prie de vous renseigner pour savoir si ce morceau de corne de licorne peut \u00eatre mont\u00e9e, et vous me feriez un immense plaisir, Madame. Je prie Dieu, Madame, d&#8217;acc\u00e9der aux d\u00e9sirs que vous pourriez \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 lui demander.<\/em><br \/><em>De Dunkerque, votre humble servante et bonne amie. <\/em><br \/><br \/>\u2014 Lettre d&#8217;Antoinette de Saveuse \u00e0 Lady Lisle, 1537.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Tournant \u00e0 la Cattigaire qui est appell\u00e9e Cattay je dictz que en elle se nourrissent les&nbsp;licornes, car j&#8217;en ay veu l&#8217;exp\u00e9rience.<br \/><br \/>\u2014 Jean Alfonse de Saintonge, <em>La cosmographie avec l\u2019esp\u00e8re et r\u00e9gime du soleil et du Nord, <\/em>1545.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe5e5\">Et icy descend une bonne rivi\u00e8re, laquelle descend de l\u2019Estiope, et en ceste rivi\u00e8re se trouve de&nbsp;l&#8217;or fin, et icy le faisoit amasser la royne de Saba.&nbsp;En ceste terre d&#8217;Estiope y a forces ell\u00e9fans et robinc\u00e9rons qui est une mani\u00e8re de licornes, et est&nbsp;<br \/>quasi form\u00e9e comme une musle. Et y a forces chameaux et beaucoup d&#8217;aultres bestes de diverses mani\u00e8res.<br \/><br \/>\u2014 Jean Alfonse de Saintonge, <em>La cosmographie avec l\u2019esp\u00e8re et r\u00e9gime du soleil et du Nord, <\/em>1545.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2ddc9\"><em>Monsieur mon ally\u00e9,<\/em><br \/><em>madame Duperon m\u2019a escript comme madame estoit malade de la rougeolle, &amp; vous advise que le Roy a est\u00e9 bien esbay que ne l\u2019en avez adverty, mais lu yay dit qu\u2019il failloit que vos lectres eussent \u00e9t\u00e9 perdues, parquoy ferez bien de faire vos excuses le myeulx que pourrez, &amp; d\u2019envoyer qu\u00e9rir monsieur Fernel &amp; autres m\u00e9decins de Paris pour donner ordre qu\u2019il n\u2019en puisse venir inconv\u00e9niant. Je vous envoye de la licorne pour luy en faire user ainsy qu\u2019il sera ordonn\u00e9. Vous nous manderez des nouvelles le plus tost que vous pourrez. En attendant me recommanderay \u00e0 vostre bonne gr\u00e2ce, priant Dieu, monsieur mon ally\u00e9, vous donner ce que vous d\u00e9sirez.<\/em><br \/><em>Vostre ob\u00e9yssante bone aly\u00e9<\/em><br \/><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dianne de Poytiers<\/em>, <br \/><br \/>\u2014 <em>Lettre \u00e0 Jean de Humi\u00e8res, gouverneur des enfants de France,<\/em> 1547<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dcf0fa\">Je vous envoie pareillement troys jeunes Unicornes plus domesticques et apprivois\u00e9es, que ne seroient petitz chattons. J\u2019ay conf\u00e9r\u00e9 avecques l\u2019escuyer, et dict la mani\u00e8re de les traiter. Elles ne pasturent en terre, obstant leur longue corne on front. Force est que pasture elles prenent es arbres fruictiers, ou en ratelliers idoines, ou en main leur offrant herbes, gerbes, pommes, poyres, orge, touzelle&nbsp;: brief toutes esp\u00e8ces de fruictz et de legumaiges. Je m\u2019esbahis comment nos escrivains antiques les trouvent tant farouches, feroces, et dangereuses, et oncques vives n\u2019avoir est\u00e9 veues. Si bon vous semble ferez \u00e9preuve du contraire&nbsp;: et trouverez qu\u2019en elles consiste une mignotize la plus grande du monde, pourveu que malicieusement on ne les offense.<br \/><br \/>\u2014 Rabelais, <em>Le Quart livre des faicts et dicts h\u00e9ro\u00efques du bon Pantagruel<\/em>, ch.XXIX, 1548<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6e6\">il marchoit an milieu de ce d\u00e9sers aride &amp; glac\u00e9, lorsqu&#8217;une troupe d&#8217;animaux entre lesquels il remarqua des loups, des ours &amp; des licornes, vint lui barrer le passage, faisant les plus grands efforts pour se jeter fur lui &amp; le d\u00e9vorer. Il les \u00e9carta avec sa lance &amp; en fit un carnage si effroyable que la blancheur de la neige disparut et prit la couleur du sang.<br \/><br \/><em>\u2014 Le premier livre de l&#8217;ancienne chronique de G\u00e9rard d&#8217;Euphrate, duc de Bourgogne<\/em>, 1549<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7edce\">G\u00e9rard se mit donc en route, couvert d&#8217;armes noires; l&#8217;\u00e9cu \u00e9tait charg\u00e9 d&#8217;un c\u0153ur enflamm\u00e9, et ayant pour devise <em>Au del\u00e0 du tombeau. <\/em>Il traversa une for\u00eat et se trouva au bord d&#8217;un torrent imp\u00e9tueux, sur lequel on avait jet\u00e9 un pont \u00e9troit. Un g\u00e9ant se pr\u00e9sente pour en d\u00e9fendre le passage&nbsp;; G\u00e9rard s\u2019\u00e9lance sur lui, et du premier coup de lance le pr\u00e9cipite dans les eaux. Il passe le pont, mais aussit\u00f4t il est oblig\u00e9 de livrer un nouveau combat \u00e0 un chevalier mont\u00e9 sur un char tra\u00een\u00e9 par deux licornes. Ces dangereux animaux portaient chacun au milieu du front une corne longue de six pieds, dont ils se servaient comme d\u2019une lance pour emp\u00eacher qu\u2019on n\u2019approch\u00e2t de leur ma\u00eetre, qui au moyen de cette d\u00e9fense restait hors de port\u00e9e des armes de son adversaire, tandis que d\u2019un long et terrible trident, il lui \u00e9tait possible de l\u2019atteindre. G\u00e9rard lutta longtemps contre ce formidable ennemi, et ne put en venir \u00e0 bout qu\u2019en abattant avec sa bonne \u00e9p\u00e9e les deux d\u00e9fenses des licornes. Aussit\u00f4t, l\u2019assaillant perdit courage et prit la fuite.<br \/><br \/><em>\u2014 Le premier livre de l&#8217;ancienne chronique de G\u00e9rard d&#8217;Euphrate, duc de Bourgogne<\/em>, 1549 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff6dd\">La licorne ha du lyon le courage,<br \/>Voix de toreau, corps &amp; crins de cheval,<br \/>Teste de cerf, queue de porc sauvage<br \/>Pieds d\u2019\u00e9l\u00e9phant, prompte \u00e9 l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mal.<br \/>Jamais n\u2019est prins tout vif cest animal.<br \/>Dessus son front une grand corne excelle,<br \/>Longue de deux coud\u00e9es &amp; icelle<br \/>Mortelle en coup et contraire au venin.<br \/>Si grand fiert\u00e9 se rend \u00e0 la pucelle<br \/>Tant ha doulx trait visage f\u00e9minin<br \/><br \/>\u2014 Barth\u00e9l\u00e9my Aneau, <em>D\u00e9cades de la description, forme et vertu naturelle des animaulx,<\/em> 1549.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Lors retourn\u00e8rent les deux combattants aux deux bouts du camp, et voyant la Reine qu\u2019il s&#8217;\u00e9branlait pour commencer sa course, mais sa lance attach\u00e9e \u00e0 l\u2019arr\u00eat et prit son arc, duquel elle d\u00e9cocha le trait si rudement que l\u2019\u00e9cu en fut travers\u00e9, passant entre le corps et le bras de Lisvart, sans toutefois lui faire aucun d\u00e9plaisir. Et quant chargeas, donnant des \u00e9perons \u00e0 la licorne, qui semblait mieux voler que courre. Mais au joindre Lisvart haussa la lance, pour ne l\u2019outrager, et elle le rencontra de telle raideur que lui fauchant \u00e9cu et harnais, l\u2019eut entam\u00e9 jusque au c\u0153ur si la maille qu\u2019il avait dessous n\u2019y eut r\u00e9sist\u00e9, contre laquelle elle se brisa et vola en \u00e9clats, si mal \u00e0 propos pour Lisvart qu\u2019une partie de la corne de la licorne lui demeura rompue dedans le muscle de la cuisse gauche, dont il sentit tr\u00e8s grand douleur. Et n\u00e9anmoins se releva promptement et tira hors cette andouille, la jetant par la place.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le huitiesme livre d&#8217;Amadis de Gaule mis en francoys par le seigneur des Essars Nicolas de Herberay<\/em>, 1550<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffede7\">Or, en nous enqu\u00eatant amplement de la source du Nil, trouvions qu\u2019il y a au Royaume Gogian, qui s\u2019\u00e9tend depuis celui de Sceva vers le p\u00f4le antarctique, un immensurable monceau de tr\u00e8s hautes montagnes, beaucoup plus \u00e9lev\u00e9es que Caucase et Atlas, et que ces n\u00f4tres Alpes d\u2019Europe. Leurs coupeaux, environn\u00e9s de neiges perp\u00e9tuelles et tous raides de gel\u00e9es, semblent se m\u00ealer avec les nues et soutenir le ciel. De tant excessivement grands et gros rochers est manifeste que les places du milieu et les bases sont rev\u00eatues de tr\u00e8s \u00e9paisses for\u00eats d\u2019arbres fort longs et hauts. Lesquelles places, inaccessibles aux hommes, sont tani\u00e8res de b\u00eates sauvages et bellues de toutes sortes. Car elles sont couvertes de lions \u00e0 grands crins, de panth\u00e8res, de tigres, d\u2019ours et de sangliers. Mais les troupeaux d\u2019\u00e9l\u00e9phants vagabondent aux champs, qui sont au bas du pied des montagnes. Aussi assurent les habitants du royaume Gogian qu\u2019en ces vall\u00e9es s\u2019engendrent des dragons avec des ailes lesquels, ayant pieds semblables \u00e0 ceux des oies, marchent sur terre petit \u00e0 petit, et qu\u2019illec se trouve le cam\u00e9lopardal, que ceux de notre quartier nomment Girafe, autrefois vu \u00e0 Florence, pr\u00e9sent fait par le Grand Soudan \u00e0 Laurent de M\u00e9dicis auquel il l\u2019envoya. Autant en affirment-ils de la licorne. Laquelle, \u00e9tant de la forme d\u2019un poulain de couleur cendr\u00e9e, de col \u00e0 crins et de barbe de bouc, est arm\u00e9e sur le devant de son front d\u2019une corne de deux coud\u00e9es, laquelle corne, polie et blanche comme ivoire mais bigarr\u00e9e de p\u00e2les couleurs, est estim\u00e9e avoir merveilleuse puissance \u00e0 diminuer et assoupir les venins et poisons. Au moins tiennent-ils pour certain que, l&#8217;ayant plong\u00e9e et toyrnoy\u00e9e dedans l&#8217;eau ou auront bu premi\u00e8rement quelques b\u00eates venimeuses, l&#8217;abreuvoir est purg\u00e9 en sorte qu&#8217;elle peut boire sainement. Bien disetn-ils qu&#8217;elle ne peut \u00eatre arrach\u00e9e \u00e0 son animant durant sa vie, parce qu&#8217;il ne peut \u00eatre surpris par nuls aguets. Toutefois, que l&#8217;on la trouve bien aux d\u00e9serts, lui \u00e9tant tomb\u00e9e de soi-m\u00eame comme nous voyons advenir aux cerfs qui, par les imperfections de vieillesse, laissent leurs vieilles ramures aux veneurs, se renouvelant leur nature.<br \/>[\u2026]De ces tant \u00e2pres et immesurables rochers, qui sont nomm\u00e9s Monts de la Lune par les chorographes, sortent efforc\u00e9ment, par fr\u00e9quente et abondante source, les fontaines du Nil, en lieu fort cach\u00e9 qui se nomme Beth, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9sert en langue Abyssine.<br \/><br \/>\u2014 <em>Histoires de Paolo Iovio, Comois, \u00c9v\u00eaque de Nocera, sur les choses faites et advenues de son temps en toutes les parties du monde<\/em>, 1552.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9e4e4\">C&#8217;est une b\u00eate f\u00e9lonne \u00e0 merveilles, du tout semblable \u00e0 un beau cheval, except\u00e9 qu&#8217;elle a la t\u00eate comme un cerf, les pieds comme un \u00e9l\u00e9phant, la queue comme un sanglier, et au front une corne aigu\u00eb, noire et longue de six ou sept pieds. Laquelle ordinairement lui pend en bas comme la cr\u00eate d&#8217;un coq d&#8217;Inde. Quand elle veut combattre ou autrement s&#8217;en aider, elle la l\u00e8ve raide et droite. <br \/>Une d&#8217;icelles je vis, accompagn\u00e9e de divers animaux sauvages, avec sa corne \u00e9monder une fontaine. L\u00e0 me dit Panurge que son courtaut ressemblait \u00e0 cette unicorne, non en longueur du tout, mais en vertu et propri\u00e9t\u00e9. Car ainsi comme elle purifiait l&#8217;eau des mares et fontaines d&#8217;ordure ou venin aucun qui y \u00e9tait, et ces animaux divers, en s\u00fbret\u00e9, venaient boire apr\u00e8s elle, ainsi s\u00fbrement on pouvait apr\u00e8s lui farfouiller sans danger de chancre, v\u00e9role, pisse-chaude, poulains gren\u00e9s et tels autres menus suffraiges, car si aucun mal \u00e9tait au trou m\u00e9phitique, il \u00e9mondait tout avec sa corne nerveuse. &#8211; Quand, dit fr\u00e8re Jean, vous serez mari\u00e9, nous ferons l&#8217;essai sur votre femme<br \/><br \/>\u2014 Rabelais, <em>Le Cinqui\u00e8me livre des faicts et dicts h\u00e9ro\u00efques du bon Pantagruel<\/em>, 1552<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fae3ce\">Il n&#8217;y a homme, quelque grand qu&#8217;il soit, qui n&#8217;ait peine de toucher jusques \u00e0 la sommit\u00e9 de la licorne du roi!, tant elle est longue : car elle a sept grands pieds de hauteur. Elle ne p\u00e8se que treize livres et quatre onces, toutefois \u00e0 la soupeser elle semble en avoir plus de dix-huit. [\u2026]<br \/>Voyant donc que c&#8217;est un faix si pesant sur la t\u00eate d&#8217;une b\u00eate, faut penser que l&#8217;animal qui la porte ne peut \u00eatre de moindre corsage qu&#8217;un grand boeuf.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Pierre Belon, <em>Les observations de plusieurs singularit\u00e9s et choses m\u00e9morables, <\/em>1553.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dceeff\"><em>Lorsqu\u2019on verra les deux licornes<\/em><br \/><em>L\u2019une baissant, l\u2019autre abaissant,<\/em><br \/><em>Monde au milieu, pilier aux bornes,<\/em><br \/><em>S\u2019enfuira le neveu riant<\/em>.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les Proph\u00e9ties de M. Michel Nostradamus<\/em>,1555<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dafee7\">Si fut Ethiopie premi\u00e8rement ainsi appell\u00e9e pour la couleur du peuple que le Soleil qui est pres d\u2019eulx ard &amp; brusle par sa chaleur, &amp; les fait devenir noirs, comme dit Ysidore au quinziefme liure. En ethiopi est toujours la chaleur tresardante, &amp; vers Midy plaine de montaignes, &amp; au meilleu est sablonneuse, &amp; vers Orient elle est deserte. Ethiopie est assise entre la fin du mont d\u2019Athlas jufques en egvpte, &amp; est close par devers Midy d\u2019une riviere qui \u00e0 nom Ostie, &amp; par devers Septentrion d\u2019un autre fleuve, qui est appell\u00e9 le Nil.En ethiopie a moult de gens merveilIeux, laidz, horribles &amp; contrefaitz &amp; si y a moult de bestes sauvages &amp; serpens. La sont trouv\u00e9es les Licornes &amp; les Camelons &amp; les grands Dragons, efquelz on prent en leur cerveau les pierres precieuses, comme Topaces, Iacintes,&amp; Crisopaces &amp; moult d\u2019autres. En ce pais croist la Canelle &amp; moult d\u2019autres espicces.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le grand propri\u00e9taire de toutes choses, <\/em>1556<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eee2d6\">Et alors que le puissant prince s\u00e9journait pour un temps \u00e0 Gand, le Fran\u00e7ais chargea un Flamand d&#8217;apporter toutes sortes d&#8217;herbes v\u00e9n\u00e9neuses et autres substances dans la cuisine. IL avait en outre \u00e9t\u00e9 convenu \u00e0 Constance qu&#8217;un franciscain m\u00ealerait du poison au repas de l&#8217;empereur. C&#8217;est pourquoi il se lia avec le pauvre cuisinier sous le pr\u00e9texte de lui apprendre \u00e0 pr\u00e9parer toutes sortes de sp\u00e9cialit\u00e9 et de mets allemands. Or, avec l&#8217;aide de la Gr\u00e2ce divine, le noble h\u00e9ros Maximilian fut pr\u00e9serv\u00e9 de tous ces dangers, car sa Majest\u00e9 imp\u00e9riale avait toujours une corne de licorne srtie d&#8217;or sur sa table et, lorsqu&#8217;un mets empoisonn\u00e9 se trouvait devant elle, la corne se mettait \u00e0 transpirer. AInsi, la trahison fut d\u00e9jou\u00e9e et les coupables furent punis.<br \/><br \/>\u2014 Clemen J\u00e4ger, <em>Le Miroir d&#8217;honneur de la maison d&#8217;Autriche<\/em>, 1559.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Cet animal ne peut \u00eatre captur\u00e9 vivant; lorsqu&#8217;il se bat contre le lion dont il est particuli\u00e8rement ennemi, le lion se Place contre un arbre et la licorne, en vue de le transpercer de sa corne, s&#8217;\u00e9lance de toute sa force sur lui; celui-ci l&#8217;esquive et la licorne reste coinc\u00e9e, sa corne fich\u00e9e dans l&#8217;arbre, et sera donc mise \u00e0 mort par le lion.<br \/>Il hait son propre sexe, repousse \u00e9galement la femelle sauf au moment du rut, alors seulement il s&#8217;unit \u00e0 elle, puis, cette p\u00e9riode pass\u00e9e, il la repousse \u00e0 nouveau. Il porte un amour et un attachement si particulier aux jeunes vierges et aux femmes qu&#8217;il en recherche la compagnie; partout o\u00f9 il les voit, il s&#8217;en approche docilement pour se reposer et dormir aupr\u00e8s d&#8217;elles.<br \/>Sa corne est une m\u00e9decine tr\u00e8s estim\u00e9e et consid\u00e9r\u00e9e comme aussi pr\u00e9cieuse que le meilleur or. Elle est souvent contrefaite par d&#8217;autres cornes ou os br\u00fbl\u00e9s. Elle doit \u00eatre dure comme une pierre et non l\u00e9g\u00e8re et friable, comme on en montre et utilise souvent de mani\u00e8re frauduleuse; elle doit avoir une odeur agr\u00e9able et aromatique. C&#8217;est un rem\u00e8de pr\u00e9cieux contre tous les poisons, ainsi que contre la morsure empoisonn\u00e9e des chiens enrag\u00e9s et contre le grave mal caduc.<br \/><br \/>\u2014 Adam Lonitzer, <em>Kreuterbuch, <\/em>1560<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f7cd\">(Bartolomeo D\u2019Alviano) fit faire pour devise en son estandard l&#8217;animal qu&#8217;on appelle la Licorne; la propri\u00e9t\u00e9 est contraire a tout venin: figurant une fontaine environn\u00e9e d&#8217;aspicz, bottes, et autres serpens, qui Ia fussent venus pour boire: et la Licorne avant qu&#8217;y boire plongeast sa corne dedans pour la purger du venin, en la meslant comme porte sa nature. Y avoit un mot au col VENENA PELLO. Ledit estandard se perdit en la journ\u00e9e de Vincennes apr\u00e8s I&#8217;avoir une espace defendu contre la furie des ennemies.<br \/><br \/>\u2014 Paolo Giovio, <em>Dialogue des devises d\u2019armes et d\u2019amours, <\/em>Lyon, 1561.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe1e1\">Et le dix-septi\u00e8me jour de &nbsp;f\u00e9vrier, \u00e9tant au dit lieu-dit de Issebe, tomba &nbsp;for malade, m\u00eamement apr\u00e8s souper, que la douleur de l\u2019estomac lui augmenta bien fort. &amp; lors aucuns lui firent prendre de la corne de licorne en du vin, puis fut porte dormir en un po\u00eale &nbsp;\u00e0 la mode d\u2019Allemagne, mais augmentant la v\u00e9h\u00e9mence de la maladie, s\u2019\u00e9veilla environ la minuit, se plaignant bien fort, &amp; &nbsp;travaillant \u00e0 la mort toute celle nuit, mourut lendemain qui fut le dix-huiti\u00e8me de f\u00e9vrier. Voil\u00e0 comme mourut Martin Luther qui est l\u2019architecte de tous les troubles qui sont aujourd&#8217;hui en la Chretient\u00e9.<br \/><br \/>Guillaume Paradin, <em>Chronique de Savoye<\/em>,1561<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3eeff\">La voix du Seigneur abbat<br \/>Les grans c\u00e8dres tout \u00e0 plat<br \/>Brise les plus hauts montez<br \/>Au mont du Liban plantez.<br \/>Les faisant sauter en sorte<br \/>Eux &amp; Liban qui les porte,<br \/>Comme fautent aux bofcages<br \/>Faons de Licornes sauvages.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les psaumes de David, mis en rime fran\u00e7oise par Cl\u00e9ment Marot &amp; Th\u00e9odore de B\u00e8ze, <\/em>1561.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddf3fd\">Au reste les aucteurs escrivent tant de choses incertaines du Monocerot, que par l\u00e0 il est ais\u00e9 \u00e0 juger qu\u2019ils n\u2019en ont jamais vu. Je raconteray en cest endroit ce que i\u2019en ay appris par personnes dignes de foy. Ils disent qu\u2019entre le promontoire de bonne Esp\u00e9rance &amp; celuy que vulgairement on appelle des Courantes, ils ont vu une certaine esp\u00e8ce d\u2019animal terrestre, encores qu\u2019il se plait aussi fort en la mer, lequel avoit la t\u00eate &amp; le crin d\u2019un cheval (toutes-fois que ce n\u2019estoit pas vn cheval marin ayant une corne de deux empans de long, mobile &amp; laquelle tournoit tantost \u00e0 dextre, tantost \u00e0 senestre, tantost la haussant , tantost la baissant. Que cest animal combat furieusement contre l\u2019Elephant , &amp; que sa corne est fort pris\u00e9e contre les venins. Dont ils avoyent fait l\u2019essay, ayant donn\u00e9 \u00e0 boire de poison \u00e0 deux chiens, l\u2019un desquels, \u00e0 qui on avoit fait boire double quantit\u00e9 dudit venin, ayant aval\u00e9 de la poudre de ladite corne avec de leau, soudain avoit est\u00e9 guery, &amp; l&#8217;autre auquel on n&#8217;avoit donn\u00e9 que bien peu de ladicte poison fans luy faire prendre de la corne susdite , eftoit tomb\u00e9 roide mort tout incontinent.<br \/><br \/>\u2014 Garcias ab Horto, <em>Histoire des drogues, espiceries et de certains m\u00e9dicamens simples qui naissent \u00e8s Indes et en l\u2019Am\u00e9rique<\/em>, 1563.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fef3f3\">La question de savoir s&#8217;il y a plusieurs esp\u00e8ces de licornes, et non une seule, et de comprendre pourquoi les descriptions des licornes diff\u00e8rent tant d&#8217;un auteur \u00e0 l&#8217;autre appelle cette r\u00e9flexion: il ne faut pas s&#8217;en \u00e9tonner, car aucune licorne n&#8217;est jamais parvenue en Europe, et ce qui est \u00e9crit \u00e0 leur sujet repose sur la l\u00e9gende, non sur des t\u00e9moignages oculaires. Aussi, mon intention est de confronter ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par les auteurs anciens comme par les plus r\u00e9cents, chacune de leurs descriptions de la licorne, afin qu&#8217;un voyageur lointain puisse un jour en d\u00e9couvrir la v\u00e9ritable nature [\u2026].<br \/>Personne n&#8217;a jamais observe de licorne en Europe. Bien que la magnificence de Rome ait entrepris de rassembler tous les animaux de la terre dans ses spectacles et ses triomphes, aucune source ne rapporte que la licorne ait \u00e9t\u00e9 montr\u00e9e au peuple romain, alors m\u00eame que l&#8217;on exhibait en public des tigres, des panth\u00e8res, des rhinoc\u00e9ros, des lions, des dragons et toutes sortes d&#8217;animaux sauvages qui ont \u00e9t\u00e9 dompt\u00e9s ou domestiqu\u00e9s. Aussi, il faut accorder foi aux dires des voyageurs et aux habitants de contr\u00e9es loin-taines: la licorne existe bien sur cette terre, car autrement ses cornes n&#8217;existeraient pas. Et l&#8217;on doit penser ainsi que les Indiens, les Arabes et les habitants du pays des Maures les \u00e9l\u00e8vent [\u2026].<br \/>Aussi, comme l&#8217;animal reconna\u00eet la jeune fille \u00e0 son odeur, ce serait vil d&#8217;attendre la licorne avec des v\u00eatements f\u00e9minins. Mais que chacun fasse comme il l&#8217;entend. Job dit au chapitre 39: \u00abla licorne te servira-t-elle, ou l&#8217;attache-ras-tu \u00e0 ton \u00e9table ?\u00bb.  Que la licorne demeure donc \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de peinture, comme lorsqu&#8217;elle est repr\u00e9sent\u00e9e dans le giron de Marie, comme un symbole de puret\u00e9 [\u2026].<br \/>\u00c0 vrai dire, la vraie corne de licorne est efficace contre toutes sortes de poison, surtout, comme certains le disent, celle qui provient d&#8217;\u00eeles nouvellement d\u00e9couvertes:l&#8217;exp\u00e9rience a montr\u00e9 qu&#8217;une personne qui avait absorb\u00e9 du poison et pr\u00e9sentait un od\u00e8me avanc\u00e9, a pris un petit peu de corne de licorne, et a recouvr\u00e9 la sant\u00e9.<br \/>Les riches boivent volontiers dans des cornes de licornes, ou se font sertir des morceaux de corne de licorne en or ou en argent pour leurs gobelets, afin de toujours boire dans ces r\u00e9cipients, comme si la corne de licorne, au contact du vin depuis de nombreuses ann\u00e9es, gardait ses propri\u00e9t\u00e9s.<br \/>Cependant, la corne qui a tremp\u00e9 longtemps dans le vin devient brune et perd sa vertu.<br \/><br \/>\u2014 Conrad Gessner, <em>Thierbuch Das ist ein kurtze bschreybung aller vierf\u00fcssigen Thieren<\/em>, <em>1563.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6d8ed\">Le tournoy mis \u00e0 fin, lorsque la Saintet\u00e9<br \/>Du bon p\u00e8re eust au Roy fait don d\u2019une licorne,<br \/>Voicy comme le Roy un beau tapis luy donne,<br \/>Luy monstrant par cela sa lib\u00e9ralit\u00e9.<br \/>Et pour gratifier aussi d\u2019autre cost\u00e9<br \/>Hypolit, le nepveu de la triple couronne,<br \/>Voycy comme un lion il offre \u00e0 sa personne<br \/>Excessif en grandeur et en f\u00e9rocit\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas Houel, circa 1565<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8f4c5\">We sailed to the islands of Portum Sanctum, and then to Madeira, in which were sundry countries and islands, as Eractelenty, Magnefortis, Grancanary, Teneriffe, Palme Ferro, etc. And our captain went with his soldiers to land. And at our first coming near unto a river in one of these islands, as we refreshed ourselves among the date trees, in the land of the palms, by the sweet wells, we did, to the great fear of us all, see a great battle between the dragon and the unicorn; and, as God would, the unicorn thrust the dragon to the heart; and, again, the dragon with his tail stung the unicorn to death. Here is a piece of his horn; the blood of dragons is rich; that battle was worth two hundred marks to our captain. Then we traveled further intoTeneriffe, into an exceeding high mountain, above the middle region, whereaswe had great plenty of alum.<br \/><br \/>\u2014 William Bullein, <em>Travelers Tales, A Dialogue Against the Pestilence, <\/em>1564<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe5f1\">Dans tous les domaines o\u00f9 t\u00e9moignages et raisonnements laissent subsister le doute, il convient, avant d\u2019aller plus loin, de se demander si la chose en question existe r\u00e9ellement ou non.<br \/><br \/>\u2014 L<em>&#8216;Alicorno. Discorso dell&#8217;eccellente medico, et filosofo m. Andrea Bacci; nel quale si tratta della natura dell&#8217;Alicorno, and delle sue virt\u00f9 eccellentissime<\/em>, 1566<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaedee\">Du L\u00e9onin gosier encourag\u00e9<br \/>Delivre moy : respons \u00e0 l&#8217;afflig\u00e9,<br \/>Qui est par grans Licornes assieg\u00e9<br \/>Des cornes d&#8217;elles.<br \/><br \/>\u2014 Cl\u00e9ment Marot, <em>Les Pseaumes mis en rime fran\u00e7oise<\/em>, 1568<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9f7cb\">Le cardinal Salviati, qui me d\u00e9testait si cordialement, comme on l&#8217;a vu, avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 l\u00e9gat de Parme. Dans&nbsp; cette ville on arr\u00eata un orf\u00e8vre milanais, appel\u00e9 Tobbia, que l&#8217;on condamna \u00e0 la corde et au feu, pour crime de fausse monnaie. Le l\u00e9gat, ayant entendu parler de ce Tobbia comme d&#8217;un artiste du plus grand talent, ordonna de suspendre l&#8217;ex\u00e9cution et \u00e9crivit ensuite au pape qu&#8217;il avait entre les mains le plus grand orf\u00e8vre du monde. Il ajouta que cet homme avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre pendu et br\u00fbl\u00e9, mais que c&#8217;\u00e9tait un pauvre diable d&#8217;une telle simplicit\u00e9, qu&#8217;il assurait avoir consult\u00e9 son confesseur, qui, \u00e0 l\u2019en croire, lui aurait donn\u00e9 permission de fabriquer de la fausse monnaie. \u201c Si vous faites venir ce grand artiste \u00e0 Rome, continuait le l\u00e9gat, vous rabattrez l&#8217;orgueil de votre Benvenuto, et je suis tr\u00e8s certain que les ouvrages de ce Tobbia vous plairont infiniment plus \u201d. Le pape r\u00e9pondit donc qu&#8217;on e\u00fbt \u00e0 l&#8217;envoyer de suite \u00e0 Rome.<br \/>Quand ce Tobbia fut arriv\u00e9, Sa Saintet\u00e9 nous appela tous les deux et nous commanda un dessin pour une corne de licorne, la plus belle qu&#8217;on e\u00fbt jamais vue : on l\u2019avait pay\u00e9e dix-sept mille ducats di Camera. Le pape, qui la destinait au roi Fran\u00e7ois Ier, voulut d&#8217;abord qu&#8217;on la mont\u00e2t richement en or, d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;un des dessins qu&#8217;il nous avait demand\u00e9s. D\u00e8s qu&#8217;ils furent achev\u00e9s, chacun de nous apporta le sien au pape. Celui de Tobbia repr\u00e9sentait un cand\u00e9labre, auquel cette belle corne se serait adapt\u00e9e comme une bougie. Le pied du cand\u00e9labre \u00e9tait form\u00e9 de quatre petites t\u00eates de licorne de la composition la plus simple, de sorte que je ne pus m&#8217;emp\u00eacher de rire sous cape. Le pape s&#8217;en aper\u00e7ut, et me dit : \u201c Montre-moi ton dessin&nbsp;\u201d. C&#8217;\u00e9tait une seule t\u00eate de licorne d&#8217;une beaut\u00e9 sans \u00e9gale, car elle tenait \u00e0 la fois de la t\u00eate du cheval et de celle du cerf, et je l&#8217;avais enrichie d&#8217;ornements d&#8217;une telle \u00e9l\u00e9gance, qu&#8217;\u00e0 la premi\u00e8re vue tout le monde m&#8217;adjugea la palme. Malheureusement, ce concours avait lieu devant des Milanais de haute importance, lesquels dirent au pape : \u201c Tr\u00e8s saint P\u00e8re, vous envoyez en France un splendide pr\u00e9sent : sachez que les Fran\u00e7ais sont des hommes grossiers, incapables de comprendre le m\u00e9rite du travail de Benvenuto. Ils aimeront bien mieux cette esp\u00e8ce de fiole, qui sera ex\u00e9cut\u00e9e plus promptement. Benvenuto ach\u00e8vera votre calice; vous aurez ainsi deux morceaux termin\u00e9s en m\u00eame temps, et ce pauvre diable, que vous avez fait venir, ne restera pas sans ouvrage\u201d. Le pape, qui d\u00e9sirait avoir son calice, suivit volontiers le conseil de ces Milanais. Le lendemain, il commanda donc \u00e0 Tobbia la garniture de la corne, et il m&#8217;envoya dire par le ma\u00eetre de sa garde-robe que je devais m&#8217;occuper de terminer le calice. Je r\u00e9pondis : \u201c C&#8217;est mon plus vif d\u00e9sir, et j&#8217;aurais d\u00e9j\u00e0 facilement fini ce bel ouvrage, s&#8217;il n&#8217;e\u00fbt point \u00e9t\u00e9 en or&nbsp;; mais, puisqu&#8217;il est en or, il faut que Sa Saintet\u00e9 me donne de ce m\u00e9tal, si elle veut que je puisse le mener \u00e0 fin. \u2014 Ah \u00e7\u00e0, me r\u00e9pliqua ce rustre de courtisan, ne va pas demander de l&#8217;or au pape, sinon tu le mettras dans une telle col\u00e8re, que malheur ! malheur \u00e0 toi ! \u2014 Messer, lui repartis-je, vous et votre seigneurie, enseignez-moi donc un peu la mani\u00e8re de faire du pain sans farine; cet ouvrage se finira de m\u00eame sans or.<br \/><br \/>\u2014 M\u00e9moires de Benvenuto Cellini<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cafac2\">Je soup\u00e7onne parfois cette corne de provenir de quelque poisson, parce qu\u2019il y en a de ce genre parmi les poissons, et aussi parce que celle que j\u2019ai vue \u00e0 Anvers provenait d\u2019Islande. Mais alors me vient \u00e0 l\u2019esprit que cette \u00eele n\u2019est pas loin de l\u2019Hyperbor\u00e9e, ou du fait de l\u2019absence d\u2019hommes vivent de nombreuses b\u00eates sauvages, et il n\u2019est pas absurde de soup\u00e7onner que cette corne vienne d\u2019une b\u00eate.<br \/><br \/>\u2014 Johannes van Gorp, <em>Origines Antwerpianae, 1569.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d8e5f0\">Bien pis fi un que je s\u00e7ay, qui, vendant un jour une de ses terres \u00e0 un autre pour cinquante mille escus, il en prit quarante cinq mille en or et argent, et pour les cinq restant, il prit une corne de licorne: grande ris\u00e9e pour ceux qui le s\u00e7urent. Comme, disoient-ils, s\u2019il n\u2019avoit assez de cornes chez soy, sans adjouster celle-l\u00e0.<br \/><br \/>\u2014 Brant\u00f4me, <em>Les Dames galantes, 1er discours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbe5cb\">Nos modernes docteurs font un grand cas de la corne d\u2019une b\u00eate, nomm\u00e9e Monoceros, que nous appelons vulgairement licorne. Car, comme ils disent, elle garantit du venin, tant prise par le dedans que appliqu\u00e9e par le dehors. Ils ordonnent contrepoison contre la peste, voire d\u00e9siacr\u00e9e au corps de l\u2019homme. Et pour bref parler, ils en font comme un alexit\u00e8re et garantissement de tous maux. Toutefois \u00e9tant studieux de si grandes propri\u00e9t\u00e9s, lesquelles ils attribuent \u00e0 la dite licorne, l\u2019ai bien voulu exp\u00e9rimenter en plus de dix, au temps de pestilence, mais n\u2019en trouvait oncques effet louable, et plut\u00f4t me reposerai sur la corne de cerf, ou de ch\u00e8vre, que sur celle de licorne, car elles ont une force commune d\u2019absterger et mondifier. Tellement que par l\u2019autorit\u00e9 des anciens elles sont adapt\u00e9es \u00e0 blanchir les dents, \u00e0 resserrer les gencives fl\u00e9tries et molles. Davantage lesdites cornes br\u00fbl\u00e9es et donn\u00e9es \u00e0 boire apportent merveilleux r\u00e9confort \u00e0 ceux qui sont tourment\u00e9s de flux dysenterie et de cruente ex\u00e9cration.<br \/><br \/>\u2014 Christofle Landr\u00e9, <em>\u0152ccoiatrie<\/em>, 1573<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#edecd6\">The Floridians have pieces of unicornes hornes which they weare about their necks, whereof the Frenchmen obteined many pieces. Of those unicornes they have many; for that they doe affirme it to be a beast with one horne, which comming to the river to drinke, putteth the same into the water before he drinketh. Of this unicornes horne there are of our company, that having gotten the same of the Frenchmen, brought home thereof to shew. It is therefore to be presupposed that there are more commodities as well as that, which for want of time, and people sufficient to inhabit the same, can not yet come to light: but I trust God will reveale the same before it be long, to the great profit of them that shal take it in hand. Of beasts in this countrey besides deere, foxes, hares, polcats, conies, ownces, and leopards, I am not able certeinly to say: but it is thought that there are lions and tygres as well as unicornes; lions especially; if it be true that is sayd, of the enmity betweene them and the unicornes: for there is no beast but hath his enemy, as the cony the polcat, a sheepe the woolfe, the elephant the rinoceros; and so of other beasts the like: insomuch, that whereas the one is, the other can not be missing.<br \/><br \/>\u2014 <em>The voyage made by M. John Hawkins Esquire<\/em>, 1574, cit\u00e9 in <em>Hakluyt\u2019s Voyages, extra series<\/em>, 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c4e0f6\">Car ce lieu estant naturellement plante de forests espoisses, est aussy abondant en bestes sauvages, tellement qu\u2019on y a trouv\u00e9 plus d\u2019vne foys cornes de licornes fort grandes.<br \/><br \/>\u2014 Description de la ville de Halle, en Rh\u00e9nanie, in Georg Braun, Th\u00e9\u00e2tre des cit\u00e9s du Monde, 1574.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#daeae0\">Vous oyez un qui a vu des licornes, vous lisez les bons, et anciens et modernes, auteurs qui la t\u00e9moignent, vous oyez l\u2019\u00c9criture Sainte qui l\u2019autorise, vous en avez les cornes et sentez l\u2019exp\u00e9rience de la vertu que Dieu y a mise, et cependant un seul homme vous d\u00e9tournera seul avec ses folles persuasions de croire ce que vous voyez, et le tout contre la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame que vous touchez de vos mains.<br \/><br \/>\u2014 Fran\u00e7ois de Belleforest, <em>La cosmographie universelle de tout le monde, <\/em>1575. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6f8\">Au-dessus de la chasse de saint Louis Roi de France est le crucifix d\u2019or qui est une pi\u00e8ce belle et riche \u00e0 merveille, et au-dessous dudit crucifix on voit un caveau ou Dagobert fit mettre les corps saints des martyrs, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019abb\u00e9 Suger les mit o\u00f9 ils sont \u00e0 pr\u00e9sent, et en un coin de ce caveau est cette licorne qu\u2019on estime la plus belle pi\u00e8ce qui se voie gu\u00e8re en Europe, comme celle qui a six pieds et demi de longueur, et laquelle Thevet dit n\u2019\u00eatre point corne de licorne, mais plut\u00f4t une dent d\u2019\u00e9l\u00e9phant, \u00e0 cause qu\u2019il nie (contre l\u2019opinion de tous, et sans raison de son c\u00f4t\u00e9 qui vaille) qu\u2019il y ait de telles b\u00eates au monde, comme s\u2019il avait vu la centi\u00e8me partie de ce qui est contenu en l\u2019univers, ou lu la milli\u00e8me des bons auteurs qui le convainquent d\u2019imposture et de mensonge.<br \/><br \/>\u2014 Fran\u00e7ois de Belleforest, <em>La cosmographie universelle de tout le monde, <\/em>1575.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0fff9\">Le madr\u00e9 l\u00e9opard, le tigre au pied l\u00e9ger,<br \/>\u00c9cumant de fureur me viennent assi\u00e9ger.<br \/>La licorne le suit, et le suivent encore<br \/>L\u2019hy\u00e8ne s\u00e9pulcral, le vite manticore.<br \/><br \/>\u2014 Guillaume de Salluste du Bartas, <em>La Sepmaine<\/em>, 1575.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efebeb\">Au-dessus de la chasse de saint Louis Roi de France est le crucifix d\u2019or qui est une pi\u00e8ce belle et riche \u00e0 merveille, et au-dessous dudit crucifix on voit un caveau ou Dagobert fit mettre les corps saints des martyrs, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019abb\u00e9 Suger les mit o\u00f9 ils sont \u00e0 pr\u00e9sent, et en un coin de ce caveau est cette licorne qu\u2019on estime la plus belle pi\u00e8ce qui se voie gu\u00e8re en Europe, comme celle qui a six pieds et demi de longueur, et laquelle Thevet dit n\u2019\u00eatre point corne de licorne, mais plut\u00f4t une dent d\u2019\u00e9l\u00e9phant, \u00e0 cause qu\u2019il nie (contre l\u2019opinion de tous, et sans raison de son c\u00f4t\u00e9 qui vaille) qu\u2019il y ait de telles b\u00eates au monde, comme s\u2019il avait vu la centi\u00e8me partie de ce qui est contenu en l\u2019univers, ou lu la milli\u00e8me des bons auteurs<br \/><br \/>\u2014 Fran\u00e7ois de Belleforest, <em>La cosmographie universelle de tout le monde, <\/em>1575.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeded\">First, it is doubtful whether those barbarous do know an Unicornes horne, yea, or no: and if it were one, yet it is not credible that the Sea could have driven it so farre, being of such nature that it will not swimme\u2026 There is a beast called Asinus Indicus (whose horn most like it was) which hath but one horn like an Unicorne in his forehead, whereof there is great plenty in all the north parts thereunto adjoyning, as in Lappia, Norvegia, Finnmarke. And as Albertus saieth, there is a fish which hath but one horne in his forehead like to an Unicorne, and therefore it seemeth very doubtful from whence it came and whether it were Unicorne\u2019s horne, yea, or no.<br \/><br \/>\u2014 Humphrey Gilbert, 1576 (in Richard Hakluyt, <em>Voyages in Search of the North-West Passage<\/em>, 1886)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f2e5\"><em>\u2026homme sauvage<\/em><br \/><em>Vivoit des sangliers dont il faisait carnage,<\/em><br \/><em>Regnoit en ces desers, parfois allant mont\u00e9<\/em><br \/><em>Sur un monstre l\u00e9ger, lequel avoit est\u00e9<\/em><br \/><em>Aveq une licorne, engendr\u00e9 par son pere&nbsp;:<\/em><br \/><em>De sorte que le frere estoit cheval du frere,<\/em><br \/><em>Frere au moins d\u2019un cost\u00e9, car sirene au de\u00e7eu<\/em><br \/><em>Par la seur de son p\u00e8re avec luy fut con\u00e7eu<\/em><br \/><br \/>\u2014 Jean de Boyssi\u00e8re, <em>La Boyssi\u00e8re, <\/em>1579<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddecf9\">\u2026de la corne de licorne, il faut tascher d\u2019avoir de la vraye.<br \/><br \/>\u2014 Andr\u00e9 Caille &amp; Jacques Dubois,&nbsp; <em>La pharmacop\u00e9e qui est la mani\u00e8re de bien choisir et pr\u00e9parer les simples,<\/em> 1580<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#bef9d4\">Soudain parait Armide avec sa suite. Elle s&#8217;avance sur un char magnifique, la robe relev\u00e9e, un arc \u00e0 la main. Le d\u00e9pit m\u00eame qui se m\u00eale \u00e0 la douceur naturelle de son beau visage ajoute \u00e0 ses attraits. A son air fier et irrit\u00e9, on voit qu&#8217;elle menace : et, tout en mena\u00e7ant, elle s\u00e9duit encore. Son char \u00e9tincelle d&#8217;or et de rubis comme celui du dieu du jour. Pli\u00e9es sous le joug, attel\u00e9es deux \u00e0 deux, quatre licornes ob\u00e9issent au frein.<br \/><br \/>\u2014 Torquato Tasso (Le Tasse), J\u00e9rusalem d\u00e9livr\u00e9ee, 1580. Traduction Alphonse de Lamartine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdfadd\">Sire, nos Palatins ont sur noftre province,<br \/>Depuis le dur trespas de Vatran nostre Prince,<br \/>Un Chevalier esleu pour nous commander Roy<br \/>Qui n&#8217;a par tout le monde homme pareil a soy:<br \/>il nous est inconne, fors \u00e0 son brand qui tranche<br \/>Et \u00e0 son Escu peint d&#8217;une Licorne blanche.<br \/><br \/>\u2014 Robert Garnier, Bradamante, 1582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Par\u00e9 croit fermement que cil qui fait traffique<br \/>De Licorne &amp; Mumie, &amp; tels autres fatras,<br \/>S\u2019il s\u00e7avoit bien que c\u2019est, il n\u2019en feroit un pas,<br \/>Et se garderoit bien d\u2019en remplir sa boutique.<br \/>Moins encor\u2019 voudroit il, comme bon politique,<br \/>Abuser ses voisins, qui en font si grand cas,<br \/>Que si un leur amy tombe du haut en bas,<br \/>Soudain ils ont recours \u00e0 la Mumie unique.<br \/>Et s\u2019ils sentent en l\u2019air quelque malignit\u00e9,<br \/>La licorne est en bruit, nonobstant sa chert\u00e9:<br \/>Tant le peuple est ais\u00e9 \u00e0 tromper &amp; s\u00e9duire.<br \/>Voila pourquoi Par\u00e9 met ce livre en avant,<br \/>Pour exciter quelqu\u2019un, qui sera plus s\u00e7avant,<br \/>S\u2019il en s\u00e7ait plus ou mieux, \u00e0 le vouloir escrire.<br \/><br \/>\u2014 Po\u00e8me liminaire au <em>Discours de la momie, de la licorne, des venins et de la peste<\/em> d\u2019Ambroise Par\u00e9, 1582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3edd2\">Le vrai alexit\u00e8re de ces parfums envenim\u00e9s est de ne les fleurer ni odorer, et fuir tels parfumeurs comme la peste, et les chasser du royaume de France, et les envoyer avec les Turcs et autres infid\u00e8les, ou aux d\u00e9serts inaccessibles avec les licornes.<br \/><br \/>\u2014 Ambroise Par\u00e9, <em>Le livre des venins, <\/em>1582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddddf6\">Aucuns sont d&#8217;opinion, que la corne que l&#8217;on montre pour corne de Licorne, est une dent de Rohart, qui est un poisson de mer. Autres disent que l&#8217;on ne peut jamais prendre vive la Licorne, d&#8217;autres disent en avoir vu une troupe comme l&#8217;on voit ici les moutons. Partant ces choses consid\u00e9r\u00e9es, le lecteur en croira ce qu&#8217;il voudra. Et quant \u00e0 moi, je crois que la Licorne n&#8217;a encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte, ou pour le moins bien rarement, et que ce n&#8217;est qu&#8217;une imposture de vendre tant de corne de Licorne.<br \/><br \/>\u2014 Ambroise Par\u00e9, <em>Discours de la licorne, <\/em>1582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9e2e2\">Et pour prouver mon dire, il y a une honn\u00eate dame marchande de cornes de licornes en cette ville, demeurant sur le pont au Change, qui en a bonne quan\u00adtit\u00e9 de grosses et de menues, de jeunes et de vieilles. Elle en tient toujours un assez gros morceau attach\u00e9 \u00e0 une cha\u00eene d&#8217;argent, qui trempe ordinairement en une aigui\u00e8re pleine d&#8217;eau, de laquelle elle donne assez volontiers \u00e0 tous ceux qui lui en demandent. Or nagu\u00e8res une pauvre femme lui demanda de son eau de licorne : advint qu&#8217;elle l&#8217;avait toute distribu\u00e9e, et ne voulant renvoyer cette pauvre femme, laquelle \u00e0 jointes mains la priait de lui donner pour \u00e9teindre le feu volage qu&#8217;avait un sien petit enfant, qui occupait tout son visage : en lieu de l&#8217;eau de licorne, elle lui donna de l&#8217;eau de rivi\u00e8re en laquelle nullement n&#8217;avait tremp\u00e9 la corne de licorne. Et n\u00e9anmoins, ladite eau de rivi\u00e8re ne laissa pas de gu\u00e9rir le mal de l&#8217;enfant. Quoi voyant, cette pauvre femme, dix ou douze jours apr\u00e8s, vint remercier madame la marchande de son eau de licorne, lui disant que son enfant \u00e9tait du tout gu\u00e9ri.<br \/>Ainsi voil\u00e0 comme l&#8217;eau de rivi\u00e8re fut aussi bonne que l&#8217;eau de sa licorne: n\u00e9anmoins qu&#8217;elle vend ladite corne pr\u00e9tendue de licorne beaucoup plus ch\u00e8re que l&#8217;or, comme on peut voir par la supputation. Car \u00e0 vendre le grain d&#8217;or fin onze deniers pites, la livre ne vaut que sept vingt huit \u00e9cus sol : et la livre de corne de licorne contenant seize onces, contient neuf mil deux cent seize grains : et la livre \u00e0 dix sols le grain, la somme se monte \u00e0 quatre vingt douze mil cent soixante sols, qui sont quatre mil six cent huit livres, et en \u00e9cus, mil cinq cent trente six \u00e9cus sol. Et me semble qu&#8217;\u00e0 ce prix la bonne femme ne vend pas moins sa licorne que fit un certain marchand tudesque, lequel en vendit une pi\u00e8ce au pape Jules troisi\u00e8me douze mille \u00e9cus.<br \/><br \/>\u2014 Ambroise Par\u00e9, <em>Discours de la licorne, <\/em>1582<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">La licorne a prescrit contre ton livre, non pour avoir \u00e9t\u00e9 en usage seulement trente ou quarante ans, mais douze ou quinze si\u00e8cles, pendant lesquels il n&#8217;est pas croyable qu&#8217;elle eut eu si grande vogue et que tant d&#8217;hommes savants en aient fait cas sans y avoir connu de grands effets. les Papes, Empereurs, Roys, Potentats, Seigneuries, l&#8217;ont mis en leur tr\u00e9sor, selon l&#8217;avis des plus doctes, non pas tant pour sa raret\u00e9 que pour son usage. Tu fais donc tort \u00e0 leurs Majest\u00e9s, donnant \u00e0 entendre au peuple qu&#8217;ils gardent pr\u00e9cieusement une corne de n\u00e9ant.<br \/>[\u2026]<br \/>S&#8217;il y a des licornes, encore que tout le monde pense ou \u00e9crive le contraire, si a-t-il \u00e9t\u00e9 vrai depuis la cr\u00e9ation du monde qu&#8217;il y en a, et n&#8217;y en a pas pour ce que l&#8217;\u00c9criture Sainte le dit, mais pour ce que r\u00e9ellement et de fait il y en a, l&#8217;\u00e9criture le dit.<br \/><br \/>\u2014 <em>R\u00e9ponse au discours d&#8217;Ambroise Par\u00e9 touchant l&#8217;usage de la licorne<\/em>, 1583.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ecf3f8\">Quant \u00e0 ce qu&#8217;on dit qu&#8217;il y a des licornes, et que la Sainte \u00c9criture en t\u00e9moigne, je r\u00e9ponds que quiconque pense m&#8217;opposer cela montre qu&#8217;il a grande envie de quereller. Car qui le croit mieux que moi? Qu&#8217;est-ce qui le montre mieux? J&#8217;en cite cinq passages de la Sainte \u00c9criture dans mon <em>Discours de la Licorne<\/em>. Je crois donc qu&#8217;il y a toujours eu, et qu&#8217;il y a encore des licornes, non seulement sur terre, mais aussi dans la mer; mais que leurs cornes aient les vertus qu&#8217;on leur attribue contre les venins et les pestilences, c&#8217;est l\u00e0 le point que j&#8217;attendais.<br \/><br \/>\u2014 Ambroise Par\u00e9, <em>R\u00e9plique \u00e0 la R\u00e9ponse au Discours de la licorne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0fad5\">Si je dois \u00eatre cornu, j\u2019aimerais mieux avoir une corne de licorne, que les Grecs nomment monoceros et les Latins unicornis, pour ce que c\u2019est la plus digne, riche, pr\u00e9cieuse et de plus grand prix: et aussi je ne serais b\u00eate qu\u2019\u00e0 une corne, et ainsi \u00e0 demi cocu. Il lui fut r\u00e9pondu qu\u2019il n\u2019y avait point de petits cocus, et de demi cocus, et que la maison de celui qui se marie est toute enti\u00e8re\u2026 et aussi que la plupart tient qu\u2019il n\u2019y eut jamais de licorne, ni b\u00eate qui n\u2019e\u00fbt qu\u2019une corne, et que c\u2019est une chose imagin\u00e9e, car il ne se trouve homme, tant ait-il voyag\u00e9, qui en ait vu. Si bien que Thevet dit que les cornes qu\u2019on assure \u00eatre de licornes, se contrefont par ceux du Levant et ne sont autre chose que cornes d\u2019\u00e9l\u00e9phant, creus\u00e9es et allong\u00e9es. Et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, ajoutait-il, quand on br\u00fble une de ces cornes, qu\u2019on dit \u00eatre de licorne, elle rend semblable odeur que l\u2019ivoire. Et quand tu ne serais qu\u2019\u00e0 demi cocu, lui fut-il r\u00e9pondu, penses-tu que ta corne soit de telle vertu contre les venins et poisons&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Guillaume Bouchet, <em>Les S\u00e9r\u00e9es,<\/em> 1584<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ededed\">Chacun sait combien sa corne a de puissance contre le venin. Ce qui a d&#8217;ailleurs \u00e9t\u00e9, depuis peu de jours, \u00e9prouv\u00e9 avec la corne de Monsieur de Brissac. Celui-ci, en pr\u00e9sence de Monsieur M. Rousselet, docteur en m\u00e9decine, de Monsieur Dioneau, chirurgien du roi, et de Pierre Gueron, apothicaire, fit, sur leur avis, donner \u00e0 deux pigeons d&#8217;une m\u00eame couvee, \u00e0 chacun douze grains de napel. l&#8217;un d&#8217;eux, qui commen\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se mal porter, on donna peu apr\u00e8s douze autres grains de licorne. Il advint que celui qui prit la licorne ne mourut point, tandis que l&#8217;autre, au contraire, ne cessa de se debattre jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il f\u00fbt mort. C&#8217;est pourquoi (ami lecteur), j&#8217;ai voulu te repr\u00e9senter, par ce portrait, une rondelle de vraie licorne, telle qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 prise sur la corne enti\u00e8re, afin que tu saches discerner une chose si pr\u00e9cieuse d&#8217;une falsifi\u00e9e. La bonne, donc, doit \u00eatre ronde, non carr\u00e9e ni triangulaire, comme l&#8217;est la dent de rohart, entour\u00e9e de cannelures, blanche \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, ayant toutefois, autour de ses bords, une couleur plus terne, large de l&#8217;\u00e9paisseur d&#8217;un couteau, ressemblant assez bien \u00e0 un morceau de lard avec sa couenne, creuse d&#8217;ailleurs par le milieu. Sa r\u00e2pure est propre contre toutes fi\u00e8vres contagieuses.<br \/><br \/>\u2014 Geoffroy Linocier, <em>Histoire des plantes, <\/em>1584<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c6ffdb\">Tous ceux qui sont all\u00e9s dans les r\u00e9gions lointaines et ont observ\u00e9 une v\u00e9ritable licorne savent qu\u2019elle n\u2019a rien de commun avec le rhinoc\u00e9ros.<br \/><br \/>\u2014 Juan Augustin Gonzalez de Mendoza, <em>Historia de las cosas mas notables, ritos y costumbres del gran Reyno de la China<\/em> 1585.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2e6e6\">Quand le papillon vole vers la lumi\u00e8re au doux \u00e9clat, il ne sait pas qu\u2019elle est aussi flamme d\u00e9vorante ; quand le cerf succombant \u00e0 la soif court \u00e0 la rivi\u00e8re, il ne sait rien de la cruelle fl\u00e8che ; quand la licorne cherche asile au chaste sein, elle ne voit pas le lacet qu\u2019on lui pr\u00e9pare : pour moi, \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 la source et au coeur de mon bien, je vois les flammes, les traits et les cha\u00eenes.