Je vous vois à Essen ?
See you in Essen

Je serai du 24 au 28 octobre au salon du jeu d’Essen, en Allemagne. Si vous lisez mon blog, vous devez déjà plus ou moins savoir de quoi il s’agit, je vais donc me dispenser d’une description de cet événement.
À en croire la liste soigneusement tenue par Eric Martin sur le Boardgamegeek, ce sont pas moins de 1101 nouveautés qui y seront présentées cette année. Comme je le fais tous les ans depuis une quinzaine d’années, je vais donc répéter que, non, décidément, cela fait trop, nous sommes dans une bulle, cela ne peut pas continuer comme ça. Comme tous les Cassandre, un jour ou l’autre, je finirai bien par avoir raison.

En attendant, je prends ma part de ce succès, ou de cette bulle, avec pas mal de nouveautés récentes ou à venir. Si vous faites le voyage d’Essen, vous pourrez donc découvrir pas mal de trucs siglés Bruno Faidutti.

Dej, la splendide édition iranienne de Citadelles, illustrée par Hassan Nozadian, sera en vente sur le stand de Nice Games (4-E103). L’éditeur ne sachant pas très bien combien de collectionneurs ou de fans du jeu seront intéressés par cette édition un peu particulière, je vous conseille de réserver votre boite. Je serai sur le stand pour le dédicacer le vendredi et le samedi à 13h.

Dragons est un petit jeu de prise de risque, de psychologie et de mémoire très joliment illustré par mon ami david Cochard. Ce n’est plus vraiment une nouveauté pour les français, mais il n’est pas encore largement disponible dans le reste du monde. Il sera sur le stand de Matagot (3-E102), et sur celui du distributeur allemand, Boardgamebox (2A116). Je serai le vendredi et le samedi à 15h chez Matagot, puis à 15h30 chez Boardgamebox.

Fist of Dragonstones (Aux Pierres du Dragon) est un jeu d’enchères et de bluff conçu avec Michael Schacht. La nouvelle version, la « Tavern edition », a été très largement revisitée, pour plus de fluidité et surtout de variété, grâce à une cinquantaine de nouvelles cartes. Je sur le stand de l’éditeur, Stronghold (3-O111) le vendredi à midi et le dimanche à 11h.

Greedy Kingdoms est une toute nouvelle version d’un jeu de Hayato Kisaragi, originellement paru en 2009. Ce petit jeu « japonisant » n’est pas sans rappeler Citadelles, mais pour deux joueurs. Je serai sur le stand de l’éditeur, AEG (3-K107) le samedi à 16h.

Terra, un faux jeu de coopération qui n’est plus disponible depuis longtemps par chez nous, vient de ressortir chez un éditeur de Hong Kong, Jolly Thinkers. Vous pourrez acheter la nouvelle édition bilingue anglais/chinois sur leur stand, 4-A110.

Venture Angels est un petit jeu d’enchères et de bluff comme je les aime, aux règles simplissimes, qui arrive dans les semaines qui viennent chez l’éditeur coréen Mandoo Games (2-C112). Le jeu sortant tout juste de l’usine, il n’y aura qu’un petit nombre de boîtes disponibles, venues par avion.

• La production ayant pris un peu de retard, Le Petit Poucet, ma troisième collaboration avec Anja Wrede, magnifiquement illustré par Frédéric Pillot, ne sera pas en vente sur le salon, mais il y aura quelques boites de démonstration dans l’espace Asmodée.

Voila, sauf surprise de dernière minute, ce qui n’est pas totalement exclu, ce devrait être tout.

Bien sûr, le reste du temps, j’ai pas mal de rendez-vous avec des éditeurs, parfois pour signer des contrats ou discuter de jeux qui sortiront l’an prochain, parfois pour leur montrer mes prototypes. Ceux-ci sont cependant moins nombreux que prévu. Quatre de mes dernières créations ayant trouvé un point de chute ces dernières semaines, je n’aurai plus que deux ou trois projets dans mes cartons, et plutôt des trucs qui s’expliquent rapidement. Du coup, on risque souvent de se retrouver juste à boire des bières et causer du petit et du grand monde ludique, mais ce n’est pas plus désagréable  et il y pas mal de trucs à dire.

Au plaisir de vous y croiser.


From October 24 to 28, I will attend the Essen game fair, in Germany. Since you are reading my blog, you probably already know more or less what it is, so I will skip the event description this year.

According to Eric Martin’s carefully compiled listing on the Boardgamegeek, there should be 1101 new games shown there this year. Like every year for about fifteen years, I will again repeat that it’s clearly too many, that we are living in a bubble, and that this won’t last long. Like every Cassandra, I shall eventually end up being right some day.

In the meantime, I try to get my share of the, or the bubble, which means that if you are visiting Essen, there are several places where you might find some more or less new Faidutti stuff.

Dej, the gorgeous Iranian edition of Citadels, with art by Hassan Nozadian, will be on sale at the Nice Games booth (4-E103). Since the publisher has no real idea how many collectors or Citadels enthusiasts will want to buy this version, I suggest you preorder your copy. I’ll be there for signings on Friday and Saturday at 1 pm.

Dragons, a light push your luck, psychology and memory card game with cute art by my friend David Cochard, is already in shops for a few weeks, and will be demoed and sold at the Matagot booth (3-E102), and at the German distributor, Boardgamebox . I’ll be  Friday and Saturday at 3 pm at Matagot and then at 3:30 at Boardgamebox.

Fist of Dragonstones is an auction and bluffing game codesigned with Michael Schacht. The new « Tavern edition » has been largely revisited for more fluidity and variety, and has about fifty new character cards. It’s published by Stronghold games, and I’ll be at their booth (3-O111) Friday at noon and Sunday at 11 am.

Greedy Kingdoms is a brand new version of a light two player game originally designed by Hayato Kisaragi, and first published in 2009. this light « japanese style » game feels a bit like a two player version of Citadels. I’ll be signing at at AEG (3-K107) on Saturday at 4 pm.

Terra, a fake cooperative game, is no more published in the Western world, but has just been republished by a Hong Kong publisher, Jolly Thinkers. You’ll be able to buy the new bilingual Chinese/ English edition at their booth, 4-A110.

Venture Angels is a very light auction and bluffing game, with xtremely simple rules, which ought to hit the shelves in the coming weeks. The Korean publisher, Mandoo Games (2-C112), will only have a few dozen air-shipped copies for sale at Essen.

• Due to production issues, Lost in the Woods, the third game I’ve designdd with Anja Wrede, gorgeously illustrated by Frederic Pillot, won’t be ready to sell in Essen, but there will be a few advanced demo copies somewhere in the Asmodee space.

I think that’s all, unless there’s a last minute surprise, which I can’t completely rule out.

I have several appointment scheduled with publishers, to sign contracts, to discuss upcoming games, and to pitch my last prototypes. These are fewer than expected. In the very last weeks, four of my recent designs have found a home, and I only have two or three games left, mostly light stuff that can be explained in a few minutes. As a result, we’ll probably end just drinking beers and discussing the big and small gaming world, which is always fun.

Anyway, i hope to see you there.

Écrire des règles
Writing Rules


Une note de Winston Churchill au War Cabinet

Règles

Les éditeurs aiment bien mes prototypes, peut-être parce que je fais de bons jeux, mais surtout parce que mes règles ont la réputation d’être brèves et claires. Ils peuvent donc y jouer rapidement et savoir tout de suite si le jeu les intéresse. Si d’aventure ils publient le jeu, ils savent qu’ils auront moins de travail de réécriture qu’avec d’autres auteurs plus connus – je ne citerai pas de noms.
Si l’entrainement universitaire et un esprit assez rationnel me rendent sans doute la rédaction de règles plus facile qu’à d’autres, j’ai aussi un certain nombre de trucs que je voudrais partager ici pour aider les auteurs débutants – et même quelques uns qui ne le sont plus.

Suivre la règle

Beaucoup d’auteurs ne rédigent véritablement leurs règles que lorsque le jeu est terminé, testé, bouclé, prêt à présenter aux éditeurs. Je ne travaille pas ainsi. L’une des premières choses que je fais lorsque je commence à réfléchir à un jeu, parfois même avant de réaliser un premier prototype, est d’écrire des règles complètes, que je modifie ensuite à chaque nouvelle version, soigneusement numérotée à la façon des logiciels. Ainsi, les règles finales de mes deux derniers jeux publiés, Greedy Kingdoms et Fist of Dragonstones, portaient les numéros 2.3 et 3.10. Ménestrels, qui devrait sortir à la fin de l’année, en est même à la version 7.5.
Chaque petite modification des systèmes de jeu me force donc à relire les règles pour en réécrire certaines parties, et permet au passage corrections et éclaircissements du reste du texte. Cette technique oblige cependant prendre garde à ne pas laisser traîner dans des règles des éléments provenant de versions précédentes – je m’y suis parfois laissé prendre.

