Après l’âge d’or
After the Golden Age

Bruno Shaman

L’âge d’or

Jamais le jeu de société ne s’est aussi bien porté. Plus d’un millier de jeux paraissent chaque année, contre à peine une centaine il y a trente ans lorsque je publiais mes premières créations. Des jeux plus nombreux, mais aussi mieux conçus, mieux édités, mieux produits, moins chers et dont les ventes augmentent régulièrement. Ce qui était un hobby un peu marginal est devenu une industrie florissante, avec depuis une décennie des taux de croissance à deux chiffres – même si c’est en vain que j’ai cherché des données sur le chiffre d’affaires global du secteur.

Auteurs, éditeurs et vendeurs, tous des passionnés, sont aussi de plus en plus nombreux à vivre, parfois bien, de cette activité. Il est même devenu possible aujourd’hui d’être un illustrateur, voire un critique de jeu professionnel. Autour des éditeurs, gros, moyens et petits, tout un écosystème s’est mis en place, avec des boutiques, des bars, des festivals, des sitew webs de plus en plus nombreux. Une véritable culture du jeu de société s’est constituée, qui est trop souvent ignorée des médias mais qui, quand elle ne l’est pas, a plutôt bonne presse. Les jeux de société sont donc de plus en plus reconnus, au même titre que les jeux video, comme des créations culturelles dignes de commentaires, d’analyse et de critique. De nouveaux genres sont nés, comme les jeux de cartes à collectionner, puis les jeux de coopération, et aujourd’hui les « legacy games ». Si l’on me regarde de moins en moins souvent comme un grand enfant, ce n’est pas parce que mes jeux se vendent mieux, c’est parce qu’ils sont pris plus au sérieux.

Bref, le jeu de société est en plein boom. Ce devrait être une raison sinon pour s’inquiéter, du moins pour se demander si cela va continuer. Si je suis modérément optimiste, je voudrais néanmoins aujourd’hui discuter de quelques nuages à l’horizon, certains plus menaçants que d’autres.

Tablettes en carton

S’il est un lieu commun fréquemment entendu dans les discussions sur l’avenir du jeu de société, c’est que le jeu video serait un jeune rival en passe de tuer, ou de phagocyter, le bon vieux jeu de carton. Cette prédiction têtue, sans cesse reprise par les médias depuis une trentaine d’années, ne s’est toujours pas réalisée, et je ne pense pas qu’elle ait plus de chances de le faire dans les années qui viennent. Lorsque les médias s’intéressent au succès actuel des jeux de société, c’est pourtant encore cette analyse un peu réactionnaire qu’ils convoquent, expliquant que le jeu de société, moins froid, plus rassurant, plus convivial, « résiste » aux jeux videos.

Penser que le jeu video pourrait remplacer le jeu de société, c’est un peu comme penser que le cinéma aurait pu remplacer la lecture. Ce sont des activités certes cousines mais différentes, et tout comme les amateurs de cinéma sont aussi souvent de grands lecteurs, les passionnés de jeux de société sont aussi souvent de grands joueurs de jeux video. De nombreux auteurs – même si ce n’est pas trop mon cas – passent aussi volontiers de l’un à l’autre. Les jeux videos, et dans une moindre mesure les jeux de rôles, ont même depuis une trentaine d’années beaucoup fait pour le jeu de société, en faisant accepter l’idée que le jeu n’était pas une activité réservée aux plus jeunes.

Plus qu’un remplacement des cartes et des pions par des tablettes et des hologrammes,  qui n’apporterait finalement pas grand chose, nous assisterons plus probablement à des allers retours, à des hybridations dont on ne sait pas encore très bien quelles formes elles vont prendre. Il y aura sans doute cependant toujours aussi des jeux de cartes et de pions et des jeux sur écran, tout comme il y a encore des romans et des films.

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Fearz, mon premier jeu hybride.

La bulle

Je radote. J’ai déjà écrit sur ce site il y a un ou deux ans, et déjà encore il y a quatre ou cinq ans, que le marché du jeu de société vivait un phénomène de bulle, et que l’explosion approchait. Peut-être même l’ai-je déjà écrit sur mon ancien site il y a dix ans. Les événement m’ont, jusqu’ici, donné tort, mais les motifs d’inquiétude sont toujours là.

La situation du jeu de société aujourd’hui ressemble à celle de la bande dessinée il y a une quinzaine d’années. Si le nombre de jeux vendus augmente, le nombre de jeux publiés, d’éditeurs, d’auteurs et d’ « acteurs du milieu » en tous genres augmente au même rythme, voire plus rapidement encore.

