Éléphants de guerre, éléphants de course
War elephants, race elephants

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Les jeux ne sont pas, ou très rarement, des simulations. Ils fonctionnent cependant presque toujours à l’aide de métaphores assez simples qui permettent de faire le lien entre thème et mécanismes. Les plus fréquentes, mais pas les seules, sont celles de la guerre et de la course. Une partie de go ou d’échecs sera décrite en termes militaires, un jeu de pli sera vécu comme une succession de batailles – et le plus simple d’entre eux en tire d’ailleurs son nom. Le jeu de l’oie est décrit comme une course, et les deux métaphores peuvent se mêler au backgammon, tout à la fois course et bataille.
Les choses sont un peu plus complexes dans les jeux de société modernes. On peut notamment repérer au moins une nouvelle métaphore majeure, celle de la croissance, du développement, de la construction, illustrée notamment par les colons de Catan ou les Aventuriers du rail. Les jeux décrits comme un affrontement, qui sont loin d’avoir tous des thèmes guerriers, restent très nombreux. Les jeux de course sont en revanche passés de mode, et sont parfois traités avec condescendance, comme s’ils étaient réservés aux enfants.

Je le regrette. Mes raisons ne sont pas politiques. J’ai pratiqué suffisamment de jeux ouvertement guerriers, avec des dragons mais aussi avec des tanks et des avions, pour savoir que la métaphore, même appuyée, n’est en elle-même ni coupable, ni dangereuse.  La raison est technique : la course permet de créer entre les joueurs une tension et une compétition assez différentes de celle que créent les jeux d’affrontement direct. On ne se bat plus contre l’autre, on essaie d’aller plus vite, de passer devant. Cela ne signifie absolument pas l’absence d’interaction; on peut faire la course en se tirant dans les pattes ou, pour ceux qui trouvent l’expression un peu violente, en se mettant des batons dans les roues. Mes jeux de course préférés, comme Ave Cesar, ou La Poursuite en Ballon, sont d’ailleurs des jeux assez méchants, et il en va de même de mes créations – China Moon où l’on peut déplacer les grenouilles adverses, Pony Express où l’on peut bluffer sur son jet de dés, Lost Temple avec ses personnages inspirés de Citadelles. Dans Formula E, tous les joueurs peuvent déplacer les vaches sacrées pour bloquer le passage des éléphants, et les pachydermes n’hésitent pas à se pousser et se bousculer.

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Si Formula D était un jeu de courses de voiture, Formula E est donc un jeu de courses d’éléphants. Pas de dés, tout se passe avec des cartes, permettant de faire avancer ses éléphants plus ou moins vite, mais aussi de déplacer les vaches sacrées, de faire intervenir une souris pour effrayer un éléphant adverse. Il y a aussi des cartes Sadhu, tigre, charmeur de serpent et même tapis volant, chacun permettant quelques entourloupes et déplacements imprévus. C’est ce que l’on appelle généralement un jeu « familial » – expression de plus en plus inadaptée puisque les jeux « familiaux » sont le plus souvent joués entre amis -, un jeu aux règles simples, très dynamique, mêlant chance et tactique.

Puisque c’est un jeu « familial », il ne supporte pas l’alcool, et l’éditeur a transformé la carte alcool de mangue – je ne sais même pas si l’alcool de mangue existe réellement – en un plus politiquement correct jus de mangue. Qu’importe, les joueurs ne se feront sans doute guère d’illusions quand ils verront leurs éléphants avancer en diagonale. De même, l’éditeur, Clever Mojo, a trouvé un peu trop méchant pour un contexte « familial » l’effet original du serpent, qui faisait diminuer de 1 le nombre de cartes piochées par un joueur à la fin du tour, et l’a modifié pour qu’il fasse défausser une carte après avoir pioché, ce qui est parfois avantageux. Je continuerai sans doute à jouer avec notre méchante règle d’origine.

Mais ce sont là des détails, car l’éditeur, en la personne de David MacKenzie, a fait sur ce jeu du très beau boulot. Il nous a largement guidés, Sergio, André et moi, dans la conception d’une extension dont je n’étais pas vraiment convaincu de l’utilité, et qui finalement, avec ses pistes boueuses et ses manguiers, renouvelle vraiment le jeu et s’avère très agréable. Les illustrations de Jaqui Davis, tout en pastels chauds et vifs, sont parfaitement dans l’esprit du jeu – notamment les éléphants peinturlurés de la couverture. Bref, ce jeu a mis bien du temps à venir, mais je suis très content du résultat.

Formula E, que j’ai conçu avec les auteurs brésiliens André Zatz et Sergio Halaban, est publié par Clever Mojo / Game Salute, un petit éditeur américain aux tirages modestes, et pas toujours bien distribué, et vous ne le trouverez donc peut-être pas dans votre boutique préférée – mais vous pouvez sans doute lui demander de se le procurer. Aux États-Unis, vous pouvez commander le jeu directement auprès de l’éditeur.