Une langue cohérente

Il ne suffit pas qu’une règle soit grammaticalement correcte pour qu’elle soit « bien écrite », elle doit aussi être cohérente dans son vocabulaire et dans les modes utilisés – c’est à dire dans la manière dont elle s’adresse au lecteur / joueur.
Une règle peut être écrite sur un mode impersonnel ou en s’adressant directement au joueur. Je n’ai pas vraiment de préférence et choisit, selon le jeu, ce qui me semble le plus adéquat. Quelle que soit le mode choisi, il faut ensuite être cohérent, s’y tenir, ne pas écrire d’abord « le joueur fait ceci » et au paragraphe suivant « Faites cela ». De même, si vous optez pour une forme ou une autre d’écriture inclusive (je le fais en anglais mais pas en français, pour des raisons que je n’ai pas le temps de développer ici), tenez-vous-y sur l’ensemble des règles.

Il en va de même du vocabulaire. Un éditeur m’a demandé récemment de relire les règles d’un jeu de « tuiles » dans lesquelles il utilisait tantôt « pile » et « face », tantôt « recto » et « verso », ce qui ne peut qu’entraîner de la confusion. Choisissez les mots les plus simples, les plus précis, pour chaque élément de jeu, pour chaque mécanisme, et tenez-vos y, quitte à faire quelques répétitions. Évitez aussi les termes trop ésotériques, trop spécifiques – une carte est une carte, un pion est un pion, tout doit être évident pour le lecteur.

L’anglais

J’écris désormais toutes mes règles directement en anglais, même quand je sais que je le proposerai d’abord à le jeu un éditeur français.

J’ai bien sûr d’abord fait ce choix pour pouvoir présenter mes créations à tous les éditeurs, quelle que soit leur nationalité. Dans un premier temps, j’ai fait l’effort de maintenir en parallèle deux sets de règles, l’un en anglais et l’autre en français. Je me suis très vite rendu compte que cela entrainait des erreurs, car j’avais tendance à ne faire les mises à jour que sur l’un ou l’autre des fichiers, et ai alors abandonné le moins utile, le français.

Si je me débrouille à peu près en anglais, du moins à l’écrit, ce n’est pas ma langue maternelle et je suis moins à l’aise qu’en français. C’est paradoxalement un avantage, car cela me contraint à écrire de manière relativement simple, efficace, là ou je pouvais user en français de subtilités prêtant à confusion.

J’ai par ailleurs découvert que la langue anglaise, grâce à une syntaxe plus directe et un vocabulaire plus précis et varié, se prêtait mieux que le français à l’écriture de règles et d’instructions. Les informaticiens et autres techniciens, auxquels il ne viendrait pas à l’idée de lire des modes d’emploi en français, le savent bien. Très souvent, un point de règle qui s’explique simplement en anglais dans une courte phrase va demander un long paragraphe en français. L’inverse peut arriver, mais c’est bien plus rare.

Et puis, chaque fois que j’écris cela, ça fait râler tous les intégristes de la langue et de l’identité française, et ça m’amuse.

Exemples et graphiques

Si les règles que je soumets aux éditeurs ont parfois un défaut, c’est de manquer d’exemples, et leur principal travail rédactionnel consiste souvent à en introduire quelques uns. Les exemples ne font pas partie intégrante de la règle, ils en sont juste une illustration, ils mettent en lumière un point qui doit déjà présent dans le texte. Il est pourtant parfois difficile d’expliquer certains points « en général », et c’est alors que l’exemple devient utile.

Il en va de même des schémas, des graphiques. Ils peuvent préciser une règle écrite mais, sauf cas très particuliers, ne doivent pass’y substituer. Les japonais, qui ne font pas comme nous une différence très nette entre texte et graphique, mélangent volontiers les deux. C’est sans doute une des raisons qui font que les traductions de règles japonaises sont souvent peu claires pour les occidentaux – en tout cas pour moi.

Le thème

Je ne suis pas de ces auteurs pour qui le thème n’est qu’un truc destiné à simplifier la présentation des règles, à faire passer des mécanismes qui, à eux seuls, constitueraient l’essence du jeu. Si le thème, l’univers du jeu n’est pas que cela, il est néanmoins aussi cela, et il faut savoir l’utiliser.
Je me suis trouvé récemment, pour Dragons, face au même problème qu’il y a une quinzaine d’années pour l’Or des Dragons, devoir concevoir et expliquer un système de score délibérément tarabiscoté car conçu pour permettre aux joueurs de se faire une vague idée de la valeur de chaque carte sans jamais pouvoir la calculer exactement. Si je m’en suis mieux sorti cette fois, c’est parce que j’ai volontairement choisi d’expliquer les bizarreries du score par des gags thématiques – trois anneaux uniques, une nourriture équilibrée, un équipement complet de chevalier… S’il est inutile de farcir les règles de références thématiques qui n’aident en rien à la compréhension du jeu, il ne faut pas hésiter à faire appel au thème quand il permet d’expliquer simplement une règle.

Soyez bref

Quelle que soit la complexité de votre création, ayez soin de faire des règles aussi brèves, aussi simples que possible. Après avoir longtemps écrit des règles longues, parfois redondantes, j’essaie maintenant de n’écrire chaque chose qu’une seule fis, quitte à mettre en gras le plus important, et de me limiter à une page pour les petits jeux de cartes, et deux pages pour les grosses boites.

Si les règles de votre jeu font peur, personne ne les lira et personne n’y jouera.
Si vos règles s’étalent sur de nombreuses pages, c’est peut-être qu’elles sont mal construites, avec des répétitions. Reprenez-les, cherchez un autre plan, il y en a toujours plusieurs possibles et aucun qui fonctionne pour tous les types de jeux. C’est peut-être aussi qu’elles sont mal écrites, avec des phrases trop longues, des circonvolutions inutiles, des adverbes superflus. il convient alors de dégraisser.
C’est parfois aussi parce que le jeu est trop complexe, a grossi au fur et à mesure de son développement. Quand dégraisser ne suffit pas, il faut trancher dans le vif, supprimer tous les mécanismes qui n’apportent pas grand chose, qui ne servent que dans une partie sur dix, ou simplement qui sont trop compliqués à expliquer.

Testez vos règles

Un éditeur qui reçoit un prototype dont les règles ne sont pas parfaitement claires risque de le jeter sans y jouer, ou de se tromper en y jouant et de ne pas en voir l’intérêt. Si des points de règles lui semblent ambigus, il téléphonera ou enverra peut-être un mail à l’auteur quand celui-ci s’appelle Bruno Cathala ou Richard Garfield, ou même Bruno Faidutti, mais il ne prendra pas cette peine pour un inconnu.
Il m’arrive parfois d’acheter ou de recevoir des jeux dont je ne parviens pas à comprendre les règles. Ce sont le plus souvent des jeux publiés à compte d’auteur, parfois sur Kickstarter. Si un « professionnel » comme moi n’y comprend rien, il est probable qu’un simple joueur sera plus perdu encore. Le jeu est certes publié, mais il est mort-né car il ne sera jamais joué, et ce quelles que soient ses qualités ludiques.
Il faut donc tester non seulement le jeu, mais aussi les règles avant de le montrer aux éditeurs ou de le publier. Je prends part à toutes les parties tests de mes projets, expliquant moi-même les règles. Je ne peux donc pas tester mes règles « en aveugle » auprès de joueurs cobayes; ce n’est pas trop grave parce que je sais que je suis assez bon pour l’écriture de règles. J’engage en revanche tous les jeunes auteurs à tester leurs règles en aveugle, du moins pour leurs premières créations. C’est le meilleur moyen de se corriger et d’apprendre, peu à peu, à rédiger d’emblée des règles claires et complètes.



A note to by Winston Churchill to the War Cabinet.

Rules

Publishers usually like my prototypes. It might be because I design good games, but I know fr sure it’s also because they know my rules are usually short, clear and straightforward. They can play the prototype out of the box and decide at once if they like it or not. And if they decide to publish it, they know there will be less rewriting work than with most other designers, including several bigger names.
Academic training and a rational mind probably make it relatively easy for me, but I also have a few tips I would like to share with wannabe designers – and may be with a few seasoned ones.

Follow the rules

Many designers write complete rules only when their game is finalized, tested, ready to pitch to publishers. That’s not my way. One of the first things I do when starting to think of a game, sometimes even before making a first prototype, is to write complete rules. These rules are then updated after every playtest session, and numbered like softwares. I checked my final rules of my two last published games, Greedy Kingdoms and Fist of Dragonstones, they are numbered 2.3 and 3.10. Minstrels, which ought to come out at the end of the year, is already at version 7.5.
Every small change in the game systems makes me reread most of the rules, and rewrite some of it, and is an occasion to make things shorter and clearer when possible. The only drawback of this method is that I must be very careful not to let a few obsolete rule points in the newer rules. It happens.

