Mon compte rendu de la Gen Con 2017
My 2017 GenCon report

Politique

Je suis arrivé aux États-Unis le lendemain des événements de Charlotteville, qui étaient le grand sujet de discussion. Comme assez souvent, je me suis retrouvé devoir essayer d’expliquer les grilles de lecture européennes aux américains, et inversement. En effet, si le racisme aux États-Unis est un peu différent de ce qu’il est en Europe, l’antiracisme est lui complètement différent.
Pour un américain, être antiraciste c’est vouloir l’égalité des races, considérées comme des réalités incontournables, voire comme des identités à défendre. Pour un européen, surtout dans les pays latins, être antiraciste c’est nier l’existence de races humaines, considérées comme un fantasme dangereux et sans fondement scientifique. Du coup, l’antiraciste américain apparait à l’européen comme un raciste soft et gentil, et l’antiraciste européen est aux yeux de l’américain un grand naïf. Les deux reproches sont sans doute un peu fondés. Discutant des événements de Charlotteville, le chauffeur de taxi qui m’a amené à Roissy disait que « les races, c’est un truc de chien, pas d’hommes », tandis qu’un employé d’hôtel d’Indianapolis m’a assuré que « Dieu a créé toutes les races égales » (ce qui colle mal avec l’histoire d’Adam et Eve, mais bon, je n’allais pas engager un débat théologique avec un américain).
Universaliste par tempérament, je me méfie de l’obsession identitaire et communautaire à l’américaine, de la tribalisation qui mène à la violence. Je ne peux qu’espérer, sans trop y croire, que les événements de Charlotteville vont conduire la gauche américaine à réaliser que les identités sont le problème et non la solution. Je m’inquiète plutôt de voir la vision tribale du monde s’insinuer de nouveau en Europe, que l’on pouvait penser vaccinée par l’histoire contre les identités collectives un peu trop fortes. En même temps (comme dirait Macron😀) on ne lutte pas contre une réalité sociale en refusant de la voir, et se regrouper est parfois, à court terme au moins, la meilleure manière de se défendre.
L’attentat de Barcelone a été beaucoup moins discuté aux USA que les événements de Charlotteville ne l’ont été en Europe. C’est un peu dérangeant, mais cela s’explique peut-être en partie par l’habitude. Les attentats de Ouagadougou, eux, ont a peine été signalés, ce qui est encore plus dérangeant. Il reste que tous ont, au fond, la même origine – quelques allumés pensant qu’ils doivent être fiers d’une identité fantasmée qui les rendrait différent du reste de l’humanité.

Minneapolis

Comme ces trois ou quatre dernières années, j’ai passé les trois premiers jours à Roseville, accueilli par la sympathique équipe de Z-Man Games, et plus largement d’Asmodee (sans accent) North America dans une zone industrielle au milieu de nulle part dans la banlieue de Minneapolis.

On a joué à mes prototypes, dont certain ont suscité un certain intérêt, et à quelques unes des dernières nouveautés et des jeux à venir de Z-Man. J’ai particulièrement apprécié un proto de Florian Fay dont on n’a pas encore le droit de parler et sur lequel il y a encore pas mal de boulot, Smile, un petit jeu de cartes de Michael Schacht, et NMBR9, que je connaissais déjà. Moi qui n’aime pas trop Splendor, et de manière générale le style un peu froid de Marc André, j’ai bien aimé Majesty, un jeu avec de l’interaction et un vrai thème. Discutant de jeux à deux joueurs avec Steven Kimball, j’avais presque réussi à le convaincre de faire une nouvelle édition de Greedy Kingdoms, de Hayato Kisaragi, et de me laisser faire le développement pour lequel j’avais quelques idées. Malheureusement, j’ai appris le soir que les japonais avaient déjà revendu leur jeu à AEG….

Indianapolis


Downtown Indianapolis vu depuis ma chambre au 27ème étage

Changement de rythme après l’arrivée à Indianapolis, caricature de ville américaine à l’architecture brutale plantée au milieu de la brousse. La 50ème GenCon a attiré 70.000 visiteurs, un record. Les auteurs, éditeurs, distributeurs et même fabricants de jeux du monde entier étaient là, seuls les illustrateurs me semblant peu représentés, à l’exception de peintres fantastiques très américains. Beaucoup de français, et pas seulement des asmodéens. Avec une telle foule, les hôtels ne se gênaient guère et la chambre d’Antoine Bauza, arrivé un jour plus tard que prévu, avait déjà été attribuée à un autre. Du coup, je l’ai hébergé deux nuits dans la mienne, ce qui nous a permis de commencer à bosser sur un nouveau petit projet.


