Ludovox à Paris est Ludique

L’équipe du site lyonnais Ludovox était à Paris est Ludique et a tourné pas mal de petits reportages sur des jeux qui vont bientôt sortir. Voici donc les présentations de Warehouse 51, d’Argo, de Waka Tanka et de Raptor, ce dernier présenté par l’autre auteur, Bruno Cathala.

The Ludovox team came from Lyon to Paris est Ludique, and shot several short videos about umpcoming games. Here are the presentations (in French, sorry) of  Warehouse 5, Argo, Waka Tanka and Raptor – the latter by Bruno Cathala.

 

 

 

 

Paris est Ludique – bilan et photos
Paris est Ludique Report

paris est ludique 1

Je reviens de Paris est Ludique, petit festival bien sympathique, mais qui, grisé par son succès, commence à être un peu à l’étroit dans le boulodrome Léo Lagrange (ça ne s’invente pas), en bordure du parc de Vincennes. Paris est Ludique se déroule entièrement à l’extérieur, ce qui suppose un peu de chance avec la météo, et ce fut le cas cette année. Mais, bon, c’est un boulodrome, c’est à dire un terrain sableux, et après 48 heures on en revient toujours blanchi et desséché. Qu’importe, tout le petit monde français du jeu était là, auteurs, éditeurs et journalistes, et on a joué, causé et bu pas mal de bière. Je ne sais d’ailleurs pas bien si c’est la fatigue, le soleil, le sable ou la bière qui est responsable de mon mal de crâne – sans doute un peu des trois.

Plusieurs de mes jeux qui doivent arriver dans les mois qui viennent étaient n avant-première à Paris Est Ludique. J’ai surtout présenté Waraehouse 51 et Waka Tanka, parce que je n’avais pas encore eu l’occasion de jouer avec les illustrations finales, et peut-être aussi parce que les éditeurs étaient l’un en face de l’autre, ce qui me facilitait les choses. Les deux ont été très appréciés. Je n’ai pas joué à Raptor, mais il n’y avait pas besoin de moi, les deux tables de démo étaient toujours pleines. Avec Éric Hanuise, nous avons réussi à extirper Serge de son jeu de Mare Nostrum géant pour une demi-heure, le temps d’une partie d’Argo, qui nous a permis de valider tous les changements apportés par Eric, qui dynamisent sacrément le jeu sans rien lui enlever de sa méchanceté ni de sa richesse.

J’étais tellement occupé à présenter et à discuter les jeux qui vont sortir que j’en avais presque oublié que j’avais aussi amené quelques prototypes. Ce n’est que dans la dernière heure que j’y ai repensé. J’ai donc juste eu le temps de montrer deux petits jeux aux frères Hascoet, de Bombyx – je les leur ai laissé, j’espère qu’ils seront convaincus.

Merci à toute l’équipe en orange, et à l’année prochaine !

10551122_989643691070323_6785580419594543094_n

I’m just back from Paris Est Ludique, the small and cozy Paris summer game festival. Well, it’s still cozy, but it’s becoming a bit crowded, and a larger place will probably be needed next year. Je reviens de Paris est The fait takes place entirely outside, so the success depends much on the weather which, luckily, was really good this year. The place, nevertheless, is also a bocce field, and after two whole days there I am completely dry and covered in white sand. Anyway, the whole (and small) French boardgaming world was there, authors, publishers, critics and journalists. We played a few games, talked a lot and drank much beer. I don’t know if my headache was caused by sand, sun, tiredness or beer – probably a bit of everything.

Several games of mine are due to be published in the next few months and were shown at the fair. I played both Wanka Tanka and Warehouse 51 on near final prototypes, with the final graphics, for the first time. Both seemed to be really well-liked. I didn’t play Raptor, but the two tables where the game was demoed were always full. Eric Hanuise and I managed to lure Serge Laget out of his giant Mare Nostrum game to play a game of Argo together and validate the last changes made by the publisher. I’m impressed by the way Eric managed to speed-up the game without removing anything from it.

I was so busy discussing and demoing my upcoming games that I almost forgot I had also brought a few new prototypes. Actually, I remembered them only in the very last hour, and had just the time to show two of them to the Hascoet brothers, at Bombyx – they kept them, I hope they’ll like them.

Thanks to all the orange shirt team, see you next year !

Paris Est Ludique

paris est ludique 1

Le week-end prochain, les 13 et 14 juin, je serai à Paris Est Ludique, le petit et sympathique salon du jeu de société de l’est parisien. Je n’ai d’ailleurs jamais su si le “est” de Paris est ludique correspondait au verbe être ou au point cardinal). Cela se passe dehors, au boulodrome Léo Lagrange, en bordure du bois de Vincennes, métro Porte de Charenton.

Je serai en particulier le samedi, de 15h30 à 16h30, à la table ronde “jeux et éducation”, où j’espère apporter un peu de contradiction au discours officiel et bien pensant sur les usages pédagogiques du jeu. Le dimanche, de 15h30 à 16h30 également, je participerai avec  d’autres auteurs et illustrateurs de jeu à une séance de dédicaces.

Le reste du temps, vous pourrez sans doute me croiser un peu partout. Je passerai notamment chez les éditeurs de mes derniers jeux, Gigamic pour Animal Suspect, Repos Prod pour Mascarade, Blue Orange pour Attila. Quelques nouveautés à paraître bientôt seront aussi présentées en avant-première, Warehouse 51 chez FunForge, Raptor chez Matagot, Waka Tanka chez Sweet November, Neeed! chez Lui-Même, Argo chez Flatlined Galmes. J’aurai aussi quelques prototypes sous le bras, mais je ne sais pas si j’aurai le temps d’y jouer.

paris est ludique

Next week-end, June 13th and 14th, I’ll be at  Paris Est Ludique, the nice and casual annual boardgame fair in eastern Pariss. It will take place at the Boulodrome Leo Lagrange, metro Porte de Charenton.

On Saturday, from 3:30 to 4:30 pm, I’ll take part in a panel on game and education, where I’ll probably be the one and only voice contesting the official and politically correct discourse on the huge benefits of educational gaming. On Sunday, from 3:30 to 4:30 pm, I’ll be singing games with several other designers and game illustrators.

I’ll spend the rest of the time here and there on the fair, mostly at my publishers’ booth. I’ll be at Gigamic for Animal Suspect, at Repos Prod for Mascarade, at Blue Orange for Attila. I will also be demoing games arriving in the coming months, Warehouse 51 at FunForge, Raptor at Matagot, Waka Tanka at Sweet November, Neeed! at Lui-Même, Argo at Flatlined games. I will also bring a few prototypes, but I’m not sure I’ll find enough to play them.

Dernières découvertes
Recent Discoveries

Ces dernières semaines, j’ai pris part à pas mal de week-ends ou rencontres ludiques et de petits salons de jeux. Ce fut l’occasion de constater que le hobby du jeu se porte bien. Que ce soit chez les joueurs, les auteurs ou les éditeurs, le milieu rajeunit, se féminise, et les nouveaux venus font preuve d’un enthousiasme rafraichissant. C’est chez eux, d’ailleurs, que j’ai trouvé trois jeux particulièrement agréables dont je voudrairs aujourd’hui mettre en avant, un peu à la manière de ce que fait plus régulièrement mon ami Martin Vidberg sur son blog.

sapiens

On me demande régulièrement si une nouvelle édition de La Vallée des Mammouths est prévue, et la réponse est non. Il en va sans doute mieux ainsi, car je ne suis pas certain que ce jeu ait bien vieilli. Désormais, je renverrai ceux qui me posent la question vers Sapiens, de Cyrille Leroy, dont les mécanismes n’ont absolument rien à voir avec La Vallée des mammouths, mais qui traite le même thème avec le même humour. Dans Sapiens, chacun développe sa tribu sur son petit territoire, ce qui pourrait faire craindre un manque d’interaction. Il n’en est rien, les occasions de sales coups abondent, que ce soit en prenant des territoires/dominos sous le nez de l’adversaire, en repoussant les ours dans la vallée voisine, voire en organisant une petite baston commando. On retrouve dans Sapiens, dans un jeu d’une heure environ, beaucoup de ce qui faisait le charme de La Vallée des Mammouths.

piratoons

Piratoons, d’Olivier Grégoire et Thibaut Quintens utilise un système d’enchères rapide et simultané un peu similaire à celui de Going, Going, Gone !, de Scott Nicholson, mais dans une version un peu plus sophistiquée. Les joueurs sont des capitaines pirates qui écument le port à la recherche de quoi réparer et agrandir un peu leur rafiot, et bien sûr de nouveaux membres d’équipage. À chaque tour, les joueurs ont plus ou moins vingt secondes pour placer leurs membres d’équipage sur les objets et personnages qui les intéressent, avant que chacun ne soit attribué au plus offrant. Simple, rapide et drôle, Piratoons a cependant un système de score assez tarabiscoté qui permet quelques subtilités, et en fait bien plus qu’un jeu pour enfants.

lutece

Le troisième jeu que j’ai beaucoup aimé, Lutèce, de Nicolas Sato, n’est pas encore sorti, et j’y ai joué avec l’auteur sur une maquette presque définitive. Ni le thème ni les mécanismes ne sont extrêmement novateurs, puisque les joueurs achètent aux enchères des bâtiments et des artisans et tentent d’acquérir des majorités dans divers domaines, mais le jeu est d’une légèreté très sympathique et abonde en petits systèmes amusants. Les enchères sont à demi cachées, à demi ouvertes, puisque que l’on joue une carte face cachée, mais on peut y ajouter des pièces d’or bien visibles. Cet équilibre entre tactique et psychologie fait tout le charme du jeu.