Consistency

A well written rule set must be grammatically correct (well, more or less since I usually write it in English), but it’s not enough. It also requires consistency in vocabulary and in the way the reader / player is addressed to.
The rules can be written using different syntax styles or modes. They can be impersonal, or address the player directly. The best way probably depends on the game style and the writer’s mood, but it must be consistent. Don’t write « the player does this » in a paragraph and « you do that » in the next one. You can use the singular they or not – I often use it in English, though I don’t like its French equivalent which is not equivalent at all – but you must stick to your choice.

The same goes with vocabulary. I was recently proof-reading the French rules of a tile laying game for a publisher. The two sides of the tiles were called sometimes front and back, sometimes recto and verso, which made it extremely confusing. Go for simple and direct words, one for each element, and stick to them – it’s a good thing that repetitive use of the same word is considered less inelegant in English than in French. Avoid any complex or esoterica term – a card is a card, a pawn is a pawn – or a meeple, OK. Everything must be understood at once by the reader.

English

I write all my rules directly in English, even when I plan to first show the game to a French publisher.

Of course, the first reason is that it allows me to pitch my game to every publisher, no matter their nationality. I first tried to maintain two parallel versions, one in French and one in English. I soon realized it didn’t work, because I often updated one and not the other, so I got rid of the least useful, the French.

My English is not bad, but it’s far from fluent. I am much more at ease in French, but writing in English is paradoxically an advantage, because it forces me to write in a relatively simple and direct way.

I’ve also found out that the English language, thanks to a more direct syntax and a more varied and precise vocabulary, was better suited to rules and instructions writing than French. That’s the reason why many French technicians or computer users go directly to English instructions of their machines or softwares, without giving a single look at the French language ones. Quite often, a rule point that can be explained in a short english sentence would have required a long paragraph in French. The opposite can happen, but it’s exceptional.

Another good point is that, every time I write this on by blog, it irritates the fanatics of French language and identity, who think that everything in France should be done in French.

Examples and graphs

The rules I give to publishers often have one flaw, they lack examples and the publisher’s main editorial work is to add a few ones. For me, examples and graphs are not a constitutive part of the rules, they are an illustration – etymologically, something that enlightens the text. They should not be necessary, everything being already explained the written text. However, since it’s not always easy to explain things « in general », an example can help and illustrate a rule.

The same is true of graphs and diagrams. They can help to explain a written rule, but except in very specific cases, they should not replace it. There seems to be less difference between text and diagrams in Japanese, and Japanese game rules often mix text and diagrams. That’s probably why westerners – or at least me – often have troubles understanding game rules translated from Japanese.

Theme and Setting

I disagree with the game designers who think that the theme is just a trick aimed at making rules explanation easier, and that the mechanisms are the only constitutive part of the game, its essence. A theme or setting is not only this, but it doesn’t mean it can’t also be used this way.
When designing my recently published game Dragons, I faced a problem already had seen fifteen years ago, with Dragons’ Gold. These games have very simple rules, but the scoring system is deliberately convoluted so that players cannot assign a precise value to every card. I think I did it better this time, because I’ve explained every little scoring rule with a thematic joke – three copies of the one ring, a balanced diet, the proof that you’ve killed a knight… Don’t add thematic references in your rules when they don’t help understanding them, but don’t hesitate to do it when the help.

Be short

No matter how complex your game is, try to make the rules as simple as possible. My first rulesets were long and sometimes redundant. I now try to state every rule point only once, and use bold characters to emphasize the most important ones. I also try to keep everything on one page for light card games, on two pages for big boxes.

It the rules of your game look overwhelming, none will read them and it will stay unplayed.
If your rules spread over several pages, they might be badly organized and redundant. Try another plan, there are many available and none of them works with all games of all kind. They might also be badly written, with long sentences and unnecessary adverbs. Remove the fat.

Sometimes, a game has become too complex, with many rules being added all along its development. When removing the fat is not enough, you should think of removing some meat, discard the rules which are used only in a game in ten, which are difficult to explain clearly.

Blind test

A publisher who receives a prototype with unclear or in complete rules will probably discard it at once, or will play it wrongly and miss the point. When there’s only a small ambiguity, he might email or phone the designer if it’s Bruno Cathala or Richard Garfield, or may be even Bruno Faidutti, but he won’t bother with this for some unknown wannabe designer.
I sometimes buy or receive games whose rules I can’t make sense of. These are usually self-published games, often pledged on Kickstarter because they looked fun. I am a professional; if I have troubles understanding the rules, casual gamers will be completely lost. The game has been published, but it’s stillborn since it won’t ever be played, no matter how good it is.
You should playtest not only your game but also your rules before you pitch the game to any publisher. I can’t do it because I usually take part in all the play testing sessions. It’s not a big issue for me since, as I said before, I know I’m quite good at writing rules. On the other hand, I urge every wannabe designer to blindest their rule and listen to critics. It’s the better way to learn how to write clean and complete rules.

Dragons

Dans Dragons, les joueurs ne sont pas comme trop souvent de vulgaires aventuriers avides de gloire et de crânes de dragons à accrocher au dessus de la cheminée, mais bien les fiers et nobles reptiles ailés et cracheurs de feu. Ceci dit, pour très anciens qu’ils soient, les dragons n’en sont pas plus vertueux et philosophes pour autant, et leurs préoccupations sont bien proches de celles des aventuriers. Ils passent en effet leurs étés à survoler la campagne, attaquant châteaux et abbayes à la recherche d’or et de pierreries. L’hiver venu, ils retournent à leurs caves, très haut dans la montagne, où ils aiment à accrocher les armes et les armures des chevaliers qu’ils ont défaits. Ils y passent le temps à compter et recompter leurs trésors, et à les astiquer pour qu’ils brillent mieux sous les flammes. Auri sacra fames, voila pour la très antique sagesse de ceux qui jouent à se croire encore les rois du monde. Une partie de Dragons, c’est trois ou quatre étés, selon le nombre de joueurs, suivis d’autant d’hivers.

Dragons est un jeu de prise de risque, de stop ou encore (je préférais la vieille expression de quitte ou double, qui semble avoir disparu), dans lequel on joue moins avec la chance qu’avec les nerfs des autres joueurs. Chacun à son tour ajoute une carte à l’une des piles de trésors, ou craque en s’emparant de l’une des piles, laissant ses collègues dragons continuer à piller la région. Il est toujours tentant d’ajouter encore quelques cartes sur une pile qui nous semble intéressante, mais c’est au risque de voir un autre reptile la ramasser sous notre museau. Dragons est aussi, un tout petit peu, un jeu de mémoire dans lequel on s’efforce de repérer discrètement les piles les plus intéressantes. Les subtilités du système de score font que la tactique n’en est pas non plus totalement absente.

Après trois ou quatre ans, ce qui équivaut à quelques jours en temps de dragon, Glaurung, Fafnir, Rhaegal, Falkor, Mélusine et les autres se retrouvent pour comparer leurs magots.
Qui croirait que les puissants dragons sont, comme nous autres petits humains, des êtres faibles qui se laissent parfois entraîner par la soif de l’or au point d’en oublier les choses vraiment importantes de la vie, comme la nourriture? Les dragons doivent manger, et même manger plus que nous. Ceux qui n’ont pas accumulé assez de nourriture sont donc éliminés avant même l’évaluation des butins. À cinq ou six joueurs, il faut même manger équilibré, des vaches et des moutons.
Les dragons qui ont stocké, soigneusement grillée et séchée au coin du feu, assez de nourriture pour les longs hivers à venir, comparent ensuite leurs magots. Les pièces d’or en sont bien sûr la valeur de base, mais bijoux et joyaux en tous genre sont également très prisés. La légende veut que les dragons mâles préfèrent les couronnes et sceptres royaux, et les gemmes bleues, tandis que les femelles recherchent les colliers, les torques et les pierres roses, mais rien n’est moins sûr. On n’est même pas certain, en fait, qu’il y ait des dragons mâles et femelles, les quelques inconscients qui se sont approchés des monstres d’assez près pour s’en assurer n’étant pas revenus pour conter leur histoire.
Les dragons tiennent fermement à leur réputation, et une caverne bien tenue se doit d’être inexpugnable.  Quelques armures, heaumes, boucliers et épées, alignées avec soin sur les murs de la grotte, montrent le peu de cas que l’hôte des lieux fait des chevaliers les mieux équipés.
Il est enfin une légende qui se transmet chez les dragons de génération en génération, celle de l’anneau unique. Rien n’est plus classe pour un dragon que d’avoir, dans son trésor, un anneau unique – mais encore faut-il, bien sûr, qu’il soit vraiment unique, et il y en a trois dans le jeu. Enfin, il ne suffit pas d’avoir un trésor, il faut aussi le ranger, l’entretenir, le faire briller sous les flammes de son propriétaire.