<br \/><br \/>\u2014 Giordano Bruno, <em>Les fureurs h\u00e9ro\u00efques, <\/em>1585<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6e8f7\">Toutefois nous ne disons pas que notre esprit soit pr\u00e9par\u00e9 aux influences c\u00e9lestes seulement par les qualit\u00e9s des choses connues aux sens, mais encore beaucoup davantage par certaines propri\u00e9t\u00e9s du ciel, ent\u00e9es aux choses, et cach\u00e9es \u00e0 nos sens voire \u00e0 grand peine connues \u00e0 la raison. Car autant que telles propri\u00e9t\u00e9s et leurs effets ne peuvent consister de vertu \u00e9l\u00e9mentaire, il s&#8217;ensuit qu\u2019elles proc\u00e8dent singuli\u00e8rement de la vie et de l\u2019esprit du monde par les m\u00eames rayons des \u00e9toiles, et pourtant que l\u2019esprit est beaucoup et bien touch\u00e9 et affect\u00e9 par icelles, et grandement expos\u00e9 aux c\u00e9lestes influences. En cette sorte l\u2019\u00c9meraude, l\u2019Hyacinthe, le Saphir, le Rubis, la corne de l\u2019unicorne et principalement la pierre que les Arabes appellent Bezaar, sont dou\u00e9es des secr\u00e8tes propri\u00e9t\u00e9s des Gr\u00e2ces. Et pourtant non seulement \u00e9tant prises par dedans, mais encore si elles touchent la chair, et qu\u2019\u00e9chauff\u00e9es elles y d\u00e9couvrent leur vertu, et de l\u00e0 entent et insinuent une force c\u00e9leste aux esprits, par laquelle ils se conservent et contregardent de la peste et des venins. Or que telles choses et semblables produisent leurs effets par la vertu c\u00e9leste, cela en fait foi qu\u2019\u00e9tant prises en petit poids elles ne produisent pas action de petite importance.<br \/><br \/>\u2014 Marsile Ficin, <em>Les trois livres de la vie, traduits en fran\u00e7ais par Guy Le F\u00e8vre de la Boderie<\/em>, 1586<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7e7e7\">Parquoy ceux qui servent \u00e0 un Seigneur si rude &amp; maling s\u2019esloignent malheureusement de celuy qui est bon, gracieux &amp; d\u00e9bonnaire,&amp; b\u00e9ent aux choses pr\u00e9sentes, &amp; y sont attachez, &amp; n&#8217;ont aucune cogitation de l&#8217;aduvenir, ains desirent incessamment les d\u00e9lectations corporelles, laissans mourir de faim leurs asmes &amp; estre afflig\u00e9ees de maux innumerables : Je les r\u00e9pute semblables \u00e0 l&#8217;homme fuyant de devant une licorne furieuse, lequel ne pouvant soustenir le son de sa voix, &amp; terrible mugissement, fuyoit vistement de crainte d&#8217;estre d\u00e9vor\u00e9 d&#8217;elle . Or comme il couroit hastivement,il cheut en certain precipice, &amp; en cheant, estendant ses bras, embrazze un petit arbre, lequel il tint fermement, &amp; appuyant ses pieds sur ce qu&#8217;il trouva d&#8217;aventure, luy sembla qu&#8217;il seroit de l\u00e0 en avant en paix &amp; asseurance . Or regardant de pr\u00e8s, il veit deux Souris, l&#8217;une blanche, l&#8217;autre noire, rongeans incessamment la racine de ce petit arbre qu&#8217;il tenoit, &amp; ne s\u2019en falloit gueres qu\u2019elles ne l&#8217;eussent trench\u00e9 du tout. Contemplant aussi le fond de ce pr\u00e9cipice, il veit vn Dragon de terrible regard, jettant feu par les narines, &amp; regardant furieusement, ouvrant la gueule, le desiroit d\u00e9vorer. Et derechef regardant le lieu o\u00f9 ses pieds estoient appuyez, il veit quatre testes d&#8217;aspics, qui sortoient tout aupr\u00e8s de ses pieds. Et eslevant ses yeux en hault, vit un peu de Miel, qui distilloit des branches de ce petit arbre. Parquoy mettant en oubly les maux &amp; dangers qui l&#8217;enuironnoient, s\u00e7avoir est que la furieuse Licprne est oiten hault, qui le guettoit, cerchant \u00e0 le d\u00e9vorer, &amp; au fond le terrible Dragon qui le vouloit engloutir, &amp; l&#8217;arbre qu\u2019il tenoit estoit presque coupp\u00e9, &amp; que ses pieds estoient si mal assis: Oubliant donc tous ces dangers,il fut all\u00e9ch\u00e9 de la doulceur du miel, &amp; estendit le bras pour en prendre.<br \/>Ceste similitude est de ceux, qui sont adh\u00e9rans \u00e0 la s\u00e9duction du pr\u00e9sent si\u00e8cle, l\u2019exposition de laquelle je te diray maintenant. La Licorne est la figure de la mort, laquelle poursuyt tousjours, &amp; d\u00e9sire attrapper le genre humain. Le Precipice, c\u2019est ce monde, remply de tous maux &amp; Iassets mortels. Le petit Arbre que nous tenons, qui est incessamment rong\u00e9 de deux Souris, est la mesure de la vie d&#8217;un chacun, laquelle se consomme &amp; diminue par chasque heure, tant du jour que de la nuict, &amp; peu \u00e0 peu vient \u00e0 la fin . Et les quatre Aspics signifient les quatre fragiles 8c instables \u00e9l\u00e9mens desquels le corps humain est compos\u00e9, lesquels estans desordonnez &amp; troublez , le corps se difssoult. Et ce grand Dragon cruel &amp; flamboyant, figure le terrible ventre d\u2019enfer, d\u00e9sirant engloutir ceux qui pr\u00e9posent les pr\u00e9sentes d\u00e9lectations aux biens \u00e0 venir. Et la petite goutte de miel, d\u00e9note la doulceur des voluptez du monde, par laquelle ce s\u00e9ducteur ne permet que ses amis voyent leur propre salut, ny le danger o\u00f9 ils sont.<br \/><br \/>\u2014 <em>Histoire de Barlaam et de Josaphat, roy des Indes , compos\u00e9e par sainct Jean Damasc\u00e8ne, et traduicte par F. Jean de Billy<\/em>, Paris, 1587<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9e8ff\">Albert le Grand d\u00e9crit le rhinoc\u00e9ros sous le nom d\u2019unicornis, mais \u00e9crit que cet animal est chass\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des jeunes filles qui l\u2019attirent pour qu\u2019il s\u2019endorme et soit captur\u00e9. Les historiens attribuent en fait ce dernier trait \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9phant ou, selon certains autres, au monoc\u00e9ros.<br \/><br \/>\u2014 Antonio Anguisciola, <em>Compendium Simplicium et Compositorum Medicamentorum,<\/em> 1587<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#bdfecb\">Pay\u00e9 60000 florins valant 50000 francs pour l&#8217;achat et appr\u00e9ciation d&#8217;une licorne que S.A. a fait prendre du sieur Peter Efferhardt.<br \/>[\u2026]<br \/>Pay\u00e9 \u00e0 M. Claude dit de Chaalons, peindre de S.A., la somme de trois escus sols valant 14 fr. 3 gros, pour trois portraits de la licorne, dont les deux ont estez envoy\u00e9s en Italie et le troisi\u00e8me \u00e0 Chavenel, au lieu de Strasbourg.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Comptes des tr\u00e9sorieres g\u00e9n\u00e9raux du duc de Lorraine Charles III, 1587 &amp; 1589<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f2db\">Ceux de l\u2019Union et monsieur le duc de Mayenne avaient envoy\u00e9 des personnes \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de Saint-Denis pour avoir notre licorne, la lampe qu\u2019avaient donn\u00e9e ceux de Tol\u00e8de en Espagne, avec le bassin d\u2019argent qui est devant le Corpus Domini&nbsp; [\u2026] A \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par le couvent, religieux Fr\u00e8re Henry Godefroy[\u2026] pour aller remontrer \u00e0 ceux de l\u2019Union que, puisqu\u2019ils \u00e9taient protecteurs de la Religion catholique, qu\u2019ils eussent m\u00e9moire que monsieur saint Denis avait apport\u00e9 la foi en France[\u2026] A si bien fait ledit Sieur commandeur que leur dessein a \u00e9t\u00e9 rompu.<br \/><br \/>\u2014 Actes capitulaires de l&#8217;Abbaye de Saint-Denis, 1589<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efd7d7\">But shortly after my first arivall in Fraunce, I was hated by some lewde Gunners who envying that I should have the Title to be Mastr Gunner in Fraunce, practised against me, and game me poyson in drinke that night : which thing when the King understoode, he gave order to the governor of Deepe, that his phisition should presently see unto me, who gave me speadely unicorns horne to drinke, and there by God and the Kings great goodness, I was againe restored to my former health.<br \/><br \/>\u2014 <em>Edward Webbe, chief master gunner, his travailes<\/em>, 1590 (reprint 1869)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6e9f7\">Tu n\u2019as aucun contr\u00f4le sur tes d\u00e9sirs. Alors m\u00eame que la vitesse t\u2019a sauv\u00e9 de la force des chasseurs, que tu es si loin qu\u2019ils ne te voient m\u00eame plus et n\u2019esp\u00e8rent plus te capturer&nbsp;; tu vois une jeune vierge et le d\u00e9sir charnel te fait te pr\u00e9cipiter dans ses bras et \u00eatre captur\u00e9e, incapable de combattre Oh, faiblesse de l\u2019esprit&nbsp;! Oh, ignorance animale&nbsp;! Oh app\u00e9tits mortels&nbsp;!&nbsp;<br \/><br \/>Girolamo Morlini, <em>Le loup et la licorne, <\/em>circa 1590<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5fad5\">Like as a Lyon, whose imperiall power<br \/>A prowd rebellious Vnicorne defies,<br \/>T&#8217;auoide the rash assault and wrathfull stowre<br \/>Of his fiers foe, him to a tree applies,<br \/>And when him running in full course he spies,<br \/>He slips aside; the whiles that furious beast<br \/>His precious horne, sought of his enimies<br \/>Strikes in the stocke, ne thence can be rel[e]ast,<br \/>But to the mighty victour yields a bounteous feast<br \/><br \/>\u2014 Edmund  Spenser, <em>The Faerie Queen<\/em>e, 1590<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fadeeb\">Most vgly shapes, and horrible aspects,<br \/>Such as Dame Nature selfe mote feare to see,<br \/>Or shame, that euer should so fowle defects<br \/>From her most cunning hand escaped bee;<br \/>All dreadfull pourtraicts of deformitee:<br \/>Spring-headed Hydraes, and sea-shouldring Whales,<br \/>Great whirlpooles, which all fishes make to flee,<br \/>Bright Scolopendraes, arm&#8217;d with siluer scales,<br \/>Mighty Monoceroses, with immeasured tayles.<br \/><br \/>\u2014 Edmund Spenser, <em>The Faerie Queen<\/em>e, 1590<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2eac7\">To slay the tiger that doth live by slaughter,<br \/>To tame the unicorn and lion wild.<br \/><br \/>\u2014 William Shakespeare, <em>The Rape of Lucrece<\/em>, 1594.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8ebec\">Decius Brutus&nbsp;:<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Never fear that: if he be so resolved,<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; I can o&#8217;ersway him; for he loves to hear<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; That unicorns may be betray&#8217;d with trees,<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; And bears with glasses, elephants with holes,<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lions with toils and men with flatterers;<br \/>&nbsp; &nbsp; But when I tell him he hates flatterers,<br \/>&nbsp;&nbsp;&nbsp; He says he does, being then most flattered.<br \/><br \/>\u2014 William Shakespeare, <em>Julius Caesar<\/em>, 1599<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eef3bb\">Le Monarque estonn\u00e9 de ses mots se leva,<br \/>Et estant \u00e0 la cour du palais il trouva<br \/>Des l\u00e9opards madrez, des panth\u00e8res d\u2019Asie,<br \/>Dont l\u2019odorante peau les esprits rassasie,<br \/>Des licornes qui ont sur le milieu du front<br \/>L\u2019yvoire pr\u00e9cieux qui rechercher les font,<br \/>Des lyons rugissants, affreux, espouvantables,<br \/>Qui d\u2019une jube d\u2019or se monstroient effroyables.<br \/>Et les yeux qu\u2019ils portoyent dans leurs testes roulans,<br \/>Rendoyent un feu semblable aux astres rutilans.<br \/>Ces animaux remplis de fureur et d\u2019audace,<br \/>Marchoyent superbement au milieu de la place.<br \/><br \/>\u2014 Pierre Boton, <em>Les trois visions de Child\u00e9ric, <\/em>1595.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0eaff\">Les philosophes vont r\u00e9p\u00e9tant<br \/>Que la for\u00eat contient deux b\u00eates:<br \/>L&#8217;une digne d&#8217;\u00e9loge, agr\u00e9able et rapide:<br \/>C&#8217;est un grand et robuste cerf.<br \/>Ils montrent avec lui une licorne.<br \/>Tous deux demeurent bien cach\u00e9s dans la for\u00eat.<br \/>L&#8217;homme sera dit bienheureux<br \/>Qui saura les y capturer.<br \/>Les ma\u00eetres indiquent clairement<br \/>Ici et dans beaucoup d&#8217;endroits<br \/>Que ces deux animaux errent dans la for\u00eat.<br \/>(Voyez dans la for\u00eat une seule chose.)<br \/>Et si nous regardons au fond<br \/>La for\u00eat s&#8217;appellera corps.<br \/>On saura voir alors en toute certitude<br \/>Que la licorne, c&#8217;est l&#8217;Esprit.<br \/>Et le cerf n&#8217;a pas d&#8217;autre nom<br \/>Que celui d&#8217;\u00e2me, qu&#8217;on ne doit pas usurper.<br \/>Il sera juste de donner le nom de Ma\u00eetre<br \/>\u00c0 quiconque, avec art, guidera, freinera,<br \/>Fera entrer, sortir, dans la for\u00eat, ces \u00eatres<br \/>Pour les forcer \u00e0 demeurer ensemble.<br \/>Nous jugerons alors \u00e0 bon droit.<br \/>Qu&#8217;il aura gagn\u00e9 la chair d&#8217;or<br \/>Et qu&#8217;il triomphera partout.<br \/>Il saura commander m\u00eame au grand Empereur.<br \/><br \/>\u2014 Lambspringk, gentilhomme allemand, traduit par Nicolas Barnaud, m\u00e9decin du Dauphin\u00e9, amateur de l&#8217;art, 1599<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2fada\">I gave it to the Turkish Soliman,<br \/>A second I bestowed on Prester John,<br \/>A third the great Tartarian Cham received:<br \/>For with these monarchs have I banqueted,<br \/>And rid with them in triumph through their courts,<br \/>In crystal chariots drawn by unicorns.<br \/><br \/>J\u2019ai donn\u00e9 une bourse \u00e0 Soliman le Turc,<br \/>Une autre bourse au pr\u00eatre Jean,<br \/>Une troisi\u00e8me au grand khan de Tartarie.<br \/>Car j\u2019ai d\u00een\u00e9 avec ces puissants monarques,<br \/>Et d\u00e9fil\u00e9 en triomphe \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9,<br \/>Dans des chariots de cristal tir\u00e9s par des licornes.<br \/><br \/>\u2014 Thomas Dekker, <em>The Pleasant Comedie of Old Fortunatus<\/em>, 1600<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f6fd\">I once did see<br \/>In my young travels through Armenia<br \/>An angrie unicorn in his full carier<br \/>Charge with too swift a foot a Jeweller<br \/>That watcht him for the Treasure of his browe;<br \/>And ere he could get shelter of a tree,<br \/>Naile him with his rich Antler to the Earth.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;George Chapman, <em>Bussy d\u2019Ambois<\/em>, 1603<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Le sage auquel est confi\u00e9 le soin d\u2019\u00e9crire un jour l\u2019histoire de mes prouesses aura trouv\u00e9 bon que je prenne quelque surnom significatif, comme en prenaient tous les chevaliers du temps pass\u00e9. L\u2019un s\u2019appelait le chevalier de l\u2019Ardente-\u00c9p\u00e9e, l\u2019autre, de la Licorne, celui-ci, des Damoiselles, celui-l\u00e0, du Ph\u00e9nix, cet autre, du Griffon, et cet autre, de la Mort ; et c\u2019est par ces surnoms et par ces insignes qu\u2019ils \u00e9taient connus sur toute la surface de la terre. Ainsi donc, dis-je, le sage dont je viens de parler t\u2019aura mis dans la pens\u00e9e et sur la langue ce nom de chevalier de la Triste Figure, que je pense bien porter d\u00e9sormais ; et pour que ce nom m\u2019aille mieux encore, je veux faire peindre sur mon \u00e9cu, d\u00e8s que j\u2019en trouverai l\u2019occasion, une triste et horrible figure.<br \/><br \/>\u2014 Miguel de cervantes, <em>Don Quichotte, <\/em>1605.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdfbc6\">Thy baths shall be the juice of gillyflowers,<br \/>Spirit of roses, and of violets,<br \/>The milk of unicorns, and panthers&#8217; breath<br \/>Gathered in bags, and mixed with Cretan wines.<br \/><br \/>\u2014 Ben Jonson, <em>Volpone<\/em>, 1606<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2f2ff\">Con l\u2019emo ella il bel viso hor non asconde,<br \/>scintillan gli occhi un piu ch\u2019human splen<br \/>parte annodate son le chiome biondore;<br \/>e parte in preda ad un lascivo errore:<br \/>malagevole \u00e8 \u2018l calle \u00e0 poggiar, onde<br \/>l\u2019irriga l\u2019ostro un christallin sudore,<br \/>cui ondeggiando intorno i vaghi crini<br \/>paion legati in or perle, e rubini.<br \/>Vibra lampi, e fulgor lo scudo intorno<br \/>Al sol, che ripercosso il ripercote,<br \/>ch\u2019in azzuro color bianco unicorno<br \/>serba, che \u2018l ferro aguzza ad aspra cote.<br \/>Con l\u2019elsa e \u2018l pomo d\u2019or di gemme adorno,<br \/>cui mal stimar l\u2019opra e \u2018l valor si puote,<br \/>di catena al destro omero ligato<br \/>sen\u2019 va \u2018l brando a cader nel manco lato.<br \/><br \/>\u2014 Margherita Sarrocchi, Scanderbeide, 1606<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ece9e0\">En l&#8217;an de gr\u00e2ce 1561, Conrad Bloem, citoyen de Hambourg, passa l&#8217;hiver en Islande, \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00each\u00e9 de Sk\u00e1lholt, pour le compte d&#8217;autrui, afin de commercer et d&#8217;apprendre la langue. Les p\u00eacheurs de l&#8217;\u00e9v\u00eaque trouv\u00e8rent une corne enti\u00e8re de licorne dans la glace, venant du Groenland (selon la croyance), o\u00f9 l&#8217;on dit que les licornes existent encore aujourd&#8217;hui, et ils la rapport\u00e8rent \u00e0 leur seigneur, croyant que c&#8217;\u00e9tait une dent de baleine. L&#8217;\u00e9v\u00eaque ne le crut pas diff\u00e9remment et, \u00e0 sa demande, la donna \u00e0 Conrad. Celui-ci, un peu plus rus\u00e9, la vendit par la suite \u00e0 Anvers, pour plusieurs milliers de florins. Quand ces \u00e9v\u00e9nements parvinrent au roi de Danemark, celui-ci veilla \u00e0 ce qu&#8217;aucun Allemand ne passe l&#8217;hiver en Islande \u00e0 l&#8217;avenir, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit.<br \/><br \/>\u2014 Dithmar Blefken, <em>Islandia, <\/em>1607.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeae7\">A beastly ambition, which the gods grant thee t&#8217;attain to! If thou wert the lion, the fox wouldbeguile thee; if thou wert the lamb, the fox wouldeat thee; if thou wert the fox, the lion wouldsuspect thee, when peradventure thou wert accused bythe ass; if thou wert the ass, thy dulness wouldtorment thee, and still thou livedst but as abreakfast to the wolf; if thou wert the wolf, thy greediness would afflict thee, and oft thou shouldsthazard thy life for thy dinner; wert thou theunicorn, pride and wrath would confound thee andmake thine own self the conquest of thy fury; wertthou a bear, thou wouldst be killed by the horse;wert thou a horse, thou wouldst be seized by theleopard; wert thou a leopard, thou wert german tothe lion and the spots of thy kindred were jurors onthy life; all thy safety were remotion and thydefence absence. What beast couldst thou be, thatwere not subject to a beast? and what a beast artthou already, that seest not thy loss intransformation!<br \/><br \/>Ambition de brute ! que les dieux t&#8217;accordent ton d\u00e9sir ! Si tu \u00e9tais lion, le renard te duperait ; si tu \u00e9tais agneau, le renard te d\u00e9vorerait ; si tu \u00e9tais le renard, le lion te suspecterait, si par hasard l&#8217;\u00e2ne venait \u00e0 t&#8217;accuser ; si tu \u00e9tais l&#8217;\u00e2ne, ta stupidit\u00e9 ferait ton tourment, et tu ne vivrais que pour servir de d\u00e9jeuner au loup ; si tu \u00e9tais le loup, ta voracit\u00e9 serait ton supplice, et tu exposerais ta vie pour ton diner ; si tu \u00e9tais la licorne, ta fureur et ton orgueil seraient un pi\u00e8ge pour toi, tu p\u00e9rirais victime de ta col\u00e8re ; si tu \u00e9tais un ours, tu serais tu\u00e9 par le cheval ; si tu \u00e9tais cheval, tu serais la proie du l\u00e9opard ; si tu \u00e9tais un l\u00e9opard, tu serais cousin germain du lion, et ta peau mouchet\u00e9e serait fatale \u00e0 ta vie ; tu n&#8217;aurais de s\u00fbret\u00e9 que dans la fuite, et ton absence serait ton unique d\u00e9fense. Quel animal pourrais-tu \u00eatre, qui ne f\u00fbt soumis \u00e0 quelque autre animal ? Et quel animal tu es d\u00e9j\u00e0, de ne pas voir comment tu perdrais \u00e0 la m\u00e9tamorphose !<br \/><br \/>\u2014 William Shakespeare, <em>Timon of Athens<\/em>, 1607<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#daf2e3\">Entre autres il y a des griffons qui enlevent un homme tout arm\u00e9, &amp; abbattent les chevaux desquels ils sont ennemis, &amp; font leur nid aux tres-hauts rochers des montagnes d\u2019Anian, &amp; \u00e0 cause qu\u2019ils sont proches des mines des \u00e9meraudes, les anciens po\u00ebtes ont dict qu\u2019ils eftoient \u00e0 leur garde.<br \/>Il est escrit d\u2019un chevalier Anglois, qui environ l&#8217;an 1400 fit la guerre contre le Roy de Mangi , en faveur des Tartares l&#8217;espace de seize ann\u00e9es, jusques \u00e0 ce qu\u2019ayant pris le dict Roy il le rendit tributaire du grand Can. En ces rivages vers le d\u00e9troit de Cheniam, l&#8217;on voit un oyseau desmesur\u00e9, nomm\u00e9 roc, qui est noir, &amp; griz, &amp; \u00e0 chaque aisle longue de huictante pieds, &amp; le corps de soixante, &amp; est de si grande force, qu&#8217;il leve presque en se jouant un \u00e9l\u00e9phant si haut, que le laissant apr\u00e8s tomber sur quelque efcueil, ou montagne, il se brise tout, &amp; ceux qui voyagent sur ces mers sont en continuelle crainte, que ces oyfeaux n&#8217;enfoncent leurs vaisseaux en passant dessus, avec le seul mouvement de leurs aisles, veu qu&#8217;il ressemble \u00e0 un vent orageux, ou bien en mettant les arbres en pi\u00e8ces; &amp; tout cecy est afferm\u00e9 par beaucoup de Portugais qui disent en avoir peu de ceste sorte. Passant le cap de bonne Esp\u00e9rance, on trouve aux for\u00eats bonne quantit\u00e9 de licornes, semblables de forme, &amp; de grandeur \u00e0 un cheval, except\u00e9 qu&#8217;ils ont la queue de sanglier, les crinz de lyon , les pieds de cerf, le poil tach\u00e9 de jaune, rouge, ou blanc, &amp; ont une corne au front longue de trois brasses, ou un peu moins, &amp; ceft animal est si viste, qu\u2019il est presque impossible de l\u2019avoir en vie.<br \/><br \/>\u2014 <em>Discours de la grande ville de Quinzai, &amp; du royaume de la Chine<\/em> de Contugo Contugui \u00e0  l\u2019illustre seigneur Louis Gonzague, cit\u00e9 in Nicolas de Foss\u00e9, <em>Tr\u00e9sor politique contenant les relations, instructions, traictez et divers discours appartenans \u00e0 la parfaite intelligence de la raison d\u2019\u00e9tat<\/em>, 1608.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1eaee\">L\u2019an de grace mil cinq centz soixante quatre, certain&nbsp; paysan descouvrit bon nombre de chambres soubsterraines&nbsp;: et trouva en l\u2019une d\u2019icelle un Roy couronn\u00e9, ayant pr\u00e8s de soy une licorne avec sa corne entiere, &amp; a son sceptre estoit une Escarboucle, qui est une pierre precieuse comme un rubis, donnant clart\u00e9 en l\u2019obscurit\u00e9, mais si tost qu\u2019il y eust air, ledit Roy et ce qui estoit corruptible tomba en cendres.<br \/><br \/>\u2014 Jean Zuallart, <em>le tresdevot voyage de Jerusalem, avec les figures des lieux saincts,<\/em> 1608.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcfef2\"><em>Discours de la grande ville de Quinzai, &amp; du royaume de la Chine<\/em><br \/>de Contugo Contugui,<br \/>\u00c0 l\u2019illustre seigneur Louis Gonzage<br \/>[\u2026]<br \/>Il est escit d\u2019un chevalier Anglois, qui environ l&#8217;an 1400 fit la guerre contre le Roy de Mangi , en faveur des Tartares l&#8217;espace de seize ann\u00e9es, jusques \u00e0 ce qu\u2019ayant pris le dict Roy il le rendit tributaire du grand Can. En ces rivages vers le d\u00e9troit de Cheniam, l&#8217;on voit un oyseau desmesur\u00e9, nomm\u00e9 roc, qui est noir, &amp; griz, &amp; \u00e0 chaque aisle longue de huictante pieds, &amp; le corps de soixante, &amp; est de si grande force, qu&#8217;il leve presque en se jouant un \u00e9l\u00e9phant si haut, que le laissant apr\u00e8s tomber sur quelque efcueil, ou montagne, il se brise tout, &amp; ceux qui voyagent sur ces mers sont en continuelle crainte, que ces oyfeaux n&#8217;enfoncent leurs vaisseaux en passant dessus, avec le seul mouvement de leurs aisles, veu qu&#8217;il ressemble \u00e0 un vent orageux, ou bien en mettant les arbres en pi\u00e8ces; &amp; tout cecy est afferm\u00e9 par beaucoup de Portugais qui disent en avoir peu de ceste sorte. Passant le cap de bonne Esp\u00e9rance, on trouve aux for\u00eats bonne quantit\u00e9 de licornes, semblables de forme, &amp; de grandeur \u00e0 un cheval, except\u00e9 qu&#8217;ils ont la queue de sanglier, les crinz de lyon , les pieds de cerf, le poil tach\u00e9 de jaune, rouge, ou blanc, &amp; ont une corne au front longue de trois brasses, ou un peu moins, &amp; ceft animal est si viste, qu\u2019il est presque impossible de l\u2019avoir en vie.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas de Foss\u00e9, <em>Tr\u00e9sor politique contenant les relations, instructions, traictez et divers discours appartenans \u00e0 la parfaite intelligence de la raison d\u2019\u00e9tat<\/em>, 1608<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d8f1fc\">Les chasseurs pr\u00e9parent leurs fusils et am\u00e8nent une guenon, sp\u00e9cialement dress\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 le rhinoc\u00e9ros a \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9. Lorsqu\u2019elle voit le rhinoc\u00e9ros, la guenon commence \u00e0 danser, et le rhinoc\u00e9ros, qui appr\u00e9cie le spectacle, s\u2019approche. La guenon saute alors sur son dos et commence \u00e0 le masser et le gratter, pour son plus grand plaisir. Finalement, la guenon saute \u00e0 nouveau au sol et commence \u00e0 lui gratter le ventre. Tout \u00e0 son plaisir, le rhinoc\u00e9ros se retourne sur le dos. Les chasseurs embusqu\u00e9s sortent alors, tirent en visant son nombril, la partie la moins prot\u00e9g\u00e9e de l\u2019animal, et le tuent.<br \/><br \/>\u2014 Luis de Urreta, <em>Historia &#8230; de los grandes y remotos reynos de la Etiopia<\/em>,1610.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1fceb\">Sa noblesse d\u2019esprit est telle qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re mourir qu\u2019\u00eatre captur\u00e9e vivante, en quoi la licorne et le vaillant chevalier sont identiques.<br \/><br \/>\u2014 John Guillim, <em>A Display of Herladry<\/em>, 1610<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdedd1\">Sebastian :<br \/>A living drollery. Now I will believe<br \/>That there are unicorns, that in Arabia<br \/>There is one tree, the phoenix&#8217; throne, one phoenix<br \/>At this hour reigning there.<br \/><br \/>Antonio :<br \/>I&#8217;ll believe both;<br \/>And what does else want credit, come to me,<br \/>And I&#8217;ll be sworn &#8217;tis true: travellers ne&#8217;er did lie,<br \/>Though fools at home condemn &#8217;em.<br \/><br \/>S\u00e9bastien&nbsp;:&nbsp; Des marionnettes vivantes. Maintenant je croirai qu&#8217;il existe des licornes, qu&#8217;il est dans l&#8217;Arabie un arbre servant de tr\u00f4ne au ph\u00e9nix, et qu&#8217;un ph\u00e9nix y r\u00e8gne encore aujourd&#8217;hui.<br \/><br \/>Antonio&nbsp;:&nbsp; Je crois \u00e0 tout cela ; et, si l&#8217;on refuse d&#8217;ajouter foi \u00e0 quelque autre chose, je jurerai qu&#8217;elle est vraie. Jamais les voyageurs n&#8217;ont menti, quoique dans leurs pays les idiots les condamnent.<br \/><br \/>\u2014 William Shakespeare, <em>The Tempest<\/em>, 1610<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddfbdd\">Will the unicorn be willing to serve thee,<br \/>or abide by thy crib?<br \/>Canst thou bind the unicorn with his band in the furrow?<br \/>Or will he harrow the valleys after thee?<br \/>Wilt thou trust him,<br \/>because his strength is great?<br \/>Or wilt thou leave thy labour to him?<br \/>Wilt thou believe him,<br \/>that he will bring home thy seed,<br \/>and gather it into thy barn?<br \/><br \/>\u2014 <em>Job 39:9-11, King James Bible<\/em>, 1611<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6dcee\">La duchesse de Lunebourg, Madame Elisabeth Magdalena, la s\u0153ur bien-aim\u00e9e du margrave Johann Georg, prince \u00e9lecteur de Brandebourg, dit un jour \u00e0 mon p\u00e8re que Prendre de la corne de licorne le matin dans son vin, puis suer deux fois de suite dans son lit chassait vigoureusement les humeurs vici\u00e9es: ce que je crois \u00e9galement si l&#8217;on s&#8217;en sert d\u00e8s le commencement du mal. [..]<br \/>Si l&#8217;on peut obtenir de la v\u00e9ritable corne de licorne, ne serait-ce qu&#8217;un scrupule?, c&#8217;est-\u00e0-dire un tiers de quentin? r\u00e2p\u00e9 ou lim\u00e9 et pulv\u00e9ris\u00e9 dans de l&#8217;eau, c&#8217;est encore mieux, car cela expulse le poison d&#8217;autant plus vite par sudation. Employ\u00e9 ainsi, ce rem\u00e8de est aussi utile contre toute forme de pestilence, m\u00eame lorsque des furoncles apparaissent pr\u00e8s du c\u0153ur ou des abc\u00e8s sous les aisselles. [\u2026]<br \/>Les riches gardent un petit morceau de corne de licorne dans la bouche, cela emp\u00eache qu&#8217;aucun poison ne passe par leur bouche.<br \/><br \/>\u2014 Johannes Coler, <em>Oeconomia ruralis et domestica oder Hau\u00dfbuch<\/em>, 1611<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e5e2ff\">Par l\u2019image de rinoc\u00e9rot\u2026la Sainte \u00c9criture entend l\u2019homme fort et robuste\u2026 Le rinoc\u00e9rot est une terrible et monstrueuse b\u00eate, ayant deux cornes aux narines\u2026 En plusieurs endroits des Saints Cahiers, le monoc\u00e9rot et le rinoc\u00e9rot, comme qui dirait unicorne et naricorne, se prennent confus\u00e9ment pour une m\u00eame chose, tant par les modernes que par les anciens th\u00e9ologiens, lesquels ignorant l\u2019histoire ont estim\u00e9 que deux diverses cr\u00e9atures ne fussent qu\u2019une. Ainsi trouverez-vous que les uns mettent unicorne et les autres naricorne en un m\u00eame endroit. Ce que je pense \u00eatre advenu de ce que la plupart d\u2019iceux ont cuid\u00e9 que le rinoc\u00e9rot et le monoc\u00e9rot ne fussent qu\u2019un, au lieu qu\u2019ils sont bien diff\u00e9rents, joint que Pline m\u00eame en traite s\u00e9par\u00e9ment. Car au livre 8\u00e8me, chapitre 21\u00e8me il dit que le monoc\u00e9rot est une tr\u00e8s f\u00e9lonne b\u00eate, ressemblant de corps au cheval, de la t\u00eate au cerf, des pieds \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9phant, de la queue au sanglier, qui hurle fort hideusement et porte une longue corne noire au milieu du front, longue de deux coud\u00e9es. Laquelle description d\u00e9signe celle qu\u2019on appelle commun\u00e9ment Halicorne, ou Licorne, tant amie (ce dit-on) de pudicit\u00e9 qu\u2019elle ne peut \u00eatre attrap\u00e9e sinon par le moyen d\u2019une fille vierge que les veneurs font asseoir l\u00e0 o\u00f9 ils savent que la b\u00eate s\u2019en vient boire et viander. [\u2026]<br \/>Mais Pline parlant du Rinoc\u00e9rot, livre susdit, chapitre 20, lui donne une corne non pas au front mais bien au mufle, ajoutant qu\u2019apr\u00e8s le dragon, l\u2019\u00e9l\u00e9phant n\u2019a point de plus cruel ennemi. Certes Euch\u00e8re, comme nous avons dit ci-dessus, remarque tant sur le passage de Job nagu\u00e8re all\u00e9gu\u00e9 qu\u2019en d\u2019autres lieux de la Sainte \u00c9criture, que le Rinoc\u00e9rot est l\u2019hi\u00e9roglyphe de l\u2019homme fort et robuste. [\u2026]<br \/>S\u2019il est donc loisible d\u2019en dire mes conjectures, attendu qu\u2019au XXI\u00e8me psaume la comparaison se rapporte aux robustes et indomptables animaux, et que le psalmiste implore l\u2019aide de Dieu contre leur effort et violence, joint que les Chald\u00e9ens et Arabes l\u2019ont tourn\u00e9 en ce sens: \u201cSauve-moi du fier tr\u00e8s fort comme le lion, et du roi puissant, duquel la puissance est comme celle du naricorne\u201d (qui a la corne sur le nez ou sur le mufle) et que plusieurs approuvent cette le\u00e7on, je ne doute point qu\u2019il ne faille lire en cet endroit Rinoc\u00e9rot. Et l\u00e0 o\u00f9 est faite mention, au XXXVIII\u00e8me psaume de la plus aimable et plus gracieuse b\u00eate, vu que les h\u00e9breux appellent Sarion ce que les grecs et les latins ont tourn\u00e9 mot \u00e0 mot \u201caim\u00e9 comme le fils des licornes\u201d, joint qu\u2019aussi la vieille traduction a ce mot de unicorne, je crois que personne ne doutera qu\u2019il ne soit meilleur de lire au grec Monoc\u00e9rot.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les Hi\u00e9roglyphiques de Jean-Pierre Val\u00e9rien, vulgairement nomm\u00e9 Pierius<\/em>, 1615<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdcdc\">Rien n&#8217;arreste les pas de la blanche Themis.&nbsp;<br \/>Son chariot vainqueur, effroyable et superbe,&nbsp;<br \/>Ne foule en cheminant ni le pav\u00e9 ni l&#8217;herbe [\u2026]<br \/>Qui tire ce grand char ? Quatre licornes pures.<br \/><br \/>\u2014 Agrippa d&#8217;Aubign\u00e9,&nbsp;<em>Les Tragiques,&nbsp;<\/em>1616<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff8de\">Le 18 [ao\u00fbt 1617], je receus des lettres des Officiers du vaisseau nomm\u00e9 l&#8217;Esperance; on m&#8217;\u00e9crivirt qu&#8217;il n&#8217;y estoit point venu d&#8217;Indigo t\u00e0 cause que la Caravanne ou Caphila de Goa auoit manqu\u00e9 de venir cette ann\u00e9e &amp; que l&#8217;on avoit vendu la Corne de Licorne; dautant que dans l&#8217;\u00e9preuue qu&#8217;on en avoit faicte, on l&#8217;avoit trouu\u00e9 sans vertu.<br \/><br \/><em>\u2014 M\u00e9moire de Thomas Rhoe, ambassadeur du roy d&#8217;Angleterre aupr\u00e8s du Mogol, pour les affaires de la Compagnie angloise des Indes-Orientales,<\/em> 1690<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbe5ed\">La corne de licorne est un rem\u00e8de contre tous les venins. De m\u00eame, en Afrique, o\u00f9, \u00e0 cause de la multitude de serpents, les fleuves sont souvent infect\u00e9s par la putr\u00e9faction de leur venin, le monoc\u00e9ros, par la vertu qui r\u00e9side en sa corne, purifie merveilleusement les eaux\u2026 On applique [cette image] \u00e0 juste titre au Christ baptis\u00e9 qui, semblable au fils des licornes, a sanctifi\u00e9 le cours des eaux afin d\u2019effacer la souillure de tous nos crimes.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas Caussin,&nbsp; <em>De Symbolica \u00c6gyptiorum Sapientia. Polyhistor Symbolicus<\/em>, 1618<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3e1f5\">Clidaman nourrissoit pour raret\u00e9 dans de grandes cages de fer, deux lyons, et deux licornes, qu\u2019il faisoit bien souvent combattre contre diverses sortes d\u2019animaux. Or ce druyde les luy demanda pour gardes de ceste fontaine, et les enchanta [\u2026]. Et depuis n\u2019ont fait mal \u00e0 personne qu\u2019\u00e0 ceux qui ont voulu essayer la fontaine&nbsp;; mais ils assaillent ceux-l\u00e0 avec tant de furue, qu\u2019il n\u2019y a point d\u2019apparence que l\u2019on s\u2019y hazarde, car les lyons sont si grands et affreux, ont les ongles si longs et si tranchans, sont si legers et adroits, et si animez \u00e0 ceste deffense, qu\u2019ils font des effets incroyables. D\u2019autre cost\u00e9 les licornes ont la corne si pointue et si fort, qu\u2019elles perceroient un rocher, et heurtent avec tant de force et de vitesse, qu\u2019il n\u2019y a personne qui les puisse \u00e9viter.<br \/><br \/>\u2014 Honor\u00e9 d\u2019Urf\u00e9, <em>L\u2019Astr\u00e9e, 3\u00e8me livre<\/em>, 1619<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d3edf3\">Description du Royaume de Bengale<br \/>Ce pays est fort abondans en elephans, et c&#8217;est de l\u00e0 qu&#8217;on en meine aux autres endroicts de l&#8217;Inde. Il y a des Rhinoceros, &amp; dit-on mesme des licornes, qu&#8217;on tient se trouver en ce seul pays, &amp; disent que tous les autres animaux ne boivent jamais en une fontaine que la licorne n&#8217;y ait tremp\u00e9 sa corne, ains ils attendent tous au bord de l&#8217;eau qu&#8217;elle soite venue pour cet effect.<br \/><br \/>\u2014 <em>Voyage de Fran\u00e7ois Pyrard de Laval contenant sa navigation aux Indes Orientales, Maldives, Moluques, Bresil ; les divers accidens, adventures et dangers qui lui sont arrivez en ce voyage,\u2026 <\/em>, 1619<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d2fce1\">La sage nature souveraine de l\u2019univers, apr\u00e8s avoir comme par testament dispos\u00e9 de ses biens en faveur des cr\u00e9atures d\u2019ici-bas, et fourni le monde de ce qu\u2019elle jugea lui \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment n\u00e9cessaire pour son entretenement, elle lui tira sagement hors de la presse et loin des yeux les autres choses esquelles il y avait plus de majest\u00e9, d\u2019excellence et de valeur, pour autant qu\u2019elle ne veut pas \u00eatre forc\u00e9e \u00e0 profaner \u00e0 tous moments, et \u00e0 \u00e9taler tous les jours dans le march\u00e9 de ce monde les chefs d\u2019\u0153uvre et les merveilles qui sont par dessus le commun dou\u00e9s de non pareilles propri\u00e9t\u00e9s, de peur que par une trop famili\u00e8re accoutumance elles ne fussent mises au rabais et \u00e0 quelques f\u00e2cheux m\u00e9pris.<br \/><br \/>\u2014 Laurent Catelan, <em>Histoire de la nature, chasse, propri\u00e9tez et usages de la lycorne, <\/em>1624.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0eaf9\">En la premi\u00e8re des chapelles, d\u00e9di\u00e9e au glorieux roi saint Louis, dedans de grandes armoires est soigneusement gard\u00e9e la corne d\u2019une licorne, laquelle a six pieds et demi et un pouce de hauteur, pi\u00e8ce la plus rare et la plus exquise qui soit en toute l\u2019Europe, voire m\u00eame en tout le reste du monde. Ce tr\u00e8s pr\u00e9cieux joyau fut jadis envoy\u00e9 par Aaron, roi des Perses, \u00e0 l\u2019empereur et roi de France saint Charlemagne, qui l\u2019ayant mis en son tr\u00e9sor imp\u00e9rial d\u2019Aix la Chapelle en Allemagne, il \u00e9chut en partage \u00e0 l\u2019empereur et roi de France, Charles le Chauve, qui le donna \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Saint- Denis o\u00f9 il \u00e9tait mis au milieu des cierges au dessus de l\u2019autel de la Trinit\u00e9.<br \/><br \/> Jacques Doublet, <em>Histoire de l\u2019abbaye de Saint-Denis en France<\/em>, 1625<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fedada\">On cro\u00eet que le Saphir, l\u2019Hyacinte, l\u2019Esmeraude, l\u2019Yvoire, la Licorne pendus au col, en forte qu\u2019ils touchent la poictrine nue, ont quelque vertu particuli\u00e8re.<br \/><br \/>\u2014 Estienne Dufaug, <em>L&#8217;Oemologie o\u00f9 sont esclaircies plusieurs difficultez touchant la nature, Pr\u00e9servation, &amp; Curation de la peste,<\/em> 1630.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9f1db\">Il disoit \u00e0 propos des cornes de cerfs &amp; de licornes, que quelques empiriques font entrer dans la composition des rem\u00e8des, qu\u2019il s\u2019\u00e9tonnoit comment ils n\u2019y faisoient pas entrer les leurs propres, &amp; que la facult\u00e9 en ayant bonne provision, il y auroit de quoi gu\u00e9rir bien des malades, si tant est que les cornes qui font mal \u00e0 la t\u00eate pussent faire du bien au corps.<br \/><br \/>\u2014 <em>L&#8217;esprit de Guy Patin tir\u00e9 de ses conversations<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ececec\">\u00c0 Lisbonne. \u2014 Je vous envoyerai par le premier courrier la relation merveilleuse des voyages de Don Petro Ruys de Villandras Montessana, lequel a trouv\u00e9 trois mondes o\u00f9 il y a plusieurs beaux monast\u00e8res, dont les abb\u00e9s ne se r\u00e9servent point de pensions sur les b\u00e9n\u00e9fices qu&#8217;ils conf\u00e8rent ; outre ce a pr\u00e9sent\u00e9 au Grand-N\u00e9gus un baril d&#8217;olives de Lucques, pour lequel il lui a fait pr\u00e9sent d&#8217;un royaume qui contient six cents lieues de long et quatre cents lieues de large, tout de d\u00e9sert sablonneux, dont il peut tirer annuellement 2,511 marav\u00e9dis, sans y comprendre le revenu de la chasse aux Licornes.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le courrier v\u00e9ritable<\/em>, 1632<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d1e5f5\">Groenland prend son nom de la verdeur, car Groen en flaman signifie verd en Fran\u00e7ois\u2026 Tout ce pays est plein d\u2019ours cruels, avec lesquels les habitans ont une guerre continuelle. Il y a aussi des renards &amp;, si ce qu\u2019on dit est vray, des licornes.<br \/><br \/>\u2014 G\u00e9rard Mercator, <em>Atlas ou repr\u00e9sentation du monde universel et des parties d\u2019icelui, <\/em>Amsterdam, 1633, vol.1, p.73<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9e6d5\">Ce fut une belle le\u00e7on que nostre Dame luy donna un jour, disant que le vertueux qui est glorieux est comme la licorne. Tout ce que la licorne a gaign\u00e9 toute sa vie pour rendre sa corne pr\u00e9tieuse &amp; en faire comme un riche thresor &amp; un contrepoison souverain, elle le perd en un momment en se faisant pipper \u00e0 une malheureuse apparence. Car on dit que si on lui pr\u00e9sente une Vierge belle et modeste, elle se jette en son giron , elle y repose sa corne &amp; sa teste, elle s&#8217;y endort si bien qu&#8217;on peut lui couper et la teste et la corne. La superbe et la vanit\u00e9 a quelquefois tant d&#8217;apparence de beaut\u00e9 que les vertus innocentes se laissent emporter.<br \/><br \/>\u2014 \u00c9tienne Binet, <em>La Vie admirable de saincte Birgitte, <\/em>1634.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Par cette barque je vous envoye un rare animal qu\u2019aux Indes et en Perse on nomme Alzaron; on tient que ses cornes ont la mesme vertu que celles de la licorne, et on en fait grand estime.<br \/><br \/>\u2014 Lettre de Thomas d&#8217;Arcos, depuis Tunis, \u00e0 Nicolas Claude Fabri de Peiresc, 1634.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#edfff4\">L\u2019empereur de l\u2019\u00c9thiopie qu\u2019on nomme Pr\u00eatre-Jean, d\u00e9sireux de contracter amiti\u00e9 et faire ligue avec le grand Seigneur, crut qu\u2019il ne pouvait mieux arriver \u00e0 ce but qu\u2019en le gratifiant d\u2019une couple de licornes excellentes, qu\u2019on lui avait envoy\u00e9 des Indes, pour un pr\u00e9sent digne de ces grandeurs. le Turc se tint fort oblig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9thiopien, voyant ces deux et beaux rares animaux \u00e0 sa porte, et jugeant bien que tous ses sujets en agr\u00e9eraient extr\u00eamement la vue , commanda qu\u2019on les men\u00e2t au sultan de La Mecque, afin que ceux de la Turquie qui sont grandement port\u00e9s \u00e0 faire des p\u00e8lerinages \u00e0 cet abominable s\u00e9pulcre de Mahomet, eussent le contentement de les voir avec les autres raret\u00e9s qui s\u2019y montrent.<br \/>Cette sorte de cr\u00e9ature est si rare qu\u2019outre ces deux ici, je trouve que peu de personnes afferment en avoir vu, combien que plusieurs en \u00e9crivent assez de merveilles et qu\u2019en beaucoup d\u2019endroits de l\u2019Europe on y reconnaisse sa corne. Si bien que je ne me dois pas \u00e9bahir si fort peu de personnes de condition ont charg\u00e9 leurs armes de la figure de licorne, puisque ses propri\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 jadis si peu connues, et que les Solin et les Pline ont enseign\u00e9 m\u00eame que cette b\u00e2te se plait si fort dans les plus vastes et les plus \u00e9loign\u00e9es solitudes, qu\u2019elle se fera plut\u00f4t tuer que de se laisser prendre. Bien est vrai n\u00e9anmoins que tous ceux qui en parlent demeurent d\u2019accord qu\u2019elle est dou\u00e9e d\u2019un bon courage, qu\u2019elle ose bien attaquer les lions, ses plus grands ennemis, et d\u2019autre part qu\u2019elle ch\u00e9rit si passionn\u00e9ment les bonnes odeurs et les personnes qui sont chastes que le meilleur moyen de les apprivoiser est de lui en pr\u00e9senter.<br \/>\u00c0 raison de quoi l\u2019invention de ceux-l\u00e0 n\u2019est pas mauvaise qui ont employ\u00e9 dans le blason de leurs \u00e9cus d\u2019armes des licornes enti\u00e8res, ou leurs t\u00eates seulement, puisque ce sont des marques assur\u00e9es d\u2019une rare g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, et de l\u2019estime qu\u2019on fait du beau lys d\u2019une puret\u00e9 virginale. D\u2019ailleurs, quand j\u2019apprendrai non seulement par le rapport d\u2019une infinit\u00e9 d\u2019auteurs assez dignes de cr\u00e9ance, mais aussi par l\u2019exp\u00e9rience journali\u00e8re et fort ais\u00e9e, que cet animal est si ennemi des venins que la moindre partie de sa corne pulv\u00e9ris\u00e9e suffit pour emp\u00eacher tous leurs effets, je louerai le plus qu\u2019il me sera possible les pens\u00e9es de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs qui se sont imagin\u00e9s avec bien sujet qu\u2019\u00e0 la vue de la licorne repr\u00e9sent\u00e9e dans leurs \u00e9cus, on reconna\u00eetrait \u00e9videmment comme quoi ils auraient eu en abomination le poison tr\u00e8s pernicieux de l\u2019erreur et du vice, et combien arasement ils en auraient procur\u00e9 l\u2019an\u00e9antissement.De Vat\u00e9 porte d\u2019azur \u00e0 six cotices d\u2019or, au chef d\u2019argent charg\u00e9 de trois corneilles de sable membr\u00e9es et becquet\u00e9es de gueule. Fay Despaisses porte d\u2019argent, \u00e0 une bande d\u2019azur charg\u00e9e de trois t\u00eates de licornes d\u2019or. Ribier porte de gueules, \u00e0 la fasce ond\u00e9e d\u2019or, &amp; \u00e0 la t\u00eate de licorne de m\u00eame, en pointe. Le Cirier de Neuschelles, d\u2019azur \u00e0 trois licornes d\u2019or. Clairaunay au Maine, d\u2019argent, \u00e0 trois licornes de sable. Charpentier port d\u2019azur, \u00e0 la bande \u00e9chiquet\u00e9e d\u2019or et de gueules de trois traits, accompagn\u00e9e de deux licornes d\u2019argent. Chevri\u00e8re de Paudy porte d\u2019azur \u00e0 trois t\u00eates arrach\u00e9es de licorne d\u2019argent. Fauchedompr\u00e9 met aussi trois t\u00eates de licorne dans ses armes. Du Valmondreuille porte d\u2019azur, \u00e0 trois croix coup\u00e9es d\u2019or mises en face, \u00e9cartel\u00e9 d\u2019hermines, sur le tout de gueules \u00e0 une t\u00eate de licorne d\u2019argent. Nusdorf, en Bavi\u00e8re, porte de sable \u00e0 la licorne contourn\u00e9e et rampante d\u2019argent. Postolsky en Sil\u00e9sie de gueules \u00e0 la licorne contourn\u00e9e et rampante d\u2019argent. Poppelau en Sil\u00e9sie porte de gueules \u00e0 la licorne d\u2019or, l\u2019orang\u00e9e \u00e0 la moiti\u00e9 du corps de sable et d\u2019argent.<br \/><br \/>\u2014 Marc Gilbert de Varennes, S.J., <em>Le roy d&#8217;armes ou L&#8217;art de bien former, charger, briser, timbrer, et par consequent, blassonner toutes les sortes d&#8217;Armoiries<\/em>, 1635<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dff2fa\">De Prague, le 29 janvier 1635, <br \/>Le froid est si grand en ce pays que de trois r\u00e9gimens qui marchoient nagu\u00e8res, il est mort cinquante soldats en moins de deux heures de chemin. La garnison d&#8217;Aussig a \u00e9t\u00e9 contrainte par faute de apin de se retire \u00e0 Laun, tous leurs moulins estant gelez, ce qui leur rend le bled inutile.<br \/>De Grosglogau, en Sil\u00e9zie, ledit jour<br \/>Les loups affam\u00e9s courent ici autour \u00e0 vingtaines, ce qui fait qu\u2019on n\u2019ose cheminer qu\u2019en troupes et en armes. Plusieurs assurent aussi avoir vu un animal tel qu\u2019on d\u00e9peint la licorne, dans la grande for\u00eat de Prinkenau.<br \/><br \/>\u2014 <em>La Gazette, Nouvelles ordinaires du troisiesme mars 1635.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8dbe5\">Aux montagnes de Beth en la haute Ethiopie, il y a des licornes grandes comme des poulains de deux ans, de couleur cendr\u00e9e et semblable aux chevaux. Elles ont du crein, avec de longues barbes comme les boucs, &amp; au front une corne fort polie et blanche comme yvoire, longue de deux coud\u00e9es, avec des cannelures jaunes, qui vont de la naissance de la corne jusque\u2019\u00e0 la pointe. L\u2019on tient qu\u2019elle est propre contre les venins &amp; que les autres animaux l\u2019attendent jusque\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait tremp\u00e9 sa corne dans l\u2019eau qu\u2019ils veulent boire. C\u2019est une beste si fine et viste qu\u2019on ne peut la prendre ny tuer, quelque ruse qu\u2019on y emploie. Elle change de cornes ainsi que le cerf de bois, puis les chasseurs trouvent au d\u00e9sert celles qui lui tombent. L\u2019on en voit quelques unes en France, en Italie et ailleurs, qu\u2019on estime grandement.<br \/><br \/>\u2014 Pierre d\u2019Avity, <em>Le Monde, ou la description g\u00e9n\u00e9rale de ses quatre parties<\/em>, 1637.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dfe6f5\">C\u2019est en ce lieu qu\u2019est le tr\u00e9sor de Saint Marc, o\u00f9 l\u2019on voit premi\u00e8rement douze couronnes royales et douze corselets d\u2019or.[\u2026] Il y a deux cornes de licorne for longues, l\u2019une du masle, tirant sur le rouge, &amp; l\u2019autre de la femelle, presque blanche, richement garnies avec leurs inscriptions, l\u2019une en lettres grecques, l\u2019autre en arm\u00e9niennes.<br \/><br \/>\u2014 Pierre d\u2019Avity, <em>Le Monde, ou la description g\u00e9n\u00e9rale de ses quatre parties<\/em>, 1637.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6e6\">Mais une vraie licorne, telle qu&#8217;on la d\u00e9crit et la repr\u00e9sente, n&#8217;a \u00e0 ce jour \u00e9t\u00e9 vue par aucun homme, et il ne s&#8217;est trouv\u00e9 personne qui la conn\u00fbt. Aujourd&#8217;hui, le monde a \u00e9t\u00e9 si bien explor\u00e9 et couru, qu&#8217;il ne reste aucun endroit inconnu. Or, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, personne n&#8217;a vu la licorne en ces lieux ni n&#8217;en a entendu parler avec certitude. [\u2026]<br \/>Ce qui n&#8217;est pas dans la nature, les peintres et les po\u00e8tes peuvent l&#8217;y mettre \u00e0 leur guise: ils ajoutent selon leur bon plaisir des ailes \u00e0 un cheval (comme P\u00e9gase) et des cornes sur sa t\u00eate (comme \u00e0 la licorne).<br \/><br \/>\u2014 Peter Lauremberg, <em>Acerra Philologica, 1637<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffeeb\">Certes, la corne de licorne est un souverain rem\u00e8de contre le venin, mais quand elle est baill\u00e9e dans un gobelet form\u00e9 de cette m\u00eame corne de licorne, sa force en est redoubl\u00e9e.<br \/><br \/>\u2014 Jean-Pierre Camus, <em>Agatonphile ou les martyrs siciliens<\/em>, 1638<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#def9e8\"><em>L\u00e0 se viennent coucher en diverse posture<br \/>Cent animaux divers de forme &amp; de nature :<br \/>La frauduleuse Hy\u00e8ne, &amp; de qui la beaut\u00e9<br \/>Sous un port innocent cache sa cruaut\u00e9.<br \/>Le Cheval glorieux, simbole de la guerre,<br \/>Le Linx aux yeux perceants, dont l&#8217;eau se change en pierre.<br \/>L&#8217;Escurieu sautelant qui n&#8217;a point de repos,<br \/>La Marmote assoupie et le Singe dispos.<br \/>Le Castor y fait voir sa longue pane rousse,<br \/>Le Por espic ses trais dont luy-mesme est la trousse.<br \/>Le Tigre y met au jour son beau gris argent\u00e9<br \/>Qu&#8217;avec art la nature a si bien mouchet\u00e9.<br \/>[\u2026]<br \/>L\u00e0, se vient pr\u00e9senter la Martre Zibeline,<br \/>L\u00e0, se laisse ravir la pure et blanche Hermine.<br \/>Le chat que la Lybie enfante en ses ardeurs,<br \/>Y fait profusion de ses bonnes odeurs:<br \/>Le Grifon de son or, &amp; l&#8217;aimable Licorne.