Trois jeux publiés à compte d’auteur ou par de petits éditeurs, je ne l’ai pas fait exprès mais ça fait plaisir, et ils ont sûrement plus que d’autres besoin d’un petit coup de pub.
Trois jeux français parce que je traine surtout dans les salons près de chez moi, mais je n’y attache pas d’importance particulière.

 

These last weeks, I attended several French small game fairs and game week-ends. The boardgame looby seems to be thriving. There are more gamers, more designers, more publishers, with a higher proportion of women and young people. Thanks to these newcomers, I found three just published, or soon to be published, middle-weight games that I really liked.

sapiens

I’m often asked if a new edition of The Valley of the Mammoths is in the works. The answer is no, and that’s probably better since I’m not sure this game aged that well. Anyway, from now on, when I’m asked this question, I’ll forward the asker to Cyrille Leroy’s Sapiens. The game systems have absolutely nothing in common with my old game, but the setting and the humor are the same. In Sapiens, every player develops his small tribe in his own valley. When the game was explained to me, I was afraid this would result in low interaction. On the contrary, there are plenty opportunities for nasty tricks, with stealing domino territories under the opponent’s nose, with sending bears into the neighboring valley, or with a plain good old brawl. Sapiens has most of what made the charm of the Valley of the Mammoths, in a more up do date packing – meaning lighter, simpler, shorter.

piratoons

Olivier Grégoire & Thibaut Quintens’ Piratoons uses a simultaneous action bidding system akin with Scott Nicholson’s Going Going Gone !, but more sophisticated. Players are pirate captains wandering through the harbor, looking for the stuff needed to repair and enlarge their ship, as well as for new crewmates. Every round, players have about 20 seconds to place their crew meeples on the stuff and people of interest for them, before every man or item goes to the highest bidder. It’s simple, fast and fun but with a clever scoring system that makes it much more than a simple children game.

lutece

The third middleweight game I really enjoyed, Nicolas Sato’s Lutèce, is not out yet, but I played it with authors (who beat me by one point) on a near final mock-up. Neither the setting nor the basic systems of Lutèce are very original, since the game is about bidding for buildings and artisans trying to get majority in various types of activities. The game, however, has a very light feel and is full of small clever systems. The half-secret auction system, in which players play a bidding card face down but can then add gold pieces over it, makes for some tricky bluffing. Lutèce, with its fun mix between tactics, psychology and a little bit of luck, is a highly enjoyable little game.

These three games are self-published, or published by small publishers. This choice was not made on purpose, but I’m happy of this, and I hope this blog post will help them get noticed.
These three games have French designers and publishers. I don’t care about it, I don’t think we’re necessarily better than anyone else, but I happen to visit more often the neighboring game fairs and I’m therefore more exposed to French designs.

Waka Tanka

Waka Tanka cover

Ceux qui suivent mes créations depuis longtemps savent qu’il y a un genre avec lequel je me sens assez à l’aise, et auquel je reviens fréquemment – les petits jeux de cartes basés presque exclusivement sur le bluff. Ceux qui apprécient le genre, ceux qui jouent à mon Toc Toc Toc! ou au Poker des Cafards, ceux qui ont joué dans leur jeunesse au Menteur, ne seront pas dépaysés par Waka Tanka, un jeu dans lequel on joue des cartes faces cachées en essayant de les faire passer pour d’autres.

Cherchant un thème amusant qui pourrait justifier le jeu d’une carte face cachée en prétendant que c’en était une autre, j’ai pensé aux sacrifices d’animaux, et à des prêtres sacrifiant un animal à la place d’un autre, espérant que cela passerait inaperçu des hommes et peut-être des dieux. J’ai hésité quelques temps entre les temples grecs et les sorciers indiens. Si J’ai préféré les seconds, c’est surtout parce que pumas, aigles et bisons avaient plus de gueule et me semblaient pouvoir donner lieu à de plus jolis dessins que vaches, poules et cochons.

Waka Tanka

Nous avons donc des sorciers qui, comme dans les histoires d’indiens et de cowboys de mon enfance, dansent autour des totems et font des sacrifices. Bien sûr, pour plaire aux esprits des animaux, il faut en principe sacrifier des bisons devant le totem du bison, des aigles devant celui de l’aigle, etc….- et ne me demandez-pas si les indiens des plaines faisaient vraiment des sacrifices animaux, je n’ai même pas cherché à la savoir. Et bien sûr, parce que c’est cela qui donne sens au jeu, on va de temps en temps vouloir faire passer un lapin pour un bison et un glouglou pour un aigle royal. À partir de là, le jeu était presque fini, il n’y avait plus qu’à mettre les totems en cercle au centre de la table, en regrettant un peu qu’il n’y en ait pas qu’un seul, comme dans l’imagerie du village indien des bandes dessinées de mon enfance.

Je regrette un peu que l’éditeur de Waka Tanka ait légèrement modifié le thème de mon jeu pour que l’on n’y sacrifie plus vraiment les animaux – c’était de l’humour inoffensif, et thématiquement ça marchait un peu mieux. Mais, bon, c’est un jeu familial, on va jouer avec des enfants, on ne va pas tuer de gentils animaux. Qu’importe, vous le savez, et vous pouvez désormais jouer en annonçant que vous égorgez des aigles et des bisons, ça a quand même plus de gueule que de remuer les bras dans le vide en faisant des incantations.

Waka Tanka

Donc, les joueurs ont en main des cartes représentant des animaux, et doivent s’en débarrasser en les jouant, faces cachées, devant les totems correspondants. Bien sûr, les endroits où l’on peut jouer et les cartes que l’on a en main ne correspondent pas toujours, et les autres sorciers ont tout intérêt à prendre le tricheur la main dans le sac.

Il y a quelques mois, j’ai publié sur ce blog un long article « décoloniser Catan » dans lequel je discutais de l’usage particulièrement fréquent et caricatural des stéréotypes historiques et culturels dans les jeux. Cet article m’a valu de nombreux commentaires et a été, de très loin, le plus visité de tous ceux que j’ai jamais publié sur mon site. On peut donc être surpris de voir, quelques mois plus tard, sortir un jeu exploitant de manière apparemment décomplexée les stéréotypes sur les Indiens d’Amérique – au point même d’avoir choisi un titre à la sonorité très exotique sans vraiment me soucier de son sens. Il semblerait que Wakan Tanka soit un terme Lakota, et que les Lakotas aient des esprits mais pas de totems, mais qu’importe – ce n’est un jeu ni sur les Lakotas, ni sur les esprits, ni sur les totems, c’est un jeu de bluff qui exploite l’imagerie européenne du village indien.

interieur waka tanka

Le contrat d’édition de Waka Tanka a été signé bien avant que je ne réfléchisse sérieusement au sujet de l’exotisme dans les jeux et n’écrive « décoloniser Catan ». Si je devais développer ce jeu aujourd’hui, je me poserai peut-être quelques questions, mais je ne choisirais dans doute pas un autre thème. Mon article sur l’orientalisme dans les jeux de société se contente en effet de constater une tendance, de l’expliquer et de montrer ses ambiguïtés. C’est délibérément, et après réflexion, que je ne suis pas allé jusqu’à une condamnation, et j’ai d’ailleurs précisé dans les commentaires, lorsque l’on ma demandé si je continuerai à avoir recours à l’exotisme, que ce serait certainement le cas. Exotisme historique et orientalisme relèvent certes toujours à l’origine d’un processus d’objectivation ou de simplification de l’autre, mais les univers imaginaires qu’ils créent deviennent parfois des références culturelles ayant leur propre cohérence, plus ou moins indépendantes de leur sujet d’origine. Bref, l’univers de mon jeu n’a rien de commun avec celui des indiens d’Amérique, dont je ne connais d’ailleurs pas grand chose, et tout avec les bandes dessinées de mon enfance, dont j’ai un souvenir bien précis, et qui donnaient d’ailleurs des indiens d’Amérique une image certainement fausse, mais très positive.