L’un des premiers prototypes

Concevoir un jeu, c’est souvent du travail, mais pas toujours. Il y a ceux qui demandent des années de tests, de réflexions, de bidouillages pour, parfois, n’arriver nulle part. Il y a ceux qui marchent tout de suite, ou presque tout de suite. Dragons est de ces derniers, puisqu’il ne s’est écoulé que quelques jours entre l’idée et les premières parties, quelques semaines entre le jour où j’ai fait jouer l’équipe de Matagot, croisée un peu par hasard au Nid, un bar à jeux parisien, et la signature du contrat, et quelques mois entre cette dernière et la parution du jeu. J’aimerais que cela se passe toujours ainsi.


L’une des premières ébauches de David pour Dragons

Pour les illustrations, tout est allé très vite aussi avec mon ami et presque voisin David Cochard, avec qui je travaille pas mal ces temps-ci. David a récemment illustré Waka-Tanka, Kamasutra, et est en train de s’attaquer à mes Jongleurs et ménestrels, à paraître l’an prochain. Il avait bien aimé dessiner des dragons il y a quelques années pour Dungeon Petz,, de Vlaada Chvatil, et a été heureux de s’y remettre. Des figurines comme celles que j’avais utilisées pour mon prototype auraient coûté trop cher pour un simple jeu de cartes, et elles ont été remplacées par des silhouettes en carton. Non content de dessiner six dragons, de face et de dos, David s’est ensuite amusé à représenter les reptiles sur les bijoux, sur les couronnes, sur les armes et les armures. Dans un royaume dont ils perturbent la vie quotidienne depuis des générations, on peut en effet imaginer que l’image des dragons est présente un peu partout.

Même si je n’en étais pas vraiment conscient durant le développement du jeu, la mécanique de Dragons s’inspire sans doute un peu de De l’Orc pour les Braves, un jeu de cartes que j’avais conçu avec Alan R. Moon, et qui a été publié il y a bien longtemps par Asmodée, et presque aussitôt oublié. Les sensations de jeu sont bien différentes, puisque De l’Orc pour les Braves était un jeu frénétique et passablement chaotique, joué en temps réel. On y trouvait cependant déjà les piles disposées en cercle sur lesquelles les cartes s’accumulent, et dont les joueurs doivent mémoriser les cartes pour déterminer le meilleur tas et s’en emparer le premier.

je suis certes le spécialiste mondial et incontesté de la licorne, qui était le sujet de ma thèse d’histoire, mais dans le monde ludique, je me suis plus intéressé aux dragons. Avant Dragons, il y eut en effet L’Or des Dragons, en 2001, récemment réédité par White Goblin et IDW games. Les joueurs y sont des aventuriers qui attaquent les dragons pour s’emparer de leurs trésors, ce qui est assez aisé, puis se partagent le butin, ce qui est plus difficile. Dans Aux Pierres des Dragons, dont une nouvelle édition devrait sortir en 2018, les mêmes aventuriers se retrouvent à la taverne du coin, où ils boivent, jouent et se racontent leurs aventures. Il y a des dragons aussi dans Citadelles, très discrets, dans Castel, et surtout dans King’s Life, qui vient de paraître chez Pandasaurus Games. Il y en a aussi dans quelques uns de mes projets en développement. Je n’étais plus tout à fait sûr, je viens de vérifier, il n’y a pas de Dragon dans De l’Orc pour les Braves.

« Les auteurs ont beaucoup débattu aux sujet des dragons ailés. Ces animaux existent-ils réellement dans la nature, ou ne se rencontrent-ils que dans les fables et les contes ? Nous-même avons longtemps été hésitant sur la question de l’existence des dragons. Nous avons finalement laissé tout doute de côté, après avoir non seulement lu des extraits de nombre d’auteurs reconnus, mais aussi recueilli des témoignages oculaires dignes de foi. Ces animaux monstrueux installent leurs nids et élèvent leurs petits dans des antres souterraines qui sont le sujet de ce livre. »
Athanase Kircher, Mundus Subterraneus, 1665

Mon intérêt pour les dragons vient bien sûr d’une jeunesse passée à lire des romans fantastiques et à pratiquer le jeu de rôle – même si je suis vite passé au GN où, pour des raisons techniques, les reptiles volants et cracheurs de feu sont plus rares. Il doit cependant aussi beaucoup au très baroque Athanase Kircher, dont j’ai croisé le chemin en faisant des recherches sur les licornes de la Renaissance. La bibliographie de ce polymathe haut en couleurs, si tant est que cette expression puisse s’appliquer à un père jésuite, est impressionnante.

Contrairement à ce que cette gravure de la China Illustrata pourrait laisser croire, Athanase Kirchner n’est pas certain de la présence de dragons en Chine. Il est en revanche positif sur la Suisse, dont les sommets sont infestés de dragons, et où se déroule sans doute l’action de mon jeu.

Dans son Mundus Subterraneus, paru en 1665, le frère jésuite décrit avec soin les différentes variétés de dragons vivant dans les hautes montagnes, ainsi que dans les fleuves de lave reliant les volcans du monde entier. Ce n’est qu’une facette de son œuvre. Dans Arca Noe, on trouve les plans complets, avec cotes, de l’Arche de Noe, qui bien sûr abritait un couple de licornes – et même deux couples, mais c’est une autre histoire. Kircher a de même précisé dans Turris Babel toutes les spécifications techniques de la tour de Babel, avec les dimensions et les matériaux utilisés. Oedipus Aegyptiaticus, un siècle et demi avant Champollion, c’est trois tomes de traductions de hiéroglyphes – tout faux, certes, mais avec quelques bonnes intuitions. China Illustrata est une vaste encyclopédie des connaissances sur l’extrême orient de ce savant qui avait beaucoup voyagé entre Allemagne, France et Italie. Enfin, dans Musurgia Universalis, le père Kircher fut le premier à présenter les plans du célèbre orgue à chats, instrument rarissime tant il est difficile de trouver des chats bien accordés.

Ce dragon bossu d’Éthiopie est décrit dans un ouvrage un peu plus ancien, Draconum et Serpentum Historia, d’Ulysse Aldrovandi.

Dragons
Un jeu de  Bruno Faidutti
Illustrations de David Cochard
3 à 6 joueurs – 30 minutes
Publié par Matagot (avril 2018)
Boardgamegeek



First cover draft

Players in Dragons are not impersonating common and greedy adventurers, eager for gold and dragons’ heads to hang as trophy over the fireplace, but proud, noble, winged and fire-breathing dragons. Anyway, dragons might be fantastically ancient, but this doesn’t make them much wiser and virtuous, and their main preoccupations are very similar to the adventurers’ ones. The spent the summer flying over the countryside, attacking castles and abbeys for gold, gems and jewels. When winter comes, they fly back to their caves, high in he mountain, where they love to display the weapons and armour of knights they have defeated. They spend their time counting and recounting their treasures, and polishing it so that it shines under their fiery breath. Auri sacra fames, so much for the ancient wisdom of these creatures who like to think they are still kings in the world. A game of Dragons is three or four summers, depending on the number of players, and as many winters.

Dragons is a risk taking card game, double or quits, in which one plays less against luck than against the other players’ nerves. Each player on turn either adds one more card to a treasure pile, or yields and take one of the piles, letting other dragons keep on rampaging the kingdom. Adding cards to a pile is tempting but risky, because some other dragon can always steal it just under your big fiery nose. It is also, though to a much lesser extent, a memory game in which one tries to discreetly spot and focus on the most interesting piles. Last but not least, it’s a tactical game, because there’s some subtleties in the scoring. Nothing revolutionary, but an easy, fun, light and tense card game.

After three or four years, which amounts to a few days in dragons’ time, Glaurung, Fafnir, Rhaegal, Falkor, Melusine and their kind meet to check who has the biggest and shiniest hoard.
Mighty dragons, like us petty humans, are weak creatures. They can get so enthralled by wealth that they forget about the really important things in life, like food. Even dragons must eat, and they even must eat far more than we do. Dragons who didn’t stock enough food are out of the game. With 5 or 6 players, one must even keep a balanced diet, with cows and sheep. Surviving dragons, those who kept enough smoked meat for the coming winter, compare their hoards.
Though gold coins are the base asset, jewellery is extremely popular with dragons. The saying goes that male dragons collect royal crowns and scepters, while females prefer women pieces such as necklaces, torques and bracelets, but we’re actually not even sure there are male and female dragons. No one has ever seen a dragon from near enough to ascertain it and come back to to tell the tale.
Dragons also enjoy bragging that they defeated proud and wel born knights who wanted to kill them and steal their treasure. To support the story, and the dragon’s reputation, one must show the knight’s equipment, helmet, breastplate, shield and sword.
The legend of the one ring is one of the oldest stories in dragons’ tradition, and what is old for dragons is indeed very old. Every dragon fancies having a one ring, the one ring, in its treasure. Of course, two same rings cannot be unique, and there are three in the game. Last but not least, owning a treasure is not enough, one must also make it shine under the its owner’s flames, and that’s were polish comes handy.