Concevoir un jeu de société demande une certaine imagination, une certaine culture ludique, un esprit clair, mais cela ne demande pas le même génie ni, surtout, le même travail qu’écrire un roman ou tourner un film. Informatique, kickstarter et réseaux aidant, il est devenu assez aisé de monter une petite boite d’édition le soir en rentrant du boulot, du vrai. Il y a quinze ans, tous les fans de BD voulaient faire de la BD; aujourd’hui, tous les joueurs se veulent auteur ou éditeur de jeux. Il y a de la place, mais il n’y en aura sans doute pas pour tout le monde, d’autant que les ventes ne peuvent pas continuer à augmenter au même rythme. Je sais, le marché chinois décolle, mais je ne serai pas étonné qu’il s’y vende bientôt surtout des jeux chinois, comme l’excellent CS Files.


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CS Files, un fabuleux jeu de déduction venu de Chine, bientôt en français chez Iello.

Quand la croissance va ralentir, la concurrence s’exacerber, les marges diminuer, beaucoup de petits éditeurs vont disparaitre, et les gros vont faire le ménage dans leur gamme, ne publiant plus qu’un petit nombre de valeurs sures. Très exactement ce qu’il s’est passé, si j’en crois mes amis illustrateurs, dans le monde de la bande dessinée quand ils étaient jeunes. Kickstarter limitera peut-être les dégâts en permettant une forme de vanity publishing.

Je me suis trompé jusqu’ici, je me trompe peut-être encore. Le jeu de société est plus international que ne l’était la bande dessinée, et se vend plutôt mieux en période de crise. Si les médias parlent plus de nous, si nos jeux sont mieux distribués, si les nouvelles générations jouent autant que les précédentes, si des jeux vraiment innovants sont publiés, si l’on parvient à vendre plus en Russie, en Chine ou au Brésil, nous avons peut-être encore quelques années de croissance devant nous, mais sans doute pas beaucoup.

Business

Parce que les jeux se vendent bien, parce que le secteur est dynamique et rentable, nous avons vu arriver de nouvelles têtes, généralement bien peignées et soigneusement rasées, les commerciaux et les businessmen. Quelques petits éditeurs ambitieux, montés par des gamins tout frais sortis d’une école de commerce, ont pensé faire leur trou facilement dans un monde de vieux hippies et de punks sur le retour. Beaucoup, trop sûrs d’eux, se sont plantés faute de chercher ou de parvenir à comprendre la culture ludique. Les plus malins se sont adaptés et sont devenus des joueurs fort sympathiques. Quand les gens changent, l’ambiance change aussi, et l’on parle de plus en plus de chiffres et de moins en moins de jeux. Je ne veux pas avoir l’air de cracher dans la soupe, et je me réjouis que les chiffres soient bons, mais je ne peux m’empêcher de craindre que le nouveau style ne soit moins favorable à la créativité ludique, au moins pour les jeux que j’aime. Le retour du mot “test” pour désigner les critiques de jeu relève un peu de la même conception du jeu de société comme pur produit et non comme création culturelle.

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Asmodée, le diable boiteux.

Il n’y a pas que les petits, il y a aussi les gros, ou plus précisément le gros, Asmodée. Tout le monde a oublié que le démon de la luxure était d’abord un petit éditeur de jeux de rôles d’un goût douteux. Il est peu à peu devenu un gros éditeur de jeux de société grand public, avant d’être racheté par un grand groupe financier, Eurazeo, qui a investi pas mal d’argent pour le faire grossir encore en reprenant partenaires et concurrents. Un petit auteur comme moi, qui avait fait le choix de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, se retrouve donc avec presque tous ses petits paniers dans le même gros panier. Les anciennes têtes sont toujours là, mais on les voit moins. Les nouveaux sont plutôt sympathiques, mais il est clair que cette « consolidation » n’a pas fini de transformer le marché du jeu de société, et pas seulement en France. Le petit jeu lors des salons est de parier sur la prochaine acquisition d’Asmodée – AEG ? CMON ? Czech Games ? Portal ? un allemand ? Il est fort possible que cela s’arrête là, et la vraie question n’est alors pas qui Asmodée va racheter, mais qui va racheter Asmodée, quand, comment et pour en faire quoi. Hasbro ou Mattel ? Un groupe de presse et de médias ? Un studio de jeux video ? Un autre groupe financier ?

