Venture Angels

Venture Angels est un jeu de bluff et d’enchères à demi secrètes, un genre déjà bien balisé auquel je m’étais déjà essayé il y a une quinzaine d’années avec Corruption, dans lequel les joueurs étaient des entrepreneurs en bâtiment cherchant à obtenir des contrats publics, puis avec Vabanque, où ils cherchaient à prendre le contrôle de casinos. Plus encore que Corruption et Vabanque, Venture Angels est un jeu rapide et minimaliste, tant par ses règles que par son matériel. Cela n’a rien d’étonnant – dans des jeux où l’essentiel se passe dans la tête des joueurs, il n’est pas nécessaire que beaucoup se passe sur la table.
Chaque joueur est donc un milliardaire qui cherche à investir ses milliards dans des projets susceptibles de lui rapporter encore plus de milliards. Les projets d’investissement sont divisés en trois grandes catégories, tout ce qui touche à la conquête spatiale, à l’informatique et à la biologie. Au début de chacune des trois manches du jeu, un certain nombre de projets sont révélés, puis les joueurs misent secrètement, un à un, des jetons valant 0, 2, 3 ou 4 milliards de dollars sous les projets de leur choix. Les jetons sont ensuite révélés, et l’on regarde tout d’abord si certains projets ont échoué. C’est le cas de ceux dont le financement total est insuffisant, ainsi que de celui où les sommes totales investies sont les plus élevés. Les projets insuffisamment financés échouent, et le projet le mieux financé était trop tentant, quelqu’un est parti avec la caisse.

C’est en commandant des jeux sur Kickstarter, ce qui m’arrive un peu trop souvent, que j’ai eu l’idée qui fait tout l’intérêt et l’originalité Venture Angels, le seuil de financement, en deçà duquel tous les investissements consacrés à un projet l’ont été en pure perte. Amusante et pertinente, cette règle encourageait cependant un peu trop les joueurs à se concentrer sur les quelques projets les plus ambitieux. C’est donc pour contrebalancer cette première exclusion que j’en ai introduit une seconde, faisant également échouer le projet le plus financé. Cela crée des dilemmes intéressants pour les joueurs poussés à se diversifier, mais pas trop, tout en gardant un œil sur les choix de leurs concurrents.

Bien évidemment, les premiers prototypes du jeu avaient pour thème Kickstarter, et les catégories étaient gadgets technologiques, jeux video et jeux de société, parmi lesquels Cohen Le Barbare, le 7ème Incontinent, Cards against Humidity et Exploding Mittens. Malheureusement, le thème ne fonctionnait en fait pas très bien, une campagne Kickstarter n’étant pas vraiment une enchère avec un gagnant, et très rapidement je suis passé à l’univers des milliardaires de la Silicon Valley.

Première partie du prototype à Séoul avec Kevin Kim, Vincent Dutrait, Yohan Goh (enfin, je crois que c’est lui de dos) et leurs amis joueurs.

Une toute première ébauche de ce jeu, que j’avais avec moi à la Gen Con 2017, avait déjà suscité quelque intérêt chez des éditeurs. Quelques semaines plus tard, lors d’une brève visite à Séoul, je montrai une version un peu plus développée à Kevin Kichan Kim, de Mandoo Games, qui décida presque aussitôt de le publier. Le développement du jeu a ensuite consisté essentiellement à bricoler un peu les mécanismes pour aider un peu les joueurs en retard et leur permettre de se refaire, afin que le jeu reste toujours ouvert et tendu jusqu’à la troisième et dernière manche. Nous avons donc introduit l’un après l’autre l’obligation pour les joueurs en tête de jouer leurs premiers jetons visibles, un système de score qui limite les possibilités des joueurs qui ont déjà remporté plusieurs cartes, et un petit jeton bonus pour le dernier joueur. C’est l’équipe de Mandoo Games qui a eu l’idée de remplacer les cartes de mon prototype par des jetons, dont la manipulation est bien plus agréable et qui suggèrent bien que c’est là un jeu d’argent et de paris. Les graphismes de Ian O’Toole, aussi minimalistes et légers que les mécanismes du jeu, sont parfaitement adaptés.