Playtesting Dragons

Designing a game is not always hard work. Some games spend years in development, tests, thoughts and tweakings, sometimes for no avail. Other ones play well at once, and Dragons is one of them. There were only a few days between the idea and the first playtests, a few weeks between the day I showed the game to the Matagot team in a parisian game café, and a tew months more until the game was published. I would like things to go always that smoothly.


One of David’s first sketches for Dragons

Things went very fast as well with my friend David Cochard, with whom I’m working a lot these last times. David already made the graphics for Waka-Tanka,, for Kamasutra, and is now working on my Jugglers and Minstrels game, to be published next year. David had enjoyed drawing dragons, years ago, for Vlaada Chvatil’s Dungeon Petz, and was glad to be back at it. Plastic dragon miniatures like the one in my prototype would have made what is basically a card game far too expensive, so David had to draw six dragon cardboard standups, face and back. He then decided to draw dragons on the jewels, the crowns, the weapons and amor pieces. In a kingdom whose daily life is being disrupted by dragons for centuries, the image of the mighty animal ought indeed to be everywhere.

I wasn’t conscious of it while working on Dragons, but the mechanics of this game were probably inspired by an older card game I designed with Alan R. Moon, and which hasn’t been published in English, though we had found a name for it, For a Few Orcs More. The two games feel very different, since For a Few Orcs More was a real time and rather chaotic game. The core idea of Dragons, cards accumulating in face up piles placed in circle, and players trying to remember what is were to determine the best pile and seize it first, was already there.  

I’m the world specialist on unicorns, not on dragons, but while my PhD in history is about unicorns, my games more often involve dragons. There were several long before Dragons. Dragon’s Gold, first published in 2001, is about adventuring parties attacking dragons to steal their treasures, which is relatively easy, and then dividing up the booty, which is much more complex. This game has recently been republished by IDW and White Goblin. In Fist of Dragonstones, adventurers are back at the local tavern, drinking beer, discussing their adventures and playing some games. A new and updated version of this game ought to be published in 2018. There are few and discreet dragons in Citadels, there’s one in Castel, and there’s one in King’s Life, just published by Pandasaurus. There are a few more in games I’m working on at the moment. I’ve just checked, since I wasn’t certain, but there’s no Dragon in For a Few Orcs More.

« There has been lots of controversy between writers about winged dragons. Are there really such animals in nature, or do they appear only in fables and fairy tales? We have long been undecided on the question of the existence off dragons. After having not only read many respected authors, but also listened to first hand testimonies by trustful people, we have set aside our doubts. These monstrous animals indeed make their nests and breed their young in underground caverns, which are the topic of this book. »
Athanasius Kircher, Mundus Subterraneus, 1665

My interest for dragons comes from my youth, largely spent reading fantasy novels and playing RPGs, even though I soon moved into LARPS where, for obvious technical reasons, giant flying and fire breathing reptiles are scarcer. But I also occasionally met dragons while researching unicorns, for example in the books of a very baroque character, Athanasius Kircher. This colourful polymath, if one can say this of a jesuit priest, has an impressing bibliography.

Contrary to what this engraving from China Illustrata suggests, Athanasius Kirchner is not certain that there were living dragons in China. He is far more confident about Switzerland, whose highest mountains are infested with dragons, and where the action of my game probably takes place.

In his Mundus Subterraneus, published in 1665, the jesuit father carefully distinguishes the different species of dragons living in the hight mountains, as well as in the lava rivers joining all the volcanoes in the world. That’s only one side of his works. In Arca Noe, Kircher unveiled the plans of Noah’s Arch, with its exact measurements, and of course a room for two unicorns – well, actually four, but that’s another story. Similarly, in Turris Babel, he gave the exact measurements of the Babel Tower, as well as the materials used. 150 years before Champollion, Kircher published Oedipus Aegyptiaticus, three heavy tomes of hieroglyph translations. It’s all wrong, but he had some clever intuitions. China Illustrata is a vast encyclopaedia of the far east, written by someone who travelled a lot between France, Italy and Germany. Last but not least, in Musurgia Universalis, the SJ father was the first to discuss a revolutionary musical instrument, the cat organ, still very rare because it requires well tuned cats.

These dragons are described in Edward Topsell’s History of Four-footed Beasts and Serpents and Insects, published in 1607, of which I own a nice fac-simile.

Dragons
A game by  Bruno Faidutti
Illustrated by David Cochard
3 – 6 players – 30 minutes
Published by Matagot (april 2018)
Boardgamegeek

Pourquoi tant de dragons, tant de magiciens ?
Why so many Dragons, so many Wizards ?

Il y a quelque chose de paradoxal, et d’un peu triste, à parler d’un merveilleux standard, d’un fantastique générique. Solidifié aux États-Unis dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix à partir d’un précipité hâtif de thèmes empruntés à Tolkien et à un Moyen-Âge européen fantasmé, ce merveilleux « de base » existe pourtant et fut l’univers du premier jeu de rôles, Donjons et Dragons, des premiers GNs, du premier jeu de cartes à collectionner, Magic the Gathering. Alors que ce monde semble passer un peu de mode ou devenir plus subtil en littérature, dans les jeux video ou dans les jeux de rôles, il reste inchangé et omniprésent dans les jeux de société. J’en ai fait un large usage, et je continue – Castel, Citadelles, l’Or des Dragons, Aux Pierres des Dragons, Le Roi des Nains, et bientôt Dragons.

Certains moquent volontiers l’usage fréquent des univers médiévaux-fantastiques dans les jeux de société, et voient dans ce rabâchage le signe d’une certaine paresse des auteurs. S’il est vrai que beaucoup d’auteurs de jeux, moi le premier, viennent d’une génération qui a trop lu Tolkien et qui a joué à Donjons et Dragons jusqu’à plus soif, et à qui ces références viennent presque naturellement, il y aussi des raisons spécifiques à l’omniprésence dans les jeux de société d’un fantastique extrêmement balisé.

Pour un auteur de jeu comme moi, le fantastique, et dans une moindre mesure la science fiction, sont les univers qui donnent le plus de liberté dans l’exploitation et la combinaison des mécaniques ludiques. Sur un plateau, on a souvent envie de permettre à un joueur de déplacer un pion d’un bout de la carte à un autre, ou d’échanger un pion avec un pion adverse. Dans un jeu de cartes à effets, l’un de effets les plus classiques est d’annuler une carte adverse. Dans un jeu réaliste, historique, zap et téléportation ne sont pas toujours aisés à justifier. Dans un univers merveilleux, tout est possible – c’est magique, ou c’est de la technologie alien ou futuriste dont personne ne sait très bien comment elle fonctionne. Un auteur comme moi qui aime bien le chaos et l’interaction cherche toujours des capacités variées, des effets inattendus. Les dragons sont plus faciles à utiliser (et plus sympas) que les moutons, les baguettes magiques plus versatiles (et plus sympas) que les mitrailleuses.

Il y a plus de soixante cartes aux effets différents et souvent farfelus dans la nouvelle version de Fist of Dragonstones, qui sort cet été, et autant dans celle de Castel, qui cherche un éditeur. La magie est la seule explication commune possible à tout cela.

Une autre explication, que j’avais déjà abordée dans mon essai sur l’orientalisme, autre travers fréquent des univers ludiques, tient à la nécessaire légèreté thématique des jeux de société. Jeux de cartes et de plateau sont des constructions toujours à demi-abstraites, fermées, dans lesquelles, contrairement à ce qu’il se passe dans les jeux de rôles et beaucoup de jeux videos, les joueurs s’ils peuvent apprécier l’univers doivent rester concentrés sur les mécanismes, sur ce qui peut leur permettre de gagner.
Certains voient dans le thème d’un jeu un simple outil didactique destiné à faciliter l’apprentissage des règles. Je n’irai pas jusque là, en tout cas pour mes jeux, mais il reste que l’univers est un contexte qui doit pouvoir être immédiatement maîtrisé par le joueur, et n’est pas destiné à être exploré plus avant comme dans un film ou un roman. Les thèmes les plus efficaces sont donc relativement simples, voire puérils, et déjà maîtrisés par les joueurs. Un fantastique médiéval ou animalier parfaitement balisé, une science-fiction sans surprise, sont pour cela bien plus adaptés que des mondes plus complexes. Ce sont aussi des univers de clichés, de caricatures, qui ne posent pas les mêmes problèmes politiques que les contextes historiques et/ou exotiques – ou qui les posent plus subtilement, mais c’est un autre débat….