Religions

Ceux qui me connaissent un peu savent que je suis fasciné par les similarités, déjà notées par Pascal, entre le jeu et la religion. La popularité croissante des jeux, qu’il s’agisse du jeu video ou du jeu de société, et le retour actuel des religions me semblent avoir une cause commune, une certaine angoisse face à un monde de plus en plus complexe et incompréhensible. Jeu et religion sont en effet construits sur le même principe, l’adoption d’un ensemble de lois arbitraires pour se simplifier la vie, la différence étant que les règles du jeu sont transitoires et futiles quand celles des religions se veulent définitives et absolues et prétendent rendre compte de la réalité.

Parce qu’ils sont si proches et ont les mêmes causes, jeu et religion sont rivaux et largement incompatibles. Un croyant n’a nul besoin de jouer, de se simplifier une vie qui est déjà simple, de se construire des règles claires dans une vie qui en a déjà. Les religions monothéistes ont d’ailleurs souvent condamné non seulement le jeu de hasard, vu comme une mise à l’épreuve de Dieu par la tradition chrétienne (dommage, l’idée est marrante) et assimilé à la sorcellerie par l’islam (dommage, l’idée est marrante), mais aussi l’ensemble des jeux perçus comme divertissements stériles – ce qu’ils sont d’ailleurs, et c’est tant mieux.

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Andrea Mantegna, La Crucifixion, vers 1459

C’est sans doute le moindre de ses dangers, mais la montée actuelle du sentiment religieux remet en cause les évolutions, récentes et fragiles, qui ont fait du jeu une activité socialement valorisante pour tous et non plus réservée aux enfants, une activité acceptable en elle-même, sans avoir à justifier de vertus morales ou pédagogiques. Si, comme on peut le craindre, la société de demain fait plus de place aux religions, elle fera moins de place au divertissement, à l’humour, à la futilité, et aux jeux.

Je reste relativement optimiste. La popularité actuelle des jeux de société est plus qu’un effet de mode, et ses causes ne devraient pas disparaitre du jour au lendemain. Moins qu’à un brutal et durable retournement de tendance, il faut plutôt s’attendre à quelques réajustements dans un secteur qui a sans doute un peu trop pris l’habitude que tout aille vraiment très bien. Mais, bon, si ça tourne mal, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus.


Bruno Shaman

The golden age

Boardgames are thriving more than ever. Thirty years ago, when my first games were published, there were only a few dozen new boardgames released each year ; now there are more than a thousand. Games are more numerous, they are also better designed, better published, better produced and, last but not least, cheaper. And, of course, they sell in much larger quantities. What was once a marginal and childish hobby has turned into a flourishing industry, which has just closed on about ten years of double digit growth rates – even though I’ve not found precise figures of this global industry sales.

There are more and more designers, publishers and game sellers making a living, and sometimes a comfortable one, in the game industry. It’s even possible now to be a professional game illustrator ore reviewer. Next to the big, middle-sized and small publishers, there is now a whole and vastly growing ecosystem of boardgame shops, boardgame cafés, boardgame clubs, boardgame websites, gboardgames fairs and conventions. A true gaming culture has emerged. It is still largely ignored by the big media, but when it isn’t, it’s usually discussed in a very positive light. Like video games, boardgames are more and more considered like cultural creations worthy of analysis and review. Whole new genres have emerged, like collectable card games, cooperative games, and now legacy games. Twenty years ago, when I told people that I was a boardgames designer, they would look at me like at a big kid. They rarely do now, not because my game are selling better but because they are taken more seriously.

There is a boardgames boom; so we should ask ourselves if there will soon be a bust. I’m relatively optimistic, but I’d like to discuss here a few worrisome trends, some more threatening than others.

Cardboard tablets

Video games are slowly putting boardgames out of the market. This is the most common cliché about the perspectives of the boardgames industry. This trite prediction has been regularly repeated in mainstream medias for about thirty years. It didn’t happen so far, and there’s no reason to think that it will anytime soon. Even when medias want to discuss the actual boardgames boom, they rely on this slightly reactionary analysis and explain that boardgames, being more convivial, more reassuring, less cold are « resisting » the invasion of video-games.

Stating that video games could replace boardgames is a bit like stating that movies could have replaced books. They are similar activities, with intercrossing cultural references, but not competitors. Most avid movie goers are also avid readers; similarly, most avid boardgamers are also avid video gamers. Many game designers also regularly move from one to the other, even though it’s not my case. Boardgames have long been considered a child activity. These last thirty years, video games, and to a lesser extent role playing games, have finally made adult gaming socially acceptable. This has been a boon for the boardgames industry.

