Draco & Co

Au mois de juillet 2000, mon jeu Citadelles ayant été “nominé” pour le Spiel des Jahres, je me suis payé une petite escapade à Berlin pour la soirée de remise des prix. C’est là que j’ai fait la connaissance de Michael Schacht, dont le jeu Kardinal und Koenig était également nominé – même si personnellement je préfère son TohuWaBohu. Et que peuvent faire deux auteurs de jeu qui se rencontrent, sinon parler de leurs jeux. C’est là que Michael m’a parlé d’un petit jeu de cartes, Die Tafelrunde, qu’il venait de publier à compte d’auteur.

Ma curiosité fut piquée et, quelques semaines plus tard je m’en procurais un exemplaire pour l’essayer. Die Tafelrunde était un très bon petit jeu de cartes, de la famille de Family Business, Guillotine ou Castel, tout à fait le genre de chose que j’aurai pu faire. Draco, roi des voleurs, réunissait autour d’une grande table ronde sa bande de malandrins pour un partage de butin relativement animé. Très vite, ce jeu me donnait plein d’idées, des nouvelles cartes, des nouveaux personnages, un peu d’alcool et de chaos… que je m’empressais d’envoyer, sous la forme de quelques emails assez denses, à mon compère Michael Schacht.

La réponse ne se fit pas attendre. Tout cela a l’air intéressant, disait en gros Michael, si on faisait ensemble une nouvelle version du jeu? Aussitôt dit, aussitôt fait. Je ne parle guère plus allemand que Michael ne parle français, mais on bosse tous les deux sur Mac, ce qui est sans doute plus important, et on s’est échangé des fichiers en anglais, que chacun retraduisait de son côté pour les tests. Quelques semaines plus tard – c’est allé vite – la Table Ronde nouvelle version était là. Draco s’était mis à boire plus que de raison, et avait recruté dans sa bande quelques nouveaux personnages, comme Frère Jean et la vieille Tante Sarah. Zork est toujours là, pas moyen de s’en débarrasser.

Draco & Co a été publié, comme bien de mes jeux de cette époque, dans la gamme des Blue Games de Jeux Descartes, aujourd’hui disparue. Ce petit jeu plein d’humour et sans prétention est donc aujourd’hui introuvable.

Draco & Co
Un jeu de Michael Schacht & Bruno Faidutti
Illustré par Julien Delval

3 à 6 joueurs – 60 minutes
Publié par Jeux Descartes (2001)
Tric Trac    Boardgamegeek


In July 2000, my game Citadels was nominated for the Spiel des Jahres, and I made a little trip to Berlin for the award party. There, I met Michael Schacht, the author of Kardinal und Koenig (Web of Power), who had also been nominated – though I’d rather play his TohuWaBohu. Of course, when two game authors meet, they talk about inventing games. And Michael told me a bout a little card game, Die Tafelrunde, that he had just self-published.

The description sounded interesting and, a few weeks later, I managed to find a copy and play it. Die Tafelrunde was a nice little card game of the Family Business / Guillotine / Castle family, the kind of game I could have made. Draco, king of thieves, and his noisy gand of rogues and goblins, were meeting in a tavern, sitting around a large round table, and divying up the loot. Almost at once, I have lots of ideas for new cards, new characters, and a bit more alcohol and chaos, and I send a few long emails full of ideas to Michael Schacht.

The answer came at once: all this sounds interesting, wrote Michael, why not make a new improved version of this game together? Well, why not! I have little german, Michael doesn’t speak french, but we both use Macs, which is probably more critical, and we started exchanging and correcting english cards and rules files, which were translated in french and german and tested on both sides. A few weeks later – this went surprisingly fast – the new Round Table was ready. Draco had started drinking a bit too much, and a few new characters had joined the gang, such as Brother John and the old Aunt Sarah. Of course, Zork was still here, no way to get rid of him.

Like many of the light card games I used to design in these times, Draco & Co was published by Jeux Descartes, in the Blue Games series. Jeux Descartes doesn’t exist any more, and this light and unpretentious game is now out of print.