Un thème historique ou fantastique déjà bien, connu des joueurs, un peu caricatural, leur permet d’entrer dans le jeu, de se l’approprier, d’y trouver de la cohérence, d’en assimiler les règles, de manière bien plus efficace qu’un univers inconnu, bizarre ou sophistiqué. Loin d’être un atout, l’originalité, que ce soit celle d’une période historique peu connue ou d’un univers fantastique onirique, est pour un jeu un lourd handicap. Himalaya, un excellent jeu de programmation cachée de Régis Bonnessée paru en 2002, est l’un de mes jeux de plateau préférés. Les joueurs y guident leurs caravanes de yacks de vallée en vallée, transportant thé, or, sel et épices. Une dizaine d’années plus tard, Régis décidé de faire une nouvelle édition de son jeu. Lords of Xidit déplaçait l’action dans un univers fantastique original conçu spécialement pour le jeu, c’est à dire dénué de sens pour tout autre que son auteur. Le thème exotique original avait du sens et du charme. Un univers médiéval générique, avec des caravanes de marchands, aurait eu moins de charme mais aurait sans doute aussi convenu au jeu. Des nains et des elfes auraient sans doute fait l’affaire, même si le commerce n’est en principe pas trop leur tasse de thés. Si Lords of Xidit ne s’est pas vendu, malgré la qualité du jeu et de l’édition, c’est parce que l’histoire de Xidit, des Idrakys et de la malédiction venue du sud ne signifie rien pour les joueurs. Du coup, le thème complique le jeu au lieu de le faciliter. Comme tous mes amis, j’ai gardé mon Himalaya.

Bref, vous n’avez sans doute pas fini de voir dans mes jeux des dragons cracheurs de feu, des sorciers aux chapeaux pointus, des nains brandissant des haches, et toutes ces sortes de gens. Peut-être même bientôt des vampires…


There is something paradoxical, and a bit sad, in the very existence of a generic fantasy, as if wonders could be standardized. The genre exists, and was solidified in the US in the eighties and nineties, built over a hasty mix of themes borrowed from Tolkien and from a fantasised European Middle-Ages. It was the world of Dungeons and Dragons and the first role playing games, of the first LARPs, then of Magic the Gathering and the first collectable card games. While it seems to go out of fashion, or to become more subtle, in litterature, rpgs and video games, it didn’t change much and it’s still very popular in boardgames. I used it a lot, and I still do – Castle, Citadels, Dragons’ Gold, First of Dragonstons, The Dwarf King and soon Dragons.

Some reviewers mock the overuse of heroic fantasy worlds in boardgames, and consider it a sign of designers’ intellectual laziness. Indeed, these themes come relatively easily to older designers like me, who read Tolkien too young and played Dungeons and Dragons too much, but there are also sound and specific reasons for the use of such generic and marked out fantasy settings.

As a game designer, medieval fantasy and to a lesser extent science fiction are the settings that give me the most freedom to combine effects and mechanisms. In boardgames, I sometimes want to give a player an exceptional opportunity to move a meeple from one extremity of the board to another, or to swap one of his pawns with an opponent’s one. In games with lots of card effects, the most basic one is to cancel the card an opponent just played. In historical settings, zap and teleportation are not easy to justify. In a fantasy world, everything becomes possible, it’s just magic, or alien technology, which is the same. no one really cares how it works. I like chaos and interaction in my games, various abilities and unexpected effects. For this, Dragons are much better than sheep, magic wands much better than machine guns – and they’re more fun, by the way.

There are more than sixty different and often zany card effects in the new version of Fist of Dragonstones, coming next summer, and as many in that of Castle, looking for a publisher. Magic is the only possible common explanation for all o this. 

There’s another reason, which I already discussed a bit in my essay about good old orientalist topics, another disturbing trend in boardgames settings. Our themes need to be very light and superficial. Unlike or much more than video and role playing games, boardgames are half-abstract and closed systems. For the game to work, players must stay focused on trying to win, which means on the game systems, more than on the game’s universe.
I won’t go as far as some other designers and say that a game’s setting is just a didactical tool aimed at explaining its mechanics, but there’s something to it. In a way, the setting is more context than text, and must therefore be obvious, immediately mastered by the players. That’s why the best settings are often simple and generic, if not childish. They can only be more complex if already mastered by the players, usually from reading literature or watching movies. Bland medieval fantasy, childish animal fantasy, generic science fiction, work much better for this than anything more complex. They are also full of clichés and caricatures, which are very convenient for game design, without posing the same problems as historical/exotic settings – or may be they just pose these problems in a more hidden way, but that’s another question…

A history or fantasy setting already well known of the players, even a caricature, helps them get into the game, make it their own, feel its consistency and learn its rules. An unknown, bizarre or sophisticated setting doesn’t. An original game setting, be it a lesser known historical period or an oneiric fantasy world, is not a plus but a minus, especially for relatively light games. Himalaya, a hidden programming game designed by Regis Bonnessée and published in 2002, is still one of my favorite boardgames. Players move their yack caravans through the valleys, carrying tea, gold, salt and spices. A dozen years later, Régis revamped and republished his masterwork. the action of Lords of Xidit takes place in a fantasy world specifically designed for this game. The original oriental setting made sense and had charm. A generic medieval setting, with merchants travelling through France or Germany, would have had less charm but could have worked. Even eleven and dwarves, though they’re usually not that good at trade. If Lords of Xidit made a flop, despite the quality of its game systems and a gorgeous edition, it’s because the story of Xidit, Idrakys and the Black Southern Host doesn’t make any sense to players. Instead of making it simpler, the setting makes the game harder to grasp. Like all my friends, I kept my old battered copy of Himalaya.

Anyway, expect to keep on seeing fire-breathing dragons, wizards in robe and hat, axe-wielding dwarves and other such people in my games – may be even vampires soon.

La Mémoire
Memory

Ce n’est qu’après coup que j’ai réalisé que mes quatre derniers jeux publiés, Small Détectives, Junggle, Chawai et Dragons, ainsi que plusieurs des projets sur lesquels je travaille en ce moment, avaient en commun de faire appel à la mémoire des joueurs. Elle joue un rôle essentiel dans Small Detectives, secondaire dans Dragons et mineur dans Chawaii, et elle est au cœur de celui des petits jeux de Junggle que je préfère, Perdu dans la Jungle. Il doit bien y avoir une raison.

Drame familial

Je ne suis pas vraiment un soutien fidèle de ce qu’il est convenu d’appeler les « valeurs familiales », mais j’apprécie de plus en plus les « jeux familiaux ». Cette expression, trompeuse car très restrictive, désigne en fait tout simplement des jeux pouvant être joués sans trop se prendre la tête entre personnes d’âge et de style différents, ce qui heureusement n’arrive pas que dans les familles. Les anglo-saxons parlent aussi de “casual games”, ce qui me semble plus adapté. Quoi qu’il en soit, c’est dans ces jeux que la mémoire trouve le plus facilement sa place, pour deux raisons principales.

Les jeux de pur hasard sont vite ennuyeux, car un jeu ne devient vraiment excitant que lorsque le joueur y exerce un certain contrôle, et a l’impression qu’il peut être récompensé s’il joue bien. Le problème est que, pour des raisons tant biologiques que culturelles, les adultes sont toujours plus forts que les enfants aux jeux faisant largement appel au sens tactique, au calcul stratégique, et même à l’adresse. La mémoire à court terme, celle qui est requise dans les jeux, est l’une des rares compétences pour laquelle les plus jeunes sont à égalité avec les adultes, voire même un peu avantagés. Cela permet à tout le monde de jouer vraiment, c’est à dire de chercher à gagner.

Quelques très bons vrais jeux de mémoire, dont un qui n’est pas vraiment familial

La mémoire est par ailleurs plutôt moins valorisée dans le monde moderne, ou du moins moins prise au sérieux, que d’autres capacités intellectuelles plus construites. Les joueurs qui considèrent comme supérieurs les jeux purement stratégiques, sans hasard, ont souvent du jeu une conception assez sinistre, résumée par la formule « que le meilleur gagne! ». Le jeu s’y résume à une compétition destinée à déterminer le plus intelligent, donc le meilleur, comme si l’intelligence empêchait d’être con. Rien de tel avec les jeux de mémoire, celui qui a la meilleure mémoire immédiate étant plutôt vu comme une curiosité que comme un être supérieur. Une partie de Memory n’a jamais la dimension dramatique d’une partie d’échecs.