<br \/>Y donne pour tribut sa pr\u00e9cieuse corne.<\/em><br \/><br \/>\u2014 Tristan l&#8217;Hermite, <em>Orph\u00e9e, <\/em>1641<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f4f4\">Monoceros is a beast with one horn, called therefore by the name of an Unicorn: and albeit there be many horned beasts which may improperly be called Unicorns, yet that which is the right Unicorn indeed, is like unto a colt of two yeares &amp; a half old, which hath naturally but one horn, and that a very rich one, which groweth out of the middle of his forehead; being a horn of such vertue as is in no beasts horn besides: which whilest some have gone about to denie, they have secretly blinded the eyes of the world from their full view of the greatnesse of Gods great works. For were it not said that the horn were excellent and of surpassing power, I per\u2223swade my self it would never be doubted whether there were an Unicorn or no. But that there is such a pe\u2223culiar beast, the Scripture, both in Deuteronomie, Isai\u2223ah, Job, and the book of Psalmes, doth bear us witnesse: In all which places how do Expositours translate the originall word, but thus, Unicornis, or Monoceros, which in English is an Unicorn?<br \/>And again, it is the testimonie of Ludovicus Vertoman\u2223nus, alledged by Gesner, Topsell, and others, that he him\u2223self saw a couple of the true Unicorns at Mecha in Ara\u2223bia; one whereof had a horn of three cubits, being of the bignesse of a colt two yeares and an half old; the other was much lesse, and his horn shorter, about a spanne long, for he was but young: and both these were sent to the Sultan of Mecha, for a rare present, by the King of Ethiopia, who ever desireth to be in league with the said Sultan, thinking nothing too deare to maintain his ami\u2223tie. And certainly he could not send him a gift more welcome, especially this being a beast so rare and sel\u2223dome seen; which may be, in regard that it is a creature delighting in nothing more then in a remote and solita\u2223rie life.<br \/>The colour of these thus sent was like a weasel-co\u2223loured Horse; the head like the head of a Hart; the neck not very long, and the mane growing all on one side; their legges slender and lean, like the legs of an hinde; the hoofs on the forefeet cloven, and the hinder legges somewhat shaggie. The nearest (of any beast better known) is the Indian Asse, and Indian Horse; excepting that their hoofs are whole and not cloven, and their co\u2223lour somewhat differing: for there is a horn grows out between their two eyes, like to the true Unicorn. By which it appeareth that of Unicorns there is one princi\u2223pall kinde onely; the rest are lesse principall, and subordinate to him whose horn is the strongest, sharpest, and of the greatest vertue. For in granting more kindes then one, I do not understand every beast with one horn; but onely such Monocerots as have in their horns vertue against poison: like unto those horses of India mentioned but even now, and of which MrTopsell writeth that they have Harts heads, and one horn, of which their Kings and Princes make cups to drink their drink against poison, finding a great preservative to be in the said horn. Munster saith that the King of Ethiopia hath some store of these beasts; and MrTopsell nameth two kingdomes in India (the one called Niem, the other Lamber) which be likewise stored with them.<br \/>Moreover concerning the horn, it is neither light nor* hollow, nor yet smooth like other horns, but hard as iron, rough as any file, revolved into many plaits, sharp\u2223er then any dart, straight and not crooked, and every where black, except at the top or point. It hath many soveraigne vertues, and with an admirable dexteritie expelleth poison: insomuch that being put upon a table furnished with many junkets and banqueting dishes, it will quickly descrie whether there be any poison or ve\u2223nime amongst them; for if there be, then presently the horn is covered with a kinde of sweat or dew. And (as it is reported) when this beast cometh to drink, he first dippeth his horn in the water, that thereby he may drive away the poison when venimous beasts have drunk be\u2223fore him.<br \/>And again I finde it recorded that the Indian and* Ethiopian hunters catch of those Unicorns which be in their countrey, after this manner. They take a goodly strong and beautifull young man, whom they clothe in the apparell of a woman, besetting him with divers flowers and odoriferous spices, setting him where the Unicorns use to come; and when they see this young man, whom they take to be a woman, they come very lovingly and lay their heads down in his lap: (for above all creatures they do great reverence to virgins and young maids) and then the hunters having notice given them, suddenly come, and finding him asleep, they will deal so with him, as that before he goeth, he must leave his horn behinde him.<br \/>These, and many other things more, concerning this beast may be read in the large writings of Gesner and Topsel, whither I would wish the more inquisitive to have recourse.<br \/><br \/>\u2014 John Swan, <em>Speculum Mundi<\/em>, 1643<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5d9db\">The Unicorn doth stately weare&nbsp;<br \/>A horn of vertue that is most rare;&nbsp;<br \/>Which many be very glad to haue.&nbsp;<br \/>To buy, to borrow, to begge, or craue.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 <em>A&nbsp;Looking-Glasse of the World, or, The Plundred Man in Ireland, His voyage, his observation of the&nbsp;Beasts of the Field, of the Fishes of the Sea, of&nbsp;the Fowls of the Aire, &amp;c<\/em>, 1644<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdffdc\">Since therefore there be many <em>Unicorns<\/em>; since that whereto we appropriate a Horn is so variously described, that it seemeth either never to have been seen by two persons, or not to have been one animal; Since though they agreed in the description of the animal, yet is not the Horn we extol the same with that of the Ancients; Since what Horns soever they be that pass among us, they are not the Horns of one, but several animals; Since many in common use and high esteem are no Horns at all; Since if they were true Horns, yet might their vertues be questioned; Since though we allowed some vertues, yet were not others to be received; with what security a man may rely on this remedy, the mistress of fools hath already instructed some, and to wisdom (which is never too wise to learn) it is not too late to consider.<br \/><br \/>\u2014 Thomas Browne, <em>Pseudodoxia Epidemica, <\/em> 1646<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8ecf0\">Les Danois croient pour tout assur\u00e9, et s&#8217;engageraient de le prouver, que toutes ces esp\u00e8ces de cornes qui se voient en Moscovie, en Allemagne, en Italie et en France, viennent de Danemark, o\u00f9 cette sorte de trafic a eu grand vogue\u2026 Les Danois qui les envoyaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 pour les vendre, n&#8217;avaient garde de dire que ce fussent des dents de poissons, ils les exposaient comme des cornes de licornes, pour les vendre plus ch\u00e8rement. Et comme ils l&#8217;ont fait autrefois, ils le pratiquent encore tous les jours. Il n&#8217;y a pas longtemps que la compagnie du nouveau Groenland, qui est \u00e0 Copenhague, envoya un de ses associ\u00e9s en Moscovie, avec quantit\u00e9 de grosses pi\u00e8ces de cette sorte de cornes, et un bout entre autres, de grandeur fort consid\u00e9rable, pour le vendre au grand-duc de Moscovie. On dit que le grand-duc le trouva beau, et le fit examiner par son m\u00e9decin. Ce m\u00e9decin, qui en savait plus que les autres, dit au grand-duc que c&#8217;\u00e9tait une dent de poisson, et l&#8217;envoy\u00e9 retourna sur ses pas \u00e0 Copenhague, sans rien vendre. Comme il rendait raison de son voyage \u00e0 ses associ\u00e9s, il jeta toute la cause de son malheur sur ce m\u00e9chant m\u00e9decin, qui avait d\u00e9cri\u00e9 sa marchandise, et avait dit que tout ce qu&#8217;il avait port\u00e9 n&#8217;\u00e9tait que des dents de poisson. Tu es un maladroit, lui r\u00e9pondit un associ\u00e9, qui me l&#8217;a redit&nbsp;; que ne donnais-tu deux ou trois cent ducats \u00e0 ce m\u00e9decin, pour lui persuader que c&#8217;\u00e9taient des licornes&nbsp;?<br \/><br \/>\u2014 Isaac de la Peyr\u00e8re, <em>Relation de Groenland, <\/em>1647<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cee7ff\">Si nous voulons suivre la plus commune et plus vraie opinion de ceux qui ont navigu\u00e9 au nouveau monde, et qui en d\u00e9crivent l\u2019histoire, nous saurons que la licorne est un animal plus petit et plus mince qu\u2019un \u00e9l\u00e9phant.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les \u0153uvres pharmaceutiques du Sieur Jean de Renou<\/em>, 1648 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6eddc\">Cette licorne aimable et belle,<br \/>Toute blanche de puret\u00e9<br \/>Tombe, et cette troupe cruelle<br \/>Assouvit sa f\u00e9rocit\u00e9<br \/>Elle se meurt, elle est sanglante<br \/>Une fl\u00e8che l\u2019a fait mourir,<br \/>Et quoi qu\u2019elle soit innocente<br \/>Rien ne s\u2019offre \u00e0 la secourir.<br \/><br \/>\u2014 Georges de Scud\u00e9ry, <em>Un tableau de Bacchanales<\/em>, 1649<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeeee\">Now our discourse of the Unicorn is of none of these beasts, for there is not any virtue attributed to their horns and therefore the vulgar fort of Infidel people which scarsely believe any herb but such as they see in their own Gardens, or any beast but such as is in their own flocks, or any knowledge but such as is bred in their own brains, or any birds which are not hatched in their own nests, have never made question of these, but of the true Unicorn, whereof there were more proofs in the world, because of the nobleness of his horn, they have ever been in doubt ; by which distraction it appeareth unto me that there is some secret enemy in the inward degenerate nature of man, which continually blindeth the eyes of God his people, from beholding and believing the greatness of God his works.<br \/><br \/>\u2014 Edward Topsell, A History of Four Footed Beasts, 1651.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f0f0\">1533, c&#8217;est l&#8217;ann\u00e9e que le Roy &amp; le Pape s&#8217;assembl\u00e8rent \u00e0 Marseille. Car en cet endroit le Saint P\u00e8re lui donnant une Corne de Licorne haute de deux coud\u00e9es ench\u00e2ss\u00e9e et relev\u00e9e dans un soubassement d&#8217;or cisel\u00e9, lui fit entendre que ce n\u2019\u00e9tait pas fans raison qu&#8217;il lui faisait ce pr\u00e9sent : mais afin de l&#8217;exhorter, que comme cette Corne avait la vertu de corriger la malignit\u00e9 des poisons, il se souvint aussi, qu&#8217;\u00e9tant Prince tr\u00e8s-Chr\u00e9tien, il ne devait point souffrir que le schisme ni l\u2019h\u00e9r\u00e9sie corrompissent l&#8217;\u00c9glise Gallicane. Or il \u00e9tait alors vivement sollicit\u00e9 par le Roi d&#8217;Angleterre &amp; par les Princes Allemands, de se s\u00e9parer de l&#8217;ob\u00e9dience de Rome. Ce fut la raison pour laquelle il commanda qu&#8217;on frapp\u00e2t cette m\u00e9daille, faisant gloire d\u2019\u00eatre appelle Christian\u00e6 Fidei Propugnator, Le D\u00e9fenseur de la Foi. Le ruisseau ou la Licorne boit est purifi\u00e9 de tout venin, disent les naturalistes, si t\u00f4t qu\u2019elle y a tremp\u00e9 le bout de sa corne. Ces pointes tourn\u00e9es contre le Ciel et cette horrible grimace sont les symboles de l&#8217;H\u00e9r\u00e9sie \u00e0 qui il a toute fa vie fait la guerre \u00e0 feu et \u00e0 sang,<br \/><br \/>Fran\u00e7ois Eudes de Mezeray, <em>Histoire de France depuis Faramond jusqu&#8217;au r\u00e8gne de Louis le Juste<\/em>, 1651<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbefff\">Comme \u00e0 cette sourcede la Beocie, qui esteint les flambeaux allumez, &amp; allume les esteints. Comme \u00e0 la grotte du Chien qui est \u00e0 Poussole au Royaume de Naples, o\u00f9 la vie &amp; la mort sont en vne grande proximit\u00e9. Comme au Ph\u0153nix qui renaist de ses cendres, &amp; tire sa vie de sa mort. Et comme de la corne de Licorne &amp; de la lance Pelias, qui blessent &amp; guerissent, &amp; portent le rem\u00e8de des playes qu&#8217;elles font.<br \/><br \/>\u2014 Jean-Pierre Camus, <em>\u00c9tudes th\u00e9ologiques sur les mati\u00e8res de la gr\u00e2ce, de la pr\u00e9destination et de la libert\u00e9, <\/em>1652.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff2fb\">On pourra discuter longuement de l\u2019existence de la licorne, \u00e0 laquelle les textes sacr\u00e9s pr\u00eatent<br \/>un courage indomptable et une corne pr\u00e9cieuse134, on peut dire sans risque de contradiction que presque toutes les cornes conserv\u00e9es par les Grands de ce monde n\u2019appartiennent pas un animal terrestre, mais \u00e0 un f\u00e9roce animal marin. On trouve \u00e7a et l\u00e0, sur les c\u00f4tes de la Mer du Nord, en Islande, au Groenland et sur les rives de quelques \u00eeles voisines, des cornes soit s\u00e9par\u00e9es du corps, soit encore fix\u00e9es \u00e0 des fragments de cr\u00e2ne. Des cornes de cette sorte nous ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Amsterdam qui venaient de tr\u00e9sors pill\u00e9s ou avaient \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es par des marins. Parmi celles-ci, il en est une encore \u00e9troitement fix\u00e9e \u00e0 la t\u00eate, qui l\u2019emportait de<br \/>loin sur les autres par sa belle couleur et sa forme.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Nicolas Tulp, <em>Observationum Medicarum Liber<\/em>, 1652<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1fad4\">Entrez dans ce cabinet, leur dit Salastano; je vous y ferai voir les contrepoisons et les pr\u00e9servatifs que j\u2019y conserve. C\u2019est dans cette corne faite de licorne que les rois d\u2019Espagne ont bu la puret\u00e9 de la foi. Les pendants d\u2019oreille que vous voyez, aussi de licorne, sont ceux qu\u2019une reine portait toujours pour se garantir du venin des faux accusateurs. Regardez cette bague, elle avait la vertu de fortifier le c\u0153ur de l\u2019invincible Charles Quint.<br \/><br \/>\u2014 Baltazar Gracian, <em>L\u2019homme d\u00e9tromp\u00e9 ou le Criticon<\/em>, 1653<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f1ff\">Et ne sera pas aussi incroyable ce que je diray de la guerre que font entr&#8217;eux l&#8217;El\u00e9phant et la Licorne touchant leurs pastures. D&#8217;autant que la Licorne, qui a dessus le nez une corne dure comme fer, ayant \u00e0 entrer en combat contre l&#8217;El\u00e9phant, qui est beaucoup plus grand qu&#8217;elle se confiant en ses armes s&#8217;appreste pour la bataille, aiguisant ceste corne sur une pierre, afin de mieux endommager et f\u00e9rir son ennemy avec icelle. Et entrant au champ, comme elle est plus petite que son adversaire, elle se met dessous son ventre, et d&#8217;une estoccade qu&#8217;elle luy donne de sa corne, le fait mourir. Mais si de fortune elle faut son coup, l&#8217;El\u00e9phant qui est de plus grandes forces la met en pieces. Ce n\u00e9ant moins l&#8217;El\u00e9phant, pour l&#8217;aflvantage qu&#8217;il recognoist es armes de ceste sienne ennemie, la craint beaucoup C&#8217;est chose fort notoire au Royaume de Portugal du combat qui fut entre ces deux animaux au temps du Serenissime Roy Don Emanuel: auquel I&#8217;E!\u00e9phant eut si grande peur de ceste beste, qu&#8217;il d\u00e9termina de se pr\u00e9valoir de ses pied&amp; \u00e0 la fuitte. Et ne voyant autre chemin ouvert \u00e0 cet effect qu&#8217;une fenestre o\u00f9 y avoit une grille de fer, il donna de telle force et imp\u00e9tuosit\u00e9 \u00e0 travers icelle qu&#8217;il la rompit et eschappa par l\u00e0. Voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;histoire, et se trompent ceux qui l&#8217;ont escrit autrement.<br \/><br \/>\u2014 Luis de Granada, <em>Cat\u00e9chisme et introduction au symbole de la foy<\/em>, 1654<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Ich wei\u00df, mein Sebisch selbst, der ausbund h\u00f6chster sachen,<br \/>Wird, ob ers nicht gewohnt, sich doch hier fr\u00f6hlich machen,<br \/>Noch indenck jener nacht,<br \/>Da wir, in lauter lust und wonne fast versuncken,<br \/>Die blum des besten weine aus gold und einhorn truncken.<br \/><br \/>Andreas Gryphius, <em>Sonnen-krei\u00df auf ein adeliches beylager Beantwortung des hochzeit-briefes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9ecf5\">There was an owd yowe wi&#8217; only one horn,<br \/>Fifty naw me nonny!<br \/>And she picked up her living among the green corn,<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/>One day said the pindar to his man,<br \/>Oh dear, Johnny!<br \/>I prithee go pen that owd yowe if tha can.<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/><br \/>So off went the man to pen this owd yowe,<br \/>Fifty naw me nonny !<br \/>She knocked him three times among the green corn,<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/>Then the butcher was sent for to take this yowe&#8217;s life,<br \/>Fifty naw me nonny !<br \/>And along come the butcher a-whetting his knife,<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/><br \/>The owd yowe she started a-whetting her pegs,<br \/>Fifty naw me nonny!<br \/>She run at the butcher and broke both his legs,<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/>This owd yowe was sent to fight for the king,<br \/>Fifty naw me nonny!<br \/>She killed horsemen and footmen just as they came in,<br \/>So turn the wheel round so bonny!<br \/><br \/>\u2014 Chanson populaire anglaise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ebe8fb\">I will give you the situation of the country. Some of the ancient geographers, as Heliodorus, Amadis de Gaul and Palmerin d\u2019Oliva, affirm it to lie a thousand Italian miles from Istmos at Corinth; but some modern writers as Don Quixote, Parismus, Montelion and Merlin say it is a peninsula in Arabia Felix, where the Phenix is. But learned Hollingshed affirms, the South indiaes are separated from Armenia by the Calydonian forest, from Asia minor by the Venetian Gulf and from China by a great brick wall. There, instead of cherry-stones, children play with pearls. And, for glass, the windows are of broad diamonds. Hunters have no horns but the unicorns.<br \/><br \/>\u2014 Aston Cokaine, <em>The Obstinate Lady<\/em>,&nbsp;1657.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fef9c3\">D\u00e9tourne donc de moy le fer de ces mechans,<br \/>De ces chiens affamez \u00e0 ton Oint s&#8217;attachans :<br \/>Sauve-moy des lions, sauve moy des licornes,<br \/>Et de tous les brutaux pleins de rage &amp; d&#8217;erreur<br \/>Qui dans la feule foy doivent trouver des bornes<br \/>Au cours de leur fureur.<br \/>[\u2026]<br \/>Isra\u00ebl n&#8217;aura point de sujet de terreur<br \/>De sa juste fureur,<br \/>Dont alors son amour sera la seule borne :<br \/>Ce Dieu qui dans les monts \u00e9l\u00e8ve ses autels,<br \/>Enchasse par la foy les erreurs des mortels,<br \/>Comme fait des venins le faon de la licorne.<br \/>[\u2026]<br \/>L\u00e0, dans ce mont sacr\u00e9 dont la gloire est sans borne,<br \/>il \u00e9leva sa croix, &amp; comme la lLicorne<br \/>qui ne souffre aupr\u00e8s d&#8217;elle aucune impuret\u00e9,<br \/>Elle en chassa l&#8217;erreur &amp; l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9.<br \/>[\u2026]<br \/>Tes ennemis, grand Dieu p\u00e9riront pour jamais<br \/>Et moy je jouiray de l&#8217;heur que tu promets,<br \/>De qui l\u2019\u00c9ternit\u00e9 sera la seule borne ;<br \/>Et lors je feray voir malgr\u00e9 ces factieux,<br \/>Que ma gloire s\u2019\u00e9l\u00e8ve aussi droit dans les Cieux,<br \/>Que le seul bois qui sort au front de la Licorne.<br \/><br \/>\u2014 Honarat de Bueil de Racan, <em>Po\u00e9sies chr\u00e9tiennes tir\u00e9es des Psaumes<\/em>, 1660.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddeefc\">Les anciens avaient leurs chariots de guerre \u00e0 faux tranchantes, les Chars de leurs Princes , ceux de leurs Triomphateurs, &amp; ceux de leurs Divinit\u00e9s. Les uns \u00e9taient tirez par deux chevaux seulement, les autres par quatre, six, huit, ou dix attel\u00e9s de front. Ils y attelaient aussi quelquefois des lions, des ours, des licornes, des b\u0153ufs, des cerfs , des \u00e9l\u00e9phants, des rhinoc\u00e9ros, des dragons, des aigles, des loups, des daims, et d&#8217;autres animaux selon les diverses choses qu&#8217;ils voulaient repr\u00e9senter. Pour repr\u00e9senter les licornes, les \u00e9l\u00e9phants, et quelques autres animaux, on se sert des chevaux que l&#8217;on d\u00e9guise en diverses formes. On travestit aussi des hommes en ours, en lions, en tigres, et en autres animaux de basse taille.<br \/><br \/>\u2014 Claude Fran\u00e7ois M\u00e9nestrier, <em>Trait\u00e9 des tournois, joustes, carrousels et autres spectacles publics<\/em>, Lyon, 1669<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f0ef\">L&#8217;an 1615 on fit un autre Ballet de Chevaux en cette m\u00eame Cour , pour l&#8217;arriv\u00e9e du Prince d&#8217;Urbin. Il y eut grand nombre de machines tir\u00e9es par des lions, des cerfs , des \u00e9lephants et des rhinocerots. Comme on repr\u00e9sentait le Triomphe d&#8217;Amour sur la Guerre, les quatre parties du Monde suivirent le Char du victorieux surur autant de Chariots. Celui de l&#8217;Europe \u00e9tait tir\u00e9 par des chevaux, celui de l\u2019Afrique par des \u00e9l\u00e9phants, celuy de l&#8217;Asie par des chameaux , et celui de l&#8217;Am\u00e9rique par des licornes.<br \/><br \/>\u2014 Claude Fran\u00e7ois M\u00e9nestrier, <em>Trait\u00e9 des tournois, joustes, carrousels et autres spectacles publics<\/em>, Lyon, 1669<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaf9d3\">Ceux qui assurent qu\u2019une esp\u00e8ce aussi illustre a p\u00e9ri dans le d\u00e9luge nient la Providence divine. Cela revient \u00e0 dire que Dieu ne voulut, ou ne put, sauver cet animal\u2026 et celui qui dit cela ne craint pas le blasph\u00e8me.<em><br \/><br \/>\u2014 Athanase Kircher, Arca Noe, 1675<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5e4e6\">\u2014 Cornes, cela&nbsp;!&nbsp; Vous me prenez pour cruche<br \/>Ce sont oreilles que Dieu fit<br \/>\u2014 On les fera passer pour cornes<br \/>Dit l\u2019animal craintif, et cornes de licornes.<br \/><br \/>\u2014 Jean de La Fontaine, <em>Les oreilles du li\u00e8vre<\/em>, 1668<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1e1fb\">Plusieurs c\u00e9l\u00e8bres m\u00e9decins et apothicaires de Danemark et d\u2019Allemagne, qui en ont fait les essais [des d\u00e9fenses de narval] en diverses rencontres, t\u00e9moignent constamment qu\u2019elles chassent le venin, et qu\u2019elles ont toutes les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s qu\u2019on attribue commun\u00e9ment \u00e0 la corne de la licorne de terre.<br \/><br \/>\u2014 C\u00e9sar de Rochefort, <em>Histoire naturelle et morale des \u00celes Antilles, <\/em>1668<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcfcd8\">Comme cette myst\u00e9rieuse licorne, apr\u00e8s avoir re\u00e7u la p\u00e2ture de la pr\u00e9dication, doit en faire voir les fruits par ses actions, l\u2019\u00c9criture dit fort bien ensuite \u00ab&nbsp;Lierez-vous la licorne avec vos courroies pour la faire labourer. Ces courroies de l\u2019\u00c9glise sont ses commandements et sa discipline, et labourer n\u2019est autre chose que fendre la terre des c\u0153urs comme par le fer de la pr\u00e9dication. Ainsi cette licorne, autrefois si \ufb01\u00e8re et si indomptable, est maintenant li\u00e9e des courroies de la foi, et se laisse mener de l\u2019\u00e9table \u00e0 la charrue pour labourer, parce que plusieurs \u00e9tant convertis, s\u2019efforcent eux-m\u00eames de faire conna\u00eetre aux autres cette m\u00eame foi dont ils ont \u00e9t\u00e9 repus. L\u2019on sait avec quelle cruaut\u00e9 les princes de la terre ont autrefois pers\u00e9cut\u00e9 l\u2019Eglise de Dieu, et l\u2019on voit avec quelle humilit\u00e9 ils lui sont maintenant soumis par la vertu de sa grace. Or cette licorne n\u2019a pas simplement \u00e9t\u00e9 li\u00e9e, mais elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 pour labourer: parce que celui qui est attach\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise par les courroies de la discipline , non seulement s\u2019abstient du p\u00e9ch\u00e9, mais s\u2019exerce m\u00eame dans la pr\u00e9dication pour y attirer les autres. Quand donc nous voyons que les prince et les conducteurs des peuples viennent eux-m\u00eames \u00e0 craindre Dieu dans leurs actions, ne peut-on pas dire qu\u2019ils sont comme li\u00e9s des saintes cour\u00adroies de l&#8217;\u00c9glise? Quand aussi ils ne cessent point de pr\u00eacher par leurs lois sacr\u00e9es cette m\u00eame foi qu\u2019ils avaient autrefois si fortement combattue, n\u2019est-ce pas comme tirer avec un continuel effort la charrue de la foi ? Je Prends plaisir \u00e0 consid\u00e9rer cette licorne, c\u2019est \u00e0 dire le Prince de la terre, li\u00e9 des courroies de la foi, qui porte comme une corne redoutable sur le front, par la puissance du si\u00e8cle qui r\u00e9side en sa personne, et qui soutient le joug de l\u2019\u00c9vangile par l\u2019amour de Dieu. Cette fi\u00e8re licorne serait \u00e0 craindre, si elle n\u2019\u00e9tait point li\u00e9e. Car elle a une corne, mais elle est li\u00e9e. Les humbles trouvent dans ces saintes cour\u00adroies ce qu\u2019ils doivent aimer et les superbes dans cette cor\u00adne redoutable ce qu\u2019ils doivent craindre. Ce grand prince \u00e9tant li\u00e9 de ces courroies spirituelles conserve soigneusement la douceur et la pi\u00e9t\u00e9 mais \u00e9tant arm\u00e9 de cette corne de gloi\u00adre et de grandeur terrestre, il exerce son autorit\u00e9 et sa puis\u00adsance. Souvent quand on le provoque \u00e0 la col\u00e8re et \u00e0 la vengeance, il est retenu par le sentiment de la crainte de Dieu. Quelquefois en offensant sa puissance souveraine, on l\u2019anime de fureur, mais faisant aussit\u00f4t r\u00e9flexion sur le juge qui est \u00e9ternel, sa corne se trouve li\u00e9e par cette pens\u00e9e, de sorte qu\u2019il s&#8217;adoucit et qu\u2019il s\u2019humilie. Il me souvient d\u2019avoir vu moi-m\u00eame assez souvent que lorsque cette puissante licorne \u00e9tait toute pr\u00eate \u00e0 donner de furieux coups, et qu\u2019ayant d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9 cette corne terrible, elle mena\u00e7ait d\u2019une mani\u00e8re redoutable les moindres b\u00eates, c\u2019est \u00e0 dire ses sujets, d\u2019exil, de mort, et d\u2019autres semblables punitions, ce pieux prince faisant aussit\u00f4t le signe de la croix sur son front, \u00e9teignait en un moment dans son \u00e2me cet embrasement de fureur, que se tournant vers Dieu, il se d\u00e9pouillait de toute col\u00e8re, et que comme il se sentait impuissant d\u2019accomplir tout ce qu\u2019il avait r\u00e9solu, il reconnaissait bien qu\u2019il \u00e9tait li\u00e9. Mais il ne se contente pas de dompter soi-m\u00eame sa propre col\u00e8re, il s\u2019efforce encore d\u2019insinuer dans les c\u0153urs de ses sujets tout ce qu\u2019il y a de bien et de juste, et veut faire voir lui-m\u00eame par l\u2019exemple de son humilit\u00e9 propre, que tout le monde doit avoir imprim\u00e9e dans le fond de l\u2019\u00e2me une sincere v\u00e9n\u00e9ration pour l&#8217;\u00c9glise sainte. Dieu dit donc \u00e0 Job: \u00ab&nbsp;Lierez-vous la licorne avec vos courroies pour la faire labourer?&nbsp;\u00bb comme s\u2019il lui disait en termes plus clairs : Croyez-vous pouvoir r\u00e9duire les grands du monde qui se glorifient dans leur folle vanit\u00e9, au travail de la pr\u00e9dica\u00adtion et les attacherez-vous des liens de la discipline? Il faut ajouter, comme moi qui l\u2019ai fait quand je l\u2019ai voulu, et qui de ceux que j\u2019ai autrefois souffert si longtemps pour pers\u00e9cuteurs et pour ennemis, en ai fait depuis fait des d\u00e9fenseurs de ma foi.<br \/><br \/>\u2014 <em>Les morales de Saint Gr\u00e9goire Pape, sur le livre de Job<\/em>, 1669<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1ecfe\">Nous entend\u00eemes un bruit dans les bois, qui nous fit saisir nos armes et nous cacher derri\u00e8re des arbres. Un animal comme un cheval hollandais, avec une corne longue et droite sur le front, s\u2019approchait. Nous tir\u00e2mes \u00e0 deux reprises. Il tomba au sol puis soudain se releva et fon\u00e7a vers nous \u00e0 pleine vitesse. Comme nous nous abritions derri\u00e8re un arbre, il y planta sa corne, le brisa et tomba mort. Nous ne mange\u00e2mes pas sa chair, car les flamands ne mangent pas de cheval, mais \u00f4t\u00e2mes sa peau, qui s\u2019av\u00e9ra trop lourde pour que nous puissions l\u2019emporter. Sa corne, de cinq pieds de long, \u00e9tait plus \u00e9paisse qu\u2019un avant-bras.<br \/><br \/>\u2014 <em>Voyages of Peter Esprit Radisson, being an account of his travels and experiences among the North American Indian from 1652 to 1684<\/em>, Boston, 1885<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8f8cd\">Que ne fit-on pas croire aux gens autrefois \u00e0 propos de cet animal? On inventa l&#8217;histoire de lieux que l&#8217;on ne pouvait atteindre qu&#8217;en faisant cavaler les chevaux jusqua ce qu&#8217;ils meurent d\u00e9puisement, et cela au nom de chers profits. Car, pour que de grands potentats, lorsqu&#8217;une pareille corne leur \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme un objet rare, ne regardassent point \u00e0 une d\u00e9pense de soixante, soixante-dix, voire cent mille thalers (comme en t\u00e9moignent les cornes de licornes qui se trouvent dans leurs cabinets de curiosit\u00e9 et qui furent acquises \u00e0 de tels prix), on leur racontait qu&#8217;on l&#8217;avait pr\u00e9lev\u00e9e (mais comment?) au p\u00e9ril de sa vie dans le d\u00e9sert d&#8217;Arabie sur un animal terrible dont l&#8217;esp\u00e8ce serait tout aussi rare que le fabuleux oiseau ph\u00e9nix; ce qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque, faute de pouvoir s&#8217;en assurer, il fallait bien se r\u00e9soudre \u00e0 croire [\u2026]<br \/>Or, depuis qu&#8217;en ce si\u00e8cle, les exp\u00e9ditions de chasse \u00e0 la baleine, d&#8217;abord au Spitzberg, et d\u00e9sormais jusque dans les glaces [\u2026], sont men\u00e9es de mani\u00e8re si constante, et continuent de l&#8217;\u00eatre chaque ann\u00e9e, la licorne qui courait les d\u00e9serts arabiques, et qui, depuis que le monde existe, n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 vue par nul homme, peut dormir tranquille; elle n&#8217;a plus \u00e0 envoyer en Europe sa corne par relais de poste: car, qui d\u00e9sire une corne, peut la trouver entre les blocs de glace du Groenland.<br \/><br \/>\u2014 Philipp von Zesen, <em>Das K\u00f6nigs-Einhorn: ein Einblattdruck<\/em>, 1684<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe8e8\">Le juif Donaja m\u2019apprend qu\u2019on a depuis peu fait une tentative pour voler le tr\u00e9sor de Venise, qui selon la description qu\u2019il en fait est tr\u00e8s riche et tr\u00e8s magnifique. Il dit qu\u2019il y a douze couronnes de pur or, et autant de cuirasses du m\u00eame m\u00e9tal enrichies de toutes sortes de pierres pr\u00e9cieuses d\u2019un prix inestimable. Il y a plus de cent vaisseaux d\u2019agathe, soixante services pour l\u2019autel, tous d\u2019or pur et enrichis de diamant, de saphirs, d\u2019\u00e9meraudes et autres pierres de grand prix. Il y a aussi une corne de licorne qui ne se peut payer.<br \/><br \/>\u2014 Giovanni Paolo Marana, <em>L\u2019espion dans les cours des princes chr\u00e9tiens<\/em>, 1686.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Les Ambassadeurs des princes \u00e9trangers sont d\u00e9frayez par le Grand Duc avec toute leur suite tandis qu&#8217;ils marchent dans ses \u00c9tats, soit en venant, soit en s&#8217;en retournant. Lors qu&#8217;il leur donne audiance, il est&nbsp; assis sur son throne dor\u00e9 &amp; vestu de velours rouge couvert de perles &amp; de pierreries, portant fur la teste le bonnet royal avec la couronne : il a une grande croix d&#8217;or pendue au col qui luy vient fur la poistrine. Ses bottines sont couvertes de perles &amp; de pierreries &amp; il porte en la main gauche un sceptre de corne de Licorne enrichy d&#8217;or &amp; de diamants &amp; d\u2019autres pierres pr\u00e9cieuses.<br \/><br \/>\u2014 <em>Relation de tout ce qui regarde la Moscovie, ses habitans et leur Grand Duc<\/em>, 1687.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dde1ff\">And though there neither were nor had been in nature such a beast as an unicorn, or such a fish as a mermaid; yet, supposing those names to stand for complex abstract ideas that contained no inconsistency in them, the essence of a mermaid is as intelligible as that of a man; and the idea of an unicorn as certain, steady, and permanent as that of a horse. <br \/><br \/>Il n&#8217;y a certes jamais, et il n&#8217;y jamais eu dans la nature, une b\u00eate comme l&#8217;unicorne, ni un poisson tel que la sir\u00e8ne, et pourtant, en pr\u00e9supposant que ces noms tiennent lieu d&#8217;id\u00e9es complexes abstraites qui n&#8217;incluent aucune inco-h\u00e9rence, l&#8217;essence de sir\u00e8ne est aussi intelligible que celle d&#8217;homme, et l&#8217;id\u00e9e d&#8217;unicorne est aussi certaine, fixe et permanente que celle de cheval.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;John Locke, <em>An Essay Concerning Human Understanding, <\/em>1689.<br \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdf2e1\">Licorne&nbsp;: La licorne se trouve seulement dans l&#8217;Afrique. Son vray pays est dans la Province d&#8217;Agoas au Royaume des Damotes en Ethiopie. C&#8217;est un animal fort craintif qui se retire dans les bois, &amp; qui pourtant se hasarde quelquefois \u00e0 venir dans la plaine. Il a une corne blanche au milieu du front de cinq palmes de longueur, telles qu&#8217;on les depeint icy. Il est de la grandeur d&#8217;un cheval de la mediocre taille, d&#8217;un poil brun tirant sur le noir, ayant le crin court &amp; peu fourni &amp; noir, aussi-bien que sa queu\u00eb. Le Pere Lobo dans ses Voyages rapporte plusieurs t\u00e9moignages de gens qui en ont v\u00fb, &amp; c&#8217;est ainsi que la descrit Vincent le Blanc dans son Voyage d&#8217;Afrique : mais cet Auteur est fort suspect, aussi-bien qu&#8217;Andr\u00e9 Thevet, qui escrit que le Roy de Monomotapa le m\u00e9na \u00e0 la chasse de la licorne, qui est frequente, dit-il, en son Royaume ; &amp; qu&#8217;il luy fit present de deux cornes de licorne, qu&#8217;il rapporta en France, dont il en donna une au Roy, qui est celle qu&#8217;on voit \u00e0 present au Tresor de St. Denis : &amp; il croit qu&#8217;elle vient des dents d&#8217;\u00e9lephant travaill\u00e9es par les Ouvriers. Il y en a une fort grosse \u00e0 Strasbourg de sept \u00e0 huit pieds, qui est tortill\u00e9e. Toutes celles du Tresor de Venise sont differentes. Pline dit que le premier qui a escrit de la licorne, est un nomm\u00e9 Ctesias, qu&#8217;Aristote dit estre un Auteur fort suspect. Elian n&#8217;en parle qu&#8217;en doutant. Andr\u00e9 Marin docte Medecin de Venise, a fait un Trait\u00e9 de la fausse opinion de la licorne. Les autres Auteurs qui en ont escrit sont Philostrate &amp; Solin, Aeneas Sylvius qui est le Pape Pie II., Marc Paul Venitien, Aloesius Cadamustus, Lou\u00efs de Berthame en son Voyage d&#8217;Ethiopie, Cardan, Gesner, Garcias Abhorto, &amp;c. Les uns disent qu&#8217;elle ressemble \u00e0 un cheval ou poulain, les autres \u00e0 un asne, les autres \u00e0 un cerf ou \u00e0 un bouc par sa barbe, les autres \u00e0 un \u00e9lephant, les autres \u00e0 un rhinoceros, les autres \u00e0 un levrier. Munster &amp; Thevet disent que c&#8217;est un amphibie vivant dans l&#8217;eau &amp; sur terre, &amp; que sa corne est mobile selon la volont\u00e9 de l&#8217;animal. D&#8217;autres disent que sa force consiste en sa corne ; &amp; que quand elle est poursuivie par les Chasseurs, elle se precipite du haut des rochers, &amp; tombe sur sa corne, qui soutient tout l&#8217;effort de sa ch\u00fbte, en sorte qu&#8217;elle ne se fait point de mal. Enfin tous les Auteurs rapportent differemment la figure &amp; la couleur tant de l&#8217;animal que de sa corne &amp; de toutes ses parties. C&#8217;est pourquoy les plus sensez tiennent que c&#8217;est un animal fabuleux. Les Latins l&#8217;ont appell\u00e9 unicornis, &amp; les Grecs monoceros. Mais on a trouv\u00e9 aux Indes plusieurs animaux qui n&#8217;ont qu&#8217;une corne, comme vaches, taureaux, chevaux, asnes, chevres, daims, &amp;c. La Peyrere en sa Relation de Groenland dit que ce qu&#8217;on croit corne de licorne est une dent d&#8217;un gros poisson nomm\u00e9 par les Islandois narwal, &amp; dans d&#8217;autres lieux rohart, qui se trouve dans la Mer Glaciale, qui a fourny abondance de ces cornes dans les cabinets des curieux. M\u00eame Charras dans sa Pharmacop\u00e9e se vante d&#8217;en avoir une qui surpasse en longueur &amp; en grosseur celle du Tresor de St. Denis. Cette corne sort du milieu du devant de la maschoire superieure de ce grand poisson, o\u00f9 elle a environ un pied de long de racine aussi grosse que la corne m\u00eame. Elle luy sert m\u00eame d&#8217;arme &amp; de deffense pour attaquer les plus grosses baleines, &amp; il la pousse avec tant d&#8217;impetuosit\u00e9, qu&#8217;il en peut percer un fort gros vaisseau. Paul Lou\u00efs Sachsius Medecin fait la description d&#8217;un Monstre marin qu&#8217;il appelle unicorne ou monoceros, qui est une espece de baleine qui vit de cadavres, qu&#8217;on pesche sur les costes d&#8217;island &amp; Groenland, dont la corne est la seule dent qu&#8217;il a en la machoire superieure, qui est tourn\u00e9e, canel\u00e9e, &amp; termin\u00e9e en pointe. Celle que vit cet Auteur estoit de 9. pouces de long.&nbsp;<br \/>Les Anciens ont creu que la corne de la licorne sert de contrepoison ; &amp; qu&#8217;elle la trempe dans l&#8217;eau pour l&#8217;espurer, quand elle veut boire. Sa raret\u00e9 fait qu&#8217;on luy attribu\u00eb plusieurs vertus dans la Medecine. Mais il est constant, comme l&#8217;a fort bien prouv\u00e9 Ambroise Par\u00e9, que c&#8217;est une pure charlatanerie ; &amp; il dit qu&#8217;il a experiment\u00e9 que toutes les vertus qu&#8217;on luy attribu\u00eb sont fausses, quoy que les Marchands ayent mis son prix si haut, qu&#8217;un Allemand en vendit une douze mille escus au Pape, au rapport d&#8217;Andr\u00e9 Bacci Medecin de Florence ; &amp; que dans les boutiques la livre de 16. onces ait est\u00e9 vendu\u00eb jusqu&#8217;\u00e0 1536. escus en un temps ou le m\u00eame poids de l&#8217;or n&#8217;en valoit que 148. Le Conciliateur dit que la licorne su\u00eb en presence du rapellus, ou d&#8217;une vipere, ou d&#8217;un fiel de leopard : ce qu&#8217;elle ne fait point en presence des autres poisons. Mais cela est encore fabuleux.<br \/>La licorne, en termes de Blason, se represente passante, quelquefois rampante : &amp; lors qu&#8217;elle est en cette action, on l&#8217;a dit saillante.<br \/><br \/>\u2014 Dictionnaire d\u2019Antoine Fureti\u00e8re, 1690.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dee5eb\">Quoi qu\u2019il soit incontestablement vrai que les licornes soient des chim\u00e8res, et quoi qu\u2019on sache aussi que les cornes qu\u2019on leur attribue soient les cornes ou les aiguillons d\u2019un poisson qui se p\u00e8che dans les mers du Nord, il y a dans ce cabinet trois ou quatre de ces m\u00eames cornes qu\u2019on veut toujours qui soient de la pr\u00e9tendue licorne. Ils disent la m\u00eame chose \u00e0 Venise des cornes de leur tr\u00e9sor, et quantit\u00e9 d\u2019autres sont dans le m\u00eame ent\u00eatement. Chose \u00e9trange, que jamais aucun homme n\u2019ait rencontr\u00e9 cet animal, et que tout l\u2019univers soit pourtant rempli de ses cornes !<br \/><br \/>\u2014 Maximilien Misson, <em>Nouveau voyage d&#8217;talie fait en l&#8217;ann\u00e9e 1688, <\/em>1691<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe9f8\">Je ne sais si vous n\u2019avez jamais vu de ces pr\u00e9tendus animaux qu\u2019on appelle des Basilics. Cela a un certain petit air dragon qui est assez plaisant :- l\u2019invention en est jolie, et mille gens y sont tromp\u00e9s. Cependant ce n\u2019est rien autre chose qu\u2019une petite raie : on tourne ce poisson d\u2019une certaine mani\u00e8re, on lui \u00e9l\u00e8ve les nageoires en forme d\u2019ailes, on lui accommode une petite langue en forme de dard, on ajoute des griffees, des yeux d\u2019\u00e9mail, avec quelques autres petites pi\u00e8ces adroitement rapport\u00e9es, et voila la fabrique du Basilic [\u2026] Je sais bien qu\u2019on nous parle aussi d\u2019un autre Basilic qui n\u2019a ni pieds ni ailes. On le repr\u00e9sente comme un serpent couronn\u00e9, &amp; plusieurs naturalistes disent qu\u2019il tue de son siffleement &amp; de son regard. Galien en parle comme du plus venimeux de tous les serpents [\u2026] Mais je crois que ce serpent ne se trouve qu\u2019au pays des Ph\u00e9nix &amp; des Licornes.<br \/><br \/>\u2014 Maximilien Misson, <em>Nouveau voyage d&#8217;talie fait en l&#8217;ann\u00e9e 1688, <\/em>1691<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d5e9f9\">Un missionnaire th\u00e9atin de retour de Goa m\u2019a dit avoir essay\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir un de ces animaux mais, quelle que fut sa diligence, il ne put y parvenir. Il ajouta qu\u2019il avait entendu de nombreux orientaux, particuli\u00e8rement les astrologues chinois, affirmer que, selon leurs computations, ces licornes \u00e9taient toutes mortes le jour m\u00eame de la mort de notre Sauveur. Leur lien avec notre Sauveur d\u00e9coule sans doute de leur chastet\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 J\u00e9rome Merolla da Sorrento, <em>Breve e succinta relatione del viaggio nel regno del Congo<\/em>, 1692.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fadbdb\">La licorne est un animal que les naturalistes nous d\u00e9crivent sous la figure d&#8217;un cheval, ayant au milieu du front une corne en spirale, de deux \u00e0 trois pieds de long; mais comme on n&#8217;a pu, jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui, savoir la v\u00e9rit\u00e9 de la chose, je dirai que celle que nous vendons sous le nom de corne de licorne est la corne d&#8217;un poisson que les Islandais appellent narval, comme on le verra ci-apr\u00e8s, au chapitre des pois-sons. [\u2026.]<br \/>Les rares d\u00e9pouilles de ce merveilleux animal, surtout la t\u00eate et la riche corne qui y \u00e9tait attach\u00e9e, sont rest\u00e9es pr\u00e8s de deux ans suspendues au corps de garde de l&#8217;ilet, jusqu&#8217;\u00e0 ce que Monsieur Le Vasseur, qui en \u00e9tait gouverneur, voulant gratifier Monsieur de Trancarts, gentilhomme de Saintonge venu lui rendre visite, lui fit pr\u00e9sent de cette corne. Mais quelque temps apr\u00e8s, m&#8217;etant embarqu\u00e9 dans un vaisseau de Flessingue avec le gentilhomme qui avait cette pr\u00e9cieuse raret\u00e9 dans une longue caisse, notre vaisseau se brisa pr\u00e8s de l&#8217;\u00eele de Fayal, l&#8217;une des A\u00e7ores. De sorte que nous fimes la perte de toutes nos hardes et de toutes nos marchandises, et ce gentilhomme regretta surtout sa caisse.<br \/>On sera donc d\u00e9sabus\u00e9 de croire que ce que nous appelons corne de licorne &#8211; des Latins unicornis, des Grecs monoceros &#8211; soit la corne d&#8217;un animal terrestre dont il est parl\u00e9 dans l&#8217;Ancien Testament, o\u00f9 la corne de ces animaux ci-dessus repr\u00e9sent\u00e9s au chapitre des licornes n&#8217;est autre chose que la corne du narval. Quant \u00e0 son choix, elle n&#8217;en a point d&#8217;autre sinon d&#8217;\u00eatre bien blanche; les plus estim\u00e9es sont les plus hautes, grosses, pesantes, cannel\u00e9es et luisantes. Autrefois ces cornes \u00e9taient si rares que Monsieur Andr\u00e9 Racq, m\u00e9decin de Florence, dit qu&#8217;un marchand allemand en vendit une \u00e0 un pape 4 500 livres.<br \/>Ce qui est bien contraire \u00e0 pr\u00e9sent, puisqu&#8217;on en trouve de tr\u00e8s belles \u00e0 beaucoup meilleur march\u00e9.<br \/><br \/>Pierre Pomet, <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale des drogues, <\/em>1694<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2f4e9\">ils sont idol\u00e2tres, et ont des idoles de figure affreuse, et d&#8217;une grandeur \u00e9norme, qui sont dans le palais du Roy ; il y en a deux entre autres dont l&#8217;une est la figure d&#8217;un homme arm\u00e9 de lances, fl\u00e8ches, et carquois, tenant un pied a terre, et l&#8217;autre en l&#8217;air avec la main sur la figure du cheval, comme le voulant monter. Ils disent que cette statue humaine est la repr\u00e9sentation d&#8217;un de leurs rois, qui a \u00e9t\u00e9 un des plus grands conqu\u00e9rants de ce pays, et cette statue tient dans sa bouche, et comme entre les dents une pierre pr\u00e9cieuse de forme carr\u00e9e, et grosse comme un \u0153uf d\u2019outarde laquelle brille, et \u00e9claire la nuit comme un feu, il croit que ceci une escarboucle, l&#8217;autre de ces idoles est la statue d\u2019une femme qu&#8217;il croit \u00eatre une imp\u00e9ratrice, ou une reine, mont\u00e9e en selle sur une figure de cheval, ou licorne, ayant une corne au milieu du front de plus d&#8217;un brass\u00e9 de long, et autour de ce cheval, ou licorne, il y a les figures de quatre grands chiens, et celle d&#8217;une autre Licorne avec encore celle d&#8217;un homme qui tient la dite licorne enchain\u00e9e. Toutes les figures sont de fin or, et massives, mais tr\u00e8s mal faites et difformes, elles n&#8217;ont point de pieds d&#8217;estal, elles sont plac\u00e9es comme sur une estrade qui est aussi d&#8217;or, de trente pieds en carr\u00e9 pour chacune des dites statues.<br \/><br \/>\u2014 <em>Extrait de la relation des Avantures et voyage de Mathieu Sagean<\/em>, La Nouvelle York, 1863 (1700)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcf4f4\">Dans la 24e (cabine), deux asnes unicornes, ou monoceros, deux zebras indiens, deux licornes, &amp; deux asnes cornus bifidus indiens, de la pesanteur de 4000 livres, ausquels on aurait accord\u00e9 8 pieds d\u2019eau &amp; 32 pieds cubes de nourriture.<br \/><br \/>\u2014 Jean Le Pelletier, <em>Dissertation sur l\u2019arche de No\u00e9, et sur l\u2019Hermine et la livre de S. Benoist<\/em>, 1700.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4e4e4\">L&#8217;Afrique a des fruits excellens, des drogues admirable, &amp; quelques mines d&#8217;or &amp; d&#8217;argent. Elle a aussi quantit\u00e9 de bestes f\u00e9roces &amp; fauvages, comme des lions, des l\u00e9opards, des panth\u00e8res, des \u00e9lephans, des rhinoc\u00e9ros, des licornes, des chameaux, des dromadaires, des tigres, des singes, des crocodiles, &amp; des asnes sauvages ou rayds. On y trouve enfin beaucoup de civettes, des perroquets, des oiseaux de chant, des austruches et des chevaux barbes fort estim\u00e9s.<br \/><br \/>\u2014 Denis Martineau du Plessis, <em>Nouvelle g\u00e9ographie ou description exacte de l\u2019univers, <\/em>1700.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5edff\">Ce pays (l\u2019Afrique) est faite de montagnes d\u2019une hauteur prodigieuse et de vastes d\u00e9serts de sable, secs et peupl\u00e9s de b\u00eates sauvages, en particulier lions, l\u00e9opards, tigres, panth\u00e8res, \u00e9l\u00e9phants, rhinoc\u00e9ros, licornes, chameaux, dromadaires, chevaux, \u00e2nes sauvages, buffles, hippopotames, sir\u00e8nes, crocodiles, singes et serpents d\u2019une taille extraordinaire.<br \/><br \/>\u2014 <em>A System of Geography<\/em>, Londres, 1701.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4cece\">Les uns disent qu\u2019elle [la licorne] ressemble \u00e0 un cheval, les autres \u00e0 un \u00e2ne, \u00e0 un cerf, \u00e0 un bouc, \u00e0 un \u00e9l\u00e9phant, \u00e0 un rhinoc\u00e9ros, \u00e0 un l\u00e9vrier.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Fran\u00e7ois Le Large, <em>Explications des figures qui sont sur le globe terrestre de Marly<\/em>, 1703<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7fbd9\">V.20 . Ne vous \u00e9loignez pas, Sei\u00adgneur : vous qui \u00eates ma force , h\u00e2tez-vous de venir \u00e0 mon secours.<br \/>V.21. Tirez mon \u00e2me de l&#8217;\u00e9p\u00e9e, &amp; mon unique de la main du chien.<br \/>V.22. Sauvez-moi de la gueule du lion, et exaucez-moi contre les cornes de la licorne.<br \/>V.23. Je raconterai votre nom \u00e0 mes fr\u00e8res.<br \/>On conna\u00eet bien que par son unique, il entend sa vie et son \u00e2me, comme la chose qui nous est uniquement ch\u00e8re. \u00c0 l\u2019\u00e9gard de la licorne, je n&#8217;ai pas be\u00adsoin de rechercher curieusement quel animal c&#8217;est, et il me suffit qu&#8217;il en soit souvent parl\u00e9 dans les psaumes m\u00eames, comme d&#8217;un animal cruel et furieux. Mais pour entendre la suite de ces quatre versets; c&#8217;est ici que commence la seconde par\u00adtie du psaume, parce que d\u00e9s les premiers mots, si on y prend garde, David insinue la r\u00e9sur\u00adrection de J\u00e9sus-Christ. Car que lui servait apr\u00e8s le dernier supplice, de tant h\u00e2ter le re\u00adcours de Dieu? Celui qui a dit : ils ont perc\u00e9 mes mains et mes pieds, et qui s&#8217;est repr\u00e9sent\u00e9 lui-\u00adm\u00eame comme condamn\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 mort, qu&#8217;a-t-il d\u00e9sor\u00admais \u00e0 demander \u00e0 Dieu, sinon de ressusciter et d&#8217;\u00eatre glori\u00adfi\u00e9? Certainement on voit bien qu&#8217;il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 le ti\u00adrer du tombeau, et \u00e0 d\u00e9fendre sa gloire contre les ou\u00adtrages des Juifs : il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 au fil de l&#8217;\u00e9p\u00e9e, qui signi\u00adfie dans l&#8217;\u00e9criture une mort violente : comment peut-il \u00eatre tir\u00e9 de l&#8217;\u00e9p\u00e9e qu&#8217;en ressuscitant? Comment peut-on autrement le retirer de la gueule du lion, de la main du chien, et des cor\u00adnes de la furieuse licorne, apr\u00e8s que le lion l\u2019a englouti, que le chien l&#8217;a d\u00e9vor\u00e9, et que la licor\u00adne, pour ainsi parler, l&#8217;a mis en pieces : c&#8217;est-\u00e0-dire apr\u00e8s que ses bourreaux l&#8217;ont d\u00e9chir\u00e9 com\u00adme par morceaux, et lui ont \u00f4t\u00e9 la vie?<br \/><br \/>\u2014 Jacques B\u00e9nigne Bossuet, <em>Explication de la proph\u00e9tie d\u2019Isa\u00efe<\/em>, 1704<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2e7da\">Il ne semble pas que toutes ces raisons prouvent autre chose, sinon que la plupart des cornes qui passent sous le nom de licorne sont des d\u00e9pouilles d\u2019un poisson, et il ne s\u2019ensuit pas qu\u2019il ne puisse y avoir de ces animaux dont nous avons l\u2019id\u00e9e sous le nom de licorne.<br \/><br \/>\u2014 Eus\u00e8be Renaudot, <em>Anciennes Relations des Indes et de la Chine de deux voyageurs mahom\u00e9tans qui y all\u00e8rent dans le neuvi\u00e8me si\u00e8cle<\/em>, 1718.