Formula E
Un jeu de Sergio Halaban, André Zatz et Bruno Faidutti
Illustrations de Jacqui Davis
3 à 6 joueurs – 60 minutes
Publié par Game Salute
Tric Trac      Boardgamegeek


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Boardgames are usually not simulations, but the almost always use strong (and rough) metaphors which link the theme and the mechanisms. War and race are the most frequently used metaphors, though not the only ones by far. A game of chess or go is always described in military terms, while a trick taking game is seen as a succession of battles – and the simplest one is the game of war. Snakes and Ladders and the game of Goose are described as races, while Backgammon managesd to be both a race and a war.
Things are slightly more complex with modern boardgames. There’s at least one more major metaphor, that of growth, development, building, exemplified by Settlers of Catan or Ticket to Ride. Games described as a confrontation, a war – most of which are not about war – are still numerous, but racing games seem to be out of fashion, and are usually treated with some condescension by so-called « hardcore gamers », as if they were necessarily childish – and they are not.

It’s a shame. Not for political reasons – I’ve played enough war games, mostly with dragons but sometimes with tanks, to know that the metaphor, even when a bit heavy, is in most cases innocent and harmless – but for technical reasons. RacePlayers do not fight one against the other, they try to go faster, to overtake one another. This doesn’t mean there’s no interaction – players can also block or hinder one one another. We have two French proverbial expressions to express this idea, I don’t know if they work in English or have some English equivalent – to shoot in each other’s legs, and to put sticks in each other’s wheels. My favorite race games, Ave Caesar and The Great Balloon Race, are quite nasty, and so are my own designs. In China Moon, one can move opponents’ frogs; in Pony Express, one can bluff his dice roll; the characters in Lost Temple have the same kind of interaction as the ones in Citadels. In the last one, Formula E, all players can move holy cows to block the other players, and pachyderms jostle and push one another.

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Formula D was a car racing game, Formula E is an elephant racing one. No dice, the game is played with cards with various effects. Some move one’s elephant forward, slower or faster, but some can move these pesky holy cows, or call a mouse to frighten the pachyderm. There are even Sadhu, snake charmer or flying carpet cards, allowing for some unexpected moves and nasty tricks. Formula E is what is often called a « family » game – a increasingly wrongly named category since these games are more and more played among friends. This means a light and dynamic game, with simple rules, and with an even mix of luck and tactics.

Since it’s a family game, it’s also a dry one, and the publisher changed the mango spirit card into mango juice. Anyway, the players won’t be fooled when their elephants will start moving diagonally. For similar reasons, the Clever Mojo guys also thought that the original effect of the snake, which reduced by one the number of cards drawn at the end of one’s turn, was too nasty and changed its effect for something much lighter. Now, it only make its target to discard a card after having drawn, which is sometimes a good thing. I’ll probably keep on playing our original evil rule.

These are really small details, and the publisher – namely David MacKenzie – made a great job with developping the game. He coached André, Sergio and me in designing the expansion track. I was skeptical about . And Jaqui Davis pictures, especially the cover art with these painted elephants. It took some time, more than we have wished for, but the result looks beautiful.

Formula E, a game I’ve designed with Brzailian authors André Zatz and Sergio Halaban, is published by Clever Mojo / Game Salute, a small US publisher, with low print runs and not the largest distribution, so you might not find it in your favorite shop. You can always order it directly from the publisher.

Formula E
A game by Sergio Halaban, André Zatz & Bruno Faidutti
Graphics byJacqui Davis
3 to 6 players – 60 minutes
Published by Game Salute
Boardgamegeek

Il y a aussi des éléphants de transport commercial. There are also freight elephants.

Il y a aussi des éléphants de transport commercial.
There are also freight elephants.

Formula C vs Elephant Cup

Quelques jours avant mes boites de Formula E, j’ai acheté Camel Cup. Tous deux sont des jeux de course simples et rapides, mais ils n’ont pour le reste pas grand chose à voir. Camel Cup, auquel je n’ai pas encore joué mais qui a l’air bien amusant, est un jeu de pari dans lequel on ne sait pas très bien qui a misé sur quel chameau – un genre que j’ai toujours apprécié, dans la lignée de Jockey, La Course des Tortues ou La Poursuite en Ballon; Formula E est un jeu de course où chaque joueur pilote un éléphant, plus dans la lignée d’Ave Cesar. Les chameaux de Camel Cup se montent dessus, les éléphants de Formula E se contentent de se bousculer.

Il n’empêche qu’il y a a, dans le titre et le traitement graphique, un esprit commun ! On pourrait avoir Formula C et Elephant Cup – C’était dans l’air…

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A few days before I got my advance copies of Formula E, I bought a copy of Camel Cup. Both are light and fast paced race games, but they have nothing in common in their mechanisms. Camel Cup looks great from reading the rules but I have not played it yet. It is a betting game in which one doesn’t know what camel the other players have bet on, a genre I always liked, in the line of Jockey, The Great Balloon race or Ribbit. Formula E is a more classical race game, in which every player controls an elephant, more in the line of Ave Caesar. Camels in Camel Cup can be stacked one on top of another, while Elephants in Formula E can push one another.

Anyway, the puns in the game names and the graphic styles feel a bit similar. They could have been names Formula C and Elephant Cup! Fun coincidence.