Draco & Co
A game by Michael Schacht & Bruno Faidutti
Art by Julien Delval
3 to 6 players – 60 minutes
Published by Jeux Descartes (2001)
BoardgameGeek

The Hollywood Card Game

Michael Schacht et moi avions déjà collaboré pour Draco and Co et, surtout, pour Aux Pierres du Dragon. Hollywood est donc le troisième jeu de cartes que nous avons conçu ensemble mais, contrairement aux précédents, celui-ci est d’un style bien plus schachtesque que faiduttien. Pas mal de réflexion, donc, et pas de cartes événements aux effets imprévisibles et incontrôlables.

Hollywood est en effet un jeu de cartes tactique, léger et rapide, qui laisse très peu de place au hasard. Les règles en sont très simples, et une partie se joue en une quinzaine de minutes.

Le thème est celui du cinéma, les joueurs s’efforçant de produire les meilleurs films en confiant les meilleurs scénarios de films d’action, de film d’épouvante et de films romantiques aux meilleurs réalisateurs. Ils doivent pour cela collecter des cartes composant le scénario, avant d’y associer un réalisateur qui en multipliera la valeur commerciale. Les cartes que peut prendre un joueur dépendant en grande partie de ce qu’ont fait les joueurs précédents, les choix tactiques peuvent être assez tordus.

Les toutes premières versions du jeu contaient une course de sorcières sur des balais, puis des nobles de la Renaissance faisant bâtir des palais dans leurs fiefs – bref, rien de bien fort ou original. Le thème hollywoodien, moins rebattu et très bien adapté aux mécanismes du jeu, est une idée de l’éditeur.

Je dois bien admettre que cartes et boite sont plutôt moches, et surtout que la pochette en carton souple est fort peu pratique. C’est quand même d’abord le jeu qui compte, et j’espère donc que ça ne vous empêchera pas de l’acheter !

The Hollywood card game
Un jeu de Michael Schacht & Bruno Faidutti
Illustrations de Danieli Bigliardo & Gregory Szucs
3 à 4 joueurs – 15 minutes
Publié par Fantasy Flight Games (2005)
Tric Trac    Boardgamegeek


Michael Schacht and I had already designed together Draco and Co and, more important, Fist of Dragonstones. Hollywood is our third card game but, unlike the two former ones, it feels definitely more Schacht that Faidutti. This means that it can be a brain teaser, and that there are no zany event cards with unpredictable and uncontrollable effects.

Hollywood is a light and fast paced tactical card game, with almost no luck. The rules are very simple, and it plays in 15 minutes.

The setting is, of course, the movie business. Players try to produce the most profitable movies with finding the best scripts and hiring to work on them the most renowned directors. To do this, they must collect cards to build the scripts, and then add a director card which acts as a multiplier. Since the cards a player will take depend both on his actions and on the other players’ ones, the tactics can be a bit tricky.

The first versions of this game involved witches in a broom racing, then Renaissance Nobles building palaces – nothing very deep or new. The Hollywood theme was the publisher’s idea, feels more original, and fits well with the game systems.

I must admit that the cards and box graphics are not the nicest ones, and that the soft cardboard box is highly unpractical. Since the most important is still the game, I hope it won’t put you off buying it!

The Hollywood card game
A game by Michael Schacht & Bruno Faidutti
Art by Daniele Bigliardo & Gregory Szucs
3 to 4 players – 15 minutes
Published by Fantasy Flight Games (2005)
Boardgamegeek

Aux Pierres du Dragon
Fist of Dragonstones

La légende

Il était une fois, dans un pays lointain, une vaste forêt enchantée au creux d’une profonde vallée enserrée entre deux hautes chaînes de montagne. Cette vallée était divisée en plusieurs royaumes dont les princes combattaient depuis toujours, chacun voulant faire sous son autorité l’unité du pays. Symboles de puissance, les pierres magiques que les dragons conservaient dans leurs grottes, sur les contreforts des montagnes, étaient recherchées par tous, car la tradition voulait que celui qui les réunirait régnerait sur toute la vallée.