Waka Tanka

Il serait d’ailleurs intéressant de se demander pourquoi il n’y a pas, en Europe et tout particulièrement en France, de racisme à l’égard des indiens d’Amérique, dont nous avons une image très caricaturale mais systématiquement positive. Bien sûr, on peut répondre par une boutade en disant que c’est parce que nous n’avons pas d’indiens, mais il y sans doute plus que cela. D’une part, nous n’avons pas vraiment conscience qu’il y a encore des indiens en Amérique, et ils sont donc perçus comme des figures historiques plus que comme des étrangers. Surtout, les indiens des Plaines tels qu’ils ont été décrits aux XVIIIème et XIXème siècles ont servi de modèle, en France et sans doute aussi dans d’autres pays d’Europe, à la manière dont nous avons construit l’imaginaire fantasmé de nos origines avant la conquête romaine – les villages Gaulois des images d’Épinal, comme celui d’Astérix, avec leur chef et leur druide, ont été construits sur le modèle, également fantasmé, du village indien avec son chef et son sorcier. Les Indiens ont donc toujours été pour nous les gentils, et les cow-boys les méchants. Se moquer des Indiens, c’était un peu se moquer de nos propres ancêtres – quelque chose que l’on fait volontiers, mais jamais méchamment.

Waka Tanka

Mon prototype s’appelait Wakan Tanka, mais le titre est devenu Waka Tanka pour éviter la confusion avec un autre excellent jeu, Wakanda, de mon ami Charles Chevalier. Les illustrations de Waka Tanka ont été réalisées par David Cochard, un ami avec qui je n’avais plus travaillé depuis Key Largo, et qui a fait un travail exceptionnel, surtout pour un petit jeu sans prétention comme celui-ci. J’aime tout particulièrement les cartes d’incantation, avec les sombres silhouettes d’animaux en arrière plan. La mignonne petite souris, moins inquiétante que les autres, est d’ailleurs une idée de David pour remplacer la carte épluchures de légumes de mon prototype. Elle n’a pas l’air bien inquiétante, mais c’est la carte dont il est le plus difficile de se débarrasser, car un shaman digne de ce nom n’aurait pas bien l’air sérieux en invoquant, devant tout le village, l’esprit d’une ridicule petite souris.

Waka Tanka
Un jeu de Bruno Faidutti
Illustré par David Cochard
3 à 5  joueurs  –
20 minutes
Publié par Sweet November (2015)
Boardgamegeek

boite 3D WAKA TANKA v1.0

 

If you’ve followed me for some time, you know there is a genre I like playing, and to which as a designer I am often coming back, light card games based only on bluff. If you have played my Knock Knock!, and may be Letters of Marque, or if you’ve played Skull or Cockroach Poker, or even only if you’ve played Bullshit as kid, you might enjoy Waka Tanka, another game in which cards are played face down and are not always what they pretend to be.

When I was thinking of fun themes for a bluffing game, I came upon the idea of animal sacrifice, and of priests slaughtering the wrong animal hoping that men and may be even gods, would not notice. I hesitated between ancient Greek temples and American Indian shamans, finally choosing the latter because cougars, eagles and bison are sexier than cows, hens and pigs, and would make for much nicer graphics.

Waka Tanka

So we have wizards who, like in the cow-boys and Indians comics I read as a teenager, dance around the totem pole and sacrifice animals. Of course, the great spirit expects them to slaughter coyotes before the coyote totem, bears before of the bear totem, etc – and don’t ask me if plains Indians really made animals sacrifices, I don’t know and I didn’t check. And of course, since this is where the mechanics fit in the theme, a wizard lacking the right animal might slaughter a turkey cock instead of an eagle, a groundhog instead of a bear. Once I had this storyline, the game was almost done – I just had to chose six animals and place six totems in the center of the table, regretting a bit that there was not only one, like in my childhood’s comics.

That’s why I also regret that the publisher of Waka Tanka slightly modified my game’s setting so that animals are not really slaughtered. It was harmless humor, and it was really thematic. It’s a family game, it must be kids friendly, so we’re not supposed to harm cute wild animals – but now that you know it, if you play with friends, or if you think your children can stand this unbearable violence, you can decide that you are slaughtering eagles and bison, it’s more impressive than just moving freely your hands in the air pretending to call the great animal spirit.

Waka Tanka

Anyway, players have animal cards in hand, and must discard them in front of the corresponding totems. Of course, the places where one can play and cards one has in hand don’t always fit. Cheating is often the only way to get rid of cards, but the other sorcerers will try to catch the cheater red-handed.

A few months ago, I’ve published on this blog a long article about “postcolonial Catan” in which I discussed the frequent and caricatural use of cultural and historical stereotypes in games. This article was much discussed, and is still, by far, the most visited on my website. Some might be surprised to see, a few months later, a game of mine making an apparently careless use of stereotypes about Native Americans, even choosing an exotic sounding name without trying to see what it exactly means. It seems that Wakan Tanka is a Lakota expression for a more or less unique great spirit, and that Lakota have animal spirits but no totem poles – anyway, this is not a game about Lakotas, about animal spirits or about totem poles – it’s a light bluffing game using the very European image of the Indian village elaborated in comics from the sixties and seventies.

11390357_10152783985986441_1649847439320586892_n

The publishing contract for Wakan Tanka was signed long before I started thinking seriously of exoticism in games and I wrote the postcolonial Catan blogpost. If I were to design this game today, I would probably think a bit more on the theme, but I’m not sure I would change it. My article on orientalism in boardgames notices the trend, tries to explain it and to show its ambiguities, but it doesn’t go as far as condemning it. When asked about it, I answered in a comment that I will very probably keep on making use of all forms of exoticism in my game themes – I even sometimes think it’s better to keep on using such themes just to remember what they mean rather than resigning with it and losing not only some humor, but also our knowledge of our intellectual history.

Anyway, if historical exoticism and orientalism always start with objectivation and simplification of the other, the imaginary world they create sometimes become cultural references more or less independent from their original object. The context of Waka Tanka is not native Americans culture, of which I know almost nothing, it’s the Indian villages as described in French and Belgian comics from the sixties and seventies – which were giving of American Indian a simplistic but also very positive idea – and this is also worth discussing.

Waka Tanka

There’s definitely much racism in Europe, but there’s certainly no racial prejudice against American Indians. The image we have of the is a caricature, but a very nice and positive one. Of course, we can explain this with the usual joke, saying it’s because there are no native Americans in Europe, but I think there’s more to it. Most Europeans don’t really know there are still Native American people and living native American cultures – for us, American Indians are historical figures, not contemporary ones, and therefore cannot be really seen as “foreigners”. Also, in France and in many parts of Europe, Plain Indians were used in the XVIIIth and XIXth century as the metaphoric basis when designing a fantasized history of our origins, before the Roman conquest. The mythical Gallic village of old history books, and of comics as well, with its chief and its druid, is directly copied from the equally mythical Indian village, with its chief and sorcerer. That’s why Indians were always the good guys, and cow-boys the bad ones. Mocking American Indians still feels a bit like mocking our own ancestors, something everybody does, but never in a really bad way.

Waka Tanka

 My prototype was called Wakan Tanka. The name was changed into Waka Tanka to avoid confusion with Charles Chevalier’s recently published Wakanda, a great two players tactical game. The graphics for Waka Tanka were made by my friend David Cochard, with whom I had not worked since Key Largo, more or less ten years ago. I’m really impressed by his work, which really gives life to Waka Tanka, which is basically a light and unpretentious game. I’m most fond of the incantation cards, with the troubling dark shapes of animal spirits in the background. The cute little mouse is David’s idea, to replace the vegetables peel card from my prototype. It’s not really frightening, but it’s actually the worse card you can have in hand because a shaman worthy of its rank can’t decently invoke the little mouse spirit in front of the whole village.

Waka Tanka
A game by Bruno Faidutti
Art by David Cochard
3 to 5 players  –
20 minutes

Published by Sweet November (2015)
Boardgamegeek

Waka Tanka

Argo

argo_feedback_covers_01_Page_7_Image_0001

L’un des cinq croquis proposés par Miguel Coimbra pour la couverture

Lorsque j’explore mon disque dur, je constate que le dossier « Argo » a été créé le 8 février 2002, mais on peut remonter plus loin encore. Dès les années 90, Serge et moi avions en effet pensé à un jeu de tuiles sur un thème de science-fiction. J’ai le très vague souvenir de discussions sur le thème du « point central » qui apparaît dans quelques aventures de Valerian et Laureline – une vaste station spatiale constituée de modules très variés accrochés là par des espèces extra-terrestres toutes plus exotiques les unes que les autres. Je ne sais plus si cette idée nous est venue avant ou après Castel, mais il y avait de toute évidence un lien. Il y en a un aussi avec Kheops, notre jeu de tuiles triangulaire et labyrinthique, conçu plus tard, et qui lui aussi ressort bientôt.