Les quatre circuits de Formula E
The four Formula E race tracks

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Voila, j’ai maintenant les images des quatre circuits de Formula E, dessinés par la talentueuse Jacqui Davis. Pour les deux circuits d’origine, l’éditeur avait demandé à l’illustratrice de représenter des paysages de jungle et de montagne.
Pour les deux circuits supplémentaires, en principe réservés à ceux qui ont souscrits pour cela sur Kickstarter, il fallait faire autre chose, et on a opté pour des paysages plus urbains. Nous avons donc une ville animée et bariolée sur le plateau pour 3 et 4 joueurs, et le Taj Mahal, rien de moins, sur celui pour 5 ou 6 joueurs. Mes préférés ? je crois que ce sont la montagne, avec le temple, et la cité multicolore.
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Pour ces deux nouveaux plateaux, il fallait aussi imaginer de nouvelles règles. Il y a donc de nouvelles cases sur la plateau de jeu. Les manguiers permettent deux points de déplacement supplémentaires, y compris en diagonale. Les cabanes permettent de piocher une carte pour l’utiliser immédiatement si cela est possible. Les abords de la rivière ralentissent les éléphants, qui piétinent un peu dans la boue. Tout cela rend le jeu plus varié, plus dynamique, et parfois plus méchant. Bien sûr, les bananiers qui font piocher des cartes en plus, sont toujours là.

Le site de l’illustratrice, Jacqui Davis


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I now have final pictures of the four tracks for Formula E, illustrated by the talented Jacqui Davis. The two original tracks, that will be in the basic box, were in forest and mountains. For the two new tracks aimed at those who pladged for them on Kickstarter, the publisher asked her for more urban settings. So we have a 3-4 players track in a bustling and colorful city, and a 5-6 players one around the Taj Mahal. May favorites are probably the original montain board, and the expansion city one.
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For these new boards, Sergio, André and I were asked to devise some new rules. So there are Mango trees, giving two extra movement points, including diagonally, there are market stalls allowing one to draw a card and use it at once if possible, and there are muddy riverbanks, making the movement of heavy elephants much slower. All this makes the game more varied, and sometimes nastier. Of course, banana trees are still there.

Jacqui Davis’ blog and portfolio

Le plateau de l'extension de Formula E - et plein de boites de proto au premier plan. Playtesting the Formula E expansion board, with dozens of prototype boxes in the foreground.

un test de l’extension de Formula E – avec plein de boites de proto au premier plan – à Ludinord.
Playtesting the Formula E expansion board, with dozens of prototype boxes in the foreground, at the Ludinord game fair.

Formula E

Assez régulièrement, je reçois des emails dans lesquels des auteurs de jeux connus ou inconnus me proposent de travailler avec eux sur un projet de jeu, souvent déjà assez avancé. Lorsqu’il y a des zombies ou quinze pages de règles, je réponds poliment que désolé, ce n’est pas mon style, mais bonne chance quand même. Dans les autres cas, je jette un coup d’œil avant, le plus souvent, de répondre poliment que, désolé, ça a l’air bien intéressant mais je n’ai vraiment pas le temps de me lancer dans un nouveau projet – mais bonne chance quand même. Et puis, une ou deux fois par an, quand aussi bien le sujet que les mécanismes m’amusent, quand j’ai le temps, et quand les auteurs ont l’air sympas, je réponds pourquoi pas.

Début 2011, j’ai ainsi reçu une proposition d’André Zatz et Sergio Halaban, auteurs brésiliens de deux petits jeux de bluff que j’apprécie beaucoup, Hart an der Grenze et Sultan. Ils y présentaient Indian Derby, un jeu de course d’éléphant qu’ils avaient réalisé quelques années auparavant, qui avait manqué de peu être publié par plusieurs éditeurs, et auquel ils pensaient qu’un regard neuf pourrait apporter un plus. Le jeu m’a tout de suite plu. Le thème, une course d’éléphant, était original et amusant, et permettait d’introduire des mécanismes de poussée inhabituels dans les jeux de parcours. Le moteur du jeu, des cartes de déplacement et des cartes action, me convenait très bien. Bref, nous avons quelque peu discuté, et nous sommes penchés ensemble – via email, parce que le Brésil, c’est un peu loin – sur un jeu que je voulais rendre plus léger, plus rapide, plus méchant. Après avoir unifié le système de gestion des cartes action et mouvement, simplifié les bousculades, ajouté quelques actions thématiques et amusantes, nous nous retrouvâmes quelques mois plus tard avec un jeu de course tactique et très enlevé, un peu dans l’esprit d’Ave Cesar, des bousculades, mais aussi des vaches sacrées, des tapis volants, des tigres et des charmeurs de serpents.

Le prototype d’Indian Derby commença alors à faire le tour des éditeurs et, assez rapidement, élit domicile chez Clever Mojo, l’éditeur de l’excellent Alien Frontiers. David MacKenzie eut l’idée amusante d’appeler le jeu Formula E. Mes amis d’Asmodée, l’éditeur de Formula D, acceptèrent bien volontiers à condition que le clin d’œil ne tourne pas à la confusion. Je pense qu’avec deux gros éléphants sur la boite, il n’y aura pas de problèmes.