Replacing cards and tokens with tablets and holograms probably won’t happen, and if it doesn’t, it won’t be a big deal. What is both more likely and more interesting is back and forth influence and hybridations, of which we don’t know yet what exactly they will look like. The first hybrids I’ve seen have been disappointing, but there will be more. There will also certainly still be board and card games and tablet ones.

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Fearz, my first hybrid game.

The bubble

I’m rambling. I already wrote here four or five years ago, and again one or two years ago, that there was a boardgames bubble, and that it would bust soon. I may even have written the same prediction in my older website some ten years ago. I’ve been wrong so far, but the reasons to worry are still there.

The situation of the boardgame industry nowadays feels a bit like that of comics (at least in Europe, since I don’t know much about US comics) fifteen years ago. The number of games sold every year is growing fast, but the number of games published, of publishers, of designers and of people involved in various way in the boardgame industry is growing as fast, or even faster.

Designing a game requires some imagination, some gaming culture and a clear mind. It doesn’t require the same talent, and even more the same actual work, as writing a book or making a movie. Thanks to computer, networks and kickstarter, it has become possible to start one’s own small publishing company on after work hours – I mean, actual work. Fifteen years ago, all comics fans dreamt of becoming comics author or publisher; nowadays, every boardgame player wants to become game designer or publisher, and can easily try. There’s still some room, but there won’t be enough for everyone, since the sales won’t keep growing at the same pace. I know, the Chinese market is starting to grow, but I wouldn’t be surprised if it soon becomes mostly Chinese games, like the outstanding Deception / C.S. Files.

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CS Files, a fabulous deduction game coming from China.

When sales start to slow, competition will become fiercer, margins will shrink, small publishers will disappear, and big ones will cut back on their catalog, keeping only the true lasting best sellers. This is exactly what, according to my illustrator friends, happened with european comic books when they were young. Kickstarter might limit the damage,  but less as a way to start a small company on the cheap than as a sort of vanity publishing.

I’ve been wrong so far, may be I am still. The boardgame market is more international than comics, and boardgames sales can be better in times of crisis. If the medias keep on being nice with us, if the young generations play as much as the older ones, if game designers keep coming up with innovations, if Russians, Chinese and Brazilians buy more game (and our games) we might have a few more great years.

Business

Boardgames sell, the industry is dynamic and profitable, so new faces came in these last few years, well groomed and clean shaven – businessmen. Young men right out of business schools started small but ambitious publishing companies, thinking it would be easy to kick out old hippies and aging punks. Most were overconfident and quickly failed because they didn’t try or didn’t manage to understand the board gaming culture. The most fun and clever ones adapted, and are now part of the hobby. Anyway, when people change, the mood change, and the talk at game cons is less and less about game design and more and more about sales figures. Of course, I’m glad that the figures are good, and I don’t want to bite the devilish hand that feeds me, but I can’t help thinking that the new mood might not be as good for creativity in game design – or at least for the games I like.

asmodee
Asmodeus, the lame devil.

Speak of the devil, there are not only small companies. There are also big ones, and especially one – Asmodee. A small fringe company publishing home-made edgy RPGs and named after the lame devil of lust first turned into a mainstream bordgame publisher, and was then bought by a large private equity firm, Eurazeo, which invested some considérable money in consolidation, acquiring a few partners and competitors. As an author, I had so far managed not to have all my eggs in one basket, and now most of my small baskets are in the same bigger one. Old faces are still there, though we don’t see them as often as we did. Most new faces are quite nice, but it’s clear that this consolidation is transforming the whole boardgames business, especially viewed from France. The joke at last GenCon was to bet on who will be the next acquisition – AEG? CMON? Czech Games? Portal? Some German?. Actually, I think it might also stop here. Anyway, the real question is not whom Asmodee will buy next, but rather who will buy Asmodee, when, how and what for? Hasbro or Mattel? A media group? A video game company? Another private equity firm?

Religions

(the friend who proof read my translation warned me that this analysis might be politically less relevant in the US than in Europe)

My friends know that I am fascinated by the similarities between gaming and religion. It seems to me that the growing popularity of both boardgames and video games and the strong comeback of religions have the same cause, our anguish of living in an always more complex, incomprehensible and meaningless world. Game and religion are based on the same intellectual software – a totally arbitrary set of rules aimed at making life simpler. The difference is that game rules are transitory and frivolous, while religious ones claim to be definitive and absolute, and even to make sense of reality.