Comme beaucoup d’autres pourtant, les princes de ce pays finirent par préférer le confort de leurs châteaux à l’aventure et à la guerre. Plutôt que de risquer leur vie dans les montagnes à la recherche des gemmes enchantées, ils promirent de couvrir d’or et d’argent ceux qui leur apporteraient les pierres des dragons. La rumeur aidant, la forêt grouilla bientôt d’elfes, de magiciens, de lutins et autres créatures féeriques – tous à la recherche des pierres si convoitées.

Ce monde n’existe plus guère aujourd’hui que dans les légendes, et les pierres des dragons seraient sans doute oubliées de tous s’il n’y avait, dans un petit village au pied des montagnes, une taverne tenue par un vieil aventurier. Le soir au coin du feu, il conte parfois les vieilles histoires du pays enchanté. À ceux qui savent se faire apprécier d’eux, il leur montre même parfois sa collection de pierres magiques, avant de les défier au jeu, leur donnant ainsi une chance de repartir, eux aussi, avec une pierre du dragon.

Le jeu

Aux Pierres du Dragon est un jeu d’enchères à poing fermé unique en son genre pour 3 à 6 joueurs. Les joueurs s’affrontent en utilisant de l’or et des pièces magiques afin de s’approprier les pouvoirs magiques de chaque carte de personnage. Chaque personnage peut posséder les inestimables pierres du dragon, mais aussi certains pouvoirs magiques, des sorts que vous pourrez jeter à vos adversaires. Ils peuvent enfin vous permettre de convertir vos pierres du dragon en victoire.

Pour chaque carte de personnage, les joueurs choisissent le nombre de pièces avec lesquelles ils souhaitent renchérir et les placent dans leur poing fermé. Tous les joueurs révèlent alors simultanément leurs enchères, et le vainqueur prend le contrôle des pouvoirs de la carte. Le vainqueur utilise alors les pouvoirs des cartes de manière à accumuler les pierres des dragons, mais aussi à jeter des sorts sur les autres joueurs et enfin à gagner des points.

Après Citadelles

L’idée qui nous a guidé, Michael Schacht et moi, dans la conception des Pierres du Dragon, était loin d’être désintéressée. Il s’agissait en effet de reproduire le succès de Citadelles en concevant un jeu de cartes situé dans le même univers médiéval fantastique, procurant des sensations très proches mais construit sur des mécanismes complètement différents. Des magiciens et des dragons, donc, et même un voleur, et du bluff et de la psychologie, mais de draft pour le choix des personnages.

L’aspect le plus original du jeu est le système d’enchères, qui fait appel à différentes sortes de monnaie – or vulgaire, or des fées et argent – et permet quelques coups de bluff assez vicieux. Plus qu’un jeu d’enchères, Aux Pierres du Dragon est un jeu de psychologie, de double-guessing. Les ressources sont en effet très limitées, et il importe souvent moins de savoir de combien l’on dispose que de deviner ce que misent vos rivaux.

Le jeu s’inspire donc des vieilles légendes sur l’or des fées, cet or enchanté avec lequel les fées achètent parfois les services des humains, mais qui, le soir venu, quitte les bourses des hommes pour revenir magiquement au pays des fées. Les joueurs cherchent à bénéficier des pouvoirs des habitants de la forêt – dragons, trolls, fées et sorciers de tous poils – chacun de ces personnages vendant ses pouvoirs au plus offrant. Le but est d’acquérir les pierres magiques nécessaires à la fabrication de l’amulette encore plus magique, et caetera…Rien de bien nouveau côté thème, mais ça marche toujours, et on y croit. La maquette fut d’ailleurs aisée à faire, en reprenant des images de Citadelles, de l’Or des Dragons, de Castel et de Draco and Co.

Aux Pierres du Dragon à peut-être pâti d’une édition trop luxueuse. Le jeu s’est vendu très honorablement, mais l’éditeur, Days of Wonder, ne gagnait presque rien sur chaque boite vendue, et à donc préféré se reconvertir vers les plus grosses boîtes, sur lesquelles il est plus facile de concilier une présentation luxueuse et une marge correcte. Aux Pierres du Dragon n’a donc pas été réimprimé, et le jeu n’est plus disponible. Quoi qu’il en soit, Michael et moi en rediscutons de temps à autre et avons une nouvelle version plus variée, avec de nombreux nouveaux personnages, toute prête si un éditeur intéressé se manifeste.