Comme ce fut la cas pour Alien Frontiers, et pour tous les jeux de Clever Mojo, Formula E est financé par crowdfunding. Cela permet tout à la fois d’éviter les coûteux financements bancaires, et de faire le tri entre les projets qui laissent les joueurs indifférents et ceux qui les excitent vraiment. J’espère donc que vous serez nombreux à vouloir charger à dos d’éléphant, vous enivrer de jus de mangue, bousculer des vaches sacrées et soutenir Formula E en participant au financement de son édition sur Kickstarter.

Vous pouvez visiter la page de présentation du jeu sur gamesalute.com et vous inscrire à la mailing list pour être prévenu dès que Formula E sera lancé sur Kickstarter, le 31 décembre 2012. Le jeu est illustré par Jacqui Davis.

Formula E
Un jeu de Sergio Halaban, André Zatz et Bruno Faidutti
Illustrations de Jacqui Davis
3 à 6 joueurs – 60 minutes
Publié par Game Salute
Tric Trac      Boardgamegeek


I regularly receive emails from both well known and completely unknown game designers asking me if I would like to work with them on some design, usually already well advanced. When it’s about zombies, or has fifteen or more pages of rules, I answer that I’m sorry, that’s not really my kind of game, but good luck anyway. In all other cases, I have a look and usually answer that I’m sorry, I’m already overbooked and wouldn’t find the time to start a new project, but good luck anyway. Once or twice every year, when both the setting and the game systems sound exciting, when I have time, and when the authors seem to be nice guys, I answer why not, let’s discuss the game.

Early in 2011, I got an email from André Zatz and Sergio Halaban, the Brazilian authors of two light double-guessing games I really like, Hart and der Grenze and Sultan. The subject of their email, Indian Derby was an elephant racing game they had designed a few years ago, which had raised some interest from several publishers but ultimately hadn’t been selected for publication. They wanted to rework it, and were thinking that a fresh look by a designer who wasn’t involved in the original design, could help.  I liked the game idea at once. The storyline, an Indian elephant race game, was new, and allowed for rules about pushing–something unusual in a racing game, and for fun thematic events. I had long wanted to design a card driven race game, so this was a good opportunity to jump in. We discussed the game and worked together via email–since Brazil is far from France–on new rules and events to make the game lighter, faster and nastier. We simplified the card management system and the jostling rules, we added some event cards, and we ended with a very dynamic and tactical racing game, in the style of Ave Caesar (one of my all-time favorites), but with lots of jostling and crushing, and also holy cows, flying carpets, snake charmers, monkeys and tigers.

The new version of Indian Derby was shown to several publishers and, very soon, Clever Mojo Games, the publisher of Alien Frontiers, decided to do it. David MacKenzie had the fun idea to name the game Formula E. I asked my friends at Asmodée, the publisher of Formula D, and they gracefully accepted as long as the pun doesn’t lead to confusion. With two large elephants on the box, I think there’s no great risk.

Like Alien Frontiers and other Clever Mojo titles, Formula E’s first print run will be financed via crowdfunding on Kickstarter. That’s a clever way of avoiding loan fees, and of letting gamers show exactly what games they’re most interested in playing. I hope Formula E will spark your interest and that you’ll all want to get drunk with mango juice, charge on elephant back, knock over holy cows and support Formula E on Kickstarter.

You can visit the pre-launch page at gamesalute.com and join the email list to be notified when Formula E is posted on Kickstarter on December 31, 2012. Game’s art by Jacqui Davis.

Formula E
A game by Sergio Halaban, André Zatz & Bruno Faidutti
Graphics byJacqui Davis
3 to 6 players – 60 minutes
Published by Game Salute
Boardgamegeek

Le Temple Perdu
Lost Temple

J’ai découvert le jeu de société à l’époque d’Ave Cesar, du Lièvre et la Tortue, de Jockey, du Tapis Volant. Ces jeux de parcours dont je garde un fabuleux souvenir, et que je ressors encore à l’occasion, étaient les précurseurs de ce qui allait devenir le jeu de société à l’allemande, stratégique et un peu abstrait, mais ils avaient encore une légèreté, un naturel, une évidence qui sont devenus plus rares dans la production récente.

Parce que j’ai toujours été un peu nostalgique de cette époque, j’ai souvent cherché à faire un jeu de parcours familial, simple et tactique, qui n’aurait pas déparé dans la gamme Ravensburger du milieu des années quatre-vingt. Ma première tentative s’appelait China Moon, la seconde, qui doit aussi un peu à Citadelles, s’appelle Le Temple Perdu. Un jeu de parcours plein de rebondissements, avec un peu de tactique, pas mal de bluff, et une bonne dose de chance.

Le thème est, lui aussi, des plus classiques. Entre Cambodge et Laos, la jungle impénétrable, la voie royale et, des aventuriers à la recherche du temple perdu …

De tous mes jeux, Citadelles est celui qui se vend le mieux, et l’un de ceux auxquels j’ai le plus de plaisir à jouer. Rien d’étonnant donc à ce que j’ai toujours eu l’envie de concevoir d’autres jeux utilisant des mécanismes similaires, ou générant le même type d’expérience. C’est un peu ainsi que sont nés Mission : Planète Rouge, avec Bruno Cathala, qui utilise un mécanisme de personnages proche de celui de Citadelles mais l’applique à un jeu de majorité, et Aux Pierres du Dragon, avec Michael Schacht, qui recrée avec un jeu d’enchères des principes de bluff proches de ceux de Citadelles. Ce sont deux jeux dont je suis très fier, même s’ils n’ont pas remporté le succès commercial de Citadelles.