Since they are so similar, and share the same motives, game and religion are rivals, and are largely incompatible. A true believer has no need for playing, no need for clear and simple rules in a life which is already driven by clear and simple rules. Monotheist religions have regularly disapproved of games, and sometimes formally condemned them. Christian tradition considers that games of luck are a way of putting God to the test (which could be fun, but is bad), and Islam assimilates them to sorcery (same remark). More generally, religions tend to view all games as futile and frivolous diversions (which they are, for the best) and dislike everything futile and frivolous.

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Andrea Mantegna, Crucifixion, circa 1459

It’s certainly the least of its dangers, but the actual comeback of fierce religious thought calls into question some of the recent changes which have made games an honorable and socially acceptable activity for everyone, and not only for kids, and an activity acceptable by and for itself, without any need for moral or pedagogical justifications. If there’s more room for religion in tomorrow’s society, which is possible, there will be far less room for futility, for fun, for diversion, for humor and for games.

I’m still relatively optimistic. The popularity of boardgames is not just a fad. There are sound reasons for it, which should not disappear overnight. We should probably not fear a sudden bust, but rather a few adjustments in an industry where everyone has become used to not worry about anything. But anyway, if things do end up turning really bad one of these days, I will be able to say I did warn you !

18 thoughts on “Après l’âge d’or
After the Golden Age

  1. Je n’avais pas encore lu sur cette idée de similarités entre le jeu et la religion. Je partage tout à lfait cette impression de l’angoisse face au monde comme un des moteurs du jeu. Le rapprochement avec la religion me parle donc et donne matière à réflexion. Heureusement cependant que le jeu permette le doute (celui de changer de jeu ou de changer les règles).

    Concernant Ludovox, les gens qui sont derrière dépensent sans aucun doute plus pour la promotion du jeu de société qu’ils ne pourront jamais en retirer. Ce qui fait d’eux des inconscients ou des fous mais dans tous les cas des gens sympathiques à mes yeux. Dommage donc de revenir sur une incompréhension somme toute superficielle sur la façon d’accompagner le public dans ses choix ludiques.

    • Sur Ludovox, s’ils avaient répondu poliment à mes premières remarques, ce qui n’a pas été le cas, je n’aurais jamais insisté !
      Ceci dit, je pense en effet que ce sont des inconscients, et leur démarche est à la base plutôt sympathique.

      • Enfin, bon, je n’aurais en effet pas dû revenir là dessus, j’efface ce paragraphe.

  2. N’oublions pas que les médias consacrés aux jeux vidéos parlent bien de tests de ceux-ci. La dimension technique étant plus développée sur ce support, la notion de test est donc plus justifiée que dans le jeu de société.
    Reprendre la notion de test pour le jeu de société peut donc moins se justifier, mais peut par contre servir de repère sur la nature de l’article, pour un public venant plus du jeu vidéo. Or il me semble que la démarche de Ludovox est d’attirer des joueurs de JV vers le jeu de société.

    Utiliser le terme test est dès lors pertinent, en s’adressant à un public dont c’est la culture.

  3. Bruno, this is the best answer yet to age-old predictions: “Stating that video games could replace boardgames is a bit like stating that movies could have replaced books.”

    In the same way and for about half as long, industry people have been predicting that the bubble will burst in the board game market any day now. Like you, I think it will have to happen someday, but it seems to be stretching out longer than anyone who’s been around long enough could imagine. The comic book industry imploded for completely different reasons that had to do with collectors speculating and buying multiple copies, which has no equivalent in board gaming. So perhaps that’s why the Golden Age will hang on for a bit longer.

    As for religion and board games being in opposition to each other, I can see how you come to that personal conclusion, as you are a board game fan and radically opposed to religion of any kind. My broad experience in both the U.S. and in Europe, however, tells a much different story. Board games encourage community, and so do the churches that follow their greatest commandment to “love God and love others.” There are surely religious people who think of any type of hobby as a waste of time, but I’ve met plenty of irreligious people who are of the same opinion. Fortunately, people of all walks of life are recognizing the value of “play” for children and adults alike, in addition to the value of community in a world that is becoming more asocial and divisive. I think your musings here only perpetuate this divisiveness. It is ironic, in fact, that you make an “us vs. them” argument, which is precisely the kind of thinking that leads to prejudice and, sometimes, violence.

