Citadelles
Citadels

Quelles bizarreries ne trouve-t-on pas dans une grande ville, quand on sait se promener et regarder? La vie fourmille de monstres innocents.
Charles Beaudelaire, Le Spleen de Paris

citadels etourvy 1« Si non confectus, non reficiat »  (si ça marche, n’y touchez pas) est, dans le disque monde, la devise de Lord Vetinari. Elle explique que Citadelles, de loin celui de mes jeux qui se vend le mieux, et dont l’action passablement chaotique pourrait très bien se situer à Ankh-Morpork, n’ait guère évolué depuis sa première édition en 2000. Tant que les boites se vendaient bien, les éditeurs ne souhaitaient guère toucher ni aux règles, ni aux illustrations. Une autre raison est que les droits sont partagés entre trois éditeurs, Edge pour les éditions en français et espagnol, Hans im Gluck pour l’allemand, le tchèque et le hollandais, et Fantasy Flight Games, donc maintenant Asmodée, pour le reste du monde, ce qui rend tout travail sur ce jeu un peu compliqué.

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La première édition française de Citadelles (2000)

Quatre ans après le jeu de base est parue une extension, la Cité Sombre, introduisant dix nouveaux personnages issus pour la plupart d’un concours organisé par Hans im Glück, et une quinzaine de nouveaux quartiers. Plus tard, les cartes de la Cité Sombre ont été intégrées aux différentes éditions de Citadelles. En 2012, l’éditeur allemand a également publié une version comprenant une dizaine de cartes action sur le thème du cirque, qui selon moi n’apportent pas grand-chose au jeu.

Deux ou trois fois par an, je suis contacté par des fans de Citadelles qui ont imaginé leur propre extension. Malheureusement, la quasi-totalité de ces propositions vont dans la même direction, une direction que je ne souhaite pas suivre, celle d’un jeu sensiblement plus complexe et plus stratégique, et laissant une moindre part au hasard et au bluff. On y trouve souvent des quartiers aux interactions sophistiquées, et chaque joueur y contrôle parfois deux ou trois personnages. J’ai toujours regardé ces propositions avec attention, mais je ne les avais jusqu’ici jamais transmises à mes éditeurs car je tiens à ce que Citadelles reste un jeu simple, direct, et plus méchant que stratégique, plus psychologique que tactique.

Mission Red Planet - CoverLost temple cover

Quitte à m’intéresser à Citadelles, j’ai trouvé plus intéressant d’en réexporter le système de personnages dans des jeux entièrement différents, Mission : Planète Rouge,  un jeu de majorité sur Mars développé avec Bruno Cathala, et Lost Temple, un jeu de parcours à la recherche d’un temple perdu, plus léger et plus familial que Citadelles. J’ai aussi tenté de recréer des sensations similaires en utilisant de tout autres mécanismes, dans Aux Pierres du Dragon, conçu avec Michael Schacht, puis dans Mascarade, qui a lui aussi remporté un très grand succès.

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En août 2013, j’ai reçu encore une proposition de neuf nouveaux personnages imaginés par un jeune joueur, Robin Corrèze, mais ceux-ci m’ont semblé plus frais, moins tarabiscotés que ce que j’avais l’habitude de voir. Je les ai fait tourner un peu dans ma tête, puis dans quelques vraies parties. J’en ai aussi glissé un mot aux gens de Fantasy Flight Games, l’éditeur américain de Citadelles. Quinze ans après la sortie du jeu, ils ont estimé qu’il était peut-être temps de prendre quelques risques et de tout remettre à plat. Deux ans de travail, de tests et de développement plus tard, voici donc les deux nouvelles  de Citadelles, qui seront sans doute rapidement adaptées dans la plupart des  langues dans lesquelles le jeu est disponible.

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La nouvelle édition “classique” de Citadelles, avec une belle couverture de Florence Magnin.

L’édition « classique » de Citadelles, bon marché, dans une petite boite carrée, reprend désormais pour l’essentiel le jeu d’origine, tels qu’il a été publié en 2000, avec ses huit personnages emblématiques – Assassin, Voleur, Magicien, Évêque, Roi, Marchand, Architecte et Condottiere – dessinés par Jean-Louis Mourier. Seuls deux ou trois quartiers violets, parmi les plus intéressants de la Cité Sombre, ont été ajoutés. C’est donc le Citadelles de base, simple et efficace mais sans possibilité de « customisation ». Puisque c’est un retour aux sources, les illustrations ne pouvaient qu’être celles du jeu d’origine, par Florence Magnin, Julien Delval et Didier Graffet, qui ont largement contribué au succès du jeu.