Le Temple Perdu est issu de la même démarche que Mission : Planète Rouge, introduire le système de choix de personnages de Citadelles, avec tout ce qu’il entraîne de bluff et de psychologie perverse, dans une structure de jeu complètement différente. Dans Citadelles, la structure sous jacente est un jeu de gestion de ressources ramené à sa plus simple expression – acquérir des sous pour acheter des cartes. Dans Mission : Planète Rouge, c’est un jeu de majorité dans la lignée d’El Grande. Pour Le Temple Perdu, c’est le jeu le plus simple qui soit – un jeu de parcours, style jeu de l’oie, dans lequel il faut être le premier arrivé à la dernière case.

Les premières ébauches du jeu avaient un thème vaguement médiéval, inspiré de la légende du Val Périlleux, que j’avais rencontrée en travaillant sur ma thèse d’histoire. Les joueurs étaient des aventuriers qui devaient traverser la vallée en obtenant l’aide de créatures fantastiques, licornes, dragons et autres sirènes, permettant de franchir les différents obstacles. Avec une quinzaine de personnages différents, chacun pouvant en choisir deux, et des cases aux effets variés, le jeu était à la fois trop sophistiqué et trop lent. Il s’en est rapidement suivi une version plus simple, plus légère, avec seulement neuf personnages, de la sorcière au dragon. La course fonctionnait bien, mais son thème semblait un peu forcé – après tout, pourquoi diable ces aventuriers voulaient-ils tous être le premier à traverser la forêt ?

Le prototype de la version finale
The prototype of the final version

Il me fallait donc trouver un thème avec un parcours, une course dans laquelle chacun veut être le premier arrivé, et un peu de magie pour justifier mon personnage de sorcière échangeant sa place avec un autre personnage. Le jeu étant simple, rapide, presque familial, il fallait aussi un thème relativement grand public. Je pensais d’abord à une simple parodie de jeu de l’oie, ou de serpents et échelles, avant de revenir à un thème classique mais parfaitement adapté – La Jungle impénétrable, Indiana Jones, Le temple de Kali, les mines du rois Salomon, la malédiction aztèque, tout ça… Bien sûr ! Tout collait – le but est de parvenir le premier au temple oublié perdu dans la jungle, en obtenant l’aide des shamans, sorciers et guerriers indigènes. Pour mon prototype, j’ai utilisé des cliparts représentant des pyramides mayas, genre Tikal, mais je pensais aussi à un temple cambodgien, style Angkor, ou un temple Indien des adorateurs de Kali, ou une cité d’or tibétaine façon Shangri La, ou pourquoi pas la jungle africaine et les mines du roi Salomon. Quel que soit l’univers choisi, l’illustrateur pourrait se faire plaisir.

Et le même illustré par Pierô
And the same with graphics by Pierô

L’illustrateur, d’ailleurs, est mon ami Pierô. Pierô a participé aux tests et aux réglages de tous mes prototypes ces dernières années. Il avait particulièrement apprécié Le Temple Perdu et je savais qu’il avait très envie de l’illustrer. Lorsque Jonny, de White Goblin, m’a fait part de son intérêt pour ce jeu, j’ai donc immédiatement glissé le nom de Pierô dans la discussion, et l’éditeur a sauté sur l’occasion. Le résultat est magnifique.

Lost Temple
Un jeu de Bruno Faidutti
Illustré par Pierô
2 à 8 joueurs – 40 minutes
Publié par White Goblin (2011)
Tric Trac    Boardgamegeek


I started regularly playing boardgames in the mid-eighties, in the time of Ave Caesar, Hare and Tortoise, the Flying Carpet and Jockey. I still have a fond memory of these race games. They were the early precursors precursors of the great trend of German strategic and abstract boardgames, but they had a kind of lightness, of casualness that is lacking in most recent designs.

Because I’m still nostalgic of these years, I’ve always wanted to design such family fare, simple and tactical race games, I’ve always wanted to have a game that could have been published in a rectangular Ravensburger box around in the middle of the eighties. My first serious attempt at the genre was China Moon, the second one, very different and a bit indebted to Citadels, is Lost Temple. It’s a very dyanmic race game, with some tactics, lots of bluffing and a good deal of luck.

The game’s setting is also very classical and family fare. Somewhere in East Asia, a deep jungle, and explorers looking for the lost temple…

Citadels is by far the best seller of all my games. It is also one of those I still have the most fun playing. No wonder I often toy with the idea of making a similar game. That’s how  Bruno Cathala and I started Mission: Red Planet, which uses a character card system similar with Citadels but applies it to a “wooden cubes majority” game, and how Michael Schacht and I designed Fist of Dragonstones, which uses auction systems to generate a double guessing agony similar with Citadels. I’m quite proud of both these games, even when none of them sold like Citadels does.