    I have even found board games to be a fantastic bridge-builder to Muslim refugees in my neighborhood. Just like sharing a meal together, playing a game together is an international language, and the relationships formed through that shared activity continue long after the board and pieces are placed back in the box. For these reasons, I am quite happy to be both a man of faith and a board game player and designer, and I will continue to swim against the increasing currents of fear and prejudice that are defining our times.

    • Well, I see your point, but I am nevertheless terrified by the come back of religion, whose effect I have seen on some of my friends. All totalitarian and irrational set of minds are dangerous, and at the moment religion is the last such ideology available on the market.
      Also, what you call “Muslim refugees” are refugees from the Middle-East. Most are probably Muslim, but a good proportion of them is Muslim like I am Christian. It’s part of their culture, not of their beliefs, and one of the first thing they do when arriving in Europe is have a beer.

      • I understand if some of this is based on negative personal experience. I admit, it is easy to make judgements about a group of people based on that experience. But as you allude to here, there is a broad spectrum of religious people, just as there is with irreligious people, and I think it is counter-productive (and sometimes dangerous) to reduce a complex world into two groups (including reducing religious people into the two groups of “nominal/cultural” and “devout/fundamentalist”). That has the same effect as reducing the world into the “clear and simple rules” we experience in our board games (well, at least the Euro-style ones:-).

        Back to my personal experience: I’ve played games and had a beer with some refugees, and I’ve also played games and had late-night meals during Ramadan with others.

  4. J’ai croisé deux pratiquants, un chrétien et un musulman, cherchant à éditer des jeux pédagogiques sur leur religion respective. Je sais le peu de bien que vous pensez des jeux pédagogiques, mais je pense que peu de croyants voient d’un mauvais œil le jeu. À mon humble avis, seul le fanatisme est contre le jeu.

  5. Faut quand même sacrément en vouloir aux religions pour les voir comme une menace potentielle contre la croissance du marché du jeu de plateau moderne… Oo

  6. How games are viewed has also changed dramatically. For most of recorded history, games were used for gambling, so it is not surprising that many people (including religious people) would be against gaming, as it usually meant losing the money they should be using to support their families with. Chess may have been an exception. Later, the board game format was adapted to teach morals (“The Checkered Game of Life”) and even Monopoly started out with a political agenda as The Landlord Game.

    The idea that games are created and played solely for fun and not for gambling or teaching is a very recent development in the history of games.

    • Chess was actually regularly condemned by the western and eastern church during the middle ages because it was considered a debauchery – which means because it was played for fun. There is a very, very long list of condemnations of Chess during the whole middle ages by christian, jewish and muslim authorities, always because it was “frivolous”. Though chess only is mentionned by name, this condemnations also applied to other strategic games played on a board, such as “Mühle” or Fox and Geese style games. I bet chess could have you burned to the stake in Calvin’s Geneva, though noone probably dared to try.

      It’s hard to decide if gambling or strategic game “for fun” appeared first. We have antique dice, but also antique boards of games probably similar with tic-tac-toe and fox and geese, and they were certainly older than any idea of games used as teaching or representation tools.

      • Weren’t games mostly played by the nobility at that time, too? There was very little “pastime” for the working class/peasants, so spending time with games was probably frowned upon as being irresponsible toward those who depended on you, or considered selfish when so many people were in need. The social structures of the time were quite different from our own.

      • Chess was indeed mostly played by the nobility, but not only. The other games played on checker boards, probably similar with five in a row, mühle and checkers, were not – which is why we know so little about them.

        The idea that there was little pastime for poor people is a common misconception. There was far more pastime for everyone, rich and poor, especialy during the very long winters. Medieval peasants had a poor and miserable life, but in most parts of Europe it was also an idle and boring one except during the two or three months of hard agricultural work. And no books to read…

        These long and boring winters are probably the main reason why medieval chess was more about solving complex chess problems, which can take weeks, than about actual play.

      • BTW, my master dissertation was about the evolution of the theories on the origins of chess from tbe middle ages to the XIXth century. It was 25 years ago and I’ve forgotten a lot, but I still know a bit about the history of chess and other checkered-board games in Europe… it’s fun to try to remind of it.

  7. The history of games such as Chess is a fascinating subject. If your dissertation was in English, I would want to read it! Especially as I have been playing it again with refugees and rediscovering the beauty of the game after playing and designer “Euros” for many years. Thanks for the info!

    As for games still being associated with gambling, several years ago I was with friends in Macedonia and I remember the waiter at a restaurant being uncomfortable with us playing a quick board game there, warning us that there was “no gambling allowed.” We were playing a Stefan Dora game from Zoch that had cards with chickens on them and colorful wooden cubes.

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