Au bar du JW Marriott vec Merry Nowak-Trzewiczek, Eric Lang et une partie de l’équipe CMON.

Tout ce qui gravite autour d’Asmodée, de FFG, de CMON, avec donc un grand nombre de français, avait pour quartier général le bar du JW Marriot, le grand hôtel le plus proche du salon. Ça buvait pas mal, ça parlait plus de jeux que ça ne jouait vraiment. Soirée Iello jeudi, soirée Asmodée vendredi, j’apprécie de ne pas avoir à choisir mon camp.

Les nouveautés

Cinq ou six-cent nouveaux jeux de société étaient présentés sur le salon. C’est beaucoup, peut-être trop. Heureusement, cette année, aucun jeu n’a suscité l’enthousiasme général au point d’accaparer toute l’attention. Pas de big hit, donc, ce qui a permis à pas mal de jeux de se faire remarquer. Je n’ai eu le temps de jouer à rien, mais j’ai entendu dire du bien de tous ceux là, dans le désordre :

et j’en oublie certainement. Quelques uns de ceux-ci, mais aussi pas mal de petites boites qui m’ont intrigué sans que je trouve le temps d’y jouer, sont dans le gros colis que FFG, pardon Asmodee North America, se charge gentiment de m’envoyer bientôt.
Côté styles, certaines des tendances que je constatais dans mes considérations d’avant salon se confirment nettement. Beaucoup de jeux de coopération, beaucoup de jeux narratifs, de plus en plus d’auteurs japonais, et une opposition très nette entre les petits jeux de cartes élégants et les grosses boites au look baroque et au matériel aussi inutile que tapageur. La gamme intermédiaire se fait plus rare. Côté thème, c’est le retour de la science fiction, avec souvent un look très seventies, mais l’heroic fantasy résiste.

Mes jeux à moi

Mon emploi du temps chargé consistait pour moitié en dédicaces et présentations de mes nouveaux jeux, Secrets, Junggle, King’s Life et Kamasutra, pour moitié en rendez-vous avec des éditeurs connus ou inconnus pour leur présenter quelques brouillons. Les deux stands sur lesquels j’étais le plus présent étaient celui de Z-Man, éditeur de Junggle, qui avait la gentillesse de m’héberger dans l’hôtel assez cher où tout se passe et tout se discute, et celui de Vice Games, éditeur de Kamasutra, parce que c’était rigolo.


Présentation de Junggle sur le stand Z-Man

Junggle, léger et familial, n’est sans doute pas le jeu le plus facile à présenter dans un salon très geek, surtout sur un stand occupé surtout par des trucs plus sérieux, plus conséquents et plus allemands. Les démos ont pourtant remporté un certain succès. Le dernier jour, je n’étais cependant plus très performant, ni dans les jeux de rapidité, ni dans ceux de mémoire.


Une partie de Secrets

Sans participer aux parties, plus longues, je faisais de temps en temps un saut à côté, dans l’espace joliment décoré où étaient présentées les nouveautés de Repos Prod, dont Secrets, ma deuxième collaboration avec Eric Lang. Les joueurs avaient toujours l’air de bien s’amuser et de ne pas se faire confiance, c’est bon signe.


King’s Life, chez Pandasaurus

Sur le stand de Pandasaurus, King’s Life était largement éclipsé par l’immense succès de Wasteland Express Delivery Service, mais j’ai quand même pu faire quelques parties dont une, à sept joueurs, restera un de mes meilleurs moments du salon. Cela confirme que ce jeu prend tout son sel quand les joueurs sont assez nombreux.


Kamasutra et Come Together, les deux jeux les plus chauds de la GenCon

Le stand de Vice Games n’était qu’une étroite bande de tissu noir derrière celui, plus conséquent, de leurs amis de Japanime Games, mais c’était l’un des coins les plus drôles et des plus animés de la GenCon. Pendant que Matt, en robe de Blanche neige, expliquait son jeu de cartes Come Together, j’ai animé quelques parties de Kamasutra, qui a été incontestablement l’un des jeux qui faisait parler d’eux. Les mignonnes illustrations de David Cochard, l’enthousiasme de Matt et un peu de bouche à oreille ont permis au jeu d’être sold out le dimanche matin.