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L’édition complète, dans une boite carrée plus grande, est la vraie nouveauté, avec pas moins de 27 personnages en format tarot – trois pour chaque numéro d’ordre, de 1 à 9 – et une trentaine de merveilles. Elle a été concoctée avec l’équipe de Steven Kimball, désormais responsable de Windrider Games, et avec qui j’avais déjà travaillé sur la nouvelle version de Mission: Planète Rouge. Ce fut encore une fois encore très agréable. Steven a plein d’idées, est toujours ouvert à la discussion, et est parvenu à apporter énormément à ce nouveau Citadelles sans que je m’en sente pour autant jamais dépossédé.

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La nouvelle édition complète de Citadelles

Je n’avais jamais été complètement satisfait des nouveaux personnages de la Cité Sombre. Plus complexes que ceux du jeu d’origine, ils n’étaient pas toujours aussi amusants à jouer, et certains faisaient entrer trop d’or dans la partie. Beaucoup ont été un peu modifiés, et le Bailli ne ressemble même plus guère à celui d’origine. S’y ajoutent neuf personnages entièrement nouveaux, issus pour moitié environ des propositions de Robin Corrèze, l’Échevin, la Maître-Chanteuse, l’Espion, la Voyante, le Patricien, le Cardinal, le Bourgeois, l’Archiviste, le Capitaine. Les quartiers violets, les Merveilles, ont aussi été tous étudiées avec soin. Quelques uns ont vu leurs effets modifiés, les moins utilisés ont disparu, et d’autres comme la Nécropole, la Statue ou la Crypte font leur entrée dans la Cité. Attention au Théâtre – quand il est sur la table, on joue en même temps à Citadelles et à Mascarade.

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Citadelles est un jeu d’il y a bientôt vingt ans. Les goûts et les habitudes ont changé, et les jeux actuels sont plus rapides. Une partie de Citadelles se jouera donc désormais en sept quartiers et non huit. Certains des nouveaux effets permettent en outre de poser plusieurs quartiers à son tour de jeu, contribuant aussi à accélérer les parties.

Les magnifiques illustrations d’origine ont certainement beaucoup fait pour le succès de Citadelles, mais nous ne pouvions pas les utiliser dans cette nouvelle édition. En effet, le travail de maquettage date d’il y a bien longtemps, et nous ne sommes pas parvenus à retrouver les fichiers images d’origine. Quant aux originaux, j’en ai deux de Julien Delval chez moi, je sais où se trouve le dessin de couverture de Florence Magnin, mais tout les autres ont disparu.

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Pour la version « de luxe » de Citadelles, il fallait donc de nouvelles illustrations. Les quartiers ont été commandés à une quinzaine d’artistes, qui ont été laissés assez libres de représenter comme ils l’imaginaient l’univers du jeu. Simon Eckert a dessiné la couverture, dans une Renaissance imaginaire plus lumineuse que celle de Florence Magnin pour l’édition originale. Les personnages, dessinés par Andrew Bosley, sont eux-aussi plus engageants.  J’aimais bien le côté sombre, un peu inquiétant, du jeu original mais je pense que je me ferai vite au ton plus joyeux de la nouvelle édition – et le jeu, lui, reste tout aussi méchant.

Citadelles
Un jeu de Bruno Faidutti
2 à 8 joueurs – 30 à 60 minutes
Publié par Windrider Games, Edge, Hans im Glueck
Tric Trac    Boardgamegeek


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What is the City, but the People ?
William Shakespeare, Coriolanus

Wickedness is always wickedness,
but folly is not always folly.
It depends upon the character.

Jane Austen, Emma

In Discworld, Lord Vetinari’s motto is “Si non confectus, non reficiat” (If it ain’t broke, don’t fix it). This is also why Citadels, by far my best-selling game and a game whose chaotic action could have taken place in Ankh-Morpork, has not changed much since its first edition in 2000. As long as it kept selling well, publishers were not pushing for changes, neither with the rules nor with the art. Another reason is that the publishing rights are divided among three different publishers: Edge for French and Spanish versions, Hans im Glück for German, Dutch and Czech, and Fantasy Flight Games, now Asmodée North America, for the rest of the world. This makes working on this game a bit complex.

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The first French edition of Citadels (2000)

Four years after the basic game was published, The Dark City expansion was released, with characters mostly taken from a design contest held by Hans im Glück, and a dozen new districts of my own design. in 2012, the German publisher also designed in-house a dozen new cards with a circus setting, which I think don’t add much to the game.