Un jour, je ne sais plus quand, je ne sais plus pourquoi, plusieurs années après que le très vague projet de Point Central avait été abandonné, nous avons recommencé à parler d’une station spatiale. Les modules ayant chacun un pouvoir différent étaient toujours là, mais les occupants de la station en construction étaient désormais tous des humains, équipes rivales devant tout à la fois construire la station spatiale en accrochant les modules l’un à l’autre et lutter contre les aliens désireux de s’y installer. Je me souviens d’un premier prototype dans lequel les modules avaient plusieurs types de connecteurs – USB, VGA, parallèle, SCSI (c’était il y a longtemps) – ce qui rendait les assemblages problématiques….. Dès l’origine, il y avait donc des aliens, et l’objectif était que les équipes rivales se fassent bouffer pendant que nos gars s’échappaient à bord des navettes. Les salles n’étaient peut-être pas exactement les mêmes qu’aujourd’hui, mais l’idée des effets différents obtenus en activant les différents modules était déjà là. Les astronautes, en revanche, étaient tous identiques, et le sont longtemps resté. Pour le nom, nous avons pas mal hésité – je me suis fixé sur Argo, qui me semblait un nom assez indiqué pour un vaisseau spatial, tandis que Serge préférait le moins original Space Station, arguant avec raison que ce que l’on construisait était plus une station immobile qu’un vaisseau en voyage.

argotests1

Prototype, phase 1

Pendant un ou deux ans, les versions du jeu se succédèrent, avec une tendance très nette de Serge à en rajouter, dans les mécanismes comme dans le matériel. Je présentai le jeu à quelques éditeurs et, très rapidement, Fantasy Flight Games décida de le publier. Je viens de fouiller dans mes dossiers et ai même retrouvé le contrat, daté de mai 2005. Nous commencions déjà à imaginer une grosse boite, avec des modules en cartons épais et de jolies figurines d’astronautes et d’aliens. Il était évident que, si nous voulions coller au style baroque et violent des jeux de Fantasy Flight, et justifier l’utilisation de figurines différentes, il fallait imaginer, pour les différents astronautes, pilote, space marine ou scientifique, des pouvoirs spécifiques. Un an plus tard, lorsque FFG, qui s’était lancé dans trop de projets simultanément – une de leurs habitudes – renonçait au projet, Serge et moi nous retrouvâmes donc avec un jeu qui avait pris du poids, mais auquel cela réussissait assez bien.

argotests2

Prototype, phase 2

C’est donc cette nouvelle version que nous avons commencé, en 2007, à montrer à d’autres éditeurs, dont plusieurs se montrèrent intéressés, mais dont aucun ne donna finalement suite. Il était alors assez difficile de vendre des jeux de science-fiction, et j’ai d’ailleurs toujours dans mes cartons un bon petit jeu de bluff, les Pirates de l’Espace, conçu à la même époque. J’ai du imprimer une dizaine de stations spatiales envoyés à Edge, Matagot, Asmodée et quelques autres, en vain.

argotests3

Prototype, phase 3 – avec des astronautes aux capacités différentes.

De temps à autre lors des week-ends de jeu, je ressortais ce prototype que j’aimais bien et, en 2012 (je crois), aux rencontres ludopathiques (je crois) Flatlined Games, c’est à dire Eric Hanuise, petit éditeur Belge, nous annonça qu’il était prêt à publier notre jeu – mais ce n’était que le début d’une autre histoire. Flatlined n’est pas Fantasy Flight, et notre concept avait peut-être un peu vieilli. Bref, l’éditeur souhaitait un jeu plus accessible, plus rapide, moins touffu et, en un sens, plus moderne. Argo entama alors sous la ferme direction d’Eric une cure d’amaigrissement. La plupart des éléments sont toujours là – les aliens, les navettes, les salles et les astronautes aux capacités variées – mais tout a été allégé. Plus de cases sur les tuiles, plus de règles de déplacement compliquées, on va d’un module à un module voisin. Eric, auquel le jeu final doit sans doute autant qu’à Serge et à moi, imagina en outre de donner aux aliens la possibilité de l’emporter s’ils éliminent suffisamment d’astronautes, mais on reste très loin d’un jeu coopératif.

Un des derniers prototypes, avec Serge, au salon de Cannes 2015

Un des derniers prototypes, avec Serge, au salon de Cannes 2015

On continue à pousser ses copains dans les bras des aliens ou à les téléporter dans l’espace pour faire de la place, à faire lâchement décoller des navettes avant qu’elles ne soient pleines, et les robots, que les aliens ignorent, rigolent bêtement en voyant leurs courageux maîtres humains se faire dévorer. Il n’y a pas de place pour tous dans les navettes de sauvetage, mais nous sommes dans un futur où il n’y a plus d’enfants et où l’égalité entre les sexes s’est définitivement imposée – c’est chacun pour soi, les plus forts et les plus malins d’abord.

Argo
Un jeu de Bruno Faidutti et Serge Laget
Illustré par Miguel Coïmbra et Alexandre de la Serna
2 à 4  joueurs  –
60 minutes
Publié par Flatlined Games (2015)
Boardgamegeek

argo_feedback_covers_01_Page_2_Image_0001

One of the five sketches submitted by Michael Coimbra for the box cover

Browsing through my hard disk, I’ve just noticed that the Argo folder was created on February 8th, 2002 – thirteen years ago. I can go even farther back, in the nineties, when Serge and I first considered designing a tile laying science-fiction game. I have vague memories of discussions of “Central Point”, a gigantic baroque space station made of modules haphazardly attached by exotic alien species which appears in many of the issues of Valerian and Laureline, a French sci-fi comics from the seventies. I don’t remember if we had this idea before or after designing Castle, but there’s obviously a link with this game, as well as with Kheops, our triangular and labyrinthine tile game which will soon get a new edition.

Some day, I don’t remember when or why, years after the Central Point project had been abandoned, we came back to the space station idea. There were still modules with various effects and powers, but the builders of the station were now all humans, rival teams vying both in building and taking control of the station…. while fighting the aliens who were also trying to settle in. I remember a first prototype in which modules had different kinds of connectors – USB, VGA, parallel, even SCSI (this was years ago…) – which made the assembly a bit tricky.

Aliens were there from the beginning, and the goal was to escape them and flee the station in emergency shuttles while other team were devoured. The rooms were not exactly the same as in the final versions, but they already had each a different effect which had to be triggered after taking control of them. Astronauts, on the other hand, were all the same, without any specific abilities, and it stayed so for quite long. I named my prototype Argo, a name that sounded fit for a spaceship, while Serge remarked that what we were building was more a motionless station than a travelling ship, and called his simply Space Station.

Prototype, phase 1

Prototype, phase 1

Two years long, we worked on this game. Serge had a natural tendency to add rules and stuff, and I let him go with it. I showed the game to a few publishers, and Fantasy Flight Games almost at once decided to do it. I just looked in my contract folders and even found our contract, signed in May 2005. Serge and I were already imagining a big box full of heavy cardboard modules and large alien and astronaut miniatures. Obviously, if we wanted to fit in FFG’s baroque game design style, and give some rationale to the different astronauts miniatures, the game needed different abilities for the different astronauts – pilot, space marine, scientist… One year later, when Fantasy Flight, who had started working on too many games at once, abandoned the project, our game had took some weight, but was carrying it easily.

Prototype, phase 2

Prototype, phase 2

So, in 2007, we started showing the new version of our space station building and escaping game to other publishers. Several showed some interest, but no one decided to make the game. Science Fiction games had a reputation of being bad sellers, and I still have on my shelves a nice science-fiction bluffing game designed at the same time, Space Pirates. I have printed about ten space stations, and sent them to Edge, Matagot, Asmodée and some other, all in vain. We gave up, but these became one of the old prototype that I still play from time to time.

Prototype, phase 3, with differentiated astronauts.

Prototype, phase 3, with differentiated astronauts.

In 2012 (if I remember well) at the ludopathic gathering (if I remember well) I played a game of Argo with Eric Hanuise, of Flatlined Games, a small Belgian publisher – and he decided to publish it. This was not the end of the story. Flatlined is not Fantasy Flight, and our game had aged a bit. Eric wanted something slightly faster, lighter, not just old style FFG stuff. Under his firm direction, Argo entered a slimming program. Most elements are still there – aliens, shuttles, astronauts and modules with different effects and abilities – but everything feels lighter. No more spaces on the module tiles, no more complex movement rules, movement is just from one room to an adjacent one. Eric, who has probably spent more time than Serge and me in developing this last version, added a possibility for the aliens to win the game if they devour enough astronauts, but it’s still very far from being a cooperative game.

Near final prototype, with Serge, at the 2015 Cannes game fair

Near final prototype, with Serge, at the 2015 Cannes game fair

We still push fellow astronauts into the aliens’ arms, or into sketchy teleporters that can send them directly into deep space, in order to make more room in the shuttles. Shuttles still often leave the station before being really full. Robots are completely ignored by aliens, and giggle when they see their masters devoured. Well, there’s no room from every astronaut in the emergency life shuttles, and since we’re in a bright future with no more kids and achieved sex equality, it’s every man for himself, the strongest and shrewdest ones first.