The Lost Temple started in the same way as Mission : Red Planet, as an attempt to paste the Citadels the Citadels character system, with all its intricate psychological effects, to a completely different underlying game system. In Citadels, the basic structure is an extremely simple resource management game. In Mission: Red Planet, it’s a majority game of the El Grande family. In the Lost Temple, it’s the most simple and basic game structure ever – a race game of the Chute and Ladders family, in which the goal is be the first to reach the end of the track.

The first versions of the game had a vaguely medieval setting, inspired by the Perilous Vale legend, which I had met with when working on my PhD. Players were adventurers trying to travel through the vale. Various fantasy creatures such as unicorns, dragons and sirens helped them cross the most dangerous obstacle spaces. The game had many different spaces and effects, road crossings, and more than fifty different characters, each player choosing two every round. As a result, the game was too complex and too slow. The later versions were mostly designed with removing one element after the other to create a much simpler and lighter game, with one single track and only nine characters, from the witch to the dragon. The race was challenging, but made little sense and the storyline sounded pasted on – why, after all, did all these adventurers want to cross the forest ?

This game needed another setting. There had to be a meaningful race, in which everyone wants logically to arrive first. There had to be some magic as well, mostly for the witch who swaps here place with another character. Since this was becoming a light, fast paced, family game, the setting had to be as light and mainstream as possible. I first considered of a parody of the game of Goose, or of Snakes and Ladders, but then I thought of a classical and perfectly suited setting – Indiana Jones, the deep jungle, the lost temple of Kali, Solomon’s Mines, Aztec curse and all that stuff. Everything fitted perfectly. The goal was to be the first to reach the forgotten temple in the jungle with a little help from native shamans, priests and warriors. I made my prototype with cliparts of  mayan temples and pyramids, Tikal like, but the storyline work as well with a south-east asian temple, Angkor like, with an Indian temple of Kali, with a Tibetan golden city, à la Shangri-la, or even with King Solomon’s mines in deep dark Africa. No matter the precise cultural setting, there is enough stuff to make great graphics.

 Pierô is a friend of mine, and playtested all my prototypes these last few years. He really likes The Lost temple, and I knew he wanted to illustrate it. When Jonny, of White Goblin, told me he wanted to publish this game, I suggested that Pierô could do the graphics, and it was accepted at once. The result is gorgeous.

Lost Temple
A game by Bruno Faidutti
Art by Pierô
2 to 8 players – 40 minutes
Published by White Goblin (2011)
Boardgamegeek

China Moon

Il était une fois, dans la lointaine Chine, un canard mandarin qui était très triste. Il ne savait quel cadeau offrir à l’élue de son cœur, et se laissait flotter en sanglotant sur l’étang. Une nuit de pleine lune, les grenouilles le virent passer et s’étonnèrent de sa tristesse “Joli canard mandarin, lui demandèrent-elles, pourquoi pleures-tu?”. “Je suis triste, répondit-il, car je suis amoureux, mais je ne sais quel cadeau offrir à ma belle pour lui avouer mon amour.” “Pourquoi ne pas lui faire un beau bouquet de nénuphars?, proposèrent les grenouilles. Nous allons t’aider.” Et les petites grenouilles passèrent le reste de la nuit à choisir dans l’étang les plus beaux nénuphars, chacune cherchant à confectionner pour l’amie du canard mandarin le plus beau bouquet.

Qu’est-ce que l’on irait pas inventer pour justifier le thème d’un jeu finalement assez abstrait….

Fleur de Lotus, l’une de mes premières créations, était dans mes cartons depuis les années quatre-vingt. En des temps lointains, j’avais été impressionné par le jeu de David Parlett, Le Lièvre et La Tortue, et j’ai voulu, moi aussi, concevoir un jeu dont les règles simples et le thème familial, presque enfantin, cache de redoutables subtilités tactiques. Fleur de Lotus est donc un jeu de parcours simple, qui se joue en une vingtaine de minutes, mais dans lequel le hasard n’a pas sa place. Point de lièvres et de carottes, point de tortues et de salades, mais des grenouilles et des nénuphars.

Chaque joueur a donc trois grenouilles qui sautent de nénuphar en nénuphar pour cueillir les fleurs de lotus, aux multiples couleurs, dont elles font la collection. Le lotus bleu est le plus recherché, le lotus noir porte malheur. Toute la subtilité du jeu vient du déplacement des grenouilles, qui sautent par dessus leurs congénères et peuvent parfois aller très vite, et des règles esthétiques qui régissent les bouquets de fleurs de lotus. Si les règles, simples, sont à la portée d’un enfant de sept ou huit ans, les plus âgés découvriront vite les finesses tactiques d’un jeu plus taquin qu’il n’en a l’air.

Une première édition en boite, avec de mignonnes grenouilles de caoutchouc, est parue en 2003 chez Jeux Descartes. Le jeu, épuisé, n’a pas été réimprimé mais une version avec un plateau légèrement raccourci en est paru en 2008, en anglais, dans le recueil des “15 meilleurs jeux de société du monde” (rien que ça!) publié par l’éditeur américain de livres pour enfants Klutz.