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dcf9e7\">En I269, la rue de la Licorne se nommait en latin <em>Vicus juxta capiccium<\/em> Monasterii beat\u00e6 Mari\u00e6 Magdalen\u00e6. En 1300, c&#8217;\u00e9tait la rue de la Madeleine. En 1340 et 1395 la rue des Oblayers, depuis la rue des Oublayers, la rue des Obliers, la rue des Oubliers, et jamais la rue des Oublieurs, quoique ce soit la m\u00eame chose.<br \/>De ces noms, les premiers viennent de l&#8217;\u00c9glise de la Madeleine, qui tient \u00e0 la rue de la Licorne; les autres signifient des p\u00e2tissiers qui y ont demeur\u00e9 autrefois fort longtemps, et qu&#8217;alors on appelait plus souvent obliers , oblayers , et oublayers que p\u00e2tissiers \u00e0 raison peut-\u00eatre que l&#8217;hostie, nomm\u00e9e oblata par les \u00e9crivains eccl\u00e9siastiques des derniers temps, est la plus noble pi\u00e8ce de four qu\u2019ils fassent, outre qu&#8217;ils font aussi des oublies, autre ouvrage de p\u00e2tisserie tout semblable. [\u2026]<br \/>Touchant le nom de la Licorne , il vient d&#8217;une maison, o\u00f9 pendait pour enseigne, en 1397, une unicorne. Ainsi parlait-on en ce temps-l\u00e0 , si bien que cette rue se nommait alors la rue de la Unicorne.<br \/>Cependant j&#8217;ai ou\u00ef dire que bien des gens pr\u00e9tendaient que ce nom ne lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 qu&#8217;\u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une Licorne qu&#8217;on y montrait autrefois pour de l&#8217;argent. Ce pourquoi je serais de leur opinion volontiers, s&#8217;ils pouvaient nous faire une licorne en vie. Mais qu&#8217;ils ne se mettent point en peine d&#8217;en chercher, car il n&#8217;y en a jamais eu au monde, si ce n&#8217;est en peinture, et que s&#8217;il en est fait mention dans l&#8217;\u00c9criture, ce n\u2019est qu&#8217;en figure et en comparaison.<br \/><br \/>\u2014 Henri Sauval, <em>Histoire et recherches des antiquit\u00e9s de la ville de Paris, <\/em>1724.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">On a dout\u00e9 longtemps s\u2019il y avait des licornes: ceux qui en ont \u00e9crit ne convenaient point entre eux, et ont m\u00eal\u00e9 tant de fables dans ce qu\u2019ils en ont rapport\u00e9, qu\u2019on avait encore plus de raison de n\u2019en rien croire. Cet animal est rare, on n\u2019en a vu que dans le royaume de Damot et dans la province des Agouz. Il est sauvage, mais bien loin d\u2019\u00eatre f\u00e9roce, il est si timide qu\u2019il ne va jamais qu\u2019en compagnie d\u2019autres animaux. Lorsqu\u2019il passe d\u2019une for\u00eat dans une autre, il court avec tant de rapidit\u00e9 qu\u2019il se d\u00e9robe bient\u00f4t \u00e0 la vue. De l\u00e0 vient que les uns le font plus grand, les autres plus petits, les uns d\u2019un poil, les autres d\u2019un autre\u2026<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Joachim Legrand, <em>Dissertation sur la c\u00f4te orientale d&#8217;Afrique, <\/em>1728<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbfad6\">Michel de Cervantes et Rabelais, pour se moquer des id\u00e9es folles des auteurs de romans, ont imagin\u00e9 les Oriflants, les Hippogriphes et les Chevillards, dont ils ont parl\u00e9, l&#8217;un dans son Don Quichote, et l&#8217;autre dans son Gargantua. Ce sont ces Chevaux ail\u00e9s de la Fable qui ont pu persuader qu&#8217;il y avait des licornes, autres animaux aussi fabuleux.<br \/>Il est ais\u00e9 de voir de quelle source partait cette fausse persuasion. L&#8217;ivoire venait, \u00e0 ce qu&#8217;on disait d&#8217;une Corne de b\u00eate qui se trouvait en Afrique, et Pline dans son Histoire Naturelle admet des Chevaux volants et des Chevaux \u00e0 Cornes, \u00e0 qui il donne \u00e9galement le nom de P\u00e9gase, et les fait trouver en Ethiopie, Pays voisin des Monts Atlas, o\u00f9 Pers\u00e9e eut occasion de se servir d&#8217;un de ces Chevaux. \u00c6thiopia generat multaque alia Monstro similia Pennatos equos et Cornibus armatos, quos Pegasos vocant. Ce passage ne m&#8217;emp\u00eachera pas de conclure que, puisque les P\u00e9gases sont chim\u00e9riques, les Licornes ne le sont pas moins, et la description que continue d&#8217;en faire le m\u00eame auteur ach\u00e8vera de prouver que ces animaux ne doivent \u00eatre regard\u00e9s que comme des chim\u00e8res, ou plut\u00f4t ce sont des Hi\u00e9roglyphes qui ont eu cette forme, la Licorne a pu \u00eatre une image panth\u00e9e propre \u00e0 d\u00e9signer la f\u00e9condit\u00e9 ou les perfections dans le genre animal.<br \/><br \/><em>Des Hi\u00e9roglyphes et de leurs usages dans l\u2019Antiquit\u00e9. Discours o\u00f9 l&#8217;on fait voir qu\u2019ils sont l&#8217;origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chim\u00e9riques dont les Anciens nous ont parl\u00e9.<\/em> Par M. Beneton de Perrin, <em>Le Mercure de France<\/em>, D\u00e9cembre 1733.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faebeb\">Dans le Comt\u00e9 de Stollberg, proche le Bourg d&#8217;Elbingrod, est un creux appel\u00e9 Baumanshole dont l&#8217;entr\u00e9e est si \u00e9troite et si basse qu&#8217;il faut pour y passer s&#8217;appuyer sur les mains et sur les genoux. D\u00e8s que l&#8217;on y est entr\u00e9, on trouve un rocher qui est vo\u00fbt\u00e9 comme une cave ; plus avant on trouve plus d&#8217;espace et on descend une montagne presque toute enti\u00e8re : plus on avance, plus on sent de froid, quoiqu&#8217;au-dehors il fasse un grand chaud; on rencontre ensuite une montagne au rocher apel\u00e9 le Cheval, fur lequel il faut monter et grimper tout \u00e0 l&#8217;entour, d&#8217;o\u00f9 l&#8217;on descend plus bas au travers des trous, o\u00f9 on rencontre encore un grand creux, fort profond, rempli de cornes, de m\u00e2choires et de dents&nbsp; que l&#8217;on dit \u00eatre de Licornes. A l&#8217;entr\u00e9e de ce creux sort d&#8217;un rocher une fontaine tr\u00e8s claire dont l&#8217;eau gu\u00e9rit de la pierre; au-dedans du creux on voit avec admiration comme l&#8217;eau y goutte, se cong\u00e8le en m\u00eame temps, et devient dans la suite tout-\u00e0-fait pierre.<br \/><br \/>\u2014 Chevalier de Mailly, <em>Merveilles de la Nature, <\/em>1728, p.149-150<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaf6ec\">Quelques auteurs, partisans de l\u2019opinion commune sur la vieillesse du monde, all\u00e8guent qu\u2019aujourd\u2019hui on n\u2019a plus dans l\u2019univers certaines esp\u00e8ces, qui y \u00e9taient dans les si\u00e8cles pass\u00e9s. De ce nombre sont, disent-ils, entre les poissons, le Muret ou Pourpre, avec le sang duquel on teignait les habits des  rois; entre les b\u00eates brutes, le monoceros ou la licorne; entre les oiseaux, le ph\u00e9nix; entre les plantes, le cinnamome; entre les pierres, l\u2019amiante [\u2026]<br \/>Aucun des auteurs qui avancent cela n\u2019a vu tout le monde [\u2026] pour savoir si toutes les esp\u00e8ces dont il fut orn\u00e9 et enrichi dans son origine existent encore.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Benoit-J\u00e9r\u00f4me Feijoo, \u201cLa vieillesse du monde\u201d, in <em>Th\u00e9\u00e2tre critique ou discours diff\u00e9rents sur toutes sortes de mati\u00e8res pour d\u00e9truire les erreurs communes<\/em>, 1742.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4f4fb\">Le Prince allait r\u00e9pondre sans doute, lorsque l\u2019attention de la Princesse fut d\u00e9tourn\u00e9e par l\u2019Objet qui lui \u00e9tait le plus cher au monde: c\u2019\u00e9tait une Licorne de la petite esp\u00e8ce, de la hauteur environ d\u2019un L\u00e9vrier d\u2019Angleterre, et diff\u00e9rente seulement de ces animaux par une corne d\u2019ivoire longue de deux pieds environ, qui s\u2019\u00e9levait au-dessus des yeux, entre les deux oreilles &amp; lui donnait une physionomie de fantaisie, \u00e0 qui le Prince f\u00fbt oblig\u00e9 de donner des louanges. Le r\u00e9cit de ses gentillesses dura beaucoup plus long-tems que le Prince ne l\u2019aurait d\u00e9sir\u00e9, et il f\u00fbt m\u00eame oblig\u00e9 de se lever pour lui aller chercher \u00e0 boire, et lorsqu\u2019apr\u00e8s avoir caress\u00e9 sa ma\u00eetresse, elle se fut couch\u00e9e fur un carreau de velours bleu qui \u00e9tait aupr\u00e8s d\u2019elle, le Prince continua en ces termes. [\u2026]<br \/>Le Prince avait trop lu de Romans, savait trop de chansons, pour ne pas sentir tous les avantages d\u2019une pareille situation; il baisa tendrement la main d\u2019Atalzaide, et devenant ensuite plus t\u00e9m\u00e9raire, il portait la sienne au bas de sa robe, lorsque la Licorne qui \u00e9tait aupr\u00e8s lui donna un si furieux coup sur les doigts, en lui laissant tomber sa corne sur la main, qu\u2019il la retira promptement par un mouvement machinal dont il ne fut pas le ma\u00eetre. La Licorne en m\u00eame temps sauta sur le giron de la princesse, et tenant sa corne comme une lance en arr\u00eat, mena\u00e7ait le Prince de tous c\u00f4t\u00e9s, et se pr\u00e9sentait toujours pour s\u2019opposer \u00e0 ses entreprises. Apr\u00e8s plusieurs tentatives inutiles, il comprit enfin, que l\u2019heure de son bonheur n\u2019\u00e9tait pas venue; il jugea cependant que pour sa r\u00e9putation il ne fallait pas aller appeler de secours \u00e9tranger, d\u2019autant plus qu&#8217;Atalzaide ne paraissait souffrir aucun mal: il s\u2019assit sur un sofa, fort \u00e9loign\u00e9 d\u2019elle. La Licorne se coucha fur les genoux de fa maitresse toujours dispos\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fendre.<br \/><br \/>\u2014 <em>Atalza\u00efde<\/em>, 1746.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f5f5\">On trouve dans les Indes toutes sortes de chevaux, les uns familiers et domestiques, et les autres sauvages. Ceux-ci sont proprement la licorne, unicornis. Quoi que cet animal soit l\u2019un des plus dangereux et des plus m\u00e9chants qu\u2019il y ait dans la nature, cependant les Indiens le prennent \u00e0 la chasse et viennent \u00e0 bout de le dompter, soit pour en faire leur monture, soit pour l\u2019atteler \u00e0 des chars de course qu\u2019ils font tourner sans cesse dans un man\u00e8ge ou une place expr\u00e8s. Mais on ne peut le vaincre quand on le prend au dessus de deux ans, et \u00e0 quelque soumission qu\u2019on l\u2019ait amen\u00e9, il faut encore que son frein soit arm\u00e9 de pointes de fer. Il a la corne noire, quelquefois longue de trois pieds. On en fait des gobelets \u00e0 boire et l\u2019on assure que la liqueur qu\u2019on y a laiss\u00e9 quelque temps est un contrepoison assur\u00e9. Celle de l\u2019\u00e2ne sauvage a, dit-on, la m\u00eame vertu. Si l\u2019on en croit Ct\u00e9sias, cet animal est de la grosseur d\u2019un cheval. Il a une baie blanche sur le front et une corne d\u2019une coud\u00e9e, dont la partie sup\u00e9rieure est rouge et l\u2019autre noire, la t\u00eate tirant sur le pourpre, l\u2019\u0153il bleu et le corps blanc, marqu\u00e9 de raies et de t\u00e2ches de diff\u00e9rentes couleurs, qui font une peau admirable. Lorsqu\u2019il commence \u00e0 fuir devant les chasseurs, il ne court pas encore avec une grande rapidit\u00e9, mais insensiblement sa rapidit\u00e9 s\u2019augmente par le mouvement, et il s\u2019\u00e9lance avec tant de vitesse qu\u2019il n\u2019est aucune esp\u00e8ce de chevaux qui puisse l\u2019attraper. Il faut le surprendre lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9carte pour mener pa\u00eetre ses petits que la tendresse ne lui permet pas d\u2019abandonner. Il s\u2019expose pour eux \u00e0 tous les p\u00e9rils. Il combat contre les chasseurs avec une fureur incroyable, frappant de sa corne et des pieds de derri\u00e8re les hommes et les chevaux. Il ne succombe que quand il est h\u00e9riss\u00e9 de traits et qu\u2019il a perdu son sang et la vie. Aussit\u00f4t les Indiens lui coupent la corne du front et celle des pieds que l\u2019on dit \u00eatre d\u2019un vermeil ou cinabre parfait, et ils emm\u00e8nent les petits qu\u2019ils familiarisent peu \u00e0 peu.<br \/><br \/>\u2014 Abb\u00e9 Claude-Marie Guyon, <em>Histoire des Indes orientales anciennes et modernes<\/em>, 1744.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dfffeb\">Ce banquier sur son \u00e9cusson<br \/>Met des Licornes apparentes,<br \/>Son Epouse a grand soin, dit-on,<br \/>De rendre ses armes parlantes.<br \/>Censeurs, n&#8217;en dites point de mal,<br \/>Tout est permis en carnaval.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le Carnaval<\/em>, in <em>Recueil de chansons, ariettes, vaudevilles et autres couplets, <\/em>1761.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6ee\">Dans les cas o\u00f9, dans le langage courant, le mot existence s&#8217;emploie comme pr\u00e9dicat, ils s&#8217;agit bien moins d&#8217;un pr\u00e9dicat de la chose elle-m\u00eame que de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on en a. Par exemple, on accorde l\u2019existence au narval, licorne de mer, et non \u00e0 la licorne de terre. Cela veut dire simplement que la repr\u00e9sentation du narval est une id\u00e9e tir\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience, c\u2019est \u00e0 dire la repr\u00e9sentation d\u2019une chose existante. C\u2019est aussi pourquoi, pour prouver le bien-fond\u00e9 de la proposition que je prononce sur l\u2019existence d\u2019une telle chose, je ne chercherai pas cette derni\u00e8re dans le concept du sujet, car on n\u2019y trouve que des pr\u00e9dicats de possibilit\u00e9, mais j\u2019invoquerai l\u2019origine de la connaissance que j\u2019en ai.<br \/><br \/>\u2014 Emmanuel Kant, <em>L\u2019unique Fondement possible d\u2019une d\u00e9monstration de l\u2019existence de Dieu, <\/em>1762<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8e4dd\">LICORNE, s. f. (Hist. nat.) animal fabuleux : on dit qu\u2019il se trouve en Afrique, &amp; dans l\u2019Ethiopie ; que c\u2019est un animal craintif, habitant le fond des for\u00eats, portant au front une corne blanche de cinq palmes de long, de la grandeur d\u2019un cheval m\u00e9diocre, d\u2019un poil brun tirant sur le noir, &amp; ayant le crin court, noir, &amp; peu fourni sur le corps, &amp; m\u00eame \u00e0 la queue. Les cornes de licorne qu\u2019on montre en diff\u00e9rens endroits, sont ou des cornes d\u2019autres animaux connus, ou des morceaux d\u2019ivoire tourn\u00e9, ou des dents de poissons.<br \/><br \/>\u2014 L&#8217;encyclop\u00e9die, 1re \u00e9dition, 1765.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d2e6f8\">\u2014 Et o\u00f9 est-il ce pays de mon cher inconnu ? Quel est le nom de ce h\u00e9ros ? Comment se nomme son empire ? Car je ne croirai pas plus qu\u2019il est un berger que je ne crois que vous \u00eates une chauve-souris.<br \/>\u2014 Son pays, madame, est celui des Gangarides, peuple vertueux et invincible qui habite la rive orientale du Gange. Le nom de mon ami est Amazan. Il n\u2019est pas roi, et je ne sais m\u00eame s\u2019il voudrait s\u2019abaisser \u00e0 l\u2019\u00eatre ; il aime trop ses compatriotes : il est berger comme eux. Mais n\u2019allez pas vous imaginer que ces bergers ressemblent aux v\u00f4tres, qui, couverts \u00e0 peine de lambeaux d\u00e9chir\u00e9s, gardent des moutons infiniment mieux habill\u00e9s qu\u2019eux ; qui g\u00e9missent sous le fardeau de la pauvret\u00e9, et qui payent \u00e0 un exacteur la moiti\u00e9 des gages ch\u00e9tifs qu\u2019ils re\u00e7oivent de leurs ma\u00eetres. Les bergers gangarides, n\u00e9s tous \u00e9gaux, sont les ma\u00eetres des troupeaux innombrables qui couvrent leurs pr\u00e9s \u00e9ternellement fleuris. On ne les tue jamais : c\u2019est un crime horrible vers le Gange de tuer et de manger son semblable. Leur laine, plus fine et plus brillante que la plus belle soie, est le plus grand commerce de l\u2019Orient. D\u2019ailleurs la terre des Gangarides produit tout ce qui peut flatter les d\u00e9sirs de l\u2019homme. Ces gros diamants qu\u2019Amazan a eu l\u2019honneur de vous offrir sont d\u2019une mine qui lui appartient. Cette licorne que vous l\u2019avez vu monter est la monture ordinaire des Gangarides. C\u2019est le plus bel animal, le plus fier, le plus terrible, et le plus doux qui orne la terre. Il suffirait de cent Gangarides et de cent licornes pour dissiper des arm\u00e9es innombrables. Il y a environ deux si\u00e8cles qu\u2019un roi des Indes fut assez fou pour vouloir conqu\u00e9rir cette nation : il se pr\u00e9senta suivi de dix mille \u00e9l\u00e9phants et d\u2019un million de guerriers. Les licornes perc\u00e8rent les \u00e9l\u00e9phants, comme j\u2019ai vu sur votre table des mauviettes enfil\u00e9es dans des brochettes d\u2019or.  <br \/><br \/>\u2014 Voltaire, <em>La Princesse de Baylone, <\/em>1768.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6e4e4\">Le ph\u00e9nix, qui \u00e9tait plus sage que Formosante, parce qu\u2019il \u00e9tait sans passion, la consolait en chemin ; il lui remontrait avec douceur qu\u2019il \u00e9tait triste de se punir pour les fautes d\u2019un autre ; qu\u2019Amazan lui avait donn\u00e9 des preuves assez \u00e9clatantes et assez nombreuses de fid\u00e9lit\u00e9 pour qu\u2019elle p\u00fbt lui pardonner de s\u2019\u00eatre oubli\u00e9 un moment ; que c\u2019\u00e9tait un juste \u00e0 qui la gr\u00e2ce d\u2019Orosmade avait manqu\u00e9 ; qu\u2019il n\u2019en serait que plus constant d\u00e9sormais dans l\u2019amour et dans la vertu ; que le d\u00e9sir d\u2019expier sa faute le mettrait au-dessus de lui-m\u00eame ; qu\u2019elle n\u2019en serait que plus heureuse ; que plusieurs grandes princesses avant elle avaient pardonn\u00e9 de semblables \u00e9carts, et s\u2019en \u00e9taient bien trouv\u00e9es ; il lui en rapportait des exemples, et il poss\u00e9dait tellement l\u2019art de conter que le c\u0153ur de Formosante fut enfin plus calme et plus paisible ; elle aurait voulu n\u2019\u00eatre point si t\u00f4t partie : elle trouvait que ses licornes allaient trop vite, mais elle n\u2019osait revenir sur ses pas ; combattue entre l\u2019envie de pardonner et celle de montrer sa col\u00e8re, entre son amour et sa vanit\u00e9, elle laissait aller ses licornes ; elle courait le monde selon la pr\u00e9diction de l\u2019oracle de son p\u00e8re.<br \/><br \/>\u2014 Voltaire, <em>La Princesse de Baylone, <\/em>1768.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fefde2\">J\u2019ai vu d\u2019honn\u00eates bourgeois, d\u2019ailleurs instruits des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et bons Raciniens, qui d\u2019apr\u00e8s les estampes et les statues croyaient fermement \u00e0 l\u2019existence des sir\u00e8nes, des sphinx, des licornes et du ph\u00e9nix ; ils me disaient \u201cnous avons vu dans un cabinet des cornes de licornes\u201d. Il a fallu leur apprendre que c\u2019\u00e9tait la d\u00e9pouille d\u2019un poisson de mer; et c\u2019est ainsi qu\u2019il faut aux Parisiens, non leur donner de l\u2019esprit, mais leur d\u00e9senseigner la sottise, comme dit Montaigne.<br \/><br \/>\u2014 Louis-S\u00e9bastien Mercier, <em>Le tableau de Paris, 1772<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8f6eb\">How many Ships of War are in New York&nbsp;? There are eight Ships of War at New York Viz. the Eagle lying against the Fly Market, The Jersey against the Ship Yard, The Ph\u0153nix and Roebuck under Long Island Shore, the Brune &amp; Greyhound abreast of the Town, the Merlin &amp; Unicorn in the North River.<br \/><br \/>\u2014 Lettre du brigadier g\u00e9n\u00e9ral Samuel Holden Parsons \u00e0 George Washington, 8 avril 1777<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6e6\">Le dragon ail\u00e9 et venimeux empoisonnera toutes les b\u00eates qui sont dans la mer et les laissera manger aux aigles et aux vautours. Le dragon ne pardonnera qu\u2019\u00e0 la licorne marine. Ensuite, Saturne parcourra le rivage de la mer, et tuera toutes les b\u00eates qu\u2019il rencontrera sur son territoire, et les jettera dans le Tartare, Neptune rendra au serpent ext\u00e9nu\u00e9 toute sa vigueur. Le dragon terrestre, en m\u00eame-temps, jettera un regard com\u00adpatissant fur la licorne marine \u00e9puis\u00e9e de fatigues; il la ranimera, en devien\u00addra \u00e9perdument amoureux, et l\u2019\u00e9pousera. Ils habiteront ensemble, et deviendront, par-l\u00e0 extr\u00eamement nuisibles \u00e0 tous les autres animaux venimeux et non venimeux. Quand le dragon aura habit\u00e9 deux fois avec la licorne marine, elle mourra et exhalera une puanteur si forte, qu\u2019en tr\u00e8s-peu de temps le dragon terrestre mourra aussi. Peu de temps apr\u00e8s, il s\u2019\u00e9l\u00e8vera une horrible temp\u00eate dans l\u2019air: cette temp\u00eate fera caus\u00e9e par les mauvaises vapeurs du souffre, qui s\u2019\u00e9l\u00e8veront et occasionneront un feu naturel en l\u2019air ; ce feu naturel se m\u00ealera avec le feu contre nature : ce m\u00e9lange fera un bruit \u00e9pouvantable ; l\u2019air sera rempli de vapeurs ; le soleil et la lune en feront obscurcis. L\u2019\u00e9clipse durera jusqu\u2019\u00e0 ce que la pleine lune aura fait tomber une pluie abondante. Mer\u00adcure fera la paix, la publiera, et l\u2019af\u00adfichera aux portes du ciel.<br \/><br \/>\u2014 Sabine Stuart de Chevalier, <em>Discours philosophique sur les trois principes, 1781<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Nous nous rend\u00eemes dans la grande cour du palais ; au milieu&nbsp; de laquelle \u00e9tait une liti\u00e8re de bois de sandal, attel\u00e9e \u00e0 quatre licornes noires. Au son aigu de mille instruments lugubres, et aux cris encore plus per\u00e7ants des Choucaniens, le corps de Gulzara fut mis dans cette liti\u00e8re, sur laquelle on \u00e9tendit un grand tapis de toile d&#8217;argent, en laissant \u00e0 d\u00e9couvert le gracieux visage de cette belle princesse, qui en effet ne paraissait qu&#8217;endormie.<br \/><br \/>\u2014 William Bedford, Les \u00e9pisodes de Vathek, 1782<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1effa\">En 1380, il est fait mention pour la premi\u00e8re fois d\u2019une corne de licorne , qui \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e dans le tr\u00e9sor de la cath\u00e9drale, &amp; que plusieurs ont regard\u00e9 comme une des grandes raret\u00e9s de la ville de Strasbourg. On pr\u00e9tend que c\u2019est un pr\u00e9sent que le roi Dagobert fit \u00e0 cette \u00e9glise, &amp; qu\u2019en cons\u00e9quence la ville de Saverne, chef-lieu de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9, prit pour armes une licorne. Ce qui est certain, c\u2019est que cette corne fut toujours pr\u00e9cieusement conserv\u00e9e dans le tr\u00e9sor de l\u2019\u00e9glise cath\u00e9drale. On lit m\u00eame dans un manuscrit du grand-chapitre qu\u2019un chanoine nomm\u00e9 Rodolphe de Schawenbourg enleva en 1380 la pointe de cette corne, qu\u2019il regardait comme un sp\u00e9cifique contre la peste &amp; le poison. Ce chanoine fut exclu du chapitre et ses confr\u00e8res firent un statut par lequel ils jur\u00e8rent de ne plus recevoir parmi eux aucun descendant de cette famille. Cette corne disparut en 1584 pendant les troubles de religion&nbsp;: le Grand-Doyen manda cette perte \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00eaque Jean de Manderscheidt, comme si le bonheur de son \u00e9glise en d\u00e9pendait. Les chanoines catholiques l\u2019avaient r\u00e9fugi\u00e9e \u00e0 Luxembourg, d\u2019o\u00f9 elle fut renvoy\u00e9e en 1638 dans une bo\u00ebte de sapin ferm\u00e9e de trois serrures. Elle existe encore.<br \/><br \/>\u2014 Abb\u00e9 Grandidier, <em>Essais historiques et topographiques sur l\u2019\u00e9glise cath\u00e9drale de Strasbourg<\/em>, 1783.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cdffd8\">Les archives secr\u00e8tes de Plassenburg ont autrefois conserv\u00e9 quatre cornes de licornes. [\u2026] La plus grande dentre elles \u00e9tait d&#8217;une grande valeur. En 1559, les V\u00e9nitiens en offrirent trente mille ducats, mais on ne voulut pas la vendre au-dessous de soixante mille thalers. L&#8217;une d&#8217;elles fut utilis\u00e9e comme rem\u00e8de par les familles princi\u00e8res;<br \/>Chaque fois que l&#8217;on en coupait un anneau, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 les cornes appartenaient encore en commun aux deux maisons princi\u00e8res de Franconie, l&#8217;op\u00e9ration avait lieu en pr\u00e9sence de d\u00e9put\u00e9s des deux parties, et la corne dont un morceau avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9 \u00e9tait ensuite imm\u00e9diatement scell\u00e9e en commun. [\u2026]<br \/>La grande corne, que les V\u00e9nitiens avaient voulu acheter, ou les trois autres cornes provenaient-elles de quadrup\u00e8des? Voil\u00e0 qui n&#8217;appelle gu\u00e8re d&#8217;examen. Car il ne s&#8217;est encore trouv\u00e9 aucune licorne quadrup\u00e8de d&#8217;apparence chevaline, semblable \u00e0 celle que les peintres repr\u00e9sentent et \u00e0 celle que j&#8217;arbore moi-m\u00eame sur mes embl\u00e8mes. C&#8217;est donc sans le moindre doute sur la licorne-poisson que ces cornes, ou plut\u00f4t ces dents furent pr\u00e9lev\u00e9es.<br \/><br \/>\u2014 Philip Ernst Spiess, <em>Nachricht von einem kostbaren Kleinod Eingehirn Einhorn genannt<\/em>, <em>1783<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fae9d6\">Quant au Monoceros, et aux raisons qui vous portent \u00e0 croire qu\u2019il existe de ces animaux cach\u00e9s dans les parties int\u00e9rieures de l\u2019Afrique, je n\u2019en suis nullement \u00e9tonn\u00e9: je suis depuis longtemps tr\u00e8s persuad\u00e9 que les r\u00e9cits des anciens concernant le Monoceros, n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9nu\u00e9s de tout fondement, mais que peut-\u00eatre les antilopes y avaient donn\u00e9 lieu, ou que jadis, lorsque l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Afrique \u00e9tait plus fr\u00e9quent\u00e9 par les voyageurs europ\u00e9ens, ils connaissaient quelque autre esp\u00e8ce particuli\u00e8re d\u2019animaux unicornes, qui nous sont \u00e0 pr\u00e9sent inconnus. Si par hasard vous n\u2019avez point lu un passage d\u2019une relation de Louis Barthema, o\u00f9 il d\u00e9crit deux monoceros qu\u2019il a vu au temple de La Mecque, lisez-l\u00e0 je vous prie: je ne sais quelle raison aurait pu engager un homme \u00e0 inventer les choses qu\u2019il rapporte, et qui ne semblent point du tout incoh\u00e9rentes.<br \/><br \/>\u2014 Anders Sparrman, Voyage au Cap de Bonne Esp\u00e9rance et autour du monde avec<br \/>le capitaine Cook, 1783<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2f0d0\">Les chasseurs de chamois remarquent qu&#8217;ils diminuent d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. En comparant les diff\u00e9rentes relations de ces chasseurs, je crois pouvoir assurer que dans ce moment il ne reste de toute l&#8217;esp\u00e8ce qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s cent individus. Il est donc temps de rapprocher les faits connus, et d&#8217;en rechercher de nouveaux, s&#8217;il est possible, avant que la destruction totale de l&#8217;esp\u00e8ce nous en \u00f4te les moyens. C&#8217;est une esp\u00e8ce enti\u00e8re d&#8217;animaux tr\u00e8s-grands qui se perd, pour ainsi dire, sous nos yeux, et qui dans quelques si\u00e8cles sera plac\u00e9e avec les mammouths et les licornes, et ce ne sont pas des contr\u00e9es \u00e9loign\u00e9es qu&#8217;habite ou qu&#8217;habitait cette esp\u00e8ce, c&#8217;est le milieu de l&#8217;Europe.<br \/><br \/>\u2014 M. Girtanner, in <em>Observations sur la physique, sur l&#8217;histoire naturelle et sur les arts et m\u00e9tiers<\/em>, 1786.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6e9f8\">Dans la troisi\u00e8me cour, rev\u00e9tue de turquoises et de copases enchass\u00e9es avec art, \u00e9taient les \u00e9curies du palais, dans lesquelles on nourrissait douze mille chevaux qui ne servaient qu&#8217;aux \u00e9cuyers et aux pages. La princesse ne sortant jamais que dans un char attel\u00e9 de licornes blanches, ou de loups cerviers: on ne la vit qu&#8217;une seule fois aller \u00e0 la chasse, mont\u00e9e sur une martre zibeline , encore fut elle si m\u00e9contente de son allure qu&#8217;elle la fit tuer devant elle.<br \/><br \/>\u2014 Pierre-Fran\u00e7ois Godard de Bauchamps, <em>Funestine<\/em>, 1786<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdddd\">Les licornes couraient aussi, la lance baiss\u00e9e l&#8217;une contre l&#8217;autre, ayant mis une pomme \u00e0 la pointe de leurs cornes, comme l&#8217;on met un bout aux fleurets, de peur de se faire mal.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas Perrot d&#8217;Ablancourt, <em>L&#8217;Histoire v\u00e9ritable de Lucien traduite et continu\u00e9e<\/em>, 1787.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3f9dd\">A cet aspect le divin oiseau penche la t\u00eate mourante, comme une fleur que le coutre de la charrue a renvers\u00e9e. L&#8217;or, l&#8217;azur, et la pourpre de ses plumes se ternissent, et il allait rendre l&#8217;\u00e2me, si, au cri que jett\u00e8rent les animaux, la licorne qui reposait \u00e0 ses pieds, ne l&#8217;e\u00fbt touch\u00e9 de<br \/>la corne, dont elle chasse les venins ; et en m\u00eame temps l&#8217;ardente belette n&#8217;eut saut\u00e9 sur le basilic, et imprim\u00e9 sa dent mortelle sur les taches blanches de sa couronne, l&#8217;\u00e9tendant mort sur la place. Aussi t\u00f4t le ph\u00e9nix redresse sa t\u00eate penchante, et reprend son vif \u00e9clat effac\u00e9 par les ombres de la mort ; et les animaux justement irrit\u00e9s,viennent fondre de toute part sur les serpents, tandis que les cigognes les attaquent d&#8217;en-haut, et que les aigles percent de leurs ongles tranchants les dragons qui voulaient prendre l&#8217;essor.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas Perrot d&#8217;Ablancourt, <em>L&#8217;Histoire v\u00e9ritable de Lucien traduite et continu\u00e9e<\/em>, 1787.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Nation fran\u00e7aise, ne nourris plus de l\u00e9opards, de licornes, de griphons ! Alimente le cheval de labeur, le b\u0153uf, l&#8217;\u00e2ne m\u00eame ; ils font necessaires. Alimente la brebis, le mouton, le porc, la ch\u00e8vre, ils sont utiles.<br \/><br \/>\u2014 Nicolas Edme Restif de la Bretonne, Les nuits de Paris, 1790 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7e4e4\">Long Tems avant que la nymphe Eg\u00e9rie<br \/>E\u00fbt inspir\u00e9 le roi Numa,<br \/>Un certain pasteur d&#8217;\u00c9trurie,<br \/>Sur un soup\u00e7on, que sans doute alluma<br \/>La dangereuse jalousie, <br \/>Dans un acc\u00e8s de fr\u00e9n\u00e9sie, <br \/>Et tranchant du despote en ses propres foyers, <br \/>Renvoya de chez lui ses dieux hospitaliers. <br \/>Observons que leur bienfaisance<br \/>Entretenoit sa femme &amp; lui<br \/>Dans les plaisirs, dans l&#8217;abondance, <br \/>Sans qu&#8217;ils en tinssent rien d&#8217;autrui.<br \/>Celle-ci, plus d\u00e9vote, en sauvant l&#8217;apparence<br \/>Se m\u00e9nagea leur bienveillance, <br \/>Quand il rejettoit leur appui. <br \/>La vengeance des dieux se borne<br \/>A changer le rustre en licorne :<br \/>Il en seroit pour le double aujourd&#8217;hui.<br \/><br \/>Fran\u00e7ois Le Prevost d\u2019Exmes, <em>Le pasteur chang\u00e9 en licorne, <\/em>1790<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ebe8f4\">Le directoire se r\u00e9pand en injures contre les officiers municipaux, les traite de barbares, de Goths et de Vandales, pour avoir fait abattre les licornes vraiment barbares, gothiques et vandaliques qui armorioient l\u2019\u00e9glise des ci-devant barons de Saint-Just. A la mani\u00e8re dont les administrateurs de Lyon interpr\u00e8tent le d\u00e9cret qui enjoint de ne point d\u00e9grader les monumens publics qui font d\u00e9coration, et qu&#8217;on doit conserver pour la gloire des arts, les plus monstrueuses insignes de la f\u00e9odalit\u00e9 devroient \u00eatre respect\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9gal des chefs d&#8217;oeuvres des Grecs et des Romains. Le directoire a pouss\u00e9 l&#8217;oubli des biens\u00e9ances jusqu&#8217;\u00e0 ordonner aux officiers municipaux de refaire \u00e0 leurs frais ces grosses licornes saillantes qui \u00e9pouvantoient les nourrices et les petits enfans, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e de l&#8217;\u00e9glise de messieurs les chanoines-barons. Il est vrai que ces honorables gentilshommes eccl\u00e9siastiques regardoient tellement les licornes comme le plus bel apanage de leur seigneurie, qu&#8217;ils ont fait et gagn\u00e9 des proc\u00e8s contre d&#8217;autres nobles qui osoient mettre des licornes dans leur blason. Ce privil\u00e9ge exclusif devoit \u00eatre conserv\u00e9 par le directoire \u00e0 la noble \u00e9glise de Saint-Just, et il falloit que les municipaux, barbares comme la constitution, fussent condamn\u00e9s, au nom de la constitution m\u00eame, \u00e0 faire \u00e9riger \u00e0 neuf ces deux monstres f\u00e9odaux.<br \/><br \/>\u2014 Claude Fauchet, <em>Rapport sur les activit\u00e9s contre-r\u00e9volutionnaires dans le d\u00e9partement du Rh\u00f4ne-et-Loire<\/em>,<em> 1792.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fde7e4\">Les for\u00e7ats des constructions hydrauliques et des cuvelages de mine de la philosophie critique, supputent l\u2019existence de Dieu avec un sang et un c\u0153ur aussi froids que s\u2019il s\u2019agissait de l\u2019existence du kraken ou de la licorne.<br \/><br \/>\u2014 Jean Paul, <em>Siebenk\u00e4s<\/em>, 1795<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f7ff\">Les pr\u00e9sents destin\u00e9s pour la reine, port\u00e9s jusque dans la chambre de cette princesse par deux hommes d\u00e9guis\u00e9s, l\u2019un en ours, l\u2019autre en licorne, \u00e9taient une nef d\u2019or, deux grands flacons, deux drageoirs, deux sali\u00e8res, six pots, six trempoirs de m\u00eame m\u00e9tal et deux bassins d\u2019argent. Deux hommes noircis et d\u00e9guis\u00e9s en mores port\u00e8rent la vaisselle, \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la duchesse d\u2019Orl\u00e9ans&nbsp;; ces pr\u00e9sents co\u00fbt\u00e8rent \u00e0 la ville soixante mille couronnes d\u2019or.<br \/><br \/>\u2014 Donatien Alphonse Fran\u00e7ois de Sade, <em>Histoire secr\u00e8te d\u2019Isabelle de Bavi\u00e8re, reine de France<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffd8f3\">Dans le Magasin de Physique du professeur Voigt \u00e0 Jena en Allemagne de l&#8217;an 1796, on lit la traduction d&#8217;un proc\u00e8s-verbal hollandais du Cap de<br \/>Bonne Esp\u00e9rance du 8 avril 1791 sign\u00e9 H. Cloete, dont voici un extrait :<br \/><em>Un Hottentot batard ou m\u00e9tis nomm\u00e9 Guerrit Slinger ayant \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 sur les diff\u00e9rentes sortes de b\u00eates sauvages r\u00e9pondit qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es, \u00e0 une exp\u00e9dition contre tes Hottentots braconniers et voleurs sous le commandement d&#8217;Andr\u00e9 Burgard avec les Hottentots Carolus et Ulack et autres et qu&#8217;ils avaient vu des nouvelles sortes de b\u00eates fauves, qu&#8217;ils avaient poursuivies \u00e0 cheval el dont ils avaient tu\u00e9 une et que lorsqu&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s \u00e0 examiner cet animal \u00e9tait survenu le citoyen Louis van der Merwe, fils de David, qui l\u2019avait examin\u00e9 avec eux et qu\u2019ils avaient trouv\u00e9 qu&#8217;elle ressemblait \u00e0 un cheval quant \u00e0 la forme et qu&#8217;elle \u00e9tait gris\u00e2tre, et sur le front elle avait une corne de la longueur d&#8217;un bras et aussi grosse vers sa base. Vers le milieu, cette corne \u00e9tait un peu aplatie, elle n&#8217;\u00e9tait pas attach\u00e9e au cr\u00e2ne, mais seulement \u00e0 la peau. La t\u00eate ressemblait \u00e0 celle d\u2019un cheval, et la hauteur de l&#8217;animal \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s celle d&#8217;un cheval de carrosse. Elle avait les oreilles du b\u0153uf, mais un peu plus grandes, la queue charnue semblable dans l&#8217;\u00e9loignement \u00e0 celle d\u2019un cheval mais garnie seulement de poils. L&#8217;ongle \u00e9tait rond comme celui d&#8217;un cheval mais fendu comme celui d&#8217;une b\u00eate \u00e0 Corne. Cet animal lut tu\u00e9 \u00e0 16 journ\u00e9es de Cambado et 30 journ\u00e9es de voyage avec un chariot de bouviers de la ville du Cap.<\/em><br \/>On trouve la figure de la licorne grav\u00e9e sur plusieurs centaines de rochers par les Hotlentots des bois. Cloete offrit enfin de livrer la peau d\u2019un pareil animal, si on voulait lui donner un prix qui valut un voyage de trente jours et les peines.<br \/><br \/>\u2014 <em>Magasin encyclop\u00e9dique, ou journal des sciences, des lettres et des arts, <\/em>1er janvier 1797.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eeefff\">La plupart des imprimeurs et traducteurs anciens rendent le mot par licornet; mais \u00e0 tort. Ils n&#8217;ont pour eux ni l&#8217;\u00e9tymologie ni aucun \u00e9l\u00e9ment de description de l&#8217;animal lui-m\u00eame.<br \/>Les qualit\u00e9s mentionn\u00e9es montrent qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une b\u00eate \u00e0 corne puissante, farouche et, dans ces temps-l\u00e0, certainement indomptable. \u00c0 quel animal les caract\u00e9ristiques tant n\u00e9gatives que positives rapport\u00e9es dans l&#8217;Ancien Testament se rapportent-elles le mieux? De tous, c&#8217;est \u00e0 la licorne qu&#8217;elles si\u00e9ent le moins. Il serait en effet extraordinaire qu&#8217;une b\u00eate qui, selon les nombreuses paraboles dont elle est issue, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 courante en Palestine, M\u00e9sopotamie et Arabie, mais f\u00fbt demeur\u00e9e parfaitement inconnue aux nombreux peuples qui habitaient lesdites contr\u00e9es. Il serait encore plus extraordinaire de supposer qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge o\u00f9 ces contr\u00e9es commenc\u00e8rent \u00e0 \u00eatre mieux connues, elle s&#8217;en f\u00fbt trouv\u00e9e \u00e9radiqu\u00e9e depuis si longtemps d\u00e9j\u00e0 qu&#8217;il n&#8217;en rest\u00e2t aucune trace et qu&#8217;aucune information compl\u00e8te ne p\u00fbt \u00eatre trouv\u00e9e \u00e0 son sujet. On devrait, pour l&#8217;admettre, supposer une chasse si g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qu&#8217;elle n&#8217;e\u00fbt pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e qu&#8217;apr\u00e8s l&#8217;invention de la poudre et du fusil.<br \/><br \/>\u2014 Johan Christian Gottlieb Richter, <em>Ueber die Fabelhaften Thiere<\/em>, 1797<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3ecec\">Le raja me dit qu&#8217;il poss\u00e9dait un animal tr\u00e8s curieux; c&#8217;\u00e9tait un cheval avec une corne dans le milieu du front. Il en avait eu un autre de la m\u00eame esp\u00e8ce, qui \u00e9tait mort. \u00c0 toutes les questions que je lui fis sur le pays d&#8217;o\u00f9 venait ce cheval, il r\u00e9pondit seulement qu&#8217;il venait de fort loin. Je dis au raja que nous avions des tableaux, o\u00f9 \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s des animaux pareils \u00e0 celui dont il parlait; mais qu&#8217;on les regardait comme fabuleux; et je lui t\u00e9moignai vivement le d\u00e9sir d&#8217;en voir un. Alors il m&#8217;assura de nouveau que le sien \u00e9tait tel qu&#8217;il le disait, et il me promit de me le montrer.<br \/>Cet animal \u00e9tait \u00e0 quelque distance de Tassisudon, et les Boutaniens avaient pour lui une v\u00e9n\u00e9ration religieuse. Il ne m&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 possible de le voir.<br \/><br \/>Samuel Turner, <em>Ambassade au Thibet et au Boutan, <\/em>1800.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#effff5\">&nbsp;&#8211; Avant que tu n&#8217;obtiennes ma fille et la moiti\u00e9 du royaume, dit le roi au tailleur, il faut encore que tu accomplisses un exploit. Dans la for\u00eat il y a une licorne qui cause de gros ravages. Il faut que tu l&#8217;attrapes.<br \/>&#8211; J&#8217;ai encore moins peur d&#8217;une licorne que de deux g\u00e9ants. Sept d&#8217;un coup, voil\u00e0 ma devise, r\u00e9pondit le petit tailleur.<br \/>Il prit une corde et une hache, partit dans la for\u00eat et ordonna une fois de plus \u00e0 ceux qu&#8217;on avait mis sous ses ordres de rester \u00e0 la lisi\u00e8re. Il n&#8217;eut pas \u00e0 attendre longtemps. La licorne arriva bient\u00f4t, fon\u00e7a sur lui comme si elle avait voulu l&#8217;embrocher sans plus attendre.<br \/>&#8211; Tout doux ! tout doux ! dit-il. \u00c7a n&#8217;ira pas si vite que \u00e7a.<br \/>Il attendit que l&#8217;animal soit tout proche. Alors, il bondit brusquement derri\u00e8re un arbre. La licorne courut \u00e0 toute vitesse contre l&#8217;arbre et enfon\u00e7a sa corne si profond\u00e9ment dans le tronc qu&#8217;elle fut incapable de l&#8217;en retirer. Elle \u00e9tait prise !<br \/>&#8211; Je tiens le petit oiseau, dit le tailleur.<br \/>Il sortit de derri\u00e8re l&#8217;arbre, passa la corde au cou de la licorne, d\u00e9gagea la corne du tronc \u00e0 coups de hache et, quand tout fut fait, emmena la b\u00eate au roi.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 <em>Le vaillant petit tailleur, conte des fr\u00e8res Grimm, <\/em>1812<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6eed0\">With that, Sir Arthur drew from his pocket a large ram\u2019s horn, with a copper cover, containing a considerable quantity of coins, chiefly silver, but with a few gold pieces intermixed. The Antiquary\u2019s eyes glistened as he eagerly spread them out on the table.<br \/>\u2014 \u201cUpon my word\u2014Scotch, English, and foreign coins, of the fifteenth and sixteenth centuries, and some of them rari\u2014et rariores\u2014etiam rarissimi! Here is the bonnet-piece of James V., the unicorn of James II.,\u2014ay, and the gold festoon of Queen Mary, with her head and the Dauphin\u2019s. And these were really found in the ruins of St. Ruth?\u201d<br \/>\u2014 \u201cMost assuredly\u2014my own eyes witnessed it.\u201d<br \/>\u2014 \u201cWell,\u201d replied Oldbuck; \u201cbut you must tell me the when\u2014the where-the how.\u201d<br \/>\u2014 \u201cThe when,\u201d answered Sir Arthur, \u201cwas at midnight the last full moon\u2014the where, as I have told you, in the ruins of St. Ruth\u2019s priory\u2014the how, was by a nocturnal experiment of Dousterswivel, accompanied only by myself.\u201d<br \/>\u201cIndeed!\u201d said Oldbuck.<br \/><br \/>\u2014 Walter Scott, <em>The Antiquary<\/em>, 1816<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fed4d4\">Mounted on panthers&#8217; furs and lions&#8217; manes,<br \/>From rear to van they scour about the plains;<br \/>A three days&#8217; journey in a moment done;<br \/>And always, at the rising of the sun,<br \/>About the wilds they hunt with spear and horn,<br \/>On spleenful unicorn.<br \/><br \/>John Keats, <em>Song of an Indian Maid, Endymion<\/em>, 1818<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1fdfb\">Licorne. On croyait chez nos p\u00e8res que la corne de licorne pr\u00e9servait des sortil\u00e8ges. Les licornes du cap de Bonne-Esp\u00e9rance sont d\u00e9crites avec des t\u00eates de cheval, d\u2019autres avec des t\u00eates de cerf. On dit que le puits du palais de Saint-Marc ne peut \u00eatre empoisonn\u00e9, parce qu\u2019on y a jet\u00e9 des cornes de licornes. On est d\u2019ailleurs ind\u00e9cis sur ce qui concerne ces animaux, dont la race semble perdue, quoique, dit-on, elle existe encore en Chine.<br \/><br \/>\u2014 Collin de Plancy, <em>Dictionnaire infernal<\/em>, 1818<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">AMDUSCIAS, grand-duc aux enfers. Il a la forme d&#8217;une licorne; mais lorsqu&#8217;il est \u00e9voqu\u00e9, il se montre sous une figure humaine. Il donne des concerts si on les lui commande; on entend alors, sans rien voir, le son des trompettes et des autres instruments de musique. Les arbres s&#8217;inclinent \u00e0 sa voix. Il commande vingt -neuf l\u00e9gions.<br \/><br \/>Colin de Plancy, <em>Dictionnaire infernal<\/em> 1818<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9f1d1\">\u00c0 l\u2019entr\u00e9e du parc, au lieu de la voiture de la chanoinesse, \u00e9tait la coquille de cristal du docteur, attel\u00e9e de ses licornes. Derri\u00e8re, se tenait le grand scarab\u00e9e dor\u00e9 l\u2019ombrageant de ses ailes resplendissantes, et sur le si\u00e8ge \u00e9tait assis le faisan argent\u00e9 qui tenait les r\u00eanes d\u2019or dans son bec, et qui adressa \u00e0 la chanoinesse un regard judicieux et expressif.<br \/><br \/>\u2014 E.T.A. Hoffman, <em>Petit Zacharie surnomm\u00e9 Cinabre<\/em>, 1819<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7e2ea\">Sur l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la colonne \u00e9tait une figure d&#8217;animal avec une corne : c&#8217;\u00e9tait une licorne, et elle s&#8217;appelait Asphas ou Aspax. Elle combattait avec sa corne contre une m\u00e9chante b\u00eate qui se trouvait sur le troisi\u00e8me c\u00f4t\u00e9. Celle-ci avait une t\u00eate de hibou avec un bec crochu, quatre pattes arm\u00e9es de griffes, deux ailes et une queue qui se terminait comme celle d&#8217;un scorpion. J&#8217;ai oubli\u00e9 son nom : d&#8217;ailleurs je ne retiens pas facilement ces noms \u00e9trangers. A l&#8217;angle de la colonne, au-dessus des deux b\u00eates qui combattaient, \u00e9tait une statue qui devait repr\u00e9senter la m\u00e8re de tous les dieux. Son nom \u00e9tait comme Aloa ou Aloas ; on l&#8217;appelait aussi une grange pleine de bl\u00e9, et il sortait de son corps une gerbe&nbsp; d&#8217;\u00e9pis. Sa t\u00eate \u00e9tait courb\u00e9e en avant, car elle portait sur le cou un vase o\u00f9 il y avait du vin, ou dans lequel le vin devait venir. Ils avaient une doctrine qui disait : le bl\u00e9 doit devenir du pain, le raisin doit devenir du vin pour nourrir toutes choses.<br \/><br \/>\u2014 Anne-Catherine Emerich, vision du 17 d\u00e9cembre 1819<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6ffeb\">Le peuple avait raison ; car le cort\u00e9ge qui, passant sous la porte du Peuple, descendait lentement dans le cours, ne pouvait \u00eatre pris que pour la plus grotesque mascarade qu\u2019on e\u00fbt jamais vue.<br \/>Sur douze petites licornes blanches comme la neige, avec des sabots dor\u00e9s, \u00e9taient mont\u00e9s des \u00eatres envelopp\u00e9s de longues tuniques de satin rouge, et ils jouaient tr\u00e8s-agr\u00e9ablement de petits fifres d\u2019argent, ou faisait r\u00e9sonner des cymbales et des tambours. Leurs tuniques, en quelque sorte semblables \u00e0 celles des p\u00e9nitents, avaient seulement \u00e0 la place des yeux une ouverture tout garnie de tresses d\u2019or, ce qui leur donnait un singulier aspect.<br \/><br \/>[\u2026]<br \/><br \/>Les grandes portes du palais s\u2019ouvrirent, et tout \u00e0 coup les cris de joie du peuple se turent \u00e0 la fois, et l\u2019on regarda, dans le silence profond de l\u2019\u00e9tonnement le plus complet, le prodige qui eut alors lieu. Les licornes, les chevaux, les mulets, les voitures, les autruches, les dames, les Maures et les pages entr\u00e8rent dans la porte \u00e9troite, et mont\u00e8rent sans difficult\u00e9 les degr\u00e9s de marbre de l\u2019escalier ; et un cri d\u2019admiration, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par mille voix, remplis les airs lorsque la porte se referma avec le bruit du tonnerre sur les derniers vingt-quatre Maures qui y entr\u00e8rent en formant une ligue blanche.<br \/><br \/>E.T.A. Hoffmann, <em>La princesse Brambilla, <\/em>1821<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6e0ca\">Les marins ne connaissent le narval que sous le nom de licorne de mer (sea-unicorne).<br \/><br \/>\u2014 William Edward Parry, <em>A Journal of a Voyage for the Discovery of a North-West Passage from the Atlantic to the Pacific<\/em>, 1821,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3eef1\">So thinking, he asked the young lord what was in the Proclamation which he still held folded in his hand; \u201cfor, having little time to spell at it,\u201d said he, \u201cyour lordship well knows I ken nought about it but the grand blazon at the tap\u2014the lion has gotten a claught of our auld Scottish shield now, but it was as weel upheld when it had a unicorn on ilk side of it.\u201d<br \/><br \/>Il demanda alors \u00e0 son ma\u00eetre ce qu\u2019il y avait dans la proclamation qu\u2019on lui avait remise et qu\u2019il tenait encore pli\u00e9e \u00e0 la main.<br \/>\u2013 N\u2019ayant pas eu le temps de l\u2019\u00e9peler, dit-il, vous savez que je n\u2019en puis conna\u00eetre que l\u2019image qui est en t\u00eate. Le lion a jet\u00e9 ses griffes sur un des c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00e9cu de la vieille \u00c9cosse, mais cet \u00e9cu n\u2019en \u00e9tait pas pire quand il s\u2019y trouvait une licorne \u00e0 droite et \u00e0 gauche.<br \/><br \/>\u2014 Walter Scott, <em>The Fortunes of Nigel<\/em>, 1822<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fedbdb\">Un esclave des environs de Koldagi m&#8217;a racont\u00e9 de son propre mouvement que dans son pays il y avait un animal de la grandeur d&#8217;une vache, qui avait la forme svelte d&#8217;une gazelle, la peau garnie d&#8217;un poil court et jaune, tirant sur le rouge; une raie blanche sur le front et le nez, et dont le m\u00e2le porte sur le front une corne longue et droite; la femelle n&#8217;en a pas. On app\u00e8le cet animal dans le pays Nilukma. J&#8217;ai plus d&#8217;une raison d&#8217;ajouter foi au r\u00e9cit de cet esclave, lequel au reste n&#8217;avait jamais \u00e9t\u00e9 questionn\u00e9 sur l&#8217;existence de la licorne. Ce m\u00eame esclave me fit aussi une description tr\u00e8s-fid\u00e8le et tr\u00e8s-exacte de l&#8217;oie de Gambia, qui est fort commune dans son pays.<br \/><br \/>\u2014 Lettre d&#8217;Edouard R\u00fcppel, 3 mai 1824, in Franz Xaver von Zach, <em>Correspondance astronomique, geographique, hydrographique et statistique, tome 11, 1824<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8ebd0\">The accoutrements of the horse were scarcely less massive and unwieldy than those of the rider. The animal had a heavy saddle plated with steel, uniting in front with a species of breastplate, and behind with defensive armour made to cover the loins. Then there was a steel axe, or hammer, called a mace-of-arms, and which hung to the saddle-bow. The reins were secured by chain-work, and the front-stall of the bridle was a steel plate, with apertures for the eyes and nostrils, having in the midst a short, sharp pike, projecting from the forehead of the horse like the horn of the fabulous unicorn.<br \/>But habit had made the endurance of this load of panoply a second nature, both to the knight and his gallant charger. Numbers, indeed, of the Western warriors who hurried to Palestine died ere they became inured to the burning climate; but there were others to whom that climate became innocent and even friendly, and among this fortunate number was the solitary horseman who now traversed the border of the Dead Sea.