Venture Angels
Un jeu de Bruno Faidutti
Illustré par Ian O’Toole
2 à 5 joueurs – 15 minutes
À paraître chez Mandoo Games, fin 2018, en anglais et coréen


Venture Angels is a bluffing and half-secret bidding game, a genre I had already given a try fifteen years ago with Corruption, a game about building contractors, and to a lesser extent with Vabanque, a game about Casinos. Both were relatively simple games, but Venture Angels is even more minimalistic, both with rules and components. In games in which most of the action takes place in the players’ minds, there’s no need for much complexity on the game table.

Each player is a billionaire who tries to invest in various ventures which will yield even more billions. There are three suits, three domains in which to invest, space, computers and biology. The game lasts three rounds. Every round, several projects are drawn and players secretly bid tokens, with values of 0, 2, 3 or 4 billion dollars, on the projects they want. When bids are revealed, players first check which projects succeeded or failed. All the ventures for which the sum of all players’ bids is lower than the funding goal fail. the single one with the most money invested also fail, since some clever guy left with all the money.

The original idea in Venture Angels is the funding goal, an idea I obviously had when pledging games on Kickstarter, something I do a bit too often. if there’s not enough money bid on a project, all the money has been spent in vain. This rule is fun and logical, but it had a pernicious side effect, encouraging players to focus on the two or three most ambitious projects. This is why I balanced it with a second rule: the project hat got the highest total funding also fails. this makes for really interesting dilemmas, since players must diversify, but not too much, while always trying to check their opponents.

Of course, the game was first called « kickstarter, the game », and the categories were technological gadgets, video games and boardgames. Among the latter were Cohen the Barbarian, the 7th Incontinent, Cards against Humidity and Exploding Mittens. Unfortunately, the crowdfunding game didn’t work that well, since a kickstarter campaign is not really an auction with one winning bidder. I had to change the theme while keeping the core funding goal idea, and the next idea was silicon valley billionaires.

A first game of the Venture Angels prototype in Seoul, with Kevin Kim, Vincent Dutrait, Yohan Goh (well, I think it’s his back in front of the picture – if one can see a back in front.

I brought a first version of Venture Angels with me at Gen Con, in 2017. Publishers were interested, but nothing was firmly decided. A few weeks later, I spent a few days in Seoul and showed a more developed version to Kevin Kichan Kim, of Mandoo games, who almost at once decided to publish it. The development was fast and easy, consisting mostly of adding catch-up mechanisms so that all players can still win until the third and final round. Players in the lead must now play their first tokens face-up, and there’s even a small bonus token for the last player in the last round. My prototypes used cards, the publisher replaced them with poker-like chips which make the game really feel about money and bidding. Ian O’Toole’s art, as minimalistic and light as the game, fit perfectly.

Venture Angels
A game by Bruno Faidutti
Art by Ian O’Toole
2 to 5 players – 15 minutes
To be published by Mandoo Games, late 2018, with English and Korean rules

C’est dans les vieux pots…
Older Stuff looking for new publishers

Je commence à être un vieil auteur, et certaines de mes créations du début des années 2000 ont récemment connu de nouvelles éditions. Avec des règles mises au goût du jour, plus rapide et plus varié, avec de nouvelles illustrations au look plus moderne, avec parfois un nouveau thème, bien des jeux peuvent connaître une nouvelle jeunesse. Si les nouvelles éditions de Kheops, du Collier de la Reine, d’Emoticon (King’s Life) ou de Babylone (Soluna) sont passées relativement inaperçues, celles de L’Or des Dragons et surtout de Citadelles, de Diamant et de Mission Planète Rouge sont de vrais succès. Les deux dernières se vendent même bien mieux que les jeux d’origine. De nouvelles versions des Pierres du Dragon, de Democrazy, de Terra et, j’espère, de Lost Temple devraient suivre.

Du coup, parmi mes nombreuses anciennes créations, il en est plusieurs dont je me dis qu’elles mériteraient peut-être le même traitement.