China Moon
Un jeu de Bruno Faidutti
Illustré par Vincent Dutrait (1986)

2 à 5 joueurs – 30 minutes
Publié par Eurogames (1996), Klutz (2008)
Tric Trac   
Boardgamegeek


Once upon a time, in far-off China, there was a mandarin duck. He wanted to offer his beloved a special gift, to declare his love for her, but he didn’t know what to get her. This made him so sad that all he could do was to float, sobbing, in his pond. One night, when the moon was full, the frogs that shared his pond heard his cries of despair. “Oh, beautiful mandarin duck”, they asked him, “why are you crying?”. “I am sad”, he answered, ” because I am in love but I don’t know what gift to offer my sweetheart in order to properly declare my love to her”. “Why don’t you make her a beautiful bouquet of lotus flowers?”, suggested the frogs. “We will help you”. And the little frogs spent the rest of the night in a loony game of leapfrog, hopping from lily pad to lily pad, gathering the most beautiful lotus flowers from the pond, each one trying to outdo the other by creating the most beautiful bouquet of all for the mandarin duck’s beloved.

OK, it’s a bit of an artificial and pasted on theme….

Flower of the Lotus was one of my very first creations, and the first prototypes date from the late eighties. In these old times, I had been very impressed by David Parlett’s Hare and Tortoise, and I also wanted to design a game with simple rules, with a family, almost childish, theme, but with deep tactical subtleties. Thence, Flower of the Lotus is a very simple race game that lasts half an hour, but it is also a game with no luck at all. No Hares and carrots, No Tortoises and lettuces, but Frogs and water lilies.

Each player controls three frogs, who jump from one water lily to another and try to pick the nice lotus flowers, with their pastel colors, and gather them in bouquets. The blue lotus is much sought after, while the black lotus is supposed to bring bad luck. All the subtleness and depth of the game is due to the frog movement – they can jump one over another – and the bouquet making rules. The rules of this game are very simple, and can be easily explained to a seven or eight year old, but older players will also discover that the game has hidden depth and makes for many tactical choices.

A first edition of the game was published by Eurogames in 2003. It went oout of print and a new version, with a slightly shorter board, was published by Kluts in 2008, in a large children book modestly entitled “the 15 best boardgames in the world”.

China Moon
A game by Bruno Faidutti
Art by Vincent Dutrait (1986) 

2 to 5 players – 30 minutes
Published by Eurogames (1996), Klutz (2008)
Boardgamegeek

Pony Express

Dans Pony Express, votre but est d’être le courrier le plus rapide de l’ouest, sur le parcours historique de St Joseph à Sacramento. Une course avec des dés, mais des dés très spéciaux avec lesquels on peut bluffer, et même parfois descendre les pions adverses…

Histoire du jeu

En 2007, lors des préparatifs du salon d’Essen, Bruno , Ludo et moi furent quelque peu gênés par une étonnante coïncidence. Parmi la dizaine de prototypes que notre petite équipe francophone apportait dans ses cartons, et comptait présenter aux éditeurs, se trouvaient deux jeux de plateaux, de format équivalent, tous deux sur le thème du far-west et, surtout, basés sur l’utilisation de dés de poker. La ressemblance s’arrêtait là, puisque le Dice Town de Bruno et Ludo était essentiellement un jeu de paris, lointain cousin du yams, et mon Pony-Express un jeu de parcours. Nous décidâmes donc de présenter comme si de rien n’était les deux jeux, et il n’est guère étonnant que ce soit Dice Town, qui était le plus abouti, qui trouva le plus facilement un éditeur.

J’ai toujours beaucoup aimé les dés de poker, et cela faisait de longues années que je cherchais à faire un jeu les utilisant, jeu qui ne pouvait bien sûr que mettre en scène des cow-boys. Le déclic a du jeu fut l’idée d’exploiter ces mêmes dés tout à la fois comme dés, c’est à dire comme générateurs de mains de poker, et comme projectiles lors des duels. Réfléchissant depuis longtemps aux jeux de parcours, je pensais alors au thème du Pony Express, et la structure de base du jeu me vint très vite. La combinaison obtenue aux dés permet d’avancer son pion sur le parcours menant de Saint Joseph à Sacramento, avec bien sûr la possibilité de bluffer sur le résultat obtenu, et les rencontres entre pions se règlent par des duels lors desquels les joueurs lancent les dés d’une pichenette pour abattre les pions adverse. Le résultat devait donc être un mélange original de chance, de bluff et d’adresse, mais mon jeu, trop basé sur le bluff, était sans doute un peu long et un peu répétitif.

Le prototype de Pony Express, et une maquette de la boite, aux rencontres ludopathiques.
The prototype of Pony Express, and the mock-up of the box, at the Ludopathic Gathering.