<br \/><br \/>\u2014 Walter Scott, <em>Tales of the Crusaders, The Talisman<\/em>, 1825<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8eee8\">Our leader having taken a great fancy to the unicorn, which stands on one side of the grand entrance into the church of St. John, to place as a figure-head to his brother&#8217;s yacht, he resolved to have the animal, and his refractory crew were desired to be in attendance the next night, in order to dislodge the cornuted creature. We were punctual to our appointment, and proceeded to the sacrilegious demolition at midnight with light hearts and a strong rope. The latter was placed round the unicorn&#8217;s neck, and about ten of us began with a true sailor-like \u201c one, two, three, haul,\u201d to dislodge our victim. It was, however, so well fastened on its pedestal, that we did not succeed, and our shouting and hauling soon wakened our enemies. We began to perceive a collection of people in the Strada Reale, and had little doubt that they would shortly commence offensive operations, as they were loud in their vows of vengeance against the ruthless spoliators of their magnificent and sacred edifice. A large knot of Maltese began to show themselves at the corner of the Strada St. Giovanni; thus blocking up the direct road to the boats, and partially enclosing us. We knew the depth of a stiletto wound, and the unerring accuracy with which it is thrown : we well knew how cordially they hated us, if only in a religious light. Their saints held their lamps, for a wonder, unbroken that night, which gave us more alarm than our enemies and their stilettos; for had we been recognised, the admiral&#8217;s displeasure would have preceded the sentence of the civil judge. We hastily dropped the rope, and in a firm and compact body charged the party by the corner of the Strada St. Giovanni. They very feebly resisted, and we reached our ship in security.<br \/><br \/>\u2014 Frederick Chamier, <em>The Life of a Sailor<\/em>, 1832<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4f4fb\">Je te parle longuement de cette tapisserie, plus longuement \u00e0 coup s\u00fbr que cela n&#8217;en vaut la peine, mais c&#8217;est une chose qui m&#8217;a toujours \u00e9trangement pr\u00e9occup\u00e9e, que ce monde fantastique cr\u00e9\u00e9 par les ouvriers de haute lisse. J&#8217;aime passionn\u00e9ment cette v\u00e9g\u00e9tation imaginaire, ces fleurs et ces plantes qui n&#8217;existent pas dans la r\u00e9alit\u00e9, ces for\u00eats d&#8217;arbres inconnus o\u00f9 errent des licornes, des caprimules et des cerfs couleur de neige, avec un crucifix d&#8217;or entre leurs rameaux, habituellement poursuivis par des chasseurs \u00e0 barbe rouge et en habits de Sarrasins.<br \/>Lorsque j&#8217;\u00e9tais petite, je n&#8217;entrais gu\u00e8re dans une chambre tapiss\u00e9e sans \u00e9prouver une esp\u00e8ce de frisson, et j&#8217;osais \u00e0 peine m&#8217;y remuer. Toutes ces figures debout contre la muraille, et auxquelles l&#8217;ondulation de l&#8217;\u00e9toffe et le jeu de la lumi\u00e8re pr\u00eatent une esp\u00e8ce de vie fantasmatique, me semblaient autant d&#8217;espions occup\u00e9s \u00e0 surveiller mes actions.<br \/>Que de choses ces graves personnages auraient \u00e0 dire s&#8217;ils pouvaient ouvrir leurs l\u00e8vres de fil rouge, et si les sons pouvaient p\u00e9n\u00e9trer dans la conque de leur oreille brod\u00e9e! De combien de meurtres, de trahisons, d&#8217;adult\u00e8res inf\u00e2mes et de monstruosit\u00e9s de toutes sortes ne sont-ils pas les silencieux et impassibles t\u00e9moins&nbsp;!<br \/><br \/>\u2014 Th\u00e9ophile Gautier, <em>Mademoiselle de Maupin<\/em>, 1834<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffbd0\">Comme toute la noblesse des colonies, il se faisait graver des licornes en support par ici, des cannes \u00e0 sucre en sinople sur champ de gueules et m\u00eame d&#8217;azur par l\u00e0 ; tout cela surmont\u00e9 d&#8217;une couronne \u00e0 la fois de marquis, de comte et de baron ; m\u00eame il aurait voulu un peu de duc ou de prince\u2026 Eh ! mon Dieu ! pourquoi pas ? En v\u00e9rit\u00e9, je lui aurais moi-m\u00eame arrang\u00e9 un petit \u00e9cusson bien gentil, et toute duchesse et m\u00eame un peu princesse du sang imp\u00e9rial que je suis, pour le beau renom que toutes ces merveilles ont maintenant, je l\u2019aurais re\u00e7u dans le coll\u00e8ge noble de notre temps. Mais il ne pensait pas ainsi, et le pauvre gar\u00e7on ne comptait que sur lui seul pour perp\u00e9tuer sa race, ses cannes \u00e0 sucre et ses caf\u00e9iers.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 M\u00e9moires de la duchesse Laure Junot d&#8217;Abrant\u00e8s, 1835.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9eaf4\">La licorne de lune est de couleur bleu m\u00e9tallique, de la taille d\u2019une ch\u00e8vre, avec une petite barbichette et une corne l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e vers l\u2019avant. Seul le m\u00e2le est arm\u00e9 d\u2019une corne ; la femelle n\u2019en a pas mais sa queue est plus longue. Ces animaux vivent en troupeau sur les coteaux escarp\u00e9s en bordure de la for\u00eat. Ces licornes ont l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la rapidit\u00e9 de l\u2019antilope, galopant \u00e0 grande vitesse et sautent comme de jeunes agneaux.<br \/><br \/>\u2014 Richard Adams Locke in <em>The New York Sun<\/em>, 26 ao\u00fbt 1835.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0e3e8\">Que fait aujourd\u2019hui la science&nbsp;? \u00c0 chaque nouvelle d\u00e9couverte, elle justifie, elle authentique, si l\u2019on peut s\u2019exprimer ainsi, un des pr\u00e9tendus mensonges d\u2019H\u00e9rodote ou de Pline. La fabuleuse girafe se prom\u00e8ne au jardin du Roi. Je suis un de ceux qui y attendent incessamment la licorne.<br \/><br \/>\u2014 Charles Nodier, <em>In\u00e8s de Las Sierras<\/em>, 1837<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f5f5\">L\u00e9gendes d&#8217;autrefois, merveilleuses histoires<br \/>\u00c9crites dans la pierre, enfers et purgatoires,<br \/>D\u00e9votement taill\u00e9s par de na\u00effs ciseaux ;<br \/>Pi\u00e9destaux du portail, qui pleurent leurs statues,<br \/>Par les hommes et non par le temps abattues,<br \/>Licornes, loups-garous, chim\u00e9riques oiseaux,<br \/><br \/>\u2014 Th\u00e9ophile Gautier, <em>Notre Dame<\/em>, 1838<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7eccb\">Quand la compagnie eut promen\u00e9 et montr\u00e9 suffisamment ses costumes et ses banni\u00e8res, elle rentra sous sa tente, et vingt paires de chevaux parurent dans l&#8217;ar\u00e8ne. C&#8217;\u00e9tait un luxe fort go\u00fbt\u00e9 \u00e0 Venise que d&#8217;introduire ces nobles animaux dans les f\u00eates; et, comme si l&#8217;id\u00e9e que s&#8217;en formait un peuple peu habitu\u00e9 \u00e0 en voir ne pouvait pas \u00eatre satisfaite par la r\u00e9alit\u00e9, on les m\u00e9tamorphosait, \u00e0 l\u2019aide de parures fort bizarres, en animaux fantastiques. On peignait leur robe, on leur adaptait de fausses queues de renard, de taureau ou de lion; on leur mettait sur la t\u00eate, soit des aigrettes d&#8217;oiseaux, soit des cornes dor\u00e9es, soit des masques d&#8217;animaux chim\u00e9riques. Ceux que la compagnie du L\u00e9zard fit para\u00eetre \u00e9taient plus beaux et, par cons\u00e9quent, moins follement travestis qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait d&#8217;usage \u00e0 cette \u00e9poque. N\u00e9anmoins quelques-uns \u00e9taient d\u00e9guis\u00e9s en licornes par une longue corne d&#8217;argent adapt\u00e9e au frontal de leur bride; d&#8217;autres avaient des dragons \u00e9tincelants ou des oiseaux&nbsp;empaill\u00e9s sur la t\u00eate ; tous \u00e9taient peints soit en rose, soit en bleu turquin, soit en vert pomme, soit en rouge \u00e9carlate ; d&#8217;autres \u00e9taient ray\u00e9s comme des z\u00e8bres ou tachet\u00e9s comme des panth\u00e8res ; \u00e0 d&#8217;autres on avait simul\u00e9 les \u00e9cailles dor\u00e9es des grands poissons de mer.<br \/><br \/>\u2014 George Sand, <em>Les ma\u00eetres mosa\u00efstes,<\/em> 1838<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3f6cb\">Cette curiosit\u00e9, semblable \u00e0 celle qui pr\u00e9cipiterait Paris vers le Jardin-des-Plantes pour y voir une licorne, si l\u2019on en trouvait une dans ces c\u00e9l\u00e8bres montagnes de la Lune, encore vierges des pas d\u2019un Europ\u00e9en, enivre les esprits secondaires.<br \/><br \/>\u2014 Honor\u00e9 de Balzac, <em>Une fille d\u2019Eve<\/em>, 1839<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fde2e2\">Boussac est un horrible trou, la plus hideuse sous-pr\u00e9fecture de France. Le ch\u00e2teau n&#8217;a pas m\u00eame le m\u00e9rite d&#8217;avoir la tournure f\u00e9odale, il ressemble \u00e0 ces vilains manoirs de la Bretagne, b\u00e2tis en granite au XVIIe si\u00e8cle par des ma\u00e7ons qui n&#8217;auraient pu gagner leur vie autre part. <br \/>[\u2026]<br \/>C&#8217;est au ch\u00e2teau de Boussac dans l&#8217;appartement du sous-pr\u00e9fet que sont les tapisseries de Zizim. Comment elles ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es de Bourganeuf \u00e0 Boussac c&#8217;est ce que personne n&#8217;a pu m&#8217;expliquer. La tour o\u00f9 Zizim a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu \u00e0 Bourganeuf existe encore, mais si mes souvenirs ne me trompent point, il eut \u00e9t\u00e9 impossible d&#8217;y tendre ces tapisseries l\u00e0. Quoiqu&#8217;il en soit il y a dans ces tapisseries quelque chose de singulier qui permet de croire m\u00eame \u00e0 d&#8217;autres qu&#8217;\u00e0 M. Jourdain, qu&#8217;elles ont \u00e9t\u00e9 faites pour le fils du Grand Turc. Toutes les six repr\u00e9sentent une tr\u00e8s belle femme. Voil\u00e0 qui est peu Turc direz-vous, mais Zizim et son fr\u00e8re \u00e9taient de tr\u00e8s mauvais croyants accus\u00e9s d&#8217;avoir des tendances pour la secte d&#8217;Ali &#8211; une tr\u00e8s belle femme donc, richement habill\u00e9e et d&#8217;une fa\u00e7on toute orientale.&nbsp;C&#8217;est toujours la m\u00eame personne, quelquefois accompagn\u00e9e d&#8217;une suivante, et toujours plac\u00e9e entre un lion et une licorne. Chaque b\u00eate tient entre ses pattes une lance bleue sem\u00e9e de croissants d&#8217;argent qui porte une banni\u00e8re de gueule \u00e0 la bande d&#8217;azur charg\u00e9e de trois croissants d&#8217;argent. Lion et Licorne portent de plus sur le dos un \u00e9cu avec les m\u00eames armoiries.&nbsp;<br \/>Dans une des tapisseries la femme est assise les jambes crois\u00e9es sous une tente dont le sommet porte cette inscription A MON SEUL DESIR. Ce qui distingue ces tapisseries c&#8217;est qu&#8217;elles n&#8217;ont nullement le style flamand. Les figures sont longues, \u00e9l\u00e9gantes, gracieuses. Les costumes indiquent un artiste qui conna\u00eet les costumes et les habitudes de l&#8217;Orient. Je serais tent\u00e9 de croire que cela a \u00e9t\u00e9 fait en Italie. Les fonds sem\u00e9s de fleurs, de fruits et d&#8217;animaux, parmi lesquels figurent toujours un lapin blanc et un singe, pr\u00e9sentent de loin l&#8217;aspect d&#8217;une palme de cachemire. M\u00eame harmonie de couleurs et m\u00eame bizarrerie. Chaque tapisserie peut avoir 3 \u00e0 4 m\u00e8tres de c\u00f4t\u00e9.<br \/>Il y en avait autrefois \u00e0 Boussac plusieurs autres, plus belles, me dit le maire, mais l&#8217;ex-propri\u00e9taire du ch\u00e2teau &#8211; il appartient aujourd&#8217;hui \u00e0 la ville &#8211; un comte de Carboni\u00e8re les d\u00e9coupa pour en couvrir des charrettes et en faire des tapis. On ne sait ce qu&#8217;elles sont devenues. Cinq des six tapisseries sont en fort bon \u00e9tat. La sixi\u00e8me est un peu mang\u00e9e des rats. Toutes auront le m\u00eame sort si on ne les tire de Boussac. Ne penseriez-vous pas qu&#8217;il y aurait lieu de les acheter pour la Biblioth\u00e8que royale, ou si vous l&#8217;aimiez mieux de les faire acheter par la liste civile pour la collection du Roi. Je pr\u00e9f\u00e8rerais le premier parti. Les gens de Boussac nous demandent de l&#8217;argent pour leur ch\u00e2teau, mais c&#8217;est une d\u00e9rision, il ne vaut pas un sou. S&#8217;ils nous vendaient leurs tapisseries, ils feraient une bonne affaire et nous aussi. En attendant que la Commission d\u00e9cide, j&#8217;ai dit au Maire, que s&#8217;il voulait faire raccommoder ces tentures \u00e0 Aubusson on les perdrait et que cela lui co\u00fbterait fort cher ; que si elles n&#8217;\u00e9taient pas si vieilles et si d\u00e9chir\u00e9es, le gouvernement pourrait peut-\u00eatre les lui acheter.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Lettre de Prosper M\u00e9rim\u00e9e \u00e0 Ludovic Vitet, 18 juillet 1841.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#def6d9\">Il ne faut pas oublier, dispers\u00e9s dans un vaste horizon, les animaux embl\u00e9matiques qui ont reparu si souvent dans les visions des proph\u00e8tes de la captivit\u00e9, et qui l\u00e0, du haut des monuments ou sous les portiques, \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e du d\u00e9sert, s&#8217;agitent, s&#8217;\u00e9lancent, battent de l&#8217;aile autour de cet empire naissant comme pour l&#8217;inviter \u00e0 partir : chevaux capara\u00e7onn\u00e9s qui frappent du pied le chapiteau des colonnes; centaures \u00e0 la barbe pendante; sphinx aux t\u00eates de patriarches, au front mitr\u00e9; licornes, b\u00e9liers de l&#8217;\u00c9criture, qui encore aujourd&#8217;hui heurtent de la t\u00eate l&#8217;occident, le midi, l\u2019aquilon et le pays de la gloire ; taureaux charg\u00e9s du diad\u00e8me ; ch\u00e9rubins des M\u00e8des ; l\u00e9opards aux faces d&#8217;aigle ;&nbsp;dragons assis sur le tr\u00f4ne, aux bonds rapides, \u00e0 la voix de tonnerre , aux battements d&#8217;ailes pareils au bruit d&#8217;un camp. Ces monstres semblent r\u00e9gner de droit divin sur toute la nature vivante. Dans ces sculptures revit la figure de l&#8217;empire des M\u00e8des et des Perse, la t\u00eate d&#8217;un&nbsp;mage sur le corps d&#8217;un taureau.<br \/><br \/>\u2014 Edgar Quinet, <em>Du g\u00e9nie des religions, <\/em>1842<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8e8f2\">Le pauvre chevalier se r\u00e9signa, ferma les yeux et se laissa emporter.<br \/>Une fois il les rouvrit; la chaleur de fournaise d&#8217;une nuit tropicale lui frappait le visage; de vagues rugissements de tigres et de chacals arrivaient jusqu&#8217;\u00e0 lui: il entrevit des ruines de pagodes sur le fa\u00eete desquelles se tenaient gravement debout, rang\u00e9s par longues files, des vautours, des philosophes et des cigognes; des arbres d&#8217;une forme bizarre prenaient dans les vall\u00e9es mille attitudes \u00e9tranges. P\u00e9copin \u00e9tait dans une for\u00eat de l&#8217;Inde.<br \/>Il ferma les yeux.<br \/>Puis il les rouvrit encore. En un quart d&#8217;heure aux souffles de l&#8217;\u00e9quateur avait succ\u00e9d\u00e9 un vent de glace. Le froid \u00e9tait terrible. Le sabot du cheval faisait crier le givre. Les cent-treize rangif\u00e8res, les alses et les satyres couraient comme des ombres \u00e0 travers la brume. L&#8217;\u00e2pret\u00e9 des bois et des montagnes \u00e9tait affreuse. Il n&#8217;y avait \u00e0 l&#8217;horizon que deux ou trois rochers d&#8217;une hauteur immense autour desquels volaient les mouettes et les stercoraires, et \u00e0 travers d&#8217;horribles verdures noires on entrevoyait de grandes vagues blanches auxquelles le ciel jetait des flocons de neige et qui jetaient au ciel des flocons d&#8217;\u00e9cume. P\u00e9copin traversait les m\u00e9l\u00e8zes de la Biarmie, qui sont au cap Nord.<br \/>Qu&#8217;\u00e9tait-ce donc que cette effroyable for\u00eat, qui faisait le tour de la terre?<br \/><br \/>\u2014 Victor Hugo, <em>Le Rhin<\/em>, 1842<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9f8ff\">\u2014 Les Villes&nbsp;:<br \/>Vous \u00eates notre a\u00een\u00e9e, vous \u00eates la plus grande, dites, que faut-il faire&nbsp;?<br \/>\u2014 Babylone&nbsp;:<br \/>Attelez vos licornes&nbsp;; chacune montez sur vos chariots retentissants&nbsp;: formez autour de ma chaudi\u00e8re une ronde enchant\u00e9e. Bactres, h\u00e2te-toi, jette dans ma chaudi\u00e8re, en passant, ton centaure de bronze&nbsp;; Pers\u00e9polis, jetez-moi les pieds dor\u00e9s des dragons de l\u2019Iran&nbsp;; Memphis, ramassez sur vos escaliers les \u00e9cailles de votre crocodile&nbsp;; Th\u00e8bes, coupez avec vos ciseaux les tresses aplaties de votre noire&nbsp;d\u00e9esse&nbsp;; Ninive, apportez-moi les \u00e9toiles scintillantes que vos pr\u00eatres ont attach\u00e9es sur votre mitre&nbsp;; Saba, envoyez-moi, sur un \u00e9l\u00e9phant de l\u2019Inde, votre Dieu \u00e0 mille t\u00eates d\u2019ivoire, couch\u00e9 dans sa pagode. Passez, tournez vite autour de mon foyer magique, villes d\u2019Orient, sur vos chariots. Je m\u00eale et je broie avec mes devins cieux et terre.<br \/><br \/>\u2014 Edgar Quinet, <em>Ahasverus<\/em>, 1843<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9ecee\">La bague s&#8217;est ternie, le sabre s&#8217;est rouill\u00e9, le carquois s&#8217;est vid\u00e9. Dans mon pays, les cypr\u00e8s verdissaient les gazelles bondissaient, l&#8217;antilope aux yeux d&#8217;or broutait des rameaux d&#8217;or; des lions de pierre fouillaient le sable avec leurs griffes, et des licornes couronn\u00e9es attendaient le jugement dernier.<br \/><br \/>\u2014 Edgar Quinet, <em>Ahasverus<\/em>, 1843<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c9e9ff\">Quant aux propositions g\u00e9n\u00e9rales de cette classe, c&#8217;est-\u00e0dire celles qui affirment simplement l&#8217;existence, elles pr\u00e9sentent une particularit\u00e9 qui facilite beaucoup leur mise en \u0153uvre logique. Ce sont des g\u00e9n\u00e9ralisations qu&#8217;un seul exemple suffit \u00e0 prouver. L&#8217;existence de fant\u00f4mes, d&#8217;unicornes, de serpents de mer, serait pleinement \u00e9tablie si l&#8217;on pouvait constater avec certitude que de pareilles choses ont \u00e9t\u00e9 vues une seule fois. Tout ce qui est arriv\u00e9 une fois peut arriver encore. La question est seulement de d\u00e9terminer les conditions de son apparition.<br \/><br \/>\u2014 John Stuart Mill, <em>Syst\u00e8me de logique d\u00e9ductive et inductive, <\/em>1843.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eed8dc\">Tom knew infinitely more about unicorns than horses.<br \/><br \/>\u2014 Charles Dickens, <em>Martin Chuzzlewit<\/em>, 1844.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6edc1\">Le hasard agit envers moi comme avec ces animaux fantastiques du d\u00e9sert qui n&#8217;ont que&nbsp;quelques joies tr\u00e8s rares dans toute leur vie, et qui meurent quelquefois sans se perp\u00e9tuer. C&#8217;est comme cela que les licornes se sont perdues.<br \/><br \/>\u2014 Honor\u00e9 de&nbsp;Balzac, <em>Lettres \u00e0 l\u2019\u00e9trang\u00e8re<\/em>, 1844&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d2f3de\">La licorne, qu&#8217;on a longtemps regard\u00e9e comme un \u00eatre fabuleux, existe r\u00e9ellement dans le Thibet.<br \/><br \/>\u2014 Evariste Huc, <em>Souvenirs d\u2019un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine<\/em>, 1850.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eae8f5\">Malgr\u00e9 mon indignit\u00e9, et malgr\u00e9 l\u2019exclusive formelle donn\u00e9e par le savant G. Cuvier \u00e0 toute licorne pass\u00e9e ou future, j\u2019avoue que je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas du tout de l\u2019avenir pour cet animal si d\u00e9cri\u00e9 apr\u00e8s tant de pan\u00e9gyriques. La corne sera mobile ou non, persistante ou caduque, ce n\u2019est pas ce qui m\u2019importe; mais elle sera unique, j\u2019ose m\u2019y attendre; et l\u2019unicorne figurera dans nos collections \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ornithorynque, qui \u00e9tait bien aussi improbable qu\u2019elle avant qu\u2019on nous l\u2019e\u00fbt envoy\u00e9, ou bien dans le voisinage des pt\u00e9rodactyles, qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s aussi absurdes aussi jusqu\u2019au moment o\u00f9 ils ont reparu quasi de toutes pi\u00e8ces.<br \/><br \/>\u2014 R.P. Charles Cahier, <em>Le Physiologus ou bestiaire<\/em>, 1851<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4f4f4\">J&#8217;ai entendu appeler le narval baleine \u00e0 defense, baleine \u00e0 corne, et aussi baleine unicorne. Il constitue sans aucun doute un tr\u00e8s curieux exemple de cet unicornisme r\u00e9pandu dans tout le r\u00e8gne animal. De la lecture de certains auteurs clo\u00eetr\u00e9s du temps jadis, il m&#8217;a sembl\u00e9 pouvoir d\u00e9duire que cette m\u00eame corne de licorne de mer \u00e9tait autrefois consid\u00e9r\u00e9e comme un puissant contrepoison et que, de ce fait, les pr\u00e9parations qu&#8217;on en tirait atteignaient des prix consid\u00e9-rables. On en obtenait par distillation un sel volatil pour les dames en p\u00e2moison, comme on fait aujourd&#8217;hui une essence des bois du cerf. \u00c0 l&#8217;origine, elle \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e susciter la plus vive curiosit\u00e9. Un ouvrage ancien m&#8217;apprend que Sir Martin Frobisher (il rentrait alors de son voyage), lorsque la reine \u00c9lisabeth, d&#8217;une fen\u00eatre de son palais de Greenwich, lui adressa ce signe \u00e9l\u00e9gant de sa main charg\u00e9e de bagues, tandis que son hardi navire descendait la Tamise &#8211; \u00abSir Martin, explique ma source, quand il revint de ce voyage, s&#8217;agenouilla et offrit \u00e0 Son Altesse une corne de narval d&#8217;une longueur prodigieuse, qui resta ensuite pendant longtemps accroch\u00e9e dans le ch\u00e2teau de Windsor.\u00bb Un auteur irlandais affirme que le comte de Leicester, les genoux ploy\u00e9s, fit semblablement pr\u00e9sent \u00e0 Son Altesse d&#8217;une autre corne appartenant \u00e0 un animal de l&#8217;esp\u00e8ce licorne, mais qui vivait, lui, dans l&#8217;int\u00e9rieur des terres.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Herman Melville, <em>Moby Dick, <\/em>1851<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbc4c463\">Il y a bien longtemps, le fils unique du seigneur du ch\u00e2teau inf\u00e9rieur de Remmlingen&#8217; ne revint pas de la partie de chasse qu&#8217;il avait entreprise. Son p\u00e8re envoya alors ses gens le chercher partout, monta lui-m\u00eame \u00e0 cheval et promit de faire b\u00e2tir un monast\u00e8re \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 son fils, vivant ou mort, serait retrouv\u00e9. C&#8217;est dans une vall\u00e9e sauvage, au c\u0153ur de la for\u00eat, qu&#8217;on finit par d\u00e9couvrir le jeune homme transperc\u00e9 par une licorne qui, atteinte elle-m\u00eame par ses fl\u00e8ches, gisait morte \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Fid\u00e8le \u00e0 son serment, le seigneur fonda \u00e0 cet endroit un monast\u00e8re b\u00e9n\u00e9dictin qu&#8217;il appela Holzkirchen, parce que la Michelskirchlein, qui avait tout d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 construite sur les hauteurs, \u00e9tait enti\u00e8rement en bois. \u00c0 l&#8217;ext\u00e9rieur de l&#8217;\u00e9glise du monast\u00e8re, on peut voir aujourd&#8217;hui encore une sculpture en pierre repr\u00e9sentant le noble \u00e0 cheval, sa femme et leur fils avec la licorne.<br \/><br \/>\u2014 Bernhard Baader, <em>L\u00e9gendes populaires du pays de Bade<\/em>, 1851<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaf4fc\">Et comme, moi Daniel, je cherchais l\u2019intelligence de cette vision, un ange descendit du ciel, et vint vers le lieu o\u00f9 j\u2019\u00e9tais ; et, le voyant tout resplendissant de la lumi\u00e8re c\u00e9leste, je tombai le visage contre terre, le c\u0153ur palpitant et le corps tout frissonnant de crainte.<br \/>Alors, il me toucha, et, me faisant tenir debout, il me dit : \u00ab Le b\u00e9lier que tu as vu, et qui avait des cornes dont l\u2019une \u00e9tait plus haute que l\u2019autre, est le roi des Perses et des M\u00e8des, qui commande \u00e0 deux royaumes, dont l\u2019un est plus grand que l\u2019autre.<br \/>Et la licorne est le roi des Grecs ; et les quatre cornes qui sont n\u00e9es de sa corne bris\u00e9e, ce sont les quatre rois qui na\u00eetront de sa nation, et qui lui succ\u00e9deront, mais non pas avec une force et une puissance \u00e9gales aux siennes ! \u00bb<br \/><br \/>\u2014 Alexandre Dumas, Isaac Lacquedem, 1852<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f5d2\">Les hommes qui habitaient ces palais, o\u00f9, malgr\u00e9 soi, on parle \u00e0 voix basse, devaient avoir cent coud\u00e9es de haut ; ils marchaient lentement \u00e0 travers les colonnades, laissant tra\u00eener sur les dalles peintes les plis flottants de leur robe blanche. Leur front casqu\u00e9 d&#8217;or ne regardait jamais la terre ; ils \u00e9taient muets et ne parlaient que par signes. Sur leurs tables de porphyre, ils mangeaient des oiseaux inconnus et des monstres p\u00each\u00e9s pour eux dans les profondeurs des oc\u00e9ans hindous ; des concubines, plus blanches que du lait, et v\u00eatues comme des d\u00e9esses, les attendaient sur des coussins de pourpre ; ils allaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par des lions familiers ; \u00e0 la guerre, ils montaient sur des licornes ; ils vivaient pendant mille ans et ne riaient jamais.<br \/><br \/>\u2014 Maxime du Camp, <em>\u00c9gypte et Nubie, <\/em>1854<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6ebf2\">Au centre de la cohorte, sur une blanche Licorne, \u00e9tait une femme envelopp\u00e9e d&#8217;un voile noir. Elle faisait des signes \u00e0 Roustem ; on e\u00fbt dit qu&#8217;elle invitait le chevalier \u00e0 la secourir, \u00e0 la d\u00e9livrer. La lutte qui s&#8217;engagea m\u00e9rile une description d\u00e9taill\u00e9e. Abr\u00e9ge ce conte, Isma\u00efl, dit le Cali\u017fe impa\u00adtient. Tu sais que je n&#8217;aime point les images de la guerre : c&#8217;est pour celle raison que j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 sur\u00adnomm\u00e9 le Pacifique. Roustem dissipa l&#8217;escorte et d\u00e9livra la princesse de Bengale. Cette aventure doit \u00eatre racont\u00e9e en peu de mots. Roustem fit une jonch\u00e9e de morts et de bless\u00e9s, et d\u00e9livra la femme au voile noir, dit Ismail ; mais au lieu d&#8217;une blanche Licorne qu&#8217;il croyait avoir vue, le chevalier ne trouva plus qu&#8217;une chamelle grise, au lieu de la princesse de Bengale qu&#8217;il cherchait, qu&#8217;une vieille femme d\u00e9gue\u00adnill\u00e9e, et couverte d&#8217;habits noirs, tr\u00e8s sales, une Boh\u00e9mienne dont le front rid\u00e9 et le visage grima\u00ad\u00e7ant rappelaient le singe que les Bateleurs de Cordoue affablent d&#8217;une coiffe et montrent au peuple pour le faire rire.<br \/><br \/>\u2014 Joseph-Augustin Chaho, <em>Safer et les houris espagnoles<\/em>, 1854<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">In the sandy superstratum, too, I often found large accumulations of tertiary fossil shells, chiefly Cerithia, or, as I then called them, miniature unicorn\u2019s horns.<br \/><br \/>\u2014 Autoboography of W.D. Conybeare (1787-1857)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fed0d0\">Mr. Morgan Evans, gave himself up at once to abject despair, and as he bumped and rolled along, sought vainly for comfort in profes- sional ejaculations in the Latin tongue. \u201c <em>Mater intemerata ! Eripe me e<\/em> \u2014 Ugh ! I am down! <em>Adh\u00e6sit pavimento venter !<\/em> \u2014 No! I am not ! <em>Et dilectum tuum e potestate canis<\/em> \u2014 Ah !  <em>Audisti me inter cornua unicornium !<\/em> \u2014 Put this, too, down in \u2014 ugh ! \u2014 thy account in favor of my poor \u2014 oh, sharpness of this saddle ! Oh, whither, barbarous islanders ! \u201d<br \/><br \/>\u2014 Charles Kingsley, <em>Westward Ho!, <\/em> 1855<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7f1fd\">De cette libert\u00e9 qu&#8217;on appelait Fran\u00e7oise<br \/>Au beau temps o\u00f9 la France \u00e9tait une lroquoise,<br \/>J&#8217;ai fait une licorne au b\u00e2t imp\u00e9rial,<br \/>Et sur lequel je suis constamment \u00e0 cheval;<br \/>En galopant sans frein avec cette licorne<br \/>Qui cr\u00e8ve la vapeur malgr\u00e9 son feu sans borne ,<br \/>Je vole les passants dans les wagons flottants,<br \/>j&#8217;assassine tous ceux qui ne sont pas contents !<br \/>Si quelques vains journaux me chatouillent les fibres.<br \/>Je les supprime tous pour prouver qu&#8217;ils sont libres,<br \/>Et je fais exiler les p\u00e2les r\u00e9dacteurs<br \/>Apr\u00e8s avoir vol\u00e9 ces superbes voleurs!<br \/>Ma constitution que je donne en exemple,<br \/>C&#8217;est le droit du plus fort que l&#8217;avenir contemple,<br \/>Et que la libert\u00e9 dans ses wagons en feu<br \/>Lance \u00e0 toute vapeur sur les hommes et Dieu !<br \/><br \/>\u2014 Paulin Gagne, <em>L\u2019Unit\u00e9ide<\/em>, 1856.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eeffec\">Je suis all\u00e9 vous voir hier. J\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 chez Cousinet. J\u2019ai d\u00een\u00e9 chez Cousinet, vous demandant \u00e0 tous les \u00e9chos d\u2019alentour. Pas de Baudelaire ! Les po\u00e8tes sont fils de la Licorne et de la Nu\u00e9e, et tiennent de leurs parents, \u2014 de la Nu\u00e9e qui passe et de la Licorne qu\u2019on ne trouve point.<br \/><br \/>\u2014 Jules Barbey d\u2019Aurevilly, <em>Lettre \u00e0 Charles Baudelaire<\/em>, 17 octobre 1857<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d4eaec\">On trouve encore dans les bois la gazelle, le bouc et le taureau sauvage, le buffle, l&#8217;ours d&#8217;Europe et l&#8217;ours noir du Canada; il y a aussi des sangliers, des rhinoc\u00e9ros et des licornes ou unicornes, dont on a tant contest\u00e9 l&#8217;existence. Mais de tous les quadrup\u00e8des qu&#8217;on voit \u00e0 Siam, le plus utile est l&#8217;\u00e9l\u00e9phant.<br \/><br \/>\u2014 Conrad Malte Brun &amp; alii, <em>G\u00e9ographie universelle<\/em>, 1858.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdfbd2\">Chez M. V., oserai-je le dire&nbsp;? \u00c0 ce d\u00eener on a servi un gigot de licorne. Cet animal, comme vous ne l\u2019ignorez pas, passe pour fabuleux, or ses gigots ne sauraient l\u2019\u00eatre moins que lui. Ce simple raisonnement me conduit \u00e0 r\u00e9voquer en doute&nbsp; l\u2019authenticit\u00e9 de la plupart des mets extravagans qui sont cens\u00e9s arriver du bout du monde. Je soup\u00e7onne fortement les ma\u00eetres de maison de servir sous ces pseudonymes les choses les plus inf\u00e2mes qui leur tombent sous la main. On ne m\u2019\u00f4terait pas de l\u2019id\u00e9e que ce pr\u00e9tendu gigot de licorne n\u2019\u00e9tait qu\u2019un affreux gigot de chien. Les visc\u00e8res d\u2019esturgeon \u00e0 la japonaise ne sont peut-\u00eatre que des visc\u00e8res de chat, j\u2019ai cru le reconna\u00eetre. Nous mangerons bient\u00f4t de vieux chapeaux et de vieilles bottes, nous allons tout droit \u00e0 la chaudi\u00e8re des sorci\u00e8res de Macbeth.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le Charivari<\/em>, 21 novembre 1858.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8b9b9\">Alors il dit l&#8217;ab\u00eeme et les commencements,&nbsp;<br \/>Le monde primitif, ses effrois, ses myst\u00e8res,&nbsp;<br \/>Ses vivants : \u00e9l\u00e9phants, licornes, m\u00e9gath\u00e8res,&nbsp;<br \/>Tapirs, rhinoc\u00e9ros, mammons, croassements&nbsp;<br \/>Du batrax accroupi dans les bourbiers fumants,&nbsp;<br \/>Vol du pt\u00e9rodactyle et pas du mastodonte,&nbsp;<br \/>Les roseaux effrayants o\u00f9 l&#8217;hydre fait sa ponte,&nbsp;<br \/>Les trous du trogodyte et les monstrueux nids&nbsp;<br \/>Du dragon, du griffon et de l&#8217;\u00e9piornis.<br \/><br \/>\u2014 Victor Hugo<em>, <\/em>passage abandonn\u00e9 dans un brouillon de <em>La l\u00e9gende des si\u00e8cles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eee8e7\">Les cimiers surprenants, tragiques, singuliers,<br \/>Cauchemars entrevus dans le sommeil sans bornes,<br \/>Sir\u00e8nes aux seins nus, m\u00e9lusines, licornes,<br \/>Farouches bois de cerfs, aspics, al\u00e9rions,<br \/>Sur la rigidit\u00e9 des p\u00e2les morions,<br \/>Semblent une for\u00eat de monstres qui v\u00e9g\u00e8te.<br \/><br \/>\u2014 Victor Hugo, <em>La L\u00e9gende des si\u00e8cles<\/em>, 1859<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d7fcef\">Il arrivait du fleuve Bleu, avait remont\u00e9 deux cents lieues au-dessus de Khartoum, chass\u00e9\u2002l\u2019\u00e9l\u00e9phant, l\u2019hippopotame, l\u2019autruche, le crocodile et la gazelle ; il avait, comme tous ceux qui ont remont\u00e9 jusqu\u2019au 8e et au 7e degr\u00e9 de latitude, beaucoup entendu parler de la licorne, mais n\u2019en avait pas vu.<br \/><br \/>\u2014 Alexandre Dumas, <em>De Paris \u00e0 Astrakan<\/em>, <em>impressions de voyage<\/em>, 1860<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7f3cf\">Je sais bien que les savants traiteront de fable mon serpent de mer et le serpent \u00e0 crini\u00e8re du sultan de Tuggurt. Mais n&#8217;ont-ils pas trait\u00e9 de fables les hommes \u00e0 queue et les licornes ! Les hommes \u00e0 queue sont un fait constat\u00e9 aujourd&#8217;hui. M\u00eame chose regarde les licornes, dont j&#8217;ai vu aussi un sp\u00e9cimen \u00e0 l&#8217;\u00eele Bourbon, et dont, par suite, j&#8217;ai examin\u00e9 la fameuse corne. Ce n&#8217;est point une corne, mais une excroissance charnue qui se durcit quand l&#8217;animal est en col\u00e8re, et qui devient pour lui une arme d\u00e9fensive des plus dangereuses. La licorne que j\u2019ai vue pouvait \u00eatre de la grandeur d&#8217;un tout petit \u00e2ne. Seulement, comme les animaux \u00e0 cornes, elle avait les sabots fendus. C&#8217;est dans le Handara, dans le Loggoum et dans le Donga, \u00e0 peu pr\u00e8s sous l&#8217;\u00e9quateur, que se trouve cet animal pr\u00e9tendu fabuleux.<br \/><br \/>\u2014 Hadji Abd el Hamid Bey et Alexandre Dumas, <em>L\u2019Arabie heureuse, souvenirs de voyage en Afrique et en Asie,<\/em> 1860.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9e8ee\">And&nbsp;now&nbsp;the&nbsp;Grand&nbsp;Inquisitor&nbsp;of&nbsp;Spain,<br \/>With&nbsp;all&nbsp;the&nbsp;fifty&nbsp;horsemen&nbsp;of&nbsp;his&nbsp;train,<br \/>His&nbsp;awful&nbsp;name&nbsp;resounding,&nbsp;like&nbsp;the&nbsp;blast<br \/>Of&nbsp;funeral&nbsp;trumpets,&nbsp;as&nbsp;he&nbsp;onward&nbsp;passed,<br \/>Came&nbsp;to&nbsp;Valladolid,&nbsp;and&nbsp;there&nbsp;began<br \/>To&nbsp;harry&nbsp;the&nbsp;rich&nbsp;Jews&nbsp;with&nbsp;fire&nbsp;and&nbsp;ban.<br \/>To&nbsp;him&nbsp;the&nbsp;Hidalgo&nbsp;went,&nbsp;and&nbsp;at&nbsp;the&nbsp;gate<br \/>Demanded&nbsp;audience&nbsp;on&nbsp;affairs&nbsp;of&nbsp;state,<br \/>And&nbsp;in&nbsp;a&nbsp;secret&nbsp;chamber&nbsp;stood&nbsp;before<br \/>A&nbsp;venerable&nbsp;graybeard&nbsp;of&nbsp;fourscore,<br \/>Dressed&nbsp;in&nbsp;the&nbsp;hood&nbsp;and&nbsp;habit&nbsp;of&nbsp;a&nbsp;friar;<br \/>Out&nbsp;of&nbsp;his&nbsp;eyes&nbsp;flashed&nbsp;a&nbsp;consuming&nbsp;fire,<br \/>And&nbsp;in&nbsp;his&nbsp;hand&nbsp;the&nbsp;mystic&nbsp;horn&nbsp;he&nbsp;held,<br \/>Which&nbsp;poison&nbsp;and&nbsp;all&nbsp;noxious&nbsp;charms&nbsp;dispelled.<br \/>He&nbsp;heard&nbsp;in&nbsp;silence&nbsp;the&nbsp;Hidalgo&#8217;s&nbsp;tale,<br \/>Then&nbsp;answered&nbsp;in&nbsp;a&nbsp;voice&nbsp;that&nbsp;made&nbsp;him&nbsp;quail:<br \/>&#8220;Son&nbsp;of&nbsp;the&nbsp;Church!&nbsp;when&nbsp;Abraham&nbsp;of&nbsp;old<br \/>To&nbsp;sacrifice&nbsp;his&nbsp;only&nbsp;son&nbsp;was&nbsp;told,<br \/>He&nbsp;did&nbsp;not&nbsp;pause&nbsp;to&nbsp;parley&nbsp;nor&nbsp;protest,<br \/>But&nbsp;hastened&nbsp;to&nbsp;obey&nbsp;the&nbsp;Lord&#8217;s&nbsp;behest.<br \/>In&nbsp;him&nbsp;it&nbsp;was&nbsp;accounted&nbsp;righteousness;<br \/>The&nbsp;Holy&nbsp;Church&nbsp;expects&nbsp;of&nbsp;thee&nbsp;no&nbsp;less!&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Henry Wadsworth Longfellow, <em>Torquemada<\/em>,1863<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#edf0d5\">Lorsque J\u00e9sus, dans les bras de sa m\u00e8re, traversait le d\u00e9sert pour aller en Egypte, les tigres et les lions sortirent de leurs antres et le suivirent ; les panth\u00e8res se couchaient aux pieds de Marie pour lui servir de coussin lorsqu\u2019elle se reposait ; les licornes creusaient la terre pour en faire jaillir des sources; les l\u00e9viathans lui pr\u00eataient leur ombre ; les cerfs et les gazelles se m\u00ealaient sans crainte aux lions et aux tigres ; car J\u00e9sus venait donner la paix au monde et r\u00e9pandre sa douceur dans toute la nature.<br \/>[\u2026]<br \/>Tous les proph\u00e8tes qui sont venus avant Moise n&#8217;ont jur\u00e9 que par la licorne, c\u2019est \u00e0 dire n&#8217;ont vu qu&#8217;un c\u00f4t\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9. La corne dans le symbolisme h\u00e9breu signifie la puissance, et surtout la puissance de la pens\u00e9e. La licorne, animal fabuleux qui n&#8217;a qu&#8217;une corne au milieu du front, est la figure de l\u2019id\u00e9al ; le taureau contraire est le symbole de la force qui est dans la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est pour cela que Jupiter Ammon, Osiris, Isis, sont repr\u00e9sent\u00e9s avec deux cornes au front ; c&#8217;est pour cela que Mo\u00efse est ainsi figur\u00e9 avec deux cornes dont l\u2019une est la trompette du Verbe et l\u2019autre la corne d&#8217;abondance.<br \/>[\u2026]<br \/>Au m\u00eame temps dans un d\u00e9sert, pr\u00e8s de l\u00e0, \u00e9tait une licorne fort grande, dont l\u2019on n\u2019avait jamais vu sa pareille, et qui souvent avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e des rois, mais ils ne la purent prendre ; hors que quand Marie fut n\u00e9e, elle venait devant la porte, et nul ne pouvait la chasser. Alors un chevalier nomm\u00e9 Adrianes, demeurant pr\u00e8s de Nazareth, la per\u00e7a d&#8217;une lance et la tua, et l\u2019offrit au souverain pr\u00eatre de J\u00e9rusalem, qui l\u2019en remercia grandement.<br \/><br \/>\u2014 \u00c9liphas L\u00e9vi, <em>Philosophie occulte<\/em>, 1865<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0e8f5\">\u2014Vous \u00e9tiez trop jeune, poursuivit Jacques, quand votre p\u00e8re est mort, pour qu&#8217;il p\u00fbt&nbsp; vous initier au grand myst\u00e8re.<br \/>\u2014 Quel myst\u00e8re? Fis-je \u00e9tonn\u00e9.<br \/>\u2014 Le myst\u00e8re du parchemin ; mais j&#8217;ai recueilli son dernier soupir, et il a eu le temps&nbsp; de me donner les indications n\u00e9cessaires.<br \/>\u2014 Un myst\u00e8re&#8230; Un parchemin? balbutiai-je de plus en plus surpris.<br \/>\u2014 Le voil\u00e0.<br \/>Et Jacques mit sous mes yeux une feuille, non de parchemin, mais de papyrus, jaunie, couverte de signes myst\u00e9rieux et qui \u00e9taient pour moi une \u00e9nigme. Dans un coin, il y avait un sceau plus \u00e9nigmatique encore, repr\u00e9sentant une licorne et un croissant.<br \/><br \/>\u2014 Pierre Alexis Ponson du Terrail, <em>Les Fils de Judas<\/em>, 1867<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4f8e4\">Mais proche la crois\u00e9e au nord vacante, un or<br \/>Agonise selon peut-\u00eatre le d\u00e9cor<br \/>Des licornes ruant du feu contre une nixe,<br \/><br \/>\u2014 St\u00e9phane Mallarm\u00e9, <em>Ses purs ongles tr\u00e8s haut<\/em>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eef0d8\">Ils ont la guivre, la licorne, la serpente, la salamandre, la tarasque, la dr\u00e9e, le dragon, l\u2019hippogriffe. Tout cela terreur pour nous, leur est ornement et parure. Ils ont une m\u00e9nagerie qui s&#8217;appelle le blason, et o\u00f9 rugissent les monstres inconnus.<br \/><br \/>\u2014 Victor Hugo, <em>L\u2019homme qui rit<\/em>, 1869<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ede9f0\">Then answered Percivale: &#8216;And that can I,<br \/>Brother, and truly; since the living words<br \/>Of so great men as Lancelot and our King<br \/>Pass not from door to door and out again,<br \/>But sit within the house. O, when we reached<br \/>The city, our horses stumbling as they trode<br \/>On heaps of ruin, hornless unicorns,<br \/>Cracked basilisks, and splintered cockatrices,<br \/>And shattered talbots, which had left the stones<br \/>Raw, that they fell from, brought us to the hall.<br \/><br \/>\u2014 Alfred Tennyson, <em>The Holy Grail<\/em>, 1869<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1eaee\">\u201cAh, what is it now?\u201c the Unicorn cried eagerly.<br \/>\u201c You&#8217;ll never guess! I couldn\u2019t.\u201c<br \/>The Lion looked at Alice wearily. \u201c Are you animal &#8211; or vegetable &#8211; or mineral?\u201c he said, yawning at every other word.<br \/>\u201cIt\u2019s a fabulous monster!\u201c the Unicorn cried out, before Alice could reply.<br \/><br \/>\u2014 Lewis Carroll, <em>Through the Looking Glass<\/em>, 1871<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Elle allait s\u2019\u00e9loigner, quand par hasard son regard tomba sur Alice\u2026&nbsp;<br \/>\u2014 Qu\u2019est-ce\u2026 Qu\u2019est-ce\u2026 que \u00e7a ? demanda-t-elle enfin.<br \/>\u2014C\u2019est une petite fille!, r\u00e9pondit all\u00e8grement Haigha\u2026, Nous avons trouv\u00e9 cela aujourd\u2019hui m\u00eame, c\u2019est grandeur nature et c\u2019est deux fois plus vrai que nature!<br \/>J\u2019avais toujours cru qu\u2019il s\u2019agissait de monstres fabuleux, s\u2019exclama la licorne. Est-ce vivant ?<br \/>Alice ne put emp\u00eacher ses l\u00e8vres d\u2019\u00e9baucher un sourire tandis qu\u2019elle disait:<br \/>\u2014 Moi-m\u00eame, voyez-vous, j\u2019avais toujours cru que les licornes \u00e9taient des monstres fabuleux!\u00bb<br \/><br \/>\u2014 Lewis Caroll, <em>De l\u2019autre C\u00f4t\u00e9 du miroir,<\/em> 1871<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9facf\">\u201cThe Unicorn looked dreamily at Alice, and said &#8220;Talk, child.&#8221;<br \/>Alice could not help her lips curling up into a smile as she began: &#8220;Do you know, I always thought Unicorns were fabulous monsters, too? I never saw one alive before!&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Lewis Carroll, <em>Through the Looking-Glass<\/em>, 1871<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8e3e4\">Le Lion regarda Alice d&#8217;un air las.<br \/>\u2013 Es-tu un animal\u2026 un v\u00e9g\u00e9tal\u2026 ou un min\u00e9ral ? demanda-t-il en b\u00e2illant apr\u00e8s chaque mot.<br \/>\u2013 C&#8217;est un monstre fabuleux ! s&#8217;\u00e9cria la Licorne, sans donner \u00e0 Alice le temps de r\u00e9pondre.<br \/>\u2013 Eh bien, passe-nous le g\u00e2teau, Monstre, dit le Lion en se couchant et en appuyant son menton sur ses pattes de devant.<br \/>Vous deux, asseyez-vous, ordonna-t-il au Roi et \u00e0 la Licorne. Et qu&#8217;on fasse des parts \u00e9gales !<br \/><br \/>\u2014Lewis Caroll, <em>De l\u2019Autre c\u00f4t\u00e9 du miroir<\/em>, 1871.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d1e7f8\">3 octobre.<br \/>Ma petite chambre, si confortable, en apparence, est comme les autres l\u00e9zard\u00e9e en mille endroits. Dans le cabinet de toilette, le vent \u00e9teint les bougies \u00e0 travers les murs.<br \/>L&#8217;alc\u00f4ve seule est assez bien close, et j&#8217;y dors enfin ; le changement me r\u00e9ussit toujours.<br \/>Dans la nuit pourtant je me rappelle que j&#8217;ai oubli\u00e9 au salon une lettre \u00e0 laquelle je tiens. Le salon est l\u00e0, au bout d&#8217;un petit couloir sombre. J&#8217;allume une bougie, j&#8217;y p\u00e9n\u00e8tre. Je referme la porte derri\u00e8re moi sans la regarder. Je trouve sur la chemin\u00e9e l&#8217;objet cherch\u00e9. Le grand feu qu&#8217;on avait allum\u00e9 dans la soir\u00e9e continue de br\u00fbler, et jette une vive lueur. J&#8217;en profite pour regarder \u00e0 loisir les trois panneaux de tapisserie du xve si\u00e8cle qui sont class\u00e9s dans les monuments historiques. La tradition pr\u00e9tend qu&#8217;ils ont d\u00e9cor\u00e9 la tour de Bourganeuf durant la captivit\u00e9 de Zizime. M. Adolphe Joanne croit qu&#8217;ils repr\u00e9sentent des \u00e9pisodes du roman de la Dame \u00e0 la licorne. C&#8217;est probable, car la licorne est l\u00e0, non passante ou rampante comme une pi\u00e8ce d&#8217;armoirie, mais donnant la r\u00e9plique, presque la patte, \u00e0 une femme mince, richement et bizarrement v\u00eatue, qu&#8217;escorte une toute jeune fillette aussi plate et aussi mince que sa patronne. La licorne est blanche et de la grosseur d&#8217;un cheval. Dans un des tableaux, la dame prend des bijoux dans une cassette ; dans un autre, elle joue de l&#8217;orgue ; dans un troisi\u00e8me, elle va en guerre, portant un \u00e9tendard aux plis cassants, tandis que la licorne tient sa lance en faisant la belle sur son train de derri\u00e8re. Cette dame blonde et t\u00e9nue est tr\u00e8s-myst\u00e9rieuse, et tout d&#8217;abord elle a pr\u00e9sent\u00e9 hier \u00e0 ma petite-fille l&#8217;aspect d&#8217;une f\u00e9e. Ses costumes tr\u00e8s-vari\u00e9s sont d&#8217;un go\u00fbt \u00e9trange, et j&#8217;ignore s&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 de mode ou s&#8217;ils sont le fait du caprice de l&#8217;artiste. Je remarque une aigrette \u00e9lev\u00e9e qui n&#8217;est qu&#8217;un bouquet des cheveux rassembl\u00e9s dans un ruban, comme une queue \u00e0 pinceau plant\u00e9e droit sur le front.<br \/><br \/>\u2014 George Sand, <em>Journal d\u2019un voyageur pendant la guerre, <\/em>1871<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e5e8e9\">Bathsheba, a small yawn upon her mouth, took the pen, and with off-hand serenity directed the missive to Boldwood.<br \/>&#8220;Now light a candle, Liddy. Which seal shall we use? Here&#8217;s a unicorn&#8217;s head &#8212; there&#8217;s nothing in that. What&#8217;s this? &#8212; two doves &#8212; no. It ought to be something extraordinary, ought it not, Liddy? Here&#8217;s one with a motto &#8212; I remember it is some funny one, but I can&#8217;t read it. We&#8217;ll try this, and if it doesn&#8217;t do we&#8217;ll have another.&#8221;<br \/>A large red seal was duly affixed. Bathsheba looked closely at the hot wax to discover the words.<br \/>&#8220;Capital!&#8221; she exclaimed, throwing down the letter frolicsomely. &#8220;&#8216;Twould upset the solemnity of a parson and clerk too.&#8221;<br \/>Liddy looked at the words of the seal, and read &#8212;<br \/>&#8220;MARRY ME.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Thomas Hardy, <em>Far from the Madding Crowd<\/em>, 1874<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2f6e2\">La f\u00e9e azur, tenant le diable par les cornes,<br \/>Y court dans un char d\u2019or attel\u00e9 de licornes<br \/><br \/>\u2014 Th\u00e9odore de Banville, <em>\u00c9voh\u00e9<\/em>, in <em>Odes funambulesques<\/em>, 1874.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8e5f7\">Voici du baume de G\u00e9n\u00e9zareth, de l\u2019encens du cap Gardefan, du ladanon, du cinnamome et du silphium bon \u00e0 mettre dans les sauces. Il y a l\u00e0-dedans des broderies d\u2019Assur, des ivoires du Gange, de la pourpre d\u2019Elisa&nbsp;; et cette bo\u00eete de neige contient une outre de Chalibon, vin r\u00e9serv\u00e9 pour les rois d\u2019Assyrie et qui se boit pur dans une corne de licorne.<br \/><br \/>\u2014 Gustave Flaubert, <em>La tentation de Saint Antoine<\/em>, 1874<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e2e1f6\">Le secret que tu voudrais tenir est gard\u00e9 par des sages. Ils vivent dans un pays lointain, assis sous des arbres gigantesques, v\u00eatus de blanc et calmes comme des Dieux. Un air chaud les nourrit. Des l\u00e9opards \u00e0 l\u2019entour marchent sur des gazons. Le murmure des sources avec le hennissement des licornes se m\u00ealent \u00e0 leurs voix. Tu les \u00e9couteras, et la face de l\u2019Inconnu se d\u00e9voilera.<br \/><br \/>\u2014 Gustave Flaubert, <em>La tentation de Saint Antoine<\/em>, 1874<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eff5f2\">Damis<br \/>Demande-lui plut\u00f4t l\u2019androdamas qui attire l\u2019argent, le fer et l\u2019airain&nbsp;!<br \/><br \/>Antoine<br \/>Oh&nbsp;! Que je souffre&nbsp;! Que je souffre&nbsp;!<br \/><br \/>Damis<br \/>Tu comprendras la voix de tous les \u00eatres, les rugissements, les roucoulements&nbsp;!<br \/><br \/>Apollonius<br \/>Je te ferai monter sur les licornes, sur les dragons, sur les hippocentaures et les dauphins&nbsp;!<br \/><br \/>Antoine pleure.<br \/>Oh&nbsp;! Oh&nbsp;! Oh&nbsp;!<br \/><br \/>Apollonius<br \/>Tu conna\u00eetras les d\u00e9mons qui habitent les cavernes, ceux qui parlent dans les bois, ceux qui remuent les flots, ceux qui poussent les nuages.<br \/><br \/>\u2014 Gustave Flaubert, <em>La tentation de Saint Antoine<\/em>, 1874<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9e8e8\">Mais le cercle des monstres s\u2019entrouvre, le ciel tout \u00e0 coup devient bleu, et<br \/>LA LICORNE<br \/>se pr\u00e9sente.<br \/><br \/>Au galop&nbsp;! Au galop&nbsp;!<br \/>J\u2019ai des sabots d\u2019ivoire, des dents d\u2019acier, la t\u00eate couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l\u2019arc-en-ciel.<br \/>Je voyage de la Chald\u00e9e au d\u00e9sert tartare, sur les bords du Gange et dans la M\u00e9sopotamie. Je d\u00e9passe les autruches. Je cours si vite que je tra\u00eene le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D\u2019un bond je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider.<br \/>Au galop&nbsp;! Au galop&nbsp;!<br \/><br \/>Antoine la regarde s\u2019enfuir.<br \/><br \/>\u2014 Gustave Flaubert, <em>La tentation de Saint Antoine<\/em>, 1874<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3f3d4\">Le cornet est la corne de licorne &#8211; d\u2019unicorne<br \/><br \/>\u2014 St\u00e9phane Mallarm\u00e9, <em>Igitur, Le coup de d\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dcedf5\">Tous les songes pantagru\u00e9liques me pass\u00e8rent par la fantaisie : caprimulges, coquesigrues, oysons brid\u00e9s, licornes, griffons, cochemares, toute la m\u00e9nagerie des r\u00eaves monstrueux, trottait, sautillait, voletait, glapissait par la chambre ; c\u2019\u00e9taient des trompes qui finissaient en feuillages, des mains qui s\u2019ouvraient en nageoires de poisson, des \u00eatres h\u00e9t\u00e9roclites avec des pieds de fauteuil pour jambes, et des cadrans pour prunelles, des nez \u00e9normes qui dansaient la cachucha mont\u00e9s sur des pattes de poulet ; moi-m\u00eame, je me figurais que j\u2019\u00e9tais le perroquet de la reine de Saba, ma\u00eetresse de d\u00e9funt Salomon.<br \/><br \/>\u2014 Th\u00e9ophile Gautier, <em>Le Hachich<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6f0d7\">La faute en est au Pape et aux seigneurs. Ils oublient le respect d\u00fb au grand style et veulent des nouveaut\u00e9s. Un cardinal vous dit tr\u00e8s bien&nbsp;: Venez donc chez moi, vous y verrez un cadre unique&nbsp;; sujet admirable&nbsp;! Ex\u00e9cution pleine de feu&nbsp;! C\u2019est un singe \u00e0 cheval sur une licorne et mordant dans une p\u00eache&nbsp;! L\u2019auteur est un Flamand nouvellement arriv\u00e9&nbsp;! L\u00e0-dessus, les imb\u00e9ciles courent chez le Flamand et pendant six mois on ne veut plus que des singes, des licornes et des p\u00eaches&nbsp;!<br \/><br \/>\u2014 Arthur de Gobineau, <em>La Renaissance, sc\u00e8nes historiques<\/em>, 1877<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe4e4\">Les chars \u00e9taient tra\u00een\u00e9s par des b\u00eates volantes,<br \/>Montres inconnus m\u00eame au gouffre sans clart\u00e9 ;<br \/>Attelages impurs ! L&#8217;un \u00e9tait emport\u00e9<br \/>Par des tigres ail\u00e9s au pied large, aux yeux mornes,<br \/>L&#8217;autre par des griffons, l&#8217;autre par des licornes,<br \/>L&#8217;autre par des vautours \u00e0 deux t\u00eates, ayant<br \/>Des diad\u00e8mes d&#8217;or sur leur frontflamboyant.