Vabanque

Le prototype de Macao
The prototype of Macao

Tout à commencé un soir, dans mon appartement parisien, celui dont les étagères sont couvertes de centaines de jeux de société. Il y avait là mon groupe de joueurs habituels, Nadine, Faby, Maud, Myriam, Cyrille, Vincent, Pierre, Bernie, Hervé, Tristan, Philippe et sans doute quelques autres. Le toujours curieux Philippe des Pallières a demandé que je sorte un jeu vraiment inconnu, dont nul n’aurait jamais entendu parler, mais qui soit quand même intéressant. Mon regard s’est alors porté sur les plus hautes étagères et, allez savoir pourquoi, s’est arrêté sur une rareté, Elfengold, l’un des tous premiers jeux d’Alan Moon (à ne pas confondre avec l’extension d’Elfenland du même nom). Avec nos deux mains pour capital, nous voila donc partis au fond de la mine pour extraire l’or des elfes. Le système de bluff a plu, mais mes joueurs ont trouvé le jeu un peu léger, un peu trop prévisible, manquant de substance. C’est de là qu’est parti l’idée de ce qui allait devenir Vabanque, après s’être longtemps appelé Macao. Je sais, le jeu final n’a vraiment pas grand chose de commun avec Elfengold, mais c’est pourtant de là qu’il vient, par des chemins longs et détournés.

Une semaine plus tard, une première maquette était prête, et les premiers tests, je m’en souviens, eurent lieu à Thiercelieux, chez Philippe des Pallières. Assez rapidement, le jeu prit forme. Les casinos de Macao, des vamps aux longs fume-cigarettes, une police corrompue, des gangs qui rackettent tout cela. Il y a même eu une version avec mères maquerelles et vendeurs d’opium. Mes testeurs l’adoraient, en redemandaient, mais j’avais moins de succès auprès des éditeurs. Descartes, auquel je le destinais à priori, pour en faire un autre Blue Game, n’en a pas voulu, car c’est un jeu de bluff et d’argent, comme Corruption, et que Corruption se vend mal – ce qui est d’ailleurs injuste. Les allemands l’ont trouvé trop simple, trop basique. J’ai bien cru un moment que Stefan Brueck, d’Alea, allait le prendre. D’éditeur en éditeur, Macao a fini par arriver à Venise dans les bureaux d’Alex Randolph et Leo Colovini. Eux aussi l’ont trouvé un peu simple, mais l’idée et la mécanique les a séduits et Leo Colovini m’a donc proposé que nous le développions ensemble pour parvenir à quelque chose de plus sophistiqué.

Ça a été dur. Je voulais faire Stupide Vautour, Leo voulait faire El Grande. Je trouvais toutes ses idées trop complexes et trop stratégiques, il trouvait les miennes trop simples et trop farfelues. Mes testeurs commençaient à se lasser de voir chaque semaine une nouvelle version du même jeu lorsque le déclic s’est produit et que nous avons enfin trouvé la solution qui nous satisfaisait tous les deux, qui plaisait à tous les testeurs, qui enrichissait le jeu sans le complexifier. Le jeu, qui s’appelait encore Macao, par Bruno Faidutti et Leo Colovini, a donc été programmé chez Venice Connection.

Venice Connection a pour habitude de travailler en collaboration avec des éditeurs allemands. Ils ont donc proposé le Macao révisé à Michael Matschoss, qui avait déjà vu ma première version. Il a dit oui, et le jeu est alors repassé dans les mains de sa nouvelle équipe de développeurs, le Team Annaberg, avec entre autres Marcel-André Casasola-Merkle, l’auteur du superbe Verraeter. Les règles ont encore un peu changé, on n’est plus à Macao mais sur la Riviera, et j’ai parfois un peu de mal à reconnaître mon jeu! C’est pourtant bien lui!

Vabanque
Un jeu de Bruno Faidutti & Leo Colovini
Illustrations de Marcel-André Casasola-Merkle
3 à 6 joueurs – 30 minutes
Publié par Winning Moves (2001)
Tric Trac    Boardgamegeek


It started during a gaming evening in my little parisian flat, the one whose walls are all covered with game shelves. My usual gaming and testing group was here, Nadine, Faby, Nadine, Faby, Maud, Myriam, Cyrille, Vincent, Tristan, Pierre, Bernie, Hervé, Tristan, Philippe and may be a few others. Philippe des Pallières, always curious, requested me for a really unknown game, a game about which none had ever heard, but which was nevertheless interesting. I had a long circular look on the higher shelves, and, by chance, I stopped on Elfengold – not the Elfenland expansion, but one of Alan Moon’s first boardgames, published by his own little company, White Winds. So, with only our two hands as capital, we went down in the mine to look for the elfs gold. The players enjoyed the bluff element, but found the game a bit light, a bit predictable, lacking of substance. That’s how I started thinking of what was to become first Macao, then Vabanque. I know the final game has really little in common with Elfengold, but nevertheless the idea came from it.

A week later, my first prototype was ready, and the first test game took place in Thiercelieux, in Philippe des Pallières’ home. The game took shape easily. Macao, it’s casinos, vamps with overlong cigarette-holders, corrupted police, and chinese gangs racketeering. There has even been a version with procuresses and opium dealers. My testers loved the game, wanted to play it again and again, but the publishers were less enthusiastic. I thought it could be one more Blue Game, but Descartes / Eurogames didn’t want it: it was a game of bluff and money, like Corruption, and Corruption (which is published in Europe by Descartes) doesn’t sell – which, btw, is unfair, since it’s one of my best games. Most german publishers found it too basic, too light. Stefan Brueck, of Alea, was near from taking it, but finally passed on. It made its way from publisher to publisher until it landed (?) in Venice, in Leo Colovini and Alex Randolph office. They thought it was a bit too basic, but they also thought that the basics were really good and Leo Colovini suggested that we work together on developping it.

So we did, and it was a hard job. I wanted to make another Raj/Hol’s der Geier, Leo wanted to make another El Grande. I found all of his ideas too complex and strategic, he found all of my ideas too basic and chaotic. My testplayers were getting bored with playing every week a new version of the same game. Happily, we finally found the right idea, the big idea that made the game richer but no longer or more complex. And both french and italian testers were very happy with it. So we signed with Venice Connection for a game that was still called Macao, by Bruno Faidutti and Leo Colovini

Venice Connection used to work with german publishers. So they showed the new Macao to Mr Matschoss, of Winning Moves, who had already seen my first version. This time, he took it, and sent the game to his new developping team, the so called “team Annaberg”, with, among others, Marcel-André Casasola Merkle, the author of the wonderful Verraeter. The team Annaberg changed a few more rules, moved the game to the italian Riviera, and, though I’m sometimes having troubles to recognizing my game, here it is.

Vabanque
A game by Bruno Faidutti & Leo Colovini
Art by Marcel-André Casasola-Merkle
3 to 6 players  – 30 minutes
Published by Winning Moves (2001)
Boardgamegeek