Fort heureusement, ce fut aussi le moment où notre petite équipe fit la connaissance d’un jeune auteur dynamique et prometteur, Antoine Bauza, qui comme moi s’intéressait beaucoup aux jeux de parcours. Quelques semaines après le salon, je proposai donc à Antoine de jeter un œil nouveau sur ce vieux projet et de le reprendre avec moi. Après quelques échanges de mails, Pony Express avait beaucoup gagné en dynamisme, en rapidité et en variété. Nous commençâmes par montrer cette nouvelle mouture à quelques éditeurs qui n’en avaient pas vu les versions précédentes, et Philippe, de Fun Forge, se décida très rapidement. Lui-même auteur de jeu, puisqu’il avait créé le jeu de cartes Illusio, Philippe a également apporté une touche finale aux mécanismes de Pony Express.

Illustrations

Mon ami Pierô aurait dû être le choix logique pour illustrer Pony Express. Ayant pris part à tous les tests, il connaissait bien le jeu. Son trait coloré et plein d’humour convenait parfaitement aux mécanismes de Pony Express. Malheureusement, Pierô venait juste d’illustrer Dice Town, et il lui aurait été difficile de faire quelque chose de très différent pour Pony Express.

L’éditeur décida donc de faire appel à un jeune illustrateur québécois, qui n’avait pas encore sévi dans le monde du jeu de société, Mathieu Beaulieu. Le résultat est splendide et plein d’humour. Les personnages, les animaux, les objets, tout donne envie de sourire. Quant au plateau de jeu, je n’en ai jamais vu d’aussi réussi. Il est riche en détails, plein d’humour, et malgré tout d’une lisibilité exemplaire. Rien d’étonnant à ce que Mathieu ait depuis illustré d’autres jeux, parmi lesquels l’excellent Sobek, de mon ami Bruno Cathala.

Pony Express
Un jeu d’Antoine Bauza et Bruno Faidutti
Illustrations de Mathieu Beaulieu
3 à 5 joueurs – 60 minutes
Publié par FunForge (2009)
Tric Trac    Boardgamegeek


In Pony Express, you must prove that you are the fastest rider of the Pony Express, from St Joseph to Sacramento. It’s a race, with dice, but special dice with which you can bluff and even shoot at opponents’ pawns.        

In 2007, in the very last days before the Essen fair, Bruno, Ludo and I noticed a problematic coincidence. Among the dozen prototypes which our small team was bringing to show to publishers, there were two board games of very similar weight, look, theme and components – family boardgames using poker dice in a wild west setting. Of course, a game with poker dice has to be about saloons and cowboys, but this was nevertheless a striking coincidence.

The games worked very differently, but they looked very similar, and that was the problem. Ludo and Bruno’s Dice Town was a dice game loosely based on Yahtzee, while my Pony Express was a luck based race game with some bluffing and dexterity thrown in. So we decided to show both and Dice Town, which was better finalized, was first to find a publisher.

I’ve always liked poker dice, and for years I was trying to design a game using such dice – of course, it had to be a western themed game. This game started with the idea that the same dice could be used both classically, to generate poker hands, and as bullets in duels. I like race games, and thought of the Pony Express theme. The poker hand rolled with the dice gives the number of spaces one could move on the track from St Joseph to Sacramento – of course with some opportunities for bluffing. When two or more players land on the same space, there is a duel in which dice are used to shoot at one another’s pawn. This made for a nice mix – luck, bluffing and dexterity. Unfortunately, with just these elements, my game was a bit too heavily based on bluff, and felt a bit repetitive.

A new author was joining our team this year, Antoine Bauza. Antoine was, like me, much interested in race games. A few weeks after the fair, I asked him to have a new and fresh look at this old project, and suggested we worked on it together. After a few mails and some testing, the game became more dynamic, more varied, faster paced. We showed this game to some publishers who had not seen the earlier one, and Philippe, from Fun Forge, a new small French game company, decided to do it as his second game, and first big box. Philippe is also a game author, since he designed the first game published by Fun Forge, Illusio, and got involved in the last development of the game. Pony Express was published by FunForge in 2009.

Art

My friend Pierô should have been the obvious choice to illustrate Pony Express. He took part in most game tests, and knew the game really well. His colored, humorous and cartoony style would have fitted the game perfectly. Unfortunately, Pierô had just illustrated Dice Town, and it would have been difficult for him to make something different enough for Pony Express.

That’s why the publisher asked a young canadian illustrator, Mathieu Beaulieu, who had not so far illustrated games, to work on Pony Express. The result is gorgeous. The characters, the animals, the items, everything looks fun and makes you want to play. The best part is probably the board, the nicest one I’ve ever seen. It’s full of small details, and nevertheless perfectly clear. I think we’ll have one of the nicest looking boxes in Essen, and I’m sure we’ll have the nicest looking board. No wonder Mathieu has since been hired to work on some other games, including Bruno Cathala’s Sobek.

Pony Express
A game by Antoine Bauza & Bruno Faidutti
Art by Mathieu Beaulieu
3 to 5 players  – 60 minutes
Published by FunForge (2009)
Boardgamegeek

Cette image un peu triste avait été dessinée pour figurer au dos de la boite, mais l’éditeur a finalement préféré y mettre une descripion du jeu et une photo du matériel. Commercialement, il a certainement eu raison, mais c’est un peu dommage.
This sad picture was intended to be at the back of the game box. The publisher later changed his mind and opted for a more classical description of the game, with a picture of its elements. This was commercially sound, but I regret that this nice picture is not in the game.