Two or three times a year, I get an email from a Citadels fan who has designed his own expansion. Unfortunately, almost all of these submissions try to force the game in a different direction by making it more complex, more strategic, more convoluted, and reducing the luck and bluffing elements. There are often districts that interact with each other, or with some characters, and sometimes players end up playing two or even three characters every round. I always take a close look at these variants, but so far I never forwarded one to my publishers because I’ve always wanted to keep Citadels simple, direct, more nasty than strategic, more psychological than tactical.

Mission Red Planet - CoverLost temple cover

This doesn’t mean I never thought about the Citadels system, but I found it more fun and challenging to repurpose the character-selection system, or parts of it, in entirely different games. The results were Mission: Red Planet, a majority game on the planet Mars I designed with Bruno Cathala, and  Lost Temple, a light racing game which might be the family fare version of Citadels. I’ve also tried to create similar sensations using completely different systems, and the results were Fist of Dragonstones, designed with Michael Schacht, and Mascarade, which seems to become also a lasting hit.

Mascarade boxDragonstones cover

In August 2013, I received an email by a young gamer, Robin Corrèze, with yet another Citadels expansion. It was mostly made up of nine characters who felt fresh and not convoluted like most of the suggestions I usually received. I thought about them a bit, and eventually I printed them and played a few games. Then I informed the guys at Fantasy Flight Games, the main publisher. Fifteen years after the game was originally published, they decided to seize the opportunity to revamp the game. After two years of intense testing and development, here come the two new versions of Citadels, which will likely be adapted soon into most languages.

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La the new Citadels classic edition

The “classic” version of Citadels, in small square box, is mostly the game as it was first published in 2000. It has the original set of eight characters—Assassin, Thief, Magician, Bishop, King, Merchant, Architect and Warlord—all of whom were illustrated by the famous French cartoonist Jean-Louis Mourier. We kept all of the original purple districts and added a couple of the simpler and more interesting ones from The Dark City. Since this is intended as a kind of return to the roots of the game, it needed to use the same art as the original game, by Florence Magnin, Julien Delval, and Didier Graffet, which has had a significant impact on the game’s success so far.

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The real new stuff appears in the new version of Citadels, in a larger square box. It has 27 different tarot-sized character cards, three for each rank number, and thirty unique purple districts. It was slowly cooked with Steven Kimball and his team, now in charge of the Windrider Games brand. This was just after I had finished working with Steven on Mission: Red Planet, and once more it was a great experience. Steven has lots of clever ideas, is always open to discussion, and managed to bring lots of stuff into this design without making me feeling dispossessed of anything.

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The new complete edition of Citadels

I had never been completely satisfied with all the new characters from The Dark City expansion. They were more complex than the original set, not always as fun to play, and some of them brought a little too much gold into the game. This is why some of them have been slightly modified, and the Tax Collector even changed its rank number. We have also added nine brand new characters, half of them being derived from Robin Corrèze’s suggestions. These are the Magistrate, Blackmailer, Spy, Seer, Patrician, Cardinal, Trader, Scholar, and Marshal. The unique purple districts also have been carefully reconsidered. the least popular ones are gone, a few have had their effects modified, and a dozen new ones, like the Necropolis, the Statue, and the Basilica enter the city. Be careful when the Theater is in play, as you will be playing both Citadels and Mascarade at the same time.

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Citadels is now almost twenty years old. The tastes of gamers have changed over the years, and most games are now shorter and more fast-paced. This is why a game of Citadels is now played until someone has seven districts and not eight, and it’s also why several of the new card effects allow players to build more than one district per turn. Without changing any of the core rules, we’ve made the Citadels game experience more fun and more dynamic—but just as ruthless as ever.

The gorgeous art in the original game has probably been decisive in Citadels’ success, but is was not possible to use this art in the new edition. This game dates back so many year that the original source files have been lost. And, since the original had all been scattered to the four winds, there was no way to obtain clean scans of the original pieces. As for the originals, I own two by Julien Delval, I know where Florence Magnin’s cover art is, and that’s all.

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This means that, for this new version of Citadels, we needed new art. The districts art has been made by a handful of different artists, which were left free to picture the game’s world as they imagined it. Simon Eckert drew the cover art, in an imaginary Renaissance much lighter than Florence Magnin’s one. The characters, all drawn by Andrew Bosley, also look a bit friendlier and saner than the ones in the original set. This lighter tone certainly has a broader appeal and potential to have Citadels reach audiences who weren’t possible to reach before.

Citadels
A game by Bruno Faidutti
2 to 8 players – 30 to 60 minutes
Published by Windrider Games, Edge, Hans im Glueck
Tric Trac    Boardgamegeek