Argo
A game by Bruno Faidutti & Serge Laget
Art by Miguel Coïmbra & Alexandre de la Serna
2 to 4 players  –
60 minutes

Published by Flatlined Games (2015)
Boardgamegeek

argo_feedback_covers_01_Page_3_Image_0001argo_feedback_covers_01_Page_5_Image_0001argo_feedback_covers_01_Page_6_Image_0001

Warehouse 51

Warehouse box cover

Warehouse 51 est, après Formula E, le deuxième jeu que je cosigne avec les auteurs brésiliens André Zatz et Sergio Halaban. Peu après que nous avions trouvé un éditeur pour notre course d’éléphants, Sergio et André m’ont envoyé par email un autre projet de jeu qui, après avoir suscité quelque intérêt, n’avait pas trouvé d’éditeur et leur semblait mériter un regard neuf. Dans National Museum, les joueurs achetaient des objets d’art pour constituer des collections d’œuvres d’origines diverses – grecque, romaine, moyenne ou extrême orientale. Le thème, c’est le moins que l’on puisse dire, n’était guère original. Les enchères non plus, mais j’ai toujours aimé les jeux d’enchères, genre auquel je m’étais déjà essayé avec Bruno Cathala, pour la Fièvre de l’Or, puis avec Michael Schacht, pour Aux Pierres du Dragon. L’idée d’en faire un autre ne me déplaisait donc pas, même si je savais que les éditeurs en voient beaucoup, d’autant qu’il y avait dans un coin des règles de National Museum une idée qui m’amusait – certaines œuvres étaient des faux, et seuls certains joueurs le savaient.

Pour le reste, je ne me souviens plus guère des règles originelles de National Museum, car beaucoup a changé. Ma première idée fut de donner à certaines antiquités des pouvoirs spéciaux de manière à rendre le jeu plus varié et plus dynamique. Cela nécessita de nombreux tests, pas mal de réglages, mais bon, les cartes action aux pouvoirs variés, c’est un peu ma spécialité. Après avoir essayé de nombreux systèmes d’enchères, je proposais, pour faire circuler l’argent, que l’acquéreur d’une œuvre d’art la paie toujours à son voisin de gauche. Ce n’est certes pas très thématique, mais cela donnait un rythme et une dynamique assez agréables et originaux. Le jeu avait pas mal changé, il tenait dans une petite boite, et je l’apportais en 2013 à Essen.

Warehouse 51 test Etourvy 1

Une partie du prototype de National Museum.

Les réactions des éditeurs face au nouveau National Museum furent un peu toujours les mêmes – c’est un très bon jeu, les mécanismes sont sympas, mais non, vraiment, désolé, on ne peut pas encore sortir un jeu avec de riches collectionneurs qui achètent des œuvres d’ar, il y en a déjà des dizaines et ça ne fait rêver personne. Et c’est Rob Merickel, de Passport Games, qui a trouvé le truc – on prend le jeu, mais on va remplacer momies, vases et Bouddhas par des objets mythologiques ou imaginaires, le Graal, l’Anneau Unique, la lampe d’Aladin…. L’idée était géniale, non seulement car on passait d’un thème ressassé et ennuyeux à un thème original et un peu geeky, mais aussi car cela donnait un sens aux effets spéciaux des cartes – s’il n’y a pas de raison pour qu’un discobole ait des pouvoirs magiques, il serait étonnant que le marteau de Thor n’en eût pas. Je me suis donc attaqué à la liste des objets, leur ai trouvé à chacun un pouvoir qui me semblait plus ou moins cohérent, et nous eûmes bientôt un nouveau jeu, pour lequel j’imaginais une petite histoire, le gouvernement américain en faillite contraint à revendre les précieux artefacts accumulés durant les longues années de puissance, de richesse et de gloire. Je proposai le nom de Warehouse 51 – l’entrepôt 51 – alors que ni moi, ni aucun des protagonistes de cette histoire, n’avait entendu parler de la série Warehouse 13.

Dans un premier temps, pour donner au jeu un aspect un peu multiculturel et universel, nous envisageâmes d’avoir quatre collections correspondant aux mythes d’Europe, du Moyen-Orient, de l’Extrême-Orient et des deux Amériques, mais il s’avéra vite que la majorité des objets plus ou moins connus de tous les joueurs étaient occidentaux, ce qui nous amena à distinguer deux séries, celle des objets mythologiques et celle des objets issus de la littérature et du folklore. Une cinquième collection aurait été de trop, et les mythes amérindiens sont donc passés à la trappe. Il y a pourtant sans doute un crâne de cristal caché quelque part dans l’entrepôt 51…

warehouse 51b

Le nouveau thème donnait à ce jeu du souffle, de l’humour et de la cohérence. Et soudain nous y avons joué plus souvent, ce qui a amené de nouvelles idées, de nouvelles cartes, de nouveaux réglages – dont la possibilité de déposer Graal ou Anneau chez un prêteur sur gage, une idée de Philippe Nouhra. Pour des raisons éditoriales que je n’ai pas encore totalement comprises, le jeu qui devait être édité par Passport et distribué en France par Funforge est finalement édité par Funforge et distribué aux États-Unis par Passport. Il a fallu refaire tous les contrats mais, bon, ça a eu l’air d’arranger tout le monde.

C’est au tout dernier moment, alors que l’illustrateur, Rafael Zanchetin, avait déjà commencé les dessins, que l’éditeur s’est inquiété pour deux objets de la collection Littérature et Légendes, l’Anneau Unique et le Nécronomicon, qui pouvaient poser des problèmes de droits. On m’a donc demandé en urgence de les remplacer par un autre anneau et un autre livre. Pour l’anneau, c’était facile, celui des Nibelungen faisait tout aussi bien l’affaire. Pour le livre, ce fut moins évident, car il fallait un livre maudit ; nous avons finalement opté pour le Malleus Maleficarum, le marteau des sorcières, ouvrage imprimé dont il existe un certain nombre de copies, mais dont la sonorité inquiétante était plus convaincante que celle du manuscrit de Voynich ou de la Tourbe des Philosophes. On dira que c’est le manuscrit original du marteau, nécessaire à certains rituels.

Warehouse 51

Une partie test de Warehouse 51 avec Doria, de Funforge, et Sergio.

Durant tout le travail sur Formula E, puis sur Warehouse 51, Sergio Halaban, André Zatz et moi ne nous sommes jamais rencontrés, nous contentant d’échanger des emails et de partager des fichiers, chacun testant les jeux de son côté, avec ses amis. Sergio est finalement venu en Europe en mai 2015 pour faire un petit tour des éditeurs du vieux continent et se joindre à mes rencontres ludopathiques. Ce fut l’occasion de la première partie de Warehouse 51 avec les illustrations définitives, qui réunit les éditeurs français et américain, et les auteurs français et brésiliens, et nous permit de mettre au clair quelques petits points de règles que nous ne jouions pas exactement de la même manière.

warehouse 51a

Rafael Zanchetin a fait sur les illustrations de Warehouse 51 un travail remarquable. Bien qu’il ait dessiné tous les objets en un temps record – l’éditeur lui-même ne s’attendait pas vraiment à ce que les délais annoncés soient respectés – il a pris le temps de chercher sur Internet des informations précises sur chacun d’entre eux, afin de tous les représenter fidèlement, et souvent avec humour. Le résultat est une collection que j’aimerais bien avoir dans mon grenier.

Warehouse 51, un jeu d’enchères fantastiques, devrait sortir à la fin de l’été, sans doute pour la Gen Con d’Indianapolis, où je serai pour le présenter.

Warehouse 51
Un jeu de Bruno Faidutti, Sergio Halaban & Andre Zatz
Illustré par Rafael Zanchetin
3 à 5 joueurs  –
40 minutes
Publié par Funforge (2015)
Boardgamegeek
    Ludovox

Warehouse box cover

Warehouse 51 is the second game I have co-designed with Brazilian game designers André Zatz and Sergio Halaban. The first was Formula E. Soon after we had found a publisher for our elephant race, Sergio and André sent me by email the rules for another game which, after having raised some interests here and there, had failed to find a publisher and, they thought, deserved a fresh look. In National Museum, the players were buying items to complete their collections of works from antique civilizations. The theme was blatantly unoriginal, and auction games are not really a novelty, but they are a genre I’ve always enjoyed, and with which I had already toyed when designing Boomtown with Bruno Cathala, then Fist of Dragonstones with Michael Schacht. I knew publishers see dozens of auction games every year, but there was a fun idea in the rules of Sergio and André’s project that made me want to add my two cents to it – the fact that some items were counterfeited, and that only some players knew about it.