On a fait jouer l’équipe du Boardgamegeek à Kamasutra

Il y a même eu des tournois improvisés, dont un que j’ai arbitré à la Game Nerds Night. Du coup, alors que personne il y a deux ans, puis l’an dernier, ne voulait publier ce jeu, pas mal de distributeurs potentiels se sont fait connaître cette année. S’il n’est pas trop tard, Vice Games va se débrouiller pour avoir un stand à Essen.


Préparatifs du tournoi de la Game Nerds night

Prospection

J’avais une douzaine de rendez-vous avec des éditeurs, du plus petit au plus gros, et une dizaine de jeux à présenter. Pour la première fois, j’avais fait le choix d’amener, outre mes brouillons et projets en cours, deux prototypes quasi finaux de jeux, Chawai et Small Detectives, qui vont sortir en France mais dont les éditeurs cherchent licenciés ou distributeurs outre Atlantique. Tout cela a suscité pas mal d’intérêt, ce qui laisse espérer quelques nouveaux jeux de Bruno Faidutti l’an prochain ou dans deux ans – on verra bien. Et puis, comme il ne faut pas renoncer à une bonne idée, je suis passé voir les gens d’AEG, que je ne connaissais pas encore, pour leur proposer d’ajouter mon grain de sel à Greedy Kingdoms.

Retour


Dimanche soir, un peu de repos dans les salons de l’hôtel.

Mon dernier rendez-vous était lundi matin pour un petit déjeuner de travail au Patachou avec Eric Lang. Malgré nos fatigues respectives après quatre jours épuisants passés à jouer, boire et discuter affaires, nous avons réussi à remettre sur les rails un projet avec des elfes et des trolls qui piétinait depuis un an. Reste à espérer que nous n’oublierons pas nos brillantes idées du lundi matin et qu’elles nous sembleront toujours aussi bonnes après une bonne nuit de sommeil.
Ensuite, ce fut l’éclipse au moment du départ d’Indianapolis, une correspondance sans problème à Atlanta, ce qui n’était pas gagné d’avance, et une très courte nuit au dessus de l’Atlantique durant laquelle j’écris ce petit compte rendu. En arrivant, il va falloir que je réimprime des protos pour envoyer aux éditeurs, et que je m’attaque aux nouveaux projets avec Eric Lang, avec Hayato Kisaragi, avec Antoine Bauza. Et puis il y a la rentrée scolaire….


Embarquement sur le vol retour avec Bruno Cathala


Politics

I arrived in the USA the day after the Charlotteville events, which were of course the main topic of conversation. As often, I ended up trying to explain to Americans the standard European interpretation frameworks and premises, and vice versa. Indeed, while racism in the USA is only slightly different from what it is in Europe, antiracism is completely different.
Americans antiracists fight for race equality, and consider that races are an undeniable reality, or even identities needing to be asserted and defended. Europeans antiracists, especially in latin countries, fight to get rid of the idea of race, which they consider a dangerous fantasy based on dubious scientific premises. As a result, European antiracists see American ones as “soft and kind racists”, while American antiracists see European ones as naive dreamers. There’s some truth in both critics. Discussing the Charlotteville events, the taxi driver who drove me from Paris to the Roissy airport told me that “races are for dogs, not for men”. In Indianapolis, a hotel clerk assured me that “God has created all races equal” (which doesn’t quite fit with the Adam & Eve storyline, but I didn’t dare discuss theology with an American).
I am an universalist, and I am extremely wary of the American identity and community fetish, which inevitably leads to violence. I have only little hope that Charlotteville’s white identity furor will make US liberals realize that identities are not the solution but the problem. Conversely, I’m afraid when I see the US style tribal worldview worming itself back in Europe, which I thought had been immunized by history against strong identities. On the other hand, refusing to see a social reality might not be the best way to fight it, and banding together is often, at least in the short term, the best defense system.
The Barcelona terror attack was far less discussed in the US than the Charlotteville events were discussed in Europe. It’s a bit disturbing, but might be in part because it feels less new. The attacks in Ouagadougou went almost unnoticed, which is even more disturbing. Anyway, in the end, all have the same origin – a small group of looneys thinking they can be proud of a bullshit racial or religious identity which supposedly makes them different from the rest of the human race.