Castel et Ad Astra ont été tous les deux conçus à quatre mains (et surtout deux cerveaux) avec Serge Laget. Serge est un peu têtu, et ne laisse jamais tomber ses créations. Du coup, nous avons régulièrement continué à discuter de ces deux jeux et en avons déjà développé de nouvelles versions que nous sommes prêts à présenter. Ça a failli se faire pour Castel, c’est vaguement mais nous n’étions visiblement pas tombé sur le bon éditeur. C’est vaguement en discussion avec un autre, et nous attendrons sa réponse, mais rien n’est sûr.

Animal Suspect, créé avec Nathalie Grandperrin, n’a été publié qu’en France, et Gigamic vient de nous restituer les droits. Ce jeu de mime loufoque, dans lequel les joueurs doivent mimer simultanément animaux et émotions – Mouette Rieuse, Chat Psychopathe, Hanneton en Colère… mériterai certainement, au moins, une édition en langue anglaise. Speed Dating, mon autre création commune avec Nathalie, n’a été publié qu’en français et japonais, et j’aimerais bien aussi le voir un jour en anglais.

Parmi les très nombreux jeux que j’ai conçu avec Bruno Cathala, il aimerait bien voir revenir Chicago Poker. Moi, c’est pour La Fièvre de l’Or que j’ai un faible, d’autant qu’une réédition sur le thème des pirates existe, mais elle n’est disponible qu’en polonais. Il est certainement possible de s’arranger avec l’éditeur polonais pour l’adapter ailleurs.
Vabanque, ma seule collaboration avec Leo Colovini, vient de ressortir, mais la très belle nouvelle édition n’est disponible qu’en langue japonaise.

Je fais de moins en moins de grosses boites, mais j’en ai quelques unes dans mes cartons. Formula E, jeu de course d’éléphant conçu avec Sergio Halaban et André Zatz, bien que fort joliment édité, n’a pas vraiment eu sa chance, faute d’une distribution adéquate. Quelqu’un pourrait réessayer, avec les mêmes dessins ou d’autres…. Silk Road, une collaboration avec Ted Cheatham, mériterait aussi une nouvelle version dans une boite plus petite, et avec quelques petits changements de règles. Je suis particulièrement fier de Isla Dorada, un de mes rares vrais gros jeux, mais il faut sans doute encore attendre quelques années avant de penser à le ressortir.

Il y a aussi les plus petites trucs, les Mythos, Bongo, Corruption, Draco & Co, Toc Toc Toc, Bugs & Co, Lettres de Marque…. L’édition de ce dernier était un peu maladroite, je pense qu’il mérite une deuxième chance sous forme de simple petit jeu de cartes – ou alors, à l’inverse, je peux recycler le système dans un jeu plus conséquent.

Bref, si vous êtes éditeur, et s’il y a là dedans quelque chose qui vous intéresse, parlez-m’en. Il y a bien sûr deux ou trois jeux pour lesquels il faudra que je demande aux co-auteurs et/ou que je m’assure que j’ai bien récupéré les droits, mais en règle général ce n’est pas un problème. Il y en a aussi plusieurs qu’il faudra retravailler un peu, mais c’est mon boulot.

I ‘m now a seasoned designer, and some of my old designs from the early 2000’s have recently been republished. With updated rules, usually faster and more varied, with up to date graphics, sometimes with a new setting, many games can start a new career.The new versions of Kheops, Queen’s Necklace, Smiley Face (King’s Life) or Babylone (Soluna) went largely unnoticed, but those of Dragons’ Gold and most of all Citadels, Diamant and Mission: Red Planet are really successful. The two last ones sell much better than the original games did. New versions of Fist of Dragonstones, Democrazy, Terra and, I hope, Lost Temple, are also in the pipe.

Of course, there are a few other older games which, in my opinion, could also deserve a reedition.

Castle and Ad Astra were both design with Serge Laget. Serge is quite stubborn and never abandons his games. As a result, we’ve always kept discussing them, and have already developed new versions ready to pitch to publishers. It nearly worked for Castel, but we clearly didn’t choose the right publisher. We are now discussing with another one, and will wait for its answer first, but nothing is settled yet.