I don’t remember all the original rules of National Museum, but I know much has changed. My first idea was to give some items special “magic” effects to make the game more varied and dynamic. Of course, this meant lots of tests and fine tuning, but action cards with special effects have long been my trademark. After trying several auction systems, and in order to have money flow faster, I suggested that the winner of an auction pays to his left neighbor. It’s not very thematic, but it gives a nice rhythm and dynamic. The game had changed a lot, it fitted in a small box, so I took it with me at the 2013 Essen game fair.

Une partie du prototype de National Museum Playtesting the National Museum prototype

Playtesting the National Museum prototype

Publishers’ reactions to the new National Museum were more or less always the same – it’s a fun and challenging game but, really, we can’t publish one more game about auctioning antiquities, there are already dozens while nobody dreams of being a rich antique collector. Until we met Rob Merickel, of Passport Games, who said – we’ll publish your game, but let’s replace mummies, old vessels and Buddhas with mythical artifacts and relics – The Holy Grail, the One Ring, Aladdin’s Lamp… This was a groundbreaking idea. It not only replaced a boring and old fashioned theme with an exciting and slightly geeky one, it also gave some consistency to the many special effects of the cards. There’s no logical reason why a discobolus would have magical powers, but it would be surprising that the Hammer of Thor had none. I started to work on the items list, finding for most of them a more or less thematic effect, and soon we had what looked like a brand new game. I also imagined a fun storyline, with the US government going bankrupt and having under duress to sell the powerful artifacts accumulated during its many years of power, wealth and glory. I suggested the name Warehouse 51, when neither I nor, as far as I know, any one else involved in this game had ever heard so far of the Warehouse 13 TV series.

We first wanted to make the game more or less multicultural, and decided that the four collections would be European, Middle Eastern, Far Eastern and Amerindian mythos, but it soon appeared that most of the items we were thinking about, and we were sure players will know, were of Western origin, so we decided to divide the Western category in two, Mythologies and Literature and Fantasy. Since five series were too many, the Amerindian collection was abandoned – but I’m sure there’s a crystal skull hidden somewhere in the depths of Warehouse 51.

Warehouse 51 - 3

The new setting gave the game scope, humor and consistency, and we started to play it again, and more often. This brought ideas for new cards, new effects, new rules – including the last major addition, by Philippe Nouhra of Funforge, the possibility to pawn relics from one’s collection to get some money back. Then, for editorial reasons that I didn’t completely understand, the game which was supposed to be published by Passport and distributed in France by Funforge was now published by FunForge and distributed in the US by Passport, and we had to make all the contracts again – but it looks like it suited everyone.

The last change came after the illustrator, Rafael Zanchetin, had already started to work on the cards. The publisher got worried that two of the cards – the One Ring and the Necronomicon – could cause copyright issues, and asked us to replace them at once with another ring and another book. It was easy for the ring, the Niebling’s one fitted perfectly. Surprisingly, there was no obvious choice for the book, because we needed a cursed one. We finally chose the Malleus Maleficarum, the Witches Hammer, a printed book of which there are many copies, because its name sounded better than the Voynich manuscript or the Turba Philosophorum. Let’s say it’s the original manuscript, which is required for some dark rituals.

Warehouse 51

Playtesting Warehouse 51 with Doria, of Funforge, and Sergio.

While working on Formula E, and then on Warehouse 51, Sergio Halaban, André Zatz and I never actually met. We worked via email and shared files, each designer playtesting the game with his own group. Sergio finally decided to make a round trip of Europe, visiting many publishers and attending my ludopathic gathering. There French and US publishers, together with French and Brazilian designers, played the first game with the final graphics – and resolved some minor issues on rules that we had interpreted differently.

warehouse 51 items5

I’m really impressed by Rafael Zanchetin’s graphics for Warehouse 51. They look gorgeous, and they were made at record speed, even when the artist obviously took the time to make some internet research on all items in order to picture them accurately and with some humor. I’d love to have such a collection in my attic.

Warehouse 51, a fantasy auction game, will first be shown at Gen Con Indy, end of July. I’ll be there to present it.

Warehouse 51
A game by Bruno Faidutti, Sergio Halaban & Andre Zatz
Art by Rafael Zanchetin
3 to 5 players  –
40 minutes
Published by Funforge (2015)
Boardgamegeek

warehouse 51 items1

Les Bruno sont de retour (III)
The Brunos are back (III)

Raptor couv 800

Deux rééditions, Mission : Planète Rouge et le Collier de la Reine, mais aussi un nouveau jeu pour deux joueurs, Raptor, sur lequel nous travaillons depuis plus de deux ans. J’en ai déjà conté l’histoire ici, il y a quelques semaines, mais les belles illustrations de Vincent Dutrait, que je viens de recevoir, sont l’occasion d’en parler à nouveau.

Dans une île paradisiaque, que l’on imagine quelque part dans l’océan Pacifique ou Indien, vivent des dinosaures « recréés » par l’homme à partir de leur ADN, comme dans Jurassic Park – dont nous ne savions pas qu’une suite était en préparation lorsque nous avons commencé à travailler sur ce jeu. Parmi eux, bien sûr, les rapides et féroces velociraptors.

Dos_de_Carte_RAPTOR Raptors_Carte_02Œ

Sur l’île des dinosaures se trouve aussi une équipe de chercheurs, qui pensaient être là pour se livrer tranquillement à quelques expériences scientifiques. Car bien sûr, il y a un problème – une femelle raptor a brisé la grille de son enclos et a pondu ses œufs dans le parc. Un joueur joue donc l’équipe de scientifiques, qui doivent tuer neutraliser la maman raptor et capturer les bébés avant qu’ils ne se dispersent dans la forêt où nul ne pourra les retrouver. Son adversaire joue la femelle raptor et ses petits, qui doivent dévorer effrayer les scientifiques et parvenir à s’enfuir.

Scientifiques_Carte_09Scientifiques_Carte_04

Dans le parc se trouvent, en début de partie, maman raptor et ses cinq petits, tandis que quatre scientifiques arrivent sur les bords du plateau de jeu. Chaque joueur dispose de neuf cartes, numérotées de 1 à 9, ayant chacune un effet particulier. Les cartes permettent au joueur scientifique de déplacer ses hommes en jeep, de mettre le feu à la forêt, de déployer du gaz anesthésiant, voire d’héliporter des renforts. Le joueur raptor, quant à lui, peut rappeler les petits auprès de leur mère ou se cacher dans la forêt.

À chaque tour, les deux joueurs jouent une carte face cachée, puis la révèlent simultanément. Le joueur ayant joué la carte de plus faible valeur peut en appliquer l’effet, et son adversaire dispose ensuite d’un nombre de points d’action (mouvement ou attaque) égal à la différence entre les valeurs des deux cartes. Chacun connaissant les cartes de l’adversaire, ce petit système permet des calculs savants, mais aussi pas mal de bluff et quelques coups fourrés. Bref, c’est bien un jeu de Bruno Cathala, calculatoire et stratégique, et de Bruno Faidutti, subtil et méchant.

Raptor
Un jeu de Bruno Faidutti & Bruno Cathala
Illustré parVincent Dutrait
2 joueurs – 30 minutes
Publié par Matagot (2015)
Boardgamegeek    Ludovox

2015-05-23 13.22.26

Two new editions, of Mission: Red Planet and Queen’s Necklace, but also a brand new two players game, Raptor, on which we are working for more than two years. I’ve already written a long history of this game here, a few weeks ago, but Vincent Dutrait’s gorgeous illustrations, which I just received, are a good opportunity to talk a bit more about it.

Dinosaurs, probably recreated by man from their DNA, live a paradise island, somewhere in the Indian or Pacific Ocean. Among them, of course, the fierce and fast velociraptors. This is more or less the storyline of the Jurassic Park movie, of course, but Bruno and I didn’t know a sequel was in the works when we started working on this game.

Raptors_Carte_08Raptors_Carte_07

There’s also on the island a team of scientists, who originally came here to carry out a few experiments on the dinosaurs, but now have to improvise a survival strategy after a pregnant female raptor escaped from her pen and laid her eggs in the park. One player controls the scientists who must kill neutralize the female raptor and capture the babies before they run wild into the forest where no one will ever find them again. The opponent controls mamma raptor and her hatchlings, who must get rid of the annoying humans and escape into the wild.

Dos_de_Carte_SCIENTIFIQUE Scientifiques_Carte_02

The game starts with mamma raptor and the five hatchlings in the center of the park, while the scientists arrive at its extremities. Each player has nine cards, each with a value from one to nine and a special effect. The scientist cards allow for jeep movement in the park, for lightning fire, for using sleeping gas or even bringing reinforcements by helicopter. The dinosaur player’s cards can be used to call back hatchlings next to their mother, to extinguish fire, or to hide in the bushes.

Every round, both players play a face down card, and the cards are revealed simultaneously. The player who played the lowest value card can first use its effect. Then his opponent can spend as many action points as the difference between the values of the two cards for movement and attack. Since each player knows the cards left in his opponent’s hand, this makes for some tactical calculations, as well as some clever bluffing. Raptor is both a tactical brain burner by Bruno Cathala and a nasty little card game by Bruno Faidutti.