<br \/><br \/>\u2014 Victor Hugo, <em>La Vision de Dante, <\/em>1877.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cbf1dd\">But the victories of Fable over Truth are shams, like the Unicorn himself, and it is the Lion who conquers at last.<br \/><br \/>\u2014 M. Sullivan, <em>Day of Wonders, A Medley<\/em>, 1879<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffffef\">Un Candien du nom de Stammato, qui faisait partie de la suite d&#8217;un prince de la maison d&#8217;Este, a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 voir les richesses de Saint-Marc. Son \u0153il de p\u00e9cheur a \u00e9t\u00e9 \u00e9bloui et il s&#8217;est cach\u00e9 derri\u00e8re un autel, anim\u00e9 de mauvaises intentions, mais un pr\u00eatre l&#8217;a d\u00e9couvert et l&#8217;a chass\u00e9. Apr\u00e8s cela, il y est de nouveau entr\u00e9 &#8211; \u00e0 l&#8217;aide de fausses clefs, cette fois-l\u00e0. Il y allait nuit apr\u00e8s nuit et, sans m\u00e9nager sa peine, en surmontant toutes les dif\u00adficult\u00e9s qu&#8217;il a pu rencontrer, il a r\u00e9ussi, \u00e0 force de patience, \u00e0 retirer une grande brique d&#8217;un panneau de marbre qui servait de mur \u00e0 la partie basse du tr\u00e9sor. Il a dispos\u00e9 ce bloc de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir l&#8217;enlever et le remettre \u00e0 volont\u00e9. Ensuite, pendant des semaines, il se rendait, chaque nuit \u00e0 minuit, dans sa splendide mine, qu&#8217;il a pu inspecter en toute s\u00e9curit\u00e9, en exultant devant les merveilles dont elle regorgeait et regagnait toujours en catimini ses obscurs appartements avant l&#8217;aube, avec sous sa cape une ran\u00e7on digne d&#8217;un duc. Il n&#8217;avait pas besoin de piller au petit hasard avant de s&#8217;enfuir en courant: rien ne pressait. Il pouvait proc\u00e9\u00adder \u00e0 des choix m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chis. Il avait tout le loisir de consulter ses go\u00fbts esth\u00e9tiques. On comprend \u00e0 quel point il \u00e9tait \u00e0 l&#8217;abri d&#8217;\u00eatre interrompu ou d\u00e9rang\u00e9 quand on sait que l&#8217;histoire raconte qu&#8217;il a m\u00eame emport\u00e9 une corne de licorne qui ne passait pas par l&#8217;orifice qu&#8217;il avait am\u00e9nag\u00e9 et qu&#8217;il a d\u00fb la scier en deux &#8211; une t\u00e2che qui lui a co\u00fbt\u00e9 plusieurs heures d&#8217;un travail laborieux. Il a continu\u00e9 d&#8217;amonceler ses tr\u00e9sors chez lui jusqu&#8217;\u00e0 ce que son activit\u00e9 perde le charme de la nouveaut\u00e9 et devienne monotone. Il y a mis fin, satisfait. Et il avait de quoi l&#8217;\u00eatre: sa collection, selon le cours actuel, repr\u00e9senterait pr\u00e8s de cinquante millions de dollars ! <br \/>Il aurait pu rentrer chez lui en \u00e9tant de loin le citoyen le plus riche de son pays et il aurait pu se passer de nombreuses ann\u00e9es avant que l&#8217;on s&#8217;aper\u00e7oive du larcin. Mais il \u00e9tait humain: il ne pouvait pas savourer son plaisir en solitaire et il lui fallait quelqu&#8217;un \u00e0 qui en parler. Il a donc exig\u00e9 qu&#8217;un noble de Candie, appel\u00e9 Crioni, pr\u00eate un serment solennel et il l&#8217;a conduit dans ses appartements. Ce dernier en a pratiquement eu le souffle coup\u00e9 quand Stammato lui a montr\u00e9 son tr\u00e9sor qui brillait de mille feux. En voyant le visage de son ami, celui-ci a eu des soup\u00e7ons et s&#8217;appr\u00eatait \u00e0 lui planter un stiletto dans le corps quand Crioni a r\u00e9ussi \u00e0 sauver sa peau en expliquant que ce qu&#8217;il avait cru lire en lui n&#8217;\u00e9tait que l&#8217;expression d&#8217;un heureux \u00e9tonnement \u00e0 son comble. Stammato a fait pr\u00e9sent \u00e0 Crioni de l&#8217;un des principaux joyaux de l&#8217;\u00c9tat &#8211; une \u00e9norme escarboucle qui, par la suite, figurerait dans la calotte ducale officielle &#8211; et les deux hommes se sont s\u00e9par\u00e9s. Crioni s&#8217;est aussit\u00f4t rendu au palais pour d\u00e9noncer le criminel, en montrant l&#8217;escarboucle comme preuve. Stammato a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, jug\u00e9 et condamn\u00e9 avec la rapidit\u00e9 v\u00e9nitienne d&#8217;antan. On l&#8217;a pendu entre les deux grandes colonnes de la Piazza.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Mark Twain, <em>Un vagabond \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, <\/em>1880<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6dee4\">\u2014 Quelle vari\u00e9t\u00e9 ! quel pittoresque ! L&#8217;infinie succession de personnages et d&#8217;images !&nbsp;Que le progr\u00e8s&nbsp;est une belle chose ! s&#8217;\u00e9criait le d\u00e9mon Anizin.&nbsp;<br \/>\u2014 Eh bien non ! dit Ren\u00e9 de Siffroi, qui avait&nbsp;enfin trouv\u00e9 sa paire de gants de peau de licorne (aux Grands Magasins du Chaos et des Univers r\u00e9unis), et&nbsp;ne l&#8217;avait pay\u00e9e que trente-deux francs, non, d\u00e9cid\u00e9ment il y a l\u00e0-dedans trop de brouillamini. Je&nbsp;voudrais \u00eatre dans un endroit o\u00f9 le progr\u00e8s n&#8217;ait jamais p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, chez moi, par exemple.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Th\u00e9odore de Banville, <em>Mademoiselle Agathe<\/em>, in <em>Contes f\u00e9\u00e9riques<\/em>, 1882.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdf1d5\">Les lampes \u00e9clairaient doucement les vieilles tapisseries dont les murs \u00e9taient recouverts. C&#8217;\u00e9tait l&#8217;admirable s\u00e9rie des amours de Renaud et d&#8217;Armide. Sous une tente de pourpre et d&#8217;or, le chevalier, couch\u00e9 aux pieds de l&#8217;enchanteresse, souriait en levant d&#8217;un bras alangui une large coupe cisel\u00e9e. Plus loin, les deux chevaliers lib\u00e9rateurs traversaient la for\u00eat enchant\u00e9e, \u00e9cartant \u00e0 l&#8217;aide du bouclier magique les monstres qui tentaient de leur barrer le passage. Et enfin, dans la bataille livr\u00e9e par les Chr\u00e9tiens aux troupes du Soudan sous les murs de J\u00e9rusalem, Armide, debout sur son char tra\u00een\u00e9 par des licornes blanches, lan\u00e7ait avec rage contre Renaud, couvert du sang des infid\u00e8les, les redoutables traits de son carquois.<br \/><br \/>\u2014 Georges Ohnet, <em>Le Ma\u00eetre de Forges<\/em>, 1882<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2ebeb\">\u00c0 ce d\u00eener, o\u00f9 les coudes n&#8217;avaient pas horreur de se toucher les uns les autres, il y avait justement entre la marquise de Limore, la plus fonc\u00e9e en aristocratie des femmes qui \u00e9taient l\u00e0, et le marquis de Pont-l&#8217;Abb\u00e9, d&#8217;une noblesse aussi vieille que son pont, un convive, de gaillarde et superbe encolure, paysan d&#8217;origine tr\u00e8s normande, mais qui s&#8217;\u00e9tait d\u00e9crass\u00e9 et qui \u00e9tait devenu un tr\u00e8s authentique bourgeois de Paris. Il \u00e9talait alors son gilet de piqu\u00e9 blanc entre cette marquise et ce marquis, comme un \u00e9cusson d&#8217;argent entre ses deux supports, dont l&#8217;un, \u00e0 dextre, la marquise, faisait la licorne, et l&#8217;autre, \u00e0 senestre, le marquis, faisait le l\u00e9vrier.<br \/><br \/>\u2014 Jules Barbey d&#8217;Aurevilly, <em>Une histoire sans nom<\/em>, 1882.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8fade\">Des femmes p\u00e9n\u00e8trent dans la salle, et leurs toilettes. A l&#8217;entour des tables, des groupes se tassent et s&#8217;emboivent en la fum\u00e9e des cigares. Claires les figures des jeunes femmes qui se dressent contre la tapisserie o\u00f9 des licornes rampent, \u00e9carlates. Claires sous le fa\u00eete aigu des chapeaux dentelles. Et des \u00e9paules effac\u00e9es, gracieusement tombent leurs bras minces, leurs bras minces et ronds, contre les orbes des poitrines grasses. Vers ci, vers l\u00e0, se dardent leurs yeux d&#8217;acier vers ci, vers l\u00e0 sourient leurs bouches flories. Aux carcans blancs superpos\u00e9es les brunes faces des orientaux fum\u00e8lent. Sans paroles. Et des traits immobiles sous les cheveux bleus. Chamois\u00e9e la tapisserie o\u00f9 rampent les licornes \u00e9carlates. Dans les froides et profondes mirances des glaces, se glauquent les femmes, les orientaux, les licornes \u00e9carlates, parmi le poudroiement du gaz \u00e9parpill\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Jean Mor\u00e9as et Paul Adam, <em>Les demoiselles Goubert, m\u0153urs de Paris<\/em>, 1886<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eedefe\">Among the animals represented is the unicorn. This fabulous animal has been supposed to have sprung from the attempt to represent the bull in profile, which would bring the two horns into one; but it so happens that we have in the same sculptures at Persepolis the bull in profile with two horns, and near it the unicorn, differing in physiognomy and in general character as much as in its one-horned front. It is impossible to suppose that the intelligence which delineated the bull so accurately would have gone out of its way to delineate a fabulous animal.[\u2026]<br \/>It is possible that the unicorn represents an animal that has become extinct within historical times. We have examples of such in the urus of the Romans, the thur of Poland, the Caledonian ox, and the Irish elk. The ostrich has disappeared from Arabia since the time of Xenophon; the wild ass still exists, but is very rare.<br \/><br \/>\u2014 William Ainsworth, <em>A personal narrative of the Euphrates Expedition<\/em>, 1888<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Quand l&#8217;appel guttural henni par la licorne&nbsp;<br \/>Frappant du pied le sol o\u00f9 r\u00e9side un tr\u00e9sor&nbsp;<br \/>Vibre aux pointes des caps aigus comme sa corne.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>Jouvence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffad1\">R\u00eave-nous tes palais, tes jardins, tes fontaines<br \/>Et tes terrasses d\u2019or o\u00f9 bat la mer du soir<br \/>Et ta for\u00eat magique o\u00f9 dans la nuit tu m\u00e8nes<br \/>La Licorne d\u2019argent, la Guivre et le Faon noir.<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>La Vigile des Gr\u00e8ves<\/em>, in <em>Po\u00e8mes anciens et romanesques<\/em>, 1890<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#deedfa\">Et l&#8217;arbre a referm\u00e9 son \u00e9corce fendue<br \/>Silencieusement sur la Dryade nue,<br \/>Prisonni\u00e8re \u00e0 jamais du tronc qui la retient,<br \/>Et, merveilleux combat h\u00e9raldique et pa\u00efen,<br \/>On ne reverra plus se heurter sous les branches<br \/>Le Centaure au poil rouge et la Licorne blanche.<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>La for\u00eat<\/em> , in <em>Po\u00e8mes anciens et romanesques<\/em>, 1890<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8f2f6\">Et la belle s\u2019endormit.<br \/><br \/>La belle, dont le sort fut de dormir cent ans<br \/>Au jardin du manoir et dans le vaste songe<br \/>O\u00f9 le cri n\u00e9 des clairons sacr\u00e9s se prolonge<br \/>Pour sonner son sommeil jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube des Temps&nbsp;!<br \/><br \/>La belle pour l\u2019\u00e9veil victorieux d\u2019antans<br \/>Que son intacte chair proclamera mensonge<br \/>A charg\u00e9 de joyaux sa main qui git et plonge<br \/>En un flot de crini\u00e8re o\u00f9 les doigts sont latents.<br \/><br \/>Et tandis que des toits, des tours et des tourelles<br \/>Les colombes ont pris essor et qu\u2019infid\u00e8les<br \/>Les Paons myst\u00e9rieux ont fui vers la for\u00eat<br \/><br \/>Couch\u00e9e aupr\u00e8s de la Dormeuse, la Licorne<br \/>Attends l\u2019heure et l\u00e0-bas guette si repara\u00eet<br \/>L\u2019annonciateur vol blanchir l\u2019aurore morne<br \/><br \/>Et le chevalier ne vint pas<br \/><br \/>Les paons bleus l\u2019ont cherch\u00e9 dans la for\u00eat. Nul soir<br \/>N\u2019a rougi son cimier d\u2019ailes et de chim\u00e8re&nbsp;;<br \/>Les Colombes blanches dont l\u2019aurore est la m\u00e8re<br \/>Ont vu la tour d\u00e9serte et vide le manoir<br \/><br \/>Et les A\u00efeux, d\u00e8s jadis morts, n\u2019eurent pas d\u2019hoir<br \/>Avide d\u2019aventure \u00e9trange et de myst\u00e8re<br \/>Nul h\u00e9ros \u00e0 venir, pour l\u2019honneur de la terre,<br \/>Vaincre d\u2019un baiser le magique sommeil noir.<br \/><br \/>L\u2019endormie \u00e0 jamais \u00e9tale ses mains p\u00e2les<br \/>O\u00f9 verdit une mort annulaire d\u2019opales&nbsp;;<br \/>Et la princesse va mourir s\u2019il ne vient pas.<br \/><br \/>Plus n\u2019a souci, Nul, de dissoudre un sortil\u00e8ge,<br \/>Et la licorne hennit rauque au ciel lilas<br \/>Ou frissonne une odeur de mort, d\u2019ombre et de neige<br \/><br \/>Et la belle mourut<br \/><br \/>La licorne ru\u00e9e <a href=\"#_ftn1\"><\/a>en fuite hume et croise<br \/>Les vents qui du midi remontent vers le nord,<br \/>Et sa crini\u00e8re \u00e9parse ruisselle et se tord<br \/>Que nattait de rubis la Princesse danoise<br \/><br \/>Loin des glaciers et des neiges roses que boise<br \/>La verdure des pins o\u00f9 gronde comme un cor<br \/>L\u2019\u00e9cho du marteau lourd des Nains qui, forgeurs d\u2019or,<br \/>Fa\u00e7onnent le hanap o\u00f9 l\u2019on boit la cervoise<br \/><br \/>La Princesse aux doux yeux de lac, d\u2019astre et de mers,<br \/>Est morte, et la B\u00eate fabuleuse \u00e0 travers<br \/>Les gels glauques, la nuit vaste, l\u2019aurore morne,<br \/><br \/>Folle d\u2019avoir flair\u00e9 les mains froides de mort,<br \/>Se cabre, fonce et heurte et coupe de sa corne<br \/>Les vents qui du midi remontent vers le nord<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>Motifs de l\u00e9gende et de m\u00e9lancolie,<\/em> 1890.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdada\">Dormez, Princesses au manoir, nul cor, \u00f4 Mortes,&nbsp;<br \/>N&#8217;\u00e9veillera vos r\u00eaves et nul glaive clair&nbsp;<br \/>Ne heurtera de son pommeau vos hautes portes&nbsp;<br \/>O\u00f9 le b\u00e9ryl magique incruste son \u00e9clair.&nbsp;<br \/><br \/>Le vent de la Mer vaste a d\u00e9chir\u00e9 les voiles&nbsp;<br \/>Des nefs que l&#8217;albe aurore \u00e9gara vers la nuit,&nbsp;<br \/>Et l&#8217;essieu s&#8217;est bris\u00e9 dans l&#8217;ombre sans \u00e9toiles;&nbsp;<br \/>La licorne vers la for\u00eat, d&#8217;un bond, a fui!<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>Motifs de l\u00e9gende et de m\u00e9lancolie, <\/em>1890.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dfede2\">Et je vous hais, pennons, pour celte all\u00e9gorie<br \/>Que secouait le vent du soir ample en vos pans !<br \/>Hampe o\u00f9 s&#8217;accroche l&#8217;ongle des griffons rampants.<br \/>Et votre saut cabr\u00e9, licornes pommel\u00e9es<br \/>Dont l&#8217;embl\u00e8me emportait, \u00e0 travers les m\u00eal\u00e9es.<br \/>Ceux dont l&#8217;\u00e0me, pareille aux b\u00eates du blason.<br \/>Les regardait surgir au ciel de l&#8217;horizon<br \/>O\u00f9 leurs griffes luisaient dans le vol de leurs ailes.<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>Tel qu&#8217;en Songe, <\/em>1891<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" id=\"PAG_00000025_TB000003\" style=\"background-color:#eae8d8\">Trente b\u0153ufs mugissaient au fond de ses cavernes; <br \/>Ses quatre socs donnaient les graines \u00e0 l\u2019oiseau ; <br \/>La licorne habitait l\u2019ombre de son roseau ; <br \/>Sa tendresse rendait honteuses les citernes.<br \/><br \/>il allait sur les monts prier et s\u2019incliner;<br \/>II n aimait pas le sang vers\u00e9 dans la col\u00e8re. <br \/>Ka\u00efn souffrait, Ka\u00efn pardonnait \u00e0 son fr\u00e8re;<br \/>Habel ne savait pas souffrir et pardonner.&nbsp;<br \/><br \/>Georges d\u2019Esparb\u00e8s, <em>Notre P\u00e8re, <\/em>1890<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4ddff\">Ces beaux sujets sont largement encadr\u00e9s par une suite de figures peintes en cama\u00efeu, entre lesquelles l\u2019enfant distinguait un ange qui sonne du cor et qui, le pieu \u00e0 la main, poursuit une licorne r\u00e9fugi\u00e9e dans le giron d\u2019une vierge<br \/><br \/>\u2014 Maurice Barr\u00e8s, <em>Le jardin de B\u00e9r\u00e9nice<\/em>, 1891.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8e9e2\">C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019entr\u00e8rent dans Paris par la porte de Flandre la f\u00e9e princesse Adonide et l\u2019enchanteur Alysson, chevauchant des licornes blanches, dont un \u00e9tui d\u2019argent enserrait la longue corne d\u2019ivoire. Ils \u00e9taient suivis par un docile casoar, qui portait les provisions de bouche, des sandwichs de pain dor\u00e9 au foie d\u2019oiseau bleu, ainsi qu\u2019une r\u00e9serve de lait d\u2019hermine, incluse en deux petits tonnelets de bois des \u00eeles.<br \/><br \/>\u2014 Tristan Bernard, <em>R\u00e9demption<\/em>, 1891<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fddae4\">He thought of the splendid opening of Racine\u2019s Britannicus.<br \/>Of a strange pamphlet he had found in Venus\u2019s library, called A Plea for the Domestication of the Unicorn.<br \/>Of the Bacchanals of Sporion.<br \/>Of love, and of a hundred other things.<br \/><br \/>\u2014 Aubrey Beardsley, <em>The Story of Venus and Tannha\u00fcser.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2fdd1\">&#8220;I&#8217;m just going to feed Adolphe,&#8221; she said, pointing to a little reticule of buns that hung from her arm. Adolphe was her pet unicorn. &#8220;He is such a dear,&#8221; she continued; &#8220;milk-white all over excepting his black eyes, rose mouth and nostrils, and scarlet John.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Aubrey Beardsley, <em>The Story of Venus and Tannha\u00fcser.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cdedfb\">La for\u00eat des Ardennes s\u2019\u00e9tendait, en ce temps-l\u00e0, jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re de l\u2019Aisne et couvrait le pays Porcin, dans lequel s\u2019\u00e9l\u00e8ve aujourd\u2019hui la ville de Rethel. D\u2019innombrables sangliers en peuplaient les gorges&nbsp;; des cerfs de haute taille, dont la race est perdue, se r\u00e9unissaient dans les halliers imp\u00e9n\u00e9trables, et des loups, d\u2019une force prodigieuse, se montraient l\u2019hiver \u00e0 l\u2019or\u00e9e des bois. Le basilic et la licorne avaient leur retraite dans cette for\u00eat, ainsi qu\u2019un dragon effrayant, qui fut d\u00e9truit plus tard, par la gr\u00e2ce de Dieu, \u00e0 la pri\u00e8re d\u2019un saint ermite. Parce qu\u2019alors la nature mystique \u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e aux hommes et que les choses invisibles devenaient visibles pour la gloire du cr\u00e9ateur, on rencontrait dans les clairi\u00e8res des nymphes, des satyres, des centaures et des \u00e9gipans.<br \/><br \/>\u2014 Anatole France, <em>La l\u00e9gende des Sainte Oliverie et Liberette<\/em>, 1892<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdcdc\">Alors le feu de l\u2019ivresse envahit la multitude \u00e9tincelante ! On maudit le nom de l\u2019horrible statue qui, frapp\u00e9e du soleil, appelait, aux travaux des Pharaons, les anc\u00eatres, \u2014 lorsque, acc\u00e9dant \u00e0 la menace, lev\u00e9e sur eux toujours, de ces roseaux br\u00fblants que d\u00e9vora le b\u00e2ton de l\u2019\u00c9chapp\u00e9-des-eaux, ils se r\u00e9signaient \u00e0 creuser, sur le granit rose des pyramidions, malgr\u00e9 la d\u00e9fense des Livres-futurs, \u2014 malgr\u00e9 la prohibition du L\u00e9vitique ! \u2014 les simulacres des ibis, des criosphynx, des ph\u0153nix et des licornes, \u00eatres en horreur au Saint-des-saints, ou, en durs hi\u00e9roglyphes, les hauts faits (nombreux comme le sable, \u00e9vanouis comme lui), et les noms d\u2019abomination de ces dynasties oubli\u00e9es filles de Men\u00e8s le T\u00e9n\u00e9breux. On maudit les oignons du salaire, les levains du pain de Memphis. Malgr\u00e9 l\u2019alliance avec le roi N\u00ebchao, les Plaies sont \u00e9voqu\u00e9es dans les acclamations.<br \/><br \/>\u2014 Villers de l\u2019Isle Adam, <em>L\u2019annonciateur, <\/em>in <em>Contes cruels<\/em>, 1893<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1e3f6\">Elle fait cailler le sang des petits chr\u00e9tiens, elle jette des parcelles d\u2019hosties dans l\u2019urine de licorne, pour faire rougir la lune&#8230;. Voil\u00e0 ce qui nous a vaincus !<br \/><br \/>\u2014 Paul Adam, <em>Princesses byzantines, <\/em>1893.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eef6c8\">Sylphide, Barbara, La Licorne et Lanterne Magique&nbsp;se rapprochaient alors des leaders&nbsp;; en entrant dans&nbsp;la ligne droite, Gouvernante disparaissait, ainsi&nbsp;qu\u2019Andalouse&nbsp;; Sylphide passait en t\u00eate, suivie de&nbsp;Tilly&nbsp;; celle-ci, attaqu\u00e9e par son jockey, refusait de&nbsp;s&#8217;employer et \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9e par Lanterne-Magique &nbsp;et La Licorne. Sylphide paraissait gagner, quand&nbsp;Praline, apparaissant en dehors, \u00e9tait amen\u00e9e par&nbsp;Ed. Watkins dans un rush vigoureux&nbsp;; elle dominait&nbsp;rapidement tout le lot et gagnait facilement de trois&nbsp;quarts de longueur.<br \/>Les deux autres courses, minces d&#8217;Int\u00e9r\u00eat, ont \u00e9t\u00e9&nbsp;pour Fra Angelico et Marjolaine. Mais le mot de la&nbsp;fin a \u00e9t\u00e9 pour la pluie, qui s&#8217;est mise \u00e0 retomber.<br \/><br \/>\u2014 <em>Le Petit Parisien<\/em>, 22 mai 1893<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eefff4\">J\u2019ai vu parfois, ayant tout l\u2019azur pour \u00e9mail,<br \/>Les nuages d\u2019argent et de pourpre et de cuivre,<br \/>\u00c0 l\u2019Occident o\u00f9 l\u2019\u0153il s\u2019\u00e9blouit \u00e0 les suivre,<br \/>Peindre d\u2019un grand blason le c\u00e9leste vitrail.<br \/><br \/>Pour cimier, pour supports, l\u2019h\u00e9raldique b\u00e9tail,<br \/>Licorne, l\u00e9opard, al\u00e9rion ou guivre,<br \/>Monstres, g\u00e9ants captifs qu\u2019un coup de vent d\u00e9livre,<br \/>Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.<br \/><br \/>Certes, aux champs de l\u2019espace, en ces combats \u00e9tranges<br \/>Que les noirs S\u00e9raphins livr\u00e8rent aux Archanges,<br \/>Cet \u00e9cu fut gagn\u00e9 par un Baron du ciel&nbsp;;<br \/><br \/>Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,<br \/>Il porte, en bon crois\u00e9, qu\u2019il soit George ou Michel,<br \/>Le soleil, besant d\u2019or, sur la mer de sinople.<br \/><br \/>\u2014 Jos\u00e9 Maria de Heredia, <em>Blason c\u00e9leste,<\/em> in <em>Les Troph\u00e9es<\/em>, 1893<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faf0f0\">\u2014 C\u2019est le premier stade. Abandonnez-vous enti\u00e8rement, et la catalepsie arrive. Une fois la catalepsie arriv\u00e9e, votre \u00e2me se pr\u00e9cipite au dehors, tandis que du dehors se pr\u00e9cipite en vous une autre \u00e2me, avec qui l\u2019on entre ainsi en correspondance directe par la parole ou l\u2019\u00e9criture. Vous remettez \u00e0 autrui le gouvernement de votre machine. Hein ! qu\u2019est-ce que des licornes peuvent avoir \u00e0 faire ici ?<br \/>Harvey Deacon sursauta. Le Fran\u00e7ais bougeait lentement la t\u00eate, et ses yeux, autour de lui, scrutaient les t\u00e9n\u00e8bres qui drapaient les murs.<br \/>\u2014 Dr\u00f4le de chose ! fit-il, toujours des licornes ! Qui donc a pens\u00e9 aussi fortement \u00e0 un sujet aussi bizarre ?<br \/>\u2014 C\u2019est merveilleux ! s\u2019exclama Deacon. J\u2019ai toute la journ\u00e9e essay\u00e9 de peindre une licorne. Comment le savez-vous ?<br \/>\u2014 Vous avez pens\u00e9 aux licornes dans cette chambre.<br \/>\u2014 En effet.<br \/>\u2014 Mais, cher monsieur, les pens\u00e9es sont des choses. Quand vous imaginez une chose, vous en faites une. L\u2019ignoriez-vous ? Je peux voir, moi, vos licornes, parce que ce n\u2019est pas seulement avec les yeux que je peux les voir.<br \/><br \/>\u2014 Arthur Conan Doyle, <em>En jouant avec le feu<\/em>, 1894.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dceefc\">Des tapisseries gothiques, tr\u00e8s p\u00e2les, laissant deviner, dans une for\u00eat merveilleuse, une dame coiff\u00e9e du hennin, avec une licorne couch\u00e9e \u00e0 ses pieds sur l\u2019herbe fleurie, montaient au-dessus des armoires jusqu\u2019aux solives peintes du plafond.<br \/>[\u2026]<br \/>Un jour triste tombait avec la pluie sur le plafond vitr\u00e9. Le long des murs, la Dame \u00e0 la licorne, le geste roide et la chair amortie, n\u2019\u00e9tait plus belle parmi les cavaliers, dans la for\u00eat pleine de fleurs et d\u2019oiseaux.<br \/><br \/>\u2014 Anatole France, <em>Le lys rouge, <\/em>1894<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d9fae5\">L&#8217;une n&#8217;avait-elle pas p\u00e9ri, la premi\u00e8re, \u00e0 cause de sa robe blanche comme la neige que foulent, de leurs sabots de cristal, sur les tapisseries des chambres, des licornes qui marchent \u00e0 travers des jardins, boivent \u00e0 des vasques de jaspe, et s&#8217;agenouillent, sous des architectures, devant des Dames all\u00e9goriques de Sagesses et de Vertus? L&#8217;autre ne mourut-elle pas parce que sa robe \u00e9tait bleue comme l&#8217;ombre des arbres sur l&#8217;herbe, l&#8217;\u00e9t\u00e9, tandis que le v\u00eatement de la plus jeune qui mourut aussi, douce et presque sans pleurer, imitait la teinte m\u00eame de ces petites coquilles mauves qu&#8217;on trouve, sur le sable gris des gr\u00e8ves, l\u00e0-bas, pr\u00e8s de la Mer.<br \/><br \/>\u2014 Henri de R\u00e9gnier, <em>Le sixi\u00e8me mariage de Barbe Bleue<\/em>, 1894<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faf2da\">Devant le nouveau Dieu se r\u00e9tracte la licorne rouge.<br \/><br \/>\u2014 Alfred Jarry, <em>C\u00e9sar-Ant\u00e9christ<\/em>, 1895<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4f5fd\">Apr\u00e8s cette crise, Hyacinthe m&#8217;ayant pardonn\u00e9, \u2014 avec presque l&#8217;\u00e9tonnement que j&#8217;eusse besoin de pardon, \u2014 nous entr\u00e2mes r\u00e9solument dans la for\u00eat mystique, o\u00f9 ne vivent nulles autres notables b\u00eates que les peureuses licornes. Comme elles fuyaient devant elle, secou\u00e9es par de grands airs d\u00e9daigneux, ce fut pour mon amie une occasion excessivement propice de regretter sa virginit\u00e9. Je lui fis comprendre qu&#8217;il y avait un m\u00e9rite \u00e9vident en un tel regret, une dorure tr\u00e8s fine pour son \u00e2me fan\u00e9e, une parure de repentir peut-\u00eatre sup\u00e9rieure m\u00eame \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 perdue, et elle consentit \u00e0 offrir \u00e0 J\u00e9sus l&#8217;oblation des plaisirs o\u00f9 elle avait compromis la native candeur de sa toison.<br \/><br \/>\u2014 Remy de Gourmont, <em>Le P\u00e8lerin du Silence<\/em>, <em>Le Fant\u00f4me<\/em>, 1896.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1eded\">Resplendissante, au pied du mont myst\u00e9rieux ,<br \/>La troupe formidable et blonde des guerri\u00e8res<br \/>Gardait, la lance au poing, les farouches clairi\u00e8res<br \/>Et la for\u00eat terrible o\u00f9 sommeillent les dieux.<br \/><br \/>Et tous venaient vers la t\u00e9n\u00e9breuse vall\u00e9e<br \/>Sous les casques de bronze et les boucliers ronds ,<br \/>V\u00eatus de fer et d\u2019or par de bons forgerons ,<br \/>Tous les h\u00e9ros, \u00e9pris de gloire inviol\u00e9e .<br \/><br \/>Frappant le ciel muet de sauvages clameurs,<br \/>Tous par les nuits, par les matins, par les vespr\u00e9es ,<br \/>Ils venaient au galop des licornes cabr\u00e9es :<br \/>\u00ab Nous verrons votre face, ex\u00e9crables semeurs<br \/><br \/>Des d\u00e9sirs, des baisers et des larmes humaines ;<br \/>\u00d4 voyageurs hagards qui hurlez dans le vent,<br \/>Nos bras \u00e9toufferont votre souffle vivant<br \/>Et nous tuerons en vous nos amours et nos haines.<br \/><br \/>Si vous ne craignez pas nos glaives, approchez :<br \/>Votre rire cruel insulte \u00e0 nos mis\u00e8res.<br \/>\u00d4 vautours, nous irons vous prendre dans vos aires,<br \/>\u00d4 loups, nous forcerons vos repaires cach\u00e9s ! \u00bb<br \/><br \/>Tous se riaient&nbsp;: l\u00e0-haut , sous les sombres ramures,<br \/>Les calmes dieux semblaient immobiles et sourds.<br \/>Mais brandis par les mains des guerri\u00e8res, toujours<br \/>Des javelots stridents vibraient sur les armures.<br \/><br \/>Et les h\u00e9ros, vainqueurs de monstres, les tueurs<br \/>Des dragons enflamm\u00e9s, des hydres et des stryges<br \/>Roulaient honteusement broy\u00e9s sous les quadriges.<br \/>Leurs yeux mi-clos rougis de mourantes lueurs<br \/><br \/>Se tournaient vers les seins des pr\u00eatresses complices<br \/>Qui m\u00e9prisant leurs cris et leurs r\u00e2les derniers,<br \/>Joyeuses, bondissaient sur les rauques charniers<br \/>Et tendaient vers le ciel leurs mains triomphatrices.<br \/><br \/>\u2014 Pierre Quillard, <em>Le bois sacr\u00e9,<\/em>1897<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#defde9\">La B\u00eate monstrueuse et le bon Chevalier<br \/>Ont lutt\u00e9 tout le jour : le dragon mort distille<br \/>Un supr\u00eame venin sur le sable infertile,<br \/>Et le triomphateur entre dans le hallier.<br \/><br \/>Il va, les yeux hagards d\u2019un songe familier:<br \/>L\u00e0-bas , le palais d\u2019or miraculeux rutile<br \/>Et la Princesse r\u00eave, en sa gr\u00e2ce inutile,<br \/>\u00c0 l\u2019amant inconnu qui la doit \u00e9veiller.<br \/><br \/>Mais lorsque le vainqueur de l\u2019hydre et des licornes<br \/>Vit, apr\u00e8s le bois sombre et les escaliers mornes,<br \/>La vierge aux cheveux blonds comme un soleil d&#8217;Avril<br \/><br \/>Dans la jeune splendeur de sa pubert\u00e9 m\u00fbre,<br \/>L\u2019angoisse de l\u2019amour mordit son c\u0153ur viril<br \/>Et sa chair de h\u00e9ros trembla sous son armure.<br \/><br \/>\u2014 Pierre Quillard, <em>La peur d&#8217;aimer, <\/em>1897<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff2fe\">When all were answered and the mind<br \/>of the fair Prince some rest could find,<br \/>then Barlaam taught him of the virtue<br \/>in Baptism lies, and how &#8217;tis due<br \/>each Christian be baptized, &#8221; for<br \/>even now perchance is Death at the door,<br \/>and he who unbaptized dies<br \/>plays fast and loose with Paradise.&#8221;<br \/>As rung this warning in his ears<br \/>burst forth the Prince with contrite tears,<br \/>clung &#8211; to the monk and aye implored him.<br \/>Gently spake Barlaam and restored him,<br \/>and from the fountain in the court,<br \/>where then they stood, some drops he caught<br \/>in his hollow hand and made the sign<br \/>of the cross and spake the words divine.<br \/>&#8221; And though thy sins be as a million,<br \/>though they glare forth as doth vermilion,<br \/>they will be whitened like as snow ;<br \/>though coloured purple, white as wool.&#8221;<br \/>Then Barlaam made the Prince to know<br \/>how that the world with snares was full,<br \/>and told the tale of the man who fell<br \/>through fear of death into a well.<br \/>&#8221; He from an unicorn did flee<br \/>and heeded not the well till he<br \/>had fallen therein, but caught perchance<br \/>on his downward path at the little branch<br \/>of a tree that clung within a crevice ;<br \/>and deep below in the abyss<br \/>he gazing sees a dragon lying<br \/>him with red cruel eyes espying ;<br \/>and by the stone where his toes do rest<br \/>an aspic with a fourfold crest,<br \/>while the frail branch to which he clings<br \/>as over the abyss it swings,<br \/>two mice, one white and the other black,<br \/>behold ! with busy jaws attack.<br \/>But lo ! some drops of honey slipping<br \/>adown the bough he would be lipping<br \/>(for ah! so sweet), and at once with scorn<br \/>drives from his thoughts the unicorn,<br \/>the mice, the aspic&#8217;s fourfold crest,<br \/>the waiting dragon and the rest,<br \/>and only thinks how he shall try<br \/>some drops of the honey to come by.<br \/>The unicorn, O Prince, is death,<br \/>the well is the world, where every breath<br \/>is drawn in peril, the two mice<br \/>are the night and the day which eat away<br \/>the branch ol~ life, and the honey dripping<br \/>the joys of the world which man entice,<br \/>yet always from his lips are slipping&#8217;.<br \/>The aspic with the fourfold crest<br \/>figures the elements at rest<br \/>within our body, which resolved<br \/>the human frame is quick dissolved.<br \/>The dragon, cruel and flamboyant,<br \/>is the vast belly of Hell aye waiting<br \/>for those who in lust&#8217;s arms do pant,<br \/>careless of all but pleasure&#8217;s sating.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Douglas Ainslie, <em>John of Damascus<\/em>, 1901<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1e9e9\">Toujours se pavanant, ils oublieraient un peu<br \/>Qu\u2019ils sont l\u00e0 pour l\u2019amour et sa sauvagerie,<br \/>Et comme il appara\u00eet sur les tapisseries,<br \/>La licorne et le chien s\u2019assoiront aupr\u00e8s d\u2019eux.<br \/><br \/>Et le soir, las de gr\u00e2ce et de c\u00e9r\u00e9monie,<br \/>N\u2019ayant plus la ferveur qu\u2019il faudrait pour l\u2019amour<br \/>Ils se souhaiteraient un bon soir tour \u00e0 tour<br \/>Sans qu\u2019une main plus chaude \u00e0 l\u2019autre reste unie.<br \/><br \/>Alors chacun dormant dans son lit enchant\u00e9,<br \/>Leurs r\u00eaves se joindront aux travers des fen\u00eatres,<br \/>Et se pressant en songe ils auront pu conna\u00eetre<br \/>Le bel enlacement sans sa t\u00e9m\u00e9rit\u00e9\u2026<br \/><br \/>\u2014 Anna de Noailles, <em>Conte de f\u00e9e<\/em>, in <em>L&#8217;ombre des jours<\/em>, 1902<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffcdcd\">La po\u00e9sie des symbolistes a exprim\u00e9 des r\u00eaves abscons et froids, et non la vie. Ils ont cr\u00e9\u00e9 tout un d\u00e9cor de glaives, d&#8217;urnes, de cypr\u00e8s, de chim\u00e8res et de licornes qui s&#8217;en va d\u00e9j\u00e0 rejoindre au magasin des accessoires surann\u00e9s le d\u00e9cor romantique, les nacelles, les \u00e9charpes, les gondoles, les seins brunis et les saules, les cimeterres et les dagues qui en 1850 avaient d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9 de plaire.<br \/><br \/>\u2014 Fernand Gregh, dans <em>Le Figaro, <\/em>1902<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" id=\"PAG_00000017_TB000002\" style=\"background-color:#d8f8e3\"><em>Pour un tableau d\u2019Armand Point.<\/em><br \/><br \/>Lumineuse en sa robe o\u00f9 l\u2019aurore a trembl\u00e9, <br \/>La Reine veut dompter, par le don du miracle, <br \/>La Licorne qui broute un tendre brin de bl\u00e9, <br \/>Puis piaffe dans les fleurs, et s\u2019\u00e9broue et ren\u00e2cle.<br \/><br \/>Malgr\u00e9 les jeux du paon qui s\u2019\u00e9ploie, ocell\u00e9, <br \/>Elle le m\u00e8ne au lieu d\u00e9sign\u00e9 par l\u2019oracle, <br \/>O\u00f9 la femme, avant lu dans le livre scell\u00e9, <br \/>Doit surprendre le Mal et d\u00e9truire l\u2019Obstacle.<br \/><br \/>Et lorsqu\u2019au soir du monde o\u00f9 J\u00e9sus vaincra Pan, <br \/>La Licorne, dont l\u2019\u0153il luira du feu de l\u2019\u00e2me, <br \/>Aura sous ses sabots \u00e9cras\u00e9 le serpent,<br \/><br \/>La Voyante suivra la double croix de flamme <br \/>Qu\u2019ouvrent au ciel l\u2019essor et le glaive brandis <br \/>De l\u2019Ange qui d\u00e9fend le prochain paradis.<br \/><br \/>Stuart Merrill, <em>La princesse et la licorne, <\/em>1902<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffed7\">Elle \u00e9tait toute v\u00eatue d\u2019un brocart sem\u00e9 de feuilles de tremble, et, svelte et droite comme un lis, montait \u00e0 cru une licorne, une \u00e9l\u00e9gante et fabuleuse b\u00eate de r\u00eave au poil luisant comme du m\u00e9tal. La dame \u00e0 la licorne portait sur ses cheveux noirs un casque d\u2019or surmont\u00e9 d\u2019une petite couronne et, tel un chevalier, tenait une lance en arr\u00eat. Elle barra le passage au jeune sire et, tandis qu\u2019elle le mena\u00e7ait de sa lance, elle d\u00e9mentait sa mauvaise intention d\u2019un sourire et d\u00e9signait du doigt \u00e0 Bertram une \u00e9norme rose rouge saignant \u00e0 sa ceinture&nbsp;; mais lui n\u2019avait que son id\u00e9e de meurtre en t\u00eate&nbsp;; il \u00e9cartait du revers de l\u2019\u00e9p\u00e9e la lance en fin acier de la belle guerri\u00e8re et passait outre. La belle dame lui fouetta au passage la figure avec la rose de son gorgerin, mais c\u2019est une rose s\u00e8che qui s\u2019effeuilla et le jeune homme, s\u2019\u00e9tant retourn\u00e9 surpris, ne vit plus qu\u2019une vieille femme qui fuyait au galop sur un \u00e2ne.<br \/><br \/>\u2014 Jean Lorrain, <em>Princesses d\u2019ivoire et d\u2019ivresse<\/em>, 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f8eeee\">UN HOMME : Un h\u00e9ros est parmi nous! Il est entr\u00e9, sonpas est celui d&#8217;un roi, il tient \u00e0 la main un b\u00e2ton, il vient de loin! Un h\u00e9ros!<br \/>LE PEUPLE &#8211; Quels sont les signes? Une licorne marche-t-elle avec lui? Une \u00e9toile scintille-t-elle au-dessus de sa t\u00eate?<br \/>LE MESSAGER &#8211; Les \u00e9toiles sont dans ses yeux; et la force de la licorne ceint ses reins!<br \/><br \/>\u2014 Hugo von Hofmannsthal, <em>Oedipe et le Sphinx, <\/em>1905.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e3f6ff\">Aristote, Oppien, \u00c9lien, Philostorge,<br \/>On\u00e9sicrite, Pline, H\u00e9rodote, Strabon<br \/>Nous ont de la licorne, appris, mauvais ou bon<br \/>Ce que l\u2019Antiquit\u00e9 sur sa blancheur se forge.<br \/><br \/>La candeur de ses m\u0153urs, la blancheur de sa gorge,<br \/>Sa corne o\u00f9 l\u2019on boit pur le vin de Chalibon,<br \/>Et la vierge qui, seule, en pudique jupon,<br \/>La capte en lui tendant du laitage ou de l\u2019orge.<br \/><br \/>La l\u00e9gende sur elle est prodigue \u00e0 foison&nbsp;;<br \/>Et, les eaux d\u2019une source, en s\u00fbr contre-poison<br \/>La licorne les change en y trempant sa corne.<br \/><br \/>Mieux que, m\u00eame Cluny, son s\u00e9jour est Verteuil&nbsp;!<br \/>Je lui menais gu\u00e9rir mon plaisir et mon deuil.<br \/>Des deux, celui qu\u2019on croit, n\u2019est-il pas le moins morne.<br \/><br \/>\u2014 Robert de Montesquiou, <em>Monoceros<\/em>, in <em>Les hortensias bleus<\/em>, 1906<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f3c2\">L\u2019\u00e9tendard aux blanches licornes voguait dans l\u2019espace par-dessus le corps gibbeux de Flahaut pendu \u00e0 une potence de vingt-cinq pieds. Autour, avec de longs cris rauques, des corbeaux becquettaient le cadavre, puis filaient vers leurs petits clapis aux gueules des barbacanes.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Paul Adam, <em>Les Feux du Sabbat, <\/em>1907<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6f0\">Au bord de Tar\u00e8ne, Mahaud se reposait confiante, orgueilleuse pour la splendeur de ses ornements, pour la beaut\u00e9 de sa garde fra\u00eechement v\u00eatue, arm\u00e9e d&#8217;\u00e9cus resplendissants. Nu-t\u00eate, un cercle d&#8217;or dans les cheveux, Orisel arborait \u00e0 la gloire du soleil ses jambes flexibles, la ligne sinueuse de son torse azur aux licornes blanches. L\u00e9nore, diapr\u00e9e d&#8217;or et d&#8217;\u00e9carlate, se tenait \u00e0 gauche, attirant sur la beaut\u00e9 de son visage les regards unanimes. Et la magicienne se flattait de l&#8217;impeccable vertu de ses \u00e9lectuaires. Cuits selon les rites, les onguents les essences de roses et de myrtes donnaient aux serviteurs cette beaut\u00e9; les breuvages d&#8217;absinthe et de rue pr\u00eataient cette rage vigoureuse aux champions. D&#8217;ailleurs N\u00e9bo promit qu&#8217;elle ne serait point vaincue par bataille.<br \/><br \/>\u2014 Paul Adam, <em>Les feux du sabbat, <\/em>1907<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9cece\">La Nuit f\u00e9line dans sa robe de velours&nbsp;<br \/>Berce les eaux, les vals profonds et les ciels mornes,&nbsp;<br \/>Et des saules noueux estompe les contours.<br \/><br \/>Et les nuages roux du ponant sont des mornes&nbsp;<br \/>O\u00f9 grimpent, lance au poing, d&#8217;atroces cavaliers&nbsp;<br \/>\u00c9peronnant le vol furieux des licornes.<br \/><br \/>Or la Dame qui r\u00eave aux serments oubli\u00e9s&nbsp;<br \/>Marmonne un virelai tr\u00e8s ancien. La d\u00e9mence&nbsp;<br \/>Elargit sur son front les deuils multipli\u00e9s.&nbsp;<br \/><br \/>Laurent Tailhade, <em>Les fleurs d\u2019Oph\u00e9lie, <\/em>1907<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0f0fd\">Droite, devant le seuil ouvert, <br \/>Immobile, comme une borne, <br \/>Ayant \u00e0 ses pieds, la licorne <br \/>L\u2019oiseau Roch et le dragon vert, <br \/>Sous le feuillage obscur d\u2019un h\u00eatre <br \/>Qui semblait un arbre \u00e0 genoux, <br \/>Ses yeux durs dirig\u00e9s vers nous, <br \/>La Reine venait d\u2019appara\u00eetre!<br \/><br \/>&#8211; Alain Erlande, <em>Ballade de la reine de Tongua<\/em>, 1907<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f4f6\">Il y avait des chevaux &#8211; des chevaux blancs et imp\u00e9tueux, mont\u00e9s par des cavaliers blancs, \u00e9tincelants. Il y avait un cheval sans cavalier, et quelqu\u2019un me prit, me posa sur lui, et nous part\u00eemes loin, avec le vent, comme le vent\u2026<br \/>Nous allions toujours de l\u2019avant. Par un portail, nous p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes dans un beau jardin \u00e0 l\u2019odeur printani\u00e8re, avec des champs de bl\u00e9, et des vignes comme celles que j\u2019ai vues en France, et les raisins \u00e9taient m\u00fbrs. Je pensais que nous \u00e9tions au ciel. Alors je vis que les chevaux que nous montions s\u2019\u00e9taient chang\u00e9s en licornes, qui entreprirent de pi\u00e9tiner les vignes, de briser les ceps. Je tentais en vain de les arr\u00eater.<br \/><br \/>\u2014 William Butler Yeats, T<em>he Unicorn from the Stars,<\/em> 1908<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c7eed5\">\u201cYou shall have centuries of sleep,\u201d said the soul, \u201cbut you must not sleep now, for I have seen deep meadows with purple flowers flaming tall and strange above the brilliant grass, and herds of pure white unicorns that gambol there for joy, and a river running by with a glittering galleon on it, all of gold, that goes from an unknown inland to an unknown isle of the sea to take a song from the King of Over-the-Hills to the Queen of Far-Away.<br \/><br \/>\u2014 Lord Dunsany, <em>A Dreamer&#8217;s Tale, <\/em>1910<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcf5c0\">SI en apercevant la Dame \u00e0 la Licorne dans robe bleu de roy, Audifax pouvait s&#8217;\u00e9tonner de n&#8217;avoir jamais vu Odette sous cet aspect, il eut jur\u00e9 par contre que, d\u00e9v\u00eatue, elle montrerait ce m\u00eame corps \u00e9maci\u00e9, aux lignes raides, aux jambes gr\u00e8les trop longues pour le buste, \u00e0 la poitrine comprim\u00e9e. Chez la Dame \u00e0 la Licorne, la f\u00e9minit\u00e9 ne transpara\u00eet que sur le visage. les narines s&#8217;ouvrent pour humer l&#8217;odeur du p\u00e9ch\u00e9, qu&#8217;on pr\u00e9tendait \u00e9loigner d&#8217;elle en atrophiant son corps.<br \/><br \/>\u2014 Richard Gaston-Charles, <em>La Danseuse nue et la Dame \u00e0 la Licorne, <\/em>1908<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" id=\"PAG_00000173_TB000013\" style=\"background-color:#d3ecff\">Dans l\u2019assoupissement du moyen \u00e2ge morne, <br \/>Baron, j\u2019aurais somm\u00e9 d\u2019une torse licorne<br \/>Le chef altier de mon blason.<br \/><br \/>\u2014 Maurice Levaillant, <em>Le temple int\u00e9rieur, <\/em>1910. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7e1f8\">Il y a ici des tapisseries, Abelone, des tapisseries. Je me figure que tu es l\u00e0&nbsp;; il y a six tapisseries&nbsp;; viens, passons lentement devant elles. Mais d\u2019abord fais un pas en arri\u00e8re et regarde-les, toutes \u00e0 la fois. Comme elles sont tranquilles, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Il y a peu de vari\u00e9t\u00e9 en elles. Voici toujours cette \u00eele bleue et ovale, flottant sur le fond discr\u00e8tement rouge, qui est fleuri et habit\u00e9 par de petites b\u00eates tout occup\u00e9es d\u2019elles-m\u00eames. L\u00e0 seulement, dans le dernier tapis, l\u2019\u00eele monte un peu, comme si elle \u00e9tait devenue plus l\u00e9g\u00e8re. Elle porte toujours une forme, une femme, en v\u00eatements diff\u00e9rents, mais toujours la m\u00eame. Parfois il y a \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle une figure plus petite, une suivante, et il y a toujours des animaux h\u00e9raldiques&nbsp;: grands, qui sont sur l\u2019\u00eele, qui font partie de l\u2019action. \u00c0 gauche un lion, et \u00e0 droite, en clair, la licorne&nbsp;; ils portent les m\u00eames banni\u00e8res qui montent, haut au-dessus d\u2019eux&nbsp;: de gueules \u00e0 bande d\u2019azur aux trois lunes d\u2019argent. As-tu vu&nbsp;? Veux-tu commencer par la premi\u00e8re&nbsp;?<br \/><br \/>\u2014 Reiner Maria Rilke, <em>Les cahiers de Malte Laurids Brigge, <\/em>1910<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feffed\">C\u2019\u00e9taient les jours de cette chr\u00e9tient\u00e9 avignonnaise qui, une g\u00e9n\u00e9ration plus t\u00f4t, s\u2019\u00e9tait press\u00e9e autour de Jean XXII en un recours si involontaire, qu\u2019au lieu de son pontificat, avait surgi aussit\u00f4t apr\u00e8s lui la masse de ce palais clos et lourd comme un dernier corps de refuge pour l\u2019\u00e2me de tous. Mais lui-m\u00eame, le petit vieillard, l\u00e9ger et immat\u00e9riel, vivait encore \u00e0 la vue de tous. Tandis que, \u00e0 peine arriv\u00e9, sans retard, il commen\u00e7ait \u00e0 agir vite et hardiment, les \u00e9cuelles \u00e9pic\u00e9es de poison \u00e9taient sur sa table. Le contenu du premier gobelet devait toujours \u00eatre r\u00e9pandu car le morceau de licorne \u00e9tait d\u00e9color\u00e9 lorsque l\u2019\u00e9chanson l\u2019en retirait.<br \/><br \/>\u2014 Reiner Maria Rilke, <em>Les cahiers de Malte Laurids Brigge, <\/em>1910<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe2e8\">Il accueillit honorablement Faustroll, et, tendant le bras du haut du calvaire, il d\u00e9posa dans notre as le viatique de vingt-quatre oreilles de mer d\u2019Habundois, \u00e0 la brochette d\u2019une corne d\u2019unicorne.<br \/><br \/>\u2014 Alfred Jarry, <em>Gestes et opinions du docteur Faustroll,<\/em> 1911<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" id=\"PAG_00000015_TB000004\" style=\"background-color:#eeeeee\">Les nains forgeaient au soir pour le h\u00e9ros futur.<br \/>L\u2019enclume sous leurs coups sonnait dans la clairi\u00e8re,<br \/>Et l\u2019\u00e9tincelle chue au choc du marteau dur <br \/>Posait son escarboucle aux tentures de lierre. <br \/><br \/>Les nains forgeaient, avec l\u2019\u00e9p\u00e9e aux quillons d&#8217;or,<br \/>La targe d\u2019airain noir o\u00f9 s\u2019acharnait la guivre, <br \/>Le casque o\u00f9 le griffon tentait un vain essor <br \/>Et le cor triomphal ouvert en fleur de cuivre. <br \/><br \/>Les Kobolds martelaient et les licornes blanches <br \/>Eblouissant la nuit de soudaines clart\u00e9s,<br \/>De leur corne trouaient le rideau vert des branches <br \/>Et frissonnaient au bruit des marteaux enchant\u00e9s. <br \/><br \/>Mais quand les nains sentant se clore leur attente <br \/>Hauss\u00e8rent vers le ciel le fer qui resplendit <br \/>Les licornes vers eux hennirent d&#8217;\u00e9pouvante. <br \/>Et lointain, dans la brume, un cheval r\u00e9pondit.<br \/><br \/>\u2014 L\u00e9on Verane, <em>Les licornes, <\/em>1911<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1ffed\">Par la porte de corne<br \/>Les songes vrais<br \/>Le sphinx et la licorne<br \/>Et les cypr\u00e8s<br \/><br \/>\u2014 Charles P\u00e9guy, La<em> ballade du c\u0153ur qui a tant battu<\/em>, 1911<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dcf0ff\">Aux coups de reins se marque le relais : la b\u00eate qui m&#8217;emporte a le galop doux, la peau \u00e9cailleuse et nacr\u00e9e, le front aigu, les yeux pleins de ciel et de larmes :<br \/>La Licorne me tra\u00eene je ne sais plus o\u00f9. Bramant de vertige, je m&#8217;abandonne. Qu&#8217;ils descendent au loin sous l&#8217;horizon fini les chevaux courts et gras du sage seigneur M\u00e2, duc de Lou.<br \/><br \/>\u2014 Victor Segalen, <em>Char emport\u00e9<\/em>, in St\u00e8les, 1912<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dce3ff\">Douleur qui double les destins<br \/>La licorne et le capricorne<br \/>Mon \u00e2me et mon corps incertain<br \/>Te fuient \u00f4 b\u00fbcher divin qu\u2019ornent<br \/>Des astres des fleurs du matin<br \/><br \/>\u2014 Guillaume Apollinaire, R<em>\u00e9ponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople<\/em>, in <em>Alccols<\/em>, 1913<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff6cb\">Seigneur que t\u2019ai-je fait&nbsp;? Vois Je suis unicorne<br \/>Pourtant malgr\u00e9 son bel effroi concupiscent<br \/>Comme un poupon ch\u00e9ri mon sexe est innocent<br \/>D\u2019\u00eatre anxieux seul et debout comme une borne<br \/><br \/>\u2014 Guillaume Apollinaire, <em>L\u2019Ermite<\/em>, in <em>Alcools<\/em>, 1913<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbeae7\">Vois les vases sont pleins d\u2019humides fleurs morales<br \/>Va-t\u2019en mais d\u00e9nud\u00e9 puisque tout est \u00e0 nous<br \/>Ou\u00efs du ch\u0153ur des vents les cadences plagales<br \/>Et prends l\u2019arc pour tuer l\u2019unicorne ou le gnou<br \/><br \/>\u2014 Guillaume Apollinaire, <em>Alcools<\/em>, 1913<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Et le plaisir que lui donnait la musique et qui allait bient\u00f4t cr\u00e9er chez lui un v\u00e9ritable besoin, ressemblait en effet \u00e0 ces moments-l\u00e0, au plaisir qu&#8217;il aurait eu \u00e0 exp\u00e9rimenter des parfums, \u00e0 entrer en contact avec un monde pour lequel nous ne sommes pas faits, qui nous semble sans forme parce que nos yeux ne le per\u00e7oivent pas, sans signification parce qu&#8217;il \u00e9chappe \u00e0 notre intelligence, que nous n&#8217;atteignons que par un seul sens. Grand repos, myst\u00e9rieuse r\u00e9novation pour Swann &#8211; pour lui dont les yeux quoique d\u00e9licats amateurs de peinture, dont l&#8217;esprit quoique fin observateur de m\u0153urs, portaient \u00e0 jamais la trace ind\u00e9l\u00e9bile de la s\u00e9cheresse de sa vie &#8211; de se sentir transform\u00e9 en une cr\u00e9ature \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9, aveugle, d\u00e9pourvue de facult\u00e9s logiques, presqu&#8217;une fantastique licorne, une cr\u00e9ature chim\u00e9rique ne percevant le monde que par l&#8217;ou\u00efe.<br \/><br \/>\u2014 Marcel Proust, <em>Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann,<\/em> 1913<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ede7fa\">My sister Yseult was very beautiful. After the first day Sir Sagramore forgot all about the giant, and seemed to want to do nothing else except have Yseult show him how to play cat\u2019s cradle. They were married two months later, and my father sent my sister Elaine to Camelot to ask for a knight to protect us against a wild unicorn.