Minneapolis

Like the three or four last years, I first stopped for a few days in Roseville, where I joined the friendly Z-Man team, and of all Asmodee (no accent) Nort America, in a lost suburb of Minneapolis. We played my prototypes, some of which raised some interest, and a few new or upcoming Z-Man games. My favorites were a Florian Fay prototype which still needs some development, and Smile, a cute light card game by Michael Schacht, and NMBR9, which I had already played. While I don’t like Splendor and Marc Andrés’s style usually leaves me cold, I really enjoyed my game of Majesty, which has strong interaction and a consistent theme.

While discussing two player games with Steven Kimball, I tried to convince him to make a mew version of Hayato Kisaragi’s Greedy Kingdoms, a game I really like, and to let me work on the development, only to learn the day after that the game was already signed with AEG.

Indianapolis


Downtown Indianapolis viewed from my 27th floor room

There was a change of pace when arriving in Indianapolis, an archetypal american city, some brutal architecture planted in the bush, in the middle of nowhere.
There were 70.000 attendees, a record, at the 50th Gen Con. Designers, publishers, distributors and even game manufacturers from all around the world were here, but there were few artists, except for very american fantasy illustrators. Many French people, not all asmodeans. With such a busy crowd, hotels were full, if not overbooked. When Antoine Bauza arrived one day later than initially scheduled, his room had already been passed to someone else. He slept in mine for two days, a good opportunity to discuss games and to start working together on what will probably be a small card game.


At the JW Marriott bar with Merry Nowak-Trzewiczek, Eric Lang and two guys from CMON.

All the people gravitating around Asmodee, FFG or CMON used the nearby JW Marriott bar and lobby as their headquarters. We drank a lot, we talked games, but we didn’t play that much. Thursday night was the Iello party, Friday night the Asmodee one, I felt relieved for not having to choose my side.

New stuff

There were five or six hundred new games on the show. Many games, may be too many. Luckily, this year, there was no main big hit monopolizing the gamers’ attention, which was divided between many interesting new games. I could not find the time to play anything else than my own games and prototypes, but I’ve heard good things about all of these, in no specific order.

and I certainly forget a few ones. Some of these, and a few dozen small card games, are in the big box that FFG – ooops, ANA – will send me in the coming days. Thanks again friends!
Some of the trends I discussed in a recent blogpost were confirmed. Lots of cooperative games, and of narrative and legacy ones. Many games by Japanese designers. A focus on both small card games and big heavy boxes with baroque graphics and ridiculously overproduced components, but little in between. Science fiction is back, often with a seventies graphic style, but good old heroic fantasy is not dead.

My games

I had a busy schedule, half appointments with publishers to show my prototypes, half signings and demos of my four new games, Secrets, Junggle, King’s Life and Kamasutra. The two booths where I spent most of my time were Z-Man, the publisher of Junggle, who was kind enough to take care of my accommodation in the rather expensive hotel where all the interesting discussions take place, and Vice Games, the publisher of Kamasutra, because it was plain good fun.


Demoing Junggle at the Z-Man booth

Junggle, a light and fast paced family game, might not be very easy to show in a geeky event like Gen Con, especially when most of the other games at Z-Man were more serious, heavy and german. My demos were nevertheless a success, though on the last day, I was not very good an y more at rapidity or memory games.


A game of Secrets

I didn’t actually play Secrets but I often went to have a look and discuss the game at the nearby nice space where the new Repos games were demoed. Players always seemed to have fun and to be completely distrustful of each other, which is a good sign.


Playing King’s Life, at Pandasaurus

At Pandasaurus, King’s Life was largely eclipsed by their big hit, Wasteland Express Delivery Service, a monster game about delivery drivers in a Mad Max setting. I nevertheless played a few games of King’s Life, one of which, with seven players, was probably one of my highlights of the con. This game is definitely best with more players.


Kamasutra and Come Together, the two hottest games at GenCon

The Vice Games booth was just a narrow strip of black cloth behind the bigger one owned by their friends at Japanime Games, but it was one of the most fun and sexy places at the con. Matt, in a snow white outfit, explained his sexy card game Come Together, while I showed Kamasutra. Matt’s enthusiasm, David Cochard’s cute graphics and some word of mouth helped the game selll out quite fast.