Un peu de tout, et plus, c’est moins

Avec les toutes premières ébauches de Small Detectives, j’avais imprimé des fiches pour noter les armes et suspects que l’on avait vu. Les mémoriser s’est avéré si facile que nous y avons très vite renoncé. Là où la mémorisation entre réellement en jeu, c’est quand il faut se rappeler ce qui était ou, et suivre les mouvements des tuiles lorsque sont jouées des cartes déménagement. L’un des charmes de ce jeu est donc que, les tuiles bougeant fréquemment, la mémorisation demande une gymnastique intellectuelle un peu différente de celle du memory classique. En outre, les déplacements et le jeu simultané des cartes apportent au jeu une dimension de tactique et de psychologie permettant aux joueurs qui ont du mal à suivre, surtout s’ils ont un peu de chance au bar, de revenir dans la course. Il y a sans doute dans Small Détectives un peu de mémoire, un peu de chance, un peu de tactique et un peu de psychologie.

 

Il n’y a pas un peu plus de choses à mémoriser dans Dragons, il y en a beaucoup plus, ce qui est un peu comme s’il y en avait moins. Avec plusieurs piles de cartes, et plusieurs objets sur chaque carte, il est absolument impossible de tout mémoriser, et cela est délibéré. Du coup, la vraie question est combien de trucs va-t-on essayer de mémoriser, ce qui relève de la prise de risque, et lesquels, ce qui relève de la tactique. C’est pourquoi je suis un peu énervé de lire, dans certaines critiques, que Dragons est un jeu de mémoire, alors que c’est surtout un jeu de prise de risque basé sur des décisions simples et rapides, un peu de la famille de Diamant.
Lorsque j’ai présenté Dragons à des éditeurs, l’un d’eux m’a proposé que les cartes des différentes piles soient toutes laissées visibles, expliquant que cela allégerait le jeu en dispensant les joueurs de faire des efforts de mémoire. C’est très exactement l’inverse qui se produit, le jeu cartes visibles devant vite prise de tête, les joueurs ne cessant de calculer ce que leur rapporterait précisément telle ou telle pile de trésors.

En matière de mémoire, plus est donc parfois moins. Lorsque les informations pouvant être mémorisées deviennent trop nombreuses, on doit choisir, et on commence à se tromper, ce qui est toujours amusant. Du coup, le jeu est paradoxalement plus léger et plus facile que si toutes les informations étaient visibles ou s’il y avait moins de choses à mémoriser.
Il en va parfois un peu de même dans les jeux stratégiques à information parfaite. Lorsque les éléments à prendre en compte deviennent trop nombreux, il devient à peu près impossible de tout calculer, et les joueurs doivent faire des choix et prendre des risques. Malheureusement, certains joueurs un peu pénibles peuvent prendre le temps de calculer plus que les autres, ralentissant le jeu, allant même parfois jusqu’à la terrible analysis paralysis. Les jeux de mémoire n’ont heureusement pas ce problème, car on ne souvient pas mieux en cherchant plus longtemps.

Dans Chawai non plus, il ne saurait être question de retenir toutes les cartes jouées. Tout au plus peut-on essayer de se rappeler qui a utilisé son 1 ou son 12, et ce n’est même souvent pas nécessaire pour gagner. Là encore, si les cartes jouées par chacun étaient visibles, si toute l’information était disponible, le jeu deviendrait bien plus complexe et calculatoire.

Celui des cinq petits jeu de Junggle que je joue le plus souvent est « Perdu dans la Jungle », qui est en fait une combinaison de Memory et de prise de risque.

 

Et avant ?

Quand je jette un coup d’œil aux étagères qui encerclent mon bureau, je n’y vois pas beaucoup de jeux plus anciens faisant vraiment appel à la mémoire. Waka Tanka (l’un de mes préférés), Ostriches, Bugs & Co, Fearz!, De l’Orc pour les Braves, et dans une moindre mesure Mascarade et Secrets, et c’est à peu près tout. C’est donc récemment et inconsciemment que je me suis mis à utiliser plus souvent cet ingrédient dans mes recettes. C’est peut-être parce que je cherche de plus en plus à alléger mes créations, à les rendre moins stratégiques sans qu’elles ne deviennent trop aléatoires, et qu’une pincée de mémoire peut grandement aider à cela.


It’s only after they were released that I’ve realised that my four last published games, Small Détectives, Junggle, Miaui and Dragons, as well as some of tue projects I’m working on at the moment, all more or less relied on the players’ memory. Memory is essential in Small Detectives, has a secondary role in Dragons, a minor one in Chawai, and is the core element of my favorite in the five Jungle mini games, Lost in the Jungle. There must be a reason.

Family drama

Though I’m not really a supporter of « family values », I’m more and more enjoying, and trying to design, what is often called « family boardgames ». I don’t like this very restrictive expression. I’d rather use « casual games » to describe games that can be played by people of different ages and styles, which luckily happens not only in families. Memory can be very useful and enjoyable in these casual games, for two reasons.

Random games, based entirely on luck, can be boring because what makes a game exciting is the players’ control, the feeling that one’s good play is likely to be rewarded. Unfortunately, for both biological and cultural reasons, adults are usually much better than kids at games relying heavily on skills like tactics, strategy or even dexterity. On the other hand, the short term memory used in games is probably the only skill at which kids are as good, if not better, than adults. This makes for a level playing field, and therefore for really fun and challenging games for the whole, well, ok, family.


A few good memory games, including one which is not really for families

In the modern world, memory is also less valued, or at least taken less seriously, than other intellectual abilities. Those who always praise deep strategy games and consider them intrinsically superior often have a sad understanding of gaming – let the best man win, as if the goal of a game ought to be to determine who’s the best, and as if winning at games was a mark of intellectual superiority. Well, one can be both intelligent and stupid.
There’s nothing like this with memory games, because those who are good at short term memory are more considered funny and curious than really superior. There’s as much skill in game of memory as in a game of chess, but there’s much less drama.

A bit of everything, and more is less

The first prototypes of Small Detectives had pads to cross out the suspects and weapons that a player had viewed. It was soon obvious that memorising them was easy, even automatic, and that notepads were not required. The real memory element in Small Detective enters play when house tiles start to move around the board. The charm of this game probably comes in part from the fact that, site tiles are always moving, the memorisation required is not exactly the same as in classical static memory. Also, the simultaneous card play and the detectives’ moves around the board make for psychological and tactical elements which balance the memory aspect and give to the players who feel lost some opportunities to come back – especially if they’re lucky listening to the rumours at the pub. Small Detectives is part memory, part luck, part tactics and part double-guessing.

 

There is much, much more to memorise in Dragons, so much more that it’s a bit as if there were less. With several piles of cards, and different numbers and kinds of objects on every card, memorising everything is impossible, which is deliberate. The true question when playing Dragons is how much one tries to memorize, with the risk or mixing everything, and what one tries to memorize, which is a tactical choice. That’s why I’m a bit angry at some reviewers who write that Dragons is mostly a memory game, when it is mostly a risk taking and push your luck game based on simple decisions, a bit like Diamant / Incan Gold.
One of the publishers to which I had shown Dragons decided, after reading the rules but before he had even played the game once, to have all cards in piles stay visible. He thought that getting rid of the memory part will make the game feel lighter. The result was the exact reverse, the game with all cards in the iles face up becoming extremely technical and brain burning, with players always counting and recounting how much they would score with this or that pile will.

When it comes to memory, more often means less. when there are many things to memorize, players have to choose what to memorize, and start to make mistakes, which is always fun. The game becomes paradoxically lighter and easier than if every information was open, or if there were less stuff to memorize.
The same can happen with perfect information strategy games. When there are too many elements to reckon, it becomes impossible and players must chose on what to focus, and take risks. Unfortunately, there’s always one or two players who chose to take more time than the other, to reckon more elements, which slows the game and can lead to the terrible analysis paralysis. There’s nothing like this with memory game, one doesn’t remember best when focusing longer on it.

It’s not possible either to memorize every card played in Miaui, though one can try to remember who has played their 1 or 12. Anyway, it’s not even necessary to win the game. Chawai would also feel much heavier and more involved if all the information were public, if all he cards played by all players were kept visible.

Dans Chawai non plus, il ne saurait être question de tout mémoriser. tout au plus peut-on essayer de se rappeler qui a joué son 1 ou son 12, et ce n’est même souvent pas nécessaire pour gagner. Là encore, si les cartes jouées par chacun étaient visibles, si toute l’information était disponible, le jeu deviendrait bien plus complexe et calculatoire.

There are five ini games in the Junggle box, and only one is a memory game, but it’s the one I play most often and I always use to introduce the game. Lost in the Jungle isa very simple mix of Memory and risk taking, and it works really well.

 

Why now ?

When I look at all my published games on the shelves behind my desk, I don’t see that many older games using a strong memory element – Waka Tanka (a personal favorite), Ostriches, Bugs & Co, Fearz!, to a much lesser extent Mascarade and Secrets, and little more. It looks like I started to make a more systematic use of memory elements only in he recent years. This is probably because I try to make my designs lighter, more casual, without relying too much on luck. Memory is a one of the good ways to do this.

Compte rendu du festival des jeux de Cannes
Cannes game fair report


Un petit tour de mes nouveautés avec Isabelle Doll, du petit point Geek.