&#8217;<br \/><br \/>\u2014 P.G. Wodehouse, <em>Sir Agravaine<\/em>, 1914.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e9fde0\">Au dire des bestiaires de la science h\u00e9raldique, la Licorne est un cheval-ch\u00e8vre de couleur blanche et sans taches. Cette b\u00eate intr\u00e9pide porte au front, en guise de corne, une merveilleuse et redoutable \u00e9p\u00e9e. Dou\u00e9e de jambes rapides, elle d\u00e9fie les poursuites du veneur et ses atteintes meurtri\u00e8res. Mais si, dans la clairi\u00e8re des bois, quelque jeune fille se rencontre sur son passage, soudain la Licorne s&#8217;arr\u00eate. Elle ob\u00e9it \u00e0 la voix de la vierge, incline humblement sur son giron sa blanche t\u00eate et se laisse prendre ais\u00e9ment par les faibles mains de cette enfant.<br \/>La Licorne \u00e9tant le support des armoiries de la vieille Angleterre, quelques-uns adapt\u00e8rent cette l\u00e9gende \u00e0 la miraculeuse histoire de Jeanne d&#8217;Arc. Je n&#8217;y contredis pas; mais la blancheur immacul\u00e9e de cet animal de songe \u2014 qui existe r\u00e9ellement, assure-t-on, dans les montagnes inexplor\u00e9es de la Birmanie \u2014 me g\u00eane un peu. Une robe si pure attribu\u00e9e l&#8217;Angleterre me d\u00e9concerte et je ne vois pas non plus cette nation superbe se laissant dompter par l&#8217;innocence.<br \/>Les Anglais, au quinzi\u00e8me si\u00e8cle, \u00e9taient ce que sont encore aujourd&#8217;hui les Allemands de Guillaume II, des brutes pillardes et f\u00e9roces, inaccessibles \u00e0 toute g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, \u00e0 toute bont\u00e9, \u00e0 toute justice, invuln\u00e9rables dans leur orgueil de pachydermes, aussi incapables d&#8217;un mouvement de chevalerie que d&#8217;un discernement rudimentaire de la Beaut\u00e9 ou de la Grandeur, maleb\u00eates ex\u00e9crables qu&#8217;il fallait d\u00e9truire ou expulser par quelque moyen que ce f\u00fbt. Toutefois cette l\u00e9gende exprime singuli\u00e8rement le d\u00e9cor surnaturel et la force de rayonnement que le Moyen Age attribuait \u00e0 la virginit\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 L\u00e9on Bloy, <em>Jeanne d\u2019Arc et l\u2019Allemagne<\/em>, 1915<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ecf0ff\">Or la Cavale blanche de forme tr\u00e8s parfaite qu&#8217;il avait recueillie et sauv\u00e9e, et qui d&#8217;ores en avant le suivait partout, priant pour ses caresses; il la vit avec effroi changer de figure; car sa plaie douloureuse au milieu du front se muait en une diabolique et tr\u00e8s m\u00e9chante corne (unicorne). En m\u00eame temps ses yeux changeaient, devenant plus doux que regard aim\u00e9 de dame et ma\u00eetresse&#8230; et renon\u00e7ant \u00e0 porter l&#8217;\u00c9vangile plus avant dans ces lieux, il la suivait partout. Son chemin d\u00e9crivait une orbe insens\u00e9e, sans coudure et sans fin. Pourtant un jour elle joignit son m\u00e2le d\u00e9moniaque, le Dragon. Alors l&#8217;Ap\u00f4tre pleura, et il s&#8217;en revint en arri\u00e8re.<br \/><br \/>\u2014 Victor Segalen, <em>La queste \u00e0 la licorne de Messire Beroald de Loudun (<\/em>texte inachev\u00e9), BNF, ms NAF 28412 (3, 1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faffe8\">Or they\u2019d hurl a spell at him,<br \/>That he follow with desire<br \/>Bodies that can never tire<br \/>Or grow kind, for they anoint<br \/>All their bodies, joint by joint,<br \/>With a miracle-working juice<br \/>That is made out of the grease<br \/>Of the ungoverned unicorn.<br \/>But the man is thrice forlorn,<br \/>Emptied, ruined, wracked, and lost,<br \/>That they follow, for at most<br \/>They will give him kiss for kiss<br \/>While they murmur, \u201cAfter this<br \/>Hatred may be sweet to the taste.\u201d<br \/><br \/>\u2014 William Butler Yeats, <em>Against Witchcraft<\/em>, 1919<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbe4e4\">Pseudo-sonnet plus sp\u00e9cialement truculent et all\u00e9gorique<br \/><br \/><em>Nargue Legrand-du-Saule et sois un Grand-du-C\u00e9dre.<\/em> X. Flumen<br \/><br \/>Il hurlait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon nombril est un chrysob\u00e9ryl&nbsp;!<br \/>mon corps est serti de feldspath et d\u2019argyrose,<br \/>ma couche est le pystil entr\u2019ouvert d\u2019une rose<br \/>et c\u2019est d\u2019or pur que ZEUS fit mon membre viril&nbsp;!<br \/><br \/>Mon p\u00e8re l\u2019IBIS NOIR et ma m\u00e8re l\u2019\u00c9TOILE<br \/>Gamma du Petit-Chien dorment sur le Liban&nbsp;:<br \/>voil\u00e0 pourquoi je hais l\u2019inf\u00e2me Caliban&nbsp;;<br \/>\u00e0 quatorze ans j\u2019entrai chez un marchand de toiles<br \/><br \/>peintes&nbsp;! Cet homme-l\u00e0 ne fut qu\u2019un propre \u00e0 rien&nbsp;!!<br \/>\u00ab&nbsp;Nabuchodonosor&nbsp;!!!! \u00f4 quel Assyrien&nbsp;!!!<br \/>\u00ab&nbsp;Moi&nbsp;! j\u2019ai des cornes de Licorne dans la bouche&nbsp;!<br \/><br \/>\u00ab&nbsp;Gazelle de sinople aux juillets pluvieux&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb<br \/>Et, comme il achevait le m\u00e9decin, un vieux<br \/>ras\u00e9 dit au gardien&nbsp;: Qu\u2019on le m\u00e8ne \u00e0 la douche&nbsp;!!<br \/><br \/>\u2014 George Fourest, <em>La N\u00e9gresse blonde<\/em>, 1920<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6f6f6\">&#8220;Yes,&#8221; said the pushmi-pullyu\u2014&#8221;to the Abyssinian Gazelles and the Asiatic Chamois on my mother&#8217;s side. My father&#8217;s great-grandfather was the last of the Unicorns.&#8221;<br \/>&#8220;Most interesting!&#8221; murmured the Doctor<br \/><br \/>\u2014 Vous appartenez \u00e0 la famille des cervid\u00e9s, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<br \/>\u2014 Oui, r\u00e9pondit le poussemoi-tiretoi, je suis par ma m\u00e8re de la famille des gazelles abyssiniennes et des chamois asiatiques. Le grand p\u00e8re de mon p\u00e8re \u00e9tait la derni\u00e8re licorne.<br \/><br \/>\u2014 Hugh Lofting, <em>The Story of Dr Dolittle<\/em>, 1920<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2d4e6\">La guerre, qui d\u00e9tachait soudain du blason des grands empires les animaux h\u00e9raldiques et les faisait pour moi lutter silencieusement \u00e0 mort, la licorne avec l&#8217;ours, l&#8217;aigle \u00e0 une t\u00eate avec son coll\u00e8gue \u00e0 trois t\u00eates.<br \/><br \/>\u2014 Jean Giraudoux, <em>Suzanne et le Pacifique, <\/em>1921<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcffdc\">Oh, c\u2019est elle, la b\u00eate qui n\u2019existait pas<br \/>Eux, ils n&#8217;en savaient rien, et de toutes fa\u00e7on<br \/>&#8211; son allure et son port, son col et m\u00eame la lumi\u00e8re<br \/>calme de son regard &#8211; ils l&#8217;ont aim\u00e9e.<br \/><br \/>Elle, c&#8217;est vrai, n&#8217;existait point. Mais parce qu&#8217;ils l&#8217;aimaient<br \/>b\u00eate pure, elle fut. Toujours ils lui laissaient l&#8217;espace.<br \/>Et dans ce clair espace \u00e9pargn\u00e9, doucement,<br \/>Elle leva la t\u00eate, ayant \u00e0 peine besoin d&#8217;\u00eatre.<br \/><br \/>Ce ne fut pas de grain qu\u2019ils la nourrirent, mais<br \/>rien que, toujours, de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre.<br \/>Et cela lui donna, \u00e0 elle, tant de force,<br \/><br \/>qu\u2019elle s\u2019en fit une corne \u00e0 son front. La corne.<br \/>Et puis s\u2019en vint de l\u00e0, blanche, vers une vierge,<br \/>et fut dans le miroir d\u2019argent et puis en elle.<br \/><br \/>\u2014 Reiner Maria Rilke, <em>Sonnets \u00e0 Orph\u00e9e<\/em>, 1922<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f0ff\">Whereat Crotthers of Alba Longa sang young Malachi\u2019s praise of that beast the unicorn how once in the millenium he cometh by his horn the other all this while pricked forward with their jibes wherewith they did malice him, witnessing all and several by saint Foutinus his engines that he was able to do any manner of thing that lay in man to do.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;James Joyce, <em>Ulysses<\/em>, 1922<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9deef\">L\u00e9on changeait l&#8217;eau des magnolias. Cette prunelle qui se dilate lentement \u00e0 la surface du meurtre, prunelle de licorne ou de griffon, m&#8217;engageait \u00e0 me passer de ses services.<br \/><br \/>\u2014 Andr\u00e9 Breton, <em>Poisson soluble<\/em>, 1924<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f0e6\">Mais les autres all\u00e9gu\u00e8rent que la b\u00eate si b\u00eate il y avait \u2013 \u00e9tait apparue \u00e0 la lueur de la lune et que dans ce cas, qui pouvait \u00eatre certain qu\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019une licorne&nbsp;? L\u2019un ajouta qu\u2019il \u00e9tait fort difficile de distinguer quoi que ce soit au clair de lune et un autre d\u00e9clara qu\u2019il \u00e9tait quasi impossible de reconna\u00eetre une licorne. Ils entam\u00e8rent alors une discussion \u00e0 propos de la taille et de l\u2019apparence de ces animaux, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 toutes les l\u00e9gendes o\u00f9 elles figurent, sans parvenir pour autant \u00e0 se mettre d\u2019accord entre eux sur le fait de savoir si oui ou non leur jeune ma\u00eetre avait chass\u00e9 la licorne. Finalement Narl, voyant qu\u2019ils ne parviendraient pas ainsi \u00e0 \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 et estimant qu\u2019il fallait, une fois pour toutes, d\u00e9cider si l\u2019\u00e9v\u00e9nement avait eu lieu ou non, Narl se leva et d\u00e9clara qu\u2019il \u00e9tait temps de passer au vote. Ils agirent donc selon un proc\u00e9d\u00e9 habituel qui consistait \u00e0 jeter des coquillages de couleurs vari\u00e9es dans une corne pass\u00e9e de main en main et vot\u00e8rent au sujet de la licorne, comme Narl l\u2019avait ordonn\u00e9. Il se fit un grand silence quand Narl fit le compte des coquillages. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il fut \u00e9tabli, par vote, que la licorne n\u2019avait pas exist\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Lord Dunsany, <em>La fille du roi des elfes, <\/em>1924<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d2e7fa\">And sometimes, since trophies from the amazing new world were eagerly awaited at home, together with unicorns&#8217; horns and lumps of ambergris and the fine stories of the engendering of whales and &#8220;debates&#8221; of elephants and dragons whose blood, mixed, congealed into vermilion, a living sample would be sent, a live savage caught somewhere off the coast of Labrador, taken to England, and shown about like a wild beast. Next year they brought him back, and took a woman savage on board to keep him company. When they saw each other they blushed; they blushed profoundly, but the sailors, though they noted it, knew not why. Later the two savages set up house together on board ship, she attending to his wants, he nursing her in sickness. But, as the sailors noted again, the savages lived together in perfect chastity.<br \/><br \/>\u2014 Virginia Woolf, <em>The Elizabethan Lumber Rooom<\/em>, 1925<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e5f2ea\">Ruin, weariness, death, perpetually death, stand grimly to confront the other presence of Elizabethan drama which is life: life compact of frigates, fir trees and ivory, of dolphins and the juice of July flowers, of the milk of unicorns and panthers&#8217; breath, of ropes of pearl, brains of peacocks and Cretan wine.<br \/><br \/>\u2014 Virginia Woolf, <em>Notes on Elizabethan Play, <\/em>1925<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Les immortels, eux-aussi, ont voulu aller \u00e0 la chasse. Mais quel gibier est digne de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise ? Le l\u00e9opard du bois de Boulogne, ou plut\u00f4t la l\u00e9oparde ? Le renard de l\u2019Op\u00e9ra ? Fi ! Que ces animaux-l\u00e0 sont vulgaires ! Parlez-moi de b\u00eates mythologiques comme le centaure, la chim\u00e8re, le vampire\u2026<br \/>Nos jetonniers du dictionnaire ont couru la licorne. Ils \u00e9taient huit, l\u2019autre jeudi, qui ont discut\u00e9, deux heures durant, pour savoir s\u2019il fallait laisser \u00e0 la licorne son ancienne d\u00e9finition. Cette d\u00e9finition disait : Licorne : animal fabuleux tenant de la ch\u00e8vre et du cheval, ainsi nomm\u00e9e \u00e0 cause de la corne unique qui d\u00e9core son front.<br \/>La licorne existe-t-elle ? A-t-elle exist\u00e9 dans les \u00e2ges anciens ? Est-ce un animal fabuleux n\u00e9 dans la cervelle d\u2019un po\u00e8te en d\u00e9lire ? Nos immortels us\u00e8rent leur apr\u00e8s-midi de jeudi dernier \u00e0 balancer les alternatives. Maints textes augustes firent d\u00e9sensevelis. On fit assaut de belles citations. Un de nos quarante \u2013 ils \u00e9taient huit \u2013 rappela l\u2019antique l\u00e9gende m\u00e9di\u00e9vale immortalis\u00e9e dans la soie et dans la laine par la c\u00e9l\u00e8bre tapisserie de Cluny[\u2026]<br \/>L\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise n\u2019a pas tenu compte de ces na\u00efves l\u00e9gendes. Elle les a rel\u00e9gu\u00e9es dans le sac aux sornettes. Elle a laiss\u00e9 \u00e9pingl\u00e9e au col de la licorne cette injurieuse pancarte \u00ab Animal fabuleux \u00bb.<br \/><br \/>\u2014 <em>La D\u00e9p\u00eache, 12 septembre 1925<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe9db\">En rayant ainsi dans les op\u00e9rations de son esprit la compr\u00e9hension et l\u2019\u00e9tonnement, il parvenait \u00e0 vivre sa vie habituelle, mais se trouvait par l\u00e0 m\u00eame hiss\u00e9 dans un domaine o\u00f9 tout devient possible, o\u00f9 les situations de l\u00e9gende doivent se poser \u00e0 chaque heure, et o\u00f9 l\u2019on peut avoir recours, pour les r\u00e9soudre, aux exp\u00e9dients de la l\u00e9gende. Alors que la visite de quelque cousin des environs l\u2019e\u00fbt autrefois surpris comme un \u00e9v\u00e9nement, il trouvait naturel que des Nouvelles-H\u00e9brides un de ses oncles, Georges de Lam\u00e9rouse, capitaine de fr\u00e9gate disparu depuis quarante ans, rev\u00eent lui dire bonjour. Des races de chiens qu\u2019il croyait, elles aussi, ray\u00e9es du monde, reparaissaient en plein Cours-la-Reine. Il accueillait tous ces miracles comme les faits les plus naturels, comme la tendresse d\u2019\u00c9glantine. Quelque temps encore, et les licornes, et les dragons allaient entrer en jeu. \u2013 La belle licorne ! e\u00fbt-il dit simplement \u00e0 sa vue, et il e\u00fbt inspect\u00e9 ses membres et ses proportions d\u2019apr\u00e8s ce Manuel des licornes qui voisinait dans sa biblioth\u00e8que avec le Manuel des chevaux arabes, et qui lui avait d\u2019ailleurs toujours sembl\u00e9 avoir la m\u00eame valeur pratique : la licorne ne se vise pas au d\u00e9faut de l\u2019\u00e9paule, mais \u00e0 la corne elle-m\u00eame, la licorne s\u2019attelle \u00e0 sept\u2026 Tout dans ce monde s\u2019\u00e9tait tellement transform\u00e9 depuis un mois, que rien en somme ne se trouvait transform\u00e9 par rapport \u00e0 rien. Fontranges, qui \u00e9tait d\u2019ailleurs assez partisan d\u2019un univers de ce genre, o\u00f9 les pauvres sont riches, les riches pauvres, mais volontairement, les ath\u00e9es religieux, les dieux, par modestie, ath\u00e9es, se contentait, dans cette atmosph\u00e8re vingt fois sur\u00e9lev\u00e9e et vingt fois plus sensible, d\u2019augmenter de vingt fois sa nonchalance naturelle.<br \/><br \/>\u2014 Jean Giraudoux, <em>\u00c9glantine<\/em>, 1927<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4e4ff\">Rach\u00e8te le temps. Rach\u00e8te<br \/>La vision ind\u00e9chiffr\u00e9e du plus haut r\u00eave,<br \/>Des licornes tiar\u00e9es tra\u00eenant la herse d\u2019or.<br \/><br \/>\u2014 T.S. Eliot, <em>Le mercredi des cendres<\/em>, 1930, trad. P. Leyris<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddf4ff\">Tout po\u00e8me est un blason. Il faut le d\u00e9chiffrer.<br \/>Que de sang, que de larmes en \u00e9change de ces haches, de ces gueules, de ces licornes, de ces torches, de ces tours, de ces merlettes, de ces semis d\u2019\u00e9toiles et de ces champs d\u2019azur!<br \/><br \/>\u2014 Jean Cocteau, <em>Le sang d\u2019un po\u00e8te<\/em>, 1930<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">La Pampa du Br\u00e9sil abonde en rhinoc\u00e9ros, animaux que l\u2019on peut ais\u00e9ment imaginer si l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 vu des licornes.<br \/><br \/>\u2014 Jean Paulhan, citation apocryphe d&#8217;Andr\u00e9 Th\u00e9vet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c7fada\">Une steppe na\u00eetra de l\u2019\u00e9cume atlantique<br \/>Du clair de lune et de la neige et du charbon<br \/>O\u00f9 nous emportera la licorne magique<br \/>Vers l\u2019an\u00e9mone \u00e9close au sein des tourbillons.<br \/><br \/>\u2014 Robert Desnos, Sir\u00e8ne &#8211; An\u00e9mone, 1930<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fde0e0\">\u00ab&nbsp;\u00c0 manger son propre sang<br \/>En tartine sur du pain<br \/><br \/>\u00c0 boire l\u2019eau de l\u2019\u00e9tang<br \/>O\u00f9 les morts prennent leur bain<br \/><br \/>\u00c0 prononcer des paroles<br \/>N\u00e9es de c\u0153urs empoisonn\u00e9s<br \/><br \/>\u00c0 fr\u00e9quenter les \u00e9coles<br \/>Des esprits emprisonn\u00e9s<br \/><br \/>\u00c0 marcher sur le chemin<br \/>O\u00f9 l\u2019on marche avec les mains<br \/><br \/>Le Minotaure a vieilli<br \/>Loin des siens et du pays<br \/><br \/>Il va retrouver les sphinx<br \/>Les licornes et les lynx<br \/><br \/>Qui lui disent il est tard<br \/>D\u00e9j\u00e0 l\u2019on ferme l\u2019enceinte<br \/><br \/>L\u2019homme salera ton lard<br \/>Dans un coin du labyrinthe<br \/><br \/>Mugis encore si tu peux<br \/>Minotaure de rien, Minotaure de peu.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Robert Desnos, Minotaure, 1932<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c0dff8\">Pareille aux chevaliers d&#8217;une tapisserie&nbsp;<br \/>Autour d&#8217;Arthur, debout pr\u00e8s de la Table-Ronde,&nbsp;<br \/>Penth\u00e9sil\u00e9e, preuse haute, reine blonde,&nbsp;<br \/>Sur un cheval au front de licorne, z\u00e9br\u00e9,&nbsp;<br \/>P\u00e9gase dont elle est l&#8217;aile qui l&#8217;a cabr\u00e9,&nbsp;<br \/>Arme ses talons clairs de grands \u00e9perons rouges.<br \/><br \/>Andr\u00e9 Lebey, <em>Fresque anglo-normande, <\/em>1932.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f9fde2\">There is no such thing as a great woman or great man. People believe in them like they used to believe in unicorns and dragons.<br \/><br \/>\u2014 George Bernard Shaw, 1932<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe5dc\">And death shall have no dominion.<br \/>Under the windings of the sea<br \/>They lying long shall not die windily;<br \/>Twisting on racks when sinews give way,<br \/>Strapped to a wheel, yet they shall not break;<br \/>Faith in their hands shall snap in two,<br \/>And the unicorn evils run them through;<br \/>Split all ends up they shan&#8217;t crack;<br \/>And death shall have no dominion.<br \/><br \/>\u2014 Dylan Thomas, <em>Death shall have no Dominion<\/em>, 1933<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d1e5f6\">\u201cBut the horn,\u201d said the young fellow who had asked at first about unicorns. \u201cWhy didn\u2019t you keep the horn?\u201d \u201cWaiter,\u201d said Jorkens without a word to his critic, \u201cbring me that toasting fork that I gave to the Club.\u201d We most of us present something to the Club, and sure enough Jorkens had once given an ivory-handled toasting fork, that lay in a drawer in the pantry; for whoever wants to use a toasting fork in a Club? And now the waiter brought it, a fork with silver prongs, or electro-plate, and a long ivory handle, too narrow for the tusk of an elephant and too long for a tooth. \u201cAnd bring me,\u201d he said, \u201ca small whiskey and soda.\u201d The whiskey was brought, and as he drank it the strange fork was handed round. Not all of us had seen it before; none of us had eyed it attentively. \u201cWell, what do you make of it?\u201d said Jorkens when he had finished his whiskey.<br \/><br \/>\u2014 Lord Dunsany, <em>Jorkens Remembers Africa, <\/em>1934.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6ffe1\">Un prosateur chinois a observ\u00e9 que la licorne, du fait m\u00eame de son anomalie, doit passer inaper\u00e7ue. Les yeux voient ce qu\u2019ils sont habitu\u00e9s \u00e0 voir.<br \/><br \/>\u2014 Jorge Luis Borges, <em>La Pudeur de l\u2019histoire<\/em>, in <em>Histoire universelle de l\u2019infamie<\/em>, 1935<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eff3f5\">\u201cSea Unicorns and Land Unicorns\u201d<br \/>with their respective lions\u2014<br \/>\u201cmighty monoceroses with immeasured tayles\u201d\u2014<br \/>these are the very animals<br \/>described by the cartographers of 1539,<br \/>defiantly revolving<br \/>in such a way that<br \/>the long keel of white exhibited in tumbling,<br \/>disperses giant weeds<br \/>and those sea snakes whose forms, looped in the foam, \u201cdisquiet shippers.\u201d<br \/>Knowing how a voyager obtained the horn of a sea unicorn<br \/>to give to Queen Elizabeth,<br \/>who thought it worth a hundred thousand pounds,<br \/>they persevere in swimming where they like,<br \/>finding the place where sea-lions live in herds,<br \/>strewn on the beach like stones with lesser stones\u2014<br \/>and bears are white;<br \/>discovering Antarctica, its penguin kings and icy spires,<br \/>and Sir John Hawkins\u2019 Florida<br \/>\u201cabounding in land unicorns and lions;<br \/>since where the one is,<br \/>its arch-enemy cannot be missing.\u201d<br \/>Thus personalities by nature much opposed,<br \/>can be combined in such a way<br \/>that when they do agree, their unanimity is great,<br \/>\u201cin politics, in trade, law, sport, religion,<br \/>china-collecting, tennis, and church-going.\u201d<br \/>You have remarked this fourfold combination of strange animals,<br \/>upon embroideries<br \/>enwrought with \u201cpolished garlands\u201d of agreeing difference\u2014<br \/>thorns, \u201cmyrtle rods, and shafts of bay,\u201d<br \/>\u201ccobwebs, and knotts, and mulberries\u201d<br \/>of lapis lazuli and pomegranate and malachite\u2014<br \/>Britannia\u2019s sea unicorn with its rebellious child<br \/>now ostentatiously indigenous to the new English coast;<br \/>and its land lion oddly tolerant of those pacific counterparts to it,<br \/>the water lions of the west.<br \/>This is a strange fraternity\u2014these sea lions and land lions,<br \/>land unicorns and sea unicorns:<br \/>the lion civilly rampant,<br \/>tame and concessive like the long-tailed bear of Ecuador\u2014<br \/>the lion standing up against this screen of woven air<br \/>which is the forest:<br \/>the unicorn also, on its hind legs in reciprocity.<br \/>A puzzle to the hunters, is this haughtiest of beasts,<br \/>to be distinguished from those born without a horn,<br \/>in use like Saint Jerome\u2019s tame lion, as domestics;<br \/>rebelling proudly at the dogs<br \/>which are dismayed by the chain lightning<br \/>playing at them from its horn\u2014<br \/>the dogs persistent in pursuit of it as if it could be caught,<br \/>\u201cderiving agreeable terror\u201d from its \u201cmoonbeam throat\u201d<br \/>on fire like its white coat and unconsumed as if of salamander\u2019s skin.<br \/>So wary as to disappear for centuries and reappear,<br \/>yet never to be caught,<br \/>the unicorn has been preserved<br \/>by an unmatched device<br \/>wrought like the work of expert blacksmiths,<br \/>this animal of that one horn<br \/>throwing itself upon which head foremost from a cliff,<br \/>it walks away unharmed;<br \/>proficient in this feat which, like Herodotus,<br \/>I have not seen except in pictures.<br \/>Thus this strange animal with its miraculous elusiveness,<br \/>has come to be unique,<br \/>\u201cimpossible to take alive,\u201d<br \/>tamed only by a lady inoffensive like itself\u2014<br \/>as curiously wild and gentle;<br \/>\u201cas straight and slender as the crest,<br \/>or antlet of the one-beam\u2019d beast.\u201d<br \/>Upon the printed page,<br \/>also by word of mouth,<br \/>we have a record of it all<br \/>and how, unfearful of deceit,<br \/>etched like an equine monster of an old celestial map,<br \/>beside a cloud or dress of Virgin-Mary blue,<br \/>improved \u201call over slightly with snakes of Venice gold,<br \/>and silver, and some O\u2019s,\u201d<br \/>the unicorn \u201cwith pavon high,\u201d approaches eagerly;<br \/>until engrossed by what appears of this strange enemy,<br \/>upon the map, \u201cupon her lap,\u201d<br \/>its \u00ab&nbsp;mild wild head doth lie&nbsp;\u00bb<br \/><br \/>\u2014 Marianne Moore, <em>Sea Unicorns and Land Unicorns<\/em>, 1935<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d6fafb\">Once upon a sunny morning a man who sat in a breakfast nook looked up from his scrambled eggs to see a white unicorn with a gold horn quietly cropping the roses in the garden. The man went up to the bedroom where his wife was still asleep and woke her. &#8220;There&#8217;s a unicorn in the garden,&#8221; he said. &#8220;Eating roses.&#8221; She opened one unfriendly eye and looked at him. &#8220;The unicorn is a mythical beast,&#8221; she said, and turned her back on him. The man walked slowly downstairs and out into the garden. The unicorn was still there: he was now browsing among the tulips. &#8220;Here, unicorn,&#8221; said the man, and pulled up a lily and gave it to him. The unicorn ate it gravely. With a high heart, because there was a unicorn in his garden, the man went upstairs to rouse his wife again. &#8220;The unicorn,&#8221; he said, &#8220;ate a lily.&#8221; His wife sat up in bed and looked at him coldly. &#8220;You are a booby,&#8221; she said, &#8220;and I am going to have you put in the booby-hatch.&#8221; The man, who never liked the words &#8220;booby&#8221; and &#8220;booby-hatch,&#8221; and who liked them even less on a shining morning when there was a unicorn in the garden, thought for a moment. &#8220;We&#8217;ll see about that,&#8221; he said. He walked over to the door. &#8220;He has a golden horn in the middle of his forehead,&#8221; he told her. Then he went back to the garden to watch the unicorn: but the unicorn had gone away. The man say down among the roses and went to sleep.<br \/>As soon as the husband had gone out of the house, the wife got up and dressed as fast as she could. She was very excited and there was a gloat in her eye. She telephoned the police, and she telephoned a psychiatrist. She told them to hurry to her house and bring a strait-jacket. When the police and the psychiatrist arrived they sat down in chairs and looked at her, with great interest. &#8220;My husband,&#8221; she said, &#8220;saw a unicorn this morning.&#8221; The police looked at the psychiatrist and the psychiatrist looked at the police. &#8220;He told me it ate a lily,&#8221; she said. The psychiatrist looked at the police, and the police looked at the psychiatrist. &#8220;He told me it had a golden horn in the middle of its forehead,&#8221; she said. At a solemn signal from the psychiatrist, the police leaped from their chairs and siezed the wife. They had a hard time subduing her, for she put up a terrific struggle, but they finally subdued her. Just as they got her into the strait-jacket, the husband came back into the house.<br \/>&#8220;Did you tell your wife you saw a unicorn?&#8221; asked the police. &#8220;Of course not,&#8221; said the husband. &#8220;The unicorn is a mythical beast.&#8221; &#8220;That&#8217;s all I wanted to know,&#8221; said the psychiatrist. &#8220;Take her away. I&#8217;m sorry sir, but your wife is as crazy as a jay bird.&#8221; So, they took her away, cursing and screaming, and shut her up in an institution. The husband lived happily ever after.<br \/>Moral: Don&#8217;t count your boobies until they are hatched.<br \/><br \/>\u2014 James Thurber, <em>The Unicorn in the Garden, <\/em>1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c8f9d6\">Et le monde est pareil \u00e0 l&#8217;ancienne for\u00eat<br \/>Cette tapisserie \u00e0 verdure banales<br \/>O\u00f9 dorment la licorne et le chardonneret<br \/><br \/>\u2014 Louis Aragon, <em>Broc\u00e9liande<\/em>, 1942.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffdbdb\">Imp\u00e9rieuse aurore<br \/>Tes lionnes dor\u00e9es me d\u00e9vorent<br \/>Au cr\u00e9puscule d&#8217;un vieil automne sanglant.<br \/>Ch\u00e2tiant la caresse inopportune<br \/>Deux licornes douces qui dormaient dans tes yeux<br \/>R\u00e9veill\u00e9es ont crev\u00e9 les miens<br \/>De leurs jumeaux aiguillons torses<br \/>Dard\u00e9s en botte de narval<br \/>Hors du ressac violent de tes prunelles.<br \/><br \/>\u2014 Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, <em>La couleur de la fin<\/em>, in <em>L\u2019\u00e2ge de craie<\/em>, 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4ffd7\">Des nuits s\u2019appesantissent \u00e0 l\u2019\u00e9gal de nos jours<br \/>Nuits d\u2019une vieille ville<br \/>Trop vieille<br \/>Sans oiseaux sans licornes<br \/>Sans cavaliers ni dames folles<br \/>Ni faons bless\u00e9s ni biches ni loups-cerviers<br \/>Ni sang frais sur les murs des palais ancestraux.<br \/><br \/>\u2014 Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues, <em>Nuits,<\/em> in <em>L\u2019\u00c2ge de craie<\/em>, 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f8ff\">Quand le vieux docteur Jabez Bowen arriva de Rehoboth pour ouvrir sa boutique d\u2019apothicaire, La Licorne et le Mortier, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du grand pont, on ne parla plus que des drogues, des acides et des m\u00e9taux que le reclus taciturne lui achetait ou lui commandait sans arr\u00eat<br \/><br \/>\u2014 Howard Philip Lovecraft, <em>L\u2019Affaire Charles Dexter Ward<\/em>, 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eae4fa\">The Counsul stumbled on without being seen, passing a booth where you could have your photograph taken with your sweetheart against a terrifying thunderous background, lurid and green, with a charging bull, and Popocatepetl in eruption, past, his face averted, the shabby little closed British Consulate, where the lion and the unicorn on the faded blue shield regarded him mournfully.<br \/><br \/>\u2014 Malcolm Lowry, <em>Under the Volcano<\/em>, 1947<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d0ecc4\">La licorne est un mythe, mais j&#8217;en rencontrerais une que cela ne me surprendrait pas le moins du monde. Un paon, par exemple, propose la m\u00eame \u00e9nigme. Or le paon existe et balaye les basses-cours de sa tra\u00eene de cour.<br \/>C&#8217;est sans doute le souvenir des tapisseries \u00e0 fond rouge (La dame \u00e0 la licorne, Penth\u00e9sil\u00e9e) qui m&#8217;a pouss\u00e9 la main et m&#8217;a fait m\u00ealer la figure humaine et les poils de la b\u00eate. Un dessin en am\u00e8ne un autre et un autre et ainsi de suite. Chaque fois on corrige l&#8217;enracinement frontal de la corne, son tortil et la place de l&#8217;\u0153il ou de l&#8217;oreille.<br \/>Il n &#8216;y a rien d&#8217;autre \u00e0 voir dans cette suite qu&#8217;une recherche de ce vrai plus vrai que le vrai, qui reste notre grande \u00e9tude.<br \/><br \/>\u2014 Jean Cocteau, 1948.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f0f0\">Ce champ de seigle \u00e9tait bord\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 polonais par un bois dont l\u2019or\u00e9e n\u2019\u00e9tait que de bouleaux immobiles. Du c\u00f4t\u00e9 tch\u00e8que d\u2019un autre bois, mais de sapins. Longtemps, je restai accroupi au bord, attentif \u00e0 ce que rec\u00e9lait ce champ, si je le traversais, quels douaniers les seigles dissimulaient. Des li\u00e8vres invisibles devaient le parcourir. J\u2019\u00e9tais inquiet. A midi, sous un ciel pur, la nature enti\u00e8re me proposait une \u00e9nigme, et me la proposait avec suavit\u00e9.<br \/>&#8211; S\u2019il se produit quelque chose, me disais-je, c\u2019est l\u2019apparition d\u2019une licorne. Un tel instant et un tel endroit ne peuvent accoucher que d\u2019une licorne.<br \/><br \/>\u2014 Jean Genet, <em>Journal du voleur<\/em>, 1949<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff4d2\">En gare, quand nous nous installions dans le transsib\u00e9rien, mon patron Rogovine et moi, laissant derri\u00e8re nous, soit le ciel timbr\u00e9 des monogrammes chinois quand nous remontions de l\u2019Asie centrale, soit les fantasmagories du ciel polaire, frang\u00e9, secou\u00e9 comme un rideau de th\u00e9\u00e2tre par les aurores bor\u00e9ales, la gr\u00eale des a\u00e9rolithes, la queue d\u2019un m\u00e9t\u00e9ore, et les aigrettes du feu Saint-Elme qui cr\u00e9pitaient jusque sur les patins de notre tra\u00eeneau quand nous redescendions de l\u2019extr\u00eame Nord, venant de l\u2019embouchure, une fois, de la L\u00e9na et, une autre fois, du I\u00e9niss\u00e9\u00ef, o\u00f9 nous avions \u00e9chang\u00e9, la premi\u00e8re fois, une cargaison de disques de sel gemme contre autant de disques d\u2019argent pur et, la deuxi\u00e8me fois, contre de l\u2019ivoire fossile, dents de narval, dit unicorne ou licorne et d\u00e9fenses de mammouths, en tout trente six tra\u00eeneaux, quand nous nous installions dans le transsib\u00e9rien pour nous rendre chez le grand patron, c\u2019est \u00e0 dire chez le patron occulte de Rogovine, un nomm\u00e9 L\u00e9ouba, le plus riche joaillier de Saint-P\u00e9tersbourg, arriv\u00e9s \u00e0 destination et apr\u00e8s avoir d\u00e9ball\u00e9 nos bagages, d\u00e9ficel\u00e9 nos ballots, retourn\u00e9 nos cantines \u00e0 double fond, ouvert nos marmottes d\u00e9bordantes de bijoux, d\u00e9fait nos ceintures pleines de pierreries et, Rogovine, vid\u00e9 son sac \u00e0 malices, et apr\u00e8s avoir comptabilis\u00e9 le produit de nos achats, trocs et \u00e9changes, L\u00e9ouba me faisait entrer dans la chambre forte de ses magasins.<br \/><br \/>\u2014 Blaise Cendrars, <em>Le lotissement du ciel<\/em>, 1949<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efd2d2\">L\u2019enfant n\u2019apprend pas que les livres existent, que les fauteuils existent, etc., -il apprend \u00e0 aller chercher des livres, \u00e0 s\u2019asseoir dans des fauteuils, etc. Plus tard, bien s\u00fbr, viennent des questions \u00e0 propos de l\u2019existence : \u00ab y a-t-il des licornes ? \u00bb et ainsi de suite. Mais une telle question n\u2019est possible que parce que, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, aucune autre ne se pr\u00e9sente qui lui corresponde. En effet, comment sait-on comment on est cens\u00e9 se convaincre de l\u2019existence de la licorne ? Comment a-t- on appris la m\u00e9thode qui nous permet de d\u00e9terminer si quelque chose existe ou non.<br \/><br \/>\u2014 Ludwig Wittgenstein, <em>De la certitude<\/em>, 1951<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ededed\">&#8211; Et alors, ces p&#8217;tites licornes? demanda-t-elle en reposant sa tasse de chocolat.<br \/>&#8211; Oui, les licornes, dit Ren\u00e9 ; il la regarda et ne dit plus rien.<br \/>&#8211; J&#8217;ai l&#8217;impression que vous vouliez seulement avoir votre go\u00fbter et que maintenant, \u00e7a vous emb\u00eate de raconter, dit-elle en souriant.<br \/>&#8211; \u00c7a ne m&#8217;emb\u00eate pas du tout, r\u00e9pondit-il avec comme un soulignement du sens; et il enveloppa d&#8217;un regard tranquille la t\u00eate de la jeune fille qui se d\u00e9tachait sur le va-et-vient de la rue, derri\u00e8re les hautes glaces. Oui, alors, les licornes, les p&#8217;tites licornes comme vous dites si gentiment, elles ont d\u00fb exister, selon toute vraisemblance. Au siecle dernier, on a tenu pour sornettes, inventions et l\u00e9gendes tout ce qui n&#8217;entrait pas dans le cadre pos\u00e9 une fois pour toutes par la science, mais on a d\u00e9couvert beaucoup de nouveaux animaux depuis, et aujourd&#8217;hui on ne croit plus du tout qu&#8217;il y ait des \u00eatres enti\u00e8rement fabuleux. Tout peut se rattacher \u00e0 une certaine r\u00e9alit\u00e9, les basilics, les dragons et les licornes.<br \/><br \/>\u2014 Heimito von Doderer, <em>L&#8217;Escalier du Strudlhof ou Melzer et la profondeur des ans, <\/em>1951<br \/><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#feffe2\">Everywhere the statues were coming to life. The courtyard looked no longer like a museum; it looked more like a zoo. Creatures were running after Aslan and dancing round him till he was almost hidden in the crowd. Instead of all that deadly white the courtyard was now a blaze of colours; glossy chestnut sides of centaurs, indigo horns of unicorns, dazzling plumage of birds, reddy-brown of foxes, dogs and satyrs, yellow stockings and crimson hoods of dwarfs; and the birch-girls in silver, and the beech-girls in fresh, transparent green, and the larch-girls in green so bright that it was almost yellow. And instead of the deadly silence the whole place rang with the sound of happy roarings, brayings, yelpings, barkings, squealings, cooings, neighings, stampings, shouts, hurrahs, songs and laughter.<br \/><br \/>\u2014 C.S. Lewis, T<em>he Lion, the Witch and the Wardrobe<\/em>, 1950<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f0fd\">Il est vrai que pour nous, c\u2019\u00e9tait difficile de ne pas \u00eatre surpris \u00e0 chaque minute par l\u2019\u00e9cureuil bleu, l\u2019hermine aux yeux rouges dress\u00e9e comme une colonne au milieu d\u2019une clairi\u00e8re d\u2019\u00e9meraude \u00e9clabouss\u00e9e d\u2019oronges sanglantes, le troupeau de licornes, que nous avions prises d\u2019abord pour des chamois, qui bondissait sur un contrefort d\u00e9nud\u00e9 de l\u2019autre versant, ou le l\u00e9zard volant qui se jetait, devant nous, d\u2019un arbre \u00e0 l\u2019autre en claquant des dents.<br \/><br \/>\u2014 Ren\u00e9 Daumal, <em>Le Mont Analogue<\/em>, 1952<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeeef\">Sur une \u00eele de l\u2019Oc\u00e9an<br \/>les l\u00e9vriers d\u2019argent poursuivent les cerfs d\u2019or.<br \/>Sur l\u2019enclume on forge l\u2019\u00e9p\u00e9e<br \/>qui sera fid\u00e8le \u00e0 Sigurd.<br \/>Whitman chante \u00e0 Manhattan.<br \/>Hom\u00e8re na\u00eet dans sept villes.<br \/>Une vestale vient de capturer<br \/>la licorne blanche.<br \/>Tout le pass\u00e9 revient comme une vague<br \/>et ces anciennes choses appellent<br \/>parce qu\u2019une femme t\u2019a embrass\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Jorge Luis Borges, <em>Hymne<\/em>, in <em>Po\u00e8mes d\u2019amour<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dffbea\">Neige d\u2019octobre vole avec son ombre,<br \/>Nu\u00e9e de novembre \u00e0 l\u2019aube rend l\u2019\u00e2me<br \/>Blanche de d\u00e9cembre fait briller la cendre,<br \/><br \/>Neige de janvier rouge tablier<br \/>Gronde notre c\u0153ur au givre des rois<br \/>La licorne blanche, de frayeur s\u2019abat<br \/><br \/>\u2014 Ren\u00e9 Char, <em>Blanche<\/em>, <em>Ma saveti\u00e8re,<\/em> 1956<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6f6f6\">All round the churchyard there were hundreds of old friends. They rose over the church wall all together, like the Punch and Judy ghosts of remembered days, and there were badgers and nightingales and vulgar crows and hares and wild geese and falcons and fishes and dogs and dainty unicorns and solitary wasps and corkindrills and hedgehogs and griffins and the thousand other animals he had met. They loomed round the church wall, the lovers and helpers of the Wart, and they all spoke solemnly in turn. Some of them had come from the banners in the church, where they were painted in heraldry, some from the waters and the sky and the fields about.<br \/><br \/>\u2014 T.H. White, <em>The Once and Future King<\/em>, 1958<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff8de\">&#8220;What was our mother at doing,&#8221; asked Gawaine, as they made their way toward St. Toirdealbhach&#8217;s cell one morning, &#8220;with the knights on the mountain?&#8221;<br \/>Gaheris answered with some difficulty, after a long pause : &#8220;They were at hunting a unicorn.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 T.H. White, <em>The Once and Future King<\/em>, 1958<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7f6f6\">&#8211; &#8221;&nbsp;I was thinking about Kay learning to be a knight.&#8221;<br \/>&#8211; &#8221; And well you may grieve, exclaimed Merlyn hotly. &#8220;A lot of brainless unicorns swaggering about and calling themselves educated just because they can push each other off a horse with a bit of stick! It makes me tired.<br \/><br \/>\u2014 T.H. White, <em>The Once and Future King<\/em>,1958.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faeade\">And straightway the Laddy leaped up on the unicorn, and they \u2013 like those pairs on little motor scooters that you see going friendly over the Alps \u2013 turned their course towards Venice, while the astonished priests looked up at them with open mouths of wonder.<br \/><br \/>La dame enfourcha la licorne et, comme ces jeunes couples qui traversent les Alpes en scooter, ils s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent en direction de Venise, sous le regard stup\u00e9fait des pr\u00eatres \u00e9bahis.&nbsp;<br \/><br \/>\u2014 Paul Goodman, <em>The Mission of St Wayward<\/em>, 1960<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2f8d4\">\u201cO\u00efl, il ne cesse de pleuvou\u00ebr\u201d said the unicorn in Old French.<br \/><br \/>\u2014 Paul Goodman,<em> The Mission of St Wayward, <\/em>1960<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efecf6\">reniflant au pied de l&#8217;arbre de vie<br \/>les rats noirs cardinaux du mensonge m\u00eal\u00e9s \u00e0<br \/>l&#8217;unicorne de la haine raciale<br \/>au bout du fil l&#8217;oreille de l&#8217;inquisiteur<br \/><br \/>\u2014 Aim\u00e9 C\u00e9saire, <em>Vampire liminaire<\/em>, in <em>Ferrements,<\/em> 1960<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eef0f1\">A man wearing blue spectacles hurries into the second box from the stage end of the corridor. The red curtains, heavy velvet, swing to and fro, unsynchronized, after his passage. The oscillation soon damps out because of the weight. They hang still. Ten minutes pass. Two men turn the corner by the allegorical statue of Tragedy. Their feet crush unicorns and peacocks.<br \/><br \/>\u2014 Thomas Pynchon,<em> V., <\/em>1963<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fadbdb\">Vous voici veuve, me voici roi: il y faut vraiment du consentement du ciel pour que notre \u00e9loignement soit ainsi aboli, avec toute trace de ce pass\u00e9. Vous \u00eates rest\u00e9e pour moi la jeune fille que j\u2019ai d\u00e9fendue et servie. Pour vous, je suis encore pr\u00eat \u00e0 rompre mon mariage, affirmer devant le sacr\u00e9 tribunal que jamais je n\u2019ai touch\u00e9 \u00e0 ma pauvre princesse (et au diable&nbsp;! les comm\u00e8res de Paris si elles ne savent pas lui retrouver son pucelage); pr\u00eat aussi \u00e0 vous faire remonter sur le tr\u00f4ne, et \u00e0 vous rendre vos \u00e9tats de Bretagne: car c\u2019est de vous que j\u2019ai convoitise et non de vos territoires. Anne, comme autrefois&nbsp;; la licorne vous traduit ainsi que les hermines de votre blason.<br \/>\u00ab Mais voici mon avertissement&nbsp;: j\u2019ai trop longtemps attendu et \u0153uvr\u00e9 pour vous maintenir dans cet \u00e9tat. Mes liciers vont changer la l\u00e9gende. Pour le chasseur patient que je fus, la licorne est un animal comme les autres&nbsp;; il se traque&nbsp;; il se d\u00e9fend peut-\u00eatre avec pers\u00e9v\u00e9rance&nbsp;; peut-\u00eatre encore se r\u00e9fugiera-t-il, sous votre main, dans un jardin secret. Vous le livrerez alors vous-m\u00eame par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 votre devoir d\u2019\u00e9tat, \u00f4 mon \u00e9pouse, ma ma\u00eetresse et ma reine. Et j\u2019aurai plaisir \u00e0 vous pr\u00e9senter sa d\u00e9pouille&nbsp;: la licorne, en vous, sera r\u00e9duite<br \/><br \/>\u2014 Bertrand d\u2019Astorg, <em>Le mythe de la dame \u00e0 la licorne, <\/em>1963<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eee8fb\">19h25&nbsp;: L\u2019Auberge de la licorne, avec Micheline Boudet dans le r\u00f4le d\u2019Am\u00e9lie.<br \/><br \/>Au cours des travaux entrepris \u00e0 l\u2019auberge par Am\u00e9lie et ses filles, celles-ci ont trouv\u00e9 une licorne en bois. Elles en font l\u2019enseigne de l\u2019\u00e9tablissement.<br \/><br \/>\u2014<em> France Soir, programme t\u00e9l\u00e9 du 22 juillet <\/em>1966<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddf0fe\">Regarde ce tableau, Orli, la Vierge, assise sous une masse de linge bleu qui l&#8217;enveloppe jusqu&#8217;au cou, et agenouill\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;elle, la licorne blanche, dont la t\u00eate \u00e0 la corne lisse repose sur ses genoux. Et de toute sa voix, comme s&#8217;il s&#8217;adressait \u00e0 la communaut\u00e9, il lut l&#8217;inscription peinte dans les airs: \u00abLorsque li chaceor la Licorne chacier vuelent il comandent une pucele s&#8217;aseoir l\u00e0 ou la beste soule sa nouriture prandre\u00bb [\u2026] Apr\u00e8s quoi Orli dut s&#8217;asseoir sur le banc et il posa sa t\u00eate sur ses cuisses. Et il attendit que les chasseurs arrivent, comme il \u00e9tait \u00e9crit.<br \/><br \/>Marin Walser, <em>La Licorne<\/em>, 1966<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddfde9\">et chacun de vous se retourne sur son Eurydice de fum\u00e9e<br \/>qui du regard m\u00eame se brouille \u00e9vanouissante sans surseoir<br \/>ne reste que la licorne du soir fouillant dans le tuf du soir<br \/>et son gros \u0153il d\u2019escarboucle tourne c\u00e2lin de g\u00eane embrum\u00e9<br \/><br \/>\u2014 Jacques Roubaud, \u2208<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbe8cf\">What use is wizardry, if it cannot save a unicorn&nbsp;?<br \/><br \/>\u2014&nbsp; Peter S. Beagle, <em>The Last Unicorn, <\/em>1968<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ddeefd\">\u00c0 l\u2019aube du premier jour,<br \/>La c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019attribution de noms<br \/>Les animaux ont d\u00e9fil\u00e9<br \/>Devant le tr\u00f4ne<br \/>Toutes les b\u00eates, en couple, fi\u00e8rement<br \/>Tu \u00e9tais la premi\u00e8re<br \/>Sans compagnon.<br \/>Tous \u00e9taient confiants, contents<br \/>Marchant d\u2019un m\u00eame pas r\u00e9gulier<br \/>Tu les guidais seule<br \/>Comme la corne sur ton front<br \/>\u00c0 pas prudents, anxieux<br \/><br \/>\u2014 Tawfiq Sayigh,<em> Quelques questions que je pose \u00e0 la licorne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbfab1\">Les armes du cheval sont la fuite, la morsure, la ruade.<br \/>Il semble qu\u2019il ait beaucoup de flair, d\u2019oreille et une vive sensibilit\u00e9 de l\u2019\u0153il.<br \/>L\u2019un des plus beaux hommages qu\u2019on soit oblig\u00e9 de lui rendre, est de devoir l\u2019affubler d\u2019\u0153ill\u00e8res.<br \/>Mais nulle arme\u2026<br \/>D\u2019o\u00f9 la tentation de lui en ajouter une. Une seul. Une corne.<br \/><br \/>\u2014 Francis Ponge, <em>Le cheval<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0f0f0\">\u2014 A brass unicorn has been catapulted across a London street and impaled an eminent surgeon. Words fail me, gentlemen.<br \/><br \/>\u2014<em> The Abominable Dr Phibes, 1<\/em>971<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffeaea\">Les habitants de Th\u00e9odora \u00e9taient bien loin de supposer qu\u2019une faune oubli\u00e9e allait sortir de sa l\u00e9thargie. Rel\u00e9gu\u00e9e pendant un temps ind\u00e9fini dans des repaires \u00e0 l\u2019\u00e9cart, depuis l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tait vue d\u00e9tr\u00f4n\u00e9e par le syst\u00e8me des esp\u00e8ces d\u00e9sormais \u00e9teintes, l\u2019autre faune revenait au jour par les sous-sols de la biblioth\u00e8que o\u00f9 l\u2019on conserve les incunables, elle descendait des chapiteaux, sautait des gargouilles, se perchait au chevet des dormeurs. Les sphinx, les griffons, les chim\u00e8res, les dragons, les hircocerfs, les harpies, les hydres, les&nbsp;licornes, les basilics reprenaient possession de leur ville.<br \/><br \/>\u2014 Italo Calvino, <em>Les villes invisibles, 1<\/em>972<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbe1ff\">Naturellement ce pays est un lieu du merveilleux. Les villes d\u00e9truites ailleurs par la guerre sont reconstruites. Les for\u00eats sont rebois\u00e9es, et le gibier y abonde. Mais une esp\u00e8ce y manque, L\u00e0 et ailleurs. Elle passe pour \u00e9teinte. Et les savants n&#8217;ont d\u00e9couvert jusqui aucun fait qui aurait pu \u00e9branler cette conviction. Et les politiciens \u00e9taient. ravis que cette conviction demeure in\u00e9branl\u00e9e. Pour des raisons diverses. Les capitalistes y voyaient une menace pour leur existence, les socialistes pour leur bonne r\u00e9putation. Influencer les masses de fa\u00e7on m\u00e9dicamenteuse est en general consid\u00e9re comme monstrueux. C&#8217;est peut-etre pour cela que l&#8217;esp\u00e8ce. l\u00e0 o\u00f9 elle n&#8217;\u00e9tait pas \u00e9teinte, a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquemens extermin\u00e9e. En tout cas aujourd&#8217;hui personne ne cherche plus la licore ailleurs que dans les contes. Je suis ce Personne. Ne l&#8217;ai cependant pas encore d\u00e9couverte. \u00c0 qui visite l&#8217;\u00e9tranger en voyage organis\u00e9, on fournit tout. Pas des monstruosit\u00e9s. Mais tes papiers donnent motif aux plus belles esp\u00e9rances. Si tu agis de fa\u00e7on conspiratrice. Si un Etat apprenait que tu chasses la licorne, bien entendu tu es perdue. Et la licorne aussi. Car on sait entre-temps que sa corne spiral\u00e9e est comparativement sans valeur. La corne mise en poudre est un aphrodisiaque. Mais avec la mati\u00e8re s\u00e8che d&#8217;un seul cerveau de licorne on peut modeler les convictions de six \u00e0 vingt millions de personnes. De fa\u00e7on analogue \u00e0 la fluorisation de l&#8217;eau potable qui a produit dans le canton de Kar-Marx- Stadt une baisse des caries dentaires, la monoc\u00e9rosation de l&#8217;eau potable pourrait provoquer une \u00e9l\u00e9vation du niveau id\u00e9ologique. Sans faire le d\u00e9tour par les t\u00eates qui d\u00e9vore tant de temps et de forces, sans ces mass media qui bouffent de l&#8217;argent et autres moyens de propagande orthodoxes. Qui par comparaison n&#8217;ont pas d&#8217;effectivit\u00e9. De six \u00e0 vingt millions de personnes au d\u00e9veloppement id\u00e9ologique faible ou r\u00e9actionnaire pourraient, si l&#8217;on additionnait une seule fois \u00e0 l&#8217;eau potable une puissance-licorne (la plus petite unit\u00e9 de mesure, correspond \u00e0 la quantit\u00e9 moyenne de mati\u00e8re s\u00e8che d&#8217;un cerveau de licorne), \u00eatre<br \/>en habitants de la terre de conviction communiste intelligents, bienveillants, pacifiques. Pour notre pays un cinqui\u00e8me de puissance-licorne (pl.) serait deja largement suffisant. La quantit\u00e9 n\u00e9cessaire par t\u00eate non \u00e9clair\u00e9e peut sembler infime. Mais elle est \u00e9norme si l&#8217;on consid\u00e8re que la terre est peupl\u00e9e de 3,6 milliards d&#8217;hommes. Des milliers et des milliers de licornes devraient perdre la vie pour lib\u00e9rer cette terre, rapidement et sans effusion de sang, du capitalisme, des guerres, de la faim et du patriarcat. <br \/>[\u2026] Ne recule pas devant le crime pour emp\u00eacher les crimes une fois pour toutes. Les moyens du pouvoir nous sont toujours impos\u00e9s, seul l&#8217;objectif pour lequel nous en faisons usage d\u00e9pend de notre choix. Le poil de cet animal intelligent et bienveillant est ras comme chez les chevaux, de couleur blanche, la conformation et la d\u00e9marche sont \u00e9galement chevalines, mais plus souples. Opulente crini\u00e8re, queue tombant jusqu&#8217;aux sabots. Pour l&#8217;aventure il n&#8217;est pas besoin de p\u00e9toire. On abat les licornes par des injures.