Playing Kamasutra with BGG’s Eric Martin as a teammate. We won.

There were even a few improvised tournaments, and I was the referee at the Game Nerds Night on Sunday. No one wanted to publish this game when I showed it two years ago, and again last year, now everyone wants to distribute it all around the world ! If it’s not too late, Vice Games will try to book a small booth in Essen.


Preparing the Kamasutra tournament

(BTW, English grammar question. When explaining the rules of Kamasutra, I used to say that the balloon is placed in the « contact zone ». Then I heard Matt explaining the game, and saying it was in the « zone of contact ». It’s obvious to me, though I don’t know why, that the third possibility, contact’s zone, would not be correct. So, what is the rule ? If zone of contact is correct and not contact zone, why ?)

Prospection

I had ten or twelve appointments with publishers, small and big ones, and several games prototypes to show. For the first time, I had brought not only rough prototypes but also publisher prototypes of two games, Chawai and Small Detectives, which will be soon published in France and are looking for foreign distributors or licensees. Both my prototypes and these games raised some interest, so you can expect some more Bruno Faidutti games in the coming years. And since I could not abandon this idea, I also contacted the AEG team, which I didn’t know so far, to ask if I could add my grain of salt to Greedy Kingdoms.

Back to France


Sunday evening in the hotel lobby.

My last appointment was for breakfast, on mondai morning, at Patachou, with Eric Lang. Even when we were both exhausted after four games of gaming, drinking and talking business, we managed to revive a game project with elves and trolls which had stalled for several months. I only hope that we will not forget our new ideas, and that they will still sound as great after a full night of sleep.
The eclipse took place just when we were leaving Indianapolis. The connection in Atlanta was fast and smooth, which was not certain. I’m now writing this report during the very short night over the ocean. When back, I will have to reprint prototypes for the publishers who asked for them, and then to start working on the new projects with Eric Lang, with Hayato Kisaragi, with Antoine Bauza.


Boarding the plane with Bruno Cathala

Junggle

Le Dou Shou Qi, ou échecs des animaux, est le plus souvent connu en occident sous le nom de jeu de la jungle. Ce jeu de stratégie chinois, traditionnel quoique pas très ancien, remonte sans doute au XIXème siècle. Ses pions représentant des animaux font qu’il est parfois considéré à tort comme un jeu pour enfants.


Un jeu de Dou Shou Qi comme je peux en acheter dans les boutiques chinoises de Belleville.

Le Dou Shou Qi ne doit pas être confondu avec le jeu japonais des échecs des animaux, le doubutsu shogi, qui est une version simplifiée et très récente du shogi. Le jeu de la jungle est un jeu original, sans lien avec les échecs chinois, ou xiangqi.


Les deux jeux d’échecs des animaux, chinois à gauche et japonais à droite.

Le thème et la mécanique du jeu de la jungle s’inspirent d’une tradition plus ancienne, présente en orient comme en occident (on trouve le récit dans l’histoire naturelle de Peine l’ancien), qui voudrait que le plus grand et le plus puissant des animaux de la jungle, l’éléphant, ait une peur panique de l’un des plus petits, la souris. Au Dou Shou Qi, l’éléphant est le roi de la jungle, qui peut capturer toutes les pièces adverses. Suivent le lion, le tigre, le leopard, le loup, le chien, le chat et le rat, ce dernier étant seul à pouvoir capturer l’éléphant.


Images du premier prototype

C’est moi qui, de passage chez Anja à Berlin, lui ai raconté cette histoire il y a quelques année, et ai suggéré d’en faire le point de départ d’un jeu totalement différent du Dou Shou Qi, un jeu qui ne soit ni de pions, ni de stratégie, ni de damier.
Anja dessinant fort bien, j’ai reçu quelques jours plus tard six mignonnes représentations d’éléphant, de lion, de tigre, de chien, de chat et de souris – tant pis pour le léopard et le loup, six animaux nous semblaient suffisants. Chacun d’entre nous a imprimé quelques cartes, et nous avons commencé à réfléchir à plusieurs pistes différentes – un jeu de mémoire, un jeu de rapidité, un jeu de bluff….. Notre premier prototype avais à la fois des cartes et des figurines représentant les animaux, mais il était un peu tarabiscoté. Six mois plus tard, nous avions un jeu dont nous étions vraiment satisfaits, juste avec des cartes, Le Roi de la Jungle – il porte toujours ce nom dans la boite de Junggle. Des cartes sont étalées, face cachées, au centre de la table, et les joueurs le consultent simultanément avant de les replacer, cherchant le plus gros animal qui n’a peur de rien. Nus commençâmes à montrer ce jeu aux éditeurs, tout en gardant en tête nos autres idées de jeu, et en en essayant parfois de nouvelles.