Aux Pierres du Dragon
Un jeu de Bruno Faidutti & Michael Schacht
Illustrations de Julien Delval
3 à 6 joueurs – 45 minutes
Publié par Days of Wonder (2002)
Tric Trac    Boardgamegeek


The legend

Many, many years ago, an enchanted forest lay hidden between two great mountain ranges. The forest valley was home to several kingdoms whose rival princes battled with each other to unite the entire realm under one flag. To gain advantage, princes vied with each other to collect powerful magic amulets called Dragonstones.

Like many royals, over time the princes began to prefer the comfort and safety of their fortified castles. Rather than risk their own lives by venturing out to search for these amulets, they paid handsome rewards to those who could bring them stones. The allure of the princes’ wealth soon filled the enchanted forest with all manner of wizards, witches, dwarves, goblins, and many other enchanted creatures – all in pursuit of the magic Dragonstones.

This enchanted land is now almost entirely lost to legend. Yet, at a cozy inn, in a small forgotten village, the memory of Dragonstones is kept alive by the inn’s ancient proprietor. Even today, a nod from a knowing traveler may persuade him to recount some of the ancient tales. And if he takes a particular liking to you, he may bring out his own collection of magic stones, and challenge you to a simple game of luck and skill and a chance to grab your own Dragonstones!


The game

Fist of Dragonstones is an exciting, closed-fist, bidding game for 3 to 6 players. Players try to outwit their opponents by using gold and magic coins to buy control of an ever-changing cast of enchanted character cards. Those characters’ powers collect valuable Dragonstones; lend their magical powers; help foil other players, and convert Dragonstones into victory.

For each character card, players choose the number of coins they want to bid by placing them in a closed fist. All players reveal their bets at the same time with the winner of the auction then gaining control of the card’s powers. Depending on the card they may: win additional coins or Dragonstones; place spells on other players; or win scoring points.

After Citadels

Michael Schacht and I had a very precise idea in mind when we started working on this game. We aimed at a Citadels follow-up, a game in the same kind of medieval fantasy setting, provideing the same kind of experience but using completely different game systems. Wizards and Dragons, even a Thief, bluffing and double-guessing, but no drafting for character cards.

The most original and interesting aspect of the game is probably the bidding system, which uses three different currencies – common gold, fairy gold and silver – and allows for some nasty tricks. Fist of Dragonstones looks like a bidding game, and is technically one, but feels in fact much more like a pure double-guessing game, since it’s more important to feel what your opponents are bidding than to know exactly how much you can bid.

The storyline comes from the old legends about the enchanted “fairy gold” with which the fairies usually pay the humans who make some work for them. Humans take the gold, place it in their purse, but in the night the gold magically vanishes and comes back to the magic land. In Fist of Dragonstones there are cards figuring the various inhabitants of the deep magic forest – wizards, trolls, goblins, witches and even dragons. These creatures are as grasping as they are powerful, and players bid to have them use their magic abilities for them. The goal of the game is to get the magic stones that will help you to make the even-more-magic amulets, and so on… Nothing new, I know, but it works very well here. The prototypes were easy to make, using pictures from Castle, Citadels, Dragons Gold and Draco and Co.

This game paradoxically suffered from a too good, too luxuous, too gorgeous edition. It sold well, but the publisher didn’t really make money on it. After their exeriment with Queen’s Necklace and Fist of Dragonstines, Days of Wonder decided to publish bigger games in bigger boxes, and at a higher price, thus making easier to reconcile gorgeous production and sufficient profit margin. Fist of Dragonstones was not reprinted. It is now out of print for years, but Michael and I eventually discuss new ideas and new characters for it, and have a ready new and much improved version ready to show to any interested publisher.

Fist of Dragonstones
by Bruno Faidutti & Michael Schacht
Art by Julien Delval
3 to 6 players – 45 minutes
Published par Days of Wonder (2002)
Boardgamegeek