Raptor
A game by Bruno Faidutti & Bruno Cathala
Graphics by Vincent Dutrait
2 players – 30 minutes
Published by Matagot (2015)
Boardgamegeek

En défense de Cards Against Humanity
A Case for Cards Against Humanity

cardsagainsthumanity

Il y a eu ces derniers jours dans le microcosme ludique quelques discussions à propos de Cards Against Humanity, l’un des succès éditoriaux les plus notables et les plus inattendus de ces dernières années. Ce jeu a été critiqué, parfois agressivement, d’abord sur l’un de mes sites ludiques préférés, Shut up and sit down, et ensuite sur Facebook par l’un de mes auteurs de jeux préférés, qui est aussi un excellent ami, Eric Lang. Je pense qu’ils se trompent au sujet de ce jeu, de sa signification et de son impact. Ils se trompent d’une manière qui fait un peu penser à ces intellectuels américains assurant aujourd’hui que Charlie Hebdo était raciste et agressif, alors que c’est sans doute le plus profondément pacifiste et antiraciste des magazines français.

Mais retournons à Cards Against Humanity. Ce n’est sans doute pas le meilleur jeu du monde, ni le plus original, puisque ce n’est jamais qu’une variante de Apples to Apples. C’est vulgaire et agressif, mais délibérément, et avec humour. Je pense même qu’un tel jeu ne pourrait pas avoir été conçu, et ne peut sans doute pas être joué correctement, par des gens capables de prendre au pied de la lettre, au premier degré, l’une des blagues sexistes, racistes ou simplement stupides générées par les cartes. J’ai joué une douzaine de parties de Cards Against Humanity, j’ai acheté toutes les extensions, je me suis parfois amusé simplement en feuilletant les cartes, et je ne me suis jamais senti le moins du monde mal à l’aise. D’abord, ce n’est qu’un jeu (quelque chose qu’il faudrait souvent rappeler pour bien des jeux, notamment les jeux de guerre). Ensuite, pour tous les joueurs avec qui j’ai joué à Cards Against Humanity (parmi lesquels quelques des noirs, des homosexuels, des juifs et des femmes), il était clair que le jeu ne se moquait en rien des noirs, des homosexuels, des juifs ou des femmes (ou d’autres), mais se moquait des stéréotypes. Je pense qu’il est socialement important que l’humour puisse viser tous les phénomènes sociaux, y compris les moins sympathiques. Refuser cela, ce n’est pas protéger les victimes de sexisme ou de racisme, c’est refuser de voir nos problèmes et de se moquer d’eux.

L’humour est la politesse du désespoir, disait Chris Marker. Je pense que les auteurs de Cards Against Humanity sont lucides, et pas mal désabusés, face au racisme et à toutes les sortes d’exclusion dans nos sociétés occidentales. J’ai lu dans l’une des critiques de ce jeu que Cards Against Humanity » était un jeu emblématique de la « White Male Culture » – si c’est le cas, ce n’est pas parce qu’il se moque des noirs ou des femmes, c’est parce qu’il se moque de la « White Male Culture ». Cards against humanity est,  en fait, un jeu sur la conscience politique.

Nous avons en France un jeu très similaire, Taggle. Taggle est aussi vulgaire que Cards Against Humanity, mais beaucoup moins provocateur. Pourtant, alors que je n’ai aucun état d’âme à jouer à Cards Against Humanity, il m’est arrivé de me sentir mal à l’aise avec Taggle. La raison en est que si le jeu est truffé de blagues sexistes sur les hommes et les femmes, il évite plutôt tout ce qui touche à la politique, au racisme ou à la religion, suggérant soit que les problèmes sont différents, soit qu’auteur et éditeur n’étaient pas très à l’aise sur ces thèmes, soit plus probablement qu’ils avaient un peu peur d’en parler.

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, disait Pierre Desproges. Cette boutade s’applique parfaitement, je pense, à Cards Against Humanity. Il y a quelques personnes avec qui je ne voudrais pas y jouer – mais le problème, ce sont les personnes, pas le jeu.

Donc, si vous n’aimez pas Cards Against Humanity, n’y jouez pas, mais ne dites pas que ce jeu est sexiste ou raciste, car il est tout le contraire.

Au fait, les auteurs de Cards Against Humanity ont également conçu un autre jeu de cartes, Clusterfuck, que je considère comme l’un des meilleurs jeux à rôles cachés. Vous pouvez télécharger les cartes ici. Je pense que ce jeu mériterait une édition imprimée, avec un plus grand nombre de cartes. Si l’équipe de Cards Against Humanity passe sur mon blog, j’espère que cela leur donnera des idées.

Cards against humanity

A game of cards Against Humanity last week, at my Ludopathic Gathering

There has been these last days in the gaming microcosm a few discussions about Cards Against Humanity, one of the most striking and unexpected recent card game hits. This game has been aggressively criticized, first on one of my favorite boardgame website, Shut up and sit down, and then on facebook by one of my favorite game designers, and very good friend, Eric Lang. I think they are wrong about this game and, most of all, about its social effect and meaning. They are wrong in a way not completely dissimilar with the US intellectuals who now claim that Charlie Hebdo was racist and agressive, when it was probably the most deeply antiracist and pacifist French paper.

But let’s go back to Cards Against Humanity. It might not be the best game around, nor the most original – after all, it’s just a variation on Apples to Apples. It’s offensive, it’s crass, it’s vulgar but all this is deliberate and obviously to be taken with a good pinch of salt. I even think that such a game could not have been designed, and probably could not really be played, by people susceptible to take at face value any one of the sexist, racist or just plain stupid jokes on the cards. I’ve played a dozen games of Cards against Humanity, I’ve bought all expansions, I’ve had fun just browsing through the cards, and I never felt uneasy in the slightest way. It was obvious for me first that this was just a game (something that ought to be reminded more often about many games, especially war games), and it was obvious for me and for all the people I played with (among which blacks, gays, jews and women, and even the occasional jewish homosexual woman) that the game is not mocking blacks, gays, Jews or women – to name a few – but the stereotypes about them. I think it’s socially important that humor could target everything, including the worse aspects of our society. Refusing to do this is not defending the victims of sexism or racism, it is preventing us to see (and laugh at) our social problems.

Humour is the courtesy of despair, said Chris Marker. I think the designers of Cards Against Humanity must be very lucid and disillusioned by racism and exclusion of all kinds in our western societies. I’ve read somewhere, and this was intended as a criticism, that Cards Against Humanity was epithemizing “white male culture” – it might be true, but if it’s the case, it’s not because it’s about white males mocking blacks or women, it’s because it’s about white males mocking themselves. Cards against Humanity is a game about political consciousness.

We happen to have in France a game very similar with Cards Against Humanity, Taggle. It’s as crass and gross as CAH, but far less provocative. While I have no problems playing Cards Against Humanity, I feel a bit uneasy playing Taggle. The reason why is that while the game is full of sexist jokes about men and women, it carefully avoids making fun of politics, race and religion – and this is the problem, because it suggests either that the designer and/or publisher were not completely at ease with these issues or that they were afraid it would hurt the sales.

A French humorist, Pierre Desproges, once said that “one can laugh at everything, but not with everyone”. I think this perfectly applies to Cards Against Humanity. There are some people I would not play this game with, but the issue is with the people, not the game.

So, if you don’t like Cards Against Humanity, don’t play it – but don’t say it is sexist or racist, because it definitely isn’t.

By the way, the designers of Cards Against Humanity have designed another great card game, Clusterfuck, which can be downloaded here. I think it’s one of the very best hidden roles games around, and it would certainly deserve a printed edition with many more cards. Let’s hope they get the hint if they read this blogpost.

Rencontres ludopathiques 2015
2015 Ludopathic gathering

11187219_10206554092030500_8175950546893530664_o

Les rencontres ludopathiques ont été, cette année, pluvieuses et même parfois boueuses. La pluie est tombée presque sans interruption du jeudi au dimanche, et je suis assez content d’avoir réussi à profiter de la petite heure de très relative éclaircie, dans la journée de samedi, pour organiser malgré tout un unique petit jeu en extérieur, version légèrement plus subtile du brouhaha en aveugle de l’an dernier.

Malgré la météo déprimante, tout le monde était content, gentil, souriant…. Et ce fut donc un superbe week-end, convivial, marrant, décontracté – même si cela n’apparaît pas nécessairement sur des photos aux couleurs moins vives qu’à l’habitude.