Je ne me souvenais même plus qu’il y avait eu une version avec une panthère noire.

Nous pensions avoir trouvé un éditeur, avec lequel avions même commencé à travailler sur le thème du cirque, mais le projet a finalement été abandonné. Quelques semaines plus tard, de passage à Minneapolis chez mes amis de Fantasy Flight Games, je sortais quelques prototypes de mon sac et, à ma grande surprise, c’est ce petit jeu un peu enfantin, très européen, pas vraiment dans le style habituel de la maison, qui suscita le plus d’intérêt. La raison en était que Steve Kimball venait d’accepter de prendre les rênes de Windrider Games et cherchait des jeux familiaux pour son nouveau catalogue.


Une partie test au kiosque à jeu de la place de République.

Le travail avec l’équipe de Z-Man a été comme toujours (c’est à dire comme quand ils s’appelaient Windrider pour Citadelles, ou quand ils s’appelaient FFG pour Mission Planète Rouge) un véritable plaisir. Ils ont amené de nouvelles idées de jeux sur lesquelles nous avons rebondi, et au bout du compte nous avions, je crois, huit ou neuf règles. Nous en avons sélectionné cinq, tous simples et rapides, permettant de jouer de 2 à 10 joueurs. Mon préféré, Perdu dans la Jungle, est un jeu de mémoire et de prise de risque, mais d’autres font appel au bluff, au sens tactique, ou à la rapidité

Le choix a été fait d’une jungle résolument africaine, et plus du tout chinoise. Exit donc le tigre. Exeunt aussi le chien et le chat qui ne sont pas, dans l’imaginaire occidental, des animaux sauvages. La jungle, ou peut-être la savane, abrite désormais sept espèces, éléphant, rhinoceros, lion, crocodile, hyène, serpent et, bien sûr, la petite souris.

J’espèrais que l’éditeur demanderait à Anja de réaliser les illustrations finales, mais il a jugé ses dessins un peu trop enfantins, trop cartoon, et a opté pour un style plus réaliste. J’étais sceptique au début, mais finalement cela rend plutôt bien, et  j’aime vraiment beaucoup la forme de la boite. Ça doit sûrement avoir un nom.
Notre premier brouillon s’appelait Le Roi de la Jungle, mais c’était un nom un peu long pour un petit jeu dans une petite boite. Il fallait un seul mot, et si possible quelque chose d’international pour faciliter les localisations. Jungle Party ne convenait pas parce que tous les jeux n’étaient pas des “party games”. Nous avons donc pris le plus petit dénominateur commun de toutes les propositions (Jungle), et j’ai suggéré que nous y ajoutions un second g, référence à Dobble, un jeu que j’aime bien, et qui propose également plusieurs règles pour jouer avec les mêmes cartes. J’espère que Junggle aura autant de succès que Dobble.

Il y aura quelques boites de Junggle à la Gen Con, au mois d’août, mais le jeu sortira pour de bon quelques mois plus tard, en anglais d’abord mais j’espère bientôt dans plein d’autres langues.

Junggle
Un jeu de Anja Wrede et Bruno Faidutti
Illustrations de Sam Shimota
2 à 10 joueurs – 15 minutes
Publié par Z-Man Games
Présentation chez l’éditeur
Boardgamegeek


Dou Shou Qi, also known as Jungle Chess or simply Jungle, is a traditional Chinese strategy game, though not a very old one, since it appeared only in the late XIXth century. Due to its animal pieces, it is often (and incorrectly) deemed a children’s game.


An old Dou Shou Qi game

The Chinese Dou Shou Qi is an original game unrelated to Xiangqi (or Chinese Chess). It should also not be confused with the other version of “Animals Chess,” the Japanese Doubutsu Shogi (or Let’s Catch the Lion!), which is a simplified version of Shogi.