Je n’aime pas trop l’affiche du festival des jeux de Cannes cette année. Je tiens en effet beaucoup à l’idée que la vie n’est pas un jeu, et que les jeux ne sont pas du tout la vie. “Tout ce qui n’est pas du tout la vie” est même pour moi la meilleure définition du jeu. Mais bon, c’est un détail, et cela ne m’a pas empêché d’aller à Cannes, pour y croiser pas mal d’amis du petit monde du jeu, pour présenter mes nouveautés, pour faire le tour des éditeurs avec quelques prototypes, très peu nombreux car j’avais casé tout ce que j’avais dans mon sac à Essen.

Mon compte rendu va être très succinct, car je suis fatigué, un peu enrhumé, et j’ai plein de trucs à faire dans les jours qui viennent. Des copies à corriger, des prototypes à refaire après que j’ai laissé les miens à des éditeurs, des prototypes à refaire après y avoir joué et changé la moitié des règles, et tous les jeux que j’ai achetés ou que l’on m’a offerts à déballer.


J’explique les règles de Dragons

Les éditeurs de mes trois nouveautés, Dragons (Matagot), Chawai (Superlude) et Small Detectives (Pixie) semblaient s’être donné le mot et avaient installé leurs stands dans le même coin du salon, ce qui m’a évité pas mal de déplacements. J’ai pas mal fait tourner les trois jeux, qui m’ont tous semblé être bien reçus, et j’ai signé plein de boites. J’ai juste regretté un peu que Pixie n’ait pas apporté de boites du Kamasutra, jugeant le public de Cannes un peu trop familial.


Un joli chat explique celles de Chawai

Arrivé mercredi soir, juste à temps pour la sympathique soirée des amis de Sortilèges – il faudra un jour que j’aille les voir à La Réunion. Jeudi, journée pro, une nouveauté très appréciée qui nous a permis de déambuler dans les allées du salon et de faire des bises à droite et à gauche sans être perdus dans la foule. Jeudi soir, j’ai zappé la cérémonie des As dOr et ai fait un tour au off, où j’ai surtout fait tourner le prototype des petites boites, qui s’améliore après chaque partie.


Small Detectives

Vendredi, quelques rendez-vous avec des éditeurs mais, surtout, des démos et dédicaces de mes nouveautés. soir, j’ai Le soir commencé par la soirée Iello, poursuivi avec les10 ans de Libellud, et terminé sur la plage pour la soirée Asmodée; je suis quelqu’un de très diplomate. Samedi, après l’AG de la société des auteurs de jeux, j’ai laissé chez des éditeurs quelques petits prototypes malins mais sans grande ambition, et j’ai enfin pu voir la maquette du Petit Poucet, une nouveauté conçue avec Anja Wrede qui devrait sortir cet automne. Le soir, un tour au bar du Carlton, très agréable, puis soirée Repos Prod. Dimanche, encore des rendez-vous, le tout dernier étant avec Vincent Dutrait, Kevin Kichan Kim et toute l’équipe que j’avais croisé à Séoul il y a quelques mois – on a des projets en commun, j’en reparlerai un de ces jours.

Je n’ai pas eut le temps de jouer à grand chose en dehors de mes nouveautés et prototypes, mais j’ai laissé traîner un eu mes oreilles pour savoir quelles étaient les nouveautés dignes d’intérêt. Les jeux qui m’ont semblé faire le buzz, en tout cas dans mon entourage, étaient Decrypto, Who Dit It?, Kingdom Run, The Mind et Bahamas. J’ai acheté les trois premiers, je n’ai pas réussi à trouver le stand d’Oya pour acheter The Mind, et Bahamas n’était qu’un prototype, il parait cet automne..


I don’t like this year’s poster for the Cannes game fair – Life is a game. It has always been important to me that life is not a game, and that games are not life. The best definition for games is probably “everything which is absolutely not life”. Anyway, it’s a small detail, and it didn’t prevent me from attending the Cannes game fair. It’s a good oportunity to meet old friends from the small gaming world, to demo, sign and promote my new games, and to pitch my few prototypes to publishers. I had actually very few prototypes because I was quite successful last fall in Essen, where most of y recent designs found a publisher.

My  report will be very short. I’m tired, a bit snuffly, and I’ve tons of things to do in the coming days. I’ve student papers to mark, prototype to reprint after giving them to publishers, prototypes to update after playing them and changing half the rules, and new games I’ve bought or been offered to unbox.


Presenting Dragons

The publishers of my three new games, Dragons (Matagot), Chawai (Superlude) and Small Detectives (Pixie) had been kind enough to set there booths next one to the others o that I didn’t have to walk too much through the crowded alleys. I’ve demoed the three games a lot, I’ve signed scores of copies, and I think they were all well received. I regretted that Pixie, because the Cannes attendance was mostly families, didn’t bring copies of Kamasutra.


A game of Dolores

I arrived on Wednesday, just in time for the Sortilèges party. Some day, I have to visit them at La Réunion. Thursday was the pro day, a really good innovation, allowing us to walk through the alleys and meet everyone before the crowd gets in. On Thursday night, I skipped the As d’Or ceremony to attend the off, where designers old and young play their prototypes. I mostly played one, the one with many little boxes, which gets better at every iteration. On Friday, I had some appointments with publishers to pitch my prototypes, but I mostly demoed Dragons, Chawai and Small Detectives. Friday night, I attended successively the Iello party, the libelled ten years party and the Asmodee party – that’s called Diplomacy, I should make a game about it.


With Mathilde, from Gigamic, at the Iello party

Saturday, after the general assembly of the French game designers’ union, I let a few prototypes, only very small stuff, with publishers, and I finally saw the publisher’s mock-up of Little Thumb, codesigned with Anja Wrede, which ought to hit the shelves next fall. Saturday night, I spent a nice time at the Carlton bar before joining the Repos Prod party. My last appointment on Sunday was with the Koreans, Vincent Dutrait, Kevin Kichan Kim and their friends – we have some common projects, more about this one of these days.


Chawai

Too busy with my own stuff, I didn’t have much time to play other designers’ new games, but I tried to listen here and there. The games who were generating the most buzz, at least among my friends, were Decrypto, Who Did It?, Kingdom Run, The Mind and Bahamas. I bought the three first ones, I could not find the Oya booth to buy The Mind, and Bahamas was only playable as a prototype, and should be published next fall.


Little Thumb

Festival du jeu de société de Lillebonne

J’étais ce week-end à Lillebonne, près du Havre, pour un tout petit et très sympathique festival de jeu dont j’étais un peu la vedette. J’avais quatre tables pour moi tout seul, sur lesquelles j’ai fait beaucoup tourner mes dernières nouveautés, Chawaï, Junggle et Small Detectives, et quelques prototypes à paraître ou encore en développement. Le public étant très familial, j’ai aussi pas mal expliqué Diamant, mais n’ai pas sorti Kamasutra.


Dragons, à paraître chez Matagot.

Plusieurs joueurs ont voulu discuter de mon dernier article sur les jeux de course, et je suis content de voir que je ne suis pas le seul à regretter que ce genre ne soit pas plus mis en avant. Du coup, si je trouve le temps, je vais le reprendre demain ou après demain pour ajouter quelques commentaires, et parler de quelques jeux que j’avais oublié ou négligé. le meilleur nouveau jeu que j’ai découvert sur ce salon est d’ailleurs un petit jeu de course faussement enfantin, Grand Prix.



Petite réunion de la société des auteurs de jeux

Je n’ai jamais vraiment su me servir d’un appareil photo, et n’y trouve guère de plaisir, mais l y avait là aussi mon ami Gwenaël Bouquin, le deuxième auteur de King’s Life, qui sait très bien se servir d’un appareil photo, et qui m’a envoyé la plupart de ces quelques images.


Onitama, une chouette découverte qui prend un peu la tête.



Small Detectives

I was last week-end in Lillebonne, a small and cosy town near Le Havre, for a small and nice game festival, in which i was the guest star.I had four tables to show my games, and used them mostly to demo my new games, Small Detectives, Junggle and Chawaï, and to play a few prototypes at various stages of development. The attendance was mostly families with children, so I explained Diamant several times and didn’t play Kamasutra.


Two prototypes in development, in two very different styles.

Several gamers wanted to discuss my last article about Race games, and I’m glad to know that I’m not the only one thinking that this genre deserves more exposure. As a result, if I find time for this, I will rework this article one of these days, adding some thoughts and a few games I forgot or neglected so far. Also, the best new game I discovered there happens to be a race game, cute but less childish than it looks, Grand Prix.


Santa’s Little Elves, a marxist and feminist bluffing card galme.

I’m not good at taking pictures, may be because I don’t really like it, but my friend Gwenaël Bouquin, with whom I designed King’s Life, was there, and he’s really good at it. He shot most of these pictures.


Grand Prix