<br \/><br \/>\u2014 Irmtraud Morgner,  <em>Vie et aventures de la Trobairitz B\u00e9atrice<\/em>, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e5f0e6\">Une douceur blanche et fr\u00e9missante l\u2019enfermait, comme si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 couverte de duvet plut\u00f4t que de poil et d\u2019une crini\u00e8re&nbsp;; ses petits sabots fendus \u00e9taient dor\u00e9s, de m\u00eame que la corne spiral\u00e9e et fine qui ornait sa t\u00eate \u00e9troite. Elle se tenait sur une des petites roches et broutait le lichen qui y poussait. Ses yeux, quand elle les tourna vers nous, \u00e9taient d\u2019un vert \u00e9meraude brillant. Elle demeura aussi immobile que nous durant de brefs instants. Puis elle eut un geste nerveux, rapide, des pieds de devant, battant l\u2019air et frappant la pierre par trois fois. Puis elle se brouilla et disparut comme un flocon de neige, sans un bruit, peut-\u00eatre dans les bois qui se dressaient \u00e0 notre droite.<br \/><br \/>\u2014 Roger Zelazny, <em>Le signe de la licorne, <\/em>1975<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dceefd\">CAF\u00c9 AU R\u00caVE<br \/>L&#8217;artiste, que je suis enclin pour le moment \u00e0 estimer plus avis\u00e9 qu&#8217;ing\u00e9nu a pris soin d&#8217;inscrire au-dessus de l&#8217;entr\u00e9e de la masure, \u2014 et c&#8217;est le seul indice assur\u00e9 qu&#8217;il ait consenti -, une mention qui la consacre au r\u00eave. Entendait-il insinuer que l&#8217;illusion apporte plus encore de d\u00e9boires, et plus vite, qu&#8217;une sordide r\u00e9alit\u00e9 ?<br \/>Je me rappelle la tapisserie c\u00e9l\u00e8bre entre toutes o\u00f9, sur le fronton d&#8217;une tente de brocart flanqu\u00e9e d&#8217;animaux h\u00e9raldiques est \u00e9crite la devise superbe d&#8217;une ch\u00e2telaine : \u00ab A mon seul d\u00e9sir \u00bb.<br \/>Au niveau le plus humble, la pochade de faubourg d\u00e9ment l&#8217;affirmation pr\u00e9somptueuse. Les nuages de songe d\u00e9rivent, s&#8217;effilochent au-dessus du sol st\u00e9rile et du caf\u00e9 d\u00e9sert\u00e9. La tente tiss\u00e9e d&#8217;argent et d&#8217;or ne pourra se pr\u00e9valoir d&#8217;un destin diff\u00e9rent.<br \/>Je me souviens encore du samoura\u00ef des Troph\u00e9es. Il se refusa \u00e0 ciller devant le soleil et, pour ne pas d\u00e9roger et para\u00eetre abdiquer devant l&#8217;astre aveuglant, il d\u00e9ploie devant ses yeux, dont cette fois aucun cil ne bouge.<br \/><br \/>\u2014 Roger Caillois, <em>La lumi\u00e8re des songes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#efd0d0\">Aux Gr\u00e8ves de Lilia, le cheval \u00e9tait b\u00eate plus \u00e9trange qu\u2019une licorne.<br \/><br \/>\u2014 Julien Gracq, <em>Les terres du couchant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fffdd7\">\u2014&nbsp;\u00c9videmment, il faudra que quelqu\u2019un nourrisse mes licornes, pendant mon absence. J\u2019en ai cent, maintenant.<br \/>\u2014&nbsp;Il vaut mieux que tu ne leur parles pas de tes licornes.<br \/>\u2014&nbsp;Oh non, \u00e7a ira. J\u2019ai expliqu\u00e9 au docteur qu\u2019il y avait une licorne sur notre tapisserie de Bayeux \u00e0 la maison, quand j\u2019\u00e9tais petite. Elle m\u2019a suivie. Il \u00e9tait tr\u00e8s content. Il a interpr\u00e9t\u00e9 \u00e7a comme une conduite r\u00e9gressive&nbsp;: le refus de sortir de l\u2019enfance.<br \/>Je dis fermement&nbsp;:<br \/>\u2014&nbsp;Il vaut mieux que tu ne leur parles pas de tes licornes, Alyette.<br \/>\u2014&nbsp;Mais pourquoi&nbsp;?<br \/>\u2014&nbsp;\u00c7a me fout le cafard. C\u2019est un animal mythologique. Comme l\u2019homme. Je ne peux pas supporter cette id\u00e9e. \u00c7a me rend dingue.<br \/><br \/>\u2014 Emile Ajar \/ Romain Gary, <em>Pseudo<\/em>, 1976<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4ffea\">When it arrived, in the afternoon, the unicorn did not look much like the dainty creatures, half horse and half gazelle, shown on tapestries in the Emperor&#8217;s palace. Its body and limbs were like those of a buffalo, six feet at the shoulder hump, while its huge, warty head bore some resemblance to that of a gigantic hog. The twisted horn sprouted from its head above the eyes.<br \/>The unicorn approached the great beech, under which Bertrud sat. The beast moved cautiously, one step at a time. When it was almost under the net, it halted, sniffing with big, flaring nostrils.<br \/>It sniffed some more. Then it threw up its head and gave a colossal grunt, like a lion&#8217;s roar but more guttural. It rolled its eyes and pawed the earth with cloven forehooves.<br \/>&#8220;Bertrud!&#8221; Eudoric called. &#8220;It&#8217;s going to charge! Get up the tree, forthwith!&#8221;<br \/><br \/>\u2014&nbsp;L. Sprague de Camp, <em>Eudoric&#8217;s Unicorn<\/em>, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#d0eaff\">Et je vis une tour s\u2019\u00e9lever, au haut de laquelle \u00e9tait un jardin. Au milieu de ce jardin \u00e9tait un puits. Et brusquement apparaissait une licorne poursuivie par trois chiens que tenait en laisse un archange, un olifant \u00e0 la main. Mais comme la licorne allait blottir sa t\u00eate sur les genoux de la jeune femme, elle s&#8217;effondrait bless\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 mourante,&nbsp;tandis que les trois chiens se couchaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d &#8216; elle en signe de tristesse et que l &#8216;archange tombait \u00e0 genoux . A ce moment, la tour s &#8216;ouvrait en deux et en son sein s&#8217;\u00e9levait un brasier sur lequel la licorne semblait semblait br\u00fbler et rapidement se consumer. Mais \u00e0 l&#8217;instant qu&#8217;elle disparaissait, naissait \u00e0 sa place un grand oiseau qui, d\u00e9ployant ses ailes, faisait entendre un cri de victoire, si bien que sortant de terre des \u00eatres humains paraissaient ressusciter d&#8217;entre les morts et venir se recueillir&nbsp;autour de l\u2019oiseau qui, \u00e9tendant ses ailes, les recouvrait.<br \/><br \/>\u2014 Fr\u00e9d\u00e9rick Tristan, L\u2019homme sans nom, 1980<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7fde4\">J\u2019avais oubli\u00e9 cet entretien, lorsque deux semaines plus tard je parcourai avec ma suite le march\u00e9 de Baalouk r\u00e9put\u00e9 pour sa diversit\u00e9 et l\u2019origine lointaine des objets qu\u2019il rassemble. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 curieux des choses \u00e9tranges et des \u00eatres bizarres que la nature s\u2019est plu \u00e0 inventer. Sur mes ordres, on a install\u00e9 dans mes parcs une sorte de r\u00e9serve zoologique o\u00f9 on nourrit des t\u00e9moins remarquables de la faune africaine. J\u2019ai l\u00e0 des gorilles, des z\u00e8bres, des oryx, des ibis sacr\u00e9s, des pythons de S\u00e9ba, des cercopith\u00e8ques rieurs. J\u2019ai \u00e9cart\u00e9, comme par trop communs et d\u2019un symbolisme vulgaire, les lions et les aigles, mais j\u2019attends une licorne, un ph\u00e9nix et un dragon que des voyageurs de passage m\u2019ont promis, et que je leur ai pay\u00e9s \u00e0 l\u2019avance pour plus de s\u00fbret\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Michel Tournier, <em>Gaspard, Melchior et Balthazar<\/em>, 1980<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">She was alone in the Old Forest.<br \/>Trembling, she waited beneath the ancient oak. Never had she been so afraid. The dark shapes of the trees seemed to press menacingly close around the meadow, kept at bay only by the silver moonlight. A bat flitted by through that moonlight, squeaking, and she flinched away from it. Something howled away across the cold and silent reaches of the forest, howled again in a voice like rusty old iron. Featherflower\u2019s head turned constantly as she sought to look in all directions at once, straining wide-eyed to pierce the gloom beneath the trees. She would not give way to fear, she would not give way to fear . . . but her defenses were crumbling, being sluiced away by a rising flood of terror.<br \/>A crashing in the forest, growing louder, coming nearer, the sound of branches bending and snapping, leaves rustling, the sound of some large body forcing its brute way through the entangling undergrowth . . .<br \/>She looked away, fear choking her like a hand, stopping her breath.<br \/>Something coming . . .<br \/>There was movement among the trees, the bare branches stirring gently as though moved by the ghost of the wind, and when she looked again he was there, seeming to materialize from the dappled leaf-shadows, his head held high, paler than the moonlight, clothed in the awful glory of his flesh, so noble and swift- moving and puissant, so proud and lordly of bearing that all fear vanished from her and she felt her heart melt within her with poignant and unbearable love.<br \/>Their eyes met, hers shy and guileless, his bright and clear and wild, liquid as molten gold. She tossed her own head back, moonlight gleaming from the long white horn that protruded from her forehead, and pawed nervously at the ground with a tiny silver hoof.<br \/>He came to her then across the broken ground, the human, moving as lightly and soundlessly as mist, and laid his terrible head in her lap.<br \/><br \/>\u2014 Gardner Dozois, <em>The Sacrifice, <\/em>1982<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fde9ff\">Ce n\u2019est pas dit qu\u2019il n\u2019existe pas. Peut-\u00eatre est-il diff\u00e9rent de la fa\u00e7on dont le repr\u00e9sentent ces livres. Un voyageur v\u00e9nitien alla dans des terres fort lointaines, \u00e0 proximit\u00e9 du fons Paradisi dont parlent les mappemondes, et il vit des unicornes. Mais il les trouva mal d\u00e9grossis et sans gr\u00e2ce, et d\u2019une grande laideur et noirs. Je crois qu\u2019il a bien vu de vraies b\u00eates avec une corne sur le front. Ce furent probablement les m\u00eames dont les ma\u00eetres de la science antique, jamais tout \u00e0 fait erron\u00e9e, qui re\u00e7urent de Dieu la possibilit\u00e9 de voir des choses que nous, nous n\u2019avons pas vues, nous transmirent l\u2019image avec une premi\u00e8re description fid\u00e8le. Puis cette description, en voyageant d\u2019auctoritas en auctoritas, se transforma par successives compositions de l\u2019imagination, et les unicornes devinrent des animaux gracieux et blancs et doux. En raison de quoi, si tu sais que dans une for\u00eat vit un unicorne, n\u2019y va pas avec une vierge, car l\u2019animal pourrait ressembler davantage \u00e0 celui du t\u00e9moin v\u00e9nitien qu\u2019\u00e0 celui de ce livre.<br \/><br \/>\u2014 Umberto Eco,<em> Le nom de la rose, <\/em>1982<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1ffec\">\u2014 Mais comment \u00e9chut-elle aux ma\u00eetres de la science antique, la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu sur la v\u00e9ritable nature de l&#8217;unicorne&nbsp;?<br \/>\u2014 Pas la r\u00e9v\u00e9lation, mais l&#8217;exp\u00e9rience. Ils eurent la chance de na\u00eetre sur des terres o\u00f9 vivaient des unicornes ou en des temps o\u00f9 les unicornes vivaient sur ces m\u00eames terres.<br \/>\u2014 Mais alors comment pouvons-nous nous fier \u00e0 la science antique, dont vous n&#8217;avez de cesse de rechercher les traces, si elle nous a \u00e9t\u00e9 transmise par des livres mensongers qui l&#8217;ont interpr\u00e9t\u00e9e avec une telle libert\u00e9&nbsp;?<br \/>\u2014 Les livres ne sont pas faits pour \u00eatre crus, mais pour \u00eatre soumis \u00e0 l&#8217;examen.<br \/><br \/>\u2014 Umberto Eco, <em>Le nom de la rose, <\/em>1982<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#cbe6fa\">Pendant un instant, l\u2019\u00e2ne blanc, immobile, les observa, elle, les ch\u00e8vres, et la fleur ; puis, se glissant lentement entre les grandes pierres, il se rapprocha d\u2019elle. Il avait les sabots fendus comme les ch\u00e8vres et se d\u00e9pla\u00e7ait avec encore plus d\u2019agilit\u00e9 qu\u2019elles. Il accepta la fleur. Son museau \u00e9tait blanc ros\u00e9, et Sita en sentit la grande douceur quand il flaira sa main. Elle cueillit rapidement une autre fleur, et \u00e0 nouveau l\u2019\u00e2ne l\u2019accepta. Mais quand elle voulut lui caresser la t\u00eate, \u00e0 proximit\u00e9 de la corne blanche, courte, torsad\u00e9e, et pr\u00e8s des oreilles blanches et nerveuses, il s\u2019\u00e9loigna, tout en la regardant de biais, avec ses yeux sombres et allong\u00e9s. Sita avait un peu peur de lui, et elle pensa que, peut-\u00eatre, il avait aussi un peu peur d\u2019elle ; c\u2019est pourquoi elle s\u2019assit sur l\u2019une des pierres \u00e0 moiti\u00e9 enfouies, et fit mine de regarder les ch\u00e8vres, toutes occup\u00e9es \u00e0 pa\u00eetre la meilleure herbe qu\u2019elles aient eue depuis des mois. Aussit\u00f4t l\u2019\u00e2ne s\u2019approcha de nouveau, et, se tenant pr\u00e8s de Sita, posa son menton avec sa petite barbiche boucl\u00e9e sur ses genoux. Le souffle de ses naseaux agitait les fins bracelets de verre qu\u2019elle portait aux poignets. Lentement et avec beaucoup de douceur, elle lui caressa la t\u00eate en plusieurs endroits : l\u00e0 o\u00f9 prennent naissance les oreilles blanches et nerveuses ; \u00e0 la base de la corne, l\u00e0 o\u00f9 se dressent les beaux poils durs ; puis sur le museau soyeux ; et l\u2019\u00e2ne blanc se tenait pr\u00e8s d\u2019elle, avec sa respiration au souffle long et chaud.<br \/><br \/>\u2014 Ursula Le Guin, <em>L&#8217;\u00e2ne blanc,<\/em> 1982<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f4fd\">Il y a dix ans, en joignant une lettre de l\u2019auteur \u00e0 l\u2019\u00e9diteur \u00e0 mon commentaire du commentaire de l\u2019Apocalypse de Beatus de Liebana (pour Franco Maria Ricci), je confessais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quoi que l\u2019on fasse, je suis n\u00e9 \u00e0 la recherche en traversant des for\u00eats symboliques peupl\u00e9es de&nbsp;licornes et de griffons, en comparant les structures pinaculaires et carr\u00e9es des cath\u00e9drales aux pointes de malice ex\u00e9g\u00e9tique cel\u00e9es dans les formules t\u00e9tragones des Summulae, en vagabondant de la rue du Fouarre aux nefs cisterciennes, en m\u2019entretenant aimablement avec des moines clunisiens, \u00e9rudits et fastueux, tenu \u00e0 l\u2019oeil par un Thomas d\u2019Aquin grassouillet et rationaliste, tent\u00e9 par Honorius d\u2019Autun, par ses g\u00e9ographies fantastiques o\u00f9&nbsp;l\u2019on expliquait \u00e0 la fois<em>&nbsp;quare in pueritia coitus non contingat,<\/em> comment on arrive \u00e0 l\u2019\u00cele Perdue et comment on capture un basilic muni d\u2019un seul miroir de poche et d\u2019une in\u00e9branlable foi dans le Bestiaire.<br \/><br \/>\u2014 Umberto Eco, <em>Apostille au nom de la rose<\/em>, 1983<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ebeee0\">Children know perfectly well that unicorns aren\u2019t real, but they also know that books about unicorns, if they are good books, are true books.<br \/><br \/>\u2014 Ursula K. Le Guin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1f3e9\">Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un cr\u00e2ne d\u2019animal. Pas un tr\u00e8s gros animal. La surface de l\u2019os \u00e9tait toute dess\u00e9ch\u00e9e comme s\u2019il \u00e9tait longtemps rest\u00e9 expos\u00e9 aux rayons du soleil, les couleurs fan\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 en avoir perdu leur teinte d\u2019origine. Les longues m\u00e2choires point\u00e9es vers l\u2019avant \u00e9taient rest\u00e9es entrouvertes, comme si elles avaient \u00e9t\u00e9 brusquement congel\u00e9es juste au moment o\u00f9 elles cherchaient \u00e0 dire quelque chose. Les petites orbites avaient perdu leur contenu quelque part en route et ouvraient leur n\u00e9ant sur la pi\u00e8ce qui s\u2019\u00e9tendait derri\u00e8re.<br \/>Le cr\u00e2ne \u00e9tait l\u00e9ger, \u00e0 un point presque irr\u00e9el, ce qui concourait \u00e0 lui donner une qualit\u00e9 quasi immat\u00e9rielle. Il ne persistait rien l\u00e0-dedans qui ait un quelconque rapport avec la vie. Toute chair, tout souvenir, toute ti\u00e9deur avaient quitt\u00e9 \u00e0 jamais cet objet. Au milieu du front se trouvait une petite cavit\u00e9 r\u00eache au toucher. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 ce creux un moment en y posant les doigts, j\u2019en vins \u00e0 supposer que c\u2019\u00e9tait la trace d\u2019une corne disparue.<br \/>\u2014&nbsp;C\u2019est le cr\u00e2ne d\u2019une de ces&nbsp;licornes qu\u2019on voit dans la ville, n\u2019est-ce pas&nbsp;? lui demandai-je.<br \/>Elle hocha la t\u00eate.<br \/>\u2014&nbsp;C\u2019est l\u00e0 que sont enfouis les vieux r\u00eaves, r\u00e9pondit-elle calmement.<br \/><br \/>\u2014 Haruki MUrakami, <em>La fin des temps, <\/em>1985<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eeeeee\">\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu veux faire de ce cr\u00e2ne de&nbsp;licorne&nbsp;? demanda-t-elle.<br \/>\u2014&nbsp;Je te l\u2019offre, dis-je. Tu peux le mettre quelque part pour d\u00e9corer.<br \/>\u2014&nbsp;\u00c7a ferait bien sur la t\u00e9l\u00e9, tu crois&nbsp;?<br \/><br \/>\u2014 Haruki Murakami, <em>La fin des temps, <\/em>1985<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6e9ff\">\u00c0 la surface de l\u2019eau, claire, brillante de sept soleils, les branches laqu\u00e9es et parfum\u00e9es sur le pr\u00e9 de la tapisserie, l\u2019odeur de terre ancienne qui recouvre la maison souterraine, le bruit de chant au repas, la couleur rouge entre les feuilles toutes clou\u00e9es au ciel et leurs pointes suc\u00e9es, petites lances jet\u00e9es dans le feu qui les dentelle et qui les troue comme autant d\u2019orties sur le chemin qui m\u00e8ne au tr\u00f4ne, \u00e0 la piscine, \u00e0 la douche, au salon d\u2019herbe sans fleurs, \u00e0 la fleur de la bouche, bouche b\u00e9e que rien ne satisfait, ni oiseaux de miel ni miel de menthe, ni coco, ni coeur noir, ni langue dans la glace, ni corne de cheval, ni queue de daim, ni sabre glac\u00e9 maintenu dans la froide ardeur, ni cheveu \u00e9lectrique chatouillant le palais b\u00e2ti de mat\u00e9riaux longtemps tritur\u00e9s, pass\u00e9s entre les doigts apr\u00e8s le tamis, boues qui fleurent l\u2019or, le fer et les cristaux de sang, argiles bleues sous la roche, limon solaire enfermant les dragons, cire souffrante et onctueuse, saveur de la queue du lion, de la fourrure tachet\u00e9e de la genette, mouches de sucre, de m\u00e9tal fondu et de soufre, des lapereaux accommod\u00e9s aux narcisses et \u00e0 l\u2019asp\u00e9rule du gazon, derri\u00e8re la porte de lierre aux baies obscures, la dame l\u00e9chait l\u2019\u00e9pine, suivait avec la langue folle le fil de cuivre de la broderie, parcourait le lacis de nerfs en \u00e9vitant le noeud et les nombreuses fourches, ou caressait la corne et soufflait dans le tuyau humide, dans l\u2019\u00e9troit vestibule tapiss\u00e9 de tuf sec et doux et parcouru de tourbillons, le vent entrant par la fen\u00eatre ovale agitait les rameaux, frappait les enclumes, soulevait la robe de tulle, illusion d\u2019incendie et de caresses sous la flamme qui fait reluire l\u2019email, la nacre des \u00e9cailles, le blanc des yeux, et br\u00fbler le vernis sur le visage de celle qui touchait du bout des ongles le tissu cr\u00e9pitant, les leviers de basalte de la machine, \u00e0 l\u2019orgue soufflant et dispersant les p\u00e9tales, les aiguilles du pin, le verre en miettes, les piquants du houx, laque craquel\u00e9e qui fondait sur les l\u00e8vres liss\u00e9es par l\u2019index, la pulpe du doigt ch\u00e9ri sur les plis de la dame \u00e9pouvant\u00e9e puis paisible qui, le soir venu, allumait l\u2019huile sur la m\u00e8che, la poudre dans les gobelets et, pin\u00e7ant ses narines, appelant l\u2019abondante salive, p\u00e9trissait la cire puis modelait un bouc sauvage avec une seule corne sur le front, une ch\u00e8vre agile qui bondit vers la lune et heurte de la t\u00eate le plafond nocturne, d\u00e9chirant la toile, et dont la sueur sucr\u00e9e tache le linge, y imprimant des nervures, les lettres noires des noms des h\u00e9ros qu\u2019\u00e9pelait la jeune dame assise, prise entre les voiles de papier de soie, tente pourpre, rose maison, agenouill\u00e9e au bord du bassin, l\u2019image de son cul dans l\u2019eau fr\u00e9missante, et sous la robe aux piq\u00fbres et fronc\u00e9e sur le ventre, une autre robe \u00e9clairait le jour, salie et us\u00e9e, cousue par m\u00e9andre autour de l\u2019\u00e9pingle et drap\u00e9e, mille fois tordue, liant les bras et les genoux, tach\u00e9e de vin et d\u2019esprit, sans poche pour l\u2019or, sans galons, sans carabe, sans vip\u00e8re dans la manche, sans lis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, sans ruche pleine de murmures et de soupirs, seule, soupirant bufo bufo bufo.<br \/><br \/>\u2014 Eug\u00e8ne Savitzkaya, <em>Bufo Bufo Bufo,<\/em> 1986.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fff2f2\">Mallory nodded. &#8220;Before I go hunting for Larkspur, I&#8217;ve got to know exactly what I&#8217;m hunting for. What does a unicorn look like? What does it eat? Does it help to have a virgin handy? Where are they likely to hide it? What kind of trail does it leave besides unicorn shit? Is there a particular sound or scent it will respond to?&#8221;<br \/>&#8220;How should I know?&#8221; asked M\u00fcrgenst\u00fcrm. &#8220;My job was just to guard the damned thing, not to study it.<br \/><br \/>\u2014 Mike Resnick, <em>Stalking the Unicorn, <\/em>1987<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdffd1\">Still, it was the unicorn that was the most distressing. That business depressed us for months. Of course, there were the usual sordid rumours \u2014 that Ham&#8217;s wife had been putting its horn to ignoble use \u2014 and the usual posthumous smear campaign by the authorities about the beast&#8217;s character; but this only sickened us the more. The unavoidable fact is that Noah was jealous. We all looked up to the unicorn, and he couldn&#8217;t stand it. Noah \u2014 what point is there in not telling you the truth? \u2014 was bad-tempered, smelly, unreliable, envious and cowardly. He wasn&#8217;t even a good sailor: when the seas were high he would retire to his cabin, throw himself down on his gopher-wood bed and leave it only to vomit out his stomach into his gopher-wood wash-basin; you could smell the effluvia a deck away. Whereas the unicorn was strong, honest, fearless, impeccably groomed, and a mariner who never knew a moment&#8217;s queasiness. Once, in a gale, Ham&#8217;s wife lost her footing near the rail and was about to go overboard. The unicorn \u2014 who had deck privileges as a result of popular lobbying \u2014 galloped across and stuck his horn through her trailing cloak, pinning it to the deck. Fine thanks he got for his valour; the Noahs had him casseroled one Embarkation Sunday. I can vouch for that. I spoke personally to the carrier-hawk who delivered a warm pot to Shem&#8217;s ark.<br \/><br \/>\u2014 Julian Barnes,<em> A History of the World in 10 \u00bd chapters, <\/em>1989<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8f8ff\">She braced herself for the pain of the perfect horn breaking her heart.<br \/><br \/>\u2014 Tanith Lee, <em>Black Unicorn, <\/em>1991<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f5f5f5\">\u201cI wish I had my crossbow\u201d muttered Ridcully. \u201cWith that head on my wall, I\u2019d always have a place to hand my hat\u201d<br \/><br \/>\u00ab&nbsp;&nbsp;Je regrette de pas avoir mon arbal\u00e8te, marmonna Ridculle. Avec un troph\u00e9e comme \u00e7a au mur, j\u2019saurais toujours o\u00f9 accrocher mon chapeau.&nbsp;&nbsp;\u00bb<br \/><br \/>\u2014Terry Pratchett, <em>Lords and Ladies, 1<\/em>992<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e5fdec\">\u201cShe dragged it all the way down from the woods\u201d, she said<br \/>\u201cBut the damn thing\u2019s savage!\u201d<br \/>Nanny Ogg rubbed her nose. \u201cyes, well\u2026 but she\u2019s qualified, ain\u2019t she ? When it comes to unicorn taming. Nothing to do with witchcraft.\u201d<br \/>\u201cWhat d\u2019you mean?\u201d<br \/>\u201cI thought there were things everyone knew about trapping unicorns\u201d, said Nanny archly. \u201cWho could trap\u2019em is what I\u2019m delicately hintin\u2019at.\u201d<br \/><br \/>\u2014 Terry Pratchett,<em> Lords and Ladies, <\/em>1992<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f0e5e5\">The unicorn kicked several inches of timber out of the door frame.<br \/>&#8220;But iron-&#8221; said Jason. &#8220;And nails-&#8220;<br \/>&#8220;Yes?&#8221;<br \/>&#8220;Iron&#8217;ll kill it,&#8221; said Jason. &#8220;If I nail iron to &#8216;n, I&#8217;ll kill &#8216;n. Killing&#8217;s not part of it.&#8221;<br \/>[&#8230;]<br \/>Granny emerged, leading the unicorn. It walked sedately, muscles moving under its white coat like frogs in oil. And its hooves clattered on the cobbles. Ridcully couldn&#8217;t help noticing how they shone.<br \/>It walked politely alongside the witch until she reached the centre of the square. Then she turned it loose, and gave it a light slap on the rump.<br \/>It whinnied softly, turned, and galloped down the street, toward the forest&#8230;<br \/>Nanny Ogg appeared silently behind Granny Weatherwax as she watched it go.<br \/>&#8220;Silver shoes?&#8221; she said quietly &#8220;They&#8217;ll last no time at all.&#8221;<br \/>&#8220;And silver nails. They&#8217;ll last for long enough,&#8221; said Granny, speaking to the world in general. &#8220;And she&#8217;ll never get it back, though she calls it for a thousand years.&#8221;<br \/>&#8220;Shoeing the unicorn,&#8221; said Nanny, shaking her head. &#8220;Only you&#8217;d think of shoeing a unicorn, Esme.&#8221;<br \/>&#8220;I&#8217;ve been doing it all my life,&#8221; said Granny.<br \/><br \/>\u2014 Terry Pratchett,<em> Lords and Ladies, <\/em>1992<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e8f4fd\">La question de l\u2019existence r\u00e9elle de la licorne, hier ou aujourd\u2019hui, est loin d\u2019avoir un grand int\u00e9r\u00eat. L\u2019important, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 spirituelle de cet animal. Et le fait est qu\u2019il existe une force astrale poss\u00e9dant ses propri\u00e9t\u00e9s.<br \/><br \/>\u2014<em> Pentagrame, Lectorium Rosicrucianum, n\u00b01,<\/em> 1992<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1efef\">Let us say in its favor that though it is nonsense, it is gorgeous nonsense, and it does not lead us down slow cold steps to worship a tyrant in his tomb; and that at least there have never been Unicorn Riots, Unicorn Wars, Unicorn Persecutions, Unicorn Plagues, Unicorn Famines. A scholar in his study studying unicorns will compass no one\u2019s death in the sacred names of Science and Technology. Perhaps we are where we are because we have no more unicorns. Onward.\u201d<br \/><br \/>\u2014 Avram Davidson, <em>Adventures in Unhistory: Conjectures on the Factual Foundations of Several Ancient Legends<\/em>, 1993.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdffc7\">Il vit des peaux de l\u00e9zard s\u00e9ch\u00e9es au soleil, des noyaux de fruits \u00e0 l\u2019identit\u00e9 perdue, des pierres de couleurs vari\u00e9es, des galets polis par la mer, des fragments de corail, des insectes perc\u00e9s d\u2019une \u00e9pingle sur une planchette, une mouche et une araign\u00e9e dans un morceau d\u2019ambre, un cam\u00e9l\u00e9on tout sec, des r\u00e9cipients de verre pleins de liquide ou flottaient des serpenteaux ou des petites anguilles, des ar\u00eates \u00e9normes, qu\u2019il crut de baleine, l\u2019\u00e9p\u00e9e qui devait orner le museau d\u2019un poisson, et une longue corne, qui, pour Roberto, \u00e9tait de licorne, mais je pense que c\u2019\u00e9tait celle d\u2019un narval.<br \/><br \/>\u2014 Umberto Eco,<em> L\u2019\u00efle du jour d\u2019avant, 1<\/em>994<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#eaf8eb\">Un mouvement d&#8217;excitation parcourut certains \u00e9rudits, comme si, ayant r\u00e9dig\u00e9 des trait\u00e9s sur l&#8217;existence de la Licorne, sans jamais en voir une, on leur pr\u00e9sentait un sp\u00e9cimen vivant qui venait d&#8217;\u00eatre captur\u00e9.<br \/><br \/>\u2014 Philip Pullman, <em>Les Royaumes du Nord, <\/em>1995<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3f7fa\">At mass today, he had recalled the whiff of taper-smoke mixed with burning flax, Farnese\u2019s hands extending towards his head bearing the pearl encrusted tiara. What had caught his eye then&nbsp;? A little gleam of silver in the lime-green of the Cardinal\u2019s cap, a tiny finely-detailed brooch. A prancing horse\u2026 No, a unicorn. Lover of virgins, who were able to tame the animal with a Marian caress of their long white hands.<br \/><br \/>\u00c0 la messe, aujourd&#8217;hui, L\u00e9on s\u2019est souvenu des bouff\u00e9es de fum\u00e9es de cierges m\u00eal\u00e9es \u00e0 l&#8217;odeur de lin br\u00fbl\u00e9, des mains de Farn\u00e8se avan\u00e7ant vers sa t\u00eate, charg\u00e9es de la tiare incrust\u00e9e de perles Qu&#8217;est-ce qui avait attir\u00e9 son attention alors? Un \u00e9clair argent\u00e9 dans le vert gai de la calotte du cardinal, une broche finement cisel\u00e9e. Un cheval caracolant &#8230; Non, une licorne. Amoureux des vierges, qui \u00e9taient capables de dompter l&#8217;animal d&#8217;une caresse mariale de leurs longues mains blanches.<br \/><br \/>\u2014 Lawrence Norfolk, <em>The Pope\u2019s Rhinoceros,<\/em> 1996<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe0e0\">\u00abQuand nous aurons captur\u00e9 la b\u00eate\u00bb, commen\u00e7a-t-il.&nbsp; \u00abLa b\u00eate? coupa Salvestro. Tu veux dire l\u2019animal qui porte une armure en place de peau, qui se laisse charmer par les jeunes vierges, qui porte une longue corne avec laquelle il perce le ventre de ses ennemis? Cette b\u00eate n\u2019existe pas, Bernardo, et n\u2019a jamais exist\u00e9, pas plus que les dragons.\u00bb<br \/><br \/>\u2014 Lawrence Norfolk, <em>The Pope\u2019s Rhinoceros<\/em>, 1996<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1effb\">Chaque baguette de chez Ollivander renferme des substances magiques tr\u00e8s puissantes, Mr&nbsp;Potter. Nous utilisons du poil de licorne, des plumes de ph\u00e9nix ou des ventricules de c\u0153ur de dragon. Et de m\u00eame qu\u2019on ne trouve pas deux licornes, deux dragons ou deux ph\u00e9nix exactement semblables, il n\u2019existe pas deux baguettes de chez Ollivander qui soient identiques.<br \/><br \/>\u2014 J.K. Rowling, <em>Harry Potter \u00e0 L&#8217;\u00e9cole des Sorciers, 1<\/em>997<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fdfbca\">La Dame \u00e0 la licorne ne nous donnerait pas le spectacle d\u2019une raideur si h\u00e9ro\u00efque sans l\u2019espoir, caress\u00e9 en secret comme l\u2019\u00e9quivoque b\u00eate de la fable, de voir \u00e0 temps l\u2019objet de son d\u00e9sir surgir de l\u2019horizon pour lui ravir sa vertu.<br \/><br \/>\u2014 Marc Petit, <em>La Travers\u00e9e du solitaire<\/em>, 1998<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#daffe2\">Occasionally, I\u2019d notice that I had become a peculiar creature to many people, and even a few friends, who had assumed that being Palestinian was the equivalent of something mythological like a&nbsp;unicorn. A Boston psychologist who specialized in conflict resolution, and whom I had met at several seminars involving Palestinians and Israelis, once rang me from Greenwich Village and asked if she could come uptown to pay me a visit. When she arrived, she walked in, looked incredulously at my piano\u2014\u201cAh, you actually play the piano,\u201d she said, with a trace of disbelief in her voice\u2014and then turned around and began to walk out. When I asked her whether she would have a cup of tea before leaving (after all, I said, you have come a long way for such a short visit), she said she didn\u2019t have time. \u201cI only came to see how you lived,\u201d she said without a hint of irony.<br \/><br \/>\u2014 Edward Sa\u00efd, <em>Between Worlds, in Reflection on Exiles and other essays<\/em>, 1998<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f3dede\">Poursuivant son investigation, mon regard quitta la biblioth\u00e8que pour d\u00e9couvrir sur le mur ouest un tableau. Il repr\u00e9sentait une licorne blanche, l\u2019encolure ploy\u00e9e, engag\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 mi-pattes dans un lac dont la surface portait, hautes et vives, des flammes dansantes. Tentait-elle de se relever ou voulait-elle se pencher ? Le l\u00e9ger fl\u00e9chissement des pattes avant et la chute oblique de sa corne enlevaient sa figure toute en gracilit\u00e9 et sveltesse, en m\u00eame temps qu\u2019en m\u00e2le vigueur pleine d\u2019allant.<br \/><br \/>\u2014 Hirano Keichiro, L\u2019\u00c9clipse, 1998<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background\">Je laissai errer mon regard dans la pi\u00e8ce. Je d\u00e9couvris que le tableau \u00e0 la licorne avait pris des teintes vermillon sous les rayons du ponant qui p\u00e9n\u00e9traient obliques et affaiblis par la fen\u00eatre du sud. La surface des eaux brasillait, les flammes accusaient des tons plus lourds, tandis que sa blanche crini\u00e8re s\u2019\u00e9tendait comme les flammes de l\u2019incendie gagnant de proche en proche.[\u2026]<br \/>Et si cette licorne devait, comme moi, se faire chaque jour un peu plus voisine de la mort? Et si chaque fois qu\u2019elle accueillait le soir, il lui fallait vieillir dans le tableau pour finalement y mourir et se d\u00e9composer ? Ou si encore elle devait contracter ce <em>feu Saint-Antoine<\/em>, comme disaient les villageois, qui la m\u00e8nerait tout droit \u00e0 la mort, ce soir m\u00eame ? Si \u00e0 ma prochaine visite j\u2019allais la trouver couch\u00e9e sur le flanc, le corps immerg\u00e9 \u00e0 demi dans l\u2019eau, yeux blancs \u00e9carquill\u00e9s comme des perles priv\u00e9es de leur orient, gueule b\u00e9ant de fa\u00e7on d\u00e9goutante, corne de guingois pointant ridiculement vers le ciel, en serais-je pour autant \u00e9tonn\u00e9 ?<br \/><br \/>\u2014 Hirano Keichiro, L\u2019\u00c9clipse, 1998<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f2f6ff\">The horse looked terrified. Its mane was matted with sweat and blood, and its eyes were wild. Also, Tristran realized, it had a long, ivory horn jutting from the center of its forehead. It reared up on its hind legs, whinnying and snorting, and one sharp, unshod hood connected with the lion\u2019s shoulder, causing the lion to howl like a huge, scalded cat, and to spring backwards. Then, keeping its distance, the ion circled the wary unicorn, its golden eyes at all times fixed upon the sharp horn that was always turned towards it.<br \/>\u201cStop them\u201d, whispered the star. \u201cThey will kill each other\u201d.<br \/><br \/>\u00ab&nbsp;Le cheval blanc semblait terroris\u00e9. Une lueur de folie dansait dans ses prunelles de jais et un m\u00e9lange d\u2019\u00e9cume et de sang souillait sa crini\u00e8re en bataille. C\u2019est alors que Tristran aper\u00e7ut la longue corne d\u2019ivoire qui lui ornait le front. Tout \u00e0 coup, la licorne se cabra et s\u2019\u00e9broua avec des hennissements de terreur. Un de ses sabots heurta le lion \u00e0 l\u2019\u00e9paule. Le fauve poussa un hurlement de chat \u00e9chaud\u00e9 et recula d\u2019un bond. Puis, tout en restant \u00e0 distance respectueuse, il se mit \u00e0 tourner autour de sa rivale, sans quitter des yeux le redoutable rostre qui demeurait point\u00e9 sur lui. Tous les sens aux aguets, la licorne suivait le moindre de ses mouvements.<br \/>\u2014&nbsp;Arr\u00eatez-les, chuchota l\u2019\u00e9toile. Ils vont s\u2019entre-tuer.&nbsp;\u00bb<br \/><br \/>\u2014 Neil Gaiman, <em>Stardust<\/em>, 1999<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe6e6\">I&#8217;m not the world&#8217;s greatest expert, but I would have thought that the wizards, witches, trolls, unicorns, &#8230; broomsticks and spells would have given her a clue&nbsp;?&#8217; &#8211; when J.K. Rowling insisted she wasn&#8217;t writing fantasy.<br \/><br \/>\u2014 Terry Pratchett.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#faffcd\">Unicorns, I said. Very dangerous, you go first.<br \/><br \/>Une licorne, soufflai-je. Tr\u00e8s dangereuse. Passe devant.<br \/><br \/>\u2014 Jim Butcher, <em>Summer Knight (F\u00e9es d\u2019hiver), <\/em>2002<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f1f1f1\">\u2014 Il y a des licornes ?<br \/>\u2014 Oui, \u00e0 la pelle. Je ne sais plus o\u00f9 les mettre. J\u2019aimerais que les \u00e9crivains potentiels se montrent plus responsables envers leurs cr\u00e9ations. Je comprends que les enfants puissent \u00e9crire sur elles, mais les adultes devraient r\u00e9fl\u00e9chir davantage. La moindre licorne dans le moindre livre d\u00e9moli atterrit ici. J\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e d\u2019un autocollant : \u00ab Une licorne, ce n\u2019est pas pour la page vingt-sept, c\u2019est pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \u00bb Qu\u2019en pensez-vous ?<br \/><br \/>\u2018Do you have unicorns?\u2019 I asked. \u2018<br \/>Yes.\u2019 Perkins sighed. \u2018Sack-loads. More than I know what to do with. I wish potential writers would be more responsible with their creations. I can understand children writing about them, but adults should know better. Every unicorn in every demolished story ends up here. I had this idea for a bumper sticker. \u201cA unicorn isn\u2019t for page twenty-seven, it\u2019s for eternity.\u201d What do you think?\u2019<br \/><br \/>\u2014 Jasper Fforde, <em>The Well Of Lost Plots<\/em>, 2003<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e6ffd4\">Lif&#8217;s not easy for unicorns. We&#8217;re a dying breed.<br \/><br \/>\u2014 Meg Cabot, <em>Haunted, <\/em> 2003.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#c6f5f7\">La licorne fut cr\u00e9\u00e9e par sorcellerie pour permettre aux preux chevaliers de se combattre en tournoi les mains dans les poches.<br \/><br \/>\u2014 Eric Chevillard, <em>Le vaillant petit tailleur, <\/em>2004<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe7d1\">T\u2019es rien d\u2019autre que l\u2019instrument de tes propres frustrations. Pour toi, la vie, la mort, c\u2019est du pareil au m\u00eame. Quelque part, tu auras d\u00e9finitivement renonc\u00e9 \u00e0 tout ce qui pourrait donner une chance \u00e0 ton retour sur terre. Tu planes. Tu es un extraterrestre. Tu vis dans les limbes, \u00e0 traquer les houris et les licornes. Le monde d\u2019ici, tu ne veux plus en entendre parler. Tu attends juste le moment de franchir le pas.<br \/><br \/>\u2014 Yasmina Khadra, <em>L\u2019Attentat<\/em>, 2005<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f4fcd1\">Camp\u00e9e au d\u00e9bouch\u00e9 de la baie des Phoques, la puissante masse montagneuse de l&#8217;\u00eele pr\u00e9sentait un aspect des plus r\u00e9barbatifs. Elle \u00e9tait peupl\u00e9e de sauvages qui, d&#8217;apr\u00e8s ce qu&#8217;avait lu Sam, habitaient des cavernes, occupaient de v\u00e9ritables nids d&#8217;aigle fortifi\u00e9s sinistres et guerroyaient mont\u00e9s sur d&#8217;\u00e9normes licornes velues. Dans l&#8217;ancienne langue, skagos signifiait \u00ab pierre \u00bb. Les indig\u00e8nes se donnaient eux-m\u00eames le nom de Piern\u00e9s, mais leurs compatriotes nordiens les appelaient Skaggs et ne les aimaient gu\u00e8re. Une centaine d&#8217;ann\u00e9es seulement plus t\u00f4t, les insulaires s&#8217;\u00e9taient rebell\u00e9s. Il avait fallu des ann\u00e9es pour mater leur r\u00e9volte, qui avait co\u00fbt\u00e9 la vie au sire de Winterfell et \u00e0 des centaines de ses \u00e9p\u00e9es liges. Des chansons accusaient les Skaggs de cannibalisme ; leurs guerriers \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s d\u00e9vorer le c\u0153ur et le foie des adversaires qu&#8217;ils abattaient. \u00c0 une \u00e9poque imm\u00e9moriale, ils avaient fait voile vers l&#8217;\u00eele voisine de Skane, s&#8217;y \u00e9taient empar\u00e9s des femmes et, apr\u00e8s avoir massacr\u00e9 les hommes, les avaient mang\u00e9s sur une plage de galets au cours d&#8217;un festin qui se prolongea quinze jours durant. Skane \u00e9tait demeur\u00e9e totalement d\u00e9serte depuis lors.<br \/>Dareon connaissait aussi les chansons consacr\u00e9es \u00e0 toutes ces histoires. Quand les lugubres cimes grises de Skagos \u00e9merg\u00e8rent de la mer \u00e0 l&#8217;horizon, il rejoignit Sam \u00e0 la proue du Merle et dit : \u00ab Si les dieux nous veulent du bien, peut-\u00eatre aurons-nous la chance d&#8217;entr&#8217;apercevoir l&#8217;une de ces fameuses licornes. \u00bb<br \/><br \/>\u2014 George R. Martin, <em>Un festin pour les corbeaux<\/em>, 2007<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e4e6ff\">\u2018Don\u2019t worry, chief,\u2019 he said without the usual cynicism. \u2018It\u2019s like riding a unicorn.<br \/>You never forget.\u2019<br \/><br \/>Ne vous inqui\u00e9tez pas, chef, dit-il d\u2019un ton d\u00e9pourvu de son cynisme habituel. C\u2019est comme chevaucher une licorne, \u00e7a ne s\u2019oublie pas.<br \/><br \/>\u2014 Eoin Colfer, <em>Artemis Fowl<\/em>, 2009<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0ffde\">Corra, Diana\u2019s familiar, was clinging to the minstrels\u2019 gallery with her talons, chattering madly and clacking her tongue. She waved hello to Matthew with her barbed tail, piercing a priceless tapestry depicting a unicorn in a garden.<br \/><br \/>\u2014 Deborah Harkness, <em>A Discovery of Witches<\/em>, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e1eff5\">You don&#8217;t have sex near unicorns. It&#8217;s an ironclad rule. It&#8217;s tacky.<br \/><br \/>\u2014 J.K. Rowling<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fcf8a3\">He&#8217;s a most inventive lad. But, you see, t was more than just a racehorse. And when Jim was killed, Norman didn&#8217;t quite know what to do with it. So he thought that, in Jim&#8217;s memory, he&#8217;d race it. And it was the first time the Derby was ever won by a unicorn.<br \/><br \/>\u2014 Robert Rankin, <em>Sex and Drugs and Sausage Rolls, <\/em>2012<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ffe3e4\">I wished I could visit a Museum of Unnatural History, but, even so, I was glad there wasn&#8217;t one. Werewolves were wonderful because they could be anything, I knew. If someone actually caught a werewolf, or a dragon, if they tamed a manticore or stabled a unicorn, put them in bottles, dissected them, then they could only be one thing, and they would no longer live in the shadowy places between the things I knew and the world of the impossible, which was, I was certain, the only place that mattered.<br \/><br \/>\u2014&nbsp;Neil Gaiman, <em>Unnatural Creatures<\/em>, 2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#ebebeb\">I was convinced that the Natural History Museum was missing only one thing: a unicorn. Well, a unicorn and a dragon. Also it was missing werewolves. (Why was there nothing about werewolves in the Natural History Museum? I wanted to know about werewolves.) There were vampire bats, but none of the better-dressed vampires on display, and no mermaids at all, not one\u2014 I looked\u2014 and as for griffins or manticores, they were completely out.<br \/><br \/>\u2014 Neil Gaiman, <em>Unnatural Creatures<\/em>, 2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f7fada\">C\u2019est parce que le freux vit o\u00f9 il veut. Quand il souhaite se distraire en compagnie des humains, il cherche plut\u00f4t celle du po\u00e8te enivr\u00e9, ou de la vieille aux yeux fous, que d\u2019une damoiselle au chapeau pointu. Il aime se d\u00e9lecter d\u2019un morceau de foie de dragon, de langue de licorne quand il peut, et ne bouderait pas la chair du griffon s\u2019il en trouvait.<br \/><br \/>\u2014 Diane Setterfield, <em>L\u2019homme au manteau noir<\/em>, 2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fbd8f2\">Horses lived in <em>stalls<\/em> inside of <em>barns<\/em>, and horses were disgusting. Horses crapped in the same rooms where they slept,  whereas unicorns did their toilet business in the yard. Horses drank discolored water from plastic buckets.  Unicorns lapped clean water from a foot-operated pump over an immaculate metal trough. Horses ate hay. Unicorns also ate hay, but only when there was nothing better in the offing. They loved brew and all sorts of pie, from dinner to dessert.<br \/><br \/>\u2014 Sean Platt &amp; Johnny B. Truant, <em>Unicorn Western,<\/em> 2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#caebf9\">Depuis lors, chaque fois que je passe devant une statue de licorne, je m\u2019assois un moment et je me mets \u00e0 m\u00e9diter sur les hommes sans femmes. Pourquoi en ce lieu? Pourquoi pr\u00e8s d\u2019une licorne? Peut-\u00eatre parce que cette cr\u00e9ature appartient aussi au monde des hommes qui n\u2019ont pas de femmes. Je n\u2019ai, \u00e0 ce jour, jamais vu de couple de licornes. C\u2019est un animal \u2013 indubitablement un m\u00e2le \u2013 qui est toujours solitaire et qui pointe droit vers le ciel sa corne pointue. Peut-\u00eatre devrions-nous en faire le repr\u00e9sentant des hommes sans femmes, le symbole de notre solitude accablante. Et peut-\u00eatre devrions-nous arborer sur notre chapeau ou sur notre poitrine un badge \u00e0 l\u2019effigie d\u2019une licorne, et marcher en silence dans les rues du monde. Sans musique, sans drapeau, sans confettis. Peut-\u00eatre. (Peut-\u00eatre que j\u2019utilise le mot \u00ab peut-\u00eatre \u00bb trop souvent. Peut-\u00eatre.)<br \/><br \/>\u2014 Haruki Murakami, <em>Des hommes sans femme, <\/em>2014.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-beige-background-color has-background\">\u2014 &#8220;what news?\u201d <br \/>\u2014 \u201cLots. I need to find something called the Eye of Zoltar. Heard of it?\u201d <br \/>\u2014 \u201cSure. It\u2019s had Legendary Grade III status for centuries.\u201d <br \/>A Legendary Grade III status meant that the Eye was \u201creally not very likely at all,\u201d which wasn\u2019t helpful, but better than Grade II : \u201cno proof of existence\u201d or Grade I : \u201cproven nonexistence.\u201d \u2014 \u2014 \u201cGrade III, eh?\u201d I said. \u201cThat doesn\u2019t sound good.\u201d <br \/>\u2014 \u201cUnicorns were Grade III at one time,\u201d said Kevin, \u201cand the coelacanth. And we all know they exist.\u201d He then frowned deeply, looked at me again, and a cloud of consternation crossed his face. \u201cWho precisely wants you to look for the Eye of Zoltar ?\u201d<br \/><br \/>\u2014 Jasper Fforde, <em>The Eye of Zoltar, <\/em>2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e7e2f3\">\u2026 Ils se ruaient dans la faille entre la ville monstrueuse et la mer. On redoutait qu\u2019ils aillent vers quelque pr\u00e9cipice pr\u00e9monitoire, qu\u2019ils foncent dans le flot pour y sombrer comme des soleils. C\u2019\u00e9taient des chevaux rayonnant d\u2019h\u00e9lium, des robes d\u2019uranium incandescent. Ils descendaient des d\u00e9esses des airs et de la terre, du ventre de D\u00e9m\u00e9ter et de Neptune. Ils avaient des muscles de raz de mar\u00e9es et des culs carross\u00e9s dans les forges de Vulcain. Les b\u00eates aphrodisiaques se pressaient dans la prairie condamn\u00e9e. Elles flamboyaient, fleurissaient une derni\u00e8re fois, se pr\u00e9cipitaient en torrents \u00e9chevel\u00e9s. Les dominants se mordaient, se d\u00e9passaient, les femelles ouvraient leurs belles vulves roses et ruisselantes. Ils piaffaient, caracolaient, dansaient leur ultime sarabande\u2026 La jument de Br\u00fcnhild \u00e9tait l\u00e0 et les terrorisantes montures de Cort\u00e9s. Il y avait les chevaux blancs des reines de Castille et d\u2019Aquitaine et celle de la Malinche, la compagne du conquistador chez les Azt\u00e8ques. Celui de la tsarine Catherine bandait entre ses cuisses. Buc\u00e9phale courait, reniflait la Licorne immacul\u00e9e aux fesses rondes et au sexe noir. Nu\u00e9es de chevaux des steppes et celui de Lawrence d\u2019Arabie cribl\u00e9 de tendons&nbsp;! Le calme cheval de Napol\u00e9on \u00e0 Austerlitz\u2026 Celui de la reine de Saba effil\u00e9 tel un sabre arabe. Ceux qui se cabrent et ruent, m\u00eal\u00e9s aux femmes nues, laiteuses, dans La Mort de Sardanapale de Delacroix. Les beaux culs exorbit\u00e9s des juments de G\u00e9ricault zoophile \u00e0 en crever.<br \/><br \/>\u2014 Patrick Grainville, <em>Le corps immense du pr\u00e9sident Mao<\/em>, 2015<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#dbfbeb\">But it isn\u2019t a rough draft either. The one I turned in several months ago was rough. There were some bad plot holes, some logical inconsistencies, pacing problems, and not nearly enough lesbian unicorns.<br \/><br \/>\u2014 Patrick Rothfuss.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#fde5f5\">\u201cUnicorns are bad. So, so bad.\u201d I\u2019m dying. I just slapped a unicorn.<br \/>\u201cYour loss, baby. In case you haven\u2019t noticed, I\u2019m hung like a horse.\u201d<br \/><br \/>\u2014 Lily Archer, <em>Bite of Winter<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#f6f0d3\">I asked whether the High Fae came into the pub. Lulu gave me a crooked smile. \u201cHigh Fae?\u201d she asked. \u201cYou know. The gentry, elves, those posh gits with extradimensional castles, stone spears and unicorns.\u201d \u201cYou mean them what step between worlds?\u201d \u201cCould be.\u201d \u201cWho walk on paths unseen and wax and wane with the moon?\u201d \u201cThem sort of people,\u201d I said. \u201cYeah.\u201d \u201cNot in here, squire,\u201d she said. \u201cI run a respectable pub.&#8221;<br \/><br \/>\u2014 Ben Aaronovitch, <em>Lies Sleeping<\/em>, 2018<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"background-color:#e0f3fb\">The angel glanced over at the maiden and saw the unicorn come trotting up behind her with its spear in the air. He was about to yell at her to look out when the animal feinted at her and she fell screeching into Gabriel\u2019s arms.<br \/>The maiden seemed to like it there. She immediately started making her own annunciation to the angel. These maidens certainly were odd creatures.<br \/><br \/>\u2014 Sj\u00f3n, <em>CoDex 1962<\/em>, 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La plupart des animaux \u00e0 corne ont les pieds fourchus, mais il y en a un, dit-on, qui est solip\u00e8de, celui qu\u2019on appelle \u00e2ne de l\u2019Inde. La plupart de ces animaux\u2026 ont re\u00e7u de la nature deux cornes. 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