The two animals ches games, Chinese (left) and Japanese (right).

The theme and mechanics of the Jungle game come from an older tradition which appears both in the eastern and the western world, where its oldest known occurrence is in Pliny the Elder’s Natural History. The story says that the biggest and most powerful animal in the jungle, the elephant, is absolutely afraid of one of the smallest ones, the tiny mouse. In the Chinese abstract game, the elephant is the king of the jungle and can capture any opponent’s piece. Then, in order of rank, come the lion, tiger, leopard, wolf, dog, cat and rat. Only the latter, of course, can capture the mighty elephant.


Art from our first prototype

If I remember well, I told this story to Anja a few years ago when visiting her in Berlin, and I suggested we make a jungle-themed game out of it—but a completely different one, no checkered board, no deep strategy.
Anja is a talented artist, and a few days after flying back home, I got in my email six cute animal drawings: elephant, lion, tiger, dog, cat and mouse—never mind the leopard and wolf, six animals sounded like enough. We both printed a few cards and started to think in several directions – a memory game, a fast reaction game, a bluffing game….  Our first game used both cards and animals figures, but it felt a bit convoluted. Six months later, we had one game we were really satisfied with, a pure card game we called King of the Jungle (still the name of this mini-game). In it, cards are places face down in the center of the table, and players simultaneously look at them and place them back, trying to find the King of the Jungle, the biggest animal who’s not afraid. We started showing it to publishers, while keeping those other game ideas in mind and sometimes trying new ideas.


I didn’t even remember we had a version with a black panther !

We thought we had a publisher, and we had even started thinking of a different theme—the circus—but the project was finally cancelled. A few weeks later I was in Minneapolis visiting my friends from Fantasy Flight Games. I showed the few prototypes I had in my bag. Much to my surprise, this small family card game, very European, definitely not in FFG’s usual style, raised the most interest. Steve Kimball, FFG’s Board Game Manager at the time, had already accepted his new position as Head of Windrider Games and was looking to pick up some family games that would complement its budding catalog, something I didn’t have anticipated.


The two designers playtesting the final version. I’m on the left, Anja on the right.

Since my visit, Asmodee acquired the Z-Man brand, and since Windrider was making games similar to Z-Man, the two entities merged, with Steve now heading up Z-Man. To learn more about Steve’s plans for Z-Man, see the recent interview he did on Z-Man’s new website.
Working with the Z-Man team was, as usual, smooth and easy – as usual meaning as before when they were  Windrider for Citadels, or even earlier when they were still FFG for Mission:Red Planet). They brought a few new game ideas, which we developed together, and we ended with six or seven mini-games. We chose five very different ones, all fast paced, accommodating small and large groups. My favorite one, Lost in the Jungle, is a memory and risk-taking game, but there are also games about bluffing, tactics, and speed.
The publisher moved the jungle from China to Africa. Exit the tiger. The dog and cat are not, in the western tradition, wild jungle animals, so they were replaced. In the end, the Jungle, or maybe the Savannah, now accommodates seven species: Elephant, Rhino, Lion, Crocodile, Hyena, Snake and, of course, the tiny Mouse.

I had hoped that the publisher would ask Anja to make the final graphics, and she probably would have liked it, but they thought her style was a bit too cartoony, more appropriate for children’s books, and wanted to go for something more realistic. I was skeptical at first, but in the end I think it looks really great. The strangely shaped box — I have no idea if there’s a name for that shape — is cute.
Our prototype was called King of the Jungle, but this was too long a name for a small game in a tiny box. It had to be one single word, two at max, and more or less international to make localization easier. Jungle Party didn’t work because some of the games in the box could not be considered party games. So we ended up with the smallest denominator (Jungle), and I suggested we add a second “g” (Junggle) as a reference to Dobble (Spot It in North America)—because I like Dobble and because Junggle, like Dobble, has several sets of rules, and of course because I hope Junggle will be as successful as Dobble.

It will have early copies for sale at Gen Con, where I shall be to demo it as well as half a dozen other new games at various publishers, with Junggle’s full release coming a few months later.

Junggle
A game by Anja Wrede & Bruno Faidutti
Art by Sam Shimota
2 to 10 players – 15 minutes
Published par Z-Man Games
Publisher’s web page
Boardgamegeek