Animal Suspect, codesigned with Nathalie Grandperrin, has only been published in France, and Gigamic just gave us the rights back. This zany party game in which players mimic animals and emotions (Laughing Seagull, Angry Scarab, Psychopathic Cat…) certainly deserves, at least, an English edition. Speed Dating, my other codesign with Nathalie, was only published in French and Japanese, and I’d love to see an english language version.

Among the many games I‘ve designed with Bruno Cathala, the one he would like to see back on the shelves is Chicago Poker. My choice would rather be Boomtown, of which there is a new pirate-themed edition, but available only in Polish. I’m sure an arrangement is possible with the Polish publisher to bring it into another language.
Vabanque, my only codesign with Leo Colovini, has just been republished but this one is only in Japanese….

I’m less and less into bigger games in bigger boxes, but I’ve done a few ones. Formula E, a nice elephant race game designed with Sergio Halaban and André Zatz was gorgeously published but very badly distributed. It deserves a second chance, with the same or with other art. Silk Road, a collaboration with Ted Cheatham, certainly deserves a new and more modest edition, with some streamlining of the rules. I’m extremely proud of Isla Dorada, one of my few relatively heavy games, but it’s probably too early to think of a new version of this one.

Then there’s the small stuff, the Mythos, Bongo, Corruption, Draco & Co, Knock Knock!, Bugs & CoLetter of Marque…. I think the Letter of Marque components do not help, and I’d like to see it back as a simple card game – or may be I should do the opposite and recyckle the core system in something more ambitious.

Anyway, if you’re a publisher and see something there which might be of interest for you, just tell me. there are a few games for which I will have to check with the co-designers if they’re not too ashamed of them, and with the old publishers to be sure I got the rights back, but it usually isn’t a problem. There are also several which needs some update and development, but that’s my job.

Corruption

Corruption est un jeu de cartes à base de bluff (beaucoup) et de stratégie (un peu), que j’ai conçu dans les années quatre-vingt dix, à une époque où je jouais beaucoup au poker, et en particulier au stud, dont l’influence se retrouve clairement dans les mécanismes. Tout le jeu repose en effet sur le fait que certaines cartes sont jouées faces visibles, d’autres faces cachées, permettant d’intimider ses adversaires, ou de les induire en erreur.

A la tête d’une entreprise de bâtiment et travaux publics, vous devez corrompre les décideurs pour construire tramways, barrages, centrales électriques, etc… Tout cela se fait avec des cartes: des cartes enveloppes que vous déposez sur les comptes en suisse des puissants, des cartes juges et journalistes pour mettre des bâtons dans les roues de vos adversaires, et même des cartes tueurs pour vous débarrasser des encombrants juges et journalistes.

Tout cela se passe dans l’Amérique des années 30, et toute ressemblance avec des événements récents ne saurait être qu’accidentelle. D’ailleurs, dans mon jeu, les juges sont incorruptibles.

L’édition française est épuisée, mais l’édition américaine est, je crois, encore disponible en cherchant un peu.

Corruption
Un jeu de Bruno Faidutti
3 à 7 joueurs – 45 minutes
Publié par Atlas Games et Jeux Descartes (2000)
Tric Trac    Boardgamegeek


Corruption is a card game of bluff (mostly) and strategy (a little bit). I designed it in the late nineties, in a time when I used to play poker regularly, and mostly stud poker. This influence is obvious in the mechanisms of Corruption, entirely based on partial information. Some cards are played face up, other face down, and this gives plenty of opportunities to intimidate or bluff opponents.

Corruption combines poker’s crafty deception with the crooked milieu of the Gilded Age. In Corruption, you discreetly fork over bribes to the powers that be – specifically, the powers that award lucrative construction contracts. If your bribes are sufficient, your firm will get good contracts and its bottom line will swell. If your competitors’ lucre shines brighter, though, you’ve lost opportunities, profits, and the satisfaction that some bureaucrat’s Caribbean tour on your dime was at least good for something.

Any similarity with the real world is purely coincidental (moreover, in my game, judges are incorruptible).

Corruption
by Bruno Faidutti
3 to 7 players  – 45 minutes
Published by Atlas Games (2000)
Boardgamegeek