Merci donc à tous les vieux amis qui étaient présents – avec un mot spécial pour Cyrille revenu de Californie pour l’occasion. Merci à tous les auteurs de jeux, dont certains aussi, Sergio et Eric, venaient des deux Amériques. Merci à tous les éditeurs qui avaient fait le déplacement jusqu’à ce milieu de nulle part qu’est Etourvy (Repos prod, Days of Wonder, Argentum, Ravensburger, Gameworks, Ludonaute, Superlude, Iello, Funforge, Asmodée, Space Cowboys, Lui-même, Matagot, Passport Games, Gryphon Games, Hans im Glueck) et à ceux qui nous avaient envoyé quelques jeux pour la table de prix (Fantasy Flight Games, Philibert, Edge, Sweet November, Blackrock, Gigamic, Zoch ) – et je suis sûr que j’en oublie. Un double merci à Repos Production, puisqu’ils avaient oublié qu’ils avaient envoyé des lots et ont donc ramené une deuxième fournée.

Merci aussi à toute l’équipe du foyer rural d’Etourvy qui nous a supporté quatre jours. De tous les groupes qu’ils reçoivent au long de l’année, nous sommes le plus nombreux et sans doute le plus bruyant et celui qui boit le plus de bière. Nous étions 101 samedi, si j’ai bien compté, dont une dizaine d’enfants et un chien qui courait dans tous les sens. Il est d’ailleurs assez étonnant que personne n’ait été piétiné.

DSC_0079

Comme d’habitude, j’avais amené un ou deux milliers de jeux dont la plupart n’ont pas été ouverts, et il s’est trouvé des gens pour réclamer des jeux qui n’étaient pas là, ou qui étaient cachés tout en bas d’une pile.

Parmi les nouveautés très appréciées, il faut citer Cacao, Quartermaster General, Qui Paire Gagne, Monster Propre, Héros à Louer, Welcome to the Dungeon et, bien sûr, Pie Face, version chantilly de la roulette russe, qui fut incontestablement le jeu du week-end. L’autre grand succès fut Déconnaissances, un truc bien débile venu directement des années quatre-vingt et exhumé par Hervé Marly, mais qui demande une forme d’humour qui m’est totalement étrangère.

Peut-être est-ce la pluie, qui nous obligeait à rester à l’intérieur et un peu serrés les uns contre les autres qui explique la popularité cette année des jeux aux thèmes un peu lestes, ou peut-être sommes nous juste un peu en avance sur les tendances à venir du marché du jeu. Le jeu de mime sur le kamasutra a été un succès, mais certains joueurs ont demandé à ce que les videos ne soient pas publiées. À table, la boite de Schlongo tournait en permanence, et, après un test de Un Doigt dans la Chatte, subtil prototype de Martin Vidberg, j’ai enfin réussi à gagner une partie de Clusterfuck en participant à un plan à trois non repéré.

Pas encore édités, mais déjà présentés sous une forme presque définitive, Time Stories, City Mania et Mysterium ont tourné sans discontinuer. On s’était promis avec l’autre Bruno de faire une partie de Raptor sur le prototype presque définitif, mais on n’a pas trouvé le temps.

2015-05-01 17.59.43

Très pris par l’organisation, je n’ai d’ailleurs pas vraiment eu l’occasion de faire tourner mes prototypes encore en développement, ou de présenter les plus aboutis aux éditeurs. Les autres auteurs, eux, ne perdaient pas leur temps – il va falloir que je revoie quelque chose à l’organisation des ludopathiques.

Les rencontres ont quand même permis à tous les acteurs de l’aventure très internationale de l’entrepôt 51 de se rencontrer. Il y avait là deux des trois auteurs, un brésilien et un français, l’éditeur français et l’éditeur américain. Warehouse 51, dont la parution a été annoncée durant le week-end. Doria avait apporté une maquette avec les illustrations définitives, avec laquelle j’ai eu un grand plaisir à jouer.

Côté prototypes en cours de développement, le plus impressionnant était un machin de Bruno et Ludo (et peut-être Serge ou Antoine, je ne suis plus très sûr) avec moult chevaliers et dragons. Le plus joué et le plus apprécié me semble avoir été un gros jeu de Bruno Cathala avec des égyptiens qui construisent des monuments – un thème pas vraiment novateur, mais il paraît que c’est vraiment très, très bien – et sans doute un peu prise de tête. Rémy Lee avait aussi un jeu de rapidité assez malin qui devrait facilement trouver un éditeur – à moins que ce ne se soit déjà fait au cour du week-end.

Il y en avait bien d’autres, mais beaucoup d’auteurs réalisent aujourd’hui leurs prototypes avec tant de soin que, quand je vois truc inconnu sur une photo, je ne sais souvent pas si c’était un projet ultra secret ou une nouveauté confidentielle venue d’un est proche ou lointain. Il n’y a plus guère que mes prototypes, et ceux de l’autre Bruno, qui aient encore un air artisanal.

Je sais, ce compte rendu est bien bref. Je ne parle pas des jetons, du spectacle, des andouillettes… J’ai du travail en retard, des protos à mettre à jour, d’autres trucs à écrire pour ce site, et je vais devoir en rester là.

À l’année prochaine.

 

11164825_10155510744910581_3415059573460687806_n

 This year’s ludopathic gathering was rainy, and sometimes even muddy. From Thursday to Sunday, rain rarely stopped for more than a few minutes. I’m quite glad I managed to take advantage of one of the few sunny spells, on Saturday afternoon, to hold a short outside party game – an improved version of last year’s blind brouhaha.

Despite the depressing weather, everyone was smiling, kind, friendly, and we all had a great time, even when it’s not that obvious from the pictures, far less bright and sunny than they were last years.

A hearty thanks to my old friends, especially Cyrille who went all the way from California. Thanks to the many game designers, two of which – Sergio and Eric – also made the trip from the Americas. Thanks to all the publishers who went to Etourvy, right in the middle of nowhere (France) – Repos prod, Days of Wonder, Argentum, Ravensburger, Gameworks, Ludonaute, Superlude, Iello, Funforge, Asmodée, Space Cowboys, Lui-même, Matagot, Passport Games, Gryphon Games, Hans im Glück – and to those who had sent games for the prize table – Fantasy Flight Games, Philibert, Edge, Sweet November, Blackrock, Gigamic, Zoch – and I’m sure I forget one or two. Well, special thanks to Repos who forgot they had sent two parcels of games and so arrived with two more.

IMG_0664

Thanks to the whole local team at Etourvy. We are the largest group they receive every year, and probably also the noisiest one and the one which drinks the most beer. We were 101 and Saturday, if my count is right, including a several children and a puppy dog who ran randomly in every directions. I’m surprised no one got trampled.

Like every year, I had brought one or two thousand games, most of which were not opened, and a few gamers nevertheless managed to ask for games that were not there, or that were hidden at the bottom of a pile.

Among the new games, most played and praised were Cocoa, Quartermaster General, Pluckin’ Pairs, Monster Laundry, Seventh Hero, Welcome to the Dungeon and, most of all, Pie Face, a kind of Russian Roulette with whipped cream. The other big hit was a stupid French game from the eighties based on terrible puns that even some French guys – including me – could not understand – anyway, it was fun.

Due to the rain, we stayed most of the time indoors, and were a little tight, which might explain why there were so many games with lewd themes. Or may be we’re just ahead of the next trend in board and card games. Anyway, the Kamasutra party game was a hit, but some players asked me not to publish the videos. During lunch, lots of people were playing Schlongo. I playtested Martin Vidberg’s subtle word game prototype “a finger in the pussy”, and finally managed to win a game of clusterfuck with a unnoticed threesome.

A few publishers had brought near final prototypes of games soon to be published. Time Stories, City Mania and Mysterium were played again and again. The other Bruno and I had planned to play a game of Raptor with the final rules, but we did not find the time for it.

Mysterium

I was very busy planning and checking everything, and didn’t find enough time to play all my prototypes still in development, or to show the most advanced ones to publishers. Meanwhile, all the other designers were busy talking business, so may be I have to change something to the organization of the gathering…

At least, the ludopathic gathering allowed for a meeting between all those involved in Warehouse 51, which was also announced during the week-end. Two of the three designers, a Brazilian and a French, were there, as well as the French and US publishers. Doria had even brought a prototype with the gorgeous final illustrations, and I had a blast playing with it.

2015-05-01 17.13.13

The most impressive designer prototype was a massive game with knights and dragons by Bruno and Ludo (and may be Serge and/or Antoine as well, who knows). The most played was probably a boardgame by Bruno Cathala with Egyptians building buildings (sounds strange – can you say this?). It’s obviously not a very original setting, but everybody said the game was great, if a bit of a brainburner, like most of Bruno’s offerings. Rémy Lee had a clever folding dexterity game which will certainly find a publisher very soon, if it didn’t already during the week-end.
There were many more, but most designers now make gorgeous prototypes and, when I see an unknown game on a picture, I don’t know if it’s a scret project or just some confidential new game coming for the east or the far east.

It’s a short report, with nothing about tokens, performance, tripe sausage and other critical issues. I have to catch up on work, to update some prototypes, and to write other stuff for this blog